‹ Syrie ancienne et moderneChapitre 49 sur 63 · BATAILLE DA8CAL · texte numérisé non relu

BATAILLE DA8CAL

Ce jugement impttitique fot le iiev«' ni«r actedel'assembléede&chefs. croisés.

Tous les jours il en partait quelques^ uns. Leur patisnoe était |i bout; la n«i* talgie les avait atteints. S'imagmant avoir terminé leur oeuvre, eeuxon res^ tatent eocote refusaient de piiendre partaux affaires du nouveau royaume de Je* nisalera. Leur mauvaise volonté éclata* mrtout à l'approche du péril, le plusgrand peut-être » que courut la croisade* Les Musulnaans , a|wès les larmes qu'ils' versèrent si abondamawnt sur leur éé»

faite, songèrent à la vengeanoe. Les Égyptiens se décidèrent ks premiers; et comuie toute discorde entre le kha*' lHat de Bagdad et iekbalifat du Kaire s'étaàt apaisée en faoe d'une calamité qui. fri^pait l'Islam tout entier, des auxi-» llaires venus des deux Iraks, de Pecse et de Mésopotamie, se rangèrent sous les drapeaux des Fatbîmites. AMbal , cevizir qui avait arraehé précédemment Jérusalem aux Ortokides , coBunandail.

les troupes nombreuses qui s'étaioiti proposé de reconquérir la Palestine.

Déjà Afdhal et ses soldats se trouvaient' sur le territoire de Gaza , en Syrie,* à quelques, journées delà cité sainte,* Ittrsque la nouvelle de leur marche fut> apprise par les: croisés. Aussitôt Tan*'crede, le comte de Flandre et FiUstaehei de Boulocne , qui s'étaient portés v«rs le pays de Naplpuse pour en prendre possession, coururent vers les rivages de. fa mer, afin de s'assurer des forces de. ceux qui les menaçaient. Ik furent bieB« tdt convaincus de l'imminence et de la gravité du danger^ et le ftrentsavuir » Jérusalem.

On annonça ce message dans Itf viUs en pleine nuit , à la hieur des torches, au son des trompettes. Les erienrs publics invitèrent les croisés k se rendTre, dès le lendemain matin , à l'église de 1» Résurrection , et de se préparer au ooiih bat. Le peuple , encore entnousiasmé éa sa victoire, montra une arande énergie ait une grande résolution. Certains prineesv au contraire , hésitèrent ; d'autres refii-* seront de s'engager dans eetAo nouvelln lutte. Robert de Normandie prétendît que son vo^u était^rempli, et qu'il n'avait point à suivre l'année de âodefiroji

vvuaKUi.

de Bouillon, qui s*appi4uit à tortir audevant de Tennemi. Raymond de Touloute , jaieux dhi duc de Lorraine , Raymond « qui enrageait av fond du cœiip d'aroir é^ otdigé de remettre au'rei di Jérusalem, oti ptutdl au barof aou^fieraini en saint aélMiIore, la fortereasede David; ne voulait pas se aoooiettre au comman^ deBwntdeaqn iival.€elànelni paraissait plils 4ue secvir une eause pa^ticttlièrtf et sbn orgueil se retoait à lott acte de aubordioation. Le duc de Kol-matidie el^ le-boiBte de Ilouiousa pepoussèreqt'done égakment rJuvitattop de se joindk-e àf oeox qni jNirtaieBt pour aUer combattre les Égyptiens. Cette décision était gravée Eue jeta qn instant l'alarme et la déso*> ktibn parmi les Cbtétiens. Alors Pierre PRraiite; qui déduit reste dadfe Ut ville avec Isa femmes; les oilanU, Ifs vieil* lacda ., les mabides , se présenta , neeofl»^ japié dWue^rakide i^irtie dn elergé et d'une fbule de pèlerins, aox deuk pi'ins' CKS dissidents, les snpptiaaveotaal crins* timoesv fevitti sifcoir^ent àia charge,

£'iis finiteot par eoMentir à saivrd iriB frèréa, etr à se jomdre « apasi que. leurâtrbnpeit particulières, à l'arraéq de Oodefrof de BmsillOB C)- ' '

Cette armée , à laqueHe s'étaient réu^ msifous les (ntoinés éparpilla si|r Iq.

ttorriidre de islFalefekine, en quitftant RaniabVsa» rendesi^Tioua ^énéfa^ d^ OBÉditvefstaoâte, èiftré ASoalon dt Jafifo. Bieotél eU^ trouva sur les bords éf ud Isrrent nommé 4orek une ibasse oons»»

dirabis d^ncb^ de mulets, de ebaaaeawq et de bufiûes. C'était là un butin tout* trouvé pour léi soldats de la drôisade, tebkmrs tmit prêts à rapinev. Mais lesagsi 6oietfîroy ne perdiir pas à aea bomsua: de perdre un temps utile, deae livnei.

an piltalge, dbctôplara que quosaque quitterait) ami ffëag awridt les oveibes et le neoB cmipés.^CAtte me^re de rigiiear anrèta la débandade, et le eoir méiiie oa atfri^ en Vùè'dès Muaulmani. Lea Cbré^ tien», qui avqieqt emporté avec tm. le bèis de' la ecalB divine, enflaoaaiéfl par( m pfésencé de oe^le reliqae, s'avancer renfiplcpBsdtetkausiastne à la bataiUei' Oétait le malin de la veillé de rAaaorop*. tibn^ M aeit I009v etVsppcocbedeoetle

Xl\^^ Todebéïte, BhMrè eu «oftt^ 4

«and^féta radmiWail eoêois Wureon* fiance. Ils é^ient armures 0^ h protection oéle^te, etOAWptaiiiot sur ù Viergt comme <iie ^léawCbciit pqhi iwr do»

nar la viciair«v

Le4 Mu8t4teana» dont dfmf^ historien ne s'aceoid^ à établir le cmffre exact, mais qui évidemmeiit étaient plus doisbsetaque lesChrétianatlorasaieotiiu vaste demit^wcl^ daeaiO^e lartjeplaifle bornée à Tesl par dM c^Uia^Si al ouest pair la «|er« Aa«aloA , aur (« livagetffiofr trait <linriàre s«a leaiparts et «es mmar^ta ^t^ imt de mil» : «'était h flotte égyptioftnQilQitta pré|e 9 parlée s^ço^ àsQU'amée. Envoyant yeruûri eut les Cturétijeaa , iea Wmetaa«a (weent saisis d'^e spnf de terraiw/ Su ««ci les rai- SQDs ; d*abo«d il« iVàmX loi» f atteodie les qj^lséa ; m l«ir ^y.ait dit qw ces derniera étaient à {)^înq capableff da se défef4r« à Vabride mura , ^% ila afiiyaieot um àaaup etn vaaa «avip^Ba. Epsuiu, j^v ^f^mg^\^ bawdt,^ troupeaux qu'avait ïmWfMia l'?[rpi^:^tieDDe, attirés soit par le bruit des daiioos, soit p^ la imf^A mM^ 4e9 troupes, se réiL(\if;ent de^i«riqrq te» bataillons des Fc99ci^§trçpé(èro[^lmcbiP4^^(^'!' i^i?s mouMemen^f. I^es ci;is 4e oasaoïn^u?» la ppi^ièr^ qu^ m\9W^ ^ c^uraci, {m fip^t pr9iHU#deWiaparlfi Mua^lmaQ8kP^ur dcf ipa^^da cavalerie.

41or$ l'airraée éisyptienoç tk'ifm^ qiie U^, çri^iaés av^ifi^i reçi4 d? doidbjreu« rwfocte. Cela poirbi la PfO"b»

dai;ia, ^qs ranas, $9^4 le, acmfi «te cette p^piqMe^ ejle lavisaii^ a^WWesevolli^r ift )mr guiw. ÔRdefr w put se porw sa4V$ Qj)staçift vsr% ïa,^(|e (l'Ascalon, piJi; ^ <S9intqni4( ù& b^l^u4uraDt I9 Çipjnbftt. fiayfiQ^ ^ îputouse put s'élteft^î-e ay^ m Psop»sa^x entre ia ni^r et Vaçipéed'4tabql 1 de &çon aejBpécheo: t9i^t§. çoPSIiWi^tiop ^Ue »

tj;Qm>^ d^ tf rr^ ^ H fiom Eoû<^ Taflcrédp et ïlftb^l d(e JfMre eurent^ tfmps dû dilrigec Um^? aitpqua ye^s ■' piot qui IcAW parut je puis Csûble cbei iciur^adversair^sX'iQÈaiillçxieDorniaDde commenQa pa^ lanicec plMaieurs mtUi^ de javelots; puis, bientôt la cavalerie flan^nde s'élança çur les pjreipiers raop des mfidcles. Eue y trouva des fcoldaUf un genou fixé en terre , qui qombattaieat aussi bien avec l'arc i^weerépée..Puii

SYRU nOBEJlJSE.

înrent , «ree mnà limit 4ê cknbales et rand turmtlteoe ? oiit des hommes noirs» l^ant en mains des fléaux à bdules de ier, I: qui frappaient à eoups redoublés sur la jirasse tfeS dhevatters, etsur la tétè B leurs chev&Qi. D'instant en tastant ^couraient d^autres combattants , qui rmés de frondes , ijui de sabres recoure es , qui de l&heéii étiormes. MatgiKé leitr iccessiori rsipide, TVmefède ; Robert de formandie vKobert dé Flandre , à forcé' e valeur* et d*aeti?i té, n'en repoussèrent as moins éës' erinemis sons cesse te^ Bissants. Enfin Me ddo de Normandie ut pénétrer Jusqu'au centre de l^rmée ^ptienne, et y arracher le grand étenaVd d'Afdhal. C'était là le plus heâà oup de la bataille; il jeta le d^eourdse»'* lent dans l'armée musulmane, et dérida î signal de sa déroute (•). '

Cette déroute' fut aussi rapide que énérafe. Malheureusement les fuyards; n grande partie /tombèrent d'eiix-mé^ nés dans fes' embûches qu'ils auraient lû éviter. Ceux dui se précipitèrent dd ôté des flots furent poursuivis ^ar M avaliers du comte de Toulouse, éttrôrîtf nille d'efatre eux se noyèrértt engouant atteindre la fldtte égyptienne. Cë(^ (ui toUlxirébt se Réfugier dans la ville l'Ascalon trôu^èrtrit feôus ses murs jodefroy ct'éfea Lorrafins, et furenl îcharpés iùsqù'iu tlernief. PluSfenrflf iyant escalade le* 'enfeéinf e$ dés jàrdini fe (a ville, et étant- Montés dans àen jtcomdres etâei oîtviers pouf fy cacher fans l^ branéhage, forent ab^^t^us à coim âe flèches édmmè des oiseaux.' "Fbus ces fKalheureux vaincue, côttîîferhéi de leui* défaite , se laissaient égorger sans résistance. Ceux que te ttlaîve vainqueur û'atteignatt pas s'étouffaient eux-hië*mes aux porte* d'Ascalon ,' tant ils s'V précipitaient en ma^ef. Àfdhal pourtant parvint à V jJéhéti^eï*: D'une des tour^ ue la v^llé i? put assister à la destruction de son armée. Son désespoir fut prô^ fond. Il s'arraclm la barbet il se meur* trit le vîsàge; il poussa des gémisse^ ments mêlés de blasphènïes, et finit; ^it-on, pas s'écrier * « O Mahomet!

« serait-il yrai que la puissance du Cru- « cifië fût plus grande que la tieijne'.

« pinsque les Chrétieat ont vaiaeD tetf « disciples? » Après ee cri de rage, i'or* guailleux vizir égyptien, saisi de ter* reur autant que de déaMfra§effleot« s'e»« fiitt sur sa âoite, et se hâta de gagne» )e large. Cette fîilte hohteuse ne laiasi| plus aucun sspoir à à*brmée rausulmlioi^ et le peu qui s'en sauva alla nourit d« fium dans lé déaert^

»ÈGI^ PB GOpÈFao^. j ']

A la suite du massacre les émisés s'oeeupèrent do pillais, lepiais butin ne ait plus riche et ptus eopieux. Oq trcmva pour ta faim des ;;â(tei«x.deAiiei et de riz, pour la soit itenoBibreux' vaaai remplis d'eau dé sevrée. Après s'être rassasiés^ toute &çon ; les citoisés m»

ffèrent à s'emparer d'Ascalon; mais la jalousie des chefs entre eux ks as jfSta dans nette dernière entreprise. Lecsaite 4e Topioiiw, te premier, avait somasé lafiamiseq deserebdre. EncenaéQuenoa ivouiaM arborer sa oaankre sur MLViàli et la garder pour loi. Godciroy de Boni^ Ion, en ^qualité lie roi de Jérifsalem'i s^opçoda atictte Rétention. Alors le vindicatif Raynsond eut riofamie de s'é* ioigner avne ses troupts , ei de déolairqpr aux Musulmans d'AaealOQ/ qu'ils n1aa« f aient rien a eràindre de Godefroytdut seul. Ce faneste ea^em^le d'indépeiidanb^ fut EUfvt -bat beaucoup é'jaulres cher»

liera. 1« auc de* Lorraine ne put dont tirer parti de sa victoire et n'obttat au*un> léger tribut de la ville, dont il lui elait ai taoile de se rendi» maître s'il eût ^4 secondé. r

La mauvaise fol et la haine en^ vleuse de Raymond de Toukn^e ne se bornèrent pas, v is^à-vis desonriysjooii* ronné) à une seule perfidie. En qulttadt Aseaion, ks Proven^anx ss' portèrent Ters la ville d'Arsou£; située snr le si* fage de la Méditerranée, entre* Jâffo et Gésavée^ Rayùiond aurait bien vtniln s'emparer^de cette plaos. U cbsaya nn assaut; on le repoussa vigouveusemsnS.

Alors V avant de'levbr le siège, il appris à la garnison le pea de<troiq)es dont Gadefroy pouvait disposer ^ et la eont leilta de ne pas se rendre a ses somma* tioèa. Lorsque le roi si eontesté da pauvre royaume de Palestine arriva à ao^ touc aous les. Oiurs d'Arspjuf « il ne fut pas long à se convaincre de ia tra»

L^UHITERS.

hlfloif de edui ^ ainrait ûù lui obéir. Malsré sa modéraibo ordinaire et sa protonde piété, Godefroy s'emporta, jwrade venger cette demiore offense, et mareba résolument contre Raymond, pour le punir. Une déplorable bataille allait avoir lien, lorsque Tancrède et Robert ée Flandre s'interposèrent entre les adversaires, et à force d'instances, de prières , de promesses , parvinrent à réconcilier les deux rivaux. Mais si la guem intestine n'avait pas éclaté, le »al n'était pas moins terrible. Oésu- Bion , jalousie , insubordination par orcueil, trabison par rivalité, tels étaient les tristes résultats de cette égalité •Dtre les wignenrs féodaux que Téleclioa de Jérusalem n'avait pas pu dé* truite (*).

Le retour de Godefroy dans la ville lairrte , malgré les clameurs entbousta»lee du peuple, fut donc assombri par un nuage gros de tempêtes. Le pauvre duo de Lorraine sentit alors sa uJblesse el aon impuissance; une profonde mélancolie s'empara de son âme. Ce sentiment ne fit que s'accroître, lorsque les cfaefa croisés lui signifièrent enfin qu'ils allaiei^ retourner en Europe , eux el leurs chevaliers. Il n'y aval v plus de raison de les retenir. Le Turc n'était plus menaçant, l'Égyptien était découfagé par sa dernière clé&ite. Robert de Flandre et ses chevaliers, Robert de Normandie et ses troupes nombreuses, partirent pour leur patrie, les uns par terre, les autres par mer. Raymond de Toulouse , qui avait juré de ne pas retourner dans ses États, mais qui ne voulait pas rester le subordonné de Godefipoy, se dirigea vers Gonstantinople.

11 ne resta avec le duc de Lorraine, fidèle à aon serment jusqu'à la mort,

Sie le généreux Tancrède et trois cents evaliers. La séparation des croisés fut douloureuse ponr tous. Durant quatre «iné^'ils avaient affronté les ménaes dangers^, couru les mêmes hasards , et ttia|g[xé la rudesse de leurs mœurs ils s'étaient aceoutomés les uns aux autres et s'étaient voué unesorte d'affection. La foule des pèlerins surtout, celle qui était trop pauvre et trop chétive pour entre?

{*) Yoyee Albert d^iLlx, Hiêkrift i9 l^expémOonaeJéniaaiem ■

prendre le n«uveaa el pMMfi voyage du retour, se désolait, gémissait ccmune dansune calamité publique. Spectacle fâcheux et peu encourageant pour leur roi ! Qn'allaiMI lui rester, en effet, à ce monarque improvisé ? <2uek]ues cbeva- ' liers, dont le ^èle ne pouvait pas durer, quelques fantassins dont la fidélité allait devenir de plus en plus chanceuse , des milliers de besogneux, de malades, d'infirmes, voilà pour les croisés; puis des Chrétiens orientaux, qui ne parlaient aucune des langues des Francs ; des Juifs, qui dissimulaient leur religion, des Arabes apostats, en un mot des traîtres et des fourbes. Est-ce à la difficulté de gouverner une pareille masse confuse eC divergente qu'il faut attribuer le découragement de Godefroy de Bouillon ? £n tout cas , dominé {lar une piété de plus en plus excessive , il laissa peu à peu le clergé empiéter sur son pouvoir. Il lui fit des concessions nombreuses, des dons de toutes espèces , et bientôt la richesse et l'autorité passèrent du côté des prêtres, au détriment des soldats.

Sur ces entrefaîtes arriva à Jérusalem un nouveau légat du pape. C'était un certain Daimbert, archevêque de Fisc, homme impérieux, exigeant, des-

Kote, et qui venait pour taire peser ) joug de rÉglise sur les princes et les peuples croisa. Daimbert bientôt ne se borna pas à être légat du pape, il voulut devenir patriarche de Jérusalem. 11 ne lui fut pas difficile d'ébranler le crédit d'Arnould , prélat sans consistance et sans vertu. Gomme d'ailleurs le nouveau légat était fort riche, il put s'acheter des partisans, et, avec l'appui de Bohémond , qui , au carême de rannée 1100, était venu visiter la cité de Dieu , il put forcer Arnould à donner sa démission , et trôner à son tour dans la chaire de Siméon. A peine revêtu de sa nouvelle dignité, if réclama de Godefroy ia souveraineté du quartier de Jérusalem où s'élevait l'église dé la Résurrection. Après quelques légères ob servations , le brave mais faible duc de Lorraine se laissa dépouiller. Ce premier succès encouragea l'ambitieux patriarche, et à force d'insistances de toutes sortes il obtint encore du triste roi de la Palestine la cession de la tour

SYRIE MODBENE.

de JMi et (b la eité d# Jérusalem, en

aas de mort de Godefroy sans posiérité^ Cétait pour ie duc de LorraÎBe se déclarer le vassal du pape , et en accepter viagèremeut le droit de régner sur le pays qu'il a?ait conquis* Cette usurpasion seaodaieuse eut lieu devant le peuple assemblé pour les cérémonies du saint jour de Pâgues O- ^

MOBT DE eOD£F&OY.

Il ne restait donc plus à Godefroy qu'un gouvernement tout militaire. Si Ton en croit quelques historiens, il s'efforça pourtant delonder des lois civiles ; néanmoins les Assises de Jérusalem^ qu'on lui. attribue^ semblent avoir éprouvé de telles modifications d'époque eu époque qu'il est impossible de savoir au juste quelle était leur teneur au temps du premier roi de la croisade. Quoi qu'il en soit, ce recueil de lois n'est qu'une sorte de code féodal , où le combat judiciaire est maintenu , où les nobles sont favorisés , où le clergé est garanti dans ses privilèges; mais où les paysans, les simples cultivateurs ne sont considérés comme rien , ou plutôt comme une propriété , comme une chose , le sçrf ayant la môme valeur matérielle et pécuniaire qu'un faucon.

Que se passait-t-il donc dans l'âme de ce Godefroy, soldat plein de valeur, mais prince sans réelle capacité? Malgré ses intentions de résister aux empiétemods du clergé, malgré ses efforts pour fonder un véritable royaume , malgré ses tendances pour le consolider par un groupe de lois organiques , après avoir cédé aux prêtres la partie la plus sérieuse de son pouvoir y on ne le vit plus s'occuper que de la guerre. Il alla prendre plusieurs forteresses aux Araoes, il envoya Tancrède en Galilée pour en assurer la possession ; puis , celui-ci ayant été menacé par le souverain de Damas , Godefrov se porta à son secours avec ses plus fidèles chevaliers , et tour à tour fut vainqueur des Musulmans de Damas et de ceux qui venaient du désert. Cependant toutes ces escarmouches ne suffirent pas pour combler le vide de son cœur, pour satisfaire son activité, pour

(*) Voyess Raoul de Caen, Ut Gestet de Tancrède^ et GoUlaame de Tyr, HiiUnre de ce qui »*e»t pMié, etc.

le consoler ôb set ehagrins intimes.

U trataait partout une mélancolie profonde ; et pourquoi ? Nul ne le sut. Stf repentait-il de sa faiblesse envers ,les prêtres ? Croyait-il , au contraire, n'a^ voir pas encore assez fait pour la rein gion? Regrettait-il amèrement ces frÀ* ches vallées de la Lorraine dans les aridee et brûlantes campagnes de la Judée P Toujours est-il qu^après aToir langui quelque temps il finit par tomber malade , et par mourir sans divulguer sott secret. On ie pleura cinq jours de suite, rapporte Albert d'Aix , et on Penterra sur le Calvaire, près du saint tombeau qu^il avait délivré. Héros de bras plutdt que de tête, il sut toujours donner l'exemple du courage dans les combats; mais il ne se trouva pas capable de fon* der un empire. Les circonstances lui fuirent défavorables, c'est vrai ; cependant un autre que lui peut-être eût eu te talent de mieux grouper les hommes, de les In* téresser davantag^e à leur conouête , de retenir plus de trois cents chevaliers à Jérusalem. Aucune desférocités de la croi»

sade ne peut lui être reprochée : il se battait avec énergie contre un enneoii qui lui ripostait , il ne savait pas égerger un prisonnier sans défense; son malheur est de n'avoir jamais eu assee d'autorité personnelle pour arrêter les bourreaux. U fut bon comme on pouvait l'être dans un siècle de fer . d^une bonté passive. C'était un grand natailleur, c» fut un pauvre prince (*}.

AÈGNB DB BÀUDoninr d'édesse. ']

A peine Godefroy mort , une expio- ^ sion d'intrigues contradictoires éciats dans la ville saiûte, dans la cité de Dieu^ dans le royaume de l'abnégation et du désintéressement. Ce chétif État était ambitionné par d'ardents oompétiteurà.

Daimbert, Appuy^ sur les prétendues promesses qu il aurait arrachées» à la on» Blesse du duc de Lorraine, réclamait Jérusalem au nom du pape. Les sei*

gneurs féodaux repoussèrent tout d^a« ord une pareille prétention , et ne von» lurent uautre chef qu'un homme d'épée. L'un des leurs , Garnier , comte de Gray, parent de Godefroy, prit

(*) Voy» Albert d'iix, Hiftoire de VexpédH Hon de Jéruêalem,

lot

LinflVERSl

çn eon^équilaee iMMCSsidn déJa fur d«. David et des antres poiats fartifiés 4l iérusaleiii. Le patrarche fulmina une malédiotioii contre le sacrilège ; et camnpe le noante de Gray mourut sa* bitemeût fi^eftfues jours après, plusieurs fanatiques en eonclureM qu'il avait été frappé par le ciel. Néanmoins, ipalgré cette interprétation à son profit d'un accident dà au hasard , Daimbert n!en chi&rcba p^s moins un aliié, et éorività Bohémoad , son fidèle proteo-

Ï«ir. moyennant finances. Hélas! le fin ormaiid a'était ialssè preiidre par les Tur($s, et perdait ainsi avec la liberté la. bonne aubaine qui s'offrait à lui.

Fetrce fut à TaTide patriarche de céder à la nécessité. Ses prétentions activèrent même le choix des barons , et ils offri« rent à Baudouin d'fidesse la oouronne de lu eitfi de Dien. Baudouin ne se fit par prier; Il accourut à Jémaalem , et même atec une telle précipitation ^ qu'il manqua de tomber dans une embûr ho que lui araîent dressée les Arabes dans les déliés du Liban. A l'entrée de Baudouin dans la capitale de pon mMk nau royaume, Daimbert n'eut d'autre parti à prendre qu'à se retirer, et, feif gnant de n'être pas en sûreté sur le Calvaire, il se réfugia sur la montagne de Siorià

A peine a? rîré à «on nouveau poète ^ Panoién comte d'Édesse^ qui avait laissé cette principauté à Baudouin du Bourgs son cousin, voulcit mériter parque pe^ tite expédition les suffrages de ses pairs. Cette expédition se Borna à une sorte de promenade militaire, où Kon it beaucoup de ravages et quelque butin. A son retour, le nouveau roi voulut se foire couronner à Bethléem»* On en passa par sou capriee. Daimbert revint a composition; mais Tancrède.

qui se soqveuait de ses nonrdireux dé" mêlés avec le frère de Godefroy, rci Insa d'assister an sacre d'un déserteuf ée la croisade, et s'en alla défendre Aittioche durant la captivité de Bohé^ mondv Ainsi s'éparpillaient les forcée des Chrétiens. Grâce à leu^s dissensions intestines, ils ne formaient aucun éta^* blissement stable et puissant et Syrie.

Cette malheureuse province, comme dans ses plus mauvais temps , était divisée en petits États indépendants, et ne

prufitaM en làkuàe fâcdd de la AMnnation franque* Bien au contraire, son tei^ ritoire s'appauvrissait de plds «a plus : ne servant que de champs de bataille à des luttes incessantes, il devenait de jour en joUr plus aride et pluâ aban* donné.

il serait fastidieut et iiiterminable de suivre toutes lés péripéties àam importance de ca|tQ guerre p^rj^étuelle; contentons-noiis d'en indiquer les résultats. Après des altel*nat1ves diverses, oâ lé nouveau roi de Jéttisalem fut tantôt vainqueur, tantôt vaincu ; après des sièges innombrables de forteresses, après des pointes poussées à l'orient et au sud, après des hostilités sans profit qui durèrent pluide quinte ans, Baudouin , fa- Torisé coup sur couj) par la fortune des cbrtibats; finit par porter la guerre en Egypte même. Il v fut heureux , il y prît la ville de Pharâmia, et s'en revenait dans ta fore du triomphe, lorsque toat à coup il tohfiba gravement malade et mourut entre ieâ bras de ses amis, Tan 1 119 , à EI-AHsehy sur les frontières mêmes de la Palestine. Baudouin, quoique toujours frivole et ûéhàiithé^ téméraire et imprudent, sembla meilleur comme roi qu'il n'avait ëié èomme simple chevalier ou comme comte d'Ëdes^e. Soa ambition une foi satisfaite, il fut moins àrro^atit, moins dissimulé , tinoins irrascfble , moins injuste , moins cruel qu'il né S'était Aohtré au commencement de la droisaaè'. Les grandeurs, loin de le gâter , réformèrent quelques-uns des vices de sa nature et quelques âpretés dé son caractère. Homme, da reste, sans ^énie, prince sans grandes vues , fl he sut que maintenir dans sa mi -ère preitiière le royaume qui lui fut Conflé. S'il en étendit les frontières , s'il s'emt)ard de quelques villeè mantimes .

il ne sut ni les enrichir; ni même en tlrtt toujours un honnête parti. Puis, on le vit une fois forcet fe patriarclie de Jérusalem H lui remettre les offrandes des fidèles à l'église de la Résurrection; une autre fois épouser, quoique marié déjà à une princesse arménienne, qu'il avait laissée à Ëdesse, une certaine comtesse de Sicile, parce qu'en lui apportant une riche dot elle le, tirait de sa détresse .ordinaire. En un mot , dépourvu de sens moral, il ne vécut que

STRIE MNnayrE.

fêxpédMitt , m Mb fOjràfeiiHe ifiHétnt^

rdnts n»

Tel était éonc, aà bout dé vfn^ antf k règne ^ ië réfittltat <le là ëotoîiiatloiî franque Un On'etit *. Im tojâdmè tai^ ;érable \eri Palestine, db eomtéH ed guerre |>éf^uelle, eëkli 4*Éde$»e tombé aux mains de Baudbùfn du 'Bonrf^, ee^ lui de THpoff eoneèdé à Raymond dé roulouiê pair TenipéreUr gt*ec Alexfa^ la [)Hn(ï1()|tfuté d'Antloehe ruinée pat l'avidité et les fautes auééessives dé Bohémond ; tn un mot ttne petite fèiH làiité sanè eonsistanee, Sans grandeur; sans a vènhr, fondée en ijtie h l'image dèi réodalitéS edroi^ééhnès ; mafs SanS iëUH prestiges et tians leur ibroe; un« mi^sère preSqtie ineuràble dièz leS pèleHdS , lin cortimëfdfi éteint^ nne agHcMtdtrè délaissée, une dépopulation telle niie Vert l'au Itto tbijé les IfabitantS de Jél^alem auraietii pé se lo^r dans ilné èeuîè des rneà db Itf tille: Pniè , en ébhfipéHsation, (tnèlatiëli beaux htti Idititalres, queli)uéi liri.llatlts aines de cdûlra^i mais sans bôtiséquence victorieuse, sâhs Résultat décisif. En résumé, la croisade n*avait boKé nue la dévastation en Orient, lé t^bbbfe dàhs lèft existences des Chrétiens aûsSt Bj^n àne dans eelle^ d<^ MusulMahi ; eè n'avait étéûue là guerhB perniaiiéiitè étt jflàtt âé TaHarehie.

llîen tt^$faK t(1b^ hi Stable ni assuré dans èettè bàuvfe Svrie; Tàiidîà ijue l'on contestait à Jé^ui{âlem !è trdtie de la Tille sainte, ^ii ebnéin dte dttdéfroy db Bouilloii, la fnalheureu^é prine{t)auté d'Antidche était à ragOhitl. Bohémond et Tancrède Une »is morts , î! nV atâlt plus dé guerriers ëapâbles dé la défendis contre léi TdrcS. Ceiix-èi, en eiftt, commandés par lé ph'ncë dé Mazdf h , B- Gazi ^ bomirbe férdcé et qui fônatlsa Sdh armée; à*avartcèretlt avec les gens d'Alep cont^é Un certàid Rogef qui se trouvait à là tété des bbrétieifs. Ce detnié^, frivoleétihéabablégentitbômme, tout eh attendarit retiheHli, !^*^ttiUsài^ à ebasser aux faucons , au liëu d'éxèrcfer ses troupes. 11 S6 laissa surprendre par lès

(*) Voyez Gaillaume de Tyr , flistoire de ce

Î^^ f'eti passé, etc.; et les historiens Arai)e8 .«mal-Eddin , Novalri, Iba-DJouzi, etc.

Mi

et Mtré ai oênpMtoMnti»

Îit'il perdit la vie ainsi que ouinse mi^ ei siens. A eette déplorable noiiv#Uià iNNirtout les Fràttca éeSjrie^ lenouvim toi de Jérutalein, malgié les e^teatelions auxquelles il était«MQre en buttei toulut venir au sceenra d^Antioehe. Il entra dans cette ville « dont 1^ «coayejr* nement était preaqae abandonne ^ se fit livrer par sa sœur^ vetfvè Uerimprndent Roger, le tréSor de la dté, leva des froupes, et biàreha à son tour contre. les Musulmans^ qui .avançaient lenjeurik»

a'emparant des différentes.places » bou« ievàrde de la principauté. MaiheuneliaAment il b>ut pas plut de auooès que eon beau-frère. Aeeempagrié . 4'AKlné^ niens et de Syriens d^nérés y il jie put i^isler aUx, Turkpmana d!U-6azî« rat vaincu en ^kisieiirs re&conirefl , e| dut se eonaîdérèr eomnîe trèsiheorbuf 4t ne pas tomber loua le fer os entre les mains de ses eRneoiia. Telle es^ 4» «oins la version Un ebhMiiqoearvar.aliie Kemal-Kddin. Selop les réoitschrétiens, au contraire; Bandouin du Bouig serait rentré à Jéresalem anràaïune viqr toire. Qooi quMiea soit , la principautié d'Antiocbe avait es à sooffrur leuùa$ l^ sortes de ealamitéa» et nous ne .p(HU> rions pas faire un taUeau pins sombre de sa sitoaftibn que celui qu'en a. laissé Gautbier lé Cbancelier^ Tauteur de V Histoire tktguerrei d*j^tUioch4. t m Antiochoi dit-il, dépourvue 4e

garotson et ayant perdu titut. secouas es Francs , se vit, par la nécessité, aeft* mise à son clergé, et dès lors eUe emt beainsoup p\ttà craindre dé la trabison de ses ennenis intérieurs que de Ifi vîdienee de ses ennemis extérieurs. Cela ne doit pas surprendre; car cette viUm privée cle ses biens par la, forée et la méchanceté de notre nation {vi ei pravo ingénia gsntis nortrm prioaia suis bônU )^ adobnée à de «dàuvaises habitudes (addida pnwm osnsuêêudinilu très-aottvent aceablé^ par le désespotir (ss^pius mœrore èoncussa), aurait peut-être voulu, parmi retourne justice, rendre le mal pour le mal, et aurait pu maltraiter les sdtres, soit par trahison « soit de toute autre manière. Le patriarche, en homme prévoyant, appela auprès de lui les Frarics, et, s*appuyaot sur la force de Dieu et sur le secousa

fM

i.'CMmiit&

d^êmt elfiiiét prit été mwwwg ptar l^réfteniv toute trahisoii ; et , du concert Hvee le clergé et les Francs , il se chargea lui-méine de la ga»dcë'Aatiocfae. Il fut résolu qoetdus les habitants, de qudqtie natioii (faits ftiasent, excefité les FranoSi âeraiéflt sani armes; que personue ne sortirait jaâaais la nuit de sa demeure sans lumière. Il fol décidé, en outre «

au'oa établirait des tentes ( sans doute es espèces de corps-de-garde) dans tous les endroits faibles de la ville, afin de protéger lesChrétiens , et que toutes les tours recerraient un nombre de moines etde clercs unisàuxlaïques (*}. » Ce qu'il y a de significatif clans la citation ^e nous venons de faire , c'est qa'Ântioehe, comme Jérusalem , n'avait dans son sein qu'un petit nombre de Francs. C^est au'aussi lea diverses populations qui iliabitaiait, mécontentes sans éoute dv |;onvemement des croisés , étaient tomonrs toutes prèles à se ^•oulevspcontre leursdomîoateurs. Ainsi anarchie et rén>lte , VoHà les maux qui menaçaient sans. cesse les Francs, iesquelspoortattt s'étaient pnésentés comme «es libérateurs il f l'origine de la conquête, mais qui bientôt devinrent des tyrans presqne aussi) détestés que ceux 'de la religion islamique.

Après la principau^ d'Antioche oe Ibt le toar du comté d'Édesse à être envahi, nais à feu et sang, sous le coup d'une destruction presque totale.

Josselm de Gomrtenay avait renaplacé Baudouin du Bourg à Edesse. U ne put ^es défemire longtemps son comté «outre Balak^saccesscur d'IKGazi. Après plusieurs engagements malheureux , il fut même fait prisonnier, et coudait dans uneforteresse du nom de Karpon$.

En cette extrémité les Chrétiens eurent recours a leur chef suprême , le roi de Jérusalem. Celni-d , plein de bonne voionté sinon d'habileté militaire, courut à la déHvrance.de son vassal. Mais loin de le sauver, il ne parvint q^i'k se faire prendre, lui aussi , et à devenir le compagnond'infwtnnedeJosselid.Puis, 'malgré un essai de cinquante Arméniens pour rendre les deux princes chrétiens à leur peuple, Josselin seul put

t (*) Foyez Gauthier le Chancelier, Sella Ati" . tiochena , tfaducUon de la Bibliothèque des • Croisades.

s'éekapner A aller demander sssisUiM à la ville sainte. Celle-ci n'avait paUe temps de s'occuper de son roi ; ilTui fallait songer à son propre salut. Les Egyptiens, apf^renant la captivité de Baudouin du fiiourg^. étaient venus atta-

Suer la Palestine! On dut marcher auavant d'eux jusque sous les murs de Joppé (Jatbis qu'ils assiégeaient à la fois par mer et par terre. Heureusemeot pour les Chrétiens qu'ils remportèreot une victoire dans une plaine {)rès d'Ascalon , et que , grâce à l'arrivée d'us assez grand nombre de Vénitiens, ils parvinrent ensuite à s'emparer de la ville de Tyr , moyennant une capitulation qui laissait la vie sauve à tous les Musulmans, et à la garnison, formée en partie de Damasquina, en partie d'Égyptiens (*).

Ce succès, dû surtout au doge(ie Venise et à ses vaisseaux, jeta pourtao! un certain trouble da^as l'esprit des Mahométans. Ils doutèrent encore iid( fois de leurs succès futurs, et accep tèrent la rançon que leur offirit Baudouin du Bourg pour sa liberté; Loiode se hâter de retournerdans sa capitale, Finiprudent roi de Jérusalem rassembla quelques chevaliers, et s'en alla mettre le siège devant Alep. Bientôt on le foiy à le lever, et il revint enfin dans la "jf sainte, après une assez longue captinlt pour qu'on le reconnât à peine. Oo s'était passé parfaitenoent de hii pendant sept ans; et il eut beau tenter toutes sortes de petites expétitîons , véritables razzias dont le pillage était le but, il arriva àla mort avant d avoir rien fait qui agraoïHt son royaume et honora sérieusement a mémoire. On ne loue en lui qu'une bravoure téméraire , trdp téméraire mentfi et 00 pourrait lui reprocher une dévotiofl trop minutieuse jM)ur uo homme (V ffuerre. Du reste s'il passa douze anssaus éclat sur le trône de Jérusalem, scosuçcesseur lui fut encore inférieur. Citait un vieillard que des cbagrins intiQ^^ avaient poussa en Orient, et qui ^fr' sola en épousant la fille deBaudoa»

du Bourg à la condition de soocédera ^ dernier. Voilà comment Foulques d^j; jou, à peine arrivé à Jérusalem iD^^JJ naissant rien aux mœurs des Cnrei«

(*) Voyez Ibn-DjoQzi, Mirair des Tevip*'

d'Orient et à la gaerre oontinoe contre les Musulmans , devint le chef de la colonie franque en Sj^ie , étant déjà usé de corps et d'esprit, âgé de soixante ans et coavert d'infirmités.

Les possessions des Francs en Orient, qui commençaient , tant par la débauche et la mollesse que par les dissensions intestines, à s'ébranler durant le règne de Baudouin du Bourg, menacèrent de se détraquer complètement sous son successeur. La discorde prit des proportions désastreuses, la démoralisation semblait générale. On vit d'abord Josselin de Courtenay, ce fou qui avait si promptement compromis le comté d'Ëdesse, s'allier avec les Musulmans i)Our attaquer le fils de Bohémond, qui était venu d'Italie gouverner Antioche. Ce malheureux jeune homme fut tué par les Turcomans en défendant sa principauté.

A peine était-il mort que sa veuve Alyse, fille de Baudouin , proposa à un chef musulman sa main et l'héritage de son fils. Foulques fut obligé de partir de Jérusalem avec une armée pour mettre obstacle à l'infamie de cette mère indigne. Il Y parvint, grâce au prestige- qui entourait encore sa couronne, plutôt qu'aidé par sa valeur personnelle. Mais bientôt Pons, comte de Tripoli, se rangea du parti d' Alyse, et les Francs furent obligés de marcher contre ce traître, de le combattre et de le vaincre pour rétablir l'ordre dans la Syrie chrétienne.

Or, tandis que Foulques était occupé au loin, la dissension atteignait sa capitale et sa propre maison. Il trouva Jérusalem dans l'anarchie , et ^a femme en adultère avec un certain Hugues , comte deJaffa. Ce dernier, dénoncé pour sa félonie, déshonoré pour son crime, engagea les Musulmans d'Ascalon à ravager la Palestine. Sa trahison trouva en eux d'excellents auxiliaires ; ils portèrent le pillage dans toutes les contrées où Hugues les conduisit, et quand ils se furent gorgés de butin , ils anandonnèrept le traître comme il le méritait. Mais s'étant enfermé dans Jaffa, le chevalier félon ne voulut se rendre qu'à la condition d'avoir la vie sauve et de pouvoir retourner en Europe. Le faible Foulques souscrivit aux conditions que lui imposait le plus déloyal des Francs , «tpar là il rabaissa son autorité et laLs-

20* Linraison, (Syrie modebne.)

sa son déshonneur sans vengeance (*).

Chose singulière, et qui prouve en quel état de faiblesse était tombé le royaume des Francs en Syrie ! ce fut le successeur d'Alexis, Jean Comnène, oui profita seul des discordes entre les Chrétiens , et des conquêtes de la première croisade. Non-seulement il reprit une partie des villes de la côte de l'Asie Mineure; mais comme on lui refusait Antioche et Tripoli , qu'il désirait aussi , il s'avança jusqu'aux frontières de la Syrie avec une armée considérable. Les pauvres Francs étaient entre deux ennemis, aussi in(^uiétants pour eux l'un que l'autre, le Byzantin d'un côté, le Turkomau de l'autre.

Les Chrétiens implorèrent le secours du roi de Jérusalem; mais celui-ci était presque cerné par les Musulmans , et ue pouvait pas faire un pas sans risquer de tomber en leur pouvoir. Tout alors aurait été perdu pour les colonies latines , si Jean Comnène lui-même n'en eût eu pitié, et si, au lieu de les écraser comme il le pouvait , il n'eût eu , au contraire , la générosité de leur offrir l'appui de ses forces contre les Musulmans, moyennant l'hommage qu'il exigea du prince d'Antioche. Jean Comnène , du reste , n'eut pas à se louer de sa miséricorde. Il ne trouva dans ses nouveaux alliés que des gens amollis, efféminés , ne sachant que jouer aux dés ou chasser aux faucons, et qui laissèrent ses soldats s'occuper seuls du siège de Khaizarièh , ville située sur l'Oronte , et nouvellement prise aux Chrétiens par les habitants d'Alep. Bientôt donc il abandonna à leur torpitude et à leur impuissance les fils dégénérés des croisés de Godefroy, et s'en retourna dans son empire, plein de mépris pour eux.

Cependant JF'oulques , dans son absence de tout sentiment moral, religieux et politique , en vint à louer ses troupes à des émirs mahométans qui se disputaient les cités de l'Anli-Liban, et accepta des mains des infidèles la ville de Panéas comme prix de la plus lâche et de la plus insensée des alliances. Ce prince, du reste, était alors presque tombé en enfance ; sa mémoire était de-

(♦) Voyez GaiUaume de Tyr, Histoire de ce qui s'est passé, etc.

LUNIVERS.

venue si courte , qu'il ne reconnaissait plus ses famiiiers et ses serviteurs. On doit donc l'excuser des dernières fautes de son règne, qui furent plutôt commises en son nom que d'après sa propre vo* lonté. Eu tout cas ces fautes sont loin de faire honneur à l'esprit qui dominait alors à Jérusalem et à la cour du défenseur du saint-sépulcre. Pour achever la décadence du pauvre empire des Francs, Foulques ne laissa qu'un Ois, âgé de douze ans. La coupahle reine Mélisende allait donc être régente , et des débiles mains d'un vieillard la couronne de Jérusalem tombait aux faibles mains d'une femme et d'un enfant (*).

DÉCADENCE DE LA DOMINATION FfiANQUE EN OBIENT.

La Syrie n'était aux Francs que depuis quarante-cinq ans, et déjà elle avait éprouvé autant de malheurs , elle était descendue aussi bas que jamais.

C'est qu'aussi au lieu d'un seul conquérant elle en avait eu cette fois des milliers. Le système féodal, implanté chez elle par la guerre, la trouva imcapable de le supporter. Les comtes de Tripoli» de Joppé, d'Ascalon, les barons de Bérythe , de Sidon , de Caïphas , de Césarée, devinrent autant de petits tyrans qui l'accablèrent d'impôts , firent de ses agriculteurs des serfs, de ses campagnes des domaines , laissant à peine aux citadins leur industrie et leur commerce. Puis, pour achever l'œuvre de décomposition , les discordes intestines des seigneurs amenèrent l'anarchie , leurs vices grandissant amenèrent la démoralisation. Pour ne pas être accusé d'exagération dans le tableau de cette effrayante décadence , nous emprunterons celui qu'en a fait un homme considéré , dans ce temps de barbarie , comme sage et bon , Jacques de Vitri , évêque d'Acre. Disons d'abord que les habitants du royaume de Jérusalem se composaient , outre des Syriens proprement dits, de Grecs, de Jacobites, de Maronites , de Nestoriens, d'Arméniens, de Géorgiens, puis d'un petit nombre d'Européens que fô piété ou plutôt le goût des aventures attiraient en Palestine, et enfin

Q*) Voyez Guillaume de Tyr, Hûtaire de ce qm rett passé, etc.

des deseendants directs des careisés, qu'on appelait Poulains, soit qu'on lesregardât comme des hommes nouveaux et comme des poussins {ptdli)^ soit parce que leurs mères étaient généralement natives de la Pouille, pays d'oii les premiers croisés firent venir des femmes pour repeupler leur conquête. Quoiqu'il en soit, ces Poulains parurent avoir tous les vices des Orientaux mêlés à ceux des Européens d'alors. Mais laissons parler le vénérable Jacques de Vitri.

Après avoir montré une grande indulgence pour les premiers croisés , ce qui, pour nous , prouve indubitablement la sincérité des accusations qu'il lance contre leurs descendants, il dit que la terre sainte ne renfermait plus , à l'époque 011 nous sommes arrivés, vers l'an 1 145, qu'une race corrompue et dégéviérée^ et de quelle façon encore (*) !

« Aussi l'enfer, ajoute le sévère prélat , prépara-t-il dès lors des logemenh pour tous leurs crimes et pour tous leurs vices : depuis la plante des pieds jusqu'au haut de la tête, il n'y avait rien de sain; et tel était le peuple, tel aussi le prêtre. Commençons par le sanctuaire. Depuis que le monde oriental était devenu tributaire des prélats et des ordres réguliers par ses aumônes, ses offrandes et ses dons, les pasteurs paissaient eux-mêmes. Ils enlevaient aux brebris leur lait et leur laine; ils n'avaient aucun soin des âmes ; ce qu'il y a de pis, ils donnaient à ceux qui leur étaient soumis des exemples de perfidie : ils s'étaient enrichis de la pauvreté de Jésus-Christ. Ils étaient devenus superbes de son humilité , glorieux de son ignominie , et riches de son patrimoine. Cependant , lorsque le Seigneur dit à Pierre : Paissez mes brebis, nous ne voyons pas qu'il luf ait jamais dit : Tondez mes brebis,.,

« Les ordres réguliers , lorsqu'ils ont été infectés du venin des richesses , ont étendu outre mesure leurs vastes possessions; ils ont méprisé leurs supérieurs, rompu les liens qui les attachaient à eux, secoué le joug, et sont devenus à charge non-seulement aux églises et aux ecclésiastiques , mais à eux-mêmes.

(*) Voyez Jacques de Vitri, Histoire de Jérusalem,

par la jalousie qui les dévore et par leurs dissensions. Au grand scandale de toute la chrétienté , ils en sont venus à des outrages publics , à des haines naa- DJfestes, à des violences et à des combats....

K Les abbés, les prieurs , les moines, les chapelains, rejetant toute crainte de Dieu , ne redoutaient pas de porter la faux dans la moisson d'autrui , ni d'unir, par des mariages clandestins, des personnes qui ne pouvaient être unies légitimement. Ils visitaient les malades, non par pitié, mais par cupidité , et leur administraient les sacrements malgré leurs propres pasteurs , liant et déliant, contre Tordre de Dieu et les dispositions des saints canons, les âmes dont le soin ne leur appartenait pas.

« Parmi les laïques et les séculiers la corruption était d'autant plus grande qu'ils étaient plus puissants. Une génération méchante et perverse, deseufants scélérats et d^énérés, des hommes dissolus, des violateurs delà loi divine, étaient sortis des premiers croisés, hommes religieux et agréables à Dieu, comme la lie sort du vin et le marc de l'olivier, ou comme l'ivraie sort du fromeat, et la rouille de l'airain. Ils avaient succédé aux possessions , mais non aux mœurs de leurs pères; ils abusaient des biens temporels que leurs parents avaient acquis de leur sang, en combattant pour Dieu contre des imj pies. Tout le monde sait que les enfants de ceux qu'on nommait Poulains , nourris dans les délices, mous et efféminés, plus accoutumés aux bains qu'aux combats , adonnés à la débauche et à l'impureté , vêtus aussi mollement que des femmes, se montraient Jâches et paresseux, timides et pusillanimes contre les ennemis du Christ ; personne n'ignore combien les Sarrasins les méprisaient à la guerre : leurs ancêtres, quoiqu'en petit nombre , faisaient autrefois trembler ces Sarrasins. Mais dans les derniers temps, ils n'étaient plus redoutés , quand ils n'avaient point avec eux des Francs , ou des guerriers d'occident. Ils faisaient des traités avec les Turcs ; ils vivaient en paix avec les ennemis du Christ , et pour la plus légère cause ils étaient entre eux en procès, en querelle, en guerre civile, souvent mêmeils deman-

daient du secours contre Ids Chrétiens aux ennemis de notre foi. Ils ne rougissaient point de tourner au détriment de la chrétienté des forces qu'ils auraient dû employer en l'honneur de Dieu et contre les païens. »

Et ce n'est pas encore là tout ce que dit Jacques de Vitri sur la dépravation générale des descendants des croisés; il ne cesse, au contraire, de les dénoncer en toute occasion , et résume ainsi ces malédictions : « Il ne peut voir , dit-il , dans, la terre de promission que des impies , des sacrilèges , des voleurs, des adultères , des parricides , des parjures, des bouffons , des moines lascifs et des religieuses impudiques. » Guillaume, l'archevêque de Tyr , n'est guère moins rigoureux dans ses jugements que Tévêque d'Acre. Voici comment il caractérise les mêmes hommes que Jacques de Vitri flétrit si vigoureusement : « A la place de nos pères, qui étaient des homymes religieux et craignant Dieu , sont venus leurs fils, véritables enfants de perdition, enfants dénaturés , contempteurs de la foi, se précipitant à l'envi dans toute sorte d'excès..,. Tels sont les hommes du siècle, et surtout en Orient ; telle est la monstruosité de leurs vices, que si un écrivain entreprenait d'en faire le tableau il succomberait sous le poids d'un pareil sujet , et qu'il paraîtrait composer plutôt une satire qu'une histoire. » On voit de quel mépris étaient dignes les Chrétiens de Syrie au douzième siècle C').

LES HOSPITÀLIEBS ET LES TEM- PLIERS.

Au milieu de tous ces êtres immondes ou pervers , un homme montra sa vie durant une pureté de mœurs inaltérable, une piété aussi sincère que féconde en bonnes inspirations , une charité aussi ingénieuse qu'ardente , un dévouement à ses frères de toutes les heures, une abnégation de tous les instants. Outre cette bonté si efficace dont il était doué, cet homme était aussi un modèle de courage dans les combats et de résolution dans ses actes. Lorsqu'il n'était pas à la guerre , occupé à

(*) Voyez Jacques de Vitri, et Guillaume de Tyr, ibidem.

LTJNIVERS.

secourir les blessés, à dégager ceux que ]eur témérité entraînait dans des dangers presque insurmontables , i\ courait Jérusalem et ses environs pour porter des consolations, des médicaments, des soins aux malades. 11 cherchait aux plus pauvres un abri; et lorsqu'ils étaient guéris il les renvoyait avec le produit des collectes qu'il faisait pour eux.

Son saint exemple groupa autour de lui quelques bonnes natures , qui Taidèrent dans le bien qu'il faisait. Peu à peu le nombre de ceux qui se dévouèrent ainsi à secourir leurs rrères augmenta tellement qu'il fallut songer à leur donner une règle , à leur tracer des devoirs , à les organiser. C'est dans cette intention que fut créé l'ordre des Hospitaliers, dont l'objet principal était de secourir les blessés pendant les batailles , et les malades après. Or l'homme excellent dont nous venons d'esquisser le portrait , le

' fondateur de l'ordre des Hospitaliers , le digne successeur d'Adhémar de Monteil, si malheureusement mort de la peste à Antioche, c'était un simple chevalier, appelé Gérard de Provence.

Quoiqu'il ne fût ni légat du pape, ni seigneur féodal, il n'en parvint pas moins, à force de vertus, à acquérir une autorité réelle, dont il n'usa Jamais que pour le bien. Sa fondation des Hospitaliers réussit rapidement. Un assez grand nombre de gentilshommes s'associèrent à ses

, vues, et l'aidèrent et de leurs personnes et de leurs fortunes. Bientôt de vastes bâtiments furent construitis à Jérusalem, les uns pour servir d'hospice aux malades besogneux , les autres d'habitation aux chevaliers unis. Ces chevaliers ne se nourrissaient que de pain grossier , réservant les mets succulents ou délicats pour les blessés, faisant sans cesse des économies pour se procurer des médicaments. Puis outre les soins aux infirmes, la- charité envers leurs frères, ils s'obligèrent à combattre sans cesse et à outrance les infidèles, et dans les combats de servir, pour ainsi dire, de réserve toujours prête à se jeter dans la mêlée, lorsque les Chrétiens étaient en danger et avaient besoin de renfort. A la suite des Hospitaliers, et grâce au succès de leur association, s'établit un autre ordre, dont le but était de protéger les pèlerins et de défendre les saints

lieux. Cet ordre, avant élevé sa démente dans les environs du temple deSalomon, fut connu dès lors sous lô nom de chevaliers du Temple ou Templiers. Eux aussi commencèrent par des actes répétés de dévouement et de charité; et si plus tard ils devinrent ambitieux et avides, ils n'en rendirent pas moins d'abord de grands services à la chrétienté. Les Templiers rivalisèrent donc de vertus pratiques et de dévouements effectifs avec les Hospitaliers, précisément au moment où t'égolsme régnait dans presque tous les cœurs, où chacun oubliait les malheurs de son prochain pour ne songer qu'à ses plaisiirs. Sans ces ordres religieux et militaires à la fois , la régence de Mélisende eût été aussi désastreuse qu'anarchique. Mais en l'absence de toute vigueur dans le pouvoir central, au milieu de l'effervescence générale, les Hospitaliers et les Templiers surent et maintenir l'ordre dans les murs de Jérusalem , et défendre ses approches.

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