‹ Syrie ancienne et moderneChapitre 43 sur 63 · DE LA PENSÉE OBIENTALE · texte numérisé non relu

DE LA PENSÉE OBIENTALE

Les peuples primitifs, à leurs jours de combats, ne traînaient pas à leur suite des fabricants de bulletins militaires; on ne distribuait point encore sur leurs pas les itinéraires de leurs victoires; de même, à Theure des premiers mouvements intellectuels, à la naissance de la pensée , il n'y avait pas une philosophie toute créée pour en classer "esprit; et chacun sait que les philosophies orientales s'appelleraient plus justement des théologies. L'Orient n'a jamais compris la pensée d'avenir, dans ce sens, qu'il ne s'est jamais employé a la recherche des idées nouvelles.

Son monde le satisfait ; il n'en exige pas

un autre de son ima^nation. Il sent, il chante, il symbolise; mais c'est de Taspect philosophique seulement qu'on peut dire qu'il synioolise; lui , il reflète ce qu'il voit; if est affecté, il est heureux , il dit son bonheur ou ses souf« frances ; il se passionne pour Thumanité ou la nature ; puis il traduit avec leé mille couleurs resplendissantes de son ciel , de sa lumière et de ses fleurs , les passions gui Tout agité.

En Orient, la philosophie se réduit volontiers au rôle de morale, d'hygiène : la religion rrcommande des ablutions pour la santé terrestre , puis elle pro* met dans le ciel les plus sensuelles félicités du corps, amalgamées à celles de rame. Voyez le piradis de Mahomet :

ce dernier paradis, révélé par un pro*' phète, chanté par un inspire, ce résumé splendide des plus sublimes rêveries tnéologiques , a-t-il rien exclu des émo*' tions humaines, des beautés éblouissantes de la terre? Certes ngti! car il prodigue aux élus de son dieu, pendant réternlté, sans dégoût , sans lassitude, ce qui ravit l'homme si admirablement Ici-bas : le diamant, cette lulnlère des élémetits solides ; la gloire, cette lumière des rêves de i'ftme. Il immortalise IS virginité des feitimes ; il leur ver^e I boire dans la même coupe la vertu et la volupté. Cette supériorité relaiitre du paradis de Mahomet n'est-elle point dans cette alliance de l'enivrement du corps et de l'enchantement de PâmeP Si vous le comparez à notre païadls chrétien, qui n'a su créer ni formée arrêtées , ni couleurs fixes, vous comprendrez facilement que la monoto* nie de ce dernier ait prêté à rire aui philosophes négateurs. L'autre, au contraire, plaît à tous, s'adresse aux mdsses, et flatte même cet instinct de volupté inséparable faiblesse de la nlatière humaine. Ainsi donc , sensualisme eà poésie, sensualisme en religion, serisualisme eh tout, parce que le monde extérieur est beau et bienfaisant, parce que Tessence de l'esprit oriental est la joie. Arrivé à cette question vitale des littératures asiatiques, nousl'esquissoiis rapidertient ici.

La pensée humaine, sous quelque forme qu'elle se présente, n'est jamais que le reflet du monde extérieur sur le

L'UNIVERS

miroir de Fâme. Mais chez Us uns ce reflet est terne ou pâle; chez les autres il est faux et incertain; chez quelquesuns , rigoureux et correct : voilà pour le vulgaire et les hommes de bon sens. Quanta ceux dont Timagi nation, comme un cristal à mille facettes, entoure d'une auréole prismatique les images qu'elle reproduit , nous les avons sa* lues du nom de poètes. La première influence que la pensée poétique ait eu à subir est donc celle du climat ; car le climat, c'est la lumière; le climat, c'est la couleur : influence toute matérielle» ^ui domine éternellement le monde intellectuel , et sous laquelle l'homme a courbé, non pas seulement sa poésie, mais encore ses lois, ses moeurs, sa civilisation. Voyez aussi avec quel immense avantage la pensée orientale vient lutter contre la nôtre ; voyez combien ce reflet éblouissant d'u ne nature richement épanouie , d'un ciel ardent et pur, fuit pâlir les froides images de notre nature appauvrie. Et, comme le génie du langage répond toujours à celui de la pensée, comparez ces idiomes si harmonieux, si nches, si hardis , avec nos langues du Nord , rapides et algébriques! C'est que chez nous l'imagination , c'est-à-dire, étymologîquement parlant, la faculté de refléter les images du monde extérieur, est rétrécie le plus souventdans Tâtre d'une cheminée, ou tout au plus dans l'horizon d'un cabinet de travail : aussi ce uue nous appelons poésie n'est- il d'oruinaire qu'une sombre inspiration où se réfléchissent les fantasques accidents du charbon que le feu découpe en festons bizarres.

Mais l'Orient est la terre natale de la grande poésie. Là rien n'arrête Tenthousiasme , là rien ne force la pensée à se concentrer en elle-même. L'imagination s'élance, rieuse et folâtre, à travers les riches jardins de la nature. Sans cesse entraînée par le charme d'une jouissance nouvelle, ou distraite par l'espoir d'un nouveau plaisir, elle prend ses ébats , elle se cliaulte au soleil , et s'imprègne , pour ainsi dire , de l'atmosphère fortement saturée de lumière qui l'entoure de toutes parts : alors l'âme , dilatée, se développe au dehors en mille fleurs de poésie.

Chez nous , au contraire , la pensée ne se colore qu'à grand'peine, faute de lumière : on dirait un trait linéaire auquel la gradation des nuances n'a point encore donné la vie. Notre âme se resserre dans des limites étroites, et nous épuisons toute notre activité à nous replier sur nous-même. Quelle meilleure preuve, en effet, de notre esclavage poétique , que ce travail aride que nous faisons sans cesse sur nos propres idées ? Singulière inspiration de poésie que eette dissection de la pensée à la- ({uelle nous nous acharnons! Certes, jamais l'Orient ne vit naître un métaphysicien ; jamais uu poète ne chercha a pénétrer les secrets du mécanisme dont il se servait par instinct. Aussi , tandis que nos bons esprits élaboraient péniblement les règles du beau , et sondaient la profondeur de l'Intellif^ence, le peuple en Orient, soumis aux lois irrésistibles de la nature, s'abandonnait à son insu, dans ses mœurs comme dans son langage , à une poésie toute sensualiste. De notre côté, nous avons l'art et la science : les Orientaux ont pour eux l'instinct et le génie. Ne nous plaignons pas : c'est la nature elle-même qui a fait les parts ; et ses décrets sont sages autant qu'immuables.

J'ai dit que la pensée orientale, favorisée par le soleil , tendait sans cesse à s'épan(;her au dehors , à se revêtir des formes de la matière, parce que la matière c'est la beauté. Remarquez même que la philosophie asiatique , si vantée et si digne de l'être, a toujours suivi la même voie. Point de ces disputes scolastiques sur les mystères incompréhensibles de notre vie intérieure , point de ces combats acharnés sur la mesure exacte d'un abîme sans fond. Un but

Elus utile , et par conséquent plus noie , était proposé aux mé<iitations des sages, et les vaines spéculations d'une théorie futile n'étouffaient pas dans son germe une philosophie qui se formulait surtout en préceptes de conduite. Ce n'est pas, du reste, aue les Orientaux n'aient aussi un grana fonds de mysticisme; mais au milieu même de leurs plus sublimes contemplations c'est par images qu'ils procèdent , c'est par symboles qu ils parlent : car toutes les fois que le poêle cherche un autre langage

sa Toix tombe et faiblit , ses accents ne se font plus comprendre. C'est que la pensée cherche toujours ses aises, et qu'elle a horreur de l'abstraction.

Ce n'est pas ici le lieu de comparer le mysticisme asiatique avec celui que la civilisation chrétienne nous permet. Je ne puis résister, cependant, au désir de citer quelles vers de Ferid-Eddin- Attar, qui montrent combien la poésie orientale, lors même qu'elle se perd dans les nuages de la plus haute spiritualité, se rattache encore à la terre par le matérialisme des images. S'adt-il de peindre Thomme mystique, Thomme aimanté par là lumière de l'essence divine', c'est :

« Un pai^tlon qui se précipite au milieu des flammes. »

Ou encore,

« Un amant, brûlé de passion, qui supplie sa bien-aimée.

« Un buveur, qui demande à son échanson une gorgée de la liqueur enivrante. »

Plus tard l'homme aimanté traverse les sept vallées qui le séparent du palais de Simorg. Dans la sixième vallée , celle de la contemplation :

« La resniration est pour lui une « épée tranchante, et le bruit de son ha- « leine, un cri de douleur !... de chacun « de ses cheveux découle une goutte de «sang, qui trace, en tombant, les « lettres du mot : hélas!,., et , une fois « parvenu dans cette vallée , l'homme , « dont rame est raturée, demeure stu- « pide et ne retrouve plus son che- « min (*). 9

Nous n'insistons pas ici sur le sens de ces mysticités : peut-être serait -il curieux de comparer les poèmes de cet ordre , le Pena-Namèhj par exemple , avec notre Imitatipn de Jérns-Chrùt; mais maintenant nous n'avons à nous occuper que de l'esprit général, que de 1 expression poétique. Il est donc facile de voir qu'en Orient , la pensée est toujours exclusivement sensualisée par l'image, toujours pompeuse et élevée , mais contenue cependant dans les bornes du monde matériel.

C'est un fait , du reste , sur les conséquences duquel on s'abuse communé-

* ^oyez le Pend^Namèd, livre des conseils, «litiondeM.de5acy.

11« Livraison, (Syrie hodebnb.)

ment , que cette sorte d'esclavage de la pensée asiatique. Accoutumés que nous sommes à joindre incessamment les mots de bonheur et de liberté , nous concevons à pçineque l'intelligence n'ait pas cherché a secouer les chaînes du sensualisme. Et cej)endant, en Orient, voos avez ce phénomène moral , que le scepticisme n'est entré dans aucune âme. N'est-ce pas là un caractère bien saillant de cet esprit de quiétude et de . contentement P Jamais l'Oriental ne pense à renverser l'édifice bâti , à rayer de son cœur la croyance traditionnelle ; jamais il ne s'est révolté contre une pensée, contre une forme sociale , parce que toute pensée, toute forme sociale, sont venues après'un bien-être physique, parce que la loi humaine n'a été élevée que pour consolider un bienfait de la nature, comme une fontaine de pierre , pour protéger la source qui vient de laillii:, contre les sables du désert. La loi, en un mot, est une action de grâces, une hymne, une harmonie. Le plus philosophe et le plus penseur des poètes orientaux, Saadi, est un derviche, religieux jusque dans ses passions les plus effrénées, qui exalte et purifie cet amour voluptueux que condamnent les mœurs chrétiennes et la société occidentale.

Mais à cette idée de religion si répandue, n'allez pas vous façonner un monde d'humilité, de larmes et de repentir; n'allez pas croire à un peuple exténué de prières, pâle de mortifications, sans cesse agenouillé dans la poussière et la face contre terre. £n Orient , la prière se réitère souvent, mais se fait rapide. Le monde extérieur tout entier sert à cette religion du cœur qui n'abandonne jamais le serviteur de Dieu. Le corps est sanctifié aussi bien que l'âme; ses plaisirs , sa santé , sa beauté , ses jouissances les plus sensuelles, sont recherchés avec délices, et permis avec prudence et sagesse. L excès n'est condamné que parce qu'il dérange et détruit le bien-être du corps et le repos de l'âme : la maladie est le plus grand des fléaux, et la mort du corps ne se supporte qu'à cause de sa renaissance en paradis.

On accuse les Orientaux d'être stationnaires, et en cela je les admire. Oh ! sans doute nous ne comprenons pas , nous autres , qu'une société puisse réu-

IM

'VUtmBBS.

nir de pareilles eonditions dé durée.

Les peuples du Nord, toujours agités , toujours mécontents, se renraenf sans eesse sur le mauvais lit que la nature leur a fait, et qu'ils s'épuisent à refaire. Cest en vain qu'ils cherciient une po^ sition commode, un terme à leur douloureuse insomnie. Dans leur cage de fer^ ils ne peuvent se tenir ni debout ni oouehés. Il est vrai que, pour dodner le change au malaise social qui nous dévore, nous l'avons orgueilleusement décoré du nom de progrès. Il est heureux que ee mot nous sufise. Je ne sais cependant si , dans notre mépris affecté pour les constitutions asiatiques, il ne se glisse pas, à notre insu, un peu de jalousie. K'envions-nous pas quelquefois ce bien-être immémorial qui ne permet pas de révolution dans les mœurs, ee repos politique que le ciel prodisue à tant de générations ? Je suis prêt k rendre hommage aux laborieux efforts de nos législateurs pour nous créer un bien-être qui nous fuit sans cesse; mais„ franchement ,, j'aime misux, pour ma part, celui que l'hommo ne cherche pas, et que la nature donce.

Si de l'ordre politique nous passons à Fordre moral , il faut encore répondre à une accusation du même gonro.

On refuse quelquefois l'esprit wn littérateurs orientaux. En vérité, je les en félicite. Remarquez , en effet, que c'est toujours la même question de bien-être reproduite sous une autre forme. Ils n'ont pas d'e.sprit, soit ; mais en outils besoin ? qu'en feraient-ils , je vous prie? sont-ils obligés, comme nous, de cacher la nudité du monde qui les entoure sous des parures de faux baillants, de fermer les yeux pour rêver?

Won, sans doute; ils n'ont pas l'esprit qui cherche , mais ils ont le génie qui trouve. Depuis quand faut- il mépriser la grâce, parce qu'elle est naturelle; les rapprochements ingénieux, parce qu'ils Baissent du contraste des idées et non du choc des mots ; le bien-être enfin , parce qu'il n'est |)oint cherché? Oui, gloriGons-nous , vraiment , de ce que nous avons la triste facuitéde rire. C'est, à mon sens , le cachet essentiel de la misère. Oh ! les heureux habitants de FAsie, qui ne jouent pas sur les mots, qui ne prennent point le souci de se tor*-

toret le oertéad. qui tié ^fhiiiatsient qu'à peine ce spasme ^otirtflslf que l'on appelle le rire i et qui nous sert comme l'ivresse au piiséraqle! Le rire cache ' des pleurs, le rire fbtigue; il est tout simple qu'on reproche aux Orientaux d'être graves ; Ils sont graves par paresse , Ils sont paresseux pnr bonheur.

Nous avons donc appelé l'industrie à notre aide : c^est fort bien fait. Grâce à des efforts soutenus çt pénibles , nous avons suppléé au bien qui nous manquait par les mille nuances da terrible et du grotesque. Nous avons créé en ces derniers temps une littérature asse2 commune, malgré toute son ambition; assez froide , malgré son dévergondage effronté; nous avons élevé un édiGce d'ignoble et de ridicule sur les bases de nos passions factices; nous avons reflété tous les vices et toutes les imperfections de l'homme intérieur. Comparez maintenant l'esprit qui cherche au génie qui trouve.

Au rçste, les écrivains les plus avancés dans le spiritualisme, les poètes, les moralistes même, ne se sont pas toujours efforcés de fronder cette paresse subli me, cette torpeur de l'esprit qui caractérise la civilisation orientale ; et souvent un retour instinctif, un regret peut-être, leur arrache l'éloge de la vie sensuelle qu'ils semblent répudier si exclusivement. L'homme est un ange déchu, dont les ailes se fatiguent inutilement dans le vide ; la terre est le dernier degré de sa chute, mais c'est le desré du repos. Cest donc en vain que I esprit s'élance dans un espace où rien ne oeut le soutenir; car il faut toujours qu'il retombe. Cest donc pour cela qu'aii milieu du plus vague idéalisme, notis retrouvons encore une pensée d'envie pour l'existence bornée, mais sans inquiétude, des enfants de l'Asie

Cependant, ces reflets du soleil d'Orient sur nos âmes chagrines ne sauraient conserver leur nuance si pure, leur éclat si vif, si soutenu ; la quiétude du fatalisme se dénature au contact de notre insatiable activité , et ce bien-être passager, qui ne sufQt jamais à nos désirs dévorants, ne nous permet qu'un bonheur ^lein de larmes, où la souffrance intime devient une jouissance de l'âme , et s'appelle mélancolie. Mais

STRIE MOÀËRIÏE.

mnê lebto^^e eèrt «on^tatit et dardme; qtiaod fâme péi/t se livrer docharrme de h contempiatforf, sans esuéraneé couniie safts regret , la rrrélaflcolie n'est qu'un mal. Les'Ofientaux ne la éonnaîssent pas : chez eux, (a jouisaance n'est pas une douleur afjfafflme ; le bien et 1^ mal sont des eontrastes; ils existent i fmrt, indépendants, ennemis; fl n^appartient qu'à nous de les ftiire transiger, de les nuaneer Ton par l'autre, d'en former une sorte d^lffa^e. CVst donc h tort que la plupart des orrentalistès , et surtout les onentalistes anglais , ont prêté aux chants asiatiques qu'ils essayaient kl teinte sombre de leur propre cœur.

An lieu de se mettre à l'unisson des poésies orientales , ils les ont trop sou-* tant ramenées à leur propre diapason, sans songer que eha«rue mot devenait ane dissonance:» que chaque pensée changeait de nature , dès yronr f ajoutait an élément étranger.

mt ti'ASl! OBt&NtAL*

Si notre conduite dans la vie dépendf beaucoup de lai manière dont nous envisageons les choses contemporaines, nos jugements sur les diversités de l'esprit et de l'art s'imprègnent gravement aussi de notre façon ae concetoir les choses d'autrefois. Gear qui tendent h la poésie, choisissent leur aspect d'en haut : l'espace leor divinise le spectacle des nations. Quelques -nos s'acnament à ne voir que d'en bas , avec mépris et scepticisme; ils voilent de noir tout objet et tout sentiment; ils se froissent à régoîsme individuel, au lien de n*embrasser jamais que àes rpasses, qui sont toujours belles et nobles dans leurs mouvements. Le plus grand nombre, les petits, regardent devant eux , terre à terre, Selon la surface, et alors les moindres accidents de terraiq leur obstruent la vue ^ les moindres obstacles( bornent leurs re^ds ; et si des horizons se déploient tout à eoup devant eux ^ fis s'en éblouissent on s*en lassent. Ce n'est donc ni pour les sceptique^ de cœur, ni pour les myopes d'intelligence, que nous entreprenons notre voyage poétique à travers l'Orient. Les premiers ne seront point en droit de nous reprocher un enthousiasme exciusif et

frraisonnableî? et nàttÈ i^pouâsdîx^ tPAr tance la condahinatî(in que penvë/it M^ miner les seconds contre one fi^artié dû monde tout entière, parce quet cette

Sartre du monde se sépare , avè'cr des ifférences brusquement tranchées, d«f tïos mœurs dç nos lois , de nos arts, , de nos poésies.

A corisfdértt- Fart et i»es dévt!toppetoents cotnnïe l'échelle m^rfqne âé l'intelligence Sociale , il faut reôotfnaft- Xtt que la civilisation européenne a dépassé de bien lom fa cftftisatioh aslatl- E" e. Et cependant, ^'est d^^ FOrient e les arts nous sont venus , avec la mière, avec la vie pctft-ôtre. L'Inde, PÉgypte, la Syrie, s«f^ç;pufçD^ l*honneur d'avoir été ia première école dé ^univers. La Chine, nère de ses constitutions Immémoriales, se ftatte de nous avoir devancés dans la roqte de fa sdence , et d'avoir anticipé sur la plupart de nos découvertes : et nous, qui pe sommes que d'hier, nous, que quelfr ques siècle^ a jpeine ont déjà faits vieux et presque décrépits, nous fes avons| laissés en arrière, emprisonnés par la nature efle-méme dans un cercle qu'il ne leur est pas permis de frannhfi'; c^r la nature,, en Imposant aux civilisations asiatiques une existence calme etstationnaire, nous donnait , comme na harmonieux contraste, cette activité qui dévore* le temps et l'espace. C*est ainsi que les nations occidentales ont vécu rapidement 'r, c'est ainsi qu'elle^ se sont grandies en peu de jourà de toute la hauteur de l'expérience asiatique. L'humanité n'est donc pas une, et fart, dans son essence la ^os intiment se divisé comme elle en deux parts, sous liAfluence des climats, c'est-à-dire d«^ besoins matériels. Vérité trop dédaignée par ceux mêmes qui ont le plus étudié |1iistolre , la marché et les progrès de |'art ; vérité que nous voulons fendre triviale , en observait à notre tour le flux et he reàuxdela civilisation, cette grande mer dont les courants impétueux ont si* soudainerpent envahi l'accident.

Ne semble-t-il pas , en effet , que I4 nature nous ait donné I9 siupréinatie dans les arts comme une suave consolation de nos souffrances sociales ? E^ pouvons-nous mécoi^nâître le sublime rapport de ces joies intellectuelles à nos

L'UNIVERS

misères physiques? Remarquez que Jean-Jacques Rousseau a senti ce rapport sans vouloir ie comprendre. Placé par son tiumeur chagrine à un autre point de vue, Jean- Jacques s'est obstiné a regarder les arts comme les fruits de notre corruption , destinés à réagir sur elle et à la perpétuer. De ce qu ils ne venaient qn*aprés elle, il a cru devoir conclure qu'ifs venaient d'elle : c'est à cause d'elle qu'il fallait dire; car la consolation ne vient qu'après la douleur, comme le remède à cause de la maladie. Ne voyez- vous pas que l'art, c'est-àdire le centre radieux de la civilisation, n'arrive à nous , dans sa marche toute fatale , qu'après avoir essayé la vie sous le ciel d Orient ? Cest qu'il a besoin de s'imprégner d'abord de parfums et de lumière; puis, quand il a fait sa provision de vie et de force, il quitte son berceau , il laisse derrière fui ces royaumes du bien-être , et s'avance comme un conquérant dans les régions barbares dont il doit briser les chaînes, cherchant partout une misère à combattre, un ulcère à voiler.

Telle est chez nous la noble mission de l'art; sa fin est de réchauffer notre existence glacée , de suppléer à ce qui nous manque , de combler le vide de nos cœurs, enfin, d'amuser, s'il se peut, nos souffrances infinies. L'art ne pouvait donc pas rester en Orient, ou il eût été sans but. Si nous Vy retrouvons encore, ce n'est plus comme moyen, c'est comme expression. N'oublions donc jamais cette différence essentielle dans le travail intellectuel de ces deux mondes si distincts. En Europe, l'art , considéré comme moyen , affecte les proportions de l'industrie ; c'est alors un véritable travail , où l'esprit se propose un but , s'efforce de produire un effet prévu et combiné. En Orient, l'art ne se propose point de but, ne prévoit pas , ne combine pas d'effet. Ce n'est pas à vrai dire un travail, encore moins une industrie ; c'est une expression instinctive , un épanchement fatal , involontaire , où le plus ordinairement l'esprit s'ignore lui-même.

Mais , dira-t-on , pourquoi le soleil , gui avait fait éclore ce germe précieux des arts , n'a-t-il pas favorisé sa croissance ? Pourquoi le jeune arbre n'a-t-il

étendu ses rameaux que sous le dd

étranger, ses racines que dans la terre étrangère? Nous venons d'en donner la raison morale, et la raison phj^sique ne nous manquera pas. On conçoit , en effet, que l'intelligence humaine, inondée de lumière et de chaleur, ait pris en Orient son premier dévdoppement.

Mais la pensée est un fluide âastique qui devient énergique et violent lorsqu'il est comprimé, qui perd sa force en se dilatant. Ce fluide ne pouvait pas échapper à l'action ardente du soleil de l'Arabie, et l'efflorescence hâtive, l'épanouissement précoce du génie oriental a laissé échapper, dans le vague des airs^ la poussière fécondante de la fleur de poésie. Qui peut dire les admirables visions de l'Arabe, ainsi ravi par la pensée? Quelle formule humaine est di- ^ne de fixer les rêves brillants de sod imagination, d'arrêter les contours fu-

§itiis des tableaux qui la transportent, e recueillir les parfums célestes qui l'enivrent? Certes, il ne faut pas attendre de sa force intellectuelle, ainsi livrée à une autre force toute fatale, ce retour sur elle-même qui est pour nous l'essor du génie. Son génie , a lui , ne lui appartient plus; et, s'il lui arrive de se renfermer dans une formule précise et saisissable , c'est encore par obéissance à un ordre fatal. Aussi l'Oriental, homme de génie, ne l'est qu'instinctivement. Mais voyez combien sa pensée, qui se retrouve parmi ses rêves, est encore saturée de la lumière empruntée aux espaces éthérés ; voyez combien le jet de la statue est pur et complet. C'est que le bronze coule sans cesse de même qu'une lave brillante; c'est que surtout la formule, c'est-à-dire le langage, n'est pas un moule trop étroit.

Que si vous comparez cette exubérance magnifique de sève et de vie, cette animation qui s'épanche si richement au dehors , à notre existence intérieure de l'Occident, à notre pensée qui se condense, qui se replie sur ellemême, comme pour se rédiauffer, vous anticiperez peut-être sur les jours de décadence qui s'approchent, et vous verrez comme nous que l'Occident , réduit à se dévorer lui-même, doit bientôt périr d'inanition. C'est Ugolin qui se ronge les bras.

STRIE MODEENE.

En Orient. Part n'a été qu'une superfiuîté intellectuelle. En lace d'une nature si majestueusement fertile , à la lumière du plus resplendissant des soleils, à Tombre des verdures les plus embaumées , que voulez-vous que Misse rOriental ? Il regarde et rêve. Et n'estce pas là le plus sublime emploi de ses acuités? La contemplation solennelle des beauté si splendidement groupées autour de lui , n'est-ce pas son hymne a Dieu la plus éloquente, la plus haute? Tout lui plaît : la moindre paillette de lumière jaillissant à travers les arbres ; la façon diverse dont les ombres sont projetées sur le sol, ou découpées par les feuilles; les bruits de l'air, les magnificences du ciel, tout devient aliment sa« voureux pour ses sens, joies et délices pour son âme. Eh bien , quand voulez* vous, au milieu de cette rotation de jouissances enivrantes, quand voulez-vous qu'il trouve la place d'étudier tout le technique de l'art? Dans notre Europe, sitôt qu'il nous apparaît une splendeur de la nature ou de l'humanité, de peur de la perdre à tout jamais^ de peur de n'en plus rencontrer d'autres, nous nous hâtonsde la fixersur la toile ou dans le marbre. Et pour nous la traduire ainsi que d'ennuis nous acceptons! que de dégoûts ! quelle longueattente ! L'Oriental, au contraire , n'a pas le triste besoin de s'enquérir de la composition des couleurs, de l'agencement des nuances, lui qui en surabonde si inépuisablement dans sa nature extérieure et dans son inonde intime. Voilà pourquoi l'art, en Orient, n'est qu'une superfluité intellectuelle ; on ne s'en va pas choisir une seule beauté, s'arrêter a une perfection unique, lorsque, sous vos yeux comme dans votre âme, il en passe d'innombrables, rivalisant chacune de grâce ou de grandeur.

L'artiste oriental , c'est celui qui vît de soleil , de parfums et d'images ; c'est celui qu'un reflet de lumière enchante ; c'est celui à qui la vue d'un arbre , d'une fleur, donne des heures d'admiration , d'enthousiasme. Il ne lui faut qu'une brise fraîche et odorante à tra* vers un bois de sycomores , une algue roulant sur sa mer dorée , des touffes d'arbres et de fleurs parsemées dans les plaines ; moins que cela ! il ne lui faut

Su'un buisson odorant , on les eaux 'une source égoottant du tronc d'un palmier, pour le faire rêver tout un jour, rêver des choses du ciel , rêver les délices de son paradis : des virginités renaissantes et des tables de mets exquis. Vous le verrez passer de longues heures à contempler la nature aspect par aspect, feuille par feuille, herbe par nerbe; car c'est à s'arrêter sur les moindres détails que son cœur s'emplit et s'élève ; c'est à partir peut-être d^une branche ramassée au'il en viendra à comprendre les prooigieux développements, la structure sublime, la splendide variété de la nature; et de là à Dieu il n'y a qu'un pas.

Maintenant dotez d'un génie fécond quelques-uns d'entre ces contemplateurs , et ne concevez-vous pas qu'il se succédera en eux une suite merveilleuse de rêves, de pensées, d'exaltations?

C'est lorsqu'un lac est tranquille , lorsque le calme de sa surface ne s'interrompt d'aucune ride, qu'alors le bleu des cieux et les verdures d'alentour s'y reflètent, l'un plus splendide, les autres plus élégantes et plus gracieuses. Le même phénomène arrivera sur la lim* pidité oe leur âme ; ils se seront choisi des spectacles de beauté et d'allégresse; ils auront écouté avec extase le concert des éléments, et les innombrables harmonies de la nature; n'en doit-il pas naître au dedans d'eux-mêmes une continuité d'élans vers la nature, de retours à l'humanité, de louanges à Dieu, en un mot de quoi faire du lyrisme toute une vie ? Ne doit-il pas s'établir un échange de sublimités entre leur âme et la nature ? Ils opposent aux magnificences partielles qu^elle étale devant eux les souvenirs des beautés déjà vues; puis les richesses humaines, puis les opulences sensuelles leur reviennent aussi ! Ils convoquent à la fois leurs songes les

{)lus resplendissants. C'est, comme ils e disent, les ruisseaux de leurs inspirations diverses qui viennent chacun apporter un tribut d'émotions à leur fleuve intérieur de poésie ; alors le voilà ce fleuve qui roule a travers des campagnes et des jardins, s'enrichissant de leurs couleurs et de leurs parfams, jusqu'à ce qu'il se perde plus tard, comme toute chose et toute pensée.

vmwnsMB.

daas rimmeoslté inteiletliitil* , énas la mer suprême de fméBÎe 4 dam Dieu.

It dft logique que l'Orient nous ceit kiférienr daas l'art, puisqu'il à la eoiitimité dans rinspiration, et que per «MNéqUent il dédaigiie le chef a entre tes imagiaatioas diverses et ie travail sur le rêve préfi^ré. Que lui importe une seule

girfedtiori éternisëe far le pineeau!

elui-tà fie s'approvisionne points en Êf e publique, de quelques roses étouf- 8 dank des tases , qui possède chsz lui des paittrres de rosiers. L'art ne vit

Îue d'-études : l'Oriental les repousse, /artiste doit être minutieux « attentif à tovt instant as progrès de soit type ou à la vérité de son calque ; rOriental passe rapidement d'une pensée à une autre, parce qu'il a la certitude de la joie et de la beauté» L'artiste doit caresser son inspiration^ la veiller sans cesse, en avoir toutes les sortes de soucis et de soins ; rOriental ne choie pas, il aime. D'après les restes qui nous en demeurent , et d'après les raisons morales que j'ai énoncées , je n'ai pas peine à croire que dans les civilisations primitif vas de 1 Orient la peinture et la statuaire ne fleurirent que médiocrement. Sans doute 6n en abandonna la culture à des esprits seeondaires ; sans doute il dut S'en suivre un dédain asseï général de ces arts aii\si ravalés. Aussi , à l'heure de )a pitédominance des Arabes , Mahomet ordonna- t-il, de la part de Dieu, de ne plus représenter la face humaine, de me point davantage caricaturer l'hu»

manité. Chez œ grand prophète cette d^ense fut un acte sa|e et élevé : il avait mission de réliabihter le corps , il ne devait pas permettre qu'on en imitât maladroiteinefit les formes. L'Arabie oria donc anathème à la peinture et à la statuaire; mais, en revandie, l'architeeture y atteignit une sommité admirable. SI l'Inde choisissait sa montagne la plusliouiedansi^ècieux, la plus large de base, pour v tailler intérieurement une pagode; si l'Egypte peupla les déserts de ses pyramides iitimenses, l'Arabie oonserva dignement la tradition de oes attdaoes de pierre. Elle aussi éleva partout ses svHtes minarets et ses dômes majestueux; elle les sema sur la route de ses conquêtes. Voyez la Syrie, elle en est pleine. Mais pourquoi cet art

devini^l tnaj^nllqne, tahfliâ ^tie les autres restaient sanU progrès? C'est qu'il est le seul qui se conçoive par un nomme de génie , eh une méditation calme et sans efforts, et qui s'exécute par des maneeuvriers ; c'est qne r&rehîtecture est le lyrisme dans les arts.

Permetrez-nous de revenir encore sur cette gradation , que nous craignons de n'avoir pas suffisamment déterminée , et de résumer des observations générales sur les arts par quelques mots sur la musique en particulier. Les Orientaux n'ont pas de musique, et ne |)euvent pas en avoir. Leurs mœurs stationn aires , les éléments multipliés de bien-être physique qui les entourent, n*ont pas nécessité chea eux cet art si riche en consolations. Et, en effet, fious leur del parfumé tout chante, tout s'harmonise : c'est un vaste ensemble musical de tous les êtres créés , une succession d'aecords sans dissonnances , une mélodie abondante oà s'agencent, comme les sons les plus purs , toutes les formes de la matière. Que feraient-ils donc de notre musique ? Leurs sens amollis seraient blessés sans doute par ce qui flatte les nétres, et leur imagination n'aurait plus de couleurs brillantes /de pensées gracieuses à prêter à ces bruits que nous animons comme le noble langage du bonheur.

D'un autre odté, les iiommes du Nord, en proie aux besoins les plus g[rossiers, aux misères les plus abrutissantes, éombattaient isolement contre les rigueurs de la nature , sans che^ cher dans la civilisation un adoucissement éloigné à des maux présents. L'uniformité du mal, comme celle du bien, devaient empêcher la musique aux deux extrémités du monde continental.

£n Italie, au contraire, si les peines morales commencent à peser sur le cceur, si les souvenirs du Vésuve et de l'Etna viennent attrister l'âme et rendre la pensée sombre par instants, c'est pour contraster avec le calme de l'Adriatique et la limpidité de TAmo 2 voilà la première dissonnance, voilà la musique. La musique devait naître en Italie, qui avait tout juste assez de souffrance , tout juste assez de bonheur pour chanter ; puis à mesure que la civilisation déliait les chaîties de mitère physique

SYRIB MODERNE.

qui MvMeBt les peoplM septentrionaai , ein aussi se eréaient ma mea-étre moral, flo m «réMt des jouissances matérielles. La musiqiie, non plas abandonnée à l'iaspiralioa toute scnsucàle d'ua aondoiier , ni au savoir pédaatesque d'en malM de ebapeile, mais cultivée areo soiD, STee amour, se n*turalinit en Allemagne, oarce que ^'Alienagm avait besoin d'elle. £b bien I l*arc , dans ion aeoei>lion In plus abstraiie « a suin ia même mareht. fia Orient, e'est un reflet souvent tnsaisissable dé la lumière qui inonde le monde «ttérieur; en Italie, ee n'est plus que réchode la brise du soir, le murmure du iot qui vient mourir sur la plage; dans le Mord enfin ^ e'est un monde idéal qu^tl faut rêver pour ne point as* «ister tea monde i«eL Voilà pourquoi i'insiM ration allemande est plus hardie, plusénergiqoei plus riche d harmonies; voilà pourquoi rinspiration italienne nt phis euave^ plus passionnée, plus mélodieuse ; voilà pourquoi fiospiratioh orientale osi plus élevée, phis pUfé, pins motinftntto» Eu Europe l'ert, en Orient le génie.

Nous avètis ptésèntë le kèn^dlf^me eomme le caractère )é plu^ saillant de la poésie orientale, comrfiê la raison de sa supériorité sur la notre , è^ûh oublier que notre conviction pouvait îtriter aautres conviction^, que hos préférences pouvaient blesser feâ fibres de la susceptibilité nationale; mais lorsqu'une vérité puissante, incontestable, vient se ranger à notre système, lorsqu'un fait matériel vient se Joinare à notre proposition comme un corollaire immédiat, comme on rapport de haute logique, nous n^avons plus (}u'à laisser parler là raison : elle saura bien nous dire, en effet, que le sensualisme de la poésie asiatique devait atoir pour écho Upoptdarite. Et maintenant, poète de rOccident, n'espérer pas nous échapper! II faut que votre iront se courbe, il faut que votre br^eîl s'humilie devant cette popularité qui ne saurait être votre partage; fcat vous n'oserex fus méconnaître dànâ la généreuse sympathie des masses, dans le culte uni-

versel de tout oe qui pense, cette auréole qui vous manque. Eh bien, non! oe n'est pas à vous qu'il a été donné d'émouvoir les masses; ce n'est pas à vous que le peuple appartient. Jetez les Ifeux sur vos oeuvres « reportez^les sur oeiles d'Orient, et comparée.

En Occident , le poète est un Iwmme d'exception. Sans cesse froissé par les prosaïques douleurs de notre monde glacial, son premier besoin comme son premier désir est de s'élever au-dessus de la foule, o'est*à-dire de s'isoler. Alors il plane; et, de toute la hauteur de son individualité, il jette en bas quelques regards de pitié. Mais bieiitdt son orffueil s'est dévoré lui-même, et devient impuissant à remplir le vide cruel de son cœur. Il tourne donc les yeux vers cette foule tant méprisée; il revient à elle, il la flatte, il lui demande son admiration. Mais la foule aussi a sofa orgueil, elle lui rend mépris pour mépris. « Tu as voulu te retirer de moi , à dit-elle au poète , eh bien! reste dans M ton empyrée; désormais nous ne « saurions-nous entendre. • Cest ainsi que le poète désespéré se plaint de n'ê^ tre pas compris , et que l'homme positir, loin de s'otfenser des dédains i^'on lui prodigue, les accepte comme un brevet de Sagesse. Il en résulte que chez nous un homme de génie passe le plus souvent pour un perseunage ridicule, d'autant plus que leâ gens téritablement ridicules savent fort bien Se dohner pour hommes de génie. Enfin, Soit qtf il y ait une guerre acharnée entre les deux principes du beau et du bien , Soit que l'Ivraie de l'esprit ait étouffé parmi nous les germes de la haute poésie, il ne faut que de la bonne foi pour reconnaître combien elle est impopulaire.

Mais le poète, en Orient, cest rhonime du peuple , c'est le bien-aimé du peuple. Il ne s'est point retiré de la foule, lui ; il n'a pas pris le vulgaire en pitié ; il n'a pas dit dans son orgueil : 5 Ces gens-là ne me comprendront pas !» Sait-irseulement qu'il est poète P sait-il

Su'il a trouvé d'admirables paroles pour 'admirables pensées? Esclave d'une inspiration toute fatale , il obéit instinctivement à une sorte de besoin sensuel , et sa toix qui s*élève dans le

L'UNIVERS

silence de la nuit comme un soupir de bonheur, module avec emphase , mais sans orgueil, des vers pleins de douceur en même temps que d'énergie. Et le poëte est compns, vous dis-je; car cette voix est Fecho de la pensée de tous , car chacun de ses vers est une coupe destinée à recueillir les gouttes éparses de la rosée qui flottaient encore dans le vague des airs. Avec quel charme TOriental retrouve dans les accents du poëte ses plus douces illusions , ses rêves les plus chers , non plus dilatés, pour ainsi dire, par la chaleur et le bien-être, non plus insaisissables et vaporeux, mais fixés par une formule appréciable, arrêtés, dessinés par des contours moins fugitifs !

Quelles délices pour lui d'accumuler sans peine les trésors de son imagination , de les rassembler sans efforts , de les compter sans dégoût 1 La mélodie qui frappe ses oreilles est pour lui la source aune jouissance toute passive, et il s'abandonne volontiers à ce plaisir sans fatigue. Comment le poëte ne serait-il pas compris? Ne devmez-vous pas qu*en l'écoutant l'Oriental s'écoute penser ?

Il ne faut pas croire, d'ailleurs, qu'une telle popularité soit incompatible avec ^a majesté et la candeur. Ce qui serait vrai dans notre civilisation sans dignité, sans haut caractère, deviendrait une erreur dans la société orientale, si magnifique de noblesse. Gardons-nous bien déjuger la popularité de la poésie en Orient d'après la valeur que nous attachons le plus souvent à ce mot ; car alors nous ne saurions nous attendre qu'à des chants grossiers , à des inspirations triviales. Mais rappelons-nous incessamment que nous avons traversé la Méditerranée et laissé derrière nous les honteuses misères de l'Occident.

Ici la lumière règne, ici le poëte n'a pas besoin de descendre au peuple, parce que le peuple est à son niveau.

La poésie des sens devait donc être la poésie populaire ; mais elle ne pouvait naître que dans ce monde de bonheur, où l'homme physique domine si complètement l'homme moral. Les nations occidentales n'étaient pas faites pour cette contemplation tranquille , pour ce calme fortuné de la poésie asiatique ;

elles ont som leur voie â^ethité et d'inquiétude, en n'accordant à leurs poètes qu'un peu d'envie et beaucoup de mépris. Ce n'est pas que les Orientaux n'aient senti comme nous que le poète était quelque chose de plus ou de moins que le reste des hommes ; mais ils n'ont pas , comme nous , regardé sa supériorité avec jalousie ou sa faiblesse avec dédain. Peutrêtre, après tout , seraient>ils en droit de le prendre en pitié; car ce besoin de formuler les plus nobles idées, cette activité qui s^exerce à concentrer les rayons épars de la lumière, est sans doute aux yeux de TOriental une étrange maladie : cependant il la respecte. £t nous, que rien ne monte à la hauteur du poëte; nous, qui rampons au-dessous de lui , nous avons trouvé pour lui plus d'envie que d'admiration, plus de mépris encore que d'envie; il semble que le ridicule, cette arme empoisonnée qui nous est

{particulière, se soit essayée d'abord sur es hommes qui devaoaiient la foule.

^ux yeux du vulgaire , le nom de poëte n'est plus que celui d'une espèce distincte de fous, dont la monomanie est classée comme une autre dans l'ordre général des affections maladives de Tesprit, dont le traitement spécial exige des soins extraordinaires, que sais-|e ? peutêtre même un corps de logis séparé dans les maisons de santé. En assimilant le poëte au fou , nous avons tout fait pour l'avilir, parce qu'il se glisse toujours dans notre compassion un levain de mépris et de ridicule. Le contraire est arrivé en Orient.

. Si le rapport qui existe entre le délire du poëte et la fièvre du fou n'a j)as échappé au bon sens populaire , un rire insultant n'a pas accueilli les transports de l'homme inspiré, au souvenir des transports de 1 homme en démence.

Tout rOrient respecte le fou à cause du poëte. Tout l'Orient regarde le fou comme une créature sacrée, parce que le poëte est un fou. Peut-être, en retournant sur nos pas , trouverons-nous dans ce respect , dans cette vénération, une arrière-pensée de vanité instinctive, une logique d'amour-propre. Nous avons dit que le peuple s écoutait luimême en écoutant la parole du poëte; il devait donc ménager les analogies

d'inspirations, 'et prendre garde au contre-coup du mépris qui aurait pu frapper la démence. Au reste, les Orientaux, et généralement les peuples primitif , ont poussé le respect pour les fous jusqu'à les assimiler aux sages. Les Persaos appellent medjzoub, on illuminé, Thomme aimanté par la grâce de Dieu, l'homme qui fait profession de piété et de contemplation , ce qui n*em* pèche pas ce même mot de signifler, dans le langage usuel, un idiot, un homme dont rintelligence est malade.

Ils ajoutent même que le fou est conduit par Dieu, de même que le poëte est inspiré par lui : de façon que ce dernier, à leur sens , ne s'appartient pas phis an moral , gue le premier ne s'ap« partient au physique.

Mais il nrest pas besoin de reporter sans cesse nos regards sur nous-mêmes, sur notre Europe , pour sentir ces puissants contrastes des civilisations et de mœurs. Au milieu des régions les plus fortunées de l'Asie, la Judée, pauvre et souffrante, se montre comme une lèpre hideuse. La nature semble l'avoir accablée à plaisir de toutes les misères exceptionnelles. Un pays aride , des montagnes dépouillées, un fleuve triste et sans majesté , devaient isoler la nation juive des autres nations de l'Orient. En effet, avant d'être les esclaves de leurs voisins, les Juifs sont les esclaves d'une nature rude et sauvage ; ils sont ignorants, grossiers et cruels comme tous les peuples misérables. Gomment alors, aux jours de la domination étran* gère , ont-ils pu conserver leur nationalité, si orgueilleuse et si méprisée?

C'est qu'ils étaient eux-mêmes nés étrangers en Orient ; c'est aue les chaînes de misère qui les accaolaient servaient aussi à les unir. Ils n'ont donc jamais pu se confondre avecleursoppresseurs, et c'est ainsi qu'ils ont traversé des siècles, agglomérés par l'oppression ellemême. Et voulez-vous comprendre par un seul mot combien Ils sont étrangers à l'Orient.' Ouvrez leurs livres : ils parlent de Vavenir, Or ce mot à^ avenir est un abîme , que rien ne saurait combler, entre la véritable société orientale et la société juive. Pour espérer, il faut souffrir; l'espéranoe est nne larme.

Tandis que le reste de l'Orient jonis-

sait sans inquiétude du bonheur présent que la nature lui prodiguait, la Judée seule nourrissait une pensée d'avenir, une espérance, parce qu'elle était misérable et opprimée. Suivons maintenant, dans son reflux en Europe, cette civilisation si déplacée en Asie. On voit déjà que les Hébreux se trouvent dans le même rapport d'opposition que nousmêmes avec la société orientale, essentiellement basée sur le bien-être matériel.

Or , nous ne pouvions aller à eux ; ils sont venus à nous. Sans doute, aux yeux delà politique, leur dispersion par toute la terre est le dernier coup qui pût les frapper comme peuple, et le clernier degré de leur ruine; mais aux yeux de la philosophie , ce jour-là est le premier de leur triomphe. Croyez-vous que la société juive soit ensevelie sous les murs de Jérusalem ? Croyez-vous que ses destinées soient accomplies à jamais? Non.

Lavoilà qui se répand par toutel'Europe, qui envahit l'Occident sans combat. Le génie qui présidait à eette bizarre civilisation se trouve à l'aise dans notre monde; il se modifie, il s'affrandit, et le christianisme vainqueur naît du judaîs* me persécuté. C'est que la loi hébraïque semblait faite pour nous au moyen âge, grossiers, cruels et inquiets comme la peuplade exceptionnelle qui nous l'apport tait de Palestine ; c'est que le principe social des Juifs, comprimé dans son essor par le bien-être asiatique , ne pouvait se développer que parmi les souffrances et les misères d'une autre contrée.

Et cependant, chose bien remarquable, malgré leur dispersion, malgré le triomphe de leurs doctrines, les Juifs, après tant de siècles, ont dû rester unis entre eux. Par une étrange fatalité, le mépris qui les avait maintenus dans un coin de rAsie les sépare encore du reste des nations que leurs doctrines ont soumises. Nous acceptons leur civilisation, leurs dogmes, leurs livres sacrés, et nous accablons leur secte de persécutions et de haine. Pour expliquer une telle anomalie , il faut se reporter au temps où ce peuple apprenait dans la servitude à détester les étrangers. Il a conservé dans l'exil cette haine des nations à laquelle les supplices, les vexations sans nombre, les plus hideuses tortures.

LimiVEB&

ont trop blea refondu* Mais, après tout, en Europe comme en Asie, lea Jui»!

unis par les liens d*une foi commune, Tont été bien plus encore par la corn* munion du mépris et du oif^rtyre : o'es^ là tout le secret de leur nationalité. Et , d'ailleurs, malgré ce mépris, cette baine , ces persécutions infamantes , ils sont encore nos vainqueurs : le peuple est avili , sans doute , mais le dogme est glorieux; et Titus, eo renversant leur temple , n*a fait que les placer au point de départ d'une immense conquête.

Or, si la loi chrétienne, qui n'est qu*une modification du judaïsme ^ nous a trouvés si faciles à soumettre , il faut bien reconnaître des rapports frappants entre le ^énie social de 1 Euro()e du dix au quinzième siècle et celui qui maintenait en Asie la petite population bé* braïque : ces rapports sont reux des ml*sèrec matérielles, r^ous ne devons dono pas nous étonner de trouver dans lespo^ tes hébreux ce psychisme étranger à FAsie, et qui a dû se naturaliser dans notre Europe. Les poètes hébreux sont des prophètes, des voyants. Tandis que le peuple vainqueur change avec une noble msoucianee le repos et le bonheur du moment présent, les poètes du peuple vaincu s^élancent dans les espaces de Tar venir pour y chercher cette liberté qui les fuit. I^eur âme se tourne sans ce6s4 vers ces illusions chéries de régénéra'* tion et de vengeance ; leur imagination s'épuise à formuler des promesses de bonheur et de gloire.

« Israël a mis sa confiance dans le « Seigneur, diseqt-ils, et leSeigneurdé- « livrera Israël* Les ennemis du peuple « saipt seront couverts de confusion t « et le Seigneur leur brisera la tête. »

C'est toujours ainsi qu'un chef remuant et ambitieux porlera à un peuple d'esclaves qu'il veut exciter à la révolte; on lui promet sans cesse le secours de Dieu, on exalte ses souffrances présentes par l'aspect du bonheur è venir, et on lui livre d'avance tous les objets de sa haine. A le vérité, les Juifs» eontinuellement déçus dans leurs espé«rances, n'ont eu d'autres ressources que de leur assigner up terme certain»

mais éloigné. Cest ainsi que leur attente du Messie est devenue le fondement de leur veligioo, et, par ceotrefcoup, de

la ntftre; mais par une bizarrerie qui s^attache obstinément aux destinées de pe peuple, il faut que ses prophéties se tournent contre lui-même. Non -seulement l'heure de la délîvranéé n'arrive pas, non-seulement il n'est pas donné aux Jfuifs d'allumer le bûcher de la veo-

Seaoce, mais leur esclavage se perpétue e génération en génération , mais les supplices , les persécutions sans nombre, sont les seules réponses des autres hommes à leurs cris d'espoir et de haine.

Puis la ï^atatitê semble j mettre de rironie. Plus tard, lorsque la société chrétienne est devenue forte et dominante, iorsqu elle se charge de réaliser les tortures et les bûchers rêvés par les Juifs, c'est poulr eux que les tenailles du bourreaj rougissent dans les brasiers ardents > c est pour eut que ie bûcher s'allume. Attendez , la fortune leur réserve encore un sarcasme plus amer.

Lorsque l'Inquisition triomphe, lorsque le fanatisme des temj)s modernes renouvelle rexemple horrible des sacrifices humaips, c'est en répétant leurs chauU d'espoir que l'on étouffe leurs cris d'agonie 1 Quelle moquerie cruelle! tandis que la flamme dévore des milliers d'IsraéUtes, quelques moines impassibles | leur jettent à la face cette sanglante psalipodie: ^ I

fc leraéi a mis sa confiance dans ie Seigneur, et le Seigneur n'abandonnera pas Israël ; les ennemis du peuple saint seront couverts de confusion, et le Seigneur leur brisera la tête. »

£t le juge qui les condamhe s*appuie sur le texte même de leur loi :

« Vous les égorgerez tous* et vous serez sans pitié pour eux.^» {fieutér,^ I eh,VlI, v.â.)

Mais, sans insister sur te sort de leurs poëmes, c'est-à-dire de leurs prophéties , il faut voir comment ce lyrisme exalté» ces satires violentes, ont été eccueillisde leurs cootemporains. llToublions pas que chez les Juift 1 autorité restait aux mains des prêtres» et que le mémo homme parlait au uoni du Seigneur et au nom du peuple- Quelle puissauce ne devaient doue pas avoir (es poésies prophétiquesi émaoéee du sanctuaire ^ dans cette constitution tfimentiiuel X.A voijt 4m poètes étaitr^ie-

STMB MODHUŒ.

mentua levier politique, un mojreo de gouTernement; c'était la trompette destinée à réveiller le courage ou peuple, à rappeler à la réTolte. On conçoit alors ^ue le métier de prophète, iutimemeni lié à la religion , et surtout à la politique d^ l'État, dut être parfois fort dangereux.

En effejt, le peuple juif est le seul peuple de rOrient qui se soit jamais avisé de persécuter ses poètes. Panni ceux même dont en révéra depuis les écrits et les visions, il en est bien peu qui n'aient pa^é cher le respect quon leur porta dans la suite. Eïécbiel, Jéréniie, sont Janidés par le peuple. Isaîe, qui probabien^ent s'était permis de faire de l'opposition contreManassé, roi de Juda, est scié en deux par ordre de ce prince. Nos rapports avec les Hébreux s'arrêtent là , et Ton peut dire qu'il y a progrès; maiSffraiiclieDient, les peuples de FOrient n'ont pas eu besoin ae ce pro-

§rès. Je ne sache pas que Hafiz, Feroussi ouSaadi aient jamais excité autre chose que de Tad mirât ion ^ ce qui n'est pas moins glorieux pour leur nation que pour eux-mêmes.

£n résumant ici les éléments les plus variés de notre conviction, il sera facile de faire remarquer Uur concordance.

Nous avons attribué d'abord à l'heureuse influenee du climat ce caractère de naïveté sensuelle si profondément empreint sur la pensée orientale ; nous avons vu cette pensée èneffét se modifier avec le soleil, avec ^aspect des terrains, et subir, comme Tair le plus subtil, les variations infinies de La nature physique. Puis, en la suivant dans sa formule la plus matérielle ,' nous avons encore reconnu combien Texeès de bien-être et, d'autre part, Texcès de misère nuisaient à son développement par les arts. £n dernier lieu, en considérant la poésie comme un épaqchement involontaire et instinctif de l'imagination, c'est^ à-dire du souvenir, nous en sommes arrivés à ce résultat, également confirmé par l'expérience , que la poésie devait être exclusivement sensuelle ehee un peuple oi^ le bien-être des sens est le véritable état des £acultés humaines; et nous avons dû conclure» sans crainte d'être démentis par la réalité , que la poésie orientale ét^lt vr^iipent la poé-

sie populaire. Nous oons attendons bien à nous voir accusé par quelque raisonneur très -occidental d'établir en principe ce qui n*est qu en question, lors-

Î[ue nous présentons la popularité de a poésie asiatique oomn^e un signe infaillible de sa supériorité sur la nôtre. Notre réponse sera facile. Traversez la Méditerranée, messieurs, chan&ez de

5 oint de vue : celui qui est à lx)mbre ela monts^e ne voit pas le soleil ; mais doit-il le nier f

Jk&B PB hk ClTlLlSÀtlON iStÀMtQUB.

Maintenant qu^on peut comprendre par Quelle loi tatale, par quelle unîop matérielle de la nature et de l'humamté, la vie sensuelle a toujours été si facile en Orient, si calme quand elle n'est pas troublée par laguerre, si douce quand elle peut s*abandonner sans obstacle au courant limpide de l'existence passive, nous n'aurons plus à nous arrêter longuement sur a^ époaues de félicité maltérable qu'on a appelées Tère de la civilisation islamique. Pîous laisserons A d'autres historiens ce récit des phases diverses de la uestinée des Abbassides ; nous ne suivrons pas les Abou-Djafaral-Mansour, les Uaroun-al-Èaschid et les Al-Mamoun dansleurs dernières luttes contre l'esprit de désordre, dans leurs conquêtes intérieures et extérieures. A dater du jour où la ronde Bagdad fut fondée avec son rempart de briques. ^ cent soixautetit)is tours, son canal intérieur oii coulaient les eaux du Tigre, ses portes de Wasset, rapportées soigneusement de Petse pour embellir 1 lentrée de la nouvelle capitale des khalif\ss, à dater de cette année 145 de rhégire(762deJ. C.)j l'empire islamique , qui avait préféré les chaudes campagnes de la Mésopotamie aux frais jardins de Damas, n'eut plus sur la.Syrie une action immédiate et quotidienne. Ce fut désormais pour la province détrônée moins de gloire et moins de richesses , il est vrai, mais aussi moins d'inquiétudes et moins de troubles.Tout bientôt dans Celte féconde terre , désormais éloignée du centre ravonnant mais J)râlant du pouvoir suprême, tout reprit cette allure tratiquUle , (»t aspect reposé qui caractéris^ftt Ji^ prpsperrté

L'UNIVERS

publique diez les peuples orientaux.

Il Y a d*aillears cela de particulier dans les résolutions musulmanes à partir de cette époque, qu'elles n'atteignent et n*afTectent que ceux qui y prennent

{)art. Les Ommiades avaient complété 'œuvre de Mahomet. De toutes ces tribus nomades ou au moins indépendantes qui s'agitaient dans les déserts d'Arabie Mahomet avait fait une nation. Ses successeurs immédiats, le grave Abou-Bekr, l'énergique Omar, en proposant la conquête du monde à ses races réconciliées, leur avaient ouvert une carrière où elles s'éparpillèrent à l'envi. Enfin Moawiah, par son génie d'ordre et d'avenir, s'était hâté de constituer une portion de la conquête, la plus riche, la plus centrale, la Syrie. Dès lors, pour une grande partie des vainqueurs, une propriété stable et positive remplaça un butin variable et chanceux; une hiérarchie pacifique remplaça l'égalité militaire des temps antérieurs. Le repos succéda à la lutte, l'industrie à la aévastation ; de même que l'élection des premiers khalifes était détruite au profit de l'hérédité dans la famille d'Ommeyyah. Dès cette époque la nation arabe fut irrévocablement fondée.

Chacun y trouva son emploi, la satisfaction de ses goûts ou le développement de ses passions. Ceux que leur ardeur guerrière appelait à la vie des combats eurent sans cesse devant eux le champ le plus vaste et la facilité la plus grande de s'y précipiter. Ceux , au contraire, dont l'esprit plus calmefdont le caractère plus tranquille, préféraient jouir incontinent du bonheur que la victoire leur avait préparé, eurent à choisir, depuis l'embouchure du fécond et charmant Oronte jusqu'au territoire embaumé de Damas, leur place au plus vivifiant et au plus doux des soleils.

Qu'importaient à ces derniers les péripéties de la guerre, les vicissituaes de la cour, les ébranlements du pouvoir! Tant qu'un fléau de Dieu ou des nommes ne les frappait pas, ils demeuraient dans la plus facile et la plus heureuse indolence. Nourris par une terre prodigue, charmés par une nature ravissante, ils n'avaient qu'à se laisser vivre pour goûter cette félicité que l'on respire gOQS un ciel azuré, dans un climat

délicieux, en face des plus gracieux pavsages de la terre. Grâce, en outre, à leur croyance au dogme de la fatalité, (|ui dispense l'homme de toute sollicitude s'il le dispense aussi de tout remords, ils n'avaient rien à prévoir, rien à craindre, aucune inquiétude préventive à se créer. Ce sont ceux-là , ce sont ces paresseux mais fortunés mortels que nous avions particulièrement en vue lorsque nous avons tâché, dans nos trois chapitres précédents, de donner une idée de la pensée , de l'art et de la poésie en Orient. Leur nombre augmenta, d'ailleurs, pendant toute la durce du règne des Ommiades. Ils se recrutèrent parmi les anciens indigènes proprement dits, ces voluptueux Syriaques, qui avaient profité tour à tour de la civilisation grecque, de la richesse des Séleucides, de Tindustricefféminée des Byzantins ; et bientôt ils formèrent comme le noyau du peuple syrien. C'était donc un contraste tranché que les mœurs des rudes habitants du Liban, la montagne chrétienne et indépendante, et celles des molles populations qui s'étaient fixées sur les bords enchantés de l'Oronte, et dans ces villes pleines de délices : Hamah, Hems, Famièb, Rastan.

De là l'énerpie des uns à profiter de toutes les arconstances pour assurer leur liberté ; de là aussi Tégoîsme et l'ingratitude des autres envers le dernier des Ommiades, auquel tout refuge fut fermé, tout secours fut refusé par ceux-là mêmes qui avaient le plus profité de l'établissement, de l'administratioD et de la fortune de ses ancêtres (*).

Dans ce drame sanglant du massacre des Ommiades, nous l'avons dit, il y eut bien des victimes; mais, une fois la vengeance abbasside assouvie, une fois la famille qui avait régné un siècle à Damas éteinte dans ses membres principaux, proscrite jusque dans sa clieQtèle la plus éloignée, il y eut du calme, du bonheur encore pour la Syrie, si richement dotée par la Providence. Dans cette nature si fertile, en effet, sous ce soleil si bienfaisant , il suffisait de quelques années de culture pour rendre à la terre toute sa fécondité, pour réparer les désastres les plus tenribles , les

(*) Voyez Aboal-Féda.

SYRIE MODERIŒ.

plus eniels rafages des rérolntiODS intérieures. Puis la réaction des Abbassides eontre les Ommiades n'était après toat qa'une calamité locale et particulière.

Cette guerre civile ne ressemblait point à la guerre de conquête, où le vainqueur pénètre et fouille partout , se répand à travers les campagnes comme un fleuve débordé, descend jusque dans les vallées les plus profondes, ou monte jusque sur les plateaux les plus élevés.

Elle n'inquiétait tout au plus que les grandes villes; elle ne frappait que les partisans de la dynastie déchue. Qu'importe donc, dorénavant, aux insouciants Syriens, quel khalife règne à Bagdad!

Que leur importent les luttes éloignées des Grecs et des Arabes I Désormais les armées belligérantes ne combattent plus dans leurs contrées ; à peine les troupes arabes y passent-elles quelquefois en se rendant en Asie Mineure. Les plaines de TEuphrate et du Tigre ont détrôné les prairies de l'Oronte ; mais ces dernières y ont gagné une sécurité qui les rend plus verdoyantes, p^lus grasses, plus délicieuses que jamais.

Après les quatre années où Abou-l- Abbas-al-Saftah accumula tant de supplices , établit une inouisition si violente, dans le but de ne laisser vivre aucun de ceux qui pouvaient s'opposer à l'élévation de sa famille, son frère Abou- Djafar, plus humain parce qu'il était pius fort, dont les nombreux succès militaires lui valurent le titre ù'AlrMan- ^ur (le Victorieux), demeura vingtdeux ans en possession du khalifat. Ce long règne fut favorable à l'empire tout entier, et particulièrement à la Syrie.

Si les annales de ce dernier pays ne présentent point à cette époque de faits dignes d'être rapportés , cest la preuve la plus évidente de sa prospérité intérienre. Comme nous l'avons établi plus haut, rOriental est facile au bonheur; il cueille avec ravissement , sans s'inquiéter de Tavenir, les heures de félicité Que le ciel lui envoie. Mais aussi, quand 1^ jouissances de toutes sortes se pressât autour de lui, l'apathie le gagne, son corps se repose , son esprit rêve au lieu d'agir, son âmeamollies'endort dans "ivresse des plus indolentes voluptés. Tel fut le Syrien , il faut le croire , surtout à ce moment du khalifat où la

oertitudede la puissaneedes Abbassides et les richesses de la conquête peuplèrent en si peu de temps Bagdad d'un million d'âmes, et y entassèrent en un quart de siècle toutes les somptuosités, toutes les magnificences, tout l'or et l'argent de l'Asie et de l'Afrique. La Syrie, qui n'avait fourni aucun gjuerrier fameux auxarméesarabes réunies en Mésopotamie , et lancées de tous cdtés par Abou-Djafar contre ses ennemis; la Syrie, qui, assez indifférente aux querelles religieuses ou aux finesses mystiques, n'avait encore envoyé à la nouvelle capitale de l'Islam aucun célèbre docteur en théologie musulmane, la Syrie n'en participa pas moins au bien-être général ; et Damas , sans chercher à remporter sur l'opulente Bagdad , se fit pourtant remarauerpar de nombreuses constructions oe palais et de mosquées, par le luxe des vêtements et des équipages d'un grand nombre de ses habitants.

LUXE OBIBNTÀL.

On a beaucoup abusé du luxe oriental : les uns pour l'exalter et en faire le texte d'interminables descriptions; les autres pour le blâmer et le flétrir avec non moins d'emphase et de déclamations. Certes , un luxe excessif est une preuve de mollesse chez les grands et une chance de misère chez les petits.

C'est du moins ainsi que cela se passe dans nos climats rigoureux d'Occident , sous un soleil qui ne féconde gu'avec grand'peine une terre maigre et inconstante. Mais en Orient, avant que les luttes répétées des générations successives eussent remplacé les campagnes pleines de moissons par des champs pleins de ronces , les villes toutes remplies d'habitants par des ruines éparses , au temps où la Mésopotamie était fertile , et la Syrie dix fois plus peuplée qu'elle ne l'est de nos jours, à l'époque des premiers Abbassides enfin, le luxe de quelques-uns n'entratnait pas forcément à sa suite le dénûment du plus grand nombre. Plus tard, sans doute, le luxe amena la faiblesse dans les cœurs, la pusillanimité dans les âmes. Durant le premier siècle si brillant des Abbassides, au contraire, le luxe fut la conséquence lo-

tu

VWtPTEM*

glqaeda eHiMt, d«l« victoire, de l'Ofdr»' léipbti en Orient.

On nous ^éehe dès Fenfanoe, en Europe, le mépris de corps, la supé* riorité de Fesprit sur ta matière. Ce sont de eontinuelles déelamatkHis sur la Ta- Bité des avantages physiques, sur la fti^ tilité des soins ^'ils nécessitent; e»

sorte cpie l*mllaeiiee de ces doctrines se iiit sentir jusque dans nos hatHtodes.

Il sembtie, en effet, que oe sort faire injare à la noblesse de notre intelligence 911e de BOUS occuper de la moitié no»

pensante de notre être. Sans obéir absolument à cette austérité, qui déclare coupable el condamne les soimi minutieux du corps , neos les méprisons , pourtant, comme vils et grossiers, noue les désavouonscomme indignes de nous* mêmes. En Orient, au contraire, le eli* mat, les mceurs, la relision elle-même, tendent à relever ces habitudes qaenous flétrissons, et le culte de la beauté finit par idéaliser la matière, ou du moins par la replacer au niveau de Tesprit.

Pour juger les coutumes asiatiques avec impartialité y il ne faut donc pas les peendre au point de vue de nos propres eeutumes. Soyons fiers, s'jl le faut, de Bdtre vie d'abstpaetions ; maie ne erai» gnons pasde reconnaître ^e la vie sen* suelle est eenferme aux lois primitives^ et partant très-logique. Bt vraiment, en bonne eeosoienoe, est-ce dono un si mauvais emploi des facultés intellec* taelles, que d^augmenter la somma do )>eBheuF matériel que la nature notts neoorde? N'est*ce pas à défaut de eeluirlà que nous enerchons l'autre à mnd'peine, dans ce que nous appdons les piaiairs de Tesprit? Soyez de bonne loi : s'il vous est jamais arrivé d'envier aox Orieptaux leurciel ek leurs parfums, que croyez-vous qu'ils vous envient en retour? Plus sages que nous peut-être, ils ont perfoetieiuié la science du bien* élre, et tant que les khsdifes ont montré de rinteliigenoe , de la force et de la résolution, leur magnifie^ice n'a fait an^ enn tort à leur politique : ee n'était pas le luxe qui devait détruire leur pouvoir et ébranler leur empire.

Cette magnificence, du reste, alla toujours en croissant depuis Al-Mansous jusqu'à Moktader. Malgré diss guerres presque consécutives pour fondes sa

dynastie , AKMansour eat asnèn de pié* voyance pour élever im grand nombre d^èdiOces, pour entourer Bagdad d'une double enceinte, qui la rendit si forte qn*elle mérita dès lors le titre de Cité de la Paix. Ma^ré ses dépenses énormes et répétées, il eut assen de iuste économie pour laisser à sa mort près île sept cents naUliens dans le trésor khalifaf. AI-MahadI, son sucoesscmr, ne fut pas moins prodigue sans cesser d'être générenx. Son pèlerinage à la Mekkeest presque fabuleux : il y dépensa six millions de dinars d'or. Mais s'il faisait transporter sur une troupe deehameaia des blocs de glace pour rafvaldnr soos un soleil brûlant les sorbets et les fruits qu'on apportait sur sa table, tout e» songeant a lui fl n'ofnblia pas soi peuple. On lui doit de nombreuses ettwnes , qu'il fit creuser de diatanee en distanee dans le désert sur une étea^M de près de deux cents lieues, et aussi des caravansérails vastes el commodes oà les pèlerins powaient s^abritev contre la ehalenr du jour (*).

Le grand Harounr^l*|lasdiid, ie cinquième des jkbbaasides, ne borna point ses prodiiplités à son petiple : il en fit part aussi aux Oecideotaux. Toutes nos histoiires contienoent le détail des présents qo*!! envoya à Gharleinagne, parmi lesqueb on remapqitait des parÂims detoulies espèces, des perles et des bijoux à profosion ^ de Tiveire, de rencens, un éléphaatsplendidenMat armé en guerre^ et surtout une horloge qui parut une merveille à rSurope, moitié bar; bare malgré son grand enq^ereur, et aai fut placée dans la oathédraie d'Aix-la- Chapelle. Haroon^ab-Rasobid, fuoiquH eût soldé des armées de cinq cent mille hommes, quoiqu'il eût fait bâtir plusieun palais en diverses provinces de son immense empire, n'en laissa pas moinsàsoB petit-fils Al-Maoaoan de quoi distribuer, à scm avènement , deux millions quatre cent mille dinars d'oor avant de descendre de cheval. Mais quand ce phoot magnifique se maria , ce fut une bieo autre libéralité : on vetsa sur la téta de sa femme mille perles de la plus belle eau , el on étabht une loterie où clkague numéro gagnant donnait unetsrreea ooe

(*>yo3WAlKNi*l-ltéd«.

STRK liaDIRNE.

BaisoL Or diaaÉn avidi quiÉm^iiiig^ lix-Dritl cbanoes contro uÉe ëe gagnett Tout oi kie ^urrail paraître ane aagératiao de poë^ «i on hislorm rès-véridiqut «t tnèft^positif^ Aboo'lo ^éda, ne nous avait donné lui<»niéniek létail suivant d« la oaïur dHia khiilifd : t Toute rarmée dtt khalife était sooi les avBte^) la cavalerie et FiitfaDterif f[)rmai0at on corp^ de eeat aoixaDlie mille hommes; les arandà offieters.

Têtus de la mMiève la plo» brillante^ avant des faaudriera qoi étimelaient dor et d^ pierreriflB, se tvouvaieat rangée aateor de leur dwf suprême.

On veyait ensitite aepi faille eunuques^ pami kesquelB on en comptait qoaM miile blanog; puis sept cents 9aiides d'appartement, lits «baloapes et des gondoles j déesiréce de la manière la plus ricbc^ étalaient levra banderoles sur le Tiçra. \a somptuosité régnait partout dans Pintérieup Al palais; on j renaarqoait trente-hait mille pièces de tapisserie, panni lesouellea . ëouae mille cinqi cents étaienit ob soie bradée en or ( a» j tsoovait vingt*fkeux mille tapis de piec|. Le khalife entretenait cent lions avec m garde peur ohaeun «Teex. Entre aij^es raffinements <f ari loxe merveilleux^ il ne faut pas oublief OB arbre d'or et dWgent oui portait dix-huit branches y sur tesquelles^ ainsi «pie sur les ramf aux qaturels ^ OB^ apercevait des ciiseaux de toute espèce : ces oiseaux; et les fenilles de Tarbre étaient faits des roétaui les plus précieux. Cet arbre se balançait comme Wh arbres de nos bob, et aliors on entendait le ramage des dtfférento oiseaux. C*est au milieu de tout cet appareil que l^ambassadewr arec hit conduit par le vizir au pied du trâna du khailte. »

Ainsi la magniftcenfe était ce çfu'il f vait é^appareol et de cavactévistiooe tans la dpmûiaticin des AbbassMkSw Le irestige ne manquait donc pas à ee« llorieax klwllfes; et eomme l'on ne liscutaii plus leur 8ut04rité, die en»»

truntait à la pompe qui l^enaenrait une jrandeur qui Mt longtemps 9» foroe, et jui ne put se perdre que par des fautes nombreuses et des iacapaeités flagran-* ^s. Au second siècle de Théisire tous iervait la domînatioo des kkakifes : Tu-*

nité d'un peixM^ sent cefitWHe» la «éi^ ■ion dans une seule maiti de la piû»

aance temporrelle et de la puissaoee spivitueUe, les résultats merveiUeiu:

die cent années de conquêtes, les rît dieaass qu'avaient aMUmulées taat de victoires. Il sufGsaît, pour ainsi dire, aq aeuveraitt d^avoir kai^ntifliient de ce pouteir immense et inettiteaté ; il suffisait à un khalife de jeter un coup d'oail iatellit gent sar l*état de se» asapire pour réf;ner sans trouhie et sans ditSeulté. Mais si le prtnee était puissant, le peuple était^ il heureux? Tout nous In fait présumar. Les Arakes étaient maîtres, étaient riches pétaient forte; dans une pareille situation, il ne dépendait qne de Tindi*. vidu de jouir avec séonrité des bieml nui s'offraient natuveUeaoent à lui.

Quant aux Chrétiens, oornsM la certi* tude de la donÛMtioQ rend d'ordinaire les Orientaux faciles à vivreet tolérants ; comme, d'ailleurs, les hidustries que les vaincus ouUivaient Paient utiles aui. jouissances de leurs vainqueurs, en les protégeait volontiers dans leurs travaux, et on les laissait pratiqissD leurs dévotions à Taise. L'esprit tranquillisé sur leur existence matérielle, assurés de la rémanéotftiem de kux travail , jamais inquiétas dans leur conscience, iis lu^ pouvaient s'en prendre qu'à eu«r«iêinefii dubooheitr quelle ne trQiiv«Mi|t point.

En Syrie, ppr4iQttlièreme«iti (W peut ereire que le peuple était heexen». Oa laissait, daas la grande ville byaantrue d'Antiochef trôner iranquillemeut ua évéque greo et ua évé^ue latin. Lee habitants de la cité pouvaient, sansi déplaire à leur nu^tre, sana être par eux molestés en auennie faqopt 9e partager entre les deux Églises chrétiennes,, se disputer tout à leur guise sur rioter-> prétation des dogmes et sur Teaprit dea Écritures. Les autres villes cbréUeanea Jouissaient pour leur ouite de la vaêioè^ liberté a et, tant en se préoceupant de leur béatitude céleste, elles pouvaiieat arrondir avec facilité leur fortune ter* restre. Çeauœup d'entre elles avaâent des ssancbés fort importants, Séleueie,»

Tripoli, Sidon el Tyr. Jérusalem elle*' même ^ait devenue une place de ceein merce : elle avait une foire, à la miseptembre, où se donnaient rendez-vous l'Asie et l'Afrique, et où venaient ofténaci

LUniVERâ.

des marehands eoropéens sous le prétexte de pèlerinage. La Montagne, Taustère Liban, se tenait en repos; ses solitaires y protestaient sans dangers contre la démoralisation du siècle, contre la corruption des villes et contre le triomphe de rislam.

Si les Ghicètiens jouissaient de cette se* curité gui rendait leur sort supportable au momSfIesMahométans possédaient cet ordre puissant qui a fait leur clvilisation. LeKoran, admis par tous, de code religieux était devenu un code civil. Les interprétations nombreuses qu'on en avait données le rendaient applicable à toutes les circonstances de la vie sociale. La politique y trouvait sa force; la justice, son autorité. Tout y avait été réglé : les rapports des hommes entre eux, et rétablissement de la famille.

Ici nous touchons à une question délicate, et qu'il nous sera permis de traiter rapidement , celle de la condition des femmes musulmanes. Yovons comment était établie leur destinée.

GONDITIOIV DES FEMMES

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