‹ Syrie ancienne et moderneChapitre 54 sur 63 · NOUVELLES SOUFFBÀNCBS DE LÀ SYRIE · texte numérisé non relu

NOUVELLES SOUFFBÀNCBS DE LÀ SYRIE

Avec Saladin aussi se termina cette grande lutte entre l'Orient et l'Occident, dont la troisième croisade avait donné le spectacle. Désormais jusqu'à saint Louis les croisades n'offrirent plus que des combats sans importance , des conquêtes d'un jour, des défaites plus déplorables que les victoires n'avaient pu être avantageuses. Tout dégénéra encore; et les malheureux Syriens ne trouvèrent

3ue souffrances nouvelles dans chacune es expéditions dont leur délivrance semblait le but. Continuons donc, au point de vue de la Syrie seulement, ce long martyrologe desChrétiens d'Orient qu'on a décoré d'un nom si pompeux dans l'histoire , mais qui ne fut pour les contemporains qu'une époque de calamités sans cesse renaissantes.

La croisade dite quatrième est parfaitement nulle : aucun bon sentiment ne l'a excitée , sinon les supplications d'un vieillard de quatre-vingt-dix ans, le pape Célestin III. Mais le malheureux vicaire de Jésus-Christ trouva Richard découragé, Philippe- Auguste intéressé à agrandir son royaume; et il lui fallut, en désespoir de cause, s'adresser à Henri VI, empereur d'Allemagne , qu'il

(*) Voyez Emad-EddiD, extraits de VÉclair de « Sfrie, Al'-bwrah el-Chami,

avait excommunié un an auparavant. Ce fourbe ambitieux et habile , sous le prétexte d'une croisade , sonpeait à s'em« parer de Pïaples et de la Sicile , ce qu'il fit. De cette façon, il n'v eut, en réalité , qu'une femme fidèle au serment sacré; ce fut Marguerite de Hongrie, sœur de Philippe de France. Pourtant une expédition quitta l'Allemagne, et commit encore la faute de se diviser en deux parties. La première, sous le commandement de l'archevêque de Mayence, vint fort mal à propos rompre la trêve faite avec Saladin. Malgré les observations sensées d'Henri de Champagne, qui , quoiqu'il ne fût roi de Jérusalem

Jue de nom , n'en était pas moins le re- ^ésentant le plus considérable des Chrétiens d'Orient , les Allemands, dans leur orgueilleux entêtement , ne voulurent rien entendre, et commencèrent les hostilités. Il en résulta que Malek-Adhel, successeur de Saladin , réunit ses émirs et leurs contingents; et dès que son armée fut rassemblée , il s'en alfa battre les Allemands dans la montagne de Naplouse.

La seconde partie des forces chrétiennes, sous les ordres des ducs de Saxe et de Brabant, arriva trop tard pour em^ pécher Jaffa de tomber au pouvoir des Musulmans. Aussi, après diverses alternatives militaires, dont .aucune ne pouvait être définitive , la discorde , l'envie, la haine, séparèrent les Chrétiens d'Asiedes croisés, et neutralisèrent leurs efforts divergents. Les Allemands ne combattaient que pour l'or que leur faisait distribuer Henri VI : une fois que ce dernier eut atteint son but, tout européen et tout temporel, sa main si prodigue se ferma , et sçs soldats se débandèrent, ne laissant sur les rivages de Syrie que des cadavres, des ennemis; et les Chrétiens d'Orient plus chétifs que jamais.

Si les Sjnriens durent se considérer , après le départ des Allemands, comme d autant plus malheureux crue la rupture qu'on avait opérée si maladroitement de la trêve conclue avec Saladin faisait mal présager de celle de trois ans qu'avait accordée Malek-Adhel, ils conçurent cependant quelque espoir, lors de Télévation d'Innocent Illau trône pontifical. Ce pape, aussi éclairé qu'énergique, fit, en

L'UNIVERS

effet, prêcher une nouvelle croisade tout aussi bien en Allemagne , en France, eo Angleterre qu'en Italie. Aussi ardent dans sa volouté que dans son exécution, il résolut le premier de donner Texempie des sacrifices à faire : ne pouvant pas marcher comme soldat, il voulut contribuer à la guerre sainte par Tachât des subsistances et des armes. £a con*

auence il ordonna qu'on fondit sa vaise d'or et d'argent , déclarant qu'il ne se servirait , pendant toute la durée de la croisade, que de vases de bois et d'argile (*).

Mais l'état agité de i'Ëui^ope, ses dissopsions intérieures , ses guerres interminables entre princes , c'étaient là des obstacles qu'il était bieu difficile à Innocent Itl de surmonter. Aussi , malgré tous ses efforts, n'aurait-il pas pu mettre en branle une nouvelle armée de la croix , si un second Pierrre TErraite ou plutôt un second saint Bernard n'avait surgi tout à coup à Neuilly sur Marne. Foulque, le simple curé, vint en aide au souverain pontife: il s'en alla prêcher la croisade par monts et par vaux ainsi que ses prédécesseurs. Ayant appris ^u'un grand tournoi devait avoir lieu à la cour de Thibault IV , comte de Champagne, il y apparut tout à coup, fit honte aux chevaliers réunis de leurs joutes inutiles , de leurs jeux improductifs, et par ses paroles éloquentes , de gens de plaisir il fît des gens de guerre ^ de chevaliers en liesse il fit d'austères croisés. Puis, passant en Flandre, il augmenta de Jour en jour iê noyau de son expédition sainte, si bien qu'ai) commencement de l'an 1202 une nouvelle armée se trouva prête à partir pour la Syrie.

Malheureusement les chefs de cette ^rmée de Flamands et de Champenois , dans le louable but d'éviter les dangers et surtout les lenteurs des expéditions précédentes, résolurent de se rendre par mer en terre sainte. Or, il fallait des vaisseaux , et les Vénitiens étaient seuls capables d'en fournir. Ceux-ci , toujours intéressés , demandèr^t 86,000 marcs d'argent pour transporter les croisée en Syrie. Les croisés ne purent réunir cette

{") Voyta Mwratofl «t BieUiize, rie étlmmoçent III.

énorme somme, et Fadioit doffe Dan-

dolo proposa aux naïfs Flamanas de lui prendre la viHe de Zara comme appoint de la location ou'il leur faisait. Première déviation de la croisade, qui fiit bientôt suivie d'une autre beaucoup plus considérable. De Zara on se dirigea sur Constantinople. On voulait rétablir un certain Alexis sur le trône bvzantin; on fit le siège de la capitale de l'empire, on la prit , on la saccagea ; on y établit un prince flamand, et les pauvres Chrétiens aOrient attendirent en vain le secours qui leur avait été si fastueusemeut annoncé. Les croisés avaient rencontré çn chemin ce qu'ils voulaient, des combats, des pillages, des massacres, de l'or à voler, des femmes à violer , des vins à boire : que leur importaient les souffrances de leurs frères en Jésus-Christ et la défaite de la croix !

A coup sûr, entre les plus honteuses expéditions guerrières cette cinquième croisade est la plus honteuse. £lle est aussi i^oble que stupide : ce sont des aventuriers ridicules exploités par des usuriers avides, des chevaliers féodaux de la plus basse espèce qui se mettent aux gages de la riche et avare Venise. Puis tromperie sur tromperie , corsaire à corsaire : le jeune Alexis cherche à berner les croises qui lui ont rendu son trône à des conditions trop dures : c'est un débiteur qui ne veut pas payer la dette énorme que sa détresse seul lui a fait consentir. Enfin, survient un intrigant sans courage et sans génie, Mourzoufle, qui ne sait que commettre crime sur crime, perfidie sur {perfidie. Les excès des croisés avaient été tels à Constantinople , qu'Innocent III leur en fit honte. Pourtant il confirma l'élévation de Baudouin, comte de Flandre, au trône byzantin. Ce dernier ne fut pas longtemps tranquille : on se souleva contre sou usurpation en Thrace; les Grecs s'allièrent contre lui avec les Bulgares, battirent la lourde cavalerie flamande devant Andrinople,ets'emparèrent du nouvel empereur. Son frère, Henri de Hainault, vinttroptard àsonsecours, mais assez tôt pour régner dix ans (*).

Durant ces épisodes de conquêtes toutes temporelles, les soldats de la foi

n Voyez Nioftas GboDiateet TUMuurdooiBi

SYRIE MODERKE.

ffOu£fraiait en Syrie de la famine 9 de la peste etdes tremblements déterre. Cette dernière calamité frappa .particulièrement Damas, Tyr, PtolemaiSy Tripoli et Kaplouse. Mais comme si la farear des éléments n'eût pas été suffisante à la destruction des races syriennes, la fiireur des hommes vint s'y joindre. Les Hospitaliers et les Templiers , ces soldats moines créés pour secourir Thumanité, ne servaient plus qu'à la persécuter. Ces deux ordres religieux , dans le délire de la jalousie , se combattirent avec autant de rage qu'ils en auraient pu montrer contre les Musulmans , et portèrent par toutes les possessions chrétiennes le fer et le feu. Dans cette anarchie générale l'ombre même d'un pouvoir centrai vint à manquer : Amaury mort, on fut obligé de s'adreser au roi de France pour lui trouver un successeur. Jean de Brîenne fut choisi par Philippe-Auguste; mais le malheureux prince ne put trouver dans toute l'Europe que trois cents chevaliers pour lui faire cortège, et il n'arriva en Syrie que pour voir toutes ses forteresses tomoer les unes après les autres au pouvoir de Malek-Adnel , et son triste royaume bientôt réduit à la seule ville de Ptolémaîs.

SIXliMB CBOISADI.

Ja mais la chrétienté n'avait été aussi bas en Orient. Elle tendit encore une fois ses mains suppliantes vers l'Europe; mais l'Europe se consumait au feu sinistre des passions royales, et Innocent III mourut avant (ravoir pu envoyer l'aumône d'un soldat àses fils d'Orient. Que dire encore! Honoré III ne put faire partir pour la Palestine que quelques Allemands et ouelques Hongrois, sous lesordres d'Anaré II. Celui-ci , après quelques inutiles excursions sur les rives du Jourdain et contre le mont Thabor , s'en retourna découragé. Pour le remplacer vinrent à la suite les uns des autres des Français, des Italiens, de nouveaux Allemands, vainqueurs des Maures en Portugal : et la Terre Sainte devint encore une fois le champ-clos de soldats amoureux des batailles, qui guerroyaient beaucoup plus par intérêt que par religion. En 1218 la mort de Malek-Adhel sembla devoir rendre quelque espoir aux Chrétiens. Cette mort pourtant, loin de leur

profiler, les autorii^a à s'endormir. C'était d'une part une apathie coupable chez les Syriens; c'était d'autre part une perpétuelle promenade de croisés nouveaux et un prompt départ de ceux qui avaient une fois touché la Palestine , cette terre de larmes et de misères étemelles.

Enfin le prélat Pelage arriva. Loin de s'occuper de Jérusalem, on assiégeait Damiette. Cette ville fut prise au bout de seize mois de siège. Une fois là l'ardent Pelage voulut pousser jusqu'au Kaire. Jean de Brienne s^y opposa; mais, pour le malheur de la croisade, le légat du pape l'emporta sur le roi de Jérusalem. Les croisés , en ef^t , furent d'abord arrêtés dans leur marche en Egypte par de noirs Éthiopiens , sorte de bêtes fauves qui les attaquaient avec furie , et qui se succédaient innombrables sous leurs conps. Puis la nature vint encore au secours de la contrée enyahie : le Nil déborda; et son inondation subite emporta dans ses ondes bouillonnantes des bataillons entiers. Dans cette extrémité Torguei lieux Pelage fut obligé, pour sauver le reste de son armée, de traiter avec son ennemi le sultan Malek-Khamel, et de uroFiiettre d'abandonner Damiette et de se retirer à Ptolémaîs. Ainsi toujours les mêmes fautes : du courage dépensé en pure perte, une arrogance ridicule au moindre succès, un désespoir insurmontable au moindre échec. En somme, que voyonsnous sans cesse chez les croisés d'Europe? Orgueil, présomption, et profonde indifférence pour le sort des Cnrétiens d'Orient : tant qu'ils sont victorieux , les croisés vont en avant pour Eiller ; quand ils sont vaincus, ils se remarquent au plus vite, et abandonnent leurs frères sans aucun scrupule (*).

Cependant la politique de l'Europe était en pleine contradiction avec ses mœurs actuelles et tous ses antécédents. Innocent 111, malgré ses talents, n'avait pas peu contribué à confusionner les esprits. En effet, après avoir ordonné la cruelle croisade contre les Albigeois, il en vint plus tard à blâmer ouvertement la barbarie de Simon de Montfort et son ambition de bourreau. D'un autre côté,

i*) Voyez le continaateur de GoillauiDe de Tyr, et Ibn-DJouzi ainsi qulbn-Fératz.

L'UNIVERS

il soutint la maison de Souabe contre Othon de Brunswick , et se fit gibelin, quand tous ses prédécesseurs avaient été guelfes. Puis, il semble tout à coup renoncer à soutenir les libertés religieuses et municipales, ce qui pourtant était le beau rôle : il annule la grande Charte anglaise, arrachée au roi Jean ; il blâme rarche?éque de Ganterbury d*étre ailé trop loin contre son prince temporel.

£n.un mot il veut concilier les préten* tions et n*allume que les haines ; il cherche à modérer les hommes, et ne parvient qu'à les irriter de plus en plus. Ses successeurs à la chaire de Saint-Pierre tombent dans les mêmes errements. Grégoire IX se fait tour à tour l'ami et Tennemi de FrédéricIId' Allemagne : tantôt ill'appelle son très-cher fils et le nomme chef de la croisade ; tantôt il lance contre lui toutes les foudres du Vatican. Cette incohérence dans l'esprit des chefs sacerdotaux et militaires fit le plus grand tort, au commencement du treizième siècle, à la foi religieuse. Les uns Tabandonnèrent presque; les autres devinrent plus fanatiquesque jamais. Le plus grand exemple de cette folie générale eut lieu durant la sixième croisade.

Frédéric II, quoique d'une petite taille, d'une vue myope, d'une tête étroite, était un prince d'énergie et de talent. Parmi les accroissements divers de sa fortune, il ne dédaigna pas de se laisser appeler au trône de Jésusalem. Mais au moment de partir pour sa nouvelle conquête, le pape l'excommunia, et son armée de croisés sedissipa sous ses yeux. Cependant Malek-Khamel , inquiété par Tambltion de ses compétiteurs au trône d'Orient, et ayant appris par la renommée la puissance et Taudace de l'empereur germain, songea à se séparer le monde avec lui. Il envoya donc aes ambassadeurs à Frédéric II , lui proposant une alliance ; et pour la cimenter , promettant de lui rendre Bethléem et Jérusalem, à la fois le berceau et le tombeau du Christ. L'offre était engageante ; et Frédéric II partit en réclamer l'exécution. Mais voilà bien la déraison la plus ridicule et la plus funeste qu'on vît jamais! Sous le prétexte que Frédéric II était excommunié, les Chrétiens d'Orient refusent d'entrer avec lui à Jérusalem, et d'en prendre possession. Fré-

déric II est obligé de pénétrer avec ses seuls barons dans le saint sépulcre , de placer lui-même sur sa tête la couronnede Jérusalem, et de faire couvrir les imprécations du peuple par les acclamations de ses courtisans. A Ptolémaîs la réception qu'on lui fit fut encore plus déplorable : les prêtres avaient fulminé l'interdit sur la ville tant que l'empereur y séjournerait ; les statues des saints étaient voilées , les autels dénudés , les croix renversées; on ne chantait plus, on ne sonnait plus, les prêtres disaient la messe à voix basse et portes closes ; et, ce qui était pis encore, les morts étaient emportés de leur demeure sans cérémonie et sans prières, et ensevelis dans des terres non consacrées. Force fut à Frédéric II de quitter cette plage qui le maudissait, et dont les habitants étaient assez stupides pour ne pas accepter le bien qu'il leur offrait (*)•

Après Frédéric II l'excommunié, mais le triomphateur, vinrent tour à tour Thibaut de Navarre, poëte béni, mais prince battu; et Henri III d'Angleterre, petit-fils de Richard Cœur-de-Lion, servi d'abord parla renommée de son ancêtre, mais incapable d'y rien ajouter. Ces deux derniers princes ne firent que des tentatives sans résultats, et s'en retournèrent en Europe, l'un, l'Anglais, n'ayant abouti qu'à rendre les honneurs de la sépulture aux morts que l'autre, le I9avarrais, avaient laissés sur le champ de bataille de Gaza. En résumé, cette sixième croisade n'est pas en réalité une expédition unique, ayant un but déterminé, une armée homogène « des chefs avec un plan , des soldats avec une discipline; c'est plutôt une procession de chevaliers, et , pour ainsi dire , une promenade militaire de croisés amateurs.

Elle ne produisit absolument rien que rhabitude du mépris des traités , qu'on rompait ou qu'on signait au caprice de chacun,' et par là elle amena à la Palestine une nouvelle cause de décadence, et fit plus inconsistante que jamais la destinée des Chrétiens d'orient.

(*) Voyez Jean YiUani, Histoire de Ftorenect et FraDçois Pipio, Chronique de F, P,

LBS TÀTARS-MOGOLS ET LES KHA.* BISMIENS.

Comme s'il ne suffisait pas de Tan* tagonisme des Chrétiens et des Musulmans pour ruiner la Syrie, de nouveaux ennemis vinrent encore s'abattre sur elle, et Pachever. l^Nord, si prodigue de races innombrables et barbares, après avoir fourni les Scythes contre Teinpire erep, les Huns contre Tempire romain, les Abares contre Fempire byzantin, réservait d'autres masses plus terribles enoorecontre TRuropeet l'Asie au moyen âge. Descendus des plateaux glacés de la Sibérie, les Tatars-Mogols, en s'acheminaut instinctivement vers le Midi , grossirent leurs hordes errantes jusqu'à en former des masses de quinze cent mille âmes. Ce n'était pas une armée , c'était une nation émigrante , le fer et la torche à la main. Composés de tribus féroces de toutes espèces, montés sur des chevaux aussi infatigables qu'eux-mêmes, tratnant à leur suite, sur de grossiers chariots, leurs femmes, leurs enfants et leurs vieillards , vivant au besoin du lait de leurs chamelles, armés d'arcs énormes et de flèches empoisonnées, sans liens sociaux, sans patrie, sobres et intrépides à la fois, les Tatars- Mogols devinrent la terreur de toute les contrées qu'ils traversèrent. Un siècle durant ils se contentèrent d'envahir, de ravager, de décimer la Chine, et d'en troubler pour longtem|Js l'immémoriale civilisation. Mais tout à coup à ces bandes indisciplinées, àceschefs envieux les uns des autres, il arriva un mattre puissant , Gengiskan ( Djenghuis-Khan , le roi des rois).

Enfanté , selon la superstition de son pays , par un rayon du soleil , venu au monde avec du sang caillé dans une main , présage sinistre , signe de fléau de Dieu, Gengiskan dès l'âge de quatorze ans accumulait les prodiges de valeur, et se faisait élire chef de la tribu des Karaltes. Avec elle il ravageait une dernière fois la Chine; et, revenu vainqueur et couvert de butin de cette terrible expédition , il se déclarait maître du monde , prétendait que ce titre suprême lui avait été apporté du ciel par un prophète, monté sur un cheval olanc; et grâce au prestige de

sa force indomptable , de ses exploits nombreux et de son audacieuse imposture, il agglomérait autour de lui des myriades mfinies de cavaliers. Son immense armée se précipita comme une trombe de fer sur l'empire des Kharismiens. Mohammed, sultan du Kharisme, malgré ses cinq cent mille combattants, dut céder devant ce cataclysme humain. Puis les Tatars, victorieux, se répandirent de la mer Caspienne à la ' mer Noire, pénétrèrent de la en Russie, en Pologne, en Hongrie, et jusqu'en Bohême. L'Europe s'épouvanta à leur approche; on les redoutait en Frise et en Danemark aussi bien qu'à Rome ; on croyait à tout instant et partout voir apparaître aux différents horizons la poussière de leurs chevaux à tous crins , et par-dessus le poitrail de ces bêtes échevelées les têtes jaunes et monstrueuses de leurs maîtres (*).

Cependant les Kharismiens, refoulés par leurs vainqueurs, se précipitèrent comme des fous et des anamés sur la Mésopotamie et la Syrie. Dans leur délire farouche ils semblaient vouloir se venger sur les malheureuses populations chrétiennes de la défaite qui les avait privés de leur empire. Leur avant-^arde était composée de durs soldats qui portaient à leur lance les chevelures de leurs victimes. Dans leur rage ils immolaient aussi bien les Chrétiens que les Musulmans. En cette calamité générale les peuples de Syrie oublièrent leur rivalité religieuse , et s'unirent pour combattre l'ennemi commun. Lès soldats du Christ et ceux de Mahomet, malsré leurs efforts égaux , ne purent empêcher les Kharismiens d'entrer à Jérusalem, d'y mettre tout à feu et à sang, et de massacrer les femmes, les enfants et les vieillards réfugiés dans l'église du Saint-Sépulcre.

Pour venger cette abomination , Chrétiens et Musulmans se réunirent de nouveau, luttèrent deux jours contre les Kharismiens ; mais ils ne purent résister à la foueue de leurs ennemis : les Musulmans battirent en retraite sur Damas ; et les Chrétiens furent à tel point décimés, qu'il ne revint à Ptolémaîs que trente-trois Templiers, vingt-six Hospi-

(*) Voyez Aljel Rémiuat, Becherche$ nar kt Tarlares, et de Guignes, HûUnrt detHuru,

L'UNIVERS

taliers et trois chevaliers Teutonigues.

Pour cette fois c'en était fait définitivement des possessions chrétiennes en Orient, si Dieu ne leur avait envoyé un saint pour retarder leur défaite, Louis IX de France.

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