ADMINISTBATIONDE SELEUCUS; OH* GÀNISATION DES PROVINCES DE SON
BOYÀUME. — Séleucus comprenant le danger de laisser entre les mains d'un seul homme une vaste étendue de pays, morcela les anciennes satrapies en petits gouvernements particuliers. Son empire, qui ne formait guère plus de douze Srovinces au temps d'Alexandre, fut ivisé en soixante-douze satrapies C**), La Syrie proprement dite fut subdivisée en huit districts et peut-être même davantage. Il y en avait guatre au nord : ceux de Séleucie, d'Antioche, d'Apamée et de Laodicée; la Gœlésyrie en comprenait quatre autres.
Dans toutes les provinces assez éten* dues, le roi plaçait auprès du gouverneur des méridarques chargés de contenir son ambition.
Le pouvoir militaire était presque toujours séparé du gouvernement civil.
Ainsi, à côté de Téparque, se trouvait le stratège. Cependant, il paraît que dans les provincesles plus orientales les deux pouvoirs étaient réunis dans une seule main. Au temps de Polybe, les deux dénominations de stratège et d'éparque semblent avoir perdu leur signification distincte. Le caractère du règne de Séleucus , c'est le soin de fonder des villes nou«
(*) Àrgo9 (ffogiens faUili In tempère pcrfei }
Argos cam fucrii, tuac sorlem mortii obibiy.
{**) AppieD. — JusUd, XVIL 12. — HejniiOB||| JSxcerpta apad Phot. 9. — Pausaii.,in Attic, p. 18. — Oros. m, 23. - Polyeo, 49. — Straboo ,
Xni, p. 629.
(•**) Appieu, Syr.,ei.
velles et de répafidre sur tods left pômts le commerce et la richesse. Un hameau, Botzia , consacré à de glorieux destins, devient la grande Antioche, sous les auspices d^une jeune fille immolée (*).
Cette ville, construite par Tardiitecte Xenacus, prit un si rapide accroissement, qu'au bout de trente années le roi Ten* ierma d'une cdnture de murailles (**).
Séleucie, sur le T»gre, et Ctéstphon rf eurent pas une destinée moins brillante qu'Antiocfae. Toutes ces villes, dans la Syrie comme dans l'Asie Mineure, par une imitation des constitutions des cités grecques , obtinrent des droits politiques. A pâmée et d'autres places reçurent même une certaine organisation militaire. Un acrophylax veillait à la police intérieure.
Partout en Syrie et dans la haute Asie, on trouve, après la mort de Séleucus, dans les dénominations géogra- | phiques , une foule de mots grecs qui attestent la profonde influence de la civilisation hellénique dans ces contrées.
La Cyrrhestigue se distingue entre toutes les autres par ses établissements macédoniens. CTest dans cette provio- • ce que s'arrêtèrent les compagnons de Séleucus. Le roi , en fondant des villes et des places fortes, ne négligeait aucun moven de faciliter les communications, d'établir des marchés et des entrepôts de commerce dans les lieux encore déserts , mais propres par leur situation à devenir des centres de population; toutefois il ne songea point à encoiirager les sciences et les arts. Le mouvement intellectuel ne fut pas secondé par les Séleucides. A la vérité , Antiochus ill rassembla une bibliothèqiae à Antioche; il y en avait une autre à Ninive. An* tiodius VI donna aussi un musée à la ca^ pitale; mais ce n'était là gu*une imitation sans grandemr des institutions des Lagides. Les Séleucides paraissent s'être occupés surtout de la pompe et de l9 dignité extérieure. On ne connaît pas l'organisation de leur cour; mais on sait
{*) Le ïojain (M du mo!s d'artemisias) 299.
(**) Une tradition orfeolale rapporte à Anttoehos kl gMK d'avoir l^idé AiSlidcbe. Ge fut, ait -elle, pour accooiplir un voeu. Accabié par me perpétuelle ingomnie, il promit de I)atif oéttf ville, si testfteox loiMBâftiest le«ofnineU.
STaiË ÀliCIEt^NE.
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do moins qu'ils s'entouraient de Jeun€9 gardes (iratStç acofAATc^ûXoxtç) (*).
ÀNTIOCWS SOTBB; $£»(ÏI]]SB|ISS COflf- TfiE Pttl|«ADELPaB, Z1F0ITS8» NICO- MÈDE ET AfilTIGONE ; IL C0MB4T LES
GiLULOi^. •— A ntiochus avait à venger gph père assassiné; à faire valoir les droits de Séleuetts « dont il avait hérité sur Ja Macédoine et la Tbraoe;en&Ji, à consolider sa doniïinatioa dans Tisie Mineure.
Les villes de cette contrée se soulevèrent contre la domination syrienne , comipe elles s'étaient déclarées peu de temps auparavant contre Lysimaîque ; elles voulaient se rendre indépendantes. Héraciée, Byzance , Chalcédoine, se placèrent à la tate de la confédération ; elleseurent pour allies Zipoitès et^icomède son fils, rois de Bithyniei Mitbridate, roi du Pont, et Ftolémée Ceraunus. Antioebus envoya Pâtrode pour ramener à l'obéissance leshabitapts d'Béraclée ; mais son armée fut arrêtée dans sa marche par le vieux Zipoitès , et complètement détruite (**) (279 ) . Dans le mémemoment « Ptolémée Philadelpbe aitaquait la Syrie par le sud« Il rappelait d'anciens traités, conclus eor tre son père et Séleucus, et réclamait Damas et son territoire. Secondé par les Juifs , il s'empara facilement de & ville. Moins heureux que son frère , Ceraunus avait sucombé dans um guerre contre les Gaulois; sa mort ne rendit poiat à Antioehus laMacédoineetlaThrace. àatigone prétendait, comme le m de Syrie, à la possession 4es proviocee d'Europe, llbattit lallotUde son compétiteur C^S), et s'empara ée la Macédoine. Mais les incursioM des GaukMi rendiaieot la po^ sition de tous les priaees également précaire : elles mrmt fin à toutes les divigions. Antioehus signa la paix avec Nicomède. Une année ayrieone avait passé le Taunis et marché contre Zipoitès, mais die se oontenta d'ohserver Teor nemi. Un traité futeovcki avec Aniigone. Antioehus lui donna en mariage sa sœur Fbila , elle de Stratoniee < ***){i7b ). Les Gaulois avaient dévasté toute l'Ar
' (*) Voy. htoffieOf i. U, p. M et «ulv. -^ maU UsiTlm, Biographie universelle, t. XU, p. 5lf et suiv. - Polybe , liv. IV et V. - Josephe, XIÎ, 5.
C*) Dwysen, t. il, p. 179, r79, SS9 «t snlv., résume ces faits avec une grande clarté.
(•**) Suidas (s. v. 'ApaTo;) dit à tort que Phila éUit tille d'Antipater. Yoy. Plut., Oém., Si.
sie Mineure; ils allaient peut-âtre se jeter sur la Syrie. Antiqchus les prévint, et oommença la guerre, pour leur fermer ses États. Les barbares avaient sur lesSyriens l'avantage du nombre; leur centre formait une piialange compacte, épaisse de vingt-quatre rangs. Sur la première ligne, tous portaient la cuirasse de fer.
Vingt mille cavaliers se mirent sur les ailes. Quatre-vingts chariots, armés de faux, traînés chacun par quatre efaevaux, et un nombre double de chars de guerre à deux chevaux garnissaient le front de bataille. Antioehus n'avait qu'une faible armée, composée presque enttèrementde peltasteset de soldats armés à la légère. Il voulut parlementer; mais Théodote de Ehodes lui. montra tout le parti que les Syriens pouvaient tirer de leurs seize éléphants. L'ombre d'Alexandre ap^* rut au roi , la veille de la bataille. Plems de confiance dans ce présage , les Syriens commencèrent l'attaque; leurs éléphants , dirigés contre la cavalerie ennemie , la mirent en déroute ; les ehevaux^ 4^irayés, rompirent les rangs de la redoutable phalange du centre. Les bar« bares furent tous pris ou tués. Les Syriens, enivrés de leur victoire, entourèrent Antioehus avec des cris de triomphe. Mais le roi, loin de partager cet enthousiasme, s'éeriâ : « Rougissons plut^, car nous devons notre salut à seize éléphants.»Le8 médailles destinées à eoivserrer le souvenir de cette journée portaient, au lieu d'inscription, l'image d'un éléphant. » Antioehus reçut le titre de Soter et celui d'Apollon sauveur. On jrott sur quelques médailles : Ivri^x^u ,
knAX^voc Zwr^^eç (*).
Peur justifier radmirattondesS^riens, Antioehus essaya de réduire les villes de la Cœlésyrie^ enlevées par le roi d'Egypte après la mort de Séleucus. Il s'allia avee Magas^ roi de Cyrène , ennemi de Pto* lémée Philadelphie (^), et chassa les Égyptiens de Damas. Mais Ptolémée vint avec sa flotte ravager toute la côte de Syrie et d'Asie Mineure (269). Après la mort de Philetère, fondateur du royaume de Pergame , Antioehus se jeta
(*) Droysen , ibid., p. 232, 233. — Frœlich , Ann. Seleucid. p. 25. — Mionnet, sapp., VlU, p. 0, n. 48, et p. il,n. 56.
(**) Champoilioci, p. 4U.— Oroyaen, p. 242 et saiT. - yoy, aussi RolUa, t YII, p. 182.
LtJNIVERS.
dans une nouveUe guerre. Il disputa à Eumène Théritagede son oncle. Mais H trouva une vigoureuse résistance. Vaincu près d'Éphèse, il mourut dans cette ville, a soixante-quatre ans, et livra ses sujets à TinvaSion étrangère ( 262 ou 261 ).
ANTiocHUS II THÉos. — Antiochus Tliéos dégénéra de son père et de son aïeul. Il aimait le vin à Texcès, et traitait dans l'ivresse la plus grande partie des affaires. Bientôt il abandonna le fardeau du gouvernement à deux frères , Aristus et Thémison {*). L'infâme amitié qui liait le roi à ces favoris leur donna une autorisé sans partage. Thémison paraissait dans les cerém(Aiies religieuses couvert d'une peau de lion, avQc Tare et la massue, attributs d'Hercule, dont il prenait le nom, et il obligeait le peuple de sacrifier à sa divinité.
Au reste^ Thémison était peut-être de race royale. Cypre eut un roi qui porta le même nom. Plus tard les Lagides, par la conquête de cette !ie , dépouillèrent du pouvoir royal la race de Thémison. Ces rapprochements font penser à M. Droysen que les deux frères étaient les petitsfils du roi Thémison , à qui Aristote dédia Tun de ses ouvrages, et qu'ils vinrent à la cour de Syrie, dans l'espoir de trouver auprès d\4ntiochus les moyens de reconquérir l'héritage paternel (**).
Abandonnée aux mains de ces deux hommes, la Syrie déchut de sa grandeur. La paix conclue avec la Macédoine , sous le règne précédent , fut raffermie sous Antiochus II par une alliance de famille. Stratonice, sœur du roi de Syrie, épousa le fils d'Antigone (***). LeroideBithynie, iNicomède, venait de mourir (2G4). Il avait laissé aux rois Philadelphe et Antigone le soin de protéger son fils aîné contre les prétentions deZielas , né d'un second mariage. Comme J?îicomède l'avait prévu, une guerre- civile éclata après sa mort. La victoire resta à Zielas. Antiochus laissa les Égyptiens , ses ennemis , profiter seuls des troubles de la Bithynie. Ainsi la Syrie devenait de jour en jour plus étrangère aux affaires
(* « Athénée, VII , p. 2«9 ; X , p. 438. - iEllen, rar.hist,\\, iï, (**) Droysen, t. U, p. 281 et 282.
(***) Eusèb. Arm , i, p. 345.
de l'Asie Mineure. Cependant, Antiochus chercha à reprendre sur le Bosphore l'autorité que son aïeul Séleucus y avait autrefois exercée (262-2^8). Il jéquipa une flotte pour attaquer Byzance. Cette ville importante par sa situation et bien fortifiée, avait dans ses murs une population amollie par les plaisirs et la débauche. Antiochus entreprit le siège; mais la vue des ennemis campés autour des murailles n'effraya pas les habitants. On avait peine à les retenir sur les remparts ; dès que les chefs s'éloignaient, les soldats quittaient leurs postes pour se livrer à tous les exoès du vin. C'en était fait de Byzance, si les habitants d'Héraclée n'étaient point arrivés avec un secours de quarante trirèmes. Les Syriens se retirèrent devant ce nouvel ennemi, et détournèrent leurs armes contre la Thrace. Cette contrée, après la bataille de Couropédion , était tombée, avec les autres provinces de Lysimaque, au pouvoir de Séleueus Nicator. Indépenaante depuis la mort de ce roi, elle s'était défendue assez heureusement contre les Gaulois. Après le siège de Byzance , Antiochus se présenta devant Cypsela , et entra dans cette ville comme un ami et un allié. Il menait à s? suite une foule de seigneurs thraces.
Ces nobles, qui avaient fait partie de l'ex-
Î sédition contre Byzance, se revêtirent de eurs plus riches habits, et se chargèrent de chaînes d'or et d'argent; ce brillant tïortége, conduit par Dromichaïtes, s'avança vers Cypsela. Les habitants reconnurent leurs concitoyens; et, les voyant paraître dans un si pompeux appareil , ils conçurent une haute idée de la générosité 'd'Antiochus. Ils ouvrirent avec joie les portes de Cvpsela.
Les autres villes grecques des cotes de Thrace, Lysimachia, Ainos, Maroneia, peut-être même Périnthe , suivirent cet exemple. Tout le pays, jusqu'au terri* toire de Byzance et aux frontières de la Macédoine, reconnut momentanément le pouvoir d'Antiochus (*).
Des malheurs accumulés au delà de l'Ëuphrate et dans les guerres contre les Égyptiens effacèrent les succès obtenus en Europe. Toutefois, cette heureuse expédition de Thrace encouragea peut-
{*) Broya^n, t. H, p. 281 èi 288.
être Àntiocbns , comme parait le supposer M. Droysen , à ramener sous soq obéissance les portions de la Palestine et de la Phénicie alors soumises à Ptolé- Riée Philadelphe. Nous n*avons presque aucun détail sur les événements de cette jiuerre. Le fait le pins important -lue l'on en connaisse, c'est la révolution le Milet Tiinarque, oppresseur de l'antique capitale de l'Ionie, avait pour alliés les Égyptiens. Mais le peuple, secondé par le roi de Syrie , secoua le joug. La reconnaissance des Milésiens affranchis décerna à Antiochus le titre de Dieu (Oto;). Mais, tandis qu'il triomphait des amis de l'Egypte en Asie Mineure, il laissait la Cœlésyrie sans défense. Il reçut la paix 4f s Égyptiens, sous la condition d épouser la princesse Bérénice , et de donner la couronne, après sa mort, aux enfants de ce second mariage.
MOBT d'ANTIOCHUS THÉOS; INVA- SIONS SGYPTIBNNBS ; GUBBBB ENTBB LES FILS D'àNTIOGHUS. — AutlochuS
épousa la fille de Philadelphe; mais il voulut faireoublier la victoire des Égyptiens par des conquêtes en Asie Mineure. Il partit , laissant à Antioche Bérénice et l'enfant à qui cette reine venait de donner le jour. Dès que le roi Antiochus se fut, par son départ, soustrait à Tinfluence de sa nouvelle épouse , son ancien amour pour Laodice, alors proscrite et malheureuse , se réveilla avec plus de force, et il rappela la fille d'Ach%us. Laodice accourut auprès d ^Antiochus, avec des projets de vengeance : elle craignait une nouvelle disgrâce.
Pour éviter cet outrage, elle résolut de tuer le roi. Antiochus fut empoisonné à Sardes, ou dans une ville voisine (*). 4 son lit de mort, il désigna pour son successeur son fils Séleucus. Selon des récits différents, Laodice, mère de ce jeune prince, aurait eu recours à un artifice pour assurer la couronne à son fils. On raconte que pour cacher la mort d' Antiochus, elle plaça sur la couche royale un homme dont la figure trompa tous les yeux. Cet homme, nommé Artemon (**), prit la voix d'un mourant, et
(*) La tcadacUon arméoieone d*Easèbe C I ,
6345 ) fait mourir Antiochus à Ëphèse; mais > . Droysen (t. II , p. -HO) oootfstela vérité de ceUe assprUon.
{**) Plloe (yil, 13) parla d'AHemon oomme
reconnut pour son héritier le jeune Séleucus. Laodice s'empara de 1 autorité.
Elle fit mourir les Egyutiens qui, venus en Syrie avec Bérénice, se trouvaient auprès d' Antiochus, à la mort du roi. Sophron, Tun de ces étrangers, destiné à périr comme les autres , ne dut la vie qu'au dévouement de Danaé,confidentede Laodice. Danaé, fille de Léontion, s'était rendue célèbre par son amitié pour ie philosophe, dont elle était Télève. Victime de son dévouement, cette femme, conduite au lieu du supplice , prononça ces mots : «Gomment le vulgaire ne se plaindrait-il pas de la divinité, qui m'envoie une telle récompense pour avoir sauvé un homme, tandis que Laodice, après la mort de son époux , est environnée d'honneur et de puissance? » A Antioche, Laodice trouva de nombreux ennemis : elle fit assassiner, par un garde, le fils de sa rivale. Bérénice, pour venger son enfant, prend des armes, monte sur un char et poursuit le meurtrier; elle dirige contre lui sa lance mal assurée; saisissant alors une pierre, elle le frappe d'un coup mortel et pousse ses chevaux sur le cadavre. Elle traverse ensuite sans crainte les rangs des soldats pour aller au lieu où elle espère trouver le corps de son fils. Le peuple, admirant le courage de cette mère au désespoir, lui donne une garde de soldats gaulois.
Bérénice reçoit le serment de cette troupe, et, d'après le conseil de son médecin Aristarque, va s'enfermer dans le temple de Daphné. Mais la sainteté du lieu ne la protège pas contre la colère de sa rivale; les partisans de Lapdice la trompent par de fausses promesses, et regorgent dans sa retraite au railieu de ses temmes. Toutes les compagnes de Bérénice ne l'avaient pas suivie a Daphné; plusieurs, restées dans le palais d' Antioche , dirent que leur maîtresse vivait encore, et qu'elle se rétablissait de ses blessures. Pour mieux tromper la multitude, une de ces Egyptiennes, protégée par ie peuple, joua le rôle de Bérénice. Cette nouvelle fut portée en toute hâte à Ptolé* mée Évergète, frère de Bérénice, ^ui venait de succéder en Egypte à son père
d'un homme du peuple; au contraire Yalère Maxime le fait de race royale {régi a sUrpe)^
L'UNIVERS
Plolémée-Phîladelphe. Évergète s'embarqua avec tous les forces dont il Sduvait disposer : il traversa ia Syrie, onnant partout des ordres , au nom de Bérénice et de son flis ; il passa l'Eu-
{)hrate et le Tigre , et s'avança jusqu'à 'Inde s ïns trouver de résistance; les populations et les villes voyaient , sans s'émouvoir, ces guerres de famille. Les historiens modernes ont peut-être exagéré le mouvement excité dans FAsie Mineure par le meurtre de Bérénice.
Mats au moids les villes de Lycie et de Carie, Éphèse, Samos, Cos, reconnurent alors la puissance des Égyptiens, et les autres cités demandèrent la protection de Ptolémée contre la Syrie.
Enfin, le roi d'Egypte M rappelé dans ses États (243) (*); il laissa des garnisons en Syrie et confia le gouvernement à Xantippe. Il donna la Gilicie à Antiochus« fils de Laodice ; ce prince , encore enfant, n'avait pu prendre part au meurtre de Bérénice. L'Asie au delà de l'Eu phrate, restée sans maître, sut profiter des malheurs de l'Orient : de grands royaumes s'y formèrent et consolidèrent leur puissance naissante : la Bactriane, la Drangiane, la Perse, l'Aracosie, et surtout les Parthes, assurèrent leur indépendance. La Syrie , naguère maîtresse de toutes ces contrées, maintenant soumise aux étrangers, paraissait condamnée à ne plus se relever jamais. Cependant le fils aîné du dernierroi,Séleucus, épiait l'occasion de reconquérir le royaume de son père Réfuj^ié en Asie Mineure, il travaillait à rassembler des alliés. Ce fut lui sans doute qui s'adressa au sénat de Rome pour obtenir sinon des secours , au moins Tassentiment du peu»
pie-roi. Séleucus, invoquant d'anciennes traditions , réclamait au nom d'une commune origine l'amitié de la colonie troyenne duLatium(**). Le sénat répondit par une lettre en langue grecque ; il approuvait le dessein de soustraire au joug de l'Egypte la Troade, berceau
(*) Voy. poar les détails et les résultats de rexpédttlonder "-' "" * ■'
i Ptolémée, Champollion, Egypte^
(♦*) Suétone, Claud.^ 26. Il est évident pour M. Droysen que c'est h ce Séleucus , et Don à son lits, qu'il faut rapporter la tentative faite auprès du sénat romain. - Ilion n'appartenait dâà plus aux Séleucldes vers le règne cte Séleucus Céraunus. Toy. Polyb., liv. Y» 6.
des fondateurs de la puissance romaitie. Séleucus avait en Asie des alliés plus utiles que les Romains. Sa soeur , Stratonice, venait d'épouser le fils aîné du roi de Cappadoce. Quelques villes de l'Asie Mineure , en petit nombre à ia vérité, peut-être Sniyrne, Lemnos, Rhodes , lui avaient fourni une flotte aussitôt après le retour de Ptolémée Évergète en Egypte. Ces vaisseaux avaient à peine quitte le port, qu'ils furent assaillis par une tempête et engloutis dans la mer. Séleucus échappa avec quelques hommes. Ce malheur réveilla rintérét des villes de l'Asie Mineure et des provinces de Syrie. Dans ce royaume, deux villes, depuis la mort d'Antiochus Théos , étalent demeurées constamment fidèles à son fils : Orthosia et Damas. En 242, la Cyrrhesti^ue, la Ghalcidîce, la Piérie et la Séleucide se déclarèrent polir Séleucus. Le jeune prince fonda , la même année , la ville de Callinicus , sur l'Euphrate. Cependant, la Cœlésyrîe, où Xantippe s'était établi, tenaittoujours pour les Egyptiens. Séleucus rassembla une armée et commença la guerre (*). 11 fbt vaincu, et ri'éehappa qu'avec des fatigues Inouïes à la poursuite de l'ennemi. Enfin il traversa rOronteà Antioche sur un pont de bateaujt. Pour réparer ses désastres , il écrivit aussitôt à son frère Antiochus, lui offrant, en échange de quelques secours, la souveMineté de l'Asie Mineure. Antiochus accepta cette proposition. Smyrne et Magnésie donnèrent alors une preuve Singulière deleur attachement aux Séleùcides.-Ces deux villes se liguèrent entre elles pour secourir le malheureux roi abandonné.
Ptolémée, voyant Son ennemi soutenu de tous côtés , lui accorda une trêve de dix années. Délivré des Égyptiens, Séleucus voulut disputer à Antiochus les {provinces de l'Asie Mineure. Ce fut là e commencement de la guerre entre les deux frères. L'ainé avait pour lui son grand-père Achaeus, son oncle, Andromaque, dont il épousa ia fille, et lin fils d'Andromaque, qui s'appelait aussi Achseus; le plus jeune, alors âgé de quatorze ans^ était soutenu par Laooice, sa mère, et par un de ses oncles, Alexandre 9 gouverneur de la
(*)JasUn, XXVïI,».
STRIE ANCIENNE
YiHê de S$TAts. Mtfariéate, roi da Pont, beâu-frère de Séleacas et d*Antioeus, avait reça la grande Phiygie en dot. Il se déclara pour Séleucus , dont il n*aTait pas à craindre l'ambition.
Antiocfaus, ne pouvant tirer esses de troupes de la Cliîcie, prit les Gala'»
tes à sa solde ; fl fut rainco dans un premier combat en Ljcfe. Cet échec ne le rebuta point. Une bataille plus im« portante fut livrée dans les plaines (tkntjrt en Gâlafie. Cette fois la chance du combat tourna contre Séleacus; il perdit vingt mille hommes ; le broit courut que lui-même avait été taé. A cette noavelle , Antiochas prit des ha-* bits de deuil , et il donna des marqnes d'une douleur sincère (*)• Ce fat cependant ?ers cette époque qu'il reçut le surnom de ffiérax { épervier ). BeH contemporaine voulurent, par cette épi* thète, éterniser le souvenir de cette lutte fratricide. Séleucus atait foi en Syrie. Il y retrouva Mysta , sa maftresse, que les Rhodiens lui renvoyaient. Cette femme avait été prise à la bft taille d'Aneyre; vendue à des Rhodiens, elle se fit iH)nnattre à ses maîtres. Ceux-ci , alliés de Séleucus, la ramenèrent avec hon* fiear à son amant. Antiochus, depuis sa tictoirp, était tombé dans de nouveaut périls. Les| Gaulois, ses alliés, avaient tenté de Tassassiner; il leur payait un tribut. Eumène, roi de Pergame, avait brmé le dessein de détruire sa puissance naissante. Antiochus, craignant détre attaqué par son frère, au milieu de ces nouveaux embarras, fit la ptàx avec Séleucus vers 399.
Séleucus, tranquille du cflté de l'Asie Mineure, tenta de rétablir son autorité saHesbordsduTîgre. îl entreprît uneex- ; pèditlon contre les Parthes. Ala nouvelle delà bataille d'Ancyre, Arsace, chef de cette nation, s'était jeté sur l'Hvrcanie, et l'avait annexa au pays dés Parthès. Mais craignant les forces de la Syrie, îf fit une ailianee avec le suc^ cesseur de Thèodote, roi de Bactriane.
Séleucus, vâinctt par les fbrces réunies des Bactriens et des Parthes, fut rappelé dans ses États par une révolution soudaine (239 ou 238)^Stratonice, sœur duToi,et femme de Déraétrius, avait sou-
; (*) AIhéa., XIIÎ, p. &93. - Polyeo, VUI, M. -Droysen, 1. 11, 353 el suîv.
levé Atttioehe. Arapproefae de Séleucus elle prit la fiiite, et se retira à Séleucie (*) à fembouchure de TOronte. Mais elle fat prise et mise à mort. Probablement cette sédition avait été excitée par Antiochus Hiérax. Cependant la position de ee prince dans PAsie Mineure était alors précaire. Attale , successeur d'Eumène , venait de remporter sur ses troupes une victoire signalée dans le voisinage de Pergame, et de fonder une dynastie royale. Malgré ses revers, Antiochus tenta de nouveau la fortune; il pilla la Phrygie, qui appartenait à Mithridate, allie de Séleucus. Cette expédition ranima la guerre entre les deux frères. Antiochus avait besoin dualités ; il chercha un appui dans Ziélas, roi de Bithynie, dont il épousa la fille; puis il commença les hostilités. Il e^su^a une première défaite en Mésopotamie.
Poursuivi par les vainqueurs, il se retira dans les montagnes de f Arménie, dont le gouvernement avait été confié à Arsame, son allié. Atteint par Androma*
Îjue et par Achaeus,il fut vaincu, et aissé pour mort. Mais , aussitôt après le combat, il se porta sur une hauteur , et, pendant la nuit, fit occuper, pat des détadieménts , les défilés voisins.
Il se Servit d'une ruse pour tromper les ennemis. Un soldat, envoyé par ses ordres , alla demander à Andromaque le corps du jeune roi , pour lui rendre les derniers iionneurs. Le général de Séleucus répondit qu'on n*avatt pas encore trouvé le cadavre , mais qu'on le cherchait. Andromaque crut qu'une armée sans chef se rendrait h la première sommation ; il envoya dans les montagnes quatre mille hommes pour demander aux soldats d' Antiochus leurs armes et les amener prisonniers. Ce corps s'approcha sans défiance des ennemis ; mais nientôt, assailli par Antiochus en per« sonne, il fut taillé en pièces (235) {**)* Des liens de famille unissaient Autio* chus au roideCapoadoce, Ariamne, son beau-père. Forcé de quitter TArménie , il espérait trouver un refuge en Cappa** doce; mais il courait le danger d'être
(*) Polybe dit que Séleucie Fut sans interrapUon , depuis l'invasion de Piolémée , après la mort de sa sœur Bérénice, au pouvMr dei Lagides; mais il se trompe. Noire opinion est fcelTe de M. Droysen, l. U, 4ii.
C*) Polyen, TV, I6. - Drovsen, t. Il , p. 418.
LnraivERS.
livré à Séieucus ou assas$iné par les Gaulois mercenaires. Il se détermina à fuir un allié d*une foi douteuse. Quoique les troupes de Séieucus épiassent tous ses mouvements , il fut assez heureux pour gagner Magnésie, où se trouvait un poste de troupes égyptiennes.
Il voulut ensuite passer à Ëphèse : il rencontra Fenuemi dans sa route ; mais avec le secours des Égyptiens, il s'empara de son grand-père maternel, Achœus.
Cette partie de rtiistoire des Séleucides est sans contredit très-obscure. Tout porte à croire que la paix n'était point troublée entre la Syrie et TËgypte. Se- * leucus^employa les courts moments de tranquillité de son règne à bâtir de nouveaux quartiers dans Antioche. Il y rassembla des Etoliens, des Ëubéens et des Cretoise*). On ne trouve point de détails sur les aventureuses expéditions qui remplirent la fln du règne d'Antiochus Hiérax. On a mis en doute Thistoirede sa captivité en Egypte (**), Il est certain qu'il combattit quelque temps pour défendre la Lydie contre le roi de Pergame. Perdant enfin Tespoir de rétablir ses affaires, il se décida à chercher un refuge en Thrace. Il fut arrêté dans sa fuite par des Gâtâtes, suivantcertaiasauteurs;suivant d'autres , par des brigands qui le tuèrent (226). Cet Antiochus laissait une fille; nous la verrons plus tard épouser le célèbre Achœus. Séieucus, après la mort de Hiérax, n'osa point taire valoir les droits de sa famille sur TAsie Mineure. Il tourna ses forces contre les Parthes. Il fut vaincu et fait prisonnier. Mais des érudits de notre temps mettent en doute cette expédition {***), Séieucus mourut en 226 (****).
BEGNE DE SÉLEUGUS III ; GUEBBS
EN ASIE MiNEUBE. — Séicucus, appelé communément Céraunus^ mais dont le véritable surnom était Soter, avait une santé faible, un corps délicat et une intelligence peu développée. Pendant son règne les favoris et les ministres acquirent un pouvoir absolu. Leur jalousie causa à la Syrie d'irre-
(*) Strab., XVI, p. 355; éd. Tauchn. — Libanius.t 1, p. 309; éd. Reiske.
('*) f'oy. Droysen, t. II, p 425,
(**") SaiQt-Martio, Biographie universelle. t. XU,p. B20.
{****) Les historiens l'appeUent ordinairement Callinicus et quelquefois Pogon,
inédiaUes maux. Ptdémée, maître de Sé> leucie, menaçait Antioche; et les avantpostes d*Attale, placés sur les versants du Taurus, insultaient la Syrie par leur présence. La guerre était inévitable. Ce tut contre FAsie Mineure que Séieucus tourna ses armes. Il laissa le gouvememeut des pays situésau delà de 1 Ëuphrate à son frère Antiochus , et celui de la Syrie au Carien Hermias. Suivi d*Achaeus, fils d'Andromaque (222) , il traversa le Taurus et pénétra jusqu'en Phrygie. Mais Targent manquait pour payer les troupes; les soldats murmurèrent, et deux de leurs •hefs,NicanoretApaturius,empoisonnèrent le prince. L'armée offrit la couronne à Achaeus : loin de l'accepter, il fit mourir les auteurs du crime et revint en Syrie, oroclamant Antiochus sucesseur de son frère. Cependant Séieucus avait laissé un fils, Antipater, âgé de sept ans; mais il fut écarté du trône.
ANTIOCHUS 111 LE GBAND ; HBBUIAS ; BÉVOLTE DE XOLON; GUEBBE DE GOS-
LSSYBiE. — Antiochus avait à peine quinze ans, lorsque Ëpigène, général envoyé par Achasus, lui porta la nouvelle de la mort de son frère, et des événements qui le faisaient roi (p.
« Dès qu' Antiochus eut pris possession de la couronne , il envoya en Orient deux frères, Molon et Alexandre ; le premier pour gouverner la Médie , et le secoua, la Perse. Achœus fut chargé des provinces de l'Asie Mineure. Ëpigène eut le commandement des troupes qu'il tint auprès de la personne du roi ; et Hermias le Carien fut déclaré son premier ministre comme il l'avait été sous son frère. Achaeus reprit bientôt tout ce qu'Attale avait enlevé à l'empire de Syrie, et l'obligea à se réduire à son royaume de Pergame. Alexandre et Molon, méprisant la jeunesse du roi, ne furent pas plutôt aitermîs dans leurs
Îi;ouvernements, qu'ils ne voulurent plus e reconnaître , et chacun d'eux se ren* dit souverain dans la province qui lui avait été confiée. Les sujets de mécontentement c|u'Hermias leur avait donnés contribuèrent beaucoup à leur révolte.
d Ce ministre était dur. Des plus petites fautes il en faisait des crimes, et les
O No|]s donnons ici le récit de Bollin, qui re» produit fidèlement celui de PoIvIm. Voy. Hiêk anc., t YII, p. 807 et soiv.; Puis, Di(tot, 182^
punissait avec la dernière rigueur. Ce» tait un petit esprit, mais fier, plein de lui-même, attaché à son sentiment, et
L' aurait cru se déshonorer sMI eût aodé ou suivi conseil. Il ne pouvait souffrir que personne partageât avec lui le crédit et l'autorité Tout mérite lui était suspect, ou, pour mieux dire, lui était odieux. Il en voulait surtout à Ëpigène, qui passait pour un des plus habiles capitaines de son temps , et en qui les troupes avaient une entière con* fiance. C'était cette réputation même qui faisait ombrage au ministre, et il ne pouvait dissimuler sa mauvaise volonté à son égard.
< Antiocbus avait assemblé son conseil au sujet de la révolte de Molon, pour savoir ^uel parti il devait prendre , et s'il était nécessaire qu'il marchât lui-même contre ce rebelle, ou s'il devait tourner du côté de la Cœlésyrie pour arrêter les entreprises de Ptolémée. Épi^ène parla le preonier, et dit qu'il n'y avait point de temps à perdre; que le roi devait inces- Nimment se transporter en personne dans l'Orient, afin de profiter des moments et des occasions favorables pour agir contre les révoltés; que, quand il y se» rait, ou Molon n'aurait pas la hardiesse de remuer sous les yeux de son prince et d'une armée, ou, s'il persistait dans son dessein, les peuples touchés de la présence de leui^pnnce, réveillant leur zèle et leur affection pour son service, ne manqueraient pas de le lui livrer bientôt; joaisque Tiroportant était de ne lui point laisser le temps de se fortifier. Hermias ne put s'empêcher de l'interrompre; et, avec un ton d'aigreur et de suffisance, il dit que de faire marclier le roi contre Molon avec si peu de troupes, c'était livrer sa nersonne entre les mains des révoltés. Sa véritable raison était la crainte qu'il avait de courir les risques de cette expédition. Ptolémée était pour lui beau- <^up moins redoutable. On pouvait, sans nen craindre, attaquer un prince qui ne «occupait que de plaisirs. L'avis d'Hernuas 1 emporta. Il fit donner la conduite delaguerrecontre Molon et d'une partie des troupes à Xénon et à Théodote (*);
.J*), Surnommé Hcmiolius, Polvb., Jîv. V. nS .1 géncrauji voulurent prendre la roote lu* ^® **5<**^ « Hamadan. Droysen, t II,
et le roi marcha, avec l'autre partie de l'armée, du côté de la Cœlé^rie.
« En arrivant orès de Zeugma, il trouva Laodice , fille de Mithridate, rot de Pont, qu'on lui amenait pour l'épouser. 11 s'arrêta quelque temps pour célébrer ce mariage, dont la joie fut bientôt troublée par- la nouvelle qu'on reçut d'Orient, que ses généraux, trop faibles pour faire tête a Molon et a Alexandre, qui s'étaient joints , avaient été obligés de se retirer et de les laisser maîtres du champ de bataille. Antiocbus vit alors la faute qu'il avait faite de ne pas suivre l'avis d'Épigène, et voulait abandonner le dessein de la Cœlésyrie, pour aller avec toutes ses forces arrêter cette rébellion^ Hermias persista avec opiniâtreté dans son premier sentiment.
Il crut dire des merveilles en déclarant d'un ton emphatique et sentencieux qu'Û convenait au roi de marcher en personne contre des rois, et d'envoyer ses lieutenants contre des rebelles. I^e roi eut encore la faiblesse de se rendre à l'avis d'klermias... il se contenta d'envoyer un général et des troupes dans l'Orient, «et reprit l'expédition de Cœlésyrie.
« Le général qu'il envoya fut Xénétas* Acliéen , dont la commission portait que les deux généraux lui donneraient leurs troupes, et serviraient sous lui. Xénétas . n'avait jamais commandé en chef, et tout son mérite était d'être ami et créature du ministre. Parvenu à une place à laquelle il n'avaitjamais osé aspirer, il devint fier à l'ésard des autres officiers, et plein d'audace et de témérité à l'égard des ennemis. Le succès fut tel qu'on devait Fattendre d'un si mauvais choix. »
Xénétas réclama les secours de Dio-
{;ène et de Pythias, l'un gouverneur de a Susiane, l'autre des pays qui avoisinent la mer Ronge. Il alla camper avec toute son armée sur les bords du Tigre. Molon l'observait sur le rivage opposé. Il envova au général d' Antiocbus un grand nombrede soldats, qui passaient le fleuve à la nage comme des transfuges, et'trompaient Xénétas par de faux rapports sur l'état et les dispositions de l'ennemi. Ils racontaient que leur armée était sincèrement dévouée à Antiocbus, qu'elle était prête à passer sous les enseignes de Xénétas des que celui-ci approcherait. Trompé par ces rapportât.
L'UNIVERS
Xénétas traversa pendant la nuit le fleuve, et s*établit à environ qaatre-viagts siades au-dessous de Molon , dans une position environnée , d*un côté par le Tigre, de i*autre par des marais. Le lendemain matin il vit arriver un corps de cavalerie qui semblait disposé à l'attaquer, et à lui faire repasser U fleuve. Mais ces cavaliers prirent eux-mêmes ta fuite; quefques-tins se perdirent dans les marécages. L*armée d'Antiochus , encouragée parce premier succès, quitta ses retranchements et.s*approcha du camp des rebelles. C'était le itiortient attendu par Molon. Il fit sortir ses troupes , et donna le signal de la retraite. Les ertnemis en« tfèrent dans les tentes abandonnées , et passèrent le jour entier dans la plus folle assurance. Mais te lendemain^ Molon rentra dans le camp, et lit un horrible carnage des soldats saiis défense. Ceux qui se réveillaient, encore tout étourdis
Sar Torgle de la veille, couraient au euve , et s'y jetaient précipitamment pour gagner l'autre rive. La résistance de Xénétas n'arrêta point Molon, et ne Tem pécha pas de passer aussitôt le Tigre, pour attaquer Zeuxis et l*arrière-garde de l'armée. Molon entra sans obstacle dans Séleueie, abandonnée par le gouverneur Diomédon et par la moitié des habitants. Il marcha ensuite contre Suse; mais la citadelle où commandait Diogène opposa une glorieuse résistance.
Cependant le roi , cohduit par son ministre, traversa Apamée et Laodicée {Scabiosa ), point de réunion de l'armée; il passa ensuite le désert, et arriva dans un petit canton appelé Marsyas; c'est une longue et étroite vallée entre le Li* ban et Tanti-Liban. Les eaux qui descehdent de ces montagnes , se réunissent dans la partie la plus resserrée, et rendent le terrain fangeux. Deux villes, Gerra et Brochium , dominent le Marsyas. Le roi d'Egypte en avait conSé la défense à rÉtolien Théodote. Antiochus voulait d'abord se rendre maître de Gerra ; i l fit camper son armée sur les bords des marais dont nous venons de parler; mais il se l^a bientôt des difûébltés du siège. La nouvelle des malheurs arrïvés sur le Tigre décida la retraite.
' « Il assembla son conseil et remit de noiiv(*au l'affaire en délibération. Épî- , après avoir dit d*un ton modeste,
que le parti le plus sage aurait été de marcher d'abord contre les rebelles poui ne leur point laisser le mo]^en de se fortifier comme ils avaient fait, ajouta quç c*était une nouvelle raison maintenant de ne plus perdre de temps, et de donner tous ses soins à une guerre qui pouvait entraîner la ruine de rempire si on la négligeait. Hermias,quisecrut offensé par ce discours, commença par s'emporter violemment oontre Ëpigène, en le char- ^nt de reproches et d'injures, et conjura le roi de ne point renoncer à l'entreprise de la Cœlésyrie, qu'il ne pouvait abandonner sans marquer de la légèreté et de l'inconstance, ce qui ne convenait point dû tout 11 un prince aussi sage elénlairé qu'il était. Tout le conseil baissait les yeux de honte. Antiochus luimême souffrait beaucoup. Il fut conclu , d'une voix unanime, qu'il allait marcher à grandes journées contre les rebelles.
Alors Hermlas, qui vit bien que la résistance serait inutile, changé tout à coup en un* autre homme, embrassa le sentiment commun avec une sorte d'empressement, et se montra plus ardent qu'aucun autre à en presser l'exécution. Les troupes marchèrent donc vers Apamée, qnl était le lieu du rendez-vous.
« A peiqe en était-on sorti , qu'il s'éleva une sédition dans l'armée au sujet d'un reste de paye qui était dû aux soldats. Un contre-temps si fâcheux leta le roi dansunegrandecottsternationet dans une mortelle inquiétude. En effet, le péril était pressant. Hermias, trouvant le roi dans ces embarras , le rassura , et lui promit de payer sur-le-champ tout ce qui était âû à l'armée; mais il lui demanda par grâce qu'il ne menât point Épigène avec lui àcetteexpédition,parce qu'après réclatuu'avait fait leur brouillerie, on ne pouvait plus espérer d'agir de concert dans tes opérations de la guerre, comme le bien du service le demandait. Sa vue était de commencer par refroidir l'estime et l'affection d'Antiochus à l'égard d'Épigène par son absence. . . Cette proposition fitnnepeineextrêmcauroï...Maiscomme Hermias s'était étudié de loin à l'obséder par toutes sortes de voies, en lui fournissant des vues d'économie, en le gardant à vue,, en le gagnant par ses coiii{)laisances et ses flatteries , ce prince n'était point sofi maître. Le roi consentit
donc,q!toi^e*aTêc beaucoup de répugnance, àce (|u'onluidemandâit,etÉpi* gène eut ordi^ de se retirer à A pâmée. Cet événemefit surprit et effraya tous les courtisans, qui craignirent pour eux un pareil sort; mais l'armée, qui venait de recevoir sa paye, s'en cortswa... »
Un corps de six mille homrties, les Gt« trastes, continua la révolte. Mais ils furent presque tous massacres par les soldats (|ui étaient renti*és dans l'obéissance... ft Alexis, goarérrieur de la citadelle d' A pâmée, était entièrement dévoué à Hermias... Il le eharge de ie défaire d'Épigène, et lui en prescrit les moyens. En conséquence, Alexis gagne un des e^ciates d'Épigène, et à force de présents et de promesses, l'engage à glisser danS lés papiers de sbrt maître une lettre qu'il lui donna. Elle était écrite et signée, à ce qu'il paraissait, par Molott, Tun des ctoets des rebelles, qui remerciait Épigène de la conspiration qu'il avait formée contre le roi, et lui communiquait des moyens sûrs pour rexéfetttter. Quelques jours après, Alexis Talla trouver, et lui demanda S'il avait reçu quelque lettre de Molon. Épigène, surpris d une telle demande, marqua son étonnertoént et en même temps son indignation. L'autre répondît gd'il avait ordre de fouiller dans ses papiers. On y trouva ètt effet la prétendue lettre, et, sans autre exartien m autre formalité, Épigène fut mis à molrt. Le roi , sui» la simple inspection de la lettre , crut le crime bieii avéré et bien prouvé....
Quoique là éaison fût fort avancée , An* tiochus passa TEUphi^te , rassembla ses troupes, et leur donna duarante jours de repos, i» L'slrmée contmua ensuite sa marche. Elle traversa le Tigre, gravit lé raontOriciiS, et descendit dans l*Àpollonie. Les habitants de cette eohtrée étaient tenUs aU-devaht d^Arttiochus pour lui demander grSce. Lorsque Molott apprit l^nvaiion rfes troiipes royales. Il courut à elles, espérant les surprendre dans les bois t!e rApollonie: il ne voulait pas laisser aux tiabitants de la Susiane etdela Balnrlottie lètempsde suivre [exemple des Apoîloniens, et il joignît bientôt Ahtîocbas. Les soldats légèrement armés se battirent avec acharnenitntde chaque. côté ; on leur envoya du ïenfort; èl comme les secours se succé*
dalent sans Iriterraptioii, la mêlée altaik devenir une bataille générale, lorsque \eâ chefs donnèrent le signal de la retraite. Le combat s'arrêta; on se prépara à creuser des retranchements pour la nuit : les deux camps n'étaient séparé» que par une dis^ tance de Quarante stades. Cependant Mo« Ion réflécnissait avec inquiétude aux chances du lendemain. Gomment ses troupes soutiendraient-elles la présence du roi?
Il ne voulut donner à Antiocbus aucuit avantage, et résolut de le surprendre la nuit même; il choisit donc des soldats d^élite, et traversa des lieux impraticables* Mais, en chemin, ii apprit que dix jeunes gens s'étaient détachés de sa troupe. Sans doute ils allaient informer le roi du péril
3U1I courait. Dès ce moment ie coup e main était manqué. Molon revint sur ses pas; mais son retour alarma toutes les troupes. Au lever du soleil, les deux arihées se rangèrent en bataille. Dix élé* phants fermaient le centre de Tarmée royale. Antiocbus commandait Taile droite, composée de cayaliers portant des lances, et dont le chef était Ardys, des Cretois alliés, des Gaulois et des troupeà mercenaires. Hermias et Zeuxis, à la tête de la gauche , avaient toute la cavalerie sous leurs ordres. L'armée de Molon avait une contenance irrésolue; lescava** liera étaient mêlés aux fantassihs dans une confusion générale. Les soldats d'Ati* tiochus redoublaient de courage à la vue de leurs ennemis troublés. L'aile droite de Molon se lanças sur le corps d'armée de Zeuxis ; mais l'aile gauche passa dans les rangs des troupes royales. Cette trahison découragea eomplétehnent ceux qui restaient fidèles. Molon, entouré d'ennemis, se tua de sa main. Son frère Néolaùs eut le temps de fuir. Il courut en Perse porter à Alexandre la nouvelle de cet ir-» réparable désastre. Pour ne pas tomber tîvantsavfecteiirfamilleentrelesmâinsdtt vainqueur, ils donnèrent la mort à leur ittère, à leurs enfans, et se frappèrent ensuite. Le cadavre de Molon fut mis eii croix. Du teste, Antiocbus se montra clément envers les villes rebelles. Il alla à Séleucie; Hermias , pour chfttier les habitants , leur imposa une contribution de mille talents ; il punit de l'exil , de la prison , même de la mort, les principaux citoyens. Le roi réduisit à cent cinquante talents le tribut demandé par son ministre. H
L'UNIVERS
donna le gouvernienieiit de la Médie à Diogène, celui de la Susianeà Apollo* dore, et confia la garde de la mer Rou^e à Tyciion. Autiocnus ne voulut pas quitter la haute Asie sans avoir intimide les rois indépendants de ces contrées....
<L li marcna contre les habitants de TAtropatène, qui occupaient le pays situé à Toocidentde la Médie, et qu'on appelle à présent la Géorgie. Leur roi, nommé Artabazane, était un vieillard qui fut si effrayé de rapproche d*Antiocnus avec une armée victorieuse, qu'il envoya faire sa soumission, et fit la paix aux conditions qu'on jugea à propos de lui imposer... On reçut dans ce temps-là les nouvelles qu'il était né un fils au roi ; ce qui fut un grand sujet de joie pour toute la cour et pour toute l'armée. Hermias, dès ce moment , songea aux moyens de se défaire du roi , dans l'espérance qu'après sa mort il ne manquerait pas d être nommé tuteur du jeune prince , et que , sous son nom, ilexercerait un empire absolu. Il était devenu odieux à tout le monde par sa hauteur et son insolence... Apollopnane, médecin d'Antiochus , en qui il avait grande confiance^ et qui, par sa place, avait un libre accès au[>rè8 de lui , prit son temps pour lui représenter le mécontentement général des peuples, et le danger où il était lui-même de la part d'un tel ministre. Il l'avertit de prendre garde à sa personne, de peur qu'il ne lui arrivât, comme à son frère, en Phrygie, d'être la victime de l'ambition de ceux en c^ui il avait le plus de confiance ; qu'il était visible qrHermias formait quelque dessein, et qu'il n'y avait point de temps à perdre, si on voulait le prévenir. » Mais il ne s'agissait pas seulement de donner au roi des conseils. Apollo* phane rassembla ses amis, et convint avec eux de répandre le bruit qu'Antiochus était affiigé d'un mal d'yeux ; c'était un mo)[en de gagner du temps et d'assurer la réussite de leur dessein. Enfin, quand on eut acheté des partisans dévoués, le médecin ordonna publiquement à Antio*»
chus de sortir tous les matins à la pointe du jour; la fraîcheur de Pair pouvaitseule
Suerir cette maladie. Suivi d'un cortège 'amis, Antiochus sortit du camp , avec Hermias, qui voulait l'accompagner. Par* venu à un endroit désert, il donna le signal convenu; sa suite se jeta sur Her-
mias , et le tua. A cette nouvelle, touta les provinces témoignèrent leur joie.
Les femmes et les enûints d'Apamée massacrèrent les fils et la veuve d'Hermias.
TBNTÂTIVB d'AGH£US CONTBE Là
sybie; antiochus assibgb séleucie; THÉODOTB.— Tandis qu'Antiochus marchait contre Artabazane, Aehaeus formait le projet de conquérir la Syrie. Il comptait s^établir solidement dans le royaumeavant qu'Antiochus eût le temps de revenir.
Achaeus avait pris à son service les débris des Cytrastes , dont nous avons parié plus haut. Il quitta la Syrie, et vint à Laodicée de Phrygie, où , poussé par les conseils de l'exilé Synlride, il prit avec la couronne le titre de roi.
Il continua sa marche jusque sur les frontières de la Lycaonie. Là, il rencontra les anciens soldats d'Antiochus qui se disposaient à une énergique résistanee. Il se détourna sur la Pisidie, dont ses soldats se partagèrent les dépouilles.
Ce fut dans ces circonstances que des ambassadeurs d'Antiochus arrivèrent auprès d'Achaeus. Le roi de S^^rie, après avoir pris ses quartiers d'hiver , était arrivé dans sa capitale. Chaque jour, à Antioche , on discutait, dans le conseil du roi , un plan d'attaque contre les Égyptiens. Apollophane proposa d'assiéger Séleucie , et d enlever à l'ennemi l'embouchure de l'Oronte. Cet avis réunit tous les suffrages. Le roi donna l'ordre à Diognète, commandant de la flotte, de s'avancer sans retard vers Séleucie. Antiochus en personne alla camper près d'Hippodore, à «inq stades de la ville. Il tacha de séduire les habitants par des sommes d'argent et des promesses ; mais les principaux citoyens repoussèrent ses offres. Les officiers n'imitèrent pas ce désintéressement. Le jour de l'assaut arriva. Zeuxis devait escalader la porte de la ville qui regarde Antioche ; Hermogène se tenait placé avec ses troupes sur la route de Dioscure. L'attaque des faubourgs et des quais était confiée à Diognète et à Ardys. Cétait le côté le plus faible de Séleucie. Ardys pénétra dans le faubourg; mais les autres généraux furent repoussés sur tous les points. Ardys même ne se serait peut-être pas maintenu daoi
SYRIE ANC1EI9NE
sa poÂitioa , si les officiers Tendus à Antiochas n'avaient quitté les remparts pour se retirer auprès de Léontius, premier magistrat ae la ville. Ils repré* sentaient tous les dangers d'une résistance inutile, et la nécessité d'une prompte soumission. Léontius trompé s^a une capitulation sous la seule condition que les personnes seraient respectées. Antiochas entra dans la ville; il rendit aux habitants leurs droits municipaux et rappela tous les exilés. Il n'avait point encore quitté Séieucie, lorsqu'on lui apporta des lettres de Théodote, le général de Ptolémée. Deux années auparavant ce général avait Gdèiement conservé à TEgypte la place de Gerra. Mais, accusé à la cour par ses ennemis, il résolut de se venger des soupçons de Ptolémée. Il envoya Panetolus à Tyr , pour faire reconnaître Antiochus dans cette ville ; lui-même s'établit dans Ptolémaïs, au nom du roi de Syrie.
6U£BRS CONT&B l'sOYPTB ; BA-
TAILLE DB BAPHiÀ. — Un autrc général de Ptolémée, Néolaûs, Étolien comme Tbéodote, était demeuré fidèle à son mattre. Il alla assiéger Ptolémaïs, et confia à Dorvmène et à Lagoras la défense des défilés qui conduisent , par Béryte, en Pbénicie. Anttochus repoussa facilement ces deux généraux, et prit possession de Tyr, de Ptolémaïs et de quarante vaisseaux qui stationnaient dans les ports de ces deux villes. Une suite non interrompue de succès couvrit de gloire les armes d'Antiochus jusqu'à la fatale défaite de Raphia {*), Quelque temps avant la bataille, Tbéodote essaya de se glisser dans l'armée égyptienne et d'arriver jusqu'au roi. A Ta faveur delà nuit, il entra sans obstacle dans latente de Ptolémée; mais le basant voulut que ce prince ne s'y trouvât pas; Tbéodote tua le médecin Andréas ^et blessa deut courtisans. Il regagna» sans être reconnu, le camp des Syriens.
Enfin parut le jour du combat. Ptolémée sortit le premier de ses retrancbements. L'armée d'Antiochus était composée de différents peuples. Les Da-
(*) Noos renvoyons pour le déUll des événemenls qoî précedèreol celte bataille, aa ré- «HBé de M. Cliampollion-Figeaci Egypte ^ p. 432.
hes et les Caramaniens^ au nombre d'environ cinq mille, avaient pour chef le Macédonien Byttacus. Ménédème commandait deux mille archers et frondeurs perses, et mille soldats thraces.
Un général , fils du Mède Aspasian, conduisait cinq mille hommes , Mèdes, Cissiens et Cadusiens. D'autres barbares obéissaient à Zabdbeil ÇLabdibellum)^ et formaient un corps de près de dix mille hommes. Tbéodote avait sous ses ordres les argyraspides et près de dix mille hommes armés et équipés suivant l'usage macédonien. Les généraux de la phalange, formée de plus de vingt mille hommes , étaient Nicarque et Tbéodote Hémiolius; Hippolocus, le Thessalien, avait amené de la Grèce cinq mille mercenaires. Il y avait encore quinze cents Cretois avec Eurilochus; mille archers, quinze cents frondeurs lydiens , et mille autres soldats sous Lysima^ue. Toute la cavalerie ne montait pas a plus de six mille hommes : c'était probablement dans cette partie de l'armée que s'étaient enrôlés les Syriens. La cavalerie était divisée en deux corps ; l'un, de quatre mille chevaux , avait été confié au jeune Anti-
Sater, neveu du roi. Ainsi, les forces 'Antiochus s'élevaient à soixante-huit mille hommes et cent deux éléphants.
L'armée de Ptolémée était supérieure en nombre; mais ses éléphants ^ tirés des déserts de la Libye, n'étaient pas aussi forts que ceux d'Antiochus. Ces ani« maux commencèrent la bataille; la troupe de Ptolémée prit la fuite, et jeta le dé^;^ sordre au centre de l'armée dont elle de^ vaitétre le rempart. « L'issue de la bataille fut qu' Antiochus , à la tête de son aile droite, défit l'aile gauche des Égyptiens. Mais, pendant que, par une ardeur inconsidérée , il s'échauffait à la poursuite des ennemis, Ptolémée , qui avait eu le même succès à l'autre aile, chargea en flanc le centre d'Antiochus qui se trouva découvert, et le rompit avant quece prince pût venir à son secours. Un vieil officier qui vit où roulait la poussière , conclut que le centre était battu , et le montra à Antiochus. Quoiaue dans le moment même il fltfaire voîtè-face, il arriva trop tard pour réparer sa faute, et trouva ' tout le reste de son armée rompu et mis en fuite. Il fallut songer à faire retraite. 11 se retira à Raphia, d'où
LUKIVË&S.
•H regagna ensuite Gaza, après avoir perdu dans cette bataille dix mille honames tués et quatre mille âitts prisonniers. Sie voyatit par là hors d^état de tenir la campagne contre Ptoléniée, il dl^andonna toutes ses conquêtes , et ramena à Antioche ee qu'il put ramasser des débris de son armée. Cette bataille de Raphia se donna en même temps que celle où Annibal battit le consul Fiaminius , sur le bord du lac TrasImène, en Ëtrurie (217) (*). >»
Antiochus avait hâte de terminer la guerre. Il envoya à Ptolémée denx ambassadeurs : Antipater eC Théodote Hémiolius. Ils obtinrent une année de trêve. Sosibius alla à Antiodie pour faire ratifier la cession de la Gœlésyrie^ de la Palestine et de la Phénicie, abandonnées au roi d'Egypte.
G^TERRE GONTRB AGHJBUS. — On Ofi
it pas mention dTAchaeus dans le traité; depuis longtemps le roi de Syrie cher-* cfaait Tocçasion d'attaquer œ prince et de renverser sa domination en Asie Mineure ; Achaeus avait resserré les liens de famille qui l'attachaient déjà aux Seleucides par son mariage avec Laodice, fil le d' Antiochus Hiérax. Cette princesse, encore en bas âge à la mort de son père, avait grandi dans l'infortune. Un aneien serviteur de sa famille prit soin de son enfance , et donna sa main et ses droits à Tambitieux Achaeus. Celui-ci cherchait par tous les moyens à consolider sa puis- •sance. « Cela paryt clairement dans une guerre qui survint (quelques années avant la bataille de Raphia) entre les Rhodiens et les Byzantins , à l'occasion d'un tribut que ceux-ci avaient imposé €ur tous les vaisseaux qui passaient par le détroit; tribut qui était fort à charge aux Rhodiens, à cause du grand Commerce qu'ils faisaient avec le* Pont- £uxin. Achaeus, sollicité vivement par «eux de Byzance, avait promis cle les secourir. Cette nouveRe consterna les Rhodiens , ansisi bien que Prusias , roi 6e Bithynie, qu'ils avaient attiré dans ieur parti. Dan» f'witrême embarras «ù ils se trouvaient , il leur Tint dans l'esprit un expédient pour détacher Achaeus des Byzantins et Pengagerdans leurs intérêts. Andromaque, son père,
», {♦) R<rtUD, t. vu, 1^. SSS.
frère de Laodice, que Séleueiis Callinicus avait épousée, était actuellement r^ena prisonnier à Alexandrie. Us députèrent vers Ptolémée pour lui demander en grâce sa liberté. Le roi, qui était bien aise aussi de s'attacher Achaeus de qui il pouvait tirer de grands ser* vices contre Antiochus, avec qui il était alors en guerre, accorda volontiers aux Rhodiens leur demande, et ieur remit entre les mains Andromaque.
Ce fut un présent bien agréable pour Achaeus , mais qui fit perdre eourage aux Byzantins. Ils consentirent à remettre les choses sur Tanden pied, et à ôtsr le nouveau droit qui avait causé la guerre. La paix fut ainsi rétablie entre les deux peuples , et Achaeus en eut tout Tboiineur. » Telle était la puissance et Tennemf qu' Antiochus "allait combattre.
« Antiochus , après avoir fait la paix avec Ptolémée, donna toute son applieation à la guerre coi^e Acliaeus, et fît tous les préparatifs pour la eoni- Rtsncer. Il passa enfin te mont Taurus, et entra dans l'Asie Mineure pour la réduire (S 16). Il y fit une ligue avec Attale, roi de Pergame, en vertu de laquelle ils joignirent leurs forces coatre leur ennenu commun, ils le pressèrent si ibrt, qu'il abandonna la campagne et se retira dans Sardes. Antiochus en forma le siège ; Aehens le soutint {dus d'un an. Il faisait souvent des sorties, et il y eut quantité d'actions au pied des murailles de la ville. Enfin, par une ruse de Liguras » un des commandants d'Antiochus, on prit la ville.
AcfaaBOS se retira dans le diâteau , et s'y défendait encore quand il fut livré par deux traîtres crétois. Cette histoire mérite d^étre rapportée. Ptolémée Philopator avait fait un traité avec Achaeus, et était fortfâdié îde le voir si étroitement bloqué 4an6 le château de Sardes. Il diargea Soeibe du soin de l'en tirer, à quelque prix qne oefût. Il y avait alors à la cour de Ptolémée un Crétois fort rusé, nommé 9oli6, qui avait demeuré longtemps à Sardes.
Sosibe le consulta et lui demanda sMl ne saurait point quelque expédient pour réussir à faire échapper Achaeus. Le Crétois lui demanda du temps pour y songer, et quand il revint trouver Sosibe, il offrit de l'entreprendre, et ks
STRÎ^ AIÎÇCIENNE.
expliqua la manière dont H voulait conduire PafFaîre. Il luî dît qnMi avait un ami intime, qui était aussi son proche parent, capitaine- dans les troupe^ d# Crète au service d'Antiochus ; qu'il commandait alors dans un fort , derrière le château de Sardes; qu'il l'engagerait à laisser sauver Achaeus par ce c6té-là. Son plan fut approuvé. On l'envoie en diligence à Sardes pour l'exécuter, et on lui compte dix talents pour ses besoins, avec ororaesse d'une somme plus considéraole , s'il réussit. Après ^on arrivée, il communique l'affaire à Gambyse. Ces deux malheureux con»
viennent, pour en tirer plus de profit, d'aller déclarer leur dessein à Antiochus. Ils offrirent à œ prince, comme ils l'avaient résoln , de jouer si bien leur rôle qu'au lieu de faire sauver Aohasus, ils le lui amèneraient , moyennant une récompense considérable qu'ils parta-
geraient entre eux aussi bien que les ix talents que Bolis aviit déjà reçus.
Antiochus fut ravi de cette ouverture , et leur promit une récompense suffi* santé pour les engager à lui rendre cet important service. Bolis , par le moyen de Cambyse, Qptra sans pfine dans le château , où les lettres de créance qu'il avait de Sosibe et de quelques autres amis d'Achaeus lui gagnèrent la confiance entière de ce prince infortuné. H se mit entre les maihs de ces deux scélérats qui, dès qu'il fut hors du château, se saisirent de sa personne , et le livrèrent à Antiochus. il lui fit aussitôt trancher la tête, et termina par là cette guerre d'Asie (*). »
GUEBBES CONTBE LES PÂBTHES ET
LES BÀCTBiENS (211-204. ) — Pendant qu'Antiochus combattait en Asie Mineurç pour rétablir les ancienlaes limites de son royaume, Arsace s'emparait de la Médie. Les pâturages de ce pays avaient un singulier attrait pour les cavaliers parthes. Après la mort d'Achaeus, le roi de Syriedisputa aux barbares cette riche conquête. Les Parthes, fidèles à leur tactique, laissèrent les trou pes d' Antioclius s'avancer librement dans le pays; ils comptaient que le désert , leur allié naturel, dévorerait l'armée envahissante. Cependaiit la contrée , jusqu'à Ecbatane, est fertile, bien arrosée, ef peut aisément WRoIlin, t. Yll, p. 3l8etsuiv.'
fournir aux besoins d^ine armée. Antiochus entra dans la capitale de la Mé« die ; cette ville avait eu autrefois des richesses immenses. Les Macédoniens , au temps d'Alexandre, d'Antigone et de Séleucus, n'avaient pu emporter tous les trésors d'Ecbatane. Le tempted^Anat»
tis, lors de l'expédition d'Antiochus , était demeuré presque intact. On y rofa\% encore une partie du toit couvert m argent ; des lames épaisses d'or et d'antres métaux précieux recouvraient les murailles et les colonnes. Antiochus dépouilla le temple , et convertit ses richesses en monnaie pour la valeur de Quatre mille talents. Ensuite il se jeta dans les déserts situés au delà d'Eâ)atane. Les Parthes se hâtaient déboucher les puits et les conduits souterrains qui amenaient l'eau des montagnes. Mais la prudence du roi et le eounge de son avant-garde permirent aux troupea de pénétrer dans te pays même des Parthes (210). Les habitants se retirèrent en Hyrcanie. Ils voulurent défendre rentrée de cette province; mais les passages furent forcés et la capitale do pays , Séringis, ftit assiégée et prise d'assaut. Arsace changea alors ses plans. H forma une armée régulière de cent mille fantassins. Les forces étaient égales des deux côtés; Antiochus craignit de continuer une lutte dangereuse; il traita aVee les Parthesetreconnut leurindépendaneie (208). Il ne réussit pasdavantage à réduire la Bactriane. Dans un combat pontrernsurpateur Euthydème , il eut son clieval tné sous iui, et fut lui-même frappé au visage. Alors 11 offrit la paix. Le fllsd^Euthydème vintdans le camp d'Antiochus ; ri obtint j).o«r son père le titre de roi , et pour lui la promesse de recevoir comme épouse une princesse syrienne (206). Euthydème envoya au roi de Syrie une troupe d'élépliants , pour fticiliter son passage dans l'Inde; arec cent Cinquante de ces animaux, Antiochus traversa l'Arachosie et la Drangiane; il passa l'hiver en Carama^ifej»' et revint au printemps de l'année suivante à Antioche ( 205 ). Malgré l'inutilité de $£S efforts contre les Parthes et les Bactriens, Antiochus mérita, par son expédition daas la haute Asie, Je titre de Grand, qall prit depuis eette époque. Il avalD surmonté les difficultés que lui présent
L'UNIVERS
tait partout Tennemi, et combattu , sans revers, despopulationâ belliqueuses (*).
ÀLLUIf CE D*ANTIOCHUS AVEC PHI- LIPPE DE Macédoine; gueube contée l'Egypte ' — La mort de Ptolémée Pbilopator inspira au roi Aotiochus de nouveaux desseins. Il conçut le projet de . partager, avec Philippe, l'Egypte qui venait de tomber entre les mains d'un enfant , Ptolémée Ëpiphane. Ce traité fut une des causes gui amenèrent Tintervention des Romains dans les affaires d'Orient. Antiochus, assuré du concours actif de la Macédoine, fit en toute hâte la conquête de la Cœlésyrie et de la Palestine. Puis, laissant Philippe se débattre entre Rome et la Grèce , il rassembla, l'année suivante (201), une nombreuse armée de terre, commandée par Mithridate et Ardys , et les chargea d'assiéger la ville de Sardes. Luimême s'embarqua sur une flotte de cent vaisseaux de guerre, sans compter les bâtiments de transoort (**). Il alla avec cette armée navale attaquer les villes de Cilicie et de Carie soumises aux Égyptiens. Mais tandis qu'il s'efforçait d'étendre sa domination dans l'Asie Mineure , les tuteurs de Ptolémée, profitant de son absence, cherchaient à reprendre possession de la Cœlésyrie et de la Palestine. Ces provinces furent de nouveau pillées et ravagées. Antiochus revint dans ses États pour attaquer les Égyptiens et les chasser du pays (***), Un traité de paix et un mariage projeté entre Cléopatre, fille d' Antiochus, et le roi Ptolémée Épiphane, mirent un terme à cetteguerre désastreuse,
CAUSES DE LAGUEBBED'ANTIOCHUS CONTEE LES BOMAINS ; ANNIBÀL EN
OBiENT. —L'ambassadeur d' Antiochus, Euclès de Rhodes^ chargé de discuter à Alexandrie les conditions de la paix, avait trompé les Égyptiens^r d'artificieuses promesses. 11 leur représentait qu' Antiochus, en attaquant les villes gréera) Justin. XLi, s. "
(••) In principio veris, pramissis terra cum exercitujtliis auobus, Ardye ac Mithridate , fusHsque Sardibus se apport, ipse cum classe centum. tectarum navmm, ad noc levioribus navigiis cercuri* ac lembis ducentis, proficisci' tut. Tile-Live, XXXIII, 19.
(♦**) Foy. Mank,^ Univ. pUt.; PalestkM, p. 480, b. — ChampoUiOfi-FigeaG , ibid, Egypte «iifiieniie,p.427,a, b,
ques de l'A^ Mineure, se dédoomu* geait de la perte des provinces données en dot à sa allé. Les villes menacées , ne
Souvant plus compter sur les secours e l'Egypte, réclamèrent la protection de Rome. Antiochus était alors en Thraoe; il cherchait à fonder en Europe, sous la dépendance de l'empire syrien , un royaume particulier, dont la capitale serait Lysiniachia,et le premier roi Séleucus, fils d' Antiochus. « Ce fut justement dans le temps qu'il formait tous ces projets, qu'arrivèrent en Thrace les ambassadeurs romains. Ils le rencontrèrent à Selyrabrla , ville du pays. Ils étaient accompagnés de quelques députés des villes grecques d'Asie. Dans les Premiers entretiens qu'eut le roi avec 18 ambassadeurs, tout se passa en civilités qui paraissaient sincères; mais quand on commenta à traiter d'affaires, les choses changèrent bien de face. L.
Cornélius Scipion, qui portait la parole, demanda qu' Antiochus rendît à Ptolémée toutes les villes de l'Asie qu'il avait usurpées sur lui; qu'il évacuât toutes celles qui avaient appartenu à Philippe, n'étant pas juste qu'il recueillît les jfruits de la guerre que les Romains avaient eue avec ce prince; qu'il laissât en paix les villes grecques de l'Asie qui jouissaient de leur liberté. Il ajouta que les Romains étaient fort surpris qu* Antiochus eût passé en Europe avec deux armées si nombreuses, de terre et de mer, et qu'il rétablît la ville de Lysimacbia, entreprises qui ne pouvaient avoir d'autre but que de les attaquer.
Antiochus répondit à tout cela que Ptolémée aurait satisfaction quand son mariage, qui était déjà arrêté, s'accomplirait; que pour les villes grecques qui demandaient à conserver leur liberté, c'était de lui qu'elles la devaient tenir , et non des Romains. A l'égard de Lysimachia, il dit qu'il la rebâtissait pour servir de résidence à son fils Séleucus ; que la Thrace, et la Chersonèse qui en taisait partie, étaient à lui; qu'elles avaient été conquises sur Lysimaque par Séleucus Nicator, un de ses ancêtres, et qu'il y venait comme dans son héri^ tage ; que , pour l'Asie et les villes qu'il avait prises sur PliiUppe , il ne savait pas sur quel titre les Romains prétendaient lui en disputer la possession; qu*il les
SYRIE ANOENNE.
priait de ne se pas plus mêler des affaires, de TAsie, qu'il ne se mêlait de celles de l'Italie. Les Romains ayant demandé qa'oii fît entrer les ambassadeurs de Sniyrne et de Lampsaque, on le leur permit. Ces ambassadeurs tinrent des discours dont la liberté offensa tellement Aiitioehus, qu'il s'emporta violemment , et sécria que les Romains n'ét tient point ju<!es de ses affaires. L'assemblée se sépara en désordre : aucun des partis n'eut satisfaction, et tout prit le train d'une rupture ouverte. Pendant ces négociations,, il se répandit un bruit que Ptolémée Épiphane était mort. Antiochus se crut aussitôt maître de TÉgvpte, et se mit sur sa flotte pour en aller prendre possession. Il laissa son fils Séleucusà Lysimachîa avec l'armée, pour achever ce qu'il s'était proposé de ce côté-là. 11 alla aborder a Ephèse , où il joignit à sa flotte tous les vaisseaux qu'il avait dans ce port, dans le dessein de s'avancer, en toute diligence , vers TÊgypte. En arrivant à Patare, en Lycie, il eut des nouvelles certaines que le bruit de la mort de Ptolémée était faux. 11 alla donc vers l'île de Cypre , dans le destein de s*en saisir. Un orage qui survint lui cou!a à fond plusieurs vaisseaux, lui fit périr bien du monde, et rompit ses mesures. Il se trouva fort heureux de pouvoir entrer avec les débris de sa flotte dans Séleucie, où il la fit radouber, et s'en alla passer Tbiver à Antioche, sans rien entreprendre de nouveau cette année-là (196) C)- *
Telles étaient les dispositions d'Antiochus à regard des Romains, quand Annibal arriva à Antioche. Le roi venait de partir pour Éphèse ; l'exilé de Carthage le suivit dans cette ville , et reçut de son hôte royal un accueil honorab'ie. Aatiochus s'associa à sa haine contre les Romains; mais, avant de commencer la guerre, il voulut se ménager l'appui des rois de l'Orient par des alliances de famille. Il conduisit Cieopâtre à Raphia, pour la remettre entre les mains de Ptolémée, et abandonna à son gendre la Palestine et la Gœiésyrie , en se réservant la moitié des revenus. Ensuite il conclut le mariag;e de sa fille Antiochisavec Ariarathe, roi deCappadoce. Seul,Eumène,
(*) Voy. RoUin, qui sait encore id avec exactliQdeies aatears anciens, t. VllT, p. 7, 8, 9.-
4* Livraison, (sybib ancienne.)
roi de Pergame , malgré les conseils d' Attale et de Philetère , ses frère»»*, refusa la main d'une princesse syrienne. Il craignait la vengeance des Romains. \
Quand toutes ces négociations furent terminées, le roi de Syrie mit à la voile, et arriva en Chersonèse. Il subjugua une partie de la Thrace, et rendit la liberté aux villes de cette contrée. En même temps, il sut, p:)r des présents et par l'éclat de sa cour, attirer les Galates dans son parti. Il envoya son fils contre les Pisidiens,et lui même revint à Éphèse. Là, il choisit les ambassadeurs chargés de traiter avec lesénatromain : c'étaient Lysiiis, Ê^ésianacte et Ménippe. Ces trois envoyés arrivèrent à Rome, et se présentèrent devant le sénat. Ménippe prît la parole. Il reprocha aux Romains leurs prétentionsexagérées,etsepiaignitqu'on traitât Antiochus, non comme un prince qui recherchait volontairement leur amitié , mais comme un vaincu qui demandait grâce. Le sénat n'écouta point ces représentations; il décida seulement qu'on enverrait en AsieSulpicius, Villius et iElius , pour trait' r avec le roi en personne. Les difficultés, loin de s'aplanir, s'aggravaient chaque jour. Rome avait découvert les projets hostiles d' Antiochus contre l'Italie, et elle savait qu'Annibal avait envoyé un de ses agents à Carthage pour former une ligue offensive. En outre, on apprit que l'Étolien Dicéarque s'était présenté au nom de ses concitoyens à la cour d'Antiochus. Les envoyés de Rome, en passant par le royaume de Pergame, trouvèrent dans Eumene un allié tout prêt à déclarer la guerre au roi de Syrie. Sulpicius, malade, resta à Pergame. Villius continua son voyage et arriva à Éphèse. Le roi était en guerre contre les Pisidiens; pendant son absence, les ambassadeurs romains visitèrent souvent Annibal, et par des apparences d'intimité ils le rendirent bientôt suspect.
Dès que Villius crut avoir suffisamment compromis Annibal dans l'esprit de son hôte, il alla rejoindre Antiocnus à Apamée, et reprit les négociations..
La mort du jeune Antiochus rompit les conférences. Ce prince était aimé de la nation ; on le crut empoisonné par des eunuques. Antiochus témoigna beau*, coup de regret de la perte de son fils*