‹ Syrie ancienne et moderneChapitre 42 sur 63 · IS · texte numérisé non relu

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uns, sans foi et sans scrupule, passèrent impudemment dans le camp ennemi; les autres, mécontents, et inquiets, refusèrent d'obéir aux sommations de leurs chefs ; les derniers, enfin , découragés par récbec de U veiilc , restaient indécis et n'osaient pas marcher en avant. Cétait pis qu'une déroute, c'était à ia fois une révolte et une trahison. En apprenant ces faits, (]ui lui assuraient la victoire, Abd-eUMélik montra quelle était la générosité de son cœur : il députa vers Mosab son frère Mohammed, avec la mission d'offrir à son ennemi la vie sauve, les honneurs dus à son rang, et une part de tous les biens de l'rmpire, excepté du khalifat ; mais Mosab était trop orgueilleux pour céder à son adversaire et pour accepter ses bienfaits.

Il refusa toutes les offres qu'on lui fit , et s'en remit à Dieu sur son sort. Abdel-Mélik fut donc obligé de le soumettre par la force , et le combat recommença. Il ne fut ni long ni important : , Mosab ne restait entouré que par queioues serviteurs fidèles. Cependant l'auclacieux Mekkois ne voulut pas entraîner son fils Isa daus la catastrophe qui le menaçait : il l'engagea à quitter le champ de bataille; le jeune homme repoussa cette proposition comme honteuse. Le père insista, supplia son fils de retourner auprès de son oncle Abd-Allah-ben- Zobaïr, afin de défendre les droits du khalife des villes saintes;lejeu ne homme déclara qu'il se croirait déshonoré en abandonnant son père dans le danger, et que sa fuite le rouvrirait d'opprobre. Le père alors se résigna, prit ses armes, et alla glorieusement se faire tuer au milieu des Syriens, en défendant jusqu'au dernier moment sa vie et celle de son fils. Ainsi tomba un des adversaires les plus redoutables du khalifat de Damas.

Abd el-Mélik avait montré dans cette circonstance autant d'adresse que de résolution , et comme il l'avait prévu et préparé, à la suite de cette bataille il se rendit maître sans combat de Koulfn, de Bassorah , et de la province de l'Irak tout entière (*).

Mais ce n'était là que la moitié de l'œuvre qu'Abd-el-Mélik devait mener à fin. Son rival guerrier était vaincu , et

(*) Yovez le Mémoire de M. Qaatremere sor ^^AUab-ben-ZobaU:.

ÀM-

maintenant il fallait abattre fiôn rival prêtre. Abd- Allah-ben-Zobaïr , du haut de la chaire sacrée de la Mekke, ne manquait pas, chaque fois qu'il récitait les prières devaut le peuple, de les terminer par des imprécations contre la famille desOmmiaoes, et particulièrement contre Tusurpateur régnant. Or, comme le temple de la Mekke était le but du pèlerinage de tous les Arabes, il pouvait être périlleux pour le pouvoir d'Abd-el- Mélik d'être ainsi maudit quotidiennement dans la sainte Kaaba. Pour complaire à Tesprit pacifique des Syriens, Abd-el-Mé.ik chercha d'abord à lutter contre, son rival autrement que par les armes; et voici ce qu'il imagina : comme Jérusalem était aussi une ville sainte selon le culte musulman, il résolut d'y éjever une mosquée, et d'y conduire lui-même les Syriens au temps du pèlerinage. Malheureusement telle est la force de Thabitude, surtout chez les nations orientales, que, malgré l'exemple que donnait le khadife, il n'y eut guère que les Svriens qui changèrent le pèlerinage de la Mekke en celui de Jérusalem. L'idéeingénieused' A bdel-Mélik n'ayant donc pas eu le succès qu'il en attendait, il se trouva contraint d'en appeler aux armes pour faire cesser le scandale qui menaçait l'avenir de l'Islam , et qui éta blissaft, pour ainsi dire, un schisme funeste à tous les Musulmans.

Les Syriens pensèrent comme leur priuce, et le soutinrent dans sa querelle. Abd-el-Mélik , se sentant ainsi appuyé par l'opinion générale , se hâta de réunir une armée, tout en se gardant bien d'en prendre lui-même le commandement, de peur de compromettre son caractère de chef religieux en allant porter en personne la guerre sur le territoire sacré de la Mekke. Ce fut Hadjadj-ben-Yousouf , que nous avons déjà vu se distinguer contre Mo^^ab, qu'il mit à la tête de l'expédition contre Abd-Allah-ben-Zobaïr. Ce général, qui n'avait pas tes scrupules Je son maître, s'avança hardiment jusque sur les frontières du territoire de la Mekke, s'établit dans la ville de Taïef , et de là expédia de jour en jour de plus nombreuses troupes contre la ville sainte par excellence. Bientôt cette cité fameuse, i^râce à l'apathie d'Abd-AUah, fut cernée .de

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toutes |)arts.L*audacieax Hadjadi commença dès lors le siège , quoiqu on fût dans' le mois de ramadhau , établit des balistes tout autour de la ville, et lança des pierres jusque sur la Kaaba. Le feu céleste, appelé par Abd-Atlah, ne vint pas foudroyer le sacrilège; et au bout de plusieurs mois la ville , presque ruinée de fond en comble par les machines de guerre des assiégeants, épuisée de ressources de toute espèce, songeait à se rendre pour éviter la famine et la destruction. Mais le superstitieux Abd-Allah voulait mourir en martyr, et, aGn de résister jusqu'au bout, il autorisa lesMekkois, découragés, à accepter Tamnistie qu'on leuroffrait, et ne conserva autour de sa personne que ceux qui voulaient gagner te ciel avec lui. Quelques chefs et quelques soldats exaltés acceptèrent cette proposition dé>espérée ; ils suivirent leur Khalife dans l'enceinte de la Kaaba, passèrent la nuit dans la prière , et au petit jour, ayant invoqué une dernière fois Allah et son prophète, ils jetèrent au loin les fourreaux de leurs épées et se précipitèrent tête baissée contre les Syriens, qui avançaient déjà en foule vers le temple. Bientôt une grêle de pierres eut raison de ces martyrs volontaires. Abd- Allah reçut airisi le coup de la mort, et sa tête fut envoyée au vainqueur, qui, selon la coutume orientale, fit diriger ce triste trophée vers Damas, comme preuve de sa victoire. Avec Abd-Allah périrent les derniers compagnons de Mahomet, hommes énergiques, mais stationnaires , qui se plaisaient dans les mâles m;iis sauvages vertus des premiers temps de Tlslam ; vieillards inutiles , du reste , car ils n'avaient pas compris les nouvelles destinées de leurs descendants (*).

A dater de ce triomphe, Abd-el-Mélik vit croître de jour en jour sa puissance morale. Il n'avait plus désormais, dans un coin de son empire, des opposants rigoureux qui niait-nt son infaillibilité et blâmaient ou condamnaient chacun de ses actes Toutes les prérogatives du khalifat lui furent acquises incontestablement. Maître souverain des corps et des âmes de ^es sujets , ii pouvait facilement abuser de sa toute-puissance, et ce fut un

(.*) Voyez WasoudI , Makfisi et Tebriyi.

grand mérite à lui de se montrer, au coq«

traire, plus juste, plus libéral, et plus éclairéque jamais. Toutd'abord il récom-, pensa dignement le vainqueur d'Abd-Al-' iah;et pour lui donner de nouvelles occa-; sions de se distinguer, il conûa à Hadjadj le gouvernement difficile de Tlrak, du Khoraçanet dnSedjestau. Il fallait réprimer dans ces pays quelquestroubles qui venaient d'y éclater, et maintenir d'une main ferme des habitants au caractère turbulent et fourbe à la fois. Hadjadj se montra digne de la confiance du khalife, et lui conserva ses provinces orientales, tandis qu'Hassan étendait en Afrique la domination musulmane. Ce dernier, après diverses alternatives, remporta une victoire complète contrq les Berbers qui habitaient les montagnes de l'Auras, et les soumit au kharadj. Amsi le littoral de l'Afrique aussi bien que ses cou* trées montagneuses appartenaient déjà aux Musulmans, et d'un autre côté leurs possessions allaient jusqu'aux frontières de l'Inde.

Cependant Abd-el-Mélik, qui avait coutié à des généraux babjles Phonneur de ses armes, s'occupait à Damas de l'administration compliquée de son colossal empire. Déjà possesseur de richesses considérables, maître d'une contrée manufacturière, la Syrie, d'«ne contrée agricole, rÉgypte, il s'aperçut nue, dans le vaste commerce de ses nombreux sujets, un inconvénient grave pouvait résulter de la confusion des monnaies.

Chaque province, pour ainsi dire, avait la sienne. La Syrie et TÉgypteavai' nt celle des Césars, l'Irak et la Perse avaient celle drs Cosroès. A peine quelques menues pièces de cuivre portuient-elles une leg^de arabe. C'était là comme un tribut désiionorant a payer à l'industrie et à la puissance étrangères. Abd-el- Mélik résolut de s'en atfraiichir. Un modèle de .nonnaie mi<sulmanefut donc chois» par lui , et le type en fut envoyé a tous les gouverneurs de [)ro\inres.

Chose étrange! Icmpereur de Constantinople,quin'avaitjamaisréclamécontre les agr.'indissements de territoire de TIslam , éleva une vive altercation à pro« pos de cite fabrication de monnaie.

Comme sou opposition ridicule fut méprisée, ainsi qu'elle le mérilait, .lustinien II commit la f.iute de rompre |q

L'UNIVERS

traité qui assurait la tranquillité de l'empire byzantin , et la guerre recommença entre les Grecs et les Arabes. Cette ffuerre. comme tant d'autres depuis près â*un siècle, leur devait être fatale O.

IfO0V£LI.B DiFAITB SVS GBKCS.

Qu*était-ce en effet, à cette heure, que Tempire byzantin ? Une sorte d*anarchie sanglante présidée par un prince au cœur de tigre. Justinien II avait montré, dès sa jeunesse, sa cruauté et sa perGdie. En renouvelant le traité de Constantin Ppgonat avec les Arabes, il leur avait promis de faire cesser les incursions des Maronites, qui inquiétaient de pivis en plus la Syrie musulmane par leur audace et leur activité. Ces hardis montagnards , ennemis nés des Arabes, furent sacrifiés sans scrupule par un empereur de vingt ans qui n*avait pas plus de prévoyance que de générosité.

Au lieu de se montrer franchement projeteur de ses braves coreligionnaires du Liban , il les vendit, pour la sécurité d'un moment,à leurs plus irrcconciliables adversaires II joignit, en cette occasion, la fourberie à la lâcheté, a la cruauté la trahison. Son général, Léonce, eut ordre d'attirer à lui par des flatteries le chef des Maronites, de lui remettre des présents et une lettre affectueuse de la part de Tempereur; et, après Tavoir ainsi trompé, de le massacrer sans pitié. Cette honteuse et barbare niissiou fut Strictement exécutée par Léonce : le chef d^'s Maronites reçut sans défiance le général byzantin et ses principaux officiers, les invita à un repas, et ce fut au milieu même de ce festin qu'il fut assassiné par ses notes. D'abord le peuple de la montagne s indigna d'une J)areille conduite, se souleva contre es bourreaux envoyés p<ir Justinien, et les menaça de la peine du taliou.

Mais Léonce , à force de menaces d'une part, et d'argent distribué de l'autre, calma la révolte prête à éclater.

Ainsi la trahison, le meurtre, et en dernier lieu la corruption , voila ce que l'empereur byeantin apporta vers I an 697 dans le Liban. t:t encore non content de tous ces maux dont il accabla des

(*) Voyez Sylvcilre de Sdicy ^ Journal Aita-

sujets qui auraient dû lui être chers , il les trompa par les plus fallacieuses promesses; et sous prétexte que leur assistance lui était utile, il tira de la montagne douze mille des plus braves Maronites, et les envoya dans différentes provinces de son empire. Cette conduite fut à la fois une infamie et une faute : une infamie, d'avoir abusé de la simplicité de plusieurs milliers de montagnards-, une faute, d'avoir dispersé d'excellents soldats qui tenaient constamment en é» hec les Arabes, ennemis religieux et politiques des Grecs (*).

Il fallait, du reste, uue Justinien II fût autant dépourvu de bon sens que de grandeur d*âme, pour avoir ainsi affaibli son empire vis-à-vis des Arabes, au moment de rompre avec eux. Depuis quelque temps, en effet, ce jeune prince, aussi présomptueux que féroce , cherchait tous les moyens de faire la guerre aux Musulmans : la fabricalît>n des monnaies, dont nois avons parlé plus haut, lui fut un prétexte. Justinien II avait réuni à sa cavalerie grecque un corps de trente mille E>cIavons ; et il comptait avec cette armée, dont pourtant les éléments hétérogènes pouvaient se disjoindre au moment de la lutte, battre facilement les Arabes et leur reprendre quelques-unes des anciennes possessions de l'empire byzantin. L'événement se chargea de lui prouver sévèrement la fausseté* de son calcul.

D'abord, soit adresse, >oit sentiment réel de bonne foi, le khalife Abd-el-Mélik commença par déclarer que ce n'était pas lui qui rompait les traités , et que son f lus grand désir était la continuation de la pai». Cependaiit il n'en réunissait pas moins une armée qu*ii confiait à son frère Mohammed -ben-Merwan.

D'après les prescriptions du khalife, Mohanuned , en présence de l'empeieur byzantin, renouvela ses protestatinns pacifiques, et menaça delà colère divine les parjures , quels qu'ils fussent. Justinien II , sachant son armée plus forte (jue celle des Arabes, chassa l'émissaire de Mohammed , et attaqua le camp ennemi. Après plusieurs heures de lutte, les Musulmans, en moindre nombre , allaient être écrasés par leurs

C*) Voyez Eimacin, Hùt SamCé

adTersaîres, lonqoe Mohammed, qui avait déjà essayé de corrompre le chef des Esclavons , lui envoya uo carauois rempli d'or. Ce riche cadeau décida le cbef des Esclavons, qui , d'ailleurs, était loin d'être satisfait de l'empereur byzantin : il se tourna donc du côté des Arabes avec vingt mille de ses'soldats , et leur apporta la victoire. Le vaniteux Justinien II en fut |)our ses menaces insolentes , pour ses ridicules projets de conquête . et n'eut que le temps de s'enfuir au centre de ses possessions. I^à , il se vengea d'une façon horrible des Esclavons, en faisant précipiter du baut d'uu rocher dans la mer les femmes et les enfants de ceux qui l'avaient trahi. Il se consolait d'une défaite par uoe cruauté {*).

P&OSPBBITÉ ▲CCIDBNTJEI.LB DB LA SYRIB.

Tandis que l'empire byzantin, livré aux caprices sanguinaires de Justinien II, voyait se développer dans son sein les passions les plus brutales, et de jour en jour les exactions des courtisans augmenter d'une façon effrayante, le khalifat de Damas devenait , au contraire, de plus en p!us puissant. Par ses généraux, aussi habiles qu'audacieux, AM-el-Melik a\ait poussé ses conquêtes en Afrique jusqu'à Cartilage, en Perse jusqu'au fond du Khorassan; TÉgypte était pacifiée et productive; l'Arabie, naguère si turbulente, reconnaissait sans trop de résistance la suprématie des Ommiades ; '3 Syrie, à l'abri de toute guerre et de toute inquiétude depuis que l'incapable empereur de Constantindple avait détruit lui-même te foyer libanique de I antagonisme entre le Chrétiens et les Musulmans, la Syrie, naturellen^ent pacifique, s'abandonnait tranquillement a une douce vie de loisir et de luxe : elle goûtait d'autant plus les charmes d'un présent prospère, que le passé avait été pus cala miteux et que l'avenir était Pius incertain.

Cette province, en effet, en était *'ors à l'époque, qui dura malheureuse- ^m si peu , pendant laquelle elle put produire sans trouble, jouir sans cOn-

(*) Voyez Théophane.

testation, rendre à sa nature toute sa fécondité et toute son activité à son esprit. Le séjour des khalifes, en assu* rant la sécurité générale, avait peu à peu fait revivre les qualités naturelles des habitants de ce pays , si bien doué par le ciel : aussi, quand chacun fut complètement assuré de la libre possession du sol qu'il exploitait, la Syrie lutta en productions territoriales avec la féconde Egypte, en produits manufacturés avec rindustrieuse Perse. Il lui vint aussi de toutes parts des richesses et des lumières : la cour des khalifes attirait à elle les fortunes en encourageant les plaisirs, et le souverain maître Abd-el-Mélik, ayant montré du goût pour la poésie , se vit bientôt entouré d^une sorte d'académie, où les savants arrivèrent à leur tour disputer aux lettres les bonnes grâces du tout-puissant dispensateur des honneurs et des biens. Peu à pu se préparait cette ère de culture ae l'esprit où les Musulmans montrèrent qu'eux aussi étaient dignes de l'empire du monde. Il semble qu'ils aient voulu justifier, sous les derniers Ommiades et sous les premiers Abbass ides, les conquêtes de leurs khalifes de I Hedjaz , rigides religieux et infatigables soldats. Le rè^ne d' Abd-el- Mélik fut l'aurore de ce siècle éclatant. Ge prince , qui avait quelques-unes des vertus de son aïeul IVIoawiah, tout en se livrant, sans excès pourtant, aux

I'ouissances du luxe et aux douceurs de a poésie, n'oublia point de mettre de l'ordre dans TinimeLtse administration dont il était le chef suprême. On fit, d'après sa volonté, un recensement général de tous les habitants de ses nombreuses

f)rovinces; les rôles furent dresses avec e plus grand soin , et il en résulta rétablissement le meilleur possible du kharadi (capitation), seul impôt régulier et stable qui fut jamais en .vigueur en Orient.

GABAGTkBB D*ÀBI>*BL-l[iLIK.

Ce qui caractérise avant tout Abd-el- Mélik , et ce qui a certes été un des éléments les plus féconds de la prospérité de son règne, c'est sa tolérance religieuse. Remarquons que cette qualité , en Orient et à cette époque , est unjgrand progrès, et prouve tout à la fois

LIXTOVERS.

la mansuétude et Tintelligeneedu prince qui la montre. Un siècle alors s était à peine écoulé depuis que les Arabes étaient sortis du néant, grâce aux prédications d'un homme de génie, Maho»

met , et surtout grâce à leur exaltation pour les croyances nouvelles qu'ils avaient adoptées. Leurs conquêtes avaient été faites tout autant avec la parole qu'avec le sabre, ou plutôt avec la parole appuyée par le sabre; c'étaient moins des provinces qu'ils voulaient |)osséder que des prosélytes qu'ils voulaient acquérir; c'était moins un territoire qu'une nation qu'ils se proposaient de créer.

Tous les vieux compagnons du prophète, dont les plus forts ont eu leurs années de domination , dont chacun a eu son lourde gloire, tous ces hardis et violents aventuriers étaient des hommes illettrés, pour la plupart, et chacun d'eux se faisait un devoir de la rigidité dans les principes, de la sévérité dans les mœurs, de l'inflexibilité dans les idées religieuses. Le fanatisme était leur force, le despotisme était leur gouvernement.

Or, n'était-ce pas comme une révolution radicale dans les idées, de vouloir gouverner un pareil peuple avec les moyens adoucis de la civilisation, la mansuétude dans les lois civiles, la tolérance dans les lois religieuses, le luxe pour encourager Tindustrie, la protection des poètes pour honorer les lettres.? Cette révolution sociale, Moaiviah l'avait commencée : Abdel Melik l'acheva. Dans les derniers temps de son règne, quand il fut bien assure de sa puissance matérielle, il ne songea plus qu'à entourer son trô e de toutes les pompes qu'il put réunir. 11 fut prodigue des richesses que lui avaient accumulées les victoires de ses généraux; il fut libérai autant qu'il fut luxueux, et surtout il s'efforça d'attirer à sa cour les poètes et les docteurs, les hommes de riniaginatiiin et ceux de la science. Parmi les premiers, il favorisa même d'une façon toute particulière un certain Akhtal , quoiqu'il fdtct peut-être parce qu'il était clirétien. La poésie était alors le seul organe des idée:» du siècle : elle remplaçait l'histoire par ses chants héroï.|ues, la philosophie par ses pré- Cej.tes de Mionde. la pilitique par ses

critiques on ses apologies des princes ^t.de leurs ministres. Elle était en outre très-populaire sôus un soleil et dans ane nature où presque tous les hommes naissent avec rinstmct sinon avec le talent poétique. Encourager la poésie était donc alors pour le khalife Abd-el-Mélik se fortifier dans le présent autant qae s'honorer dans l'avenir O*

LA POÉSIB ET LBS POETES ABÀBES.

Si la poésie arabe brillait déjà de tout son éclat, si ses images variées et hardies, si ses métaphores nombreuses et originalesavaient dès lors ce caractère étrange et vigoureux qui la distingue, les poètes de cette époque, en revanche, comprenaient assez peu leur dignité et conservaient assez mal leur rang. Du temps des premiers khalifes, et même avant Mahomet , la poésie était un don du ciel dont on n'usait que pour la gloire; du temps d'Abd-ei-Mélik, c'était déjà un métier dont on cherchait à vivre. Lesplusgrands poètes montraient même une avidité qui, dans tout autre pays, avec de tout autres mœurs, les eût déshonorés à coup sûr : ils chantaient pour le plus offrant; ils se servaient des vers, soit pour louer outre mesure des hommes sans hautes vertus, soit pour invectiver les ennemis de celui qui les payait. L'hyperbole dans l'éloge, l'injure dans l'épijîramme, voilà les défauts où ils tombaient sans scrupule ou sans honte. Farazdak, l'un des plus célèbres, faisait de ses vers autant de traits aigus et envenimés dont il criblait SfS adversaires : chacun le craignait comme un méchant, quelques-uns le redoutaient comme un fléau. Djérir, digne de rivaliser en ve» ve eç en vigueur poétiques avec Farazdak, s'était fait le chantre ordinaire de Uadjadj, le vainqueur de la Mekke; pui^, croyant sans doute que ce héros n'était pas assez généretix à son égard , il n'eut pas de hâte, lorsque sa célébrité grandit, qu'il ne fût présente et pensionne richement

Ïiar le khalife lui-même, préférant dès ors habiter l'opulente Damas que de

(*) Voyez M. Caussin de Perceval dans «on excellent mémoire sur les trois poêles Akhtali Farazdak et Djérir. ISoi/fv- Jonm. Asiate

suJTre son premier protecteur a^ fond du Khorassan et dans ses expéditions

épiques. * *

Akhtal, c'iétait bien pis encore; à Taœour de l'argent il joignait celui du vin. Eq sa qualité de chrétien il n^avait pas à cadber son ignoble passion , et, loia de la dissimuler par pudeur, il s'eo vantait avec effronterie. Malgré ce vice honteux, il n*en avait pas moms été adopté par Abd-el-Mélik. Ce khalife le faisait venir dans son palais, le traitait avec somptuosité ^ et lui demandait de lui réciter quelques chants pour avoir une occasion nouvelle de le combler de ses faveurs. Cette fréquentation de la cour musulmane, ces nombreux téteà tête avec le commandeur des croyants auraient bien dû le guérir de son ivrognerie. Eh bien, non ; et voici une anecdote qui prouve précisémentlecontraire: « Un jour qu'il était appelé auprès du khalife, le premier mot qu'il prononça fut pour demander à boire; Abd-el-Melik ordonna alors à ses serviteurs d'apporter de l'eau. — De Teau , s'écria Akhlal, mais c'est la boisson des ânes! — Qu'on lui serve du lait, reprit le khalife. — Du lait, c est la boisson des enfants! — Qu'on lui donne de l'eau miellée. — De Teau miellée, c'est la boisson des malades! — Eh! que veux-tu donc? dit alors son illustre interlocuteur. — Du vin, répondit impudemment Akhtal.

Le khalife pouvait faire châtier comme il le méritait le poète sans verg< gne qui semblait ainsi mépriser les prescriptions du Koran et les mœurs de son hôte; mais, pardonnant à sa folie en faveur de son talent, il le renvoya satisfaire, loin de ses yetix, sa sale passion et eut encore la bonté de lui faire remettre des habits d'honneur et une forte somme d'argent. • Cette indulgence d'Âbd-el-Mélik ()OUirait être eritiauée si l'on ne se souvenait pas que ce khalife vivait aux commencements d une civilisation, et qu il lui fallait accepter et protéger les poètes, quels qu'ils fussent : c'était la poésie, ce n'était pas Thomme souvent qu'il honorait. Déplorable chose, et qui montre que l'inspiration ne regarde pas toujours au iront sur leguel elle descend! Triste chose , et qui explique pourquoi sou-

vent Fœuvre vaut mieux que l'homme!

Est-ce là un bien, ou est-ce un mal?

rï'est^il pas honteux que la poésie, qui vient du ciel, se souille en touchant la terre ; mais aussi n*est-il pas consolant que, quelle que soit la faiblesse de Tinstrument, le chaut soit toujours grand, pur, moral? Laissons la voix, voyons l'idée.

MOET d'ABD-BL-MÉLIK.

Au commencement de l'année 86 de l'hégire (705 de J. C.) Âbd-el-Mélik mourut à soixante ans d'âge , et après quatorze ans dé règne. Sous ce khalife, le septième après Mahomet , le quatrième del'neureuse famille d'Ommeyah, l'unité du klialifat fut rétablie. On doit à l'adresse autant qu'à Ténergie d* Abd-elMélikce résultat important, qui consolidait alors la puissance des Musulmans Mais , par ce fait, le pouvoir avait changé de mains. Ce n'étaient plus les rigides habitants de l'Hedjaz qui gouvernaient l'empire qu'ilsa valent créé; ce n'étaient plus les fondateurs d'une religion plus politique que morale qui devaient à l'avenir prouter de l'extension colossale de l'Islam. Par son alliance avec les Syriens, la maison des Ommiades avait, pour ainsi dire, abdiqué son origine et changé de nationalité. D'arabe elle s'était faite syrienne: et dès lors elle avait tellement modifié les habitudes et le caractère d^ ses aïeux, qu'elle devint naturellement l'adversaire de ceux qui restaient attachés a la tradition pure. Par une fatalité fâcheuse, elle en arriva même à lutler contre l'esprit hostile que lui montraient ses véritabhs compatriotes; et pour vain.cre celte opposition elle en fut bientôt réduite à braver les préjugés les plus vivaces, à exciter les passions haineuses et les rivalités de tribus, et, tout en établissant l'unité du gouvernement, à scinder les peuples. Il y avait là une grande politique pour le présent; maii^ Il y avait aussi de grands dangers pour l'avenir (*).

Le khalifat perdit de son pouvoir sur les esprits en se dédoublant, même temporairement : il ne s'agissait plu^

{*) Voyez Aboun-fédat

L'UNIVERS

•D effet, dans la guerre entre Abd^eJ- Méiik et Abd-AlIah-ben-Zobaïr, de la «^ lutte ordinaire de plusieurs compétiteurs à la puissance suprême comme à Tépoque d'Othman; le cas était bien autrement grave. Entre Abd-ei-Mélik et Abd-Allalv-b<^n-Zoba!r il existait beaucoup plus qu'une différence d'hommes , il s'élevait un coutlit de principes : Tun était khalife par droit de naissance, l'autre par droit d'élection. Or l'élection avait été le premier mode d'élévation au khalifat; par l'élection, abandonnée aux anciens compagnons de Mahomet, on rattachait le présent au passé; et les hautes fonctions du choix d'un khalife, confiées à l'expérience des vieillards, rappelaient aussi l'antique autorité patriarcale, qui fut toujours en Arabie aussi sainte que réelle. L'hérédité, si elle ne présentait pas les difficultés sans cesse renaissantes de l'élection, manquait évidemment et de l'appui de la tradition et de la' sanction religieuse. Aussi , peut-on dire qu'à partir d' A bd-el-Mélik, l'empire des Arabes perdit sa force divine , s'il établit plus solidement que jamais sa force politique. Désormais il ne possédait plus ce qui l'avait fait naître , le fanatisme religieux , l'esprit de propagande dominatrice et absolue; il lui fallait se passer des moyens surnaturels , idéals , célestes; il iui fallait durer par les moyens ordinaires, matériels, terrestres.

Abd-ei-Mélik montra donc qu'il comprenait bien sa position particulière et qu'il possédait parfaitement le sentiment de son époque, en changeant la tentegrossière des premiers khalifes en un palais somptueux. La prodigalité et Je luxe dont certains historiens arabes l'accusent sont au contraire, de sa part, de la finesse et de la prévision. Il lui fallait éblouir par les richesses, ne pouvant plus briller par l'auréole des prophètes. Il lui. est donc pardonnable d'avoir entouré de magniûcence sa couronne impériale, et d'avoir pris place sur un trône d'or comme les anciens princes de l'Orient, faute de pouvoir monter sur la chaire sacrée de la Mekke. Il lui est pardonnable de n'avoir plus voulu compromettre sa personne dans les chances de la guerre; et il était impossible de l'accuser de lâcheté, car

étant héritier présomptif du khalifat , avait donné des preuves nombreus de courage et d'intrépidité. Cest doi avec raison qu il laissa dorénavant à s lieutenants le soin d'étendre les Ijniit de son empire : il profitait ainsi de victoire , et il n'était pas responsable < la défaite. iJomme habile, instrur spirituel, Abd-el-Mélik , sans laisser u grand nom, n'en fût pas moins un prin< utile à sa nation, approprié àson temps il fut rhomme de la conservatioc comme Omar l'avait été de là conquéb et Moawiah de l'établissement.

CONQUÉTB DE l'ESPÂONE.

A la mort d' Abd-el-Mélik Tempir des Arabes, tout immense qu'il éiai déjà, tendait encore à s'agrandir. Quell que fût donc la valeur personnelle di khalife, il lui suffisait de laisser fain ses lieutenants pour augmenter encor l'héritage de ses ancêtres. Avec la nioin dre intelligence des grandes choses , i pouvait, par de simples autorisations , par des encouragements donnés à propos , éveiller l'émulation de ces chefs actifs et entreprenants qui tous ne songeaient qu'à s'illustrer et à s'enrichir. Or Walid, fils aîné d' Abd-el-Mélik, et qui régna le premier de ses trois frères, avait à un haut degré le sentiment de la grandeur, et tout d'abord il le fit voir d'une façon éclatante. Pour punir son oncle Al>d-el-Aziz de l'avidité qu'il avait montrée en diverses occurrences, Walid lui avait retiré le gouvernement de l'Egypte et de toutes les possessions de l'Islam eu Afrique , et en avait investi Mouza-ben- Pïozaïr. Ce dernier, aussi bien pour justifier le choix que le khalife avait fait de fui, que pour mettre son nom à une grande entreprise, proposa à son souverain d'essayer la conquête de T Es pagne. Ce gigantesque projet, loin d'effrayer le nouveau commandeur des croyants , fut compris et approuvé par lui, et fi accorda tout pouvoir d'agir à Mouzaben-Nozaîr , en se bornant à lui recommander la prudence et la circonspection les plus rigoureuses, afin de ne pas laisser tomber dans un piège les Musulmans qu'il commandait O.

(*) Voyez Nowalri , EbD-Khaldoan , Ahmed-

Plein de respect pour les instructions du khalife, Mouza, quoiqu*il filt excité dans son invasion de la Péninsule, d'une part par les divisions des Visigotiis, et d autre part par Tappel d'un des chefs de parti, le comte Julien, ne voulut pas compromettre les Arabes dans sa pre* ni.ère reconnaissance. Il s'adressa donc auxBerbers pour leur proposer cette expédition hasardeuse. Parmi ce peuple hardi, entreprenant, aux mœurs presqiie nomades , il se trouva un chef aussi résolu que brave, nommé Tharik, qui accepta la proposition du gouverneur arabe, et s'embarqua incontinent pour la presqu'île d*Algésiras. Ce fut l'an 92 derbégire, 710 de notre ère, que le premier Musulman mit le pied sur le sol de l'Europe. C'était un aventurier témértiire qui venait essayer une raz^ ^/â; mais cet aventurier avait derrière lui un peuple immense et une dynastie de huit siècles. Th irik réussit*^ à tel point et rapporta un tel butin , que Mouza l'exhorta à Retourner immédiatement en Espagne, et cette fois lui confia douze mille hommes. Cette petite armée suffit pour vaincre les Visigoilis, tant cette nation était dégénérée ou plutôt divisée par les haines civiles. Tharik à son premier débarquement en Europe n'avait, pour ainsi dire, point rencontré d'ennemis : les populations du-littoral s'étaient enfuies devant ces cavaliers maraudeurs, comme on s'enfuit devant une bande de brigands.

A sa seconde apparition ij trouva sur le nvage une armée et un roi qui Tattenâaient. Mais le destin était pour les Musoiinaos : enflammés par leur précédent succès, ils attaquèrent avec impétuosité les hommes bardés de fer qui les déliaient du haut de leurs lourds chevaux , les entourèrent de leurs escadrons volants, les harcelèrent trois jours entiers , et finirent par enfoncer les murailles hun^aines qu'on leur opposait, par les abattreou les disperser. Roderik, Tusurpateur, mourut en héros; et sa tête serait de trophée à ses vainqueurs et de preuve de leur conquête auprès de Wa- Ijd, auquel elle fut envoyée : triste lambeau royal qui ût plus de six cents lieues

J-MaXari, écrivains arabes; PEspagnol Faustino «>rbon , Rt M. Rosseeaw Saint-Maire , élégant motm français.

Sour aller rouler aux pieds dédaigneux u superbe khalife de Damas !

Rien ne pouvait arrêter l'Islam dans sa course conquérante, ni les efforts des Visigoths pour se défendre , ni les fautes des Arabie, que la jalousie divisa. Tharik, qui s'était aperçu que Mouza enviait son succès, eut beau résister aux ordres de son chef immédiat; au lieu de s'unir aux dix mille cavaliers et aux huit mille fantassins que le gouverneur de l'Afrique amenait comme ren* fort, il eut beau marcher tout seul en avant avec une armée déjà décimée par des luttes furieuses, la victoire n'en accompagna pas moins les Musulmans à chacun de leurs pas. Tandis que l'indépendant et audacieux Tharik forçait la ville d'Écija , assiégeait Cordoue' et menaçait Tolède, Mouza, d'un autre coté,ç'emparait deSéville, de Carmona, et s'avançait vers la Lusitanie. Tout cédait devant ce torrent de vainqueurs , et les populations terrifiées se hâtaient dans leur fuite, comme si elles étaient chassées par le glaive de Dieu.

Quelle que fût, du reste, la rapidité victorieuse de Tharik, Mouza finit par le rejoindre devant Tolède. Là la colère du général ne fut point désarmée par la gloire du lieutenant. Mouza dépouilla Tharik de tout commandement, le menaça de verges, et le jeta en prison.

Dur châtiment à coup sûr : mais c'est avec cette main de fer qu'il fallait conduire la nation belliqueuse et quelque peu barbare des Berbers; c'est avec cette énergie qu il fallait, réprimer un allié nouveau , qui , après avoir été aujourd'hui un rival en exploits, pouvait devenir demain un ennemi par ambition.

La rude discipline des Arabes voulait une sévère répression de la désobéissance de Thnrik, tandis qu'il appartenait à l'infaillible toute-puissanceau successeur de Mahomet de casser le ju^emt^nt du gouverneur d'Afrique. Ainsi fit Walid.

Le khalife, considérant le capitaine victorieux et non le soldat mutin, fit élargir Tharik , et lui fit rendre ses honneurs et ses pouvoirs militaires. De cette façon, le khalife put jouir des avantages de la clémence , tout en profitant de l'inflexibilité de son gouverneur d'A-

î?ifPi*i^î?iiinf frique, qui avait maintenu la discipline HUalrcélegant ^^^^^^ ^^ ^j ^^ d'égalité dans les

L'UNIVERS

punitions. Chose merveilleuse, du reste, et qui prouve toute Tautofité morale « qu'avait alors Je commandeur des croyants ! A peine Walid eut-il parlé> que Mouza rendit lui-même à Tharik sa li* berté et ses troupes ; et tout aussitôt ces deux habiles guerriers ne songèrent plus qu*à se concerter pour poursuivre leur conquête. Ainsi , c'était de la Syrie , à Tautre extrémité de la Méditerranée « que venait Timpulsion qui faisait agir tous ces fiers Musulmans; c'était de Damas que venait la parole suprême qui rapprochait deux rivaux, leur jfaisait oublier leur haine , et leur ouvrait une nouvelle carrière d'exploits (*).

Il avait fallu sept ans à quelques tribus, sorties d'un désert, pour conquérir la Syrie; il n'en fallut que têois à quelûues bandes de Berbers , descendues de 1 Atlas , pour conquérir l'Espagne. Tharik et Mouza ne s'arrêtèrent qu'aux Pyrénées; encore prétend-on que* ce dernier conçut le projet colossal de traverser cette chaîne de montagnes , et d'aller rejoindre I^Asie par les Gaules , rAllema;;ne et la Thrace , d'étendre la domination de l'Islam de rOrient à l'Occident, et de faire de 1^ Méditerranée le véritable lac de l'empire musulman.

Mais, soit que le khalife n'eiU point foi dans le rêve titanique de son lieutenant,, soit qu'il voulût .s'assurer par la prudence la nouvelle proie qu'on lui offrjit, il revint toat à coup sur la rivalité qui avait séparé Mouza et Tharik; et sous le prétexte déjuger leurs différends en les questionnant l'un et l'autre, il rappela brusquement à Damas ces deu\. généraux , tout couverts de gloire et tout chargés de butin. Mouza et Tharik obéirent immédiatement à l'injonction de Walid. A .miftble, obéissance qui montre à quel point l'autorité du khalifat était alors rtspectée! Mais c*est que le khalife n'était pas seulement un prince , c'était un pontife: il unissait au\ pouvoirs matériels de l'un le caractère sacré de l'autre ; il pouvait à la foi> punir ou récompenser dans le ciel comme sur la terre!

FORTUJVE DE ^ALID I.

Avec ce pouvoir et ce bonheur Walid devait être le plus fortuné et le plus

p Id., ibia.

puissant prince de son siècle. Ses gouverneurs de province^ guerriers magnanimes et infatigables, n'étaient tous préoccupés qu'à étendre de Jour en jour lés limites de son empire. Si d'Afrique l'Islam passait en Espagne , de Perse il pénétrait dans les Indes , de Syrie il se répandait dans l'Asie-Mineure. Mouza et Tharik s'étai«nt illustrés en Occident; Hadjadj, qui pour premier exploit avait, en vainquant Abd- Allah -ben-Zobair, raffermi la dynastie des Ommiades et rendu l'unité au khalifat, continuait, comme gouverneur de l'Irak , à se couvrir de gloire en Orient et à y augmenter encore les possessions presque fabuleuses de l'Islam. Par les ordres et sous la direction de ce dernier, une armée nombreuse et aguerrie traversa t'Oxus, et s'empara avec une rapidité merveilleuse de la Bockarie, du Kharism et du Khasghar; puis bientôt cette armée formidable se divisa en deux corps, dont Tun^utpour noission de réduire le roi de KabouL et dont l'autre s'enfonça avec la plus étoimante audace dans les contrées les plus mystérieuses de rinde. Ces deux corps réussirent comme le faisaient partout les armes musulmanes : le roi de Kaboul, qui jusqu'alors s'était cru tout-puissanl, fut obligé d'entrer en composition pour conserver sa couronne; et toutes les riches contrées que baigne Tlndus, depuis les montagnes qui bornent la vallée de Kachemyr jusqu'aux rivages de l'Oiéan, furent subjuguées comme par enchantement par res soldats invincibles, dont elles adoptèrent à la fois la domination et le culte (*)•

L'ardeur conquérante des Arabes était insatiable : tout en avançant chaque jour vers les limites de TAsie, ils levaient, parmi les plus braves d'entre les nations qu'ils soumettaient, des troupes fraîches et qui connaissaient le pays ; ils se recrutaient par la victoire. Leur khalife ne pouvait qu'ap^i trouver cet esprit militaire et cette prop;»gande religieuse, dOnt il lui revenait d'ailleurs de nouveaux sujets et des richfsses nouvelles; aussi, loin de s'arrêter, les armées musulmanes ne pensaient jamais qu'à marcher en avant, et après les

(*) Voyez Beladori»

Indes il leur fallait la Chine. Déjà même elles s'apprêtaient à pénétrer dans le Céleste empire, et à troubler Tordre immuable ^ui y régnait depuis des milliers d'années^ lorsque Uadjadj fut retenu par la maîn de Dieu même « et mourut tout à coup, sans que ses historiens nous aient rapporté comment il fut frappé, à quelle époque précise, et en quelle œntrée particulière des immenses possessions qu'il avait conquises ou qu'il gouvernait. Cette mort d'Hadjadj, qui coïncidait, du reste, avec celle de Walid, suspendit la conquête islamique; tant il est vrai ouMI faut toujours une impulsion suprême aux hommes les mieux doués, un commandement unitaire aux soldats les plus braves.

Mais Fheureux Waiid ne devait pas seulement être reconnu khalife depuis l'Espagne jusqu'à la Chine , sur plus de quinze cents lieues d'étendue; par une singulière prédilection du destin , il lui appartenait encore de voir sou^son règne la puissance arabe s'étendre au nord , plus loin que ne l'avaient portée et la fougue de Khaled et l'habileté de Moawiah. Son frère Moslemah avait assiégé et pris la ville de Tyanes, clef de la seconde Cappadoce : le Taurus seul lui faisait obstacle ; car les Grecs se montraient plus effrayés et plus inquiets que jamais. C'est que la terreur du nom arabe commençait à se répandre d'un bout du monde' à l'autre. Cette terreur devint même si générale, que les faibles Byzantins se refusèrent un instant à combattre contre ces guerriers bouillants, dont ils avaient naguère méprisé les ancêtres comme les derniers des Barbares. Moslemah alors profita de l'effroi de ses ennemis, s'avança dans le Pont, s'empara d'Amasée et des châteaux voisins, ruina la contrée; et qui sait où se serait terminée sa marche victorieuse si la mort du khalife nVût suspendu pour quelque temps toute opération uiilitaire sur le territoire entier de l'empire.? Bardane, dit Philippique, empereur de hasard , qu'une faction avait élevé , qu'une obscure conspiration devait abattre; le cynique Bardane, qui Dévoyait dans le pouvoir impérial de Çonstantinople qu'une facilité pour ses ^jces honteux, l'ivrognerie et la débau- >cûe, aurait-il pu résister aux Arabes,

venant cette fois attaquer sa capitale par terre , après avoir traversé rAsie-Mineure , inviolée jusqu'alors CO ^

Walid ne régna que dix ans et dans ces dix ans il fut témoin , sinon acteur, de l'accroissement infini de l'Islam. Soa père Abd*ei-Mélik avait fait faire un recensement de ses provinces qui avait duré plusieurs années , tant l'empire des Arabes était déjà considérable; sous son fils le recensement des nouvelles conquêtes aurait été presqueaussilong,puisqu'il y avait d'ajouté aux possessions de l'empire trois cents lieues en Europe, et six cents en Asie. C'est, du reste , en cette année 715, la 96"« de l'hégire, que la dommation musulmane atteignit son apogée. Elle formait, pour ainsi dire, dans le monde un croissant colossal, dont une des extrémités allait aboutir aux Pyrénées , et Tautre aux conlins des Indes, en traversant la Perse, la Mésopotamie, la Syrie, l'Egypte et tout le littoral de l'Afrique. Ëttvetait Damas le centre éblouissant de ce demicercle prodigieux; c'était dans cette .

ville fortunée que s'accumulaient les richesses de la moitié de l'univers connu; c'était dans ses murs que revenaient tous les vainqueurs du 1< vant comme du couchant ; c'était elle qui s'enorgueillissait de toutes les victoires, qui profitait de toutes les conquêtes !

Cependant les anciens habitants de la Syrie ne devaient point prendre part à cette fortune sans exemple. Pauvres chrétiens, dont le culte était toléré, mais dont la nationalité avait été éteinte, ils regardaient d^en bas tout ce faste de la cour des khalifes , et ce spectacle , en passant devant leurs yeux , arrachait de leur cœur toute espérance d'indépendance et de liberté. Plus les Musulmans grandissaient en puissance, plus les Chrétiens de valent désespérer de l'avenir. Plus les Grecs, leurs coreligioniiaires, s'abaissaient, plus ils se sentaient condanmésà une infériorité éternelle. Leurs dominateurs étaient cléments, leurs maîtres actuels étaient doux ; mais pour être léger^ ce n'en était pas moins un jou^

3ui pesait sur leurs épaules; et puis, qui j evait leur répondre de l'avenir ? Ne leur pouvait-il pas arriver tout à coup

(*) Voyez ThéopbAoe.

L*UKIVERS.'

des menaoeB, d^s avaDies', des exigences inconciliables avec les devoirs de leur conscience? Quelle que fût donc la tranquillité apparente des Syriens , ils n'en étaient pas moins misérables et craintifs au fond du cœur. Tel était le sort des meilleurs d'entre eux, de ceux qui étaient restés fidèles à leur foi, à leurs traditions et à leurs moeurs. Quant à ceux , au contraire, qui avaient abjuré le christianisme, qui niaient leurs aucétreç, et qui avaient adopté les habitudes de leurs vainqueurs, ils n'étaient qu'en

Eetit nombre, et la destinée de pareils omines ne mérite pas d'ailleurs d'occuper Thistoire. Dans tout pays et en tout temps, il y eut des lâches, qui vendirent leur patrie, des intrigants qui exploitèrent la défaite de leurs frères , des renégats qui vécurent de leur infamie : la postérité les méprise autant que leurs contemporains les ont maudits!

Waiid fut déclaré grand khalife de son vivant : on l'appela sans doute le Victorieux, à cause des conquêtes de ses généraux; le Magnanime, à cause des richesses qu'il distribuait; le Tout- Puissant, à cause de l'autorité que son titre lui avait acquis ; nous nous contenterons, nous , de le nommer le Fortuné?

Sans quitter Damas, il remua l'univers; sans former personnellement la moindre entreprise , il se trouva maître de nombreuses provinces nouvelles. Existat-ii jamais prince plus heureux et à moindres frais? Son seul malheur peutêtre fut de mourir à quarante-deux ans, dans la force Je son âge et dans la prospérité de son trône, d'une maladie dont on ne nous a pas conservé le nom.

lïOUTEAU SIBGBSBCONSTANTINOPLE.

Le règne de Souleyman (vulgairement Soliman ) , successeur de W alid , fut court, deux ans et huit mois, et ne fut rempli que par un nouveau siéi^e de Constantinople ; mais c'était peut- être la tentative la plus terrible qui jusqu'alors eût menacé l'empire byzantin. Cette expédition, en effet, n'étiiit pas seulement redoutable par sa force, elle l'était encore par la faiblesse deses adversaires. Depuis plusieurs années, l'empire byzanti n se décimai t lui-même par la guerre civile. Justinien II, le dernier des Héra-

clfdes, ou princes de lafamîile du i Héraclius, s'était montré si vindi et si cruel, qu'on ne cherchait qu délivrer d'un aussi-infâme df spote J par des complots individuels, soit!

des soulèvements de villëS et de prd ces. Il fut renversé une fois ; puis incapable rival se laissa vaincre, et tiniën remonta sur le trône pour sel gner à l'aise dans le sang de ses suji Enfin l'on parvint à se rendre iiiaitr< ce monstre : l'humanité respira , lU l'empire ne fut point sauvé. Le ten était aux conspirations; les parts montraient sans cesse en hostilité ( verte. Chacun avait son candidat à souveraineté, et l'on combattait jusqj ce qu'on eût obtenu son empereur à] jour. Après Bardane l'Ivrogne, d t ri lippique, on couronna tour à tour administrateur sans génie, Artémi' dit Aiiastase II, et un financier sd cœur, du grand nom de Théodore ^1 Dans une pareille anarchie, étaitj possible de s'opposer avec unanimité un ennemi qui s'avançait sur mer a>^ dix-huit cents vaisseaux , sur terre a« près xle deux cent mille hommes L'armée de terre, commandée par Moi lemah, était arrivée presque intacte juj qu'auprès des murs de Constantin^ pie ; chacune de ses étapes avait été un victoire, et bientôt elle forma un cod immense qui s'étendait de la Corne à'(n à la Propontide. L'alarme des Grecj était au comble; les Arabes se croyaienj sûrs de la victoire. Mais le feu gréjieois, seul protecteur à cette époque de l'empire byzantin, sauva encore la capitale de rOrïent chrétien en l'année 7 1 7. Après

Î^usieurs tentatives de la marine pour orcer les chaînes du port, après plusieurs attaques des forces de terre, le feu grégeois, conduit contre la flotte p.ir des brûlots , lancé contre les machiiie> de siège par des tubes en airain , porta un tel ravage au milieu des Arabes qu ils renoncèrent à enlever immédiatement la ville sans cesser pourtant de l'investir. Ce blocus était désastreux pour les Grecs ; car, outre qu'il coupait toute communication entre la résidence du gouvernemeut byzantin et les provinces, il permettait aux Musul-

(*) Yojez Théophane et Cedreaos. i

}as de se répande aa loin dans la

f pagne , de la piller, de la ruiner. Arabes résolurent d'hiverner devant jr proie future, et pour se la partager ' ps équitabiement ils appelèrent leur . kalife,à qui ils réservaient Tbonneur f ntrer dans Topulente cité des Ro-

fins, et ii'en distribuer lui-oiéme les mouilles.

Ce khalifei attendu si impatiemment ' )aime arbitre » avait , en effet , la ré-

E' ration d'être juste, quoiqu'il fût d'une ;ueur faroucne, ainsi que le prouve le ^it caractéristique que nous allons confr. On se souvient que lVIouza-l)en-No-

tir et Tharik avaient été rappelés tous ux, au milieu de leurs victoires, pour |ndre compte à Walid de leur conduite, iharik partit seul sur son petit cheval de .Atlas, chargé simplement de quelques pierres précieuses qu'il devait déposer Kix pieds du commandeur des croyants.

Walid le reçut avec bienveillanee, écouta le récit de ses exploits, ne lyi reprocha |u'à peine son acte d'insubordination envers son général en chef, et s'apprêtait, âit-on, à le récompenser dignement, lorsque la mort vint arrêter sa main libératrice. Mouza-benPîozaïr, au contraire, se rendit à Damas avec la pompe d*un victorieux, avec le déploiement de forces d'uq tout-puissant gouverneur.

Outre une innombrable caravane de dépouilles luxueuses, il traînait à sa suite trente mille captifs; et ce fut avec le cortège d'un conquérant et le faste d'un prince qu'il entra en Syrie. Mais il n'était pas encore parvenu à la capitale de l'Islam, que la chaire sacrée du khalifat avait changé d'organe. Souleyman futil prévejiu contre Mouza-ben-Nozaîr?

Tharik, le vindicatif Berber, fit-ii au nouveau khalife des dénonciations secrètes contre sou ancien rival? Le luxe du vainqueur des Visigoths, lorgueil ou dominateur de l'Espagne, sa manhe triomphale à travers la Mauritanie, TÉ- ^ypte el la Syrie, déplurent-elles au ngide commandeur des croyants? Avaiton accusé auprès de lui Mouza-ben- Nozaïr d'avoir voulu se déclarer indépendant? Le khalife, qui n'avait pas encore pris les armes en personne, redoutait il ce fier guerrier, tout couvert d exploits, tout entouré de troupes qui paraissaient lui être dévouées, qu'il

avait illustrées et enrichies tout ensemble? Souleyman, enfin, jalousait-il Mouza-ben-Noziiïr? Toutes ces suppositions sont pos>ibles vis-à-vis du fait qu'il nous reste à rapporter.

Au premier abord Souleyman dissimula : il reçut solennellement et avec honneur le glorieux gouverneur d'Afrique, l'interrogea longuement sur ses combats , curieusement sur les mœurs des pays nouvellement acquis à l'islam, le sonda sur ses projets, puis le congédia sans lui faire savoir de vive voix la décision gu'il prenait à son égard.

Le lendemam, par un incroyable revirement d'opinion , il ordonna qu'on dépouillât Mouzaben-Nozaïr de tous ses biens, qu'on le battit de verges, qu'on l'exposât un jour entier, tête nue, au soleil de l'été, sur une des places principales de Damas, et enfin il le frappa d'une amende considérable de cent à deux cent mille pièces d'or, en rendant sa famille soli'laire, pour la ruiner ainsi aue son chef. Mouza-ben-Nozâïr, âgé aéjà de plus de soixante-dix ans, mais vieillard au corps énergique et au cœur inébranlable, supporta avec la plus noble résignation le châtiment barbare qu'on lui infligeait. Ce stoïcisme héroï-

Î|ue blessa-t-il encore le khalife, si cruelenient susceptible ? Il le faut croire, car sa vengeance ne se montra pas encore assouvie (*).

Quelque temps après ce supplice, dont la véritable cause est restée un mystère, Souleyman apprit que le fils de Mouza, Abd'el-Aziz, demeuré, depuis l'absence de son père , gouverneur de l'Espagne, tout en étendant le long des Pyrénées et sur les rives du Tage la domination arabe, avait, dans ta ville deSéville, sa résidence, épousé avec éclat la belle Égisona , veuNC de Roderik, le roi vaincu deVisigôths, qu'il lui avait permis de conserver sa religion , et qu'il lui avait laissé des serviteurs chrétiens pour sa maison. Sauf le mariage avec une infidèle, la tolérance d'Abd'el-Aziz n'avait rien de contraire aux habitudes et à la politi(|ue niusul- , mânes. Mais les ennemis de Mouza ajoutaient à ce rapport contre son fils, que celui-ci était plein d'orgueil comme sog

(*) Voyez NowalrL »

L'tJïîIVERS,'

père, et qu'il songeait aussi à se rendre indépendaot. Sans prendre de plus am* pies et de plus sérieuses informations sur la conduited*Abd'el'Aziz, Souleyman dépécha Tordie au commandant en second de TEspagne de, se défaire à tout prix et par tout moyen d'Abd*el- Aziz, et d'envoyer sa tête à Damns.

Abd'el-Aziz , en se rendant à la mos-

auée , fut donc assailli par une troupe 'assassins et massacré san^ pitié.

Quand le khalife eut la tête du tils il manda le père, Mouza arriva.au pa- .

lais de son souverain, en vêtemaiàt3 de bure, le bâton blanc du kaiendery ( v,op- i geur ) à la main , et la besace du derwieh (mendi.iut) sur le dos. Le khalife «fUt > la cruauté de lui présenter la téie coupée d'Abd'elÂziz, et de lui demander s'il reconnaissait ces traits déformés par une mort violentr- : «Oui, jç les recou- « nais, répondit le malheureux père, ce « sont ceux (i'un brave et Gdèle musul- « man, d'un homme qui U vaut milie « foisN Puis le Bélisaire arabe retourna . dans l'aride Hedjaz, sa patrie, pleurer son fîls et mendier sa vie C*).

Telle était la justice de Souleyman.

Eût elle été aussi barbare enyerç. ie$ Grecs qu'envers les Arabes? Sa mort, qui arriva tout à coup , et preéque^ dès son départ de Damas pour se rendra à l'armée qui assiégeait Constant inople, ne permit pas de le savoir. C^t à un neveu d'Ahd'el-Mélik, et non. à .un de ses Gis, que Souleyman avait destiné sa succession. Soit respect pour 1rs dernières volontés du khalife, soit confiance dans Omar-ben-Abd'el-Aziz, tqi^ours est-il qua le choix de ce dernier ne rencontra aucun obstacle. Ce retour à l'ancien mode de désignation au khalifat fut d'ailleurs approuvé par le reste des partisans du régnne primitif, et eut en outre l'avantage de. conserver le khalifat dans la famille d'Ommeyyah. Autant Abd'el-Aziz-hon-Merwana»^ait été avide, intéressé, amoureux de l'or dans son gouvernement de l'Egypte, autant son fils Omar se montra probe , austère , dédaiiineux du luxe et des richesses dans Jachaire souveraine. Il eutquelques-unes des vertus de son célèbre homonyme :

il fut comme lui juste pour les autres ,

Hf^^

{♦) Voyez Murpby et Wowalri.

rigide pour loi-méme. Sa piété aufll était extrême; et, loin de ntlire à son pouvoir, cette piété vint fort à propos pour rtmdrê aux habitants dé rHeoja et de l'Yémen quelque peu de respect pour le caractère pontifical des khaiifes, et pour détruire en* partie lé préjugé populaire de l^'Mèkke et dé Medine contre les Ommiadé^rl^s puëtes seuls n'eurent rien a gagnM" aunomrcatr règAe. Omar, qui se refusait pafft>ifi à "lul>mêii>é le nécessite', afifn &e di^trîbuei* davantage auxpauvres-, les prtvïrdes'fôrtéS pensions qu'ite touchdièttt â 1^ cèiri' de Ws prédécesseursdefKiis- Aèd^MVIéliK; Tdbt change» a Damas : de salle' de féie le palais du khalifat devint Uh^ r^trsfite de doc tpursv de ïtemetfrede p1klî^h{,^de festins et d'abendahee; un IfeOi 'd'austérités, de privotioirset-de jeû'rtéS. '

Le-dévot'ét 'figldêrcoiym^ândefur des croyants n'en/ 'flUK^ïiS MoiHs <^/itîlnuer le siège de ConÉ?tatntrto))Te. ^iilefttent, au lieu d'une opulente^ proie, il vit dans cet espofr' de «tfnqtfête 'PaccdmrpliSsement de» traditions reK<grHi$es'de Itstam, qui promettaient aux iVfusuInlàh^ fidèles la

Îtrisede cette magiflfique 'dite: Dès que e retour du'printeitfps lé' liil permit, il envoya une flotte^dequaltreHeents voiles à rannëeiarabe4|0t avait hi^erHf^ autour de ta capitale byzantine. Mais cette flott»^^ montée jpair des ÉgJ/ptî^fe, ï>resqut!tou9'Cihréti^ii9-;'et uni dt'âfghaient que'Ift'piété'id'Oiwar'. 'mfftéfe par ses gouveniv»urs^^r pari une pàrtfé'du peuplei'ue rév^iltât le fanalfisittië nidtrométàQ et ne compromit lettr tran^uinité, songèrenta se rend rehaut Qreeà, aûtîeU de ravitiiljteries< Arabe». Leui^ trahison, odirase par elle-même et quëlqu^ën fdt le motif, tourty»tJlontrë eux tout autant que contre les Miisulnvans. En les voyant arriver à force de »vor1es W dé rames vers leportdeCODStBUtinople, les Grecs crurent à une» attaque i'et,^ma1gfré tes signes des Égyptiens ; ils ^ut tancèrent une telle quantité de feu grégeois/ qu*i)s inceniiièrent les quati^ ctets vaisseaux, et exterminènent tous cém qui les montaient. Bien plu&; glorieux 'dte-suceès qu'ils venaient de remporter , encouragés par leur empereirr, qui, cette année-là, sansétre un homme de génie était au moins un bon soldat, L^n III, 1^ Byzantins abordèrent eux-mêmes le

STRIB MODERNE.

Kste des vfîsseanx arabes^ If» dispersèrent, et mireut le feu à tous .ceux qu'iia

poréot ^tteîpdre (*)• ,

Cependant Tarniée de terre ^des Muffllmans, <]ui avait eu beaucoup à souf* frir (J*UD hiver des jplus rigoureux , pri* vée des vivres frais qu^elie attendait, ne put supporter la famine après le froid, Elle çommen^ità se décourager et à chercher sa vie eu courant par baDdes Jes campagnes de la Bithynie, lorsaue, pour éviter une désertion générale , M oslemah résolut de la ramener eaSyrie et d^abaodonner une fois encore le siège de cette ville, qui, toute corrompue qu'elle fût, trouvait une protection puissante dans la Providence; qui, toute dégénérée qu'elle se montrât, avait un moyen de défense presque insurmontable dans le feu grégeois. Contrairement aux prévisions de Mosiemah, la retraite des troupes musulmanes fut encore plus désastreuse aue ne l'avaient été les glaces, que ne Vêtait la famine. La tempête détruisit les navires qu'avait épargnes le feu grégeois^ il fallut prendre la voie de terre. Alors , en l'absence ^ Grecs, les Bulgares, excités par eux, tombèrent sor les derrières de l'armée arabe, et, en la harcelant sans cesse, lui tuèrent jusqu'à vingt-deux mille hommes.

I En apprenant ce désastre, d'autant plus sensible à l'orgueil musulman ' quH avait été précédé par de si prodigieux triomphes en Espagne et dans les Iodes, Omar passa de la dévotion au ! fanatisme. Il crut voir dans l'échec de ; ^s troupes une punition du ciel pour leur foi attiédie, ordonna un redoublement de zèle islamique , et voulut forcer tous ses sujets sans distinction à eml>rasser la religion mahométane. De là une persécution des Chrétiens, qui sans (ioQte aurait longtemps duré, et aurait augmenté de rigueur de jour en jour, Moût à coup, soit par une main chrétienne , soit par la vengeance d'un ennemi des Aliaes au'Omar était accusé de protéger, le khalife n'eût reçu un poison violent dont il mourut. Cette catastrophe sauva les Syriens d'un règne I H^i avait justifié, dès son commencement, leur crainte perpétuelle, et qui

(*) Voyez Théophane et Cedreniu* ^Q' Livraison, (sybis moderne.)

menaçait, en continuant, de leur faire souffrir plu^ de maux que n'en avaient apportés à leurs ancêtres les farouches cavaliers de Khaled.

iB&AlflEMSirr DE LA F17TSSÀRGE nSS OMMIADBS(*}.

r^us voici arrivés à l'époque où le khalifat des Ommîades semb'e condamné, malgré la puissance colossale de l'Islam, malgré les efforts des partisans d'une maison puissante, dont le 5 remier membre couronnéfutun homme e génie, Moawîah. Une sorte d'instabilité fatale avait , depuis quelques années , ébranlé le pouvoir des fi 's d'Abd*el-Mé< lik. Après l'heureux Walid, qui avait vu, en dix ans de règne, plusieurs royaumes conquis à l'Islam et des richesses fabuleuses accumulées dans son palais de Damas, ses successeurs devaient éprouver toutes les difficultés qu'entraînent des établissements innombrables et le gouvernement de cent provinces. Souleyman, malsçréson inflexible justice, Omar, malgré le respect que sa piété lui avait attiré, avaient senti tout te poids de ce monde qui pesait sur leurs épaules. Ils y purent à peine suffire l'un et l'autre. Le premier mourut au commencement de sa tâche ; le second fut victime de la vertu même qu'il avait montrée. Si sa piété lui avait fait des partisans nombreux , elle lui avait fait aussi d'irréconciliables ennemis, et le poison arrêta ses projets à peine formés, détruisit brusquement l'empire qu'il s'était créé sur les esprits. Le successeur immédiat de ces deux princes, qui n*avaient fait qu'apparaître dans la chaire sacrée de Damas, sans régner plus longtemps qu'eux , sembla vouloir fuir les soucis qui avaient accompagné le passage au khalifat de ses deux prédécesseurs. Ce fut, pour ainsi dire, un khalife fainéant. Caractère faible et indécis, âme sans orgueil, esprit san& élévation , il laissa faire autour de lui , sans s*inquiéter presque des événements nombreux qui se succédaient dans son immense empire. Il s'étudia à éviter toute préoccupation fâcheuse , tout travail pénible et difficile, et ne songea

(*) Voyez iOxra^Méda.

ïi'tJNltËftS.

qu'à s'abandonner à Taise à son amour pour les femmes et à cacher ses intrigues à (a faveur de sa toute-puissance.

L'empire arabe pouvait marcher quelque temps sans un chef dirigeant : ses soldats étaient encore assez braves , ses généraux assez heureux, ses gouverneurs assez habiles, et Ton eut à peine le temps de connaître d'un bout des possessions musulmanes à l'autre la nul-^ lité du khalife, lorsque celui-ci mourut d'une peine de cœur, du chagrin amoureux que lui causa la perte d'une de ses amantes les plus belles et les plus chéries. Mais quelque invisible que fût encore la décadence du khalifat de Damas ^ ou pour mieux dire de la domination des Ommiades, elle n'en existait pas moins : c'était un ver au cœur du chêne islamique; et il appartenait au successeur du tendre et incapable Yézid II d'extirper ce ver, ou de le laisser continuer son intime et secret ravage.

Hescham régna vingt ans ; mais son règne fut rempli de péripéties nombreuses et inattendues. Hescham ne fut dépourvu d'aucune des qualités indis^ pensables à un grand prince : activité ^ intelligence, dignité, justice, résolution ^ et pourtant l'Islam sous son khalifat ne lit point un seul pas en avant. La destinée des armes musulmanes devint journalière; certains ambitieux tentèrent de se rendre indépendants , et les Alides recommencèrent à rêver l'empire. Un des coups les plus funestes , sinon encore à la puissance , au moins à l'orgueil des Musulmans, fut la victoire si célèbre

3ue Charles-!VI a r tel remporta contre eux ans les environs de Poitiers. Il n'entre pas dans notre cadre de suivre les Arabes dans leurs diverses incursions au delà des Pyrénées : le drame de leur établissement européen appartient à une autre histoire que celle de la Syrie. Disons donc sommairement qu'après avoir pris r^arbonne, pour s'en faire un port , Carcassonne, pour s'en faire une place de guerre, les Arabes et surtout les Berbers , leur a vaut-garde , ne eessèreilt » pendant plusieurs années, de courir les campagnes du beau pays qui fut plus tard la France. Ils y trouvèrent de rudes et vaillants adversaires. Eudes leur opposa d'abord une armée d'Aquitains et de Yascons qui le§ arrêtèrent quelque

temps ; mais à fdf ee de 66 roét eti masM contre les hommes d'armes du duc d'Aquitaine, les Arabes finirent par fatiguer les bras et harasser les chevaux de leurs ennemis. Ceux-ci se retirèrent donc derrière les murs de Bordeaux. Mais les Musulmans se précipitaient contre les murailles de pierres des villes chrétiennes avec autant d'ardeur que contre les murailles de fer que leur opposaient les lignes des chevaliers aquitains. Ils se succédèrent dohc en si grdUd nombre sur les remparts de Bordeaux, que cette cité, malgré son héroïque défense, vit tous ses guerriers mourir sur ses brèches les uns après les autres , et bientôt elle fut prise, pillée, brûlée, saccagée (*). Le lamentable sort d'une des capitales des Gaules jeta l'épouvante à cent lieues à la ronde. La valeur des nobles ne put réveiller le patriotisme des

{)aysans. Les campagrtes se dépeuplaient, es villes tremblaient, rémigration précédait l'arrivée des Arabes. Les populations crédules de cette époque voyaient dans les Musulmans des démons vomis par l'enfer; elles croyaient que Dieu punissait par leur entremise les vices et la perversité du siècle : les plus désespérés attehdaient la mort agenouillés dans les couvents ou dans les églises; les plus alertes fuyaient de toutes parts, jusqu'à ce qu'ils eussent mis entre eux et leurs ennemis de grands Ûeuves ou de hautes montagnes, le Rhône ou le Rhin, les Alpes ou les Vosges. Ce fut ainsi que les Arabes, presque sans coup férir, entrèrent dans plus de vingt villes , détruisirent des milliers de monastères, s'emparèrent tour à tour de Lyon , de Ghâlons-sur-Saône et de Mâcon, et réunirent d'immeUses butins. Heureusement que les richesses limombrables dont ils se forgèrent avec une avidité toujours croissante embarrassèrent peu à peu leurs marches , et ôtèrent à leurs mouvements cette spontanéité, cette fougue, cet ensemble qui jusque-là les avaient rendus invincibles. C'est a!ors que Charles d'Austrasie et de Neustrie , dont chacun connaissait l'énergie et le (Courage, fut imploré comme un sauveur.

Ce rude soldat, auss! résolu que brave,

(*) Voyez Aboa'Wéda, Abou'Marac^ et Ockley , hist. Strr.

ne faiDit pas à là mission qu'on lui demandait de remplir. Il appela autour de sa personne tous les hommes puissants ei( valeureux entre les Chrétiens : 11 en vint du nord et du midi , de Test et de Touest, des Allemands et des Bourguignons autant que des Gaulois; et avec le reste des Aquitains et desYascons tous ces ^eas d'armes formèrent uue de ces armées puissantes qMi viennent jouer d'un couç le sort de plusieurs nations, la destinée du monde. Les Chrétiens étaient presque tou$ à pied, mais couverts de larges boucliers; les Arabes à cheval, mais sans cuirasse- Ku voyant dans la plaine de Poitiers les lignes étroites et étendues coipmandées par Charles d*Austrasie, les Musulmans crurent qu'avec leurs rapides chevaux il leur suffirait d'une seule charge pour découper en mille tronçons Je long serpent de fer qui leur barrait le passage. Us s'élancèrent donc ^vec impétuosité; mais le long serpent de fer se tordit, s'enroula , mais ne fut point entamé.

A une seconde attauue, rien encore; enfin , après les plus bouillants combats , après mille traits d'audqce^ de vigueur et d'adresse , les Arabes , dont les chevaux étaient harassés, furent à leur tour entourés par les Chrétiens, pourfendus par leurs redoutables francisques, écrasés par ces lourds marteaux de combat auxquels Charles a dû son surnom impérissable de Martel. Cette bataille avait été d'autant plus solennelle, qu'elle se donnait en octobre, au moment où la nature, sur son déclin, semble avoir plu$ de grandeur et de majesté ; elle avait été d autant plus décisive, que les forces des deux partis s'étaient réunies de tous côtés pour ce grand fait, et s'étaient observées huit jours durant avant de se décider à combattre en massse ; elle fut d'autant plus importante que le général arabe y fut tué, cet And'-er-rahman dont on craignait la vaillance, dont on vantait les talents, dont on parlait sans cesse comme du plus redoutable d'entre les Arabes.

Ce grand désastre retentit doulou* reusement jusqu'en Svrie : il avait eu lieu l'an lUdel'hégiré (783 de J. C. ); et dès cette époque le khalife Hescham avait rencontré des difficultés, avait éprouvédesrevers que ses prédécesseurs

étaient loin de prévoir. I«eg Indes étaient un foyer de révoltes. La Mauritanie, après s'être soumise en apparence, profitait de toutes, les occasions pro-

{)ices pour inqu^ter ses conquérants « eur causer des embarras , se soulever contre eux. pans ce pays, la guerre permanente fatiguait a la longue les plus déterminés. Enfin, ce qui était plus grave que tous ces obstacles à la domination de 1 Afrique, c'était l'attitude de l'Hedjaz et de l'Irak, Tun redevenu hostile, l'autre se déclarant en* core une fois pour les Altdes. Certes, pette conspiration des Irakiens n'était pas fort redoutable au fond. Comme toujours les Irakiens devaient, après -s'être prononcés avec exaltation pour les droits immémoriaux des descendants directs du prophète, se refroidir tout à cou|) , abandonner leur rêve en sacrifiant celui qui le leur avait fait concevoir. Mais la froide haine des rigides Musulmans de la Mekke, haine excitée par une famille dont nous aurons incessamment à nous occuper; mais ce levaiu perpétuel derévulte qui fermentait dans celte ville austère, voilà qui avec raison pouvait

Sorter le trouble dans le cœur du khalife e Damas, quelle que fût son énergie per^ sonnelle , quelle que fût sa confiance dans sa force matérielle et dans le nombre de ses partisans (*).

Avant la catastrophe qui menaça leS Ommiades , il se passa, du reste, un fait important sur lequel nous devons nous arrêter quelque peu. Ce fait , c'est l'é* migration d'un grand nombre de Syriens pour l'Espagne. Remarquons, d'abord , que ces émigrés étaient des Musulmans : c'étaient, contrairement aux faits analogues, les descendants des vainqueurs, et non les descendants des vaincus qui fuyaient au loin. Ces derniers, au contraire, chrétier)S pour la plupart, se montraient aussi attachés au sol qu'ils l'avaient été à leurs idées reUgieuses. Cet événement singulier seul* blatt donc comme un avant-coureur d'un cataclysme politique : il était étrange, en effet, que des hommes qui a\ aient combattu si énergiquement pouf conquérir une contrée, la quittassent tout à eoup et si facilement pour 4

nVoyesAbov'i-ftda..

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Î.*UN1VERS

rir de nouTeaax hasards, pour s'exiler sans profit immédiat , sans intérêt positif. Ce qui n'était pas moins singulier, c'est que ces émigrés semblèrent n'abandonner qu'avec regret leur établissement oriental y et pour preuve de ce sentiment , c'est qu'ils donnèrent aux nouveaux lieux qu'ils allaient habiter les noms de ceux qu'ils venaient de quitter. Ils cherchèrent même dans l'aspect de Ja nature, dans des ressemblances de climat, des rapports avec le pays c[u'ils remettaient au fond de l'âme. Ainsi, les émigrés de Damas , de ses plaines fertiles , de ses verg;ers féconds, s'arrêtèrent dans les environs d'£lbira, et donnèrent à cette, contrée , toute remplie de jardins abondants en fruits,* le nom de Damas et sa charniaute épitfaète de mauùn. de délices ; ceux qui venaient de Heins , la ville opulente et gracieuse, choisirent pour séjour la coquette et riche Séville, et l'appelèrent la nouvelle Hems ; ceux qui , partis de Hamah, se souvenaient de la beauté de rOronte, de ses luxuriantes prairies, de ses berges émailtées de fleurs, trouvèrent dans le Guadalaviar un fleuve comparable ^ l'Oronte ; \es autres. Oui s'établirent soit à Malaga, soit à Xérès , changèrent aussi lé nom de ce pavs en ceux d'Andar et de Palestine, et ne les choisirent que parce qu'ils leur rappelaient leur patrie syrienne. Comme on le voit, il^ avait un mystère dans cette émigration : ce n'était ni la misère ni l'ambition qui l'avait provoquée, et loin de plaire au khalife elle devait Tinquiéter et lui être comme un funeste avertissement de décadence.

' Une sorte.de vertige saisit même Hescham vers la fin de son règne. Sans se préoccuper sérieusement ni des révoltes de ses possessions éloignées, ni de la sourde mais implacable haine de la Mekke, il ne semblait songer qu'à Constantinople, qu'à l'Âsie-Mineure, qu'aux Grecs, ses moins redoutables ennemis.

Après avoir échoué contre eux en personne dès le commencement de son khaUfat, grâce sans doute à son inexpérience militaire, au bout de dix-huit ans il forma encore contre la Paphlago* sie une entreprise qui n'eut pas de suite, etqui se borna à une mauvaise comédie^ dont l'insuccès jeta presque du ridicule

sur leoommandeur des croyants. Une»

tain aventurier, comme ré^ioque du Bas- Empire en offrit un grand nombre, né à Pergarae, et qui se disait fils de riafâme Justinien II, s'avisa de rêver la pourpre, et de se faire appeler l'empereur Tibère dans un villai>e obscur de la frontière musulmane. Hescham prit au sérieux *ce misérable comoétiteur, et en admettant son rêve, en âppuyaot ses prétentions, il crut avoir suscité un rival à Léon III. Mais Pamiée qae le khalife lui confia, eet ambitieux sans talent ne sut pas la diriger; et loin de se créer des partisans, en avançant sur les terres de l'empire il souleva contre lui les populations, qui, le voyant avec les Arabes, teprirentpouron traître, etie combattirent avec un tel acharnement, qu'il fut bientôt obligé de fîiir avec autant de rapidité que de honte. Le khalife ne récolta que confusion de l'erreur ^ssière dans laquelle il était tombé a l'endroit d'un fourbe ^ns talent; on douta de son i)itelligeneê ^ et sa politique perdit de la considération tout autant qoe ses ar ines (*)• '

Ti^is arts après cette équipée, Hestbâminourut; Pan lîSdelliégipe (743 dé- J.'C). Sans que TiiAon» ait sous ce Irègnèi'fén perdu encolre^de te pussonce matérldlè, Il avait pourtant éprouvé des revers signrfieatifti. L» bataille de Poftiersrava^mîsfaceà fac»âvec une religion rivale dont' il ne cèmiaissait jusqu'alois que de faibles ^quoique courageux disciples^ après Iràmartyrsde la foi chrétienne, c étaient à ses héros goe les Musulmans devaient avoir affaire, et ces derniers leur montrèrent, par une victoire éclatante, <|iie l'Occident n'était pas aussi facile à conquérir que l'Orient. Les progrès de l'Islam semblaient donc bornés en Europe. I^e projet de Mouza,qui voulait revenir par lesGaulesetrAllemagneenAsie, n'était plus désormais qu'un rêve bon pour on poète enthousiaste, ridicule pour un général expérimenté. Cette grande mer montante sortie d'Arabie qui avait envahi , marée par marée, la Perse et les Indes, la Mauritanie et r£spagne, avait enfin trouvé dans les plaines du Poitou unedigue assez puissante pour arrêter ses

n Toyez AboaMféda.

STRIE WQDERIŒ.

floU;U loi fenutvefenirsureUe-méaie, afin daUer s'épandre ailleurs. C'est ce reflux derisiam que le khalife Hescham ne sut pas diriger.

Il ne s'agissait plus maintenant, en effet, d'entretenir sans cesse cette fièvre àe conquêtes qui avait si rapidement porté fa terreur des armes musulmanes d'un bout du monde à l'autre; il ne s'agissait plus de iK>u8ser toujours en avant ces Arabes avides., amoureux de Ja gloire autant que du pillage : il fallait organiser ces immenses possessions c^oime le grand Moawiaii avait orgaBiaéJa Syrie; il fallait inspirer à ces .batailleurs ardents Famour de la paix, à ces cavaliers iofa^gables Tanour du ropos^à ces orguetllçux indépendants l'amour de Tordre. Cette tâche, plusdifficiie aentu)isquecelle des combats, la iamiUa des.Ommiades en était incapable : elle n'avait eu 9u'un homme de génie, iqu'un grand politique, le chef de sa dynastie. Gâtée à son sommet par rbabitudedes succès militaires, elle s'était trop vinliabituée dans ^es degrés inférieurs aux douceurs du coAun^tidement, ««up .voluptés du luxe; aussi, la voyoas-noôs,. cette famille un moment si puissante, fuir les complications politiques^ éobapper aux difticultés centrales, pour aller chercher, dès le règne d'Heacham, une fetraite au loin, dans la plus belle et la plus écartée en même temps» des c)»nquéte8 arabes, en .Espa»

gne, où elle espérait jouir à son aise de ses richesses incalculables. C'en est fait : il ne reste plus d'elle, , à Dansas, dès Tan 126 de l'hégire , que ses membres les plus élevés, ceux que leur rang suprême, que leur position fatale, condamnent à expier sur un trône chancelant les fautes de quelques-uns . de leurs ancêtres, l'incapacité < du plus grand nombre. Ce ne sont donc plus que des fantômes de khalifes .que nous allons voir se succéder dans la chaire arriérée de Damas ; les Abbassides les minent de Jour en jour, jusqu'à ce qu'ils les écrasent enfin sous les ruines de leur pouvoir (*).

COMMENCEMENT DES ÂBBASSIDBS.

Les historiens modernes ne savent n Voyez Ockksy.

comment expliquer ces «rou^ d'ambi- .

tieux qui se disputent fempire chez les Arabes , et qui forment une sorte de noblesse turbulente et active. Comme le Koran ne reconnaît d'autre supériorité sociale que celle de la science, de la valeur ou de la fortune ; comme le principe de l'aristocratie ne fut iamaîsétabli fondamentalement car les chroniqueurs arabes, on lest toujours tenté de voir dans rhistoîre de l'Islam le contre-pied . de celle de la féodalité. Et pourtant il y a ^ 'beaucoup phis de rapports qu'on ne pense entre le^ hauts Dah)ns du moyen âge et les parents de Mahomet au commencement de Théglre. Ainsi que les liants barons, lés descendants du prophète, à quelque degré qu'ils le fussent, montrèrent des prétentions à l'empire, et se prévalurent orgueilleusement de leur ancêtre. Mais, outre cet élément tout non veau d^aristocratie, l'Islam eut affaire, dès son début, à d'anciennes famil- Jes prépondérantes, dont l'autorité da- ^iaitde répoquëmême du gouvernement patriarcal. Ces familles avaient des esclaves, des clients, des amis, des alliés qui tous formaient des partisans dévoués quand il s'agissait de réclamer des privi- 'jéges', des combattants acharnés quand .. jl?aeissait de conquérir ou de défendre un cfroit. Voilà comment s'était formée cette grande famille des Koréischites, qui se trouva assez forte pour lutter même contre Mahomet; ainsi s'était élevée la famille des Ommiades, ' qui était parvenue jusqu'à la chaire du khalifat ; ainsi grandissait , au siècle où ,nous en sommes , la famille des Abbassides , qui devait renverser celle des Ommiades.

Il faut remarquer, du reste, que luette puissance de la noblesse arabe gît bien moins dans l'illustration d'un homme que dans la force et le nombredes membres de la famille. Le.filsd'Omar,legrand khalife, est moins influent que les descendants d'Abbas, bien inférieur en mérite à Omar. Pourquoi cette anomalie?

Parce que le fils d'Omar n'a pas des frères et des parents puissants, des alliés nombreux groupés autour de lui, autant de clients et de serviteurs' que le fils d'Abbas. C'est donc plutôt des maisons que des familles illustres qu'on trpuve au début de llslam.; et c'est pré-

ïitJKTWRS.

cfsément jMiree ^e ces maisons, plus diffieiles à former qu*une fainiiie féodale, sont aussi plus riches et plus rares, qu*eiles amènent plus fatalement des révolutions intérieures et capitales.

On peut distinguer ces maisons en deux classes, la classe religieuse et la classe politique. Dans la première se rangent les descendants directs de Mahomet, Ali et Uosaîn , dont nous avons raconté le déplorable sort. Dans la seconde il faut placer hors ligne les descendants d'Ommeyah et ceux d'Abbas.

Ces deux dernières maisons, qui se recrutaient chaque année, pour ainsi dire, non-seulement par des alliances de parenté, mais encore par des alliances d'mtéréts, devaient nécessairement se combattre, soit secrètement, soit ouvertement, et Tune et l'autre avaient dans leur destinée de former une dynastie de khalifes. Plus on allait, plus les familles secondaires se rattachaient à Tune ou à l'autre des deux maisons rivales, et il aurait fallu aux Ommiades plusieurs hommes du génie de Moawiah pour vaincre la puissance croissante des Abbassides.

. Le destin ne leur accorda pas cet avantage; et, malgré les mérites de quelquesuns des khalifes ommiades, ils ne furent jamais assez forts pour 6ter tout espoir à leurs rivaux. Les dernières luttes qui nous restent à décrire sont donc celles de la faiblesse contre Ténergie, de l'inintelligence contre Fhabieté. Nous avons vu par la mort tragique d'Abd- Allah ben-Zobaîr la 6n de l'aristocratie religieuse des compagnons du prophète ; nous avons vu dans les combats désespérés des Alides la fin de Taristoeratie des descendants directs de Mahomet. Ces derniers ne forment déjà plus une famille en quelque sorte : ils n'ont plus à songer à fonder une dynastie, et c'est tout au plus un schisme qui résultera de leurs efforts malheureux.

Désormais, si on les respecte toujours, on ne compte déjà plus sur eux. A l'avenir, ils serviront encore de drapeau aux dissidents, de prétexte aux ambitieux; mais on ne pensera plus sérieusement à réclamer en leur nom l'empire, et à les prendre pour généraux d'une armée ou pour chefs d^une conspiration.

Ce qui avait donné longtemps une

sorte dé pnfssanee au parti des Alide^t, c'est l'appui que leur avait otfert la famille des Abbassides. L'un dé ses plus illustres membres, Abd-Altah-ben-Abbas, fut, dit-on, tellement attaché à Ali, qu^après s'être fait remarquer au fameux combat du Chameau, il ne cessa, malgré la défaite du gendre de Mahomet, de se montrer son partisan, et de déclamer contre les usurpateurs de Damas. On l'avait vu, dans la bataille, rallier autour de la robe de soie noire dont il était couvert les derniers partisans de la légitimité arabe; on le vit plus tard, toujours couvert de cette longue robe de soiç noire, qui devint la couleur et le costume de ses descendants, former à la Mekke un noyau de dissidents qui grossit de jour en jour. Cependant il était toujours resté fidèle à la cause des Alides; et lorsque Abd-Allah-ben-Zobaîr se crut en droit de prétendre au^si à l'empire, sans se tourner contre lui Abd- Aiian-ben-Abbas ne lui pardonnajamais d'avoir travaillé pour soi-même, au lieu de se borner à défendre la cause des fils d'Ali. Abd-Alluh-ben- Abbas avait autant de vertus que de nlérite. Outre la science profonde qu*il avait acquise dans les lois de l'Islam, il était encore renommé pour sa libéralité et pdur la sagesse de ses conseils. Il ne tenait qu'à lui de viser aussi à la domination souveraine; mais tout en se montrant dépourvu d'ambition il n'en augmenta pas moins, par ses talents et le respect qu'il avait conquis, le crédit de sa maison et l'illustration de son nom. Après une longue existence, durant laquelle il ne cessa de protester contre rusurpation des Omnnades , il laissa plusieurs enfants , qui héritèrent de sa naine contre les descendants de Moawiah,

L'un d'ieux, nommé Ali, vanté à cause de sa dévotion extrême, qui lui avait fait de nouveaux partisans, se crut assez fort pour aller braver les Ommiades jusque dans leur capitale. Abd'el-Mélik , aussi distingué par sa finesse d'esprit que par son courage, eut l'adresse de recevoir d'abord avec honneur Tun des représentants d'une des grandes maisons de la Mekke , et le laissa pendant guelque temps étaler à l'aise son orgueil. Mais Waliil, fiis d'Abd'el-Mélik, n'eut pas l'adroite patience de son père. Indigné

SYRIE liODK&lŒ.

de la f«^ bantaiiie «¥«e laguelU Ali le traiuit furieux contfe cette proies* tatioo visible, quoique lacite, contre sa puissance* il résolut de dompter le fier Àbbâsside* Il fallut des suppliées pour en venir àbout, et Walid ne leslui épargna point. Il le fit tour à tour battre de verges, exposer aux rayons brûlants du soleil, tête nue et le crâne arrosé d'huile, pour donner encore plusde force au feu qui le dévorait. Ce cruel traitetement aurait duré sans doute jusqu'à la mort du patient si Walid n*eût succombé avant sa victime, et si Souley* man, son frère et son successeur, n'avait commué la peine atroce d'Ali eo un exil dans un désert d'Arabie. Malgré la demi-clémence de Souleyman, le fils d'Ali, Mohanii4ned, n'en jura pas moins auiOmmiades une haine inextinguible.

Or, pour se venger de la dynastie de Damas il fallait songer à la renverser, et voici comment Mohammed s'y prit pour arriver à sas fins, où le ressentiment et Tarobitioa s^ mêlaient (*).

La première difficultéqu'il devait rencontrer dans l'exécution de son hardi projet, c'était Topi^ositiondes partisan^ des Alides,qui espéraient encore la kha* iifat pour leur chef. Mohammed profita donc de la mort mystérieuse du dernier petit-fils d'Ali, auprès duquel il se trouvait, pQur supposer une cession de tous ses droits au knalifat que lui aurait faite le moribond* Avec ces titres faux ou réels il rattachait à sa cause les nombreux partisans d'Ali, et pouvait désormais avouer son but, et faire agir directement ses partisans en sa faveur. Pes émissaires lurent donc envoies par lui dans les provinces où il savait la domination des Ommiades ébranlée. Les troubles de l'Afrique, l'esprit indépen* daqt des habitants du K.hora$san servirent ses prétentions. Mécontent des Ommiades, les peuples de ces contrées s'apprêtaient à combattre en faveur de l'élu €U Dm, (k&een^nt de la/amU/e fin prophète f ainsi que se faisait désigner Mohammed. Pourtant, malgré toutes ses menées,. Mohammed mourut avant d'en avoir pu profiter : elles ne devaient servir qu'à ses héritiers.

(*) Voyez Fabf-Eddin îlazy.

Ut BUNI1B8 OMHiAftIS.

Cependant le trône des Ommiades chancelait de plus en plus. Les prin** ces qui s'y succédèrent en quelques an«nées se montrèrent de moins en moins capables de relever le crédit de leur maison souveraine. Walid II, successeur de Hescbam, déconsidéra autant la chaire de Damas qu'il l'affaiblit. Paresseux , ivrogne, débauché, il négligeait le gou-» vernement iK)ur ne s'occuper que de ses honteux plaisirs. Mais ce qui porta à l'extrême le mépris c|u'oii lui avait voué, ce fut l'inobservation des préceptes reli* gieux du Koran qu'il afficha sans pudeur. Les Abbassides se faisaient remarquer par leur dévotion : il se fit une gloire, lui, de son impiété. Chacun de ses actes était comme un outrage aux croyances et aux mœurs de ses sujets.

£nan, comme pour mettre le comble à ses méfaits, il eut l'audace de traiter en dérision le pèlerinage de la Mekke. On Je vit un jour arriver dans la ville sainte avec une meute de ohiens de chasse, une bande de débauchés et une suite de courtisanes. Non content d'avoir souillé le te<[ritoire sacré, il s'y Uvra à toutes leis espèces d'orgies, buvant du vin de Chirax, avec ses femmes, jusque dans l'enceinte du temple de la Kaaba, C'était mettre lui-même le comble à l'injure, et autoriser le comble de la veng^eance. Peu de temps, en effet, après cette provocation audacieuse, Yézid, l'un des cousins de Walid, se mita la tête des mécontents, et s'avança contre Damas. Les Abbassides n'avaient pas encore voulu se déclarer ouverte* ment contre les Ommiades , et préfé- ^ raient les laisser se dévorer entre eux (*)«

Grâce à l'absence de Walid, Yézid s'empara de la capitale presque sans coup férir. 11 s'y fit déclarer khalife; et, avec les nombreuses ressources que lui offrait Damas, il ravitailla et augmenta son armée, et se mit incontinent à la poursuite de Walid. La mortdece dernier fut moins honteuse que sa vie :

quoique abandonné par setf soldats, il ne se défendit pas moins avee courag^e dans un château fort où il s'était retiré, et périt sur la brèche après avoir long*»

(*) Toy«5 AboQ'l-léds.

LUin?ERS.

temps eombatto. O fat PanlsedePhégire que se passa eette^ tragédie. ^

Loin de rafiferiDir \e pootoir * des' Om^ miades, une pareille ^erre tmïe letir porta un eoUp funeste. Cet exempkideré* volte jusque dans la femiUe souveraine fut suivi par tous les ambitieax qui gou^vernaient les provineeaéloignées. Abë'er«- Rahœan-bra^Kabii se déclara indépendant en Afrtaue; U£ff»ognefeeoonais* sait à peiae fa suzeraineté de I>amas.

Les AbkM»sides gagnaient de plus en- )lus du tercaift évas le Khorassan; etla Syrie même, tout entière^ nerecMimit' pas le nouveau khalife. Au nord de Damas, la ville d'Uems (rancienoe Éinesse) se souleva la première : les habitants mer* chèrent contre la capitale du khalifat ; et ce ne fut qu'après un oombat «anglant qu*Yé2id HI puA avoir raisoardeces ré«voltés. A peine vainqueur deeette cobs« piration, Yéztd en eut une autre beau«»< coup plus importante à déjouer. La-I^' lestine s'était déclarée contre lui, et>. avait choisi pour khalife un de ses oou*' sins. L'Irak nranaçait de^ se joindre à* la Palestine $ et contre une pareille me* nace il latlait à Ija fois seservir des ar^ mes et de la politique^ Le» Arabes de la^ Palestine furent done sondés sur leurs intentions. On fit des concessions au' peuple, des cadeaux aux obefSi;des pro»

messes à tous ^ mais ce ne fut qu'avec ifut

grand'peliie ^m cette: rivo^

sée, et certainement au /préjudice' de.

la fortune et de la puissance dies On-

miada$.

Inquiel; de son empire chancelant, Yézid crut qu'il se fortifierait en chanr géant les gouverneurs 4cs fproviacesi, et eu mettant à leur place ses favods. C'était là un remède dangereux, et qui/ (d'ailleurs venait trep^ tard. Les favfiiris d' Yézid ne valaient pqs, pourtlaplun part, ceux qu'ils remplaçaient, et l«s plus hardis d'«ntre<Qi^s< derniers refusé-; rent même de leur céder la place. Ce qui devait donc consolider h trône de Damas le perdit. Parmi les provinces hostiles au nouveau khalife , le Khoras* san se montua la plus redoutable*^ Son gouverneur, Nasr-ben-Sayyar^ nese contenta passftuif ment de renvoyer son successeur , mais il suscita un nouveau rival ^ à Yézid. Ce rival était Merwan, petit- ^ fils de fancien khalife de ce nom, gou-

Terneor kri-méme de li ^ et homme de tête et d'intdl^ence. H s'apprêtait déjà à marcher contre Yézid, lorsque ce dernier' mourut à Damas, aprèscinq mois'à peine de règnc,et laissant son tréne contesté à son frère Ibrahim, faommenul, ettiont lepeuvoii fut aussi couit qu'éphémère (*)• •

Avant de raconter les dernières coovulsioos de la dynastie des Onnniades, il nous faut constater l'état du pays dont nous traitons particulièraraent. A cette époque, la Syrie reconnoeiiçait à être troublée, divisée, malheureuse. Les Arabes qui ^f étaient élaëiiS'IoTmaieat déjà des familles ennemies les unes des autresvt gui allaient hxtter incessanimeot par ambition autant' que <par intérêt. Les Chrétiens , qui* «valent perdthtoate espéranceft'^ revoir le- gouvcmemciit entrelesmalns 4le leurs coreligionnaires^ ne pouvaient que! seaffrirdeces dissessions intestines 4lontr'^tait travaillé leur pays. Les ridiCKse» que leS'^oonquétes de rislam avaient naguère accumulées à Damas s^étâient' dispersées dans les plaisirs ou dans les guerres tsiviles, saos profiter au peuple et encore moins aux Chrétiens. Le» montagnards <iki Liban^ décimés ,*^ sttinés'pQV irinfiftine' .Ju6ti« nien II, végétaient sur leurs pics «rides. La liideuse'inisère^'etta' triste maladie accablaient les ^ auvres^ itmidisque ladé* bauche hâtait ^'existence de& riches.

DBmas«ivQit«té franpéB d'une épidémie qui' l'avait} dépeuplée': Antioehe n'était plus que le pâte fantdme d^elle-méuie.

Le règne 4f s Ommiadest, si éclatant au début; si opnlentau milieu de soucours, finissait dans la honte et dans le sang; les éclairs de prospérité qui durant lu demi^siècle avaient foriWé sur la Syrie n'en devaient 'ftsre paraître que plus épaisses les ténèbres qui aUaient suivre. Infortuné pays, qui- bientôt devait se trouver réduit à regretter ses premiers conquérants! ^' "

Ce qu'il y a xle>singulier dans ladesti-v née des princes, c'est que ies moins coopabtes portent souvent la peincde leor prédécesseurs. Merwan^ dernier des Ommiades , en est un des mille exemples. D'abord victorieux d'ibrabim, après une bataille sanglante, où, malgré

(♦) Voyoi, Abou'l-féd«.

l'infânaritédnfoNM^ H dispersa TaF* mée de ton compétiteur, il lut bientôt fiettme d^iisr bien aolare désastre.

£ntrédan8 Damas, saloésolenBellement eomaie bbalife dans la prino!palefiios<quéedecette viile^ vaÎDqneur detous les prîncvsdesa maison qui (XNiTaient M* dis puter Fempinv îA pot croireon instant gu*ii fermerait sans obstacle. Cet instant fut oeiirt« Bientôt la Tille d'Hems, iuï devenait aussi factieuse que la célèbre Kouff»^ se souleva. H lui fallut marcher contrecU», U prendre d'assaut^ en raser les nors, et détruire ainsîune des forces de SOU' empire. Puis, comme pour montrer Tinstabilité de son pou«< voir, à la fiorte de sa capitale il reoeontra desennemis. Le canton deGboutah , aussi feitileeft bommes^qu'^en preduils, se révoUa, et vint^mettre le siège devant Damas. MeEwen fot'Obligé de détacher dix miUe csMliersdeson armée du nerd pour aller mettre ces nouveaui rebelles a la raisons Puis I oette- insurrection apaisée^ e'«st emuare la Palestine qui se soulève. Et- après .larPalestinei K.ftwsrin prèsd'Al^l Enfin le nord comme le midi de la Syrie étaientien fru^ . et à peine Merwan avait«il.iiac<i<viéie<quiiui fût fidèle on «Miment pour se reposer entre deux cembatSi» • M V ' 'i'^it '* • «s »

Maiffré cette ef£ervesecsioe desesprits, grâoeà T-aetitiléqu^avaitfdjépleyée letkhsh life, i'emptm put «Hiie enoire<de deux années ée tranquâli^.^ 'Mais ee n'était là qa*uBé aealmie dans la tempâte. Dé* sormais il n^y avait plus de sécurité possible pour un princedont le prestige avait disparu ; H n'y avait plus d'ordre possible dans un pays où la révolte était permanente. L'instabilité pour le trône, l'a* narcble pour l'empire y telle était alors la^ destinéeéu khalifat de Damas. Que vouliez-vous oue fit Merwan dans ce chaos ? Moawiab lui-miéme n'eût pas suffi pour le débrouiller. Mais ce qu'il y avait de plus terrible dans la position du dernier des Ommiades, c'est que dans ces années de paix menteuse, de calme trompeur, il ne pouvait user de ses. brillantes laottltés : il était actif , et personne ne se montrait digne de seconaer sou zèle; il était brave , et personne ne le provoquait au combat ; il était habile politi- Sue . et personne ne lui offrait l'occasion e dévdopper ses talents. Entouré d'une

cour inquiètCt d'une armée mécontente, d'un peuple désaffectionné, Mer\van voyoitse former Torage sans pouvoir en prévenir l'éclat. C'était comme un lion pris (dans un inextricable filet : il en voyait ee former chaque jour les mailles nouvelles ; mais c'étaient des mains invisibles qui travaillaient ainsi à sa perte. T^tse faisait dans le secret, dans le silence, dans les ténèbres^ On conspirait sourdement. Les émissaires des Abbassides, prudents comme le renard , dissimulés comme le serpent, . fourbes comme letlgre, agissaient souterrainement contre lui. I^ Syrie se reposait danssa haine, l' Afrique s*acharnait dans sarévoite , Tlrak conservait son attitude menaçante, l'Arabie maudissait tout haut-bk famille usurpatrice, leKhorassan ourdissattde jour en jour sa trame de venieeanee. Dans cette dernière province, le vieux etexpérimentégouvemeur Nasrben-Sayyar écrivait au khalife ces paroles fatidiques : « Je suis entouré d étincelles qui • éclatent sous la cendre, et de ces étincelles peut naître un immense incendie. Hâtons-nous de les éteindre si nous voulons échapper au désastre qu*elles peuvent causer. « Ce conseil venait trop tard-. En voulant éteindre des étincelles menaçantes, I^asr-ben- Sayyar ibula aux pieds la cendre dont ilavait pariéà Merwan ; et au lieu d'étincelles^ ce furentdes brandons enflammés qu'il rencontra (*)•

Les Abbassides, au contraire , étaient bien servis. Non-seulement leurs partisans ne se laissaient ni pénétrer, ni émouvoir, ni surprendre, mais encore les chefs du complot avaient autant d'énergie que de ruse. L'un d'eux, Abou-Mosiem , avait travaillé dix ans a son œuvre, et avait formé des lieutenants aussi distingués que lui. Tout était donc prêt, et c'était moins un prétexte qu'on attendait pour éclater, qu'une circonstance favorable aux vœux des innombrables conspirateurs. Malheureusement la principale branche de la famille pour laquelle on voulait le trône était toujours sous la main de Merwan. Le cher de cette famille, qui allait devenir souveraine , Ibrahimben-Mohamraed , habitait les confins de la Syrie et de ('4«

(♦) VoyM Aboun-féda.

IM

L'IJinVERS.

rabie i et Merwan le sarveillait. Aussi, lorsque Nasr-ben-Sayyar voulut agir ouvertement à Mérou, capitale duKhorassan, AbouMosIem, en se dévoilant tout à coup, ne parvint qu'à l'étonner et à Tarrétt'r dans ses projets de répression. Mais la conspiration une fois éclatée, Merwan put facilement se saisir d'J!brahim-ben-Moliammed , et sarden sa

})ersonne comme otage. Jusqu à présent e khalife de Pâmas avait bien joué sa partie ; le destin pourtant pe voulait pas qu'il la gagnât ; çt il noqs reste à voir par quelle faute il la perdit ooqaplétement.

Ci.TASTJlOPHS PSS Ol^KIABBS.

Le Hhorassan était çn feu; les habitants de cette province, pleins de force et de valeur, aimant d'ajileurs les combats par ipstinct, et voyant dans le soulèvement contre le kbalif^t de Damas une chance pour eut de devenir à I9 fois. les dominateurs et le$ arbitres de l'Islam, se rangèrent en fou le sou^ ledra^ peau noir qu'avait arboré Abou-Mosleni, Avec son armée, qui grossisisaitde jour en jour, Abou-Moslem put donc s emparer de plusieurs places, et commea* cer dans tous les cantons a I4 fois une guerre de partisans fort embarrassante pour rïasr-ben-Siiyyar, que ses quatre-vingt-quatre ans d'âge rendaient presque entièrement inhabile à ces sortes d'hostilités. C'était là un début de campagne bien menaçant ponr le kjialîfe de Pâmas; tquteibis on a peine à comprendre avec quelle rapidité effrayante le vertige le saisit* Se Croyant tout prçs de sa perte, lorsciu'il pouvait encore noqrrir tant d'espérances , il commit Tineoncevable faute de faire mettre à mort sou compétiteur, |brahim-ben-Mohammed. Par ce crime Merwan crut se sauver, il se suicidait, D'un côté, Abpu-lVtoslem devint plus ardent que jamais; i) s'empara de Mérou, après en avoir chasse Nâsr-|)en- Sayyar; d*un autre côté, les Abbs^ssides, qui craignirent tous le même sort quêteur chef, s'enfiiirentdansleKhorassan^ et sanctionnèrent ainsi la révolution qui se déclarait im leur faveur. Ibrahim mort, son frère Abou'l-Abbas hérita de ses prétentions à l'empire; mais, au lieu

d'un adversaire géatrtuz, Meiwan devait trouver dans ce dernier un implacable ennemi. Abou'I-Abbas avait tail^ de vengeances à assouvir ; il se proposaîl 1 d'être si cruel dans leuracoomplisseineM, qu'il al lait mériter r4iorrible surnom d^il- Saffah, le sanguinaire. Ainsi, c'éteit nie giierre d'extinction qui venait d'éelater, non pas d'homme à homme, de rival à rival , d' Abou'I-Abbas à Merwan, mais de famille à famille, de maison à maison, des Abbassides aux Ommiades.

Après les premiers succès d' Abou- Moslem dans leKhorassan, après l'entrée de Kbabtabah-ben-Chahib dans riraA, les Abbassides, sdrs de leurs partisaittr proclamés, d'ailleurs, par la victoire,-, dont le crédit fut toujours tout-puissant sur les races orientales , déclaré* rent publiquement leur ambition. Un jour, dans la principale mosquée de Mérou, au milieu d'une nombreuse assistance, un homme, vêtu d'une longue robe de soie noire, se dirigea solennellement vers la chaire sacrée, et y prononça la kbotbah , cette prière que le khalife seul récite à voix haute. Cet homme» c'était Abou'I-Abbas le Sanguinaire; et de ee jour, qui était le cinquième du mois de rebi-el-aoual de l'année 132 de Tfaégire (octobre 749 ), allait dater une nouvelle dynastie. Cette dynastie devait avoir une plus longue destinée que celle des Ommiades : commencée dans le sang et les supplices, elle devait s'épurer parla seience, briller quelque temps au somi' met de la civilisation asiatique, et s'éteindre enfin dans les vains honneurs de rimpuissance politique.

Malgré la révolte de deux grand»

som- ,

rsdeJ

et rabattement des Ommiades , Merwan II montra assez d'activité pour lever une dernière armée, assez d'éner- §ie pour livrer un dernier combat, assez e valeur pour tomber avec gloire desoa trône depuis si longtemps miné. Il alla même au-devant de ses ennemî«, et fut sur le point de les surpsendre. Silea troupes avaient valu le capitaine, les Abbassides eussent été écrasés. Mais Merwan marchait sur un sol qui menaçait à tout instant de s'ouvrir sous ses pas : les villes se taisaient à son passage, et mll^

STRIB MODERNE.

muraîeiit dès ^1«f derniers bataillons tdu khalife de Damas avaient quitté irs murs ; les populations, loi» de iccompagner de leurs vœux, loin de ider ne leur zèle, loin de Tapj^uyer ^"-^ittacheaicnt, s'écartaient a son comme d*un homme frappe lalédiction contagieuse. C'était lée, ce n'était plus un peuple fssédait. Il arriva ainsi, triste et jusque sur les frontières du san.

idant, soit inquiétude, soit pulité, Abou'l-Abbas, le khalife ^e, n'osa pas venir lui-même au* de son redoutable ennemi : il inta dy envoyer son oncle Abd* )eQ-An, le lutteur de la famille, ! énergique, mal sfiéroce , hardi sollais cruel conquérant. Ce dernier pa réunir que vingt mille hom- [u'il divisa en trois troupes, et qui, leur infériorité, attendirent de ^rme les Syriens. Lorsqu'il aper- [petit nombre de ses adversaires, m étendit son armée en demitdans toute la largeur d'une vaste , afin d'entourer peu à peu ses enet de les écraser dans un cer« fer. Au dixième jour du mois de ladi deuxième, l'an 139 de Thégire ter 750 dé J. C), se livra enfin cette lie, une des plus solennelles, une des importantes, une des plus acharlepuis l'établissement de Tlslam.

;e n'était plus l'exaltation religieuse

t^— Norgueil oe précédentes victoires uvimaîent alors les Arabes de Syrie, pi^ne haine froide et implacable oui pi As soutenait : sentiment farouche «i, aBombrit les traits de la face hulaioc^u lieu de les vivifier, qui éteint au lieu de les enflammer. Somlille, où les Syriens, abattus par irse longue et pénible, vinrent se ms enthousiasme contre les luguïataillons des Abbassides, aux vé- ^ tents et aux étendards de deuil ! Une jaarche d'un mois à travers les déserts ye la Mésopotamie avait flétri les couleurs du brillant costume des Syriens , wm Foret l'arsent de leurs armes; la «ligue les accablait; le découragement commençait à sourdre au fond de leur coeur ; et au bout d'une traite épuisante , "B aboutissaient à une âpre vallée du

plateau de la Perse, an fond d^ laquelle ils voyaient s'agiter trois légions de noirs démons!

Quelle que fût pourtant leur impression terrifiante, ils n>n attaquèrent pas moins vigoureusement leurs ennemis.' Leur premier choc, comme toujours, fut terrible; mais une fc|is cet effort produit , les troupes syrienne^, haras* sées, ne purent lutter qu'avec désavantage contre ragilité infatigable et Fardeur croissante des troupes abbassides, élite des populations agiles et belliqueuses du Kborassan. A mesure que le combat se prolongeait, les Syriens se décourageaient donc de plus en plus. Merwan eut beau accumuler les prodigefi de valeur et d'babileté militaire, il eut beau se multiplier, se porter sur tous {es points menacés, son cercle immense, au lieu d'avancer, reculait d'instant en instant. En vain voulut-il changer l'ordre de sa bataille, former uqe colonne compact^ et puissante de son demieercie troué en plusieurs endroits, oes commandement^ furent mal cpmpris et mal exécutés. Le vertige s'était saisi des chefs, la stupeur des soldats. Ce qui devait amener le succès de Merwan^ causa sa perte. Loin de présenter une* colonne invincible, son armée ne forma bientôt qu'une masse impuissante.

Les premières lignes seules pouvaient combattre; les rangs du milieu devenaient inutiles et encombrants. Les trois troupes d'Abd-Allah-ben-Ali voltigeaieiit sur les flancs du colosse syrjen, lui portant des coups assurés , et évitant ses coups indécis. I^es cadavres, qui s'amoncelaient de plus en plus , servaient de remparts aux Abbassides et d'obstacles aux Syriens. Bientôt ces derniers, accolés à la rivière de Zab, n'eurent d'autre alternative que la mort par le fer ou par l'eau. Tout alors fut perdu, et Merwan se vit contraint de 9e laisser égorger comme un de ses stupides soldats, ou d'essayer une fuite désastreuse. C'est cette dernière resseviroe qu'il cboisit (*).

Merwan evoyait, en retournant vers sa capitale, retrouver é»s provinces fidèles, et reformer une armée; Une rencontra que l'abandon, le mépris, la par-

' (*) Voyez Aboin-ftda.

L'IÎNIYERS.

séeution. Arrivé à Mossoul , en Mésopotamie, il ne vit qu'une cité dans la joie de la défaite des Syriens, et qui lui ferma ses portes comme à un ennemi. Harran, indécise, le laissa pénétrer dans ses mors; mais l'approche de farmée victorieuse d'Abd:A|lah-ben- Ali de bienveillante la rendit hpstile. U lui, fallut encore fuir à Qepis. Il était là en pleine S^rie; il devait s'attendre à une bonne réception; elle fut njauva^se^ C'en était fait ; le {»reçCi^e de la victoire l>V9it abandonné ,. la défaite semblait lu^ ^yoir ^• levé à la foi4 TécUt jde la couronne ^t Tautoirité du sacerdoce, jpe ces dçux pouvoirs ten^porel et spirituel^, il Jie.lui restait plus quç rimpuiss^nce d'up souverain abattu et le mépris d'un poiitife interdit Damas lui lut aMsaipruelle queHems: il n'y passa que pour lire la trahison sur tous les visage^, que pour y voir son palais lermé et ses richesses au pillage.

Dans cet abandon général, Merwan ne trouva un refuge qu'en Palestine.

Ce pays, encore tout peuplé de Juifs, ne lui fut d'ailleurs favorable que par haine contre les. Abbai^ides, qui se van- , talent d'être descendants directs de l'imposteur Mohammed. Il fallait que Merwan fût bien aveuglé par son malheur pour a voir quelques instants l'espérance de résister avec d'aussi faibles pirtisaqjs et dans une aussi petite province contre le colossal empire qui lui échappait. La Judée^en outre, n'avait plus aans son sein les soldats de David etdeSalomon; c'était une nation en [pleine décadence, et dont l'appui devait perdre plutôt que sauver Tinfortuné prince ommiade.

En vain, en effets sa famille cb^i;chat-ellede tous eôtés^à rejoindre son ombre d'armée;, en vain essaya- t-il à remplacer la force par l'adresse^ le, nombre des troupes par leur disposition ; en vain voulut il esciter l'orgueil et enflammer l'esprit deses misérables soldat^ : le seul approche de l'arnpée des Abbassides les terrifia, et à l'entrée d'Abd-AHah-ben- Ali sur leur territoire ils se dispersèrent de tous côtéSf comme des feuille^ mortes balayées par un vent du nord. Merwan, abandonné de tous^ n'eut aue le temps de se cacher dans une église du rite cophte. Cet asile était -loin d'être inviolable aux yeux d'un musulman. Aussi

un homme de la plus basse classe, qui vendait des fruits sur un éventai repayant i;econnu le khalife dépossédé, saisit une lance, et vint égorger Merwan au pied même de l'autel. Sa tête fut coupée et portée à son vainqueur, qui, voulant la faire passer, comme tropnée de sa Yi^ toire, au khalife de la nouvelle maison, qrdonna gu'elle fût embaumée. Singulière fatalit^l rfurantf opéra tiod de Tembaumemept ^ un chat âffàmé dëvora la langue de celui qui avait été èomman-

irincc ■ploité

par ses ennemie et l'pi^ éci'ivït â œ propos ces vers, que cite AÏ)ou*l-f(^à :

^^ « Sa langue est devenue là proie d'un y ch^t, vengeance toutedîvine'qdl afrap- « pé l'organe de'éà parole ^infidèle!»

Xa déplorable fin de Merwati fut le signal de la persécution des Qmnaiades.

On les rechercha en tous liéiix , on les ijnit à mort partout oîion lès saisit; leur nom fut mijudit, leur 'race fut proscrite a jamajfi. Deux des fils de l'infortuné jvferwah se réfugièrent en Abvssioie.

L'un fut indignement livré au khalife; l'autre, appelé Obèid-Allah, mourutavec gloire les armes à la main. Tous les amis des Omniiadés, comuie leurs moindres parents, furent cruellement perseiQutés. Pes poètes infâmes, pour montrer à la fois leur hainfe contre les Omjnîàiîes et letfr sérvile attachement aux ^bassides, conseillaient à cçs derniers 4e quitter leurs épées pour saisir le fouet, seule arine digne démettre à mort les Ommiades. Après le massacre des .vivants, on en vint à la profanation des tombeaux. Les ossements de tous les khalifes oqamiades furent déterres, précipités aux égouts , livrés à toutes les profanations. Les cendres illustres de Moawiah et d'Abd'el-Mélik ne furent même pas épargnées : on les jeta au vent, comme celles des plqs grands criminels. Aucune réaction humaine n'égala en fureur celle des Arabes. Apres Je supplice de plus de èpixânte mille âmes, après mille actes de cruauté«digués des cannibales , voici un dernier trait qui les surpasse tous , couronne sanglante d'une séfie de massacres :

Cet épisode atroce se passa à Damas, dans la ville perfide qui avait si lâche-

SYRIE MObERNE.

(lent abandonné Merwan. Cette ville liait pleine d'Omraiades; quatre-vîngtlix des leurs eurent la malheureuse idée le s'adresser à la générosité du vainqueur le leur famille, Abd-Allah ben-Aii. Ce igre les caressa avant de les dévorer.

1 les accueillit avec une feinte bonté et in faux sourire , fit préparer un imnense repa$, les y invita tous, eut Rnàinie de se mettre à table avec eux , et ers le milieu du festin il ordonna à un le ses serviteurs de réciter un de ces (oëmes cruels contre les Ommiades |u'un courtisan avait eu la lâcheté de aire. Les injures contre la famille ûé* 'hue étonnèrent d*abord les hôtes d'Abd- VIlah-benAti. Puis vint une strophe le haine qui inquiéta le cœur des moins msillanimés.Abd-Allah-ben-Alfsemblait ouir de la terreur croissante des OmiHiakes, de la pàfeur de leurs fronts, dé la lécomposition de leurs traits. Enfin Texûtation la plus violente à la vengeance erminait cette œuvre satanique, que les bourreaux avaient ordre de mettre mmédjatement en action. En effet, des lifférentes portes de fa salle affluèrent les hommes, armé^ de fouets et de câ« )les, qui firent périr sous leurs coups es Ommiades consternés. La lutté était mpossible ; les victimes Paient désar- 3Qees, et les bourreaux se succédaient iâns relâche. Quand les Ommiades, tdus :ouvert3 de blessures sanglantes, furent terrassés jusqu'au dernier, le féroce Abd-Allah fit couvrir d'un large tapis les corps palpitants de ses victimes, et continua sur ces chairs ft-émissantes iin repas digne des Âtrides (*).

Tel était le nouveau gouverneur gue les Damasquins s'étaieut, pour ainsi Jire, donné à eux-mêmes en trahissant eur khalife Merwan. Au lieu d'un prince luxueux, mais bienveillant, ils allaient avoir un chef barbare, qui ne devait se servir de la civilisation de son époque que pour' raffiner les supplices. L'obéissance la plus absolue ou la mort la plus cruelle, tel était le sort qui attendait 'es dissidents. Damas fut donc punie ^^ sa lâcheté temporaire par un despotisme Sans frein. Le reste de la Syrie ne fut pas plus heureux. Au milieu «e cette tuerie continuelle, à travers

C*) Voyez Abou'I-féda.

ces haines implacables qui frappaient partout, sans répit ni pitié, la sécurité de ceux même qui furent étrangers à ces luttes était à tout instant compromise , et leur existence comme flétrie. Les Syriens mâhométans perdaient Tempire , les Syriens chrétiens perdaient leurtran-

guillité. C'étaient, pour les t)remiers, des ommes d'une autre province qui allaient lés dominer ; c'étaient, pour les seconds , des schismatiqueâ rigoureux et intolérants qui allaii^nt les persécuter. Ainsi, cette malheureuse Syrie ne goûtait un ihoment de repos que pour retomber brusquement dans les mquiétudes et les calamités. A peine avait-elle joui de quelques années de calme qu'une tempête nouvelle, plus Violente que les précédentes, lui venait du sud ou dé PfSt, de THedjaz ou de l'Irak. Après avoir été le champ de bataille des Grecs et des Arabes, des Chrétiens et des Mâhométans^, elle devenait le champ de supplice des Ommiades. Heureusement cette ère nouvelle de carnage etde vengeance ne devaitdurer quepen« dant la courte domination d Abou l-Abbas lé Sanguinaire; heureusement qu'une sorte de prédilection de la Providence . devait doter la famille des Abbassides de plusieurs princes au^si grands que généreux, protecteurs des sciences et oes lettres , et dont le reçue allait être as- > ser long pour cicatriser encore une fois toutes les plaies, et faire refleurir la prospérité sociale par la culture des esprits.

LES PfiBMIBBS ÀBBASSIBSS. .

Après la chute des Ommiades , après Textermination générale de cette famille, qui passa si brusquement du trône aux gémonies , la Syrie cesse de devenir le siège de la dommation islamique. C'en est fait! Cette province n'aura Vlus sous les Abbassides cet éclat que le séjour des khalifes y repandit durant un siècle; elle ne sera plus le centre d'un immense empire; elle ne sera plus le but du voyage de tous les ambitieux , l'entrepôt de toutes ces riches es dérobées à la moitié du monde connu , la province impériale par excellence. Dès le règne d'Aboù-Djaffar-al- Mansour, premier successeur d'Abou'l*

L*UAlVËftS.

Abbas-el-Saffah, fiagdad va enlèvera Damas son titre de cité des khalifes , et partant sa splendeur^ son orgueil , sa puissance. Il ne lili festèra bientôt plus que son doux climat, la fertilité de son sol, et ses jardins parfumés, qui ont conservé jusqu'à nos jours à son territoire ce titre gracieux et significatif : odeur de paradis.

Nous n'avons donc plus à suivre pas à pas la marche conquérante de Tlslam ; car ce n'est plus de Syrie que partent les premiers bataillons; ce n'est plus en Syrie que les Chefs tiennent recevoir les ordres suprêmes, que les vainqueurs viennent déposer leurs innombrables butins. Nous n'avons' désormais à rapporter que les événements qui se passent darrs la province dont nous racontons l'histoire, les idées qui en modifient l'esprit , les iristitutions qui en règlent la destinée. Le commencement du t'ègne des Abbassides fut^ comme nous l'avons déjà vu , un vrai désastre pour la Sjrrie. Après avoir été le champ des dernières luttes de Merwan II, après être devenue le théâtre des réactions les plus cruelles , elle eut le malheur d',être gouvernée par le féroce Abd-Allah-ben-Ali. Le despotisme le plus rigoureiix pesa alors sur la pauvre province déeouronnée ; mais heureusement qu'après la mort d'Abou'1-Abbas-el Saffah, qui ne régna que quatre ans^ Abd'Allah-ben-Âli, homme aussi ambitieux que barbare > songea à disputer le fihalifat à son neveu Abou-Djaffar-al- Mansour, et quitta la Syrie pour n'y plus, revenir*

Vers le milieu de Tannée 1 36 de l'hégire , on le vit sortir avec une puissante armée des murs de Damas, se dirigeant andacieùsement vèl-s la résidence des khalifes abbassides, en Irak-Arabi ; mais biemdt il fut rejoint par les troupes d'Abou-Djaffâr-ai-MànSour , commandées par Abou-Moslem , l'un des plus anciens et des plds actifs partisahs de la nouvelle dynastie, capitaine aussi énergique, homme aussi déterminé qu'Abd-Allah-ben-Ali, eœur de fer comme ce dernier. Ces deux rivaux, qui avaient combattu si longtemps ed- Bemble pour le Aiéme prince, s'attaquèrent avec impétuosité dans la plaine de ^iilisibe. Mais, soitque les KhorassaoieiiS

d'Abou-Moslem fussent meilleurs soldats que les Damasquins d' Abd- Allahben-Ali, soit plutôt que ces derniers n'éprouvassent que peu d'enthousiasme pour le rigide et dur ambitieux qui les avait peut-être attachés de force à sa cause, toujours est-il qu'après avoir été quelque temps indécise, la victoire resta tout entière à Abou-Moslem.

L'orgueilleuit Abd - Allah - ben - A li , complètement vaincu , courut se mettre sous la protection de Souleyman, frère d'Abou-Djaffar-al-Mansour, qui résidait dans la ville déjà importante deBassorah. Ce refuge^ du reste, ne le riiit pas longtemps à l'abri de la vengeance du khalife. Pour le frapper plus sûrement, Abou- Djaffar-al-Mansour feignit de lui pardonner, et lui enjoiunit seulement d'habiter la demeure qu'il lui fit bâtir. Abd- Allahben-Ali accepta cette offre ., qui lui semblait généreuse ; mais tin jour on le trouva écrasé sous les lambris de sa maison : les fondements étaient formés de blocs de sel gemme , et l'eau d'une source mystérieuse avait peu à

{)eu détruit le perfide cadeau du khaife n. Ainsi tut délivrée la Syrie de son tyran ; et comme , grâce ati caractère de ses. habitants, à la richesse de sa nature, à la fécondité de son soleil, il lui était facile de réparer ses pertes, de guérir ses blessures, elle reprit peu à peu sa quiétude instinctive ^ et put goûter bientôt, comme tout le reste é^s populations musulmanes, les bienfaitsde ta ci vilisation croissante des Abbassides. Ce qui caractérise les Ommiades , c'est d'avoli' compris que leur puissance résidait moins dans I imamat que dans l'armée, dans le livre que dans le glaive. Les Abbassides, au contraire, se sont montrés plutôt pontifes que généraux.

Moavriah avait raison : tant que la conquête était 1 élément d'activité et de progrès de l'Islam , il fallait s'appuyer sur lés homthes d'armes;. car c'était chez eux seuls que se trouvait la vitalité du nouvel empire. D'un autre côté, les Abbassides n'avaient pas tort, parce qu'il fallait songer enfin à établir un ordre immuable, seul g<irant de la prospérité nationale, dans ie plus vaste des empires de l'époque. Que si malheu-

(*) Voyez El-MaciD.

SYKIfi MODERNE.

IM

sèment le problème était insoluble ; que si , en définitive , le khatifat devait se trouver fatalement perdu entre une conquête interminable et une administration impossible, il ne devait pas moins en résulter des années de tranquillité bien précieuses, de bonheur sans nuage pour les peuples d*Orient.

La Syrie , eomme la plupart des autres provinces de Tlslam , eut aussi sa part de cette félicité générale. Elle aussi produisît des poètes ; elle aussi vit sortir de son sein quelqoes-uns de ces docteurs mahometans moitié ohilosopheset moitié poètes, ou plutôt auteurs d'une philosophie toute poétique, dont les axiomes perdaient de leur sécheresse en empruntant à la langue quelques-unes de ses images les plus brillantes, dont tes préceptes perdaient de leur rigidité en empruntant à la belle nature asiatique quelques-unes de ses plus spleadides couleurs. Mais avant cTénumérer siècle par siècle les hommes illustres que la Syrie eut la gloire de fournir à la civilisation orientale , afin même de mieux saisir toute leur valeur et toute leur originalité , il nous paraît indispensable dcinaiyser le caractère de la pensée, de Tart et de la poésie en Orient. Ce caractère, d'ailleurs, a éprouvé oeu de variations en dix siècles ; et peindre les Orientaux comme ils étalent sous les premiers Abbassides, c'est faire un portrait auquel ils ont ressemble à toutes leurs époques de calme et de prospérité.

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