‹ Syrie ancienne et moderneChapitre 8 sur 63 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DÉCADENCE DE l'eMPIRE DES SÉLEU- CIDES. — CONQUÊTE DE LA SYBIE PAB LES ROMAINS. '

RÈGNE DE SÉLEDCnS IV PHILO-

PATOB.— Le voisinage des Romains, la surveillance qu'ils exerçaient sur les rois de l'Asie, ne permirent pas à Séleucus de tenter de grandes entreprises. Il voulut soutenir Pharnace, attaqué par £umène;Romes'empressa de rappeler au roi de Syrie que, pour lui, la neutralité était un devoir.

Séleucus épousa sa sœur Laodice, qui était veuve de son propre frère, Antiochus, fils aîné d' Antiochus le Grand. Elle eut deux enfants de son mariage avec Séleucus; un ûls, Démétrius, et une fille , appelée Laodice , comme sa mère. Lorsque le jeune prince eut atteint rage de douze ans, son père l'envoya à Rome . Démétrius allait remplacer, en qualité d'otage, son oncle Antiochus, gue le roi de Syrie désirait revoir. Le frère de Séleucus vivait en Italie depuis la paix. Il se dirigea vers l'Orient ; mais, lorsqu'il fut à Athènes, il aj^prit que Séleucus venait d'être assassiné par son ministre Héliodore. La mort du roi de Syrie arriva à la fin de l'année 174 (**).

* RÈGNE d'ANTIOGHUS IV ÉPIPHA- NE; EXPEDITIONS AU DELA DE l'eU-

PBBATE. — Attale et Eumène chassèrent du trône l'usurpateur Héliodore, et donnèrent la couronne de Syrie à Antio« chus. Celui-ci régnait depuis peu de temps, lorsque son neveu Ptolémée Philométor fut déclaré roi d'Egypte.

Il envoya à la cour d'Alexandrie Apollonius, l'un de ses conseillers, et le chargea d'observer la disposition des Égyptiens à Tégard de la Syrie. Apollonius découvrit les projets hostiles de Pto-

C) Jastio, XXXII, 2. - Diod., In Bxcerpt.^ D 296.

V*) ^oy- pour cette date Saint-Martin, Biogr, univ.^àti. Séleucus, ly.-^MauQkf Univers pitL, Palestine, p. 491 et 492.

L'tJNlVERS.

lémëe, et en rendit compte à son maître. La guerre éclata aussitôt entre l'Egypte et la Syrie (*).

Antiochus prodiguait ses trésors en fêtes et en débauches. Le boisde Daphné acquit sous son règne cette scandaleuse réputation qu'il conserva jusqu'aux derniers temps du paganisme. On peut voir dans Oiodore (**) et dans Polybe (***) le tableau des turpitudes dont ce lieu était le théâtre. Pour fournir aux frais de ses plaisirs, le roi dépouillait ses sujets. Il alla en personne dans la province de Perse pour réclamer le tribut. Enfin, usé par des excès de tous genres, il mourut sur les frontières de la Babylonie (****).

Sous le règne d' Antiochus IV, Tibérîus Gracchus fut envoyé en Syrie. Le roi reçut cet ambassadeur avec respect, et mit à sa disposition son palais d'Antioche.

ANTIOCHUS y KUPATOB. — Lorsque Antiochus V monta sur le trône (164), il n'avait que neuf ans. Deux hommes, pendant sa minorité, se disputèrent le pouvoir. Épiphane avait confié à Philippe, son ami, la tutelle du jeune prince ; mais Lysias, qui avait appris en Syrie la mort du roi , proclama Antiochus V successeur de son père , et se constitua régent du royaume. Philipoe dut chercher un refuge en Egypte ; il passa ensuite en Perse, puis vint à Antioche, tandis que Lysias était occupé en Palestine , et prit encore la fuite lorsque son compétiteur menaça de l'assiéger dans cette ville. Eupatorfut reconnu par les Romains, malgré lesefforts de Démétrius. Rome, pour donner plus de poids à sa décision, envoya trois ambassadeurs en Orient : Cn. Octavius, Sp. Lucrétius et L. Aurétius. Leur

Eremier soin fut d'ordonner un dénomrement exact delà flotte et des éléphants de la Syrie. Le traité de 190 avait déterminé le nombre de vaisseaux qu'Antiochus le Grand et ses successeurs pourraient posséder. Des éléphants étaient

n Lagaerre d^Antioch us contre l^gypte a déJA été racontée. dans, cette collecUon» par M. Champollion {Éayptet p. 43:i et suiv.). Les malheurs que la Judée souffrit pendant son règne ont été également décrits par M. Munk (Palestine, p. 492 et suiv.)-

(**) Diod., in Excerp, Vales. p. 321.

(***) Polybe, ap. Jthen.y V, 195.

{****) Muuk, Palest , p. 499, «.

venus récemment de Plnde, des trirèmes avaient été construites : les en< voyés firent tuer les uns et brûler les autres. Le patriotisme des Syriens parut s'irriter de cet affront. Octavius fui assassiné. Le sénat refusa d'écouter les excuses des ambassadeurs d'Rupator.

Démétrius crut le moment favorable

f^our rappeler aux Romains ses droits à a couronne de Syrie. Mais cette fois encore on refusa de les reconnaître. Découragé , te prétendant prit secrètement "la fuite, et s*embarqua à Ostîe.

Dès que son départ fut découvert , on envoya sur ses traces Tib. Gracchus, Luc. Lentulus et Servilius Glaucia, avec mission d'observer les sentiments des Orienteaux à l'égard des princes. La Syrie tout entière passa du côté de Démétrius. Eupator et Lysias , livrés par leurs troupes , furent mis à mort.

DÉMETBius soTEB.— Lenomde Soter fut donné à Démétrius par les habitants delà Babylonie. Timarque était, depuisle règne d^Antiochus Epiphane, gouver- , neur de cette province; Héraclide recevait les impôts. Tous deux, ils se réunissaient pour opprimer le peuple. Timaraue se proposait même de s'affranchir ne l'obéissance; Démétrius le fit mourir, et bannit Héraclide, qui était moins coupable. Ce prince, pour obtenir l'assentiment des Romains , &t de grandes promesses aux ambassadeurs que Rome entretenait en Cappadoce; enfin il fut reconnu roi. Démétrius, pour témoigner sa reconnaissance, envoya à Rome une couronne pesant dix mille pièces d'or pour le sénat, livra aux amis d'Octavius son meurtrier Leptine, et Isocrate, orateur qui avait loué publiquement l'assassinat.

II se forma des conspirations contre Démétrius; elles étaient encouragées par Ptolémée Philométor, Attale et Ariarathe. Deux hommes y prenaient surtout une part active : Holopherne, autrefois roi de Cappadoce, et Héraclide, l'ancien trésorier de la Babylonie. Celuici , réfugié à Rhodes, y trouva un jeune homme nui lui sembla convenir en tout point à 1 exécution de ses desseins; c'était Balas. Héraclide le fit passer pour le fils d'Antiochus Épiphane, et le conduisit à Rome* Les Romains découvrirent la fraude, mais ils se prêtèrent aux

manœuTresd'Héraclide.Balas, de retour en Orient, se jeta dans Ptolémafs, et seGt déclarer rot, sous le titre d*Alexaa* dre, fils d*Antiochus. Les rois d'Egypte, «le Pergame et de Cappadocelui prêtèrent aide et appui. II eut bientôt rassemblé autour de lui des forces assez considé* râbles pour lutter avec succès contre celui quil voulait détrôner. Enfin il livra une grande bataille qui fit perdre à Démétrius la couronne et la vie (149).

ALEXANDRE BALAS. — Pour affermir sur le trône de Syrie Taventurier qu^ii avait déjà si puissamment aidé , PtoléméePhilométor, roi d*Égvpte, lui donna en mariage sa fille Cléopatre. Alexandre Balas ne devait pas se maintenir long** temps dans le haut rang où le hasard plus que son mérite Tavait placé. Il se livra avec Ammonius, son ministre et son complice, à de détestables excès.

Cruel dans ses craintes, il voulut anéantir la race des Séleucides ; mais il restait un Gis de Soter, qui portait, comme son père, le nom de Démétrius. Ce fut lui qui entreprit de venger sa famille. Tandisque Balas est menacé dans son propre palais par une conspiration, Démétrius pénètre en Syrie avec des troupes. Bientôt même il reçoit des secours du roi d'Egypte. Alexandre,abandonnéde tous, se sauva dans le pays des Arabes. Ce fut là qu'il fut tué (146).

BÈGNES DE DÉMÉTRIUS II NICATOB,

d'antiochus theos, de TBYPHON,

DE CLÉOPATBE ET d'aNTIOCHUS SI-

BETÈs. — Démétrius, prince faible et corrompu , montra dans Texercice du pouvoir autant de faiblesse que son prédécesseur. Il abandonna le gouvernement à Lasthènes. Cet étranger avait rendu au roi d'importants services, et la reconnaissance de Démétrius était le fondement de son pouvoir. Mais Lasthènes avait un génie au-dessous de sa position; il affaiblit la Syrie en vou* lant la réformer. Inspiré par des craintes imaginaire^ il licencia Tarmée syrienne, et fit des anciens soldats, natuîellement dévoués , des ennemis déclarés du roi. Sur un simple soupçon , il ordonna le massacre des auxiliaires égyptiens, et ne conserva pour la défense du pays que des troupes grecques. Des mesures aussi imprudentes excitèrent <ian$ Antioche une sourde opposition.

Le roi et son ministre crurent empêcher une révolte en désarmant tous les habitants; mais ce nouveau coup d*une ty** rannie ombrageuse fit éclater le mouvement. Cent vingt mille hommes se soulevèrent. Le roi, réfugié dans son palais, attendait du secours de Jonathan. Trois mille Juifs accoururent à son appel : ils tuèrent cent mille Syriens, et ne ({uittèrent Antioche qu*aprè8 Tavoir pillée et brûlée (*).

La capitale de la Syrie présentait les apparences du calme, mais la colère des habitants, comprimée un moment, n'était pas apaisée; les sanglantes exécutions qui se renouvelaient chaque jour entretenaient encore la haine des^Antiochiens contre Démétrius; ils attendaient l'occasion de se venger. Ces dispositions du peuple encouragèrent l'amoition de Trvphon Diodotus, ancien gouverneur d^Antioche sous Alexandre Balas. Tryphon courut en Arabie, où Zabdiel élevait le fils d'Alexandre, et se fit remettre le jeune prince. Les troupes syriennes, dont Démétrius avait méprisé les services, ouvrirent l'entrée du pays à Diodotus, et le conduisirent à Antioche. Le peuple reconnut le descendant de son ancien roi , et Antiochus surnommé Theos prit la couronne. Démétrius fut défait dans un combat et forcé de s'enfermer dans Séleucie (144-) ; il ne conserva que les villes du littoral. Tryphon songeait déjà à profiter pour son propre compte de la révolution qu'il avait dirigée au profit d' Antiochus. La fidélité de Jonathan était le seulobstacleà l'exécution de ses desseins. Il fallait donc attaquer les Juifs et s*emparer de leur chef. Tryphon ne recula pas devant des moyens peu honorables pour se débarrasser de Jonathan, qui, fait prisonnier par trahison, fut ensuite massacré {**), Peu de temps après, Antiochus fut assassiné. Sa mort livra au meurtrier toute la partie de la Syrie qui avait abandonné Démétrius. La fortune débarrassa Tryphon de ce dernier adversaire.

Démétrius marcha au secours des co*

(*) Et occideruni in illa die eentum milita hominttm et euccenderunt civitatem, et eepe* runt spolia •mulia in die illa et liberaverunt eum, Machab., I, XI. 4S. —V. Maok , p. MM.

(**) Munk, p. 607 et 608. — Machab., 3UI, IX, 39,64, XIIl, 1,30.

U LTNIVERS.

lonîes grecques de la rive gauche ae l'Ëuphrate, et s'engagea dans une guerre contre les Partlies(142). D'abord victorieux , il espérait reprendre Antioche et la Syrie orientale; mais les chances de la guerre, tournèrent contre lui; il fut fait prisonnier et vécut longtemps'dans une captivité honorable. Ainsi s'établit

la puissance des Parthes. Nous verrons bientôt cette nation guerrière traverser l'Ëuphrate et désoler, par ses incursions , le pays que les premiers Séleucides avaient élevé à un si haut degré de puissance et de civilisation.

La Syrie continua à reconnaitredeux maîtres. Cléopâtre, femmede Démétrius, régnait dans Séleucie; elle ouvrit les portes de cette ville à tous les réfugiés qui fuyaient la tyrannie de Tryphon :

pour anermirsa puissance, elle épousa le frère de Démétrius, A ntiochus, appelé Sidefés. Ce prince attaqua Tryphon, le vainquit et le tua (139).

GUEBBE CONTBE LES PABTHES; LA.

JUDÉE INDÉPENDANTE DE LA SYBIE ; BETOUB DE DÉMÉTBIUS. — AutiocllUS,

seul maître de la Syrie, combattit les Juifs (*) et flt la guerre aux Parthes. Le voisinage de ce peuple troublait la sécurité des Syriens ; il s'agissait de le repousser des bords de TEuphrate. Une armée de 80,000 hommes se mit en marche p#ur une première campagne. Elle traînait à sa suite des Glles de joie , des artisans qui s'exerçaient à enrichir les vêtements et même les chaussures des soldats des métaux les plus précieux ; cnGn une foule de cuisiniers qui préparaient dans des vases d'or et d'argent des mets exquis et recherchés. Antiochus ftjt victorieux; soutenu par Hyrcan et par les Juifs, par les populations de la Médie et de la Babylonie, que les souvenirs encore récents de la domination des Séleucides rattachaient à la cause des Syriens, Antiochus repoussa les Parthes jusque dans les montagnes où ils avaient vécu longtemps inconnus. Mais Isi mauvaise organisation de Tarmée causa bientôt des malheurs faciles à prévoir. Pour entretenir un luxe insatiable, les soldats opprimaient les peuples auxquels Us devaient leurs victoires. La réaction fut terrible. Au jour convenu , les ha-

(*) f^oyez pour les affaires de la Faleatioe ,

Muok, p. 5U9, 510.

bitants des provinces nouvellement rêo« nies à la monarchie syrienne entourent les corps séparés de l'armée d' Antiochus et les enveloppent dans un massacre général. Le roi accourt avec quelques troupes au secours des quartiers les plus rapprochés; mais il arrive trop tard. Les ennemis se jettent sur son escorte

et le tuent; ses restes furent renvoyés en Syrie. Sa fllle, tombée au pouvoir des Parthes , épousa Phraate (*) (I8Û). Les Parthes avaient rendu la liberté à Démétrius; ils se repentirent bientôt de leur générosité. Phraate voulut reprendre son prisonnier, mais les cavaliers parthes envoyés à la poursuite du roi ne purent l'atteindre. Dès lors les Syriens avaient un chef pour arrêter les progrès de l'ennemi.

Des événements nouveaux remuaient rOrient. Les Juifs avaient proclamé leur indépendance. Déjà leur clief Hyrcan se rendait maître des villes frontières de la Syrie. Les Parthes étaient engagés dans une guerre contre les Scythes; en même temps des luttes intestines ensanglantaient l'Egypte. Dans ce pays un parti appelait Démétrius au trône'. Le roi de Syrie alla mettre le siège devant Péluse (128). Son départ fut le signal de la révolte dont Antioche et Apamée étaient le foyer. Elle rappela Démétrius de son expédition d'Egypte.

MOBT DE DEMÉTBlUS NIGATOB ; ALEXANDBE ZEBINAS; GLÉOPIlTBB ET

SES FILS. — La J udée augmentait encore les embarras du roi de Syrie; elle avait envoyé une ambassade à Rome. Sur sa demande le sénat défendit à Démétrius de traverser la Palestine avec son armée. Démétrius dut se soumettre aux volontés de Rome. Sa position était précaire; le roi d'Egypte, Ptolémée Physcon, envoya aux villes révoltées le fils d'un petit marchand d'Alexandrie nommé Alexandre Zebinas {**). C'était un homme de talent et dont le caractère ne manquait pasdegrandeur.il battit son rival près de Damas. Démétrius Nicator, forcé de prendre la fuite, espéra trouver un asile dans Ptolémaîs; sa femme y commandait. Mais celle-ci n'avait pas pardonné a son époux l'outrage gu'il lui

C^Monk, p. 511. — Justin, XXXVIII, 9, ro; XXXIX, 1.

(**; ZebinaSf c*est-à-(lire acheté à l*encan. .

avait fait en épousant > pendant son séjour chez les Parthes, la princesse Rbodoguiie. Elle saisit celte occasion de se venger, et ferma les portes de la ville à Démétrius. Le roi fujïitif se dirigea vers Tyr, où il fut tué (125).

Cléôpâtre et Alexandre Zebinasse partagèrent la Syrie par une convention tacite. La veuve cfe Démétrius fit reconnaître eomme roi son fils aîné, Séleucus. Mais bientôt elle craignit que le jeune roi ne voulât tirer vengeance de la mort de son père ; elle se débarrassa de cette inquiétude par un meurtre (124). Cependant, sa puissance avait besoin d^un appui . Les Syriens ne supportaient qu'avec répugnance la dommation d'une femme. Cléôpâtre tira d'Athènes son second fils, pour le faire monter sur un trône, souillé du sang de ses plus proches parents. Antiochus. que ses flatteurs nommèrent Épiphane, et que le peuple appela Grypus (*) , avait environ vingt ans, lorsque sa mère lui donna le titre de roi. Elle espérait conserver la suprême puissance ; elfe comptait même se défaire du frère de Séleucus par un nouveau crime, dès que Zebinas ne serait plus à craindre. Mais TËgyptien se maintenait en Syrie. Quelque temps après la mort de Démétrius, Laodicée avait reconnu Séleucus; Alexandre vint assiéger cette ville , la prit et fiardonna aux habitants. Mais enfin a fortune tourna contre lui. Ptolémée Physcon fit alliance avec Cléôpâtre, sa nièce, et lui envoya de nombreux secours contre un homme que la protection de l'Egypte avait élevé au rang suprême en Syrie. Pour resserrer les liens de l'union de Cléôpâtre et de Ptolémée, le jeune roi Antiochus épousa Tryphène, princesse d'Egypte. Zebinas se préparait à soutenir la lutte. Il rassemolait l'argent nécessaire pour l'entretien des troupes et pour les premiers besoins de la guerre. Mais les contributions des villes ne purent remplir le trésor. Zebinas ne craignit pas de dépouiller les dieux ; il s'empara des richesses renfermées dans le tem|)Ie de Jupiter. Les habitants d'Antioche, indignés de ce sacrilège , forcèrent le roi à

(*) Grtfptts^ c'est-A-diW qui a un nez aquilin. L'historien Josèphe lui doDoe le nom dePhiUh mélor ( iiv. 3ail, C 17 ).

quitter la ville. Le soulèvement enleva à Zebinas tous ses partisans ; abandonné des Syriens, ce prince tomba bientôt entre les mains.des ennemis, qui le tuèrent. Par la mort de son adversaire, Antiochus resta seul maître de la Syrie; il entrait dans un âge où la soumission aux volontés absolues d'une mère devenait plus difficile. Cléôpâtre n'hésita pas devant un crime : elle résolut de mettre sur le trône à la place d'Antiochus , son troisième fils qu'elle avait eu d'Antiochus Sidetès. Mais le roi se défiait des secrets desseins de sa mère. Un jour que Cléôpâtre, au retour de la chasse, lui pjpésentait un breuvage em-

fwisonné, O-U pria de porter d'abord a coupe à ses lèvres. Cléôpâtre hésita, et déjà les courtisans , muets témoins de cette scène, pénétraient le terrible secret caché sous les refus de la reine.

Elle prit enfin la coupe, et mourut, 120 (*).

ANTIOCHUS GEYPUS ET AKTIOCHUS DE cyzique; mobt de CLÉOPATBB ET DE tbyphene; bappobts de la

SYBIE AVEC LA JUDEE ET AVEC L'b-

GYPTE. — Il était dans les destinées de la Syrie , au second siècle avant Jésus- Christ, de se voir continuellement disputée par des ambitieux. Quelques années après la mort de Cléôpâtre, une nouvelle guerre civile déchira le royaume des Séleucides. Cléôpâtre avait eu un fils de son mariage avec Sidetès. Lorsque Démétrius sortit de captivité, craignant pour les jours de cet entant, elle l'avait confié à Teunuque Cratère, qui le conduisit à Cyzique. Le jeune Antiochus prit de la ville où il avait trouvé ua refuge, le surnom de Cyzicéuien. Après la mort de sa mère, il continua à vivre dans la retraite et dans l'obscurité , jusqu'au moment où les dangers que son nom attirait sur lui le déterminèrent à sortir de son exil. Grypus avait, en effet, tenté de faire empoisonner son frère

(*) Les autears anciens ne s'accordent pas sar les clroonstaoces qai précédèrent ou accompagnèrent la mort de Cleopàtre. Justin ( XXXVI, XiXVIII, XXXÏX ), Tauteur du livre des Machahées { 1. 1, c. Il, 13, 14, 15), Josèphe ( Ant Xni ) et Appien (tib. Syr. in fin. ) rapportent d*une manière différente les événements qui se passèrent en Syrie sous Déoiélrius, Trypiion» Sidetès , Grypus et Cléôpâtre. Nous avons pris de ces iiistorieuA ce qui nous semble le plus vraisemblable.

jse

LUNIVERS.

Qtérin; des circonstances imprévues permirent au Cyzicénîen de se venger.

Ptolémée Lathyre,roi d'Egypte, venait de répudier Cleopâtre, sa femme, sœur de Tryphène, qui partageait avec Gry pus le trône de Syrie. Cleopâtre offrit sa main à Antiochus. Le mariage fut célébré; et la guerre, conséquence immédiate de ct-tte union, éclata en Syrie (113). liCS deux frères se livrèrent bataille. Antiochus de Cyzique fut vaincu, et contraint de quitter le pays où il avait espéré fonder sa puissance; il n'emmena pas sa femme avec lui ; mais il la laissa aux Antiochiens , comme un gage de son prochain retour en Syrie.

Folle et imprudente confiance! Assiégée dans Antioche, mal défendue par une population (ju'aucun lien d'amour n'attachait à elle , Cleopâtre espéra que les dieux la protégeraient mieux que les hommes. Elle se retira dans un temple , lorsque les ennemis forcèrent les portes de la ville. Grypus était bien décidé à ne pas violer le lieu saint où Cleopâtre s'était choisi une retraite. Sa compassion fut fatale à la reine. Tryphène soupçonna une liaison secrète entre Cleopâtre et son mari; emportée

fiar une aveugle jalousie, elle résolut a perte de sa propre sœur. Grypus ne put arrêter les projets de sa femme.

Des soldats furent envoyés dans le temple, où ils trouvèrent Cleopâtre aux pieds de la divinité, dont elle tenait les genoux étroitement embrassés : pour la détacher de l'image sacrée, on fut forcé de lui couper les poignets ; elle fut impitoyablement massacrée.

La dernière parole de la victime avait été un cri de vengeance ; sa voix fut entendue. Antiochus de Cyzique revint avec une armée; vainqueur dans^cette seconde lutte , il fit Tryphène prisonnière; et la sœur de Cleopâtre expia son crime dans les supplices ( 112 ). Le Cyzicénien gouverna la Syrie pendant le temps nécessaire à Grypus pour rassembler de nouvelles forces. Au bout d'un an , ce dernier quitta Aspendus , ville de Pamphylie, et rentra en Syrie. Le pays fut divisé entre les deux frères. Grypus laissa à son rival la Cœlésyrie et la Phénicie; Damas devint la capitale du nouveau royaume (111).

L*année suivante ( 1 10 ), le roi de Da-

mas intervint dans les affaires des .luîfs Son expédition sur Samarie ne fut pas heureuse (*).

Durant cette période , d'odieuses intrigues et une suite continuelle de crimes remplissaient le palais d'Alexandrie. La couronne d'Egypte passait de mains ea mains. Ptolémée Lath3rre, chassé par sa propre mère de son royaume, vint demander au Cyzicénien des secours pour rentrer à Alexandrie. Ces relations mspiraient des craintes justement fon* dées an nouveau roi d'Égypteetà Cleopâtre, mère de Lathyre. Pour éloigner la guerre civile de l'Egypte, ils s'efforcèrent de susciter en Syrie une nouvelle lutte entre les deux frerès. Pour arriver à ce but, Cleopâtre envoya Sélène, femme de Ptolémée Lathyre, au roi d'Antioche. Grypus épousa la princesse égyptienne, qui apportait à son nouveau mari des trésors et une armée. Sélène était ambitieuse; elle fit déclarer la guerre au roi de Damas ( 101 ). Mais, après quelques années d'hostilités, Antiochus Grypus mourut assassiné par un courtisan, nommé Héracléon. Le Cyzicénien profita du trouble où cette mort plongeait Antioche pour s'emparer de cette ville (97); il voulut conquérir toute la Syrie, et s'apprêta à écraser d'un seul coup tous les nls de Grypus (**). Une bataille décisive fut livrée; Antiochus de Cyzique fut pris et tué par le jeune Séleucus.

LES FILS DE GRYPUS ; TIGR4NE BOl

DE sybie; le pays réduit en province ROMAINE. — De nouveaux compétiteurs se disputèrent la couronne de Syrie, aprè5 la mort d'Antiochus. Les enfants des deux princes rivaux commencèrent une guerre dont le résultat fut Taffaiblissement complet du royaume. Antiochus Eusèhe fut dans les commencements plus heureux gue ne l'avait été son père, le Cyzicénien. Il força Séleucus , son ennemi (93) , à passer en Cilicie. Là , le fils de Grypus poussa , par ses intolérables vexations , les habitants au désespoir. Il s'était établi à

(*) Nous renvoyons pour les détails de cette guerre au savant ouvrage de M. Munk ( page 628, b. )

(»♦) Grypus avait cinq fils : Séleucus, Antiochus, Philippe, Démétrius, et AnUocbusDiouy- Bios.

SYRIE ANaElNNE.

Mopsoeste, et y levait des contributions extraordinaires; il espérait, à Taide des biens des particuliers, se mettre en état de pouvoir recommencer la campagne.

Mais sa rapacité excita un soulèvement.

Le peuple de Mopsueste prit les armes, vint entourer la demeure du roi et y mit le feu. Séleucus mourut dans les flammes. Il trouva des vengeurs dans ses frères. Antiochus et Philippe rassemblèrent quelques troupes. Les révolutions, qui afOigeaient depuis longtemps la Syrie, avaient rempli le pays d*hommes prêts à suivre tous ceux qui .voulaient ks mener an pillage. Antiochus et Philippe Grent un appel à ces bandits, et les jetèrent sur Mopsueste. La ville fut détruite et les habitants massacrés. Au retour de cette expédition , la petite armée rencontra Eusèbe, près de 1 Oronte ; elle ne put tenir contre des soldats bien disciplinés. Antiochus perdit la vie dans le fleuve, ma?s Philippe se retira en bon ordre, avec la plus grande partie de ses hommes (92). Eusèbéu*ayant pu l'atteindre, voulut au moins ruiner les droits d'un compétiteur qui pouvait devenir menaçant ; et il crut arriver à ce calcul, en épousant la veuve de Grvpus. Ce ma« riage ne 6f que lui créer âes embarras inattendus. Selène , sa nouvelle épouse , avait, à la mort de Grypus , retenu sous son pouvoir des villes importantes , défendues par des soldats qui lui étaient dévoués. L'alliance de cette princesse et d'Eusèbe excita la jalousie des prétendants. Le premier époux de Sélène, qui vivait encore, Ptolemée Lathyre, comptait, en renouant des liens brisés depuis longtemps, rattacher la Syrie au royaume d'Egypte. Trompé dans ses espérances, il prit, comme instrument de sa colère, Démétrius Euchère, quatrième fils de Grypus, et le fit roi de Damas. Eusèbe , attaqué par les Ë^ptiens et par leur

{trotégé, lutta péniblement contre Phiippe dont les forces croissaient chaque jour. Vaincu, il alla mendier l'hospitalité et les secours des Parthes; ces W* bares saisirent l'occasion d'attaquer les Syriens. Euchère tomba entre leurs mains. Mais un nouveau prince, le plus jeune des fils de Grypus, Antiochus Oionysius, s^assitsur le trône de son frère puîné. Ainsi, à mesure que la guerre enlevait à la Syrie un de ses tyrans,

d'autres se montraient aussitôt pour* recueillir l'héritage du mort. Les circonstances qui semblaient devoir ramener le calme et la paix multipliaient donc les fureurs de la guerre civile. Le commerce était abandonné, l'ancienne prospérité de la. Syrie n'était plus qu un souvenir; rien, enfin, ne faisait présager un changement dans les affaires. Les peuples se lassèrent de tant de maux ; ils résolurent de chasser les Séleucides , et d'acheter la tranquillité au prix de leur indépendance. La Syrie ne se sentait pas la force de se gouverner par elle-même et sans roi. Elle se donna à Tigrane, roi d'Arménie. Mégadate commanda dans Antioche et dans Damas au nom du monarque étranger (83). Philippe disparut alors. Eusèbe trouva une retraite eu Cilicie. Sélène» plus adroite Sue son époux , sut conserver le midi e la Syrie et de la Phénicie. Elle éleva en paix, dans son petit royaume, deux jeunes princes : Antiochus I Asiatique Ô et Séleucus Cybiosactes. Les autres provinces syriennes , réunies à l'Arménie, eurent de longues années de repos. Les guerres de Mithridate avec Rome rompirent une paix quiduraitdepuisquatorze ans. On connaît les relations de Mithridate avec Tigrane; le général arménien , Mégadate , fut chargé de porter secours au roi du Pont (69). Le fils d'Eusèbe, Antiochus l'Asiatique, profita des événements dont l'Asie Mineure était alors le théâtre; il aprparuten Syrie au moment* où les Arméniens la quittaient pour aller défendre leur pays. Son nom excita, un vif enthousiasme parmi le peuple, qui . se précipitait toujours avec ardeur dans les nouveautés ; il ressaisit le pouvoir que ses ancêtres avaient possédé autrefois. II sut se maintenir pendant quatre ans dans la Commagène. Mais lorsque, en 65, Pompée, victorieux, se présenta sur les hauteurs du mont Amanus, Antiochus ne put arrêter sa marche. Cl Pompée descendit dans la Syrie ; « et, comme elle n'avait pas de rois lé- « gitimes, dit Plutarque (**), il en fit

(*) Antiochas VAHatique est aassi appelé sar les médailles Epiphanes, PhUopatoty CallU\icitseiCommagenus. Foij. Vaillant; Se/tfMct(/arum imperium sive historia regum Syriai p.4()7; Parts, 1681.

{**)Fi«dePompét,AU

Se

L'UNIVERS

« une province romaine. » Pompée passa ensuite en Judée; il visita une seconde fois la Syrie , au printemps suivant , et donna à ce pays une administration toute romaine O-

« HISTOIBE DU LA SYBIE DEPUIS LÀ CONQUETE DE CE ROYAUME PAR POM- PÉE jusqu'au moment ou LES PRO- YINGES FURENT PARTAGEES ENTRE

AUGUSTE ET LE SÉNAT. - Après le retour de Pompée en Italie, la Syrie fut administrée successivement par Scaunis^ Marcius Philippus, Lentulus Marcellinus et Gabinius. Ces gouverneurs n'eurent à redouter aucune tentative des princes Séleucides. Antiochus Unit ses jours dans Fobscurité de la vie privée; son frère, Séleucus Cybiosactes, après avoir épousé Bérénice, reine d'Egypte, mourut assassiné par sa femme.

La cupidité et l'avarice avaient été les seules passions de ce prince. Lorsque Gabinius sortit de cbarge, la Syrie fut élevée au rang de province consulaire (55). Crassus en obtint pour cinq années le commandement.

Depuis quelques années les Arabes faisaient en Syrie des irruptions fréquentes {**); Crassus tenta ne les repousser dans leurs déserts. Sa dernière expédition fut dirigée contre les Parthes. Nous mentionnerons les faits qui se rapportent à la Syrie , et qui se passèrent en deçà de FEuphrate (64 et 53).

« Crassus, dit Plutar que (***), se con- « duisit plutôt en commerçant qu'en « général d'armée, ce qui lui attira un « blâme universel. Au lieu de faire la * revuede ses troupes, de les tenir en ha- « leine par des exercices et des jeux mi- « litaires, il s'amusa pendant plusieurs « jours à compter les revenus des villes, « a peser lui-même à la balance tous les « trésors que renfermait le temple de la « déesse d'Uiérapolis. 11 envoyait de-

(*) Ab Antmchensibiu peeunia* accipiens

Pompeius dvitatem/ecit aOTÔvo(Myv honore

iUii habiia quod ab Mheniemibus originem aiéam deducertnt; aUquantum agrorum Daph" liensibus dédit quo lucus quem consecravit ibi spatiosiorjleret^ delectatus amœnitate loci et aquoTnim abundanUa. Seleuciam quoque Pierianif vicinam Antiochiœ^ libèrtate donof mt , eo quod regem Tigranem nén recepisêet, Yaiilant; Selvucidarum impetiurn, etc., p. 404.

, dans la couectioQ

(•*) roy, No<*l de» Vergers , d de Y univers; Arable, p. 96, al J (**'*) rie de Crastus.VL'l.

« mander aux peuples et aux villes des « contributions en hommes pour recru- « ter sou armée; et ensuite il les exemp- , « tait pour de l'argent. Cette conduite « le rendit méprisable à ceux même qui « obtenaient des exemptions. Le pre- « mier présage de ses malheurs lui vint « de cette déesse d'Uiérapolis,qui, selon a lesuns, est Vénus, suivant d'autres, Jua non , et que quelques- uns assurent être « la nature même , qui a tiré de la subs- « tance humide les principes et les se- « menées de tous les êtres, et a fait con- « naître aux hommes les sources de tous « les biens. Comme il sortait du tep- « pie, le jeune Crassus fit une chute « sur le seuil de la porte, et son père « tomba sur lui. Pendant qu'il rassem- « blait ses troupes de leurs quartiers « d'hiver, il reçut des ambassadeurs d'Ara sace, roi des Parthes. » Ils portaient des propositions de paix ; Crassus les repoussa , et se mit en marche. Il dirigea son armée sur Zeugma ; là , en passant l'Ëuphrate, des présages terribles accablèrent encore une fois l'esprit des soldats, sans pouvoir changer les desseins du triumvir, qui s'enfonça résolument dans le pays ennemi. Peu de temps après, on apprit en Sydiela Gn tragique de Crassus et la destruction presque complète de ses légions (53). Le questeur Cassius et cinq cents cavaliers avaient abandonné Crassus ; ils donnèrent les premiers détails du désastre. LesSyriensse préparèrent à repousser une invasion qui paraissait imminente. Les Parthes arrivèrent en effet (52); mais, assez nombreux pour un coup de main, trop faibles pour soutenir une guerre ouverte, ils ne firent que paraître et se retirèrent presque aussitôt au delà de l'Ëuphrate. Cette expédition sans résultat ne découragea point les barbares. Il paraît qu'ils entretinrent des relations avec Pintérieur du pays jusqu'au moment où des forces plus imposantes leur permirent de tenter sérieusement la conquête. En 51, Osacès et Pacorus , fils du roi Orodès , traversèrent la Svrie et se présentèrent devant Antioche. Cassius, enfermé dans cette ville, les attendait sans crainte. La situation d'Antioche, ses fortifications imprenables rendirent inutiles lésassauts des barbares. Pacorus leva le siège et voulut contmuer sa marche; mais Cas-

sîus épiait tous ses mouvements; il saisit le moment favorable pour se jeter sur les Parthes, et les attaqua à Pimproviste. Osacès fut tué dans un engagement meurtrier. Pacorus retourna en Mésopotamie avec une armée considérablement réduite.

Bibulus eut Tadministration de la Syrie après Cassius (50). II ne montra pas contre les Parthes la fermeté et le courage dont son prédécesseur avait fait preuve. Loin d'inquiéter les barbares, il les laissa pénétrer dans sa province, et s» tint renfermé derrière les murailles d'ATitioche (*), où peut-être même les Parthes vinrent l'assiéger (**). Le gou- Yerneur tendit des pièges aux Parihes dans leur propre pays, et sut y exciter la guerre civile^ par ce moyen, il débarrassa la Syrie des ennemis qui la ravageaient.

De nouveaux malheurs allaient fondre sur la Syrie. Lorsqu'elle fut réunie à la république romaine, cette province ressentit toutes les commotions qui préparèrent la puissance des Césars ; et cependant, elle ne fut le théâtre d'aucune des grai des luttes de cette époque (49). Au moment où Pompée et Jules César jouaient la fortune du monde, Métellus Scipion prit possession du gouvernement de Syrie. Nous trouvons dans Cé-ar (***) uu tableau vivement tracé des vexations dont ce pompéien accabla FAsie Mineure. On peut soupçonner, non sans quelque fondement, que la Syrie fut enveloppée dans le même système d'exaction et de tyrannie. « Il imposa de gran- « des sommes aux villes et aux tyrans; « il exigea des publicains le payement « de deux années qui étaient échues, et « l'avance de Faimée suivante par forme

« d'emprunt ; puis il retira de la Sy-

« rie sa cavalerie et ses légions. Les « sommes imposées à toute la province < étaient exigées avec la plus grande ri- «gueur : la cupidité s exerçait sous « mille formes diverses. On mit une taxe « sur les esdiaves comme sur les hom-

. (*) B^o, nin Bibulus, quij dum unus hospes inSyna/uitj pedem porta non plus extulit^ qmm domo sva, adniteretur de triumpho, eqiio anima casifn. Clcéron» EpisU ad .4t/, VI, 8. (**; Hoilibus Parthis..,qui puutoanle W.Oas- «wnj imptrattmtm interfeceratU, et .V. Bihutum *nob$idione habuerant. Cœsar, Bell- civ.» 111,31.

« mes libres , sur les colonnes et sur les « portes des maisons : on demanda des « fournitures de grains, des soldats, des « rameurs, des armes, des machines, « des chariots. Tout ce qui peut avoir « un nom fut converti en impôt. On « établit des chefs non-seulement dans « les villes, mais dans les villages et les « châteaux : le plus dur et le plus cruel « passait pour l'homme le plus ferme « et le meilleur citoyen. I-.a province « était remplie de hcteurs, d'agents, « d'exacteurs de toute espèce, qui exa torquaient des sommes pour leur pro- « précompte, outre celles qui étaient « imposées. Ils disajent que, chassés « de leurs maisons et de leur patrie, a ils étaient dénués de tout, couvrant « d'un prétexte honnête leur infâme con- « duite. A ces impositions excessives se « joignait encore l'énormité des usures, « trop ordinaire en temps de guerre.

« Le délai d'un jour paraissait une fa-

« veur (*). » Ainsi commencèrent

à s'établir les contributions ruineuses, qui, restreintes par quelques empereurs, augmentées par le plus grand nombre, réduisirent la Syrie, dans les siècles suivants, à d'aftreuses extrémités.

Cependant, les dispositions de Métellus Si-ipion inquiétaient César. Il envoya en Orient lejuif Aristobule, prisonnier à Rome (**). L'agent de César fut tué, et Métellus , avec une flotte composée en

Sartie de vaisseaux syriens, alla rejoinre, en Grèce, les légions de Pompée, et combattit à Pharsale (48).

César, vainqueur, vint en Syrie : il donna aux habitants des preuves de cette bienveillancequ'iltémoignaitaux provinciaux, et qui est un de ses principaux titres de gloire (47). Il confia la défense du pays à une légion, promettant peut-être aux Syriens de revenir bientôt, à la tête d'une puissante armée, et de refouler les Parthes dans tes déserts de ia haute Asie. Mais ses intérêtsjes plus pressants l'appelaient à Rome' et en Afrique. César traversa la Cilicie, et s'empressa d'aller rejoindre ses ennemis. Il conûa le eouvernement de la Syrie à Sextus César, son parent, homme faible et méprisé des soldats. Il y avait alors eu Orient, parmi

(») Caes., loc. ciL, Irad. ArUad,édit Paa-^ coucke, t. m, p. 4:{, et suiv.

(*") Munk, p. 538.

eo

L'UNIVERS

les restes du parti de Pompée, un chevalier romain nommé Cécilius Bassus.

Depuis la bataille de Pbarsale , lYr lui servait de retraite. De là, il tournait avidement son attention sur l^s troubles de la République; mais Pétat de TOrient Toccupait surtout. îl ne voyait à la tête de ces contrées qu'un homme jeune, sans expérience, sans popularité. Naguère encore Sextus avait dépouillé de ses richesses le temple de THercule phénicien. Tune des principales divinités de rOrient. Cécilius crut qu'il serait facile d'enlever la Syrie à ce jeune imprudent ; vaincu dans une première rencontre, il gagna les soldats de son ennemi, qui tuèrent teur général.

Jules César vivait encore. Cécil'us, qui craignait sa colère , se fortifla dans A pâmée, et se ligua avec les Parthes, fidèles alliés de tous les ennemis de Rome. Soutenu par les barbares et par deux lésions, il repoussa Antistius Vêtus, envoyé par le dictateur, et p^ u de temps après, Statius Murcus, nommé proconsul de Syrie, et les trois légions qui le suivaient. Q. Marcius Crispus vint alors de Bithynie, avec trois autres légions, pour renforcer l'armée du proconsul.

Ces deux généraux tiurent Cécilius enfermé dans A pâmée sans pouvoir s'emparer de cette place Tel était l'état des affaires en Syrie, lorsque Jules Cé^ar fut assassiné (*).

Le parti de César et celui de Brutus se disputaient les provinces. Le sénat avait donné là Svrie à Cassius , le peuple au consul Dolabella, ami d'Antoine.

Cassius arriva le premier en Orient. Son nom, dont le souvenir n'était pas éteint dans ces contrées, rallia autour de lui toutes les forces militaires; et, quoiqu'il fût descendu en Asie avec une poignée d'iiommes et presque sans argent, il vit bientôt huit légions rangées sous ses étendards. Dès qu'il parut, Crispus et Statius Murcus résignèrent leur pouvoir entre ses mains. Mais il eut plus de peine à se faire reconnaître par Cécilius, qui, en prenant les armes contre César , au nom de Pompée, n'avait entendu

(*) A'otf. Cic Epist ad JiL, XIV, 9; ÀdfamiYo XII, 12, 14.- Appien,/^e//.<rtv., IV.- Dion, XLVll. Ce dfrnier auteur dit que Cécilius fut aussi soutenu par un clief arabe, qu'il nomme Aicondius.

servir que sa propre ambition. Cependant, après de longs pourparlers, Cécilius Bassus ouvrit les portes d' A pâmée. Dolabella était alors en Asie Mineure, d'où il se préparait à entrer en Syrie. Albtnus, lieutenant du consul, occupait la Palestine. La nouvelle de la soumission d'A pâmée n'était pas encore arrivée en Judée, lorsque Cassius Longions, par une marche rapide, se présente à Tim-

f)roviste devant Albinus et ses quatre égions, les force à se rendre, et les conduit contre Dolabella. Outre ses douze légions, Cassius comptait encore dans son armée des auxiliaires parthes; en outre, toute la Syrie lui était soumise , à l'exception de Laodicée de Chéronnèse, qui avait appelé Dolabella dans ses murs. L. Figulus, lieutenant de Dolabella (*), stationnait non loin de Laodicée, avec une flotte nombreuse, composée de vaisseaux rhodiens, lyciens, ciliciens et pamphyliens. Pour pouvoir combattre les torces navales de son ennemi, Cassius demanda des secours aux habitants de Tyr et d'Aradus. Ils lui envoyèrent leurs navires. Serapion, qui gouvernait Tile de Cypre, an nom de Cléopâtre, favorisa aussi , mais en secret, renuemi de la reine d'Egypte. Cassius voulait ôter à Dolabella tout moyen de retraite, et il le fit attaquer d'abord sur mer. Statius Murcus, qui commandait les alliés, battit Figulus ; et cette victoire enleva aux habitants de Laodicée tout espoir de repousser l'ennemi. Cependant, ils soutenaient courageusement les assauts des assiégeants. Cassius avait tenté de s*emparer de la ville par trahison ; mais Marsus, qui veillait de nuit à la garde des remparts, avait résisté à toutes les propositions. Le jour, Marsus se reposait, et la défense de la ville était alors confiée à d'autres officiers. Ceux-ci se laissèrent séduire; ils ouvrirent les po^ tes aux assiégeants. Dès que Dolabella apprit l'entrée des soldats de Cassius, il pria l'un de ses gardes de le tuer, et lui conseilla de porter sa tête au vainqueur, afin de sauver sa propre vie. Mais le soldat frappa son maître, et ne voulut pas lui survivre. Le fidèle Marsus se perça aussi de son épée. Ils évitèrent ainsi une mort ignominieuse, etlespec-

(*) Appien donne de grands délaUssurces événements.

éi

tecledesmalheorsqoi accablèrent Laodieée. Tons les quartiers de la ville, et jus* aD*aux temples des dieux , furent pillés, les principaux citoyens livrés aux bourreaux et les plus heureux abindonnés aux vexationsdes questeurs et des publicains. L'armée assiégée reconnut Cassius, et suivît son nouveau chef en Egypte, contre Cléopâtre. Plus tard, après la mort de Bnitus et de Cassius, M. Antoine se souvint du dévouement de Laodicée à la cause de César ; il la déclara libre, et raffraocbit de tout impôt (41) (*).

La guerre civile paraissait éteinte; mais L's partisans de Pompée n*avaient pas renoncé à la vengeance. L*ud d*eux, Labiénus , réfugié chez les Parthes, enflammait les passions belliqueuses de ce peuple. Antoine, qui soupçonnait les manoeuvres secrètes et les projets de .<es ennemis , eut un moment la pensée de les prévenir en se montrant au delà de l'Euphrate; mais Cléopâtre le retint auprès d*elle. Il parcourut rapidement la Syrie, puis confia la défense de la province à Decidius Saxas, général dévoué, et aux anciens soldats de Cassius. Les événements montrèrent à Antoine combien il était imprudent de laisser en Orient une armée d^une foi douteuse {**), Labiénus entretenait avec les troupes des relations cachées. Lorsque l^ barbares eurent traversé TEuphrate, l'année romaine, abandonnant son chef, passa dans leurs rangs. Les villes même accueillirent Tenn^mi. Decidius Saxas demeura seul inébranlable dans son devoir; il se donna la mort. Après la conquête de la Syrie, les Parthes se divisèrent. Aoti^onus, suivi d*une partie de l'armée, alla en Judée; I^biénns, avee le reste, entra en Cilicie, et s^avança jusqu*à Stratonkée, en Asie Mineure.

L'approche de Ventidius, envoyé par Antoine , força les barbares à se retirer vers le Taurus; une bataille s'engagea.

Ventidius. avec des forces inférieures en nombre, avait pris une position avantageuse. Les Parthes, pour Tattaquer, devaient gravir des hauteurs. Ils lurent vaincus dans une seconde rencontre. Bazapharne> un des principaux généraux parthes , fut tué» et la Syrie, à

(') Appien, Bell, eiv., V.

(••) Fou, Piul., fU d^ Antoine. —Justin, lUl, 4. - Dion, XLIX. — Muok, p. 542, a, b.

rexceptîon de Ttle d'Aradus, rentra sous la domination romaine.

La plupart des habitants de la Syrie préféraient la domination des Parthes.

Les Syriens d*Aradus avaient naguère fait périr dans les tourments Curtius Salassus, envoyé d'Antoine. Après le départ des barbares, ils refusèrent d^ou vrir leurs portes à Ventidius, et ne cédèrent qu'après un long siège. Ils avaient compté sur unK nouvelle invasion des Parthes.

En effet, en 38 , les ennemis reparurent sur les frontières. Ventidius avait alors dispersé son armée. Une partie des troupes, envoyées à la défense d'autres provmces, avait quitté la Syrie. Le général romain craignit d*etre attaqué avant d*avoir eu le temps de réorganiser ses 'légions. Il eut recours à la ruse |)our retarder r.igression des Parthes. Il leur fit indirectement parvenir Tavis que les bords dr TEuphrate, du côté de Zeugma, étaient occupés par des corps nombreux, tandis que, au-dessous, le passage était libre. Pacorus dirigea son armée vers Tend roi t qu'on lui avait indiqué , et perdit ainsi quarante jours. Les Parthes entrèrent dans la Cyrrhestique, et rencontrèrent Ventidius, qui les attendait. Ils Tattaquèrent avec impétuosité dans son camp , ou la crainte cl^engaçer une action paraissiait le retenir. Ventidius fut une troisième fois vainqueur des barbares. Les fuyards trouvèrent un asile dans la Commagène. Antiochus, qui régnait dans cette province, se déclara ouvertement leur protecteur. Les Romains, irrités, manherent sur Samosate. Antiochus, assiégé dans sa capitale, offrit mille talents pour obtenir la paix. Ventidius allait accepter, lorsque Antoine, qui accourait en Orient, envoya l'ordre de rompre toute négociation. Antoine prit lui-même entre ses mains la conduite du siège; mais , moins heureux que son lieutenant, il dut se borner à recevoir trois cents talents pour s'éloigner de Samosate. Il quitta la Syrie, laissant l'administration à Sosius, et ne revint que deux ans plus tard (36) ; ce fut après son expédition téméraire et malheureuse contre les Parthes. Il traversa toute la province, en grande hâte, pour gagner la mer, et arriva eii Phénicie, où il devait retrouver la reine d'Egypte. 11 paraissait craindre de dérober

L'UNIVERS

DU seul de ses momenu aux plaisirs et aux orgies qui l*attendaient: cependant la journée cr Actium était proche.

La défaite d'Antoine mit Tempire aux mains de Theureux Octave. En Tannée 30 avant J. C, le nouveau maître du monde visita la Syrie , et y offrit un asile au prinee parthe Tiridate. Le ren- Tersement de la république n'avait point changé ]*état de cette province et de ses habitants.

CHAPiniE VI.

Lk SYRIE SOUS hk DOMINATION BO- MAINE, DEPUIS AUGUSTE jusqu'aux SMPEBEUB8 SYRIENS.

Page 1