‹ Syrie ancienne et moderneChapitre 50 sur 63 · AVENEMENT DE BAUDOUIN III · texte numérisé non relu

AVENEMENT DE BAUDOUIN III

La régence de Mélisende avait été si funeste à Tempire oriental des Francs, en deux années qu'elle dura elle mit si souvent Jérusalem en péril , qu'à peine âgé de quatorze ans Baudouin 111 reçut des barons et des prélats Tépée, l'anneau et la pomme, emblèmes de la force, de la foi et du royaume. Un prince si

t'eune ne pouvait avoir ni prudence ni tabileté. Il le prouva tout d'abord en entreprenant une guerre aussi folle que fatale. Un traître vint lui offrir la ville de Bosrah. Ce traître était un Arménien aa service de l'émir de Damas, et qui gouvernait un petit territoire sur les confias du Barraï-al-Cham (désert de Syrie). Il n'y avait rien à gagner à posséder une cité isplée, bâtie à l'origine des sables arides, séparée de Jérusalem par des plaines abandonnées, et plus proche de Damas que de la capitale de l'empire franc. Baudouin III n'en partit pas moins avec tous ses chevaliers pour cette expédition malencontreuse. La traversée uit pénible : pas d'eau et un soleil brûlant, pas de vivres frais et des ennemis sans cesse renaissants qui harcelaient la colonne chrétienne. A chaque monticule une attaque, à chaqu^ caverne une embû-

ehe. Guillaume de Tyr peint très-bien la continuité des efforts musulmans par ces paroles : a II était tiré sur les Chrétiens une telle quantité, et quasi continuelle, de toutes sortes de flèches, qu'elles semblaient descendre sur eux ainsi que grêle et grosse pluie sur des maisons couvertes d'ardoises et de tuiles , estant hommes et bétes cousues descelles (*). »

Dans cette situation critique, une seule chose soutenait l'ardeur des Francs, c'était l'idée d'aboutir après cette marche pénible à une ville qu'on allait leur livrer, et qui leur serait à la fois un lieu de refuge et de repos. Quel ne fut donc pas leur désappointement, lorsqu'arri vés enGn en vue de cette cité tant désirée , ils apprirent que la femmedu gouverneur arménien se refusait à obtempérer aux ordres de son lâche mari ; qu'elle avait , au contraire, armé la garnison, fait entrer des renforts musulmans, et s'apprêtait à défendre la ville au lieu de la livrer ! Les barons se découragèrent, et loin de songer à un siège véritablement impossible, et auquel on n'avait pas pu s'attendre, ils ne pensèrent plus qu'à la retraite. L'armée fit donc volte-face , serra ses rangs, les fantassins au milieu, les cavaliers sur les côtés, présenta ainsi un mur de fer à ses ennemis , et s'achemina lentement, répée nue à la main. Les Musulmans essayèrent maintes fois d'entamer cette muraille ambulante; elle résista toujours à leurs charges répétées. Désespérant enfin de rompre cette masse comfiacte, ces hommes si fermes et si résous , elle employa un autre moyen d'en avoir raison. I^ contrée où cette scène se passait, toute brûlée par les feux du ciel, était couverte de bru5^ère, d'arbrisseaux, de plantes parasites desséchés par les ardeurs de l'été. Les Damasquins y mirent le feu. Dès lors la fumée et les flammes accompagnèrent à leur tour l'armée désolée des Francs. Ils marchaient sur des brasiers; ils tombaient au milieu de l'incendie pour éviter les flèches de leurs adversaires. Beaucoup d'entre eux périrent ainsi. Tous eurent à souffrir les tortures les plus affreuses. Enfin le désespoir les prit ; la superstition les gagna.

Us entourèrent l'évêque de Nazareth , qui portait le bois de la vraie croix , et le supplièrent de demander à Dieu la fin de leuf s maux. Dieu sembla exaucer leurs prières. Le vent tourna tout à coup, chanffea la direction de l'incendie ; et ce ne fut que grâce à ce hasard propice , à ce mûracle si l'on veut, que l'armée put rentrer sur le territoire franc , et bientôt à Jérusalem. Cette expédition insensée fut un fâcheux commencement pour le règnede Baudouin m C),

Cependant si les Francs ne pouvaient trouver parmi eux aucun prince supérieur, et tel qu'il en aurait fallu plusieurs pour fonder un gouvernement stable, pour ériger une puissance capable de se maiiitenir contre des ennemis si persévérants et si nombreux, l'Islam, au contraire, reprenait de jour en jour son ascendant. Des hommes se formaient dans son sein contre lesquels les forces les plus vives de l'Occident allaient devenir nécessaires sinon pour balancer la victoire , du moins pour continuer l'antagonisme. Après l'ardent Il-Gazi s'était rencontré Zenghi , nature déjà plus complète, caractère plus énergique , volonté plus ferme que son prédécesseur.

£mad-£ddin Zenghi était primitivement émir de Bassorah. Il montra de l'habileté, du courage et de la résolution ; et, faute d'hommes capables de les défendre» les Mossouliens jetèrent les yeux sur lui. 11^ lui proposèrent le gouvernement de leur ville ; il accepta et se fît agréer par son suzerain, le sultan de Bagdad. Une fois en possession de Mossoul, il y développa assez de qualités pour que les Alepains , à leur tour, vinssent le supplier de les aider à conserver leur territoire, et à s'opposer aux tentatives des Francs. Zenghi, toujours prêt à augmenter sa puissance, même au détriment de sa tranquillité personnelle, se fit aussi céder la ville d'Alep, et devint de cette façon prince de toute la Syrie occideh* taie. Certes, s'il rendit l'espoir aux populations musulmanes, s'il rétablit l'ordre dans leurs cités , il ne parut jamais avoir de bien hautes qualités ; car ce fut par la perfidie et la cruauté envers les siens eux-mêmes qu'il étendit d'abord son

(*) Voyez Guillaume de Tyr. Histoire de ce qui fest passé, etc.

(*) Voyez GuiHaame de Tyfi Histoire de ce qui 8*est passé, etc.

tio

L'UNIVERS

empire. L'incapable comte d'Êdesse, Josselin de Courtenay, lui accorda une trêve à sa première demande. C'était donner à son ennemi le temps et le moyen de devenir redoutable. Zenghi profita de cette paix momentanée avec les Francs pour s'arrondir ; il trompa tour à tour les émirs d'Hamah et d'Hems, leur arracha leurs villes, et les ajouta à ses possessions, déjà considérables. De cette façon, sauf Antioche, il avait presque tout le cours de TOronte , c'est-à-dire un pays riche, productif, et dont les vastes prairies étaient très-favorabies à nourrir les chevaux nombreux de sa cavalerie. Puis il commença par attaquer le prince d'Antioche, pour en venir ensuite au comte d'Édesse. Nous avons déjà rapporte les différents revers de ces deux chefs chrétiens ; ce furent les soldats de Zenghui qui les leur tirent éprouver.

Après avoir pris successivement aux Francs les villes de Barim, de Kaphartab et de Marrah, Zenghi mena^it sérieusement la conquête des croises et faisait au loin trembler Jérusalem, lorsque la diversion opérée par l'empereur de Constantinople, Jean Gomnèue, mit quelque entrave à ses succès. Voyant tout d'abord qu'il ne pouvait lutter seul , avec des troupes que ne soutenait aucun renfort sérieux venu de Perse ou de Mésopotamie, contre les Grecs réunis aux Francs, tout en conservant la campagne et en couvrant ses possessions, il usa de ruse pour séparer ses adversaires. Au prince byzantin il écrivait de se métier de ses alliés les Latins ; aux Latins il dénonçait la perfidie immémoriale des Grecs.

A force de persévérance l'habile musulman parvint à mettre le doute et la froideur entre les auxiliaires chrétiens qui assiégeaient une des places voisines d'Aiep, et finit par leur faire lever.le siège. Plusieurs années durant, Zenghi, rassuré du côté des Chrétiens, ne chercha qu'à affermir sa domination. Le voyant occupé contre des émirs rebelles, les Francs n'en conçurent plus la même appréhension, et le laissèrent tout à son aise méditer et préparer son grand coup, la prise d'Édesse (*).

Si Josselin de Courtenay avait été un homme satis foi^ sans talents réels, sans

(*) Voyez 11)11- Alatis, Histoire des Atabeks.

prudence; au moins était-ce un bon soldat, et un prince toujours préoccupé de son comté, toujours prêt à le défendre. Il n'en fut pas ainsi de son fils , jeune homme débauché, ivrogne et insouciant.

Zenghi attendit donc la mort du père pour dépouiller le fils, entr^rise qui ne lui fut pas difficile. Ce Josseliu, deuxième du nom, dès que son père n'exista plus, quitta sa capitale pour aller habiter Turbessel, ville de délices , située dans un pays charmant, entourée d'une campagne fleurie , et là il s'abandonna à ses vices, négligeantet de payer ses troupes, et d'entretenir ses forteresses, et de se garer contre les incursions de ses ennemis. Profitant avec adresse de l'incapacité et de l'incurie de son adversaire, Zenghi endormit encore ses soupçons en feignant d'aller mettre à la raison quelques-uns de ses sujets révoltés. Puis, au moment où on s'y attendait le moins, l'armée considérable qu'il avait levée , il la dirigea tout à coup sur Édesse.

Cette ville ne manquait pas d'apparence comme place fortifiée ; mais elle était dépourvue de défenseurs. Habitée seulement depuis le départ de Josselin II par des Arméuiens et des Chaldéens, hommes de commerce et non de guerre, elle n'avait qu'une très- petite garnison de Francs.

Que lui servaient donc ses remp|arts élevés, ses tours nombreuses, sa citadelle.'* Personne n'était capable de diriger le peu de troupes qu'elle possédait. Cepen-. dant le sentiment de la conservation personnelle et de la propriété enflamma d'un certain courage ces marchands menacés dans leur existence et dans leur fortune. Ils répondirent aux exhortations de leur clergé en s'armant comme ils purent; et, pleins d'espoir dans les secours' qu'on leur promettait, ils tirent d'abord assez bonne contenance. Josselin II, ébahi de cette attaque, demanda l'appui du royaume de Jérusalem ; mais son pauvre roi avait bien assez a faire chez lui. Puis il se tourna vers Raymond, prince d' Antioche. Ce dernier iûi avait voué une haine mortelle , et ne voulut pas l'oublier dans cette occasion. Josselin II fut réduit à laisser sans secours sa malheureuse capitale.

Voici comment Abou'l-Faradj , l'historien arménien, en raconte la catastrophe : a Zenghi parut devant Édesse ie

mardi 2S novembre 1145. Son camp fut dressé près de la porte des Heures, vers l'église des Confesseurs. Sept machines furent élevées contre la ville. Dans ce danger , les habitants grands et petits , sans excepter les moines , accoururent sur les remparts et combattirent avec courage; les femmes même s'y rendirent, apportant aux guerriers des pierres, de l'eau et des vivres. Cependant Ten- •nemi avait creusé sous terre jusqu'à la ville; les assiégés creusèrent aussi dé leur côté , et , pénétrant dans la mine opposée, y tuèrent les travailleurs. Mais déjà deux tours étaient entièrement ruinées. Comme elles étaient près de s'écrouler, Zenghi le fit savoir aux assiégés , en disant : « Prenez deux hommes « d'entre nous en otage ; vous enverrez « deux des vôtres, et ils se convaincront « par eux-mêmes de l'état des choses.

« Il vaut mieux vous rendre, et ne pas « attendre d'être soumis de force et « d'être exterminés. » Cet avis fut méprisé. Celui qni commandait dans Édesse pour les Francs, attendant d'un moment a l'autre l'arrivée de Josselin et du roi de Jérusalem , rejeta avec dédain la proposition de Zenghi.

« Alors l'ennemi mit le feu aux poutres qui soutenaient les tours, et elles s'écroulèrent. Au bruit qui en retentit, les habitants et les évêques accoururent sur la brèche pour arrêter l'ennemi.

Mais pendant qu'ils défendaient cet endroit, les Turcs (soldats de Zenghi) trouvèrent les remparts désarnis et forcèrent la ville. Alors les habitants quittèrent la brèche et coururent à la citadelle. A partir de ce moment, quelle bouche ne se fermerait , quelle main ne reculerait d'effroi , si elle voulait raconter ou décrire les malheurs qui durant trois heures accablèrent Édesse I

« On était au sam%di S de canoun second , ou janvier 1145 de J. C. Le glaive des Turcs s'abreuva du sang des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des prêtres , des diacres , des religieux , des religieuses, des vierges , des époux , des épouses. Hélas! chose horrible à dire ! la ville d'Abgar , ami du Messie, fut foulée aux pieds pournos péchés I 0 déplorable condition humaine! Les pères restèrent sans pitié pour leurs enfants , les enfants pour leurs pères, les mères

furent insensibles pour le fruit de leurs entrailles, tous couraient au haut de la montagne vers la citadelle. Quand les

{prêtres en cheveux blancs , qui portaient ; es châsses des saints martyrs , virent luire les signes du jour de colère, du jour dont un prophète a dit : J'approuvercn le courroux céleste parce que fat péché, ils s'arrêtèrent tout court, et ne cessèrent d'adresser leurs voix à Dieu , jusqu'à ce que le glaive des Turcs leur eût dté la parole. Plus tard , on retrouva leurs corps en habits sacerdotaux teints de sang. 11 y eur cependant quelques mères qui rassemblèrent leurs enfants autour d'elles, comme la poule appelle ses petits, et qui attendirent de périr tous ensemble par l'épée, ou d'être à la fois menés en servitude. Ceux qui avaient couru vers la citadelle n'y purent entrer. Les Francs qui la gardaient refusèrent d'ouvrir les portes, et attendirent que leur chef, qui était à la brèche, fût revenu. Il arriva enfin , mais trop tard , et lors- C|ue des milliers de personnes avaient été étouffées aux portes. En vain voulutil s'ouvrir un chemin, il ne put passer outre , à cause des cadavres entassés sur son passage, et fut tué à la porte même ^'un coup de llèche. Enfin Zenghi, touché des maux qui accablaient Édesse, ordonna de remettre Tépée dans le fourreau (*). »

Telle fut la déplorable fin du siège d'Edesse. Jo^elin l'avait laissé faire sans bouger. Enfin , poussé sans doute par la honte de sa conduite , et sans doute aussi entraîné par le reste d'hommes d'honneur qui l'entouraient, il tenta de reftrendrc sa capitale. 11 y réussit, grâce à a faible garnison turque que Zenghi y avait laissée, grâce aussi à la coopération des habitants de la ville , qui lui tendirent des échelles pendant la nuit pour escalader les remparts. Mais le triomphe de l'indigne comte d'Edesse ne fut pas de longue durée. L'un des fils de Zenghi, Nour-Eddin, soldat déjà aussi brave qu'habile, revint contre Édesse. Cette fois Josselin ne se crut pas de force à lutter contre un pareil adversaire; et, après mille propositions contradictoires du conseil de ses chevaliers, il résolut de fuir définitivement

C^YoyezAb'oul-Fara^J, Chronique syriaque.

LOJNIVERS.

la rille où quelques jours auparavant il était rentré en vainqueur : lâche résolution, qui fut la cause de la plus terrible déroute! A peine les soldats francs et le reste des habitants chrétiens d'Édesse avaient-ils dépassé les portes de la ville à la faveur d*une nuit noire , que la garnison turque de la citadelle et les soldats de Nour-Êddin tombèrent sur les fugitifs , les égorgèrent en masse , les poursuivirent à l'aurore dans différentes directions, et les exterminèrent tous , moins un millier tout au plus qui purent atteindre Samosate. Puis, cette fois, Nour-£ddin, indigné de la conduite d'Édesse , en abattit les remparts et les tours , en détruisit la citadelle, en brûla les églises.

SECONDE CBOISADE.

Le sac d'Édesse jeta la consternation parmi les Chrétiens. Une de leurs principales possessions était détruite, un des plus beaux fleurons avait été arraché a la couronne franque! Antioche trembla , Tripoli crut sa perte prochaine, Jérusalem songea de nouveau à demander assistance a l'Europe. C'en était fait : il fallait une nouvelle croisade pour sauver la conquête des Godefroy, des Bohémond , des Raymond , des Baudouin, des Tancrède. Les successeurs de ces durs mais braves soldats se sentaient incapables désormais de défendre la conquête de leurs pères. On se hâta d'expédier des ambassadeurs vers le pape, en .la puissance de qui on avait encore foi dans une pareille calamité. L'évéque de Cabale, ville de Syrie, suivi de plusieurs prêtres et chevaliers, s'embarqua donc pour Viterbe, où résidait alors Eugène IIL J^ récit du prélat délégué fut si triste, ses^prières si humbles, ses lamentations si répétées que la seconde croisade fut décidée. Les peuples avaient un reste d'enthousiasme religieux qu'un grand homme sut exalter. Ce grand homme était saint Bernard. Moine austère, prédicateur éloquent , il quitta son monastère de Clairvaux, où sa présence avait ramené l'ordre , la piété , la sévérité des mœurs, et s'en alla par les cours enflammer le cœur {des princes, par les places publiques exciter l'ardeur des peuples. Ce fantôme maigre , au teint plombé, à la barbe rousse et blanche,

ce fort esprit dans un corps faible, maladif, presque diaphane, avait déjà une réputation immense de sagesse, d'inspiration divine, de sainteté. Par son choix il avait empêché un schisme daos l'Eglise d'occident. En préférant lonocent II à Anaclet , il vit peu à peu les princes et leurs nations adopter le pape qu'il leur avait désigné. Quand il paraissait en public , on s'arrachait les fils de sa robe comme reliques des plus saintes. Enfin c'était lui qui seul avait pu lutter contre Abeilard , c'est-à-dire contre k philosophie , contre la logique discutaat la foi, contre l'émancipation delà pensée humaine (*).

Saint Bernard prêcha donc la croisade; il écrivit aux princes de l'Europe, il donna rendez-vous aux plus fanatiques à Vézelay en Bourgogne; et là, appuyé par le jeune roi de France, Louis Vil, il entraîna les consciences de tous les barons présents , et leur fit jurer de partir pour la guerre sainte. Il faut observer ici que le peuple n'est plus, comme à la première croisade, le but principal des efforts de la prédication. Saint Bernard s'adresse plus souvent aux nobles qu'aux vilains. Ce n'est pas un Pierre 1 Ermite, lui! d'une sainteté douteuse.

d'une intelligence vulgaire quoique active, d'un langage grossier quoique brûlant. Bien au contraire, saint Bernard est reconnjf pur et austère avant ses discours en faveur de la guerre sainte, son éducation est la plus haute qu'on pût acquérir en son temps , sa parole est savante autant qu'inspirée, élégante | autant qu'Incisive , toujours élevée de ton comme d idée. Il ne peut pas se mettre à la portée des masses, comme le faisait si facilement le premier prêcheur de croisade ; il est toujours respecté, | mais pas toujours compris. C'est précisément, du reste, cette distinction nato; relie, cet esprit vraiment su()érieur qui lui donnèrent un ascendant irrésistible sur les rois et sur les grands. Malgré son ministre Suger, Louis VII, convainen par saint Bernard , prit la croix. Malheureusement ce prince sembla prendre à tâche de détruire une à une toutes les faveurs dont la fortune l'avait | comblé. Un mariage avantageux avec la

(*) Voyez Sismondi , ^tstotre des Prûnçai** et Michelet, Histoire de France»

fille du comte de Poitiers et d'Aquitaine avait réuni à sa couronne des |}rovinoes aussi vastes que riches; il fut assez maladroit pour refroidir de plus en plus Éléonore, pour la dégoûter de lui»

pour la pousser au divorce, et lui faire céder à son rival d'Angleterre les possessions si importantes dont elle était souveraine. La conduite misérable de Louis VU en Orient fut la dernière raison de cette rupture.

Éléonore avait voulu partir en Palestine avec son faible mari. Elle fut assez habile pour le faire déclarer le chef de la croisade française, malgré les efforts de quelq[ue8 barons et d'un grand nombre de pèlerins, qui auraient voulu être menés par saint Bernard lui-même. Soit par sentiment tout personnel, soit aussi par encouragement secret d'Éléonore et de ses partisans, saint Bernard se refusa constamment aux prières que la foule lui fit de se mettre à la tête de l'expédition. Il alla même jusqu'à écrire au pape pour se d^ager complètement de la responsabilité qu'on voulait faire peser sur lui. Eugène III approuva le scrupule de l'illustre abbé de Clairvaux, et Éléonore triompha. Enfin elle allait avoir une occasion pour apprécier son mari , une pierre de touche pour le juger définitivement. Outre Louis Vil de France, Conrad III d'Allemagne se laissa aussi persuader parsaintBernard,et réunît une armée pour marcher au secours des Chrétiens d Orient. Eléonore engagea son naari à ne pas partir en même temps que les Allemands , afin sans doute qu'il n'y ait point de contestation entre les deux nations , de lutte de puissance entre les deux princes; et pour arriver en Palestine avant les lourds Teutons qui s'acheminaient par terre, elle fut d'avis d'aller par mer. Son conseil, aussi sage qu'ingénieux , ne fut pas accepté : faute militaire évidente, première cause de froideur entre Éléonore et Louis (*) !

Tant qu'on ne fut pas parvenu en Asie Mineure , Louis VII put conserver de l'ordre dans sa marche, de la discipline parmi ses troupes. Les Allemands, brutaux et imprudents, commirent des avanies sur leur route, et des

(*) Voyez Odon de Deuil, Livre sur le wn^age de touis y H en Orient

témérités inutiles une fois sur la terre musulmane. Louis VII profita de leurs fautes, et sut d'abord les éviter. Arrivés en Asie, les Allemands prirent le chemin le plus court, mais le plus difficile. Traversant la Phrygie jusqu'à Iconium , ils furent attaqués de tous côtés par les Turcs, se harassèrent dans des montagnes abruptes, s'épuisèrent homme par homme, perdirent enfin le courage et l'espoir à lorce d'avoir à lutter contre leurs ennemis et contre la nature , et périrent, à la satisfaction secrète des Grecs et à la cruelle dérision des Français. S'il ne fallait pas rire du malheur ae leurs frères en Jésus-Christ, fallait-il en outre pour les soldats de Louis VII profiter des fautes de'leurs prédécesseurs. Cest bien là ce qu'ils firent tout d'abord. Pour éviter le danger des montagnes « ils résolurent de suivre les rivages de la mer. Mais bientôt la patience leur manqua dans les interminables détours de cette route. Leur roi, aussi faible qu'indécis , ne sut pas remonter leur moral, s'opposer à leur folie; et dès lors ils s'engagèrent , eux aussi y dans l'intérieur de l'Asie Mineure : c'était courir à leur perte.

A peine enfoncés dans le pays> les Français trouvèrent à la fois des myriades d^ennerais, et des montagnes presque infranchissables.lls luttèrent d'abord avec courage; mais c'étaient tous les jours de nouveaux périls , de nouvelles fatigues , de nouvelles bandes de Turcs qui les harcelaient sans cesse. Louis VII montra là toute son incapacité : dans le danger général où il fallait unerésolution, uneactivité et une vigilance continuelles, il ne sut rien vouloir, rien prévoir, rien faire. Il se bornait à communier soir et matin , à se battre dans la journée avec assez de courage, mais comme un simple chevalier, et sans entraîner à sa suite les hommes , sans les diriger , sans savoir quels mouvements leur ordonner. Enfin un jour il prit dans une forêt on gros de Turcs pour son avant-garde , marcha vers eux à la nuit tombante , en fut brusquement attaqué, entouré; son corps d'armée, surpris, accablé de fatigues , et ne pouvant pas se développer, fut haché, mis en pièces, et le roi fut contraint de se rétugier la nuit sur un arbre , et au point du jour de se

L'UNIVERS

saisir d*un cheval abandonné pour fair la mort ou Tesclavage qui l'attendait. Ce fut donc en fuyard qu'il rejoignit sa femme et èes trouves. Dès lors il fut jugé , et se fit justice à lui-même en confiant désormais la conduite de son armée à un certain Gilbert , soldat expérimenté et capable. Grâce h ce dernier, et aussi à Éverard^'des Barres , grandmaître des Templle'rs , qui , avec uAe troupe^ de cavaliers liàrdis , était venu au-devant de l'expédition européenne, l'armée, après mille combats, mille souffrances, manquant souvent de nourriture et d'abri , décimée par les maladies , diminuée chaque jour par le cimeterre musulmah et, la rigueur de l'hiver , arriva enfin à Satalie , ville grecque bâtie sur le rivage méditerranéen, à l'embouchure du fleuve Cestius (*).

La trahison attendait les croisés devaik ces murs inhospitaliers. On commença par ietit refuser l'entrée de la cité. Mais à force d'instances de la part de Louis VÎI, lies sujets du perfide empereur de Constantihople consentirent a fournir des vaisseaux à l'expédition sainte. Malheureusement ces vaisseaux se firent longtemps attendre, et l'armée eut le temps de se voir accabler par tous les maux possibles, dans une plaine inondée, sans vivres et presque sans vêtements. Puis , quand les vaisseaux arrivèrent , ils n'étaient pas assez nombreux pour embarquer toutes les troupes.

Louis VII alors , malgré les belles promesses qu'il avai^ faites à ses soldats de ne jamais les abandonner , de partager leur fortune quelle qu'elle fût , feignit d'être contraint de partir le premier, d'être appelé à Antioche pour lebien général, et monta avec sa femme, ses chevaliers, ses courtisans, sur les navires qu'on lui offrait. L'infanterie et la foule des pèlerins fut laissée sur le rivage, sous le commandement de deux chevaliers, Thierry, comte de Flandre , et Archambault de Bourbon. Ainsi délaissés, ces pauvres croisés supplièrent de nou- ,veau les gens de Satalie de leur ouvrir leurs portes. On eut encore la barbarie de repousser leurs prières. Alors ils s'acheminèrent tristes, découragés, affaiblis par les tortures de la faim et du froid.

(*) Voy«z Odon de Deuil, ibidem.

Ils cherchaient à suivre la eôte jusqu'à la Syrie; leurs guides les égarèrent, et bientôtils tombèrent dansuneembuscade de Musulmans, qui en eurent facilement raison, les égorgèrent presque tous , ou les emmenèrent en esclavage.

C'ei^t ainsi qhe par une suite d'imprudences , d'int;apacités , de trahisons successives fut détruite une armée de près de cent mille Français , au dire des historiens les moins exagérés.

Tandis q6e son armée abandonnée, tandis que les malheureux pèleHns qui avaient eu confiance en lui , mouraient victimes de leur crédulité en sa parole royale, Louis VU làbôrdait tranquillement à Antioche, et à peine arrivé s'y plongeait dans les plaisirs pbUr oublier ses remords peut-ietre. Mais le ciel le punit de cette absence dfe ôoeur en le irappant par où même il avait péché.

Le prince ()ui régnait alors à Antioche, Raymond de Poitiers , ne manV|tiait ni de grâce, ni d'esi^rit, ni surtout de galanterie. Sa c'ôur voluptueuse, qui, malgré des dangers m^enaçahts, ne songeait k plus souvent qu'au plaisir, avait un bien doux attrait pour des femmîes qui venaient d'éprouver tant de fatigues , tant de privations, tant ti'ibqaiétudes sur les côtes désertes de fà infer Ikféditerranéenne, et dans les montagnei^ âeigeuses de la iPamphylie. feaymond de Poitiers et ses seigneurs parurent dohc charmants à Éléonote dé Guietatte et à stes daines d'honneur. Puis, le Jpribtetnps aidant , la nature orîentale ajoutant bientôt ses déliceà aux fêtes contintieUes, le cœur naturellemeàt facile, disent les contemporains, de réponse de Pebnuyeux Louis Vil se laissa entraîner aux tentations qui Tentourdient. Elle écouta, rapporte-t-on , les propos d'amour du galant et spirituel Raymond , chercha à prolonger son séjour sur les bords enchantés de rOronte , et finit par exciter chez son froid et dévot mari la plus vive jalousie. Raymond de Poitiers aurait voulu retenir le roi de France et surtout ses chevaliers pour l'aider à repousser les Turcs , pour attaquer même jusque dans leur nid ces vautours avides, pour mettre le siège devant Alep.

L'amour en cela était pour lui d'accord avec la politique. Mais Louis VU , qui d'abord avait refusé de suivre l'expédition

SYRïE MODERNE.

des habitants d'Antioche contre leurs éternels ennemis , sous prétexte qu'il devait avant tout se rendre à la ville sainte , persista plus tard dans sa résolution de partir au plus vite pour Jérusalem, afin de sauver son honneur marital. Aussi , une nuit, enlevà-t-il sa femme, Teramena-t-il , malgré sa résistance , dans sa tente royale , et leva-t-il hâtivement son camp. Il était trop tard, sa femme était subjuguée , et dès lors elle songea à faire rompre une union qu'elle abhor* rait (*).

LOUIS Vir ET CONRAD III A JÉRUSALEM.

Louis VII s*achemina par terre vers Jérusalem , en évitant d'entrer dans les grandes villes, de peur d'y être retenu. Il ne voyait plus dans la croisade qu'an pèlerinage ordinaire, et avait hâte d'arriver au saint sépulcre. Son expédition avait été solicitée pour venir au secours des établissements chrétiens les plus menacés, pour arrêter le développement que prenait de nouveau l'Islam vainqueur, pour reprendre Édesse; et le dévot souverain ne songeait pins qu'à accomplir un acte de piété , dissimulant peut-être sous cette affectation religieuse la honte qu'il avait d'avoir abandonné le corps principal de son armée, après l'avoir déplorablement conduit à travers l'Asie Mineure. Quels que fussent d'ailleurs ses sentiments , il se refusa aux instances du comte de Tripoli , qui l'appelait au secours de ses frontières. A quoi donc servait cette croisade , préchée par un saint , excitée par un pape , commandée par deux souverains? A tromper les populations chrétiennes dans leurs espérances , à ne leur prêter aucun appui dans leur détresse , à mener jusqu'à Jérusalem un roi bigot, Louis VIT, un empereur sans talent, Conrad III , quelques barons féodaux sans enthousiasme, quelques grandes dames d'Europe sans pudeur.

Conrad III arriva dans la ville sainte presque seul , et comme un inutile pèlerin. Il avait emmené plus de cent mille hommes d'Allemagne , et après en avoir dispersé les cadavres dans la Phrygie ,

(•) Voyez Guillanme de Tyr, Histoire de ce qui s'est passé au delà des mers, etc.

il avait rejoint, vaincu et découragé, l'armée de Louis VIF sur les côtes de la Méditerranée. Puis, au premier échec du roi de France , il l'avait quitté pour se réfugier à Constantinople. Enfin l'or* gueilleux chef du saint Empire , si fier auparavant .de ses masses de Teutons , du nombre de ses étendards, de la foule de ses cavaliers, s'en revint sur un bâtiment grec à Ptôlémaïs , et se diri-

§ea tristement vers Jérusalem, pour emander sans doute à Dieu pardon de son insigne et déplorable folie , du massacre de ses sujets , dont son incapacité était cause.

Les deux princes européens, une fois réunis dans la ville sainte, ne montrèrent pas plus d'habileté pour être utiles aux Chrétiens d'Orient qu'ils n'en avaient développé dans la conduite de leurs armées. Ils épousèrent tout de suite les ridicules dissensions qui divisaient les princes latins. Une réunion de tous les barons eut lieu à Ptôlémaïs , et loin d'y appeler le comte d'Édesse fugitif, le comte de Tripoli menacé , le prince d'Antioche supportant seul le poids de la guerre contre risiam, on fit bande à part , on ne tint pas compte des dangers que couraient des frères , on ne se souvint que des querelles personnelles. Or, loin de rétablir la concorde , la présence des souverains de France et d'Allemagn)e ne parvint qu'à renforcer l'anarchie dans les États chrétiens. D'une pareille assemblée il ne pouvait résulter qu'une folie. Elle eut lieu. On convint d'aller assiéger Damas , beaucoup moins pour prendre une ville, qu'on n'aurait pas pu garder, que pour se préparer un pillage où chacun se proposait une part de butin. Toutes les troupes qui devaient prendre part à cette expédition insensée se réunirent en Galilée au printemps de 1148.

Ces troupes étaient singulièrement composées : elle formaient plutôt des bandes séparées qu'une armée régulière. Il y avait à la fois Louis VU et ses barons, Conrad III et ses quelques mercenaires grecs, Baudouin III et ses Poulains, enfin les chevaliers indépendants du Temple et de Saint- Jean. Trois souverains , et pas un général. Personne n'avait eu le génie de prendre le commandement de l'expédition tout entière. Il devait nécessairement en résulter une division fu-

L'UNIVERS

neste , des eonflits d'autorité sans cesse renaissants, des discordes pitoyables (*}.

Damas, à cette époque, était déjà une ville populeuse et riche. Elle prépara énergiquement sa défense. Son émir Moîn-Eddin était à la fois un homme eouragenx et rusé. Bien sûr que sa cité était imprenable à Test et au sud , grâce à la hauteur de ses murailles , il ne songea à fortifier que les côtés de l'occident et du septentrion, tout couverts de jardins et ae vergers , et où la rivière £1- Barradeh, qui se précipitait des montagnes et qui se divisait en sept bras, avait permis d'établir une grande quantité de canaux d'irrigation. Moîn-Eddin fit en conséquence agrandir les fossés , rétrécir les sentiers, élever de place en Eace des tourelles de combat , créneler s enceintes fermées, de façon qu'à travers ce dédale d'eau et de murailles il fut impossible aux barons de mener leurs chevaux et même aux fantassins de combattre plus de deux par deux.

Pendant cinq jours en effet les croisés firent de vains efforts pour pénétrer à traversée labyrinthe de tours, de canaux, de palissades. Les vingt mille chevaux de l'armée féodale devinrent inutiles.

Malgré quelques succès partiels, les Chrétiens finirent donc par se décourager de eette guerre de bocages , et dans un de de leurs conseils ils résolurent de changer leur attaaue, etde porter leurs forces ▼ers le sud et l'est. Ils n^avaient rien perdu de leur assurance première, et déjà sûrs de la victoire , ils se disputaient la possession de Damas, lorsque les Poulains, plus expérimentés que les chevaliers d'Europe, entrèrent en négociation avec Moîn-Eddin. Celui-ci offrit à Baudouin m de lever le siège moyennant finances. Ce traité de trahison eut lieu au prix de deux cent mille pièces d'or. Seulement le fourbe Arabe trompa l'innocent roi de Jérusalem, en lui faisant remettre des pièces de cuivre artistement recouvertes d'une lame d'or. La fraude ne fut reconnue que plus tard, lorsqye la retraite des Poulains et des Templiers eut entraîné celle des barons européens. Conrad III, instruit de l'acte odieux de Baudouin, s'en retourna immédiatement

dans ses États. Quant à Louis Vn,il resta encore un an dans la villesaicte pour y terminer ses dévotions, et assista les bras croisés à la décadence rapide des possessions chrétiennes en Orient (*).

NOUB-EDDIir.

Tandis que le rovaume de Jérusalem et les autres principautés franques , si mal secourus par l'infructueuse croisade de Louis VII et de Conrad III, voyaient de jour en jour leur puissance diminuer. la sécurité de leurs villes s'affaiblir, l'honneur de leurs armes s'éclipser, l'Islam reprenait de plus en plus sa force, Son éclat , son unité. Les premiers croisés n'avaient rencontré en Orient qu'une anarchie née de l'ambition de mille rivaux, qui se disputaient le magnifique mais lourd héritage de Mélik-Schah; les seconds croisés trouvèrent une nouvelle dynastie naissante, celle des Atabeks.

Atabek y qui veut dire mot à mot pén du prince, fut le titre que prirent des gouverneurs puissants durant la minorité des sultans seldjoukides. Ces gouverneurs devinrent bientôt des princes indépendants dans les prpvinces qu'on leur avait confiées. Il y en eut de quatre sortes, auxquels leurs fils succédèrent , et qui divisèrent en quatre royaumes le grand et éphémère empire de Mélik-Schah. Nous n'avons pas à nous occuper des Atabeks de Perse , de Médie, et du Laristan; les Atabeks d'Irak seuls eurent à combattre les Francs. Ces derniers auraient dû profiter de cette division de l'empire islamique ; nous avons vu par quelle suite de fautes il leur fut impossible d'y songer. Nous allons voir maintenant les Atabeks de Tlrak suffire pour les vaincre.

Omad-Eddin-Zenghi, fils d'Aksankar , était devenu prince indépendant à force de talent et de victoires sur les Chrétiens; il avait peu à peu augmenté son pouvoir autant par des concessions que lui firent des émirs musulmans que par ses conquêtes sur les Francs. Du pays de MossouI, dont il était le gouverneur dans le principe, il s'était étendu jusqu'à Hems, Hamah, Alep, et il avait fini sa vie par la prise d'Édesse. Autant par la ruse que par les armes, il s'était agrandi;

(*) VoycE Âboa'l-Faradj , Chronique st/riaque.

(*) Voyei Gaillaome <|e Tyr, Histoire de et qui t'est passé au delà des mets, etc.

SYRIE MODERl^E.

8ir

autant par don aetivité que par sa persévérance , il s'était consolidé. Aussi bon administrateur que brave soldat, il avait fait à la fois bonne guerre et bonne police. Grâce à lui, sa capitale Mossoul, qu'on lui avait livrée presque ruinée, avait vu ses fortifications relevées , plusieurs édifices embellir son sein , enfin Tabondance revenir à tel point sur son territoire que , suivant Texpression d*un auteur arabe , le raisin ju*avant le règne de Zenghi on coupait avec une serpette, de peur d'en perdre un seul grain, devint aussi abondant qu'il était rare.

Le fils de Zenghi n'avait donc qu'à continuer l'œuvre paternelle pour augmenter encore son héritage. Il parut doué , du reste, de toutes les qualités de son père jointes encore à une plus haute compréhension de l'antagonisme de l'Orient contre l'Occident.

Nour-Ëddin, quoique le cadet des enfants de Zenghi, se montra dès sa jeunesse le véritable successeur de sa puissance. Il laissa son frère aîné Saïf- Eddin trôner tranquillement à Mossoul, tandis que lui s'établissait à Alep, afin d'être plus prêt des frontières de ses perpétuels ennemis. 11 avait fait ses premières armes sous son père de la façon la plus brillante au premier siège d'Édesse ; il chercha à 1 imiter aussi dans ses qualités administratives. Comme il voulait passer pour aussi équitable que ferme,. il créa une cour souveraine de justice , qu'il présidait souvent , et qui devint, pour ainsi dire, une véritable cour d'appel des jugements ordinaires des cadis. Il fit en outre abolir les tortures qu'on appliquait avant lui à certains accusés. Puis il s'appliqua à être aussi libéral qu'économe. Il ne dépensait d'autres revenus que celui de ses biens propres, déclarant qu'il n'était que dépositaire de la fortune de ses sujets. Ennemi du luxe pour lui-même, il s'interdisait dans ses vêtements l'or , l'argent et la soie ; scrupuleux observateur des coutumes musulmanes, il s'abstenait de vin et de toute liqueur spiritueuse. Ces différentes qualités austères ne l'empêchaient pas d'être un des plus brillants cavaliers de son empire , un des plus courageux soldats de son armée.

Il maniait un cheval avec autant de grâce que de vigueur; il n'allait jamais

à la guerre qu'avee deux arcs et deux carquois, afin de combattre personnellement comme le plus humble des siens.

Mais ce n'étaient laque des vertus ordinaires pour un prince oriental , vertus bonnes à lui créer des partisans , mais insuffisantes à lui acquérir des provinces. Ce qui fit, au contraire, sa force contre les Francs, ce fut la piété qu'il affecta, et la résolution qu'il prit de faire sans cesse la guerre aux Chrétiens, tant grecs que latins. I*ïour-£ddin fut donc le véritable promoteur de la guerre sainte chez les Musulmans. Selon lui , il ne s'agissait pas avec les Chrétiens de se venger d'un grief politique, il ne s'agissait pas non plus de reconquérir les anciennes possessions arabes, il ne s'agissait pas des intérêts matériels de nationalité, mais bien des intérêts sacrés de l'Islam. Il voulait forcer tous les Orientaux à adopter le Koran pour loi , ainsi qu'avaient fait les premiers khalifes.

Voilà ce qui le rendit terrible et victorieux (*).

PBOGBÈS DE l'islam CONTRE LA GBOIX.

Durant vingt-huit ans de règne, c'està-dire de 1146 à 1174, Nour-Eddin rétablit peu à peu l'unité musulmane, augmenta pas à pas ses possessions, consolida victoire par victoire ses conquêtes. Après la seconde prise d'Édesse, il n'eut point la peine de combattre les seconds croisés : ils furent dispersés ou détruits avant d'arriver jusqu'à lui.

En 1148 il rasa le château d'Arima dans le comté de Tripoli. Puis ayant surpris une troupe de Francs à Yagra , if en massacra bon nombre, fit le reste prisonnier, et envoya des captifs et une part de butin en présent à son frère, maître de Mossoul , au khalife de Bagdad , et au sultan seldjoukide. C'était là moins un hommage qu'il voulait rendre, qu'une preuve de ses exploits qu'il voulait, donner. Du comté de Tripoli il passa sur le territoire d'Antiocne. Le château de Harem couvrait la frontière de cette principauté du côté d'Alep.

Nour-Eddm l'attaqua , et mit à feu et à sang ses environs. Ensuite il se tourna soudain vers la place d'Anab, à l'autre

(*) Voyez tt>n-Alatir, aùttoire deê Jtàbekt^

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L'UNIVERS

extrémité de la frontière franque. Le prince d'Antioche, Raymond, courut alors au secours d'une de ses principales forteresses; mais dès qu*il eut rejoint son rival déjà redoutable, il fut battu et tué par lui. Ce fut Renaud de Châtillon qui, ayant épousé la veuve de Raymond, succéda à ce dernier , malgré les droits d'un enfant en bas âge. Ainsi de 1149 à 1151 Nonr-£ddin avait déjà rasé ou pris toutes les places chrétiennes de la Syrie septentrionale. Il avait mis à mort un prince dAntioche, le beau Raymond ; il avait fait prisonnier l'ancien comte d'Édesse, l'ivrogne Josselin; sa puissance était consolidée dans la Syrie Libanique , il jeta dès lors les yeux sur l'Egypte.

Ce royaume se détraquait. Les khalifes fathimites, à l'exemple des khalifes abbassides , n'étaient plus que des sortes de grands prêtres sans action continue, sans autorité matérielle sur leur empire. Renfermés dans leur palais comme dans un sanctuaire, ou plutôt comme dans une {frison , ils laissaient gouverner en leur nom d'ambitieux vizirs, pour qui tous les moyens étaient bons d'accroître leurs richesses et de satisfaire leurs passions. Les Égyptiens, qui, à la première croisade, avaient supporté tous les efforts des Francs en Palestine; qui, à le seconde, possédaient encore plusieurs villes du littoral de la Syrie, n'avaient plus en llô3 que la seule Ascalon , et ne surent même pas la défendre contre Raudouin III. Ce prince, si affaibli à l'orient de son royaume, profita de l'anarchie du Kaire, où , après l'assassinat du vizir Adhel , plusieurs rivaux se disputaient sa succession, pour mettre de nouveau le siège devant Ascalon. Cette place, mal défendue par quelques Égyptiens pressés de retourner dans leur patrie, mal secourue par sa métropole, divisée elle-même par des partis ennemis , après avoir cependant repoussé les premières attaques des Francs , capitula tout à coup , et ouvrit un beau jour ses portes aux Chrétiens, tout ébahis de leur victoire (*).

Suivant un auteur Arabe, la prise d' Ascalon resserra les poitrines et abattit ks esprits des Musulmans,

(*) Voyes Kemal-Eddin, BiêioUre d*Alep,

Nour-Eddin ea fut particulièrenient affligé , d'autant plus qu'en apprenant le siège de cette ville il avait entrepris une diversion, que l'événement ne lui donna pas le temps de mener à bien. A qui s'en prendre de cette défaite , sinon à l'impuissance des possesseurs de 1 Égypte, à la nouvelle décadence des Alides.î' Nour-Eddin songea plus que jamais à parer à cet affaiblissement local de l'Islam. Mais pour devenir maître de TEgypte il lui fallait Damas. Cette ville, gouvernée par un simple émir indépendant, ne pouvait dans sa position ambiguë prendre une part active à la grande lutte contre les Chrétiens, et devenait ainsi un embarras pour le valeureux promoteur de la guerre sainte.

Damas était d'ailleurs la grande route d'Egypte, c'était l'arsenal futur que rêvait Nour-Eddin. Ce dernier employa donc toute son habileté pour enlever des partisans au maître impuissant de Damas. A force de finesse et de persévérance, il fut aussi vainqueur dans cette guerre d'intrigues. Quand il eut isolé son rival, quand il se fut fait désirer par presque tous les habitants de • Damas, il démasqua son but, et marcha à la tête de toutes ses troupes sur cette ville. Son rival , qui avait perdu la tête, s'adressa aux Francs pour implorer leur secours. Cette faute détermina sa chute. Nour-Eddin, plus prompt que les Francs , arriva avant eux devant Damas , y entra eji triomphe , et les Chrétiens n'eurent plus qu'à s'en retourner piteusement, tandis que l'ancieo maître de l'antique capitale de ]a Syrie se réfugiait à Bagdad.

Ces événements se passaient l'an 552 de l'hégire. Dès l'année suivante INour- Eddin allait mettre ses grands projets à exécution , c'est-à-dire la domination de l'Egypte et l'extinction dés colonies franques, lorsqu'un véritable cataclysme physique l'arrêta pour quelque temps.

Un épouvantable tremblement de terre éblanla la Syrie tout entière. Un grand nombre d'hanitants périrent sous les ruines de leurs maisons. Les fortifications d'Antioche, de Tripoli , de Schaizar , de Hamah, d'Hems turent bouleversées, plusieurs citadelles croulèrent, presque toutes les cités furent gravement endommagées. Durant cette calamité générale,

le roi de Jénisalem était tranouillemeal à Goostantiiiople , dans les fêtes et les plaisirs , et revint trop tard pour porter un secours efficace au désastre de son royaume. Nour-fiddin, au contraire, se hâta de réparer les malheurs de son pays, de relever ses forteresses, d'entourer ses villes de nouvelles murailles. Cette différence de conduite entre les deux adversaires fut bien funeste aux Chrétiens. C'est qu'aussi le roi de Jérusalem était un homme avare , ambitieux, iacapable, et par conséquent détesté. C'était un certain Amaury, frère de Baudouin III , lequel était mort empoisonné par un médecin syrien. Il fallait que cet Amaury fût bien détestable pour qu'il ftt regretter l'indécis et imprudent Raudouin III {*).

Pauvres Chrétiens d'Orient! depuis la mort de Godefroy de Bouillon, ils avaient eu une succession de princes plus impuissants les uns que les autres. Ils avaient vu tour à tour leur pays dévasté par la guerre, ou ruiné par l'avidité de leurs nouveaux chefs. Le régime féodal leur avait été aussi fatal qu'à l'Europe au dixième et au onzième siècle. Sans cesse inquiétés par une lutte qui de jour en jour prenait une proportion plus terrible , ils avaient vu d'année en année leur commerce diminuer, leur apiculture baisser , leur industrie s'éteindre, leur sécurité devenir de plus en plus éphémère. La croix avait remplacé l'odieux croissant sur leurs églises ; mais cette croix n'était pour eux que le signe de la rédemption céleste, et non celui de la libération terrestre. Toujours mal- ' heureux, que leur importait^au fond d'être en possession de ce saint sépulcre, radieux de loin, lugubre de près. Ils n'avaient que le triste droit de venir user leurs genoux sur sa froide pierre, et ne pouvaient espérer tout au plus que de s'élancer de là, comme le Christ, vers un monde meilleur. Rien n'était changé dans leur destinée présente , et ils ne pouvaient songer à l'avenir qu'avec terreur. Le vieux prophète de l'Ancien Testament avait toujours raison : la vallée de Josaphat avait été constamment une vallée de larmes !

(*)VoyoE Aboa>Féda, Annales mosletn...

REYOLUTIONS EN EGYPTE.

Les choses allaient de mal en pis en Egypte , et cette situation de plus en plus difficile décida Nour-Eddin à en tirer parti. Plusieurs émirs, devenus forts de la faiblesse du khalifat fathimite, se disputaient la prépondérance avec plus d'ardeur que jamais. Ils combattaient sans cesse, et par tous les moyens, la^puissance du vizir en titre. Dargham, l'un d'eux et des plus turbulents, parvint à chasser son compétiteur Schaver, et ce posa comme maître de l'Egypte. A peine , du reste , eut-il en main I autorité qu'on conspira de toutes parts contre lui. Mais ce Dargham était un honjme aussi féroce que hardi : pour sauver sa puissance, il ue recula pas devant le meurtre, et fit égorger dans un repas soixante-dix émirs qui lui étaient opposés. Ce massacre porta un préjudice immense à l'Egypte : en voulant sauver son autoi;it§, Dargham avait affaibli sa patrie. Cet acte, aussi odieux qu'impolitique, détermina Nour- Eddin à soutenir Schaver, qui s'était réfugié en Syrie. Il accorda a, ce dernier une armée pour faire valoir ses prétentions , et en confia le commandement au brave Schir-Rou , le plus puissant et le plus audacieux de ses lieuteiiants.

Cependant Dargham, plein de résolution , alla au-devant de ses nouveaux ennemis. Lorsque les deux armées se rencontrèrent à Ela, à l'extrémité de la mer Rouge, Schir-K.ou, étonné du grand nombre de troupes du vizir égyptien , dit à Schaver : « Vous nous assuriez à Da- « mas que l'Egypte n'avait pas de. sol- « dats, et nous voilà en face d'une armée « formidable. — Ne vous épouvantez pas « de cette multitude, répondit Schaver; « la plus grande partie de ceux que vous « voyez devant vous se compose d'ar- « tisans et de paysan^, que le tambour « rassemble et que le bâton disperse. » Schaver avait raison. Il conseilla d'attaquer les Égyptiens au plus fort de la chaleur du jour, pendant que le plus grand nombre d'entre eux avaient abandonné leurs armes , et s'étaient couchés à l'ombre. Les Syriens eurent facilement raison de ces nonchalants. Us tuèrent tous ceux qui leur résistèrent , et firent prisonniers le reste. A la suite de cette défaite Dargham mourut, maudit par le

LinnvERS.

peuple , et Scbaver le remplaça eomme

vizir n«

Mais Tannée de Nour-Eddîn avait conduit Schaver jusqu'au Kaire, et avait établi son eamp devant ses murs. Scbaver, qui oubliait dans sa toute-puissance lesproraessesquMl avait faites aux Syriens dans sa disgrâce, voulut en outre forcer Schir-Kou d'évacuer rÉgypte; or oelui-ci, dans son indignation , au lieu d'obéir à la sommation insolente d'un ingrat, s'empara de vive force de la ville de Belbéis. Pour se défaire d'un aussi terrible protecteur, Scbaver commit la faute de s'adresser aux Francs et de leur demander l'appui de leurs armes. Le roi de Jérusalem, Amaury, accepta cette offre étrange, et vint, concurremment avec les Égyptiens,,assiéger Schir-Kou dans Belbéis. Trois mois durant le vaillant Schir- Kou se défendit contre . les bizarres alliés qui l'avaient attaqué. Il aurait pu facilement se faire jour à travers les assiégeants, et sauver tousses soldats ; mais il avait l'ordre de Nour-£ddin de tenir le plus longtemps possible , afin d'occuper les chevaliers chrétiens en Egypte , pendant que son maître envahissait leurs royaumes en Syrie. Ïïour-Eddin en effet ravagea tout le pays de Tripoli et d' Antioche, recueillit un grand nombre de bannières féodales , fit couper la chevelure de tous les Chrétiens que ses soldats avaient tués, et, les ayant fait mettre dans un sac , il les envoya par un émissaire à Belbéis, en disant à cet homme : « Tu donneras cela à Schir-Kou; il Texposera sur les remparts de la ville au'il défend , et ce spectacle remplira d'effroi les infidèles. » Les Francs en effet voulurent se retirer, et Schaver fut contraint de laisser partir Schir-Kou avec les honneurs de la guerre. Celui-ci, toujours fier, fit défiler tous ses soldats devant l'armée ennemie, et s'achemina le dernier, tenant à la main une énorme massue en fer, et prêt à frapper Taudacieux qui aurait osé l'attaquer malgré la convention. INour-Eddin était satisfait : d'une part il avait montré sa puissance en Egypte , et d'autre part il avait encore ruiné plusieurs établissements chrétiens.

Les Syriens musulmans firent de nouveau deux expéditions en Egypte. Ce fut

(•) Voyez Ibn-illaUr, Histoire des Ataheks.

encore Sciiir-Koa qui sollicita rhonncur d*v aller, et qui l'obtint. Sdiaver, de son coté, rédama une fois de plus Tappui des Francs; et cet appui fut aossi mefBcace que le précédent. Le brave Schir-Kou ^ avec ses deux mille cavaliers et ses six mille Turcomans, vint £aidleoient à bout des deux années combinées. Puis ajrant poussé jusqu'à Alexandrie, il laissa garnison dans cette vUle, força ses ennemis à réclamer la paix , et s'en retourna à Damas avec tout l'argent qu'il avait levé sur les provinces égyptiennes. La troisième expédition amênn l'infatigable Scbir-Kou, après plusieurs succès, jusqu'à la capitale de la Péninsule, jusqu'au Kaire. Là Schaver, malgré les apparences de l'autorité, quoiqu'il ne sortit jamais de son palais qu'an bruit des tymbales et des clairons, voyait son pouvoir baisser de jour en jour. Ses alliances avec les Francs avaient causé son impopularité, et l'avaient perdu aux yeux des véritables Musulmans. Les émirs résolurent de s'en défaire. Il fut donc dénoncé au khalife, à qui, pour toute autorité, on laissait parfois le droit de faire couper la tête à son vizir. On réclama donc du faible pontife des Alides Tordre d'exécuter celui qu'on appelait un traître, et d'élever à sa place Schir-Kou lui-même.

Nour-Eddin , de cette façon , se trouvait, pour ainsi-dire, mattre de l'Egypte par son lieutenant. Malheureusement Schir-Kou , d'origine kurde , simple soldat de Zenghi , lieutenant si actif de I^our-Eddin, était usé par une longue vie de fatigues et de combats. Il mourut au port , deux mois et cinq jours après son élévation au vizirat; il succomoa à une indigestion compliquée d'une esquinancie. Ce vieux soldat, qui ne se nourrissait que de viande comme un lion qu'il était, avait besoin de l'activité des camps pour vivre; le repos le tua. Mais il laissait un successeur bien digne de lui. C'était son neveu, le fils de son frère Ayoub, jeune homme déjà plein d'espérance, et qui pourtant avait commencé sa vie dans la mollesse des sérails. Mais bientôt, mené à la guerre par son oncle, il s'y distingua de plus en plus. Ce jeune homme, appelé Youssouf, devait succéder immédiatement à Schir-Kou comme vizir de l'Egypte, et mériter bientôt le saraom

si éclatant et ai oélâm de Salab-Eddio (bonheur de la religion), dont noua avons fait le nom, si redouté par les croisés, de Saladin f )•

Ces révolutions d'Egypte avaient duré dix ans, et elles n'aboutirent qu'à ren* forcer la puissance de l'Islam, qu'à compromettre les Francs dans des expéditions, où ils n'avaient rien à gagner , et qui leur faisaient abandonner imprudemment leurs rovaumesde Syrie. A mesure qu'il arrivait de nouveaux croisés, ils s'en allaient en Egypte, espérant plutôt y trouver le butin qu'ils cfaercbaient que dans la désolée Palestine. Araaury, dont Tautorité n'avait jamais été bien grande à Jérusalem , ne demandait pas mieux , d'ailleurs, que d'habiter le moins possible sa capitale, mécontente de lui , et que d'entraîner au loin les rivaux qui lui venaient d'Europe , et oui auraient pu lui porter ombrage dans la ville sainte. Mais ce qu'il y eut de plus honteux dans ces guerres sans but, ce fut pour les Francs de devenir, pour ainsi dire, lesmercenairesd'un vizir musulman; ce qu'il y eut de plus déshonorant pour le roi tres-chrétien de Jérusalem , c'est de s'être mis ainsi à la solde d'un Mahométan; ce qu'il 3^ eut enfin de plus funeste pour l'avenir , c'est d'avoir attiré les croisés vers l'Egypte, au lieu de les diriger vers la Syrie creuse, faute qui, du reste , devra plus tard être commise aussi bien p&r Philippe-Auguste que par saintLouis.

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