LA SYBIE SOUS LES PBEMIBBS CE- SARS ; GUEBBB CONTRE LES PARTHES
— Le 13 janvier de Fan 27 avant Jésus* Christ, Auguste et le sénat se partagèrent les provinces de la république.
L'empereur se fit donner, eu raison même de leur importance, et à cause du voisinage des Parthes, la Syrie et la Phénicie. On sait qu'Auguste se réserva toutes les provinces où étaient réunies de grandes forces militaires.
Quatre légions, c'est-à-dire la septième partie des troupes de PEmpire, stationnaient en Syrie O- 1* importait sinfulièremeut aux Romains de conserver ans son entier cette belle province; c'est par elle qu'ils retenaient dans l'obéissance les populations inquiètes et fanatiques de la Judée et de TÉgypte; qu'ils arrêtaient les bandes d'Arabes habituées à vivre du pillage; qu'ils surveillaient certains rois d'Asie , ceux d'Arménie, par exemple, et même les populations qui habitaient entre le Pont-Ëuxin et la mer Caspienne. D'ailleurs, c'était la Syrie qui devait défendre Tempire contre les rapides et terribles incursions des Parthes.
Cette période d« notre histoire s'ouvre par un traité de paix qui fut conclu entre les Parthes et les Romains , sur les fromlèresde la Syrie. £a l'an 1*' de
(•) Cetera, Africœ per duas lecfiones^ pariquê numéro .^gyptuSf^aekinc iniito ab Syria tisane €id fiamen Bupkrtiteny quantum ingenii îerrarum tinus ambUur, quatMor legionibus coercila. — Tac, Jnn-, iV, (».
notre ère» Caîus César avait été envoya dans cette province. Le jeune prince s< dirigea vers l'Euphrate, qui servait d( limite à F Empire , pour négocier avec Phraate. Au milieu du fleuvf était un^ île; ce fut là le lieu choisi pour Tentre^ Tue. Phraate y vint, laissant son armé^ sur la rive gauche; Caîus « de son côté, qui marchait avec tout l'appareil de la guerre, rangea ses troupes sur le bord opposé. L'historien Velléius paterculus, qui servait alors en qualité de tribun militaire, assista à ces négociations^
3ui se terminèrent, comme nous venons e le dire, par un traité de paix {*). Pluâ tard sous Tibère (16), une révolution
3ui éclata chez les Parthes compromit e nouveau la tranquillité de l'Orient.
Cette nation , toujours si mobile , avait enlevé le pouvoir royal à Vonon, l'ami des Romains. Chassé de son pays,, Vonon était veau demander aux Arméniens une nouvelle royauté. C'eût été pour les Parthes un ennemi formidable, dans le cas où sa tentative aurait eu plein succès. Aussi Artaban, qui l'avait remplacé , résolut de le poursuivre. Les Romains voulaient la paix , et cependant leur politique les forçait à prendre parti dans la querelle. Emliarrassés du rôle que leur donnaient ces nouveaux événements, ils tranchèrent enfin la difficulté par une trahison. Le gouverneur de Syrie, CréticusSilanus, attira Vonon dans sa province, et l'y retint prisonnier.
L'année suivante, Créticus fut remplacé par Pison. Tibère, dans le même temps, envoyait Germanieus en Orient.
Sa popularité, sa grande réputation comme général, en faisaient l'homme le plus capable d'étouffer la guerrre prête a éclater sur toutes les frontières de la Syrie, et les désordres qui menaçaient l'intérieur même de la province.
La Syrie et la Judée souffraient impatiemment le joug accablant que le fisc faisait peser sur elles. £n Cilicie et en Commagène, des factions, réveillées par la mort des rois Pbilopator et Antiochus, appelaient ou repoussaient les Romains. Archélaiis de Cappadoce , qui s'était laissé entraîner à Rome par de
(*) Quod spectaculum..., tribuno milUum mihi vtsere contiçiU-^ YeU. Paterculus U, 101.
fausses paroles d^amitié, avait été dé« pouillé de son royaume, dont Temperear et le sénat Brent une province , et dès lors il était nécessaire de soutenir par la force des armes i*Œuvre de la ruse.
D'autre part, le patronage de Rome s'était durement appesanti sur la Gomma* gèue. Deux frères , A.ntiochus , deuxième du nom, et Mithridate, se disputaient la rovautéde ce petit pays, tandis qu'Auguste et Antoineeombattiient pourTemptre <iu monde (*)• Aiitliridate , après la bataille d^Actium , avait essayé de faire valoir ses droits à la couronne auprès d'Au^ste. Antiuchus fit assassiner le messager qui portait à Tempert-ur les réclamations de son frère. Auguste vit dans c^ attentat un outrage à sa puissance. Il ordonna à Antiocbus de se rendre à Bome^ où il fut ju|{é par le sénat et eondamné a mort. Son (ils , An* tiochus 111 , était eeiui qui mourut au temps de Tibère, et que nous venons de nommer. Autiochus IV fut le jouet des caprices deCaliguIa, qui le fit roi (37 ap. J.C.),puis lui enleva sa couronne. Il vécut sans titre et sans pouvoir jusqu'au moment où Clauoe, toujours équitable envers les provinces et les aU Ijps, lui rendit sa royauté. Nous ver«rons bientôt comment la Commagène fut définitivement rattachée à la pro« vince de Syrie.
Tel était Faspect que présentait l'Orient 80 moment où vint Gt*rmanicus (**).
L'arrivé» de Pison ( 18 de J. C.) avait amené de grands chaiigeinents en Syrie.
Sous son gouvernement, trop relâché et corrompu, la licence régna dans les villes eties campafines, qui devinrent la proie des soldats. Plancine, femme de Pison, habituée à l'intrigue; et qui ne reculait pas devant un crime, contribua singuiiè* rement à accroître le désordre. Ëlles'im* iiiisçait dans toutes les affaires, même dans celles qui concernaient exclusivement l'armée. Cependant Gerni.inicus, après avoir visité la Cilicie, et donné à la Commagène QuintusServsBus pour premier propréteur, se rendit en Syrie. Il venait demander compte à Pison de son administration et de ses actes. Pison et
(•) Dion, LU, 43
n Tacit., ^un,, II, MS, SO, 67, 8$,
Germanicusse'reneontrèrent à Cyrrhus « ville alors habitée par la dixième légion. L'entrevue ne fit que raviver leur haine. Gerinanicus, muni de (louvoirs plus étendus que ceux de son ennemi, changea complètement Tordre de choses établi par Pison. Une ambassade des Par* thesfournitau prince un nouveau moyen de satisfaire son ressentiment. Les envoyés d'Artaban demandaient Téloignement de Vonon. Ce roi détrôné inspirait des craintes sérieuses aux Parthes.
Il avait su , dit-on , capter la faveur de Pison et de Plancine, qui avaient promis de l'aider dans ses projets. Germanicus, SI Ton en croit Tacite, saisit avidement l'occasion d'humilier le gouverneur de Syrie. Il se déclara contre Vonon , et, dans ce but, il acquiesça aux exigences des Parthes. Satisfait deeette vengeance, il quitta la Syrie, visita l'Egypte, puis revint à Antiôche. Pendant son absence, tout s'était fait contre ses intentions. La conduite de Pison l'exaspéra; il Taccabla de reproches, et, vivement énm par le mépris qu'on témoignait pour son autorité , il tomba malade. Bientôt on crut à son rétablissement. Le peuple et l'armée se préparaient à en remercier les dieux, lorsque Pison défendit les sacrifices et fit arrêter les fêtes. Cepen iant la maladie reprit Germanicus, et cette fois il accusa hautement son ennemi de l'avoir empoisonné. Pison, craignant la colère des partisans de Germanicus, se retira à Séleueie. Cette villeest peu éloignée d' Antiôche; la haine de ses accusateurs l'y poursuivit. Il se décida alors à quitter la Syrie. Arrivée Cos, il y apprit (a mort de Germanicus. Cet événement changea ses résolutions^ Il se détermina, parles conseils de ses amis, à reparaître dans son gouvernement. C'était une entreprise pleine d'obstacles et de dangers- Germa« nicus, a y an t de mourir, persistant à regar* der Pison comme sou meurtrier, avait supplié avec les plus vives instances Agrippine, sa femme, et ses amis de prendre soin de sa vengeance. Ils le lui promirent par serment. Après les funérailles, les officiers songèrent à s'acquitter de la niission qu'ils avaient acceptée. Ils trouvèrent un appui dans les dispositions de la multitude. Rn effet, les Syriens , peuple d'une exaltation facile , pleuraieni amèrement la mort de Germanicus. Oa
L'tJNlVERS.
s^occupa d*abord des moyens de fermer à Pison rentrée de la province , et pour donner à la résistance plus d*autorité, l'armée voulut se choisir elle-même un chef et imposer à la Syrie un nouveau gouverneur. Le choix flotta entre deux concurrents : Vibius Marsus et Cn. Sentlus; ce fut ce dernier qui remporta.
Cependant , Pison par sa douceur calculée, par ses efforts a ne mécontenter personne , s'était acquis , durant son administration, des partisans dévoués; ils étaient en assez grand nombre surtout parmi les soldats. Lorsqu'ils eurent connaissance de ces préparatifs hostiles contre le véritable délégué de l'empereur, ils abandonnèrent leurs corps et ils s'organisèrent. D'autre part, Oomitius Geler, l'ami et le conseiller de Pison, arriva de Cos à Laodicée, au milieu de la sixième légion. Il fît auprès d'elle de vains efforts pour la rangera son parti. Sa tentative échoua devant une influence plus puissante que la sienne, celle de Pacuvtus, lieutenant de Cn. Sentius. Pison, informé par Sentius même de cet échec, ne se rebuta pas et il fit voile vers la Syrie. Il rencontra en mer les vaisseaux qui conduisaient à Rdme les cendres et la veuve de Germanicus, et quelques-uns de ceux qui étaient accusés d'avoir pris part à l'empoisonnement . Pison laissa passer les vaisseaux et aborda en Cilicie. Trop faible cependant pour entrer en Syrie, il s'enferma dans un château nommé Celenderis, où Sentius vint l'attaquer. Pison n'avait d'espoir que dans la position même du fort qui lui servait d'asile. Cependant il eût été obligé de se rendre, si ses ennemis n'eussent consenti à entrer en arrangement avec lui.
Ils lui imposèrent , pour condition , de partir immédiatement pour l'Italie- Pison êéda aux circonstances, et les soldats de Syriecroyaot alors avoir ven^é Germanicus, songèrent à immortaliser sa mémoire. Us lui élevèrent un arc de triomphe sur le mont Amanus; et sur la place d'Antioche ou son corps avait été porté au bûcher on contruisit un cénotaphe.
La Syrie eut , après ces événements , des années de calme et de repos. L'histoire marque, en l'an 33, la mort d'un de ses gouverneurs, Pomponius Flaccus.
Le propréteur de Syrie , en l'an 35 , était
fe père de Pempereur Vitellius. Il quit^ tait le consulat , lorsqu'il vint en Orienta Son administration fut sage et mci surée.
Les prétentions orgueilleuses d'Arta-| ban se réveillèrent à cette époque. Lq roi réclamait la possession des trésor si que Voiion avait apportes en Syrie.
Tibère , au lieu de satisfaire à sa deH mande, essaya, par une politique adroite, d'arrêter Texécution de ses projets meiia^ çants , en lui suscitant un ennemi dangereux choisi parmi les Parthes. Ce fut Piiraate, princearsacide, qui avait échappé au massacre de sa famille et qui avait trouvé un refuge chez les Romains, Phraate traversa la Syrie, se disposant à exciter une révolution au delà de TEuphrate , lorsqu'il tomba malade et mou-| rut. Tiridate succéda à Phraate dans les vues de Tibère, et Vitellius eut ordre de soutenir efficacement ce nouveau prétendant. Cependant, les hostilités avaient commencé en Arménie, et les Parthes
Lavaient éprouvé deux défaites. Artan, quoique vaincu, se préparait à soutenir de nouveaux combats, lorsque Vitellius se porta avec ses légions sur TEuphrate. Ce mouvement menaçait la Mésopotamie. Artaban eut peur, et s'éloigna vers le pavs des Scythes. Cette retraite subite ae l'ennemi encouragea les Romains à passer l'Eupbrate. Avant de] franchir la limite naturelle des deux empires, on fit des sacrifices aux dieux suivant les rites religieux de l'Asie et de l'Europe. On oftrit aux divinités de Rume un porc, un bélier , un taureau; un cheval fut la victime immolée à TEuphrate. L'armée traversa bientôt le fleuve sur un pont de bateaux. Elle trouva sur la rive orientale de nombreux alliés. L'expédition ne fut qu'une pacifique promenade jusqu'au Tigre. Vitellius, jugeant alors que cette course lui avait été assez glorieuse ,. revint en Syi ie avec ses légions (37).
Dix ans après ces événements, un nouveau roi gouvernait les Parthes. Bardane, aussi entreprenant que ses prédécesseurs, songeait à conduire encore une fois ses cavaliers en Arménie, lorsque Vibijs Marsus, propréteur de Syrie, 1 arrêta par ses menaces (47 ).
En l'année 51 , l'Arménie donna d« nouveaux embarras aux gouverneurs syriens. Une révolution avait éclaté dani
STRIE ANCIENNE
eepays; le roi Mithirîdate Tenait de périr assassiné par Rbadamiste, son nereu, qui était fils du roi des ibères. La justice Gommandait alors aux Romains de slmmiscer dans les affaires de TArméiiie; le gouverneur de Syrie, Ummi* dius Quadratus, le voulait, mat^ se^ officiers, par une opposition calculée, le contraignirent à rinaction; cependant le procurateur de Cilide, Peli^nus, avait readu bominage à Rhadamiste. Cette lâcheté indigna Quadratus; il voulut protester d*une manière énergique contre une telle action, et il envoya Helvidius Priscus , à la tête d*une légion, en Arinédie. Mais la crainte de contrarier les desseins des Parthes amena bientôt la retraite des soldats romains (*).
Durant ces événements les troupei de Syrie firent deux petites expéditions contre les barbares du Taurus. Les dites descendaient dans la Cappadoce et infestaient ce pays. En 36 , Vitellius envoya à leur poursuite quatre mille légionnaires et l'élite des alliés. Les monta^ards ne purent soutenir le choc des forces romaines. Ils vécurent soumis jusqu'en l'an 52. Ils prirent alors confiance en leurs forces et battirent le préfet Curtius Sévériis avec la cavalerie détachée des légions de Syrie.
Les Romains craignaient toujours de voir l'influence des Parthes prédominer dans r Arménie. Ce fut pour contre-balancer cette influence qu'ils envoyèrent en Orient l'un des hommes les plus célèbres de répoque , Corbulon. Celui-ci , comme Germa uicus, trouva dans le gou- Terneur de Syrie un rival inquiet et envieux. Ummidius Quadratus, qui, à latéte de deux légions et des alliés, devait prêter assistance à Corbulon dans les 0j>ératioQs de la guerre, accourut en Cilicie à la rencontre du nouveau général pour le détourner du projet de se montrer en Syrie. Quadratus, plein de vanité , souffrit de voir les Syriens environner Corbulon de leurs hommages. Il laissa percer son mécontentement , et la discorde se mit entre les deux chefs. Le gouverneur de Syrie gênait Corbulon dans ses plans; mais rien ne l'entravait plus que 1 indisciplinedes légions. Le tableau que fait Tacite de la mollesse des garnisons syrieo-
(*) Tadle, Jnn., XII , 44.56. '
5* Livraison. (Sybie ancienne.)
nés est digne de remarque. «On tînt pour « constant, dit-il, qu'il y avait dans cette < armée des vétérans qui n'avaient ja- « mais ni veillé , ni monté la garde ; la « vue d'un fossé et d un retranchement « les étonnait comme un spectacle iiou- « veau. Sans casques, sans cuirasses, oc- « cupésdese parer ou de s'enrichir, c'é- « tait dans les villes qu'ils avaient ac- « compli le temps de leur service C)* »
Lasévérité ne pouvait plus agir sur de pareilles troupes ; Corbulon les licencia, et, au lieu de ces soldats corrompus, il demanda à la Germanie, à la C«ippadoce, à la Galatie, l'élite dt* leur jeunesse. Les légionnaires nouvellement recrutés portèrent au loin les succès des armes romaines. Corbulon apprit au milieu df'ses conquêtes la mort de Quadratus (**). Il s'empara aussitôt de l'administration de la Syrie (60). Le gouvernement de cette province, en l'année 56, avait été donné, par le crédit d'Agrippiue, à un ancien lieutenant de Germanicus, P. Anteius.
Néron ne lui laissa prendre que le titre de gouverneur de Syrie , et il ne voulut pas lui permettre de quitter l'Italie, oîi p. Anteius devait mourir (62). Corbulon et la Syrie jouirent pendant près de deux ans d'une paix profonde ; mais eoGn les Parthes, toujours dans la pensée de placer l'Arménie sous leur dépendance, firent de nouvelles invasions.
Les atta(^ues des ennemis donnèrent de graves mquiétudes à Corbulon ; le poids de la guerre pesait en entier sur lui : il avait à défendre une vaste étendue de frontières , et il ne pouvait se décider à laisser exposée aux chances d'une subite invasion , la riche province de Syrie, qui absorbait tous ses soins. Il demanda à l'empereur de confier la défense de l'Arménie a un autre général. Pendant qu'il attendait la réponse de Néron , les Parthes assiégèrent Tigranocerte. Cette place demandait du secours ; mais Corbulon , sachant aue les cavaliers ennemis étaient peu habiles dans l'art des sièges, résolut, avant tout, de prémunir la Syrie contre une brusque diversion. Il fortifia |^s bords de l'Eu-
{thrate, et profita même, pour arrêter 'ennemi, de l'aridité du pays. Des redoutes , improvisées dans le voisinage
{*) Taé,, Ann,, XIII, 35. trad. Barooof. (**) Tac, Jnn,, XIY, 20.
LIJinVERS.
des principales sources, en défendîreirt les approches; les cours d'eau moins, importants furent comblés. Corbulon, après avoir organisé la défense sur tous les points, souïma Vologèsede s'éloigner de Tigranocerte. Les Parthes obéirent momentauémeot à cette injonction , et cessèrent les hostilités. Ce fut alors que Cesennius Pétus, envoyé par Fempereur, vint en Asie, et reçut le commandement d'une partie de Tannée *, Corbulon garda la 3^ , la 6*^ et la 10* légion , et les échelonna le long de TËupïirate, où les Parthes reparurent bientôt en armes. Les troupes romaines voyaient de leurs camps les cavaliers ennemis tourbillodnan^ sur la rive opposée, et elles ne pouvaient sans honte les laisser partir sans combat. Des bateaux couverts de gens de \ràit leur permirent de franchir le fleuve. Cette vigoureuse démonstration enleva aux Parthes tout espoir de succès. Ils prirent la fuite, et , se diri^^eant au nord, ils marchèrent à la rencontre de Pétps. Du côté de l'Arménie les Romains faiblirent. Corbulon se disposait à les soutenir, lorsqu'une trêve fut conclue. Il fut décidé que les légions se retireraient en deçà del'Euphrate (62) (*). L'année suivante (63), on se préparade nouveau à la guerre. Corbulon , voulant se donner tout entier aux soins de la campagne, demanda a Néron d'être déchai jr oe l'administration de la Syrie. Le gouremementde cette province fut alors confié à Cincius. On changea aussi les garnisons. La 4*^ et la 12® légion , qui avaient éprouvé toutes les fatiiiues des campagnes
I)récédentes, revinrent dans l'inlérreur de a Syrie, d'où l'on tira la 3*^ et la G* légion. Corbulon passa l'Ëuphrate à Mé« litène. Les Parthes campaient près de çplte ville. Lorsque les deux armées furent en présence, au lieu de combattre on ouvrit des négociations , et une Aouvelle paix fut conclue.
mucien; bévolution dajts l'bbc*
PIRE GO&mENCBE EN SYRIE. — L'élé-
vation des Fia viens qui, après Galba ^ Olhon et Vitelh us, devaient succéder à la famille d'Auguste, fut préparée en Syrie. Licinius Mucianus, gouverneur de cette province , conduisit ou amena les événements qui placèrent Vespasien
{*) Tacite, Ann., XV, I, », 3, 4, 6, e.ei sulVt
sur te trône ifii|)éria1. À ravinement de Galba , la Syrie était encore tranquille; ses quatre légions avaient prêté- serment au successeur de Néron. Titus, fils de Yespasien et lieutenant de son père, était parti pour Rome, où il allait porter i au nouvel eiâpereur les hommages de | l'Orient. Il apprit à Corinthe la mort de Galba, victime d'une révolution qui commençait, et dont les sbites étaient inconnues. Dès lors, le voyage de Titus | n'avait plus de but et il revint en Judée auprès de son père. Là , tous deux se concertèrent pour mettre à profit les événements. Us comprirent que, pour eux, i le succès dépendait du concours de la Syrie. Mais Yespasien était Pennemi de Mucien; Titus se chargea de les réconcilier. Des émissaireshabiles furent d'abord envoyés pour aplanir les premières difficultés; Titus les suivit, et sa visite eut tout le succès désiré. Les gouverneurs de Judéo et de Syrie se communiquèrent leurs projets. U fut décidé qu'avant tout on attendrait l'issue de la lutte engagée entre Othon et Vitelllus. La Syrie (c'est une remarque de Tacite), depuis le jour où elle fut conquise par les Romains jusqu'au moment où nous sommes parvenus, avait subi , sans paraître les sentir, les résultats des révolutions de Rome. Elle avait salué avec apathie toutes les nouvelles puissances. Cette fois, au contraire, les légions et le peuple répondirent spontanément au cri d'insurrection parti d'Alexandrie. Ce réveil des populations syriennes eut lieu dans le théâtre d'Antioche. Mucien y parut au milieu des habitants rassemblés. 11 mit habilement à profit la bonne intelligence qui régnait entre le peuple et les soldats, et sut effrayer les uns et les autres , en prêtant à l'empereur le dessein d'envoyer bientôt les légions en Germanie. Le sombre tableau que les soldats se formaient des p;ivs qui avoisinaient le Rhin, et surtout fidée d'une séparation qui allait briser bien des alliances de famille , fit de la révolte, aux yeux de touâ , une impérieuse nécessité. Les paroles de Mucien se répandirent bientôt dans toute la province. Les Syriens renoncèrent à leurs habitudes de mollesse ; des villes entières ïfabriquèrent des armes; Antioehe frappa nioiiii.«ie, et Vespasien, plus capable que Mucien des soins minutieux de l'ad-
STRIE iRCœNNË.
ipiniMrali^nVîMlui-iùteesprveiUev les
travaux et les préparatifs des insurgés. L'armée, qui croyait travailler pour ellemémp en ^ervaot Tambitign de ses chefs, n'exige^rieuaudelàdelapaveordioaireO- Un descendant des Scleucides, AntiodiUs, roi de Commaffèoe, pri( au$si parti pour Vespasien. Ënun , pour ne pas laisser U Syrie exposée aux ravages de reiinemt , on envoya des ainlKissadeurs pour traiter avec les Parthes. Le mois de juillet (69) suffît à tant d'occupations diverses. Les événements qui s'accomplirent ensuite et qui tirent réussir cette révolution, appartiennent plutôt à rhistoire de rEmpire qu'à celle de la Syrie.
BâPPOUTS AB LA. SYRIE AVEC hk JUDÉE DEPUIS AUGUSTE JUSQU'A LA
BuiNE DE JÉBUSALEM. — Les relations nombreuses et très-divçrses qui, dès les plus anciens temps, existaient entre les habitants de ces deux pays voisins, continuèrent sous les premiers Césars. Les gouverneurs romains qui résidaient à Antioche jouèrent presque toujours un rôle actif dans les querelles intestines des Juifs. A la mort d'iiérode, Archélaùs crut nécessaire de se raénafl;er la protection de Varus, gouverneur de Syrie, avant d'aller à Rome briguer la royauté, il obtint la couronne; mais Auguste lui ôta, pour les réunir à la province administrée par Yarus , les villes de Gaza, de Gadara et de .loppé. Peu de temps après, à la mort d'Arcbélaùs (6 après J. C.) , le pouvoir du gouverneur d' Antioche s'étendit iudireclemeat sur toute la Palestine. La Judée fut dès lors administrée piar un chevalier romain , soumis lui-même au gouverneur de Syrie. Vers l'an 33 ou 34, la Judée fut encore diminuée au prolit de la province romaine. Le tétrarque Philippe venait de mourir; sa tétrarcliie, e'est à-dire la Gaulanite , la Trachonite , la Batanée et la Pao^ade , entra dans les liniites de la Syrie.' Plus tard (37), le père de l'empereur Vitellius protégea le tétrarque (Je Galilée contre Aretas (**). Ainsi les proprétôurs de Syrie tantôt détendaient la Judée contre*^ les incursions des Barbares et tantôt servaient Is colère des empereurs contre cette
(•) Tacit., Huit, II, 73 et suîv.
A**) ^oy, Noei des Vergers, Vniv, pitt., Arabie, p. w.
malheureuse e<Hi^i$0i qopime il arriv|i 4M temps deCaligula. Il n'aimait p^ lefi Juifs. Un auteur cont^nporain C) dît que, pour les accabler. Cal i^ula choisit p. Pétrunius,et I ui donna, a près Vitelliuj}, le gouvernement (Je Syrie (39 ou 40). Ce nouvel a^ent de l'en^pereur ût quitter les ^orcjs di$ l'Eupbrate à deux légions, et les rapproclia if 1^ Judée, pour y astiurer, par la foroe, l'exécutiondes ordres deCaligula. Cependant, tandis qu'on tyrannisait 1^ juifs^ la reli^on d^ Moïse paraissait sur le point de .£»ire des conquêtes en Syrie : Epiphane, fils d'Antiochus, dont il a été parlé plus hnut à propos de la Commagène, avait promis d'embrasser le judaïsme pour épouser une fille d'Agripna. Drusille, qui n'avait que six ans, iui rut fiancée. Mais lorsqu'elie /ut ea âge de se marier, les cérémonies de la circoncision répugnèrent à Épipbane, et Drusille é|)0usa.ua autre prince de Syrifi, Aziz, roi d*Éinèse. Drusille ^'attendit
rs la mort (56) de ce nouvel époux pour quitter. Elle l'abandonna pour allqr vivre avec Claudiaous Félix , intendaqt de la Judée (**).
Agrippa fut célèbre par ses aventures <)t par raïuitié des deux empereurs Caji)8 et Claude. Caligula lui donna k royauirije de Lysanias; Claude se montra plus bienveillant encore (41); il n^it la Judée sous sa dépendanee et accorda la Cbalcidique à son frère Hérode. Dans l'aanée 43, P. Pétronigs fut rappelé et reniplacé en Syrie par Vibius Harsus. C'^ tait peut-être le même que les soldats voulurent donner pour successeur à Gerroanicus. Vibius .Marsus était, dit-on, u|i homme instruit et lettré ; et sa conduite avec Agrippa témoigne qu'il avait une volonté ferme. Agrippa avait convoqué à TibéTiade le» rois de l'Orient. Cette réunion parut aux yeux du gouverneur de Syrie une oouspiratioa contre la domination ronaaioe. 11 sç rendit lui-même à Tibériade pour di^ soudre l'assemblée. Il y trouva réunis Hérode, frère d' Agrippa, Antioobus, roi de Commagèoe, Sempsigéran, roi d' Emèse %* Polémon, roi du Pont, et Golys^ roi d'Acménie. Ces princes eurent ordre de se séparer sur-le-çbamp. Agfippa protesta contre cet outrage à son indépendance»
^•) Jo8., Ant.y XyiiU U; XX, 6[.
LtlNlVERS.
et il écrivit -à Claude pour se plaindre. On ne sait comment l'empereur accueillit le message du roi Juif; mais , en Tan 44 , la Syrie reçut un nouveau gouverneur ; c était le célèbre jurisconsulte G. Cassius Longinus {*), Agrippa ne vécut pas Jusqu'à l'arrivée de Longinus.
Il laissait en mourant un Gis appelé comme lui Agrippa, qui n'avait alors ^ue dix-sept ans. L'empereur le trouva trop jeune pour succéder à son père et le laissa plusieurs années encore sans pouvoir et sans couronne. La mort de son oncle Uérode fut pour le jeune Agrippa un événement heureux (48).
11 obtint de Claude le gouvernement de la Chalcidique, auquel avaitdes droits incontestables Aristobule, fils d'Hérode et de Bérénice, sœur d' Agrippa. Le jeune Agrippa fut le dernier prince de la race d'Hérode. Toutefois il n'eut jamais la Judée qu'avait possédée son père.
La Palestine, en l'année 49, fut définitivement réunie avec le pays des Arabes Ituréens à la province de Syrie.. Peu de temps après (53), la Chalcidique fut aussi réunie a la même province. Agrippa reçut, en échange de ce petit royaume, la tétrarchie de Philippe et l'Abilène de Lysanias. Agrippa survécut à la nationalité juive; il mourut en 90, à Tâge de soixante-dix ans (**).
' GOLONiKS SYBTBNNES. — Tandis que la Syrie subissait ainsi des changements plutôt dans l'étendue de son territoire que dans son administration, Quelques populations syriennes, établies dans les villes de l'extérieur , où elles faisaient un commerce actif et étendu , avaient, par leur contact journalier avec des populations grecques, juives ou arabes, une destinée plus intéressante.
Dans la Babylonie, la ville de Séleucie , sur le Tigre, était, à l'époque où nous sommes parvenus, un entrepôtrenommé du commerce de l'Inde. Le négoce était ià, comme en bien d'autres villes, entre les mains des Grecs et des Syriens. Ces deux nations vivaient dans la même ville, autant qu'elles le pouvaient, isolées l'une de l'autre. La population grecque, plus
{*) Selon Tacite, dit Tillemont, 11 semble qae Viblus Maniu gouvernait encore la Judée 1 an
(") TadL, Afin,, XII, 33. — Jotèphe, BelL,
nombreuse, réglait la police de Séleiiciè ,
et les Syriens se souniettaient malgré eux à ce pouvoir étranger. Ceux-ci s'unirent aux Juifs, oui occupaient un quartier particulier ae la ville« Les Svriens , devenus les plus forts par cette alliauce, se saisirent du gouvernement et conservèrent pendant six ans l'administration de Séleucie. Mais on peut croire que les Juifs, toujours dominés par leurs idées po« 1 jtiq ues et religieuses, idées exclus! ves qui leur faisaient mépriser toutcequi n'était pas eux , abreuvèrent de dégoûts leurs alliés. Les Syriens se rappelèrent alors le caractère sociable des Grecs ; les mœurs, la langue , tout les rapprochait de leurs anciens ennemis. Ils se donnèrent donc à eux, et les Grecs réunis aux Syriens attaquèrent les Juifs. Ils en tuèrent, selon Josèphe, plus de cinquante mille. Cette révolution se fit sentir dans toute la Babylonie et la Mésopotamie. Dans ces vastes pays, il ne resta d'autres refuges aux Juifs que Nisibe et Neerda. Ces événements se passèrent vers l'an 39 oa 40 O.
Les empereurs, les gouverneurs romains en Syrie , avaient toujours favorisé l'établissement de colonies étrangères au milieu des Juifs. Césarée,qui était après Jérusalem la place la plus importantede la Judée, eut lonj^temps une population syrienne. Les divinités du paganisme avaient leurs temples dans cette Tille. Mais lorsqu'elle fut devenue un lieu important, des Juifs, à qui leurs richesses donnaient un grand crédit, vinrent s'y établir et ils cherchèrent à gagner la faveur des intendants romains. Ils eurent bientôt l'idée de remplir seuls le sénat de la ville. Ils étaient riches, il est vrai; mais les Syriens, qui composaient en partie la garnison de Césarée , opposaient une forte résistance à leurs desseins ambitieux. Il y eut dès lors des rixes fréquentes entre les deux populations. Ces querelles, peu importantes en elles-mêmes, entretenaient dans les esprits une grande exaltation et la colère. Un jour, enfin, un corps nombreux de Juifs attaqua les Syriens , en tua plusieurs, et força les autres à prendre la fuite. Claudius FeliXf intendant de Judée, se montra pour ramener l'ordre ; mais les vainqueurs mé-
(♦)jos., ^/i/.,xvni, 12.
prisèrent son antoritë, et continuèrent à poursuivre les fuyards. Les troupes eurent ordre alors d'attaquer les Juifs, et Félix abandonna les maisons des plus riches d'entre eux au pillage et aux flammes. Les soldats, excités par leurs chefs, commirent de grands excès. Enfin les Juifs, effrayés, feignirent de se soumettre et de se repentir. Félix arrêta aussitôt ses soldats. Malgré leurs serments, les Juifs recommencèrent bientôt à exciter de nouveaux troubles dans Césarée. Ciaudius Félix eut alors recours à l'empei^ur ; il envoya les notables des deux partis plaider leur cause devant Néron. Les Syriens achetèrent, dit-on, la protection de Bérylle,et, par ce moyen, ils obtinrent ce qu'ils demandaient contre leurs ennemis. Les Juifs furent privés du droit de cité dans Césarée (59). Ce jugement de l'empereur eut des conséquences qu'alors on ne pouvait prévoir. Il concourut, avec d'autres causes, à faire naître la grande révolte qui se termina par la destruction de Jérusalem.
A partir de Tan 69, Pagitation s'accrut dans les autres villes de Judée^ et souvent les ordres de Néron ne purent ramener la paix. Les Juifs agissaient sourdement dans Césarée dans le seul but d'entretenir les troubles; c'était peut-éue par haine religieuse contre le cuite dominant des païens. En Tannée 66, la multitude se jeta sur un Syrien qui - sacrifiait à ses idoles près de la Synagogue. I-.es partisans du polythéisme s'armèrent contre les Juifs, qui furent chassés de la ville. Ils y rentrèrent lorsque l'ordre parut rétabli. Mais ce calme ne dura qu'un moment, et aboutit à une horrible catastrophe : deux mille Juifs furent massacrés à Césarée.
Lorsque la nouvelle de ce carnage se fut répandue dans les autres villes de la Palestine, on s'y livra à de sanglantes représailles. Les habitants de Syrie imitèrent à leur tour les cruautés de leurs compatriotes de Césarée. Toutes les villes voisines de la Palestine, où habitaient un grand nombre de Juifs, eurent leurs scènes d'extermination; à Damas, à Joppé , à Gadara, et dans d'autres localités , des cadavres d'hommes , de femmes et d'enfants jonchaient les rues et les places publiques. Quelques grandes villes, Apomée et Antioche, par exemple , s'absr
tinrent pendant quelque temps de ces abominables cruautés (*)•
MÀSSikCBB DES JUIFS JL ANTIOGHB; TITUS EN SYBTE;LAGOMMAGBNB BÉU- NIB DÉFINITIVEMENT A LA SYRIE.— LeS
haines ne furent pas assouvies par tant de massacres. La peur devait encore les entretenir et les raviver : de toute part on craignait une réaction. Le soupçon planait aussi sur les chrétiens et sur les Syriens, peu fervents dans les pratiques du paganisme. On se souvenait que qiieh
3ues années auparavant les cnrétiens 'Antioche, dans une famine qui désolait la Judée, avaient envoyé d'abondantes au* mônes pour soulager la misère des Juifs* Cet acte de charité n'était pour les Syriens que la preuve d*une secrète complicité avec ceux qui voulaient la ruine du paganisme. En 67 , Antioche trouva enfin une occasion de persécuter les Juifs. Elle lui fut offerte par un reniât. Antiochus« dont le père était regardé comme le chef de la population juive à Antioche, voulut marquer sa conversion au culte des païens par une action éclatante. Il accusa son père et plusieurs de ses anciens coreligionnaires d'avoir résolu de mettre le feu à la ville. Sa déclaration atteignit aussi quelques étrangers; Antiochus prétendit aue leur voyage n'avait d'autre but quel incendie d'Àntiocbe» Le peuple en fureur se saisit de ces étrangers , et ils furent immédiatement conduits au bûcher. Nous ne savons pas quel fut le sort du père d'Antiochus. On employa contre les Juifs, d*après les conseils d'Antiochus même, le genre de procédure dont on se servait dans l'empire contre les chrétiens. Oa leur ordonnait de sacrifier aux dieux, et, sur leur refus, on les livrait au supplice. On soumettait aux mêmes épreuves les Grecs et les Syriens soupçonnés de suivre la loi de Moïse. Cependant , comme il arrive toujours, le zèle des persécuteurs se ralentit; le bourreau ne put atteindre tous les coupables et on cessa de tuer<. Mais Antiochus , aidé des satellites que lui avait donnés le gouverneur de Syrie, reçut l'ordre de défendre aux Juifs la pratique de leur culte. Il promena ses soldats dans les villes voisines d^Antiocbe^
(*) Jos., ^hL, XX , 6 et 7; Bell, Jud., II, 23, 2 ) . 32 ; YU, 81.
L'UNIVERS
et partout il se livra à de grandes cruautés. Bieii cependant ne pouvait assoupir la haine des persécuteurs; ils si«;nalèrent lesJuifsà la colère de Titus, lorsqu'il vint en Svrie, après la chute de Jérusalem, Xe César, pressé de négocier avec les Par- ' thés, à Zeu^ma, passapar Antioche, sans s'y arrêter. Tl n'écoutai pas cette fois les conseils de ceUx ()ui demandaient Texpul- Sion des Juifs. Maïs lorsqu'il revint, il trouva les esprits dans une grande exaltation. Colléga, qui gouvernait la Syrie ei> iqualité de lieutenant, avait préservé avec peine les Juifs d'une entière extermination. On les accusait J'avoir mis le feu à un quartier d' Antioche. Le principal auteur de leurs maux, Antîochus, avait, eii cette occasion, réveillé contre eux la colère du peuple. Cependant une enquête sérieuse prouva qu'ils étaient innocents; les véritables incendiaires étaient quelques misérables qui, écrasés de dettes, avàit^nt cherché dans L'embrasement d' Antioche un moyen d'échapper à leurs engageftien^s. Le p^^uple, quoique convaincu de l'injustice de l'accusation, ne diminua rien de sa violence. Il demanda de nouveau â Titus l'expulsion des Juifs. LeCéi^ar refusa: «Leur pays est ruiné, dit-il au peuple, nulle contrée ne veut les accueillir; où pourrais-je les transporter ? » Les habitants d'Antiochè firent aussi d'inutiles efforts pour que Titus enlevât à ces malheureux le droit de cité et détruisît les tables de cuivre qui contenaient., par écrit, les garanties de leur sûreté personnelle (71) (*). Titus quitta Antioche pour aller à Romejouir deshonneurs du triom-
She. Vers le même temps, le successeur dé lucien, Césennius Pétus, prit en main le gouvernement de la Svrie, qui avait été momentanément conlié à Cplléga. Pétus signala son administration en Orient en reunissant la Commagène à la Syrie (7^. U voulait étendre au nord la province syrienne jusqu'à TEuphrate; pour justifier ses desseins ambitieux, il se fonda sur les Rapports d'Antiochus avec les Partbes.
Cependant Ântiochus , depuis l'an 37 , avait montré durant plus de trente années une fidélité constante aux Romains.
Naguère encore , il avait envoyé contrq les Juifs des troupes d'élite sous la conduite de son fils Épiphane. Yeapasien,
n Jo»., Bell. Jttd., VII, 13, 14.
publiant les services du roi de Gomma* gène, donna plein pouvoir à Pétus pour prévenir les dangers d'une coalition. Le gouverneur demanda secrètement des Recours au roi Aristobule, à Soème.
prince d'Émèse (*) , et tomba à l'improviste sur la Commagène. Le roi surpri3 n*opposa point de résistance.. Ëpiphane et Caliinious, frère d'Antiochus, teatèrent seuls d'arrêter la marche des Romains; Antiochus se réfugia en Cilicie, mais il ne put trouver un asile. U fut chargé de chaînes à Tarse , et conduit à Sparte ; rendu à la liberté par Vespaçien, il se retira a Rome, et y vécut au sein de sa famille, dans le repos de la vie {)rivée.
Aucun événement remarquable ne signala le règne des trois empereurs Fiaviens en Syrie. Ils donnèrent leur nom à plusieurs villes ; Chalcis , Philadelphie et Samosate, capitale de la Commagène, appelée, depuis sa réunion à la Syrie, province Augusteuphrasienne , prirent le surnom oe Flavlenne (**). Antioche. fut tranquille; on remarque seulement dans Tannée 79 (***) une sédition amenée par rimprudence du gouverneur ^ qui avait excité des dissensions entre les habitants. Un tremblement de terre rappela lés insurgés au devoir, s'il faut en croire l'historieu d'Apollonius de Tyanes (****). Ce messie du paganisme tenta vainement de remuer Antioche par ses nouveajutés reUgieuses , mais les habitants l'accueillirent avec indifférence.
LA SYBIE sous LES ANTONINS (*****),—
Le commencement du second siècle fut marqué par le réveil de la vieille haine des Partnes contre les Romains (105). Le moment était mal choisi pour les ennemis de Rome. Trajan, alors en paix avec les Daces, pouvait se porter avec les principales forces de l'Empire sur la frontière attaquée. L'empereur traversa la Grèce, passa « au mois de décembre , par Séleucie, et arriva à Antioche. 11 entra dans
(*) Nous ne connaissons plus de roi & Emè&e depuis Aziz, qui mourut sous Néron, et quA liiissa sa couronne à un frère dQnt les iiistoriens ne nous ont. pas conservé le nom.
(*♦) Spanh., VII, p. 109-1 \i,
(**♦) Philost, JpolL vit., VI» !6.
(*♦**) l^hWoiU.ApoU. vit., Hl. ii, I«.
(*****) f^oy.. pour la comiuè«.e do VArahie Pé- Iree par Cornélius Palma, gouverneur de Syrie, fHisL des Arabes de M. N(i€l des Verger* (i/îiw. piiL)^ p. 97.
cette ville td tAte eehite 4é branches d'olivier , le 7 janvier, par la porte de Dapbné. C'est à Antioche.()ue se réunirent les différents corps de Tarmée, les légions et les alliés , venus de la Phéiiicie et de^ extrémités de la Syrie. Le prince de TOaroène et Tabgar d'Ëdesse envoyèrent des présents à l'empereur. Avant de partir pour rexpéditiôn, Trajan voulut s'assure t le secours des dieux. Il persécuta les chrétiens d'Antieelie, et offrit à Jupitel* sur le montCassius les dépouilles des Daces vaincus. Enfin il se mit en marche (107) C).
Les Parthes tie furent pas domptés.
Ils recommencèrent plusieurs fois encore, sous le règne de Trajan , leurs incursions sur TEuphrate. En 115, Trajan revint en Syrie pour arrêter les progrès des Barbares. Il paraît (]u'il consulta l'oracle d'Héliopotis, ÂVàntde eomnlericer la campagne {**),
Il 6 1 prendre aux troupes lèurè quartiei-é d'hiver et rentfâà Aritioché. Sa présence avait attiré dans la capitale de la Syrie nne grande foule d'étrangers. Antioche était remplied'officiers roniains ,decommerçaiits, dëcttrieUx, dedêpdtésdes villes. Tout le monde se livrait sans iUquiétude aux affaires ou auit plaisirs. Cependant de violents orai^es , des pluies, des coups de vent, annonçaient l'approche d'uh terrible désastre {***).
Enfin, le23déceriibre, un tremblement déterre renversa lai ville ; en quelques heures les habitants furent tous écrasés souS les décombres. Les rues, les places publiques étaient couvertes de ruines et dé cadavres. L'empereur avait été sauvé, disait-on.^ par une intervention céleste. Saisi par unfaritôme , il était descendu du haut de son palais, et avait échappé par lafuitè. Quand le Sol fut raffermi, il fit commencer deé fouillés stil* tôOs lés points.
On trouva partiii leà hioHs le consul Pédott; quelques persdhries vivaient encore : soUs les ruines d'une maison , une femme était ensevelie avec son fils : elle le nourrissait de son tait. Ailleurs , un jeune enfant était cdùché sur le^cadavi-è de sa mère, et suçait encore la mamelle,
Ç) Malala, p. 35. *^
(**) Onuph.y p. 218. — Fasti consiUares^ G.
GoltE, p. «5, te.
1 (** *) Eusèbe, Chron.y lY , p. 208 ; Scalig. — Eva-
gre, II, 12, p. 905. — Aureliua Viclor. — Dion,
fiv. LXVIII.
Le mont Cassius fut ébranlé de cette terrible secousse; le sommet de la montagne se détacha en partie et se pencha sur A ntioi'he; l'aspect du pays fut complètement chan;^é : des collines et des sources nouvelles sortirent de terre , là où s'étendaient que.ques jours auparavant des plaines arides et unies.
Adrien était gouverneur de Syrie, lorsqu'il reçut le 9 août ( 117) la nouvelle de son adoption par Trajan; deux jours après, il apprit la mort de son père adoptif.
C'est à Sélinonte, ville de Cilirie, que furent célébrées les funérailles de l'empereur (*). Adrien envoya ses cendres à Rome. Il revint à Antioche, et remit le gouvernement de la province aux mains de Casilius Servilius. Avant de partir pour l'Italie, il fit combler la fontaine Castalie. Il craignait que l'oracle, qui lui avait annoncé à lui-même sa grandeur future, n'éveillât par d'obscures prédictions l'ambition de quelques hommes imprudents (**). , .
Les Syriens virent sans regret le départ d'Adrien. La gravité dontl'empereur faisait parade déplaisait à un peuple léger. Lorsqu'il reparut en Syrie, vers l'an 132, il trouva la même antipathie. Cette fois, le ciel sembla s'associer à l'aversion des Syriens (***). Le lever du soleil présentait sur le moût Cassius un spectacle magnifique que l'empereur fui curieux de contempler. Le temps était couvert et orageux ; l'empereur entra dans le temple de Jupiter; mais pendant qu'on accomplissait les cérémonies du culte , la foudre frappa, sous les yeux d'Adrien, la victime et le sacrificateur (133), L'empereur eut Un moment la pensée de démembrer la phéniciedu gouvernement de Syrie ; mai$ il ne paraît pas qu'il ait donné suite à ce projet; du moins il est certain qu'ciprès la mort d'Adrien, les gouverneurs de Syrie conservaient leur autorité sur la Phénicie C****)- Nous mentionnerons la révolte de Barcochab qui se fit sentir jus* qu'au cœur de la Syrie (**!**).
Jusqu'au règne de Marc-Aurèle les historiens ne parlent plus de cette pro-
(*) Spartien , Fie d* Adrien , p. 3, {**) Amm., liv. XXII, f). 225.
(•**) Sparl., Fie d' Adrien , p. 7.
{****)' Fie d'Adrien, p. I!.
(**M*) suip. sev., Ùv. IL
L'UNIVERS
vince; maison suppose, d'après d'anciennes inscriptions, qu'Antonin dota Antioche des droits de colonie romaine : ce fut probablement pour encourager les habitants à rebâtir cette ville, qu un incendie avait en partie détruite (*).
Le règne de Marc-Aurèle fut une époque de tranquillité et de paix pour certaines provinces de FEmpire; mais il fut marqué en Syrie par les ravages des ennemis et par des troubles intérieurs. Les Parthes, vainqueurs en Arménie (162), passèrent TEuphrate, et forcèrent à la retraite Attidius Cornélianus, gouverneur de Syrie. Le pays qu'il abandonnait fut aussitôt dévasté par les bandes de Vologèse. Les habitants, incapables de résister à Tinvasion, allaient faire cause commune avec les Parthes, lorsqu'on apprit l'arrivée de Lucius Verus. Il amenait avec lui des généraux capables : Statius Priscus , Martius Verus, illustré par Thistorien Dion, et AvidiusCassius, célèbre par sa révolte et sa mort (**).
Les Grecs ont raconté sur le ton du roman ou du panégyrique les exploits de ces généraux. Lucien, blessé des inexactitudes de leur récit, composa principalement contre eux son traité célèbre : De la manière d'écrire r histoire.
Ce livre nous apprend que les Parthes, forcés de repasser TEuphrate à la nage, furent vaincus dans une grande bataille, près d'Europus. Les troupes romaines remportèrent d 'autres avantages dans des combats livrés vers Sura, ville de Syrie, située sur PEuphrate, au midi d'Europus. La guerre se termina, en Tan 165 ; elle avaitduréquatre années, pendant lesquelles Lucius Verus. tranquille à Antioche, jouait le rôle obscur d'intendant d'armée; il se bornait à surveiller lesenvoisde vivres, sans s'inquiéter des railleries des Syriens Un seul Tait marqua son séjour en Orient : ce fut son mariage avec Lucille, fille de Marc-Aurèle. 11 alla recevoir sa fiancée à Ephèse. L'empereur n'osa accompagner sa fille en Asie : il craignait la jaloiisiede Verus, qui l'accuserait sans doute de vouloir s'arroger les hon-» neurs du triomphe. Mais il envoya son parent Ann. Libo en qualité de lieutenant. Ce jeune homme mourut à son ar-
(*)Spanh.,JlII,^755.
*} DioD, liv.
rivée en Syrie. Ludos Veros rêYittten Europe, en 176, accompagné d'un cortège d'histrions. Avidius Cassias demeura dans la province. Lucius Verus avait essayé d'éveiller les soupçons sur la fidélité de ce gouverneur. Mais Marc-Aurèle fépondit aux accusations de son gendre par ces nobles paroles : « Si Cassius a « mieux que mes enfants l'art de se eoa- « cilier l'amour des provinces, périsse « ma famille et que Cassius règne! » Au reste, le gouverneur de Syrie avait rendu d'anciens services à l'armée; il avait rétabli la discipline dans les légions du Danube, et continuait ses réforjnes en Orient. Cette province était la patrie d'Avidius ; il était né à Cyrrhus , oii Hé* liodore, son père , enseignait la rhétorique avant d'être nommé préfet d'Egypte.
Le fils d'Uéliodore avait, au témoignage de Dion, des cjualités remarquables (*) ; il fut poussé a la révolte par la femme de Marc-Aurèle. L'impératrice Faustine prévoyait la mort prochaine de l'empereur, et connaissant le caractère de son fils, elle ne voyait dans Par venir que des chances contraires à son ambition. Elle crut trouver un moyen de se maintenir au pouvoir en s'attachaut à la fortune d'un |2:énéral ferme et habile» Elle choisit Cassius comme le plus digne, et lui écrivit de se faire déclarer empereur aussitôt qu'il apprendrait la mort de Marc-Aurèle. Peu ue temps après le bruit se répandit en Orient que l'empereur avait cessé de vivre. La nouvelle était fausse ; mais Cassius profita de l'erreur générale pour exciter des troubles dans l'armée et dans les provinces. Les séditieux furent bientôt détrompés; mais il était trop tard pour arrêter le mouvement. Tout l'Orient jusqu'au Taurus , d'une part, Calvisius et l'Egypte, de l'autre , avaient pris ouvertement parti pour Cassius. L'msurrection était soutenue des troupes de Bithynie. Les légions de Pannonie avaient proclamé Avidius. Des rois étrangers s'armaient pour la cause de ce général ; Métien , son fils, établi à Alexandrie, était chargé d'entretenir la révolte en Egypte. Cassius annonçait ouvertement son dessein de déposséder Marc-Aurèle. Il accusait l'incapacité de l'empereur qui,
(*) Dion , liv. LXXI, p. 802 et soir.
tout occupé de vaines subtilités philosophiques, abandonnait les provinces aux rapines des préfets ; mais tout en se plaignant d*une administration trop faiMe i il ménageait la personne de son ennemi, et n^allait pas au delà de la criti*^ que de son gouvernement et de ses talents politiques. L'empereur, campé alors sur le Danube, apprit de Martius Verus, qui gouvernait eu Cappadoce, la première nouvelle du soulèvement. Son premier soin fut d*en donner avis au sénat. Rome fut consternée. On y redoutait l'arrivée d'Avidius , qui pouvait paraître d'un instant à l'autre à 1 emboucnure du Tibre. Mare-Aurèle, pour prévenir son rival, déploya une grande énergie. Forcé de résister en personneaux barbares d' Europe, il envoya contre Cassius des généraux habiles et Cdèles. Cette expédition, dont tous les détails intéressaient si vivement les Syriens, nous e«t peu connue. On sait qu'un centurion nommé Antoine et un soldat d*un rang inférieur (^^»apx«c) assassinèrent Cassius. Quand l'armée se vit sans chef, elle diercha , par le meurtre de IVIétien et du préfet du prétoire , à mériter sa grâce. L'empereur parut satisfait de sa soumission. Pour éviter même de connaître les coupables, il brâla sans les lire les papiers d'Avidius. Marc-Aurèle , en pardonnant aux rebelles, sut récompenser ses partisans. Albinus, qui avait maintenu dans le devoir les légions de Bithynie, fut élevé au consulat ; Martius Verus reçut le poste honorable de gouverneur de Syrie; Pertinax, qui devait être empereur, rappelé d'Orient, où il était allé combattre Cas* sius, fut chargé de défendre le Danube. L'empereur voulut achever par sa présence la pacification de l'Orient. Il arriva en Syrie probablement dans l'année même où mourut Cassius. H se montra plus dur envers les corporations qu'il ne l'avait été pour les personnes compromises.
Il enleva aux habitants d'Antioche leurs droits de municipe , leur défendant tout attroupement et surtout les assemblées de l'adora. Les regrets que c^-tte ville avait témoignés à la mort de Cassius provoquèrent* cet édit rigoureux; l'em-
Îtereur se sentit outragé du deuil et de a douleur d'un peuple léger et inconstant. Cependant il s'adoucit, et rétablit les Autiochiens dans leurs droi^ de cité.
Les habitants de Cyrrhus Je trouvèrent plus inexorable. Il ne voulut jamais se rendre aux prières qu'ils lui firent de visiter leur ville, patrie de Cassius. La révolte de Syrie donna lieu à une constitution impériale très-remarquable. li fut établi que, pour mettre à une moins dangereuse épreuve la fidélité des provinces, on ne confierait une préfecture qu'à des hommes étrangers aux pays.
Malj^ré cette sage précaution, quelques Minées plus tard , devait sortir de Ct tte même Syrie, une famille d'empereurs qui porterait ses coutumes et ses croyances religieuses de l'Orient dans Rome même, et dans le palais des Césars.
Pertinax fut, après Martius Verus ^ gouverneur de Syrie jusqu'en l'année 183. L'exercice de cette haute fonction corrompit son intégrité, et l'exposa aux moqueries du peuple. Commode avait succédé à Marc-Aurèle ; sous son nont régnaient les affranchis. L'un d'eux, l'athlète Narcisse, procura à Niger la préfecture de Syrie (183). Niger gouverna pendant dix ans cette province , sans trouver aucune occasion de slllustrer. Un citoyen d'Émèse, nommé Julius Alexandre, donnait des inquiétudes à l'empereur. Commode envoya un centurion pour le tuer. Mais Julius Alexandre fut informéde Tarri vée de cet officiera Ëmèse; il le prévint, et l'assassina pendant la nuit. Au point du jour, il sortit de la ville avec un de ses amis. Ils furent bientôt poursuivis; Julius Alexandre, montésur un bon cheval, gagnait du terrain , et laissait en arrière son compagnon de fuite. Mais, ne voulant pa^ abandonner son ami , il l'attendit quelque temps. Il fut victiinede son courage. Les cavaliers qui les poursuivaient profitèrent de ce retard pour lui couper la retraite. Alexandre voyant que la fuite était impossible, tua son ami et se donna ensuite la mort (^* ).
SEPTIMB SBYÈBB ET LES £M«
PBREUES SYRIENS. — Pcrtiuax succéda à Commode, et Didius Julianus à Pertinax. Niger gouvernait encore en Orient. 11 s'était acquis l'estime de tous les habitants par sa douceur et son habileté. La multitude l'aimait , parce quHl savait flatter ses goûts. On n'a-
{*) Dion, Ily. LXXII, p. 828. - Laapride, F^ 4e Commode^ .
L'UNIVERS
tait jamais vu à Antioche des Jeax aussi fréquents et aussi magniOques.
La popularité de ce général sétait étendue jusqu'à Rome; là , comme en Syrie , les vœux publics l'appelaient au souverain pouvoir. Niger se crut destiné à relever l'Empire. Il désigna un jour aux légions pour se rassembler dans une grande plaine. Le peuple d' Antioche, qui pénétrait le motif de cette réunion militaire, vint, au inoment convenu, se mêler «tux soldats. Un tertre de gazon s'élevait ati milieu de là plaine; Niger monta sur celte éminènce, et, de là, il harangua la fbule, se revêtit de la pourpre, et marcha vers le temple, précédé de la torche debin (Ju'bn avait coutume de porter devant Ifes empereurs. Après alvoir imploré le secours des dieux , il rentra au palais. Qiieiques jours après, le nouvel ernperèur recelait les envoyée des provinces d'Europe, et des princes étrangers qui réj^nàient au delà du Tigre et de TEuphrate. Il trouva Un compétiteur dans l'A fricaînSévère, proclamé a Rome. Uhe liitte était imminente entre rOi-ient et l'Occident. Barsèmes, roi d'Atra,sdi' l'Euphràte, et les Adîàbénîens , envoyèrent à Niger des corps d'archers àifxili aires; les Parihès , qui n'avaient bas d'armées perrtiànenteà , levèrent également des cavaliers. Les habitants d' Antioche se rangèrent eh masse sous ses aigles. L'Arménie seule ne répondit pas à l'appel de Niger \ elle demeura neutre dans la ^ueri'e. Toute l'Europe, Byzarice exceptée, se déclara pour Sévère. Tels étaient les forces et les alliés des deux empereur^ au com" mencement de Tannée 194. iEmilianus; proconsul d'Asie, commandait l'armée de Niger ; il fut battu prèfe de Cizyque; Peu de temps après, Sëvèi'e remporta une nouvelle victoii'e à ÏNlcée. Les Orientaux, prompts à se décourager, crurent que le destin fa'vorisaît leurs eiihemis.' Lk rivalité, des villes eriirè elles affaiblissait encore la puissance dé Niger. Tyr et Laodicée avaient proclamé Sévère, par haine contre Antioche et Béryte. Lorsque Niger apprit la défeo; 'iion de Tyr et de Laodicée, il envoya aussitôt contre ces deux villes tous les Maures de son armée, avec quelques corps ^'archers. Laodicée, surprise « fut ré- .duite en cendres. Tyr subit le mètm
châtiment. Cependant l'armée de Sévère , arrêtée en Cappadoce , se consumait en vains efforts, pour franchir les défilés du Taurus. Un secours inespéré mit (in à ses fatigues. Les pluies de Thiver et la fonte des neiges, dont les eaux descendaient des montagnes , emportèrent les travaux de défense , et tracèrent un passage à travers le Taurus.
Sévère franchit le pas , et ne s'arrêta qu^'à la plaine d'Issus {*). C'est dans ce vaste champ de bataille que Tarmée de Sévère rencontra les corps syriens, formés des jeunes volontaires d Antioche. Ces enfants, accourus depuis quelques jours seulement du foyer domestique , s'élancèrent avec ardeur , mais sans tactique, sur les légions illyriennes de Sévère ; celles-ci reculaient déjà ; lorsqu'un changement soudain de Tatmosphère rétablit la fortune du Césai africain (**). Le ciel se couvHt tout à coup, et l'orage le plus terrible éclata. Au milieu de la pluie, des éclairs, de^ coups de tonnerre , les Syriens ne purent achever leur victoire. Les habitants du pays assistaient à ce combat comme à un spectacle, et eorivraient toutes les collines qui étaient à Tentour eomme les degrés d'un amphithéâtre.
Mais, lorsque les Sévériens ralliés poussèrent vigoureusement l'armée de Niger, toute cette foule de curieux fut enveloppée dans la confusion générale, et impitoyablement massacrée.
Niger Courut à Antioche; mais il vit giïè lés forces et le courage de cette ville étaient épuisés. Il reprit précipitamment la fuite vers l'Euphràte ; mais atteint par les cavaliers de Révère, il fut tué les arme^ à la main. Un grand nombre de Syi-iens, plusf heureux que l'empereur, trouvèrent un asile chez les Parthes. Ils refusèrent l'amnistie de Sévère. Le vainiqueur irrité souilla sa gloire par d'inutiles cruautés. Il fit exéèuter toutes lès personnes compromises. Il força les créanciers de Niger de payer le cjuadrup\ë des sommes uu'ils avaient avancées.
Antioche, privée de ses droits, fut plabéë sous la dépendance de Laodicée.
Cette dernière ville, par reconnaissance,
(•) Hêrodieo, IH, 4. — "ûaitep v^ç f>uffïa)« ipYadflLjjivTi; dTOûiov {làxyjc.
(**j Dion vliv. LXXIV, p. 843) Doas donne OB déliùl, qui lie 6è trouve pas dans UéroîUen.
iS
prit le nom de sonbieofaiteur (lâeptimia Sévériana). Cependant, la puissance de Sévère n'était pas encore solidement établie. Un autre empereur, Albinus, se formait un parti dans TOccident et déclarait ou vertement ses projets. Sévère quitta la Syrie (195), et marcha contre son nouveau compétiteur.
Avant de combattre Albinus il s'empara de Byzauce, où les. derniers partisans de ^escennius Niger se défendirent longtemps et avec courage. Puis il marcha sur la Gaule. Il triompha d'Albinus , qu*it fit tuer, dans les plaines de Lyon. Après cette heureuse expédition, il revint en Orient (197). Il nomma Venidius Rufus propréteur de Syrie et de Phénicie pour gouverner ees provinces , et s^avança en personne au delà de TEuphrate.. Dans les années 198 et 199, Venidius Hufus répara les anciennes voies romaines d'Orient, releva les colonnes milllaires et perça de nouvelles routes en Syrie; Sévère écrasa les Juifs syriens , insurgés dans les cantons voisins de la Palestine, s'approcha avec son armée de l'Arménie, pour exiger du roi Vologèse l'assurance formelle qu'il n'avait prêté aucur^ secours à Pescennîus Niger , et attaqua ensuite Barsèmes, roi d'Atra , qui avaitsoutenu ouvertement le malheureux gouverneur d'Orient. La ville d'Atra repoussa deux fois les attauues des Romains. Au second siège, les légions illyriennes, rebutées par d'insurmontables obstaqles, se retirèrent et abandonnèrent les légions syriennes de Sévère. Celles-ci, découragées à leur tour^ furent vaincues par les troupes de Barsèmes. Les succès sur les bords du Tigre et la prise de Ctésiphoa effacèrent la honte éprouvée devant Atra. L'enapereur rentra à Antiochè dans la première année du troisième siècle. C'est alo^s que son fils Caracalla prit le titre de Plus; il obtint, pair ses prières, probablement dans cette oc^ casion, que \^ capitale de la Syrie serait rétablie dans tous les droits dont Sévère l'avait dépouillée. Antiochè s'emoellit de nouveaux bains publics, qui portèrent le nom de l'empereur. Mais Sévère n'étendit point le pardon à tous les partisans de son ancien ennemi. Il continua le cours de ses- vengeances. Suivant l'expression de TertuUien , c'était grà-
piller après la bendange. L'empereur resta encore environ deux ans en Syrie. Cest là qu'en 201 , il revêtit Caracalla de la robe virile, qu'il inaugura l'année 202, et qu'il prit le consulat avec son fils. Puis il quitta l'Orient, pour ne plus y revenir.
ChAKtïie viï.
LA SYRIE SOUS LA DOMINATION BO- MAINB, DEPUIS LES EMPEREURS SY- RIENS JUSQU'A LA MORT DE JULIEN.
Sévère avait épousé deux femmes; la seconde était Syrienne. Elle était née â Èmèse et s'appelait iulia Domna; un astrologue lui avait annoncé que celui dont elle ferait choix pour époux serait élevé à l'empire. Sévère , venu en Syrie , vers l'an 180, comme chef d'une léj^ion, apprit cette prédiction, et demanda là inainde Julia Domna. Deu^ enfants, Caracalla et Géta, naquirent de ce mariage.
L'aîné, Caracalla, portait l'empreinte du caractère oiriental. Il avait, suivant la remarque des .contemporains, l'esprit astucieux et la fourberie dés Syrieps.
L'jmpératrice avait ^eqté d'étouffer les funestes dispositions de son fils; elle ne réussit pas ; mais elle consçrya toujours un grand ascendant sur cet esprit faux et étroit. Dans ses rêves ambitieux, elle voulait ramener les temps de Sémiramis, et relevy l'empire d'Orient.
Elle accompatçna spn iîls dans l'expédition d'Asie (216); et pendant que Caj^acalla se jouait de la bonne foi du roi d'Arménie et qu'il harcelait les Parthes, JÇulia demeurai, a Antiochè.. C*est dans cette ville qu'elle apprit la mort de l'empereur, assassiné par JVÏacrin, en Mésor potamie. Cette mort était doublement cruelle ppur Ju^ia ; elle perdait à la fois 3on ûls-i^^ son pouvoir; elle voulut se tuer, wais un messager de îviâcrîn changea s^ résolutions. Julia ignorait peutftre encore quel était .)é meurtrier de son fils, lorsque l'officier çnvoyé par Ji^acrin vint lui apporter, de la part de son chef, des paroles pleines de respect. Enhardie par cette appareatesoumissioUi p\\e tenta d^retenir le pouvoir en ses Dïains;'mais elle reçut l'ordre de quitter ^ntioche. Elle aima mieux se laisser mourir de faim.
L'UNIVERS
Le nouvel^ empereur quitta Tarmée de Mésopotamie, et arriva a Antioche après la mort de Julia Domna (217). Le fils de Macrin,Diadumène, fut déclaré César, et battit monnaie en son nom. Il alla porter à Rome les cendres de Caracalla, et fît sanctionner par le sénat l'élection de sou père. Macrin, pendant son séjour à Antioche, ne sut point g<agner Taffection des habitants. Il retourna à l'armée, et après
Plusieurs échecs signa la paix avec les arthes. 11 attaqua les Arméniens et les Arabes. Ses réfôrmes dans la discipline indisposèrent les légions. Les soldats tournèrent alors les yeux sur la famille de Julia Domna (218). Julia Maesa, bellesoeur de l'empereur Sévère, Soaemias et Mammée, ses filles, et les deux petits-fils de Julia Maesa, venaient d'être exilés à Ëmèse, ancienne patrie des Bassiens.
L'aïeule emportait avec elle de grandes richesses; elle recueillait probablement sur son passage les bruits sourds du mécontentement jiiénéral. Bassianus, fils de Soaemias, était, malgré son extrême jeunesse, prêtre du soleil ; il avait pris le nom de son dieu, et s'appelait Élagabai. Les soldats du camp voisin d'Émèse venaient admirer dans la ville le jeune pontife; ils lui trouva ent une grande ressemblance avec Caracalla.
Maesa mit à profit cette circonstance; elle répandit le Bruit que Bassianus était fils naturel de Tempereur assassiné. Une nuit , elle enveloppa son fils du vêtement impérial de Caracalla que les légions avaient touché tant de fois avec respect, et sortit avec lui d'Émèse. La vieille femme et l'enfant étaient accompagnés de leur famille et d'un petit cortège de serviteurs parmi lesquels on comptait un affranchi, appelé Eutychîus , et l'eunuque Gannys, homme de talent et 'de résolution. Ils entrèrent tous dans le camp, et le 16 mai au matin , ils entraînèrent les soldats. Élagabal fut salué Auguste et Antonin. Macrin reçut cette nouvelle le lâême jour; il envo^^a pour rétablir l'ordre le préfet du prétoire, Ulpius Julianus , avec quelques troupes tirées des lésions et quelques escadrons de Maures alliés. Malgré les préparatifs que leslégionsd Élagabal avaient faits pourla défense, le^ troupes envoyées par Macrin enlevèrent en quelques heures plusieurs postes importants; mais Juliauus crut
inutile de continuer l'attaque. Il fit sonner la retraite, bien persuadé que le lendemain les assiégés viendraient de leur propre mouvement lui livrer Élagabal n* It se trompait. Les soldats travaillèrent toute la nuit à réparer les brèches. Le lendemain, les assiégeants trouvèrent devant eux des fossés escarpés à la place des portes qu'ils avaient rompues. En approchant de l'enceinte, ils virent paraître sur les remparts le jeune empereur. Tous ceux qui environnaient Ëlagabal tenaient en main des- sacs remplis d'or. «C'est ainsi, criaient les assiégés, que le fils de Caracalla imite son père et récompense les services. » Les assiégeants jetèrent leurs armes. Julianus comprit que tout était fini; il voulut fuir, mais ses propres soldats coururent à sa poursuite. Ils avaient à cœur de mériter aussi la bienveillance du nouveau César. Ils atteignirent Julianus qui cherchait à se cacher, et le tuèrent. L'un des assassins enveloppa sa tête dans un morceau d'étoffe, scellé avec le sceau même de la victime. Il porta lui-même à Macrin cet horrible trophée, et le lui remit comme si c'était la tête d'FJagabal.
Macrin était parti d'Apamée ; il se rendait au camp dans l'espoir d'arrêter .le soulèvement de ses soldats. H chercha à les ramener par des libéralités. Il leur déclara son intention de conférer à son fils, le César Diadumène, le titre d'Auguste ; et à cette occasion, il promit 5.000 drachmes à chaque soldat ; mille devaient être immédiatement distribuées. Il parla aussi, mais incidemment, de la révolte d'Émèse, promettant l'amnistie à tous ceux qui abandonneraient le parti d*Éiagabal. Enfin, il déclara tous les membres de la famille des Bassiens ennemis publics.
Macrin fit part au sénat de Rome de toutes ces dispositions. L'Italie était favorable à l'empereur; elle craiçiait l'élévation d'un Syrien au pouvoir. Les Orientaux étaient mal vus à Rome; leur fourberie naturelle excitait la défiance, et leurs mœurs contrastaient, d'une manière choquante, aveccellesde l'Occident. Tout oevait donc inspirer du courage à Macrin ; il ne montra, au contraire,
(*) Hérodièn ne dit rien de celte faute de Jalianos.
quedeta faiblesse. En découvrant la tête sanglante de Julianus, saisi de vertij2[e, il avait pris la fuite vers Antioche, abandonnant la légion aibantenne , qui courut à la rencontre d'ÉIagabal, lorsqu'elle vit la désertion de Macrin. Les centurions proclanièreut les premiers le nom d'Éiagabal; ils étaient les pluh exposés, car le jeune prince promettait, par uQédit,àtoul légionnaire qui lui apporteraitia tête d*un des centurions de Macrin , la propriété des biens de sa victime et son rang dans Tannée.
Élagabal, dont les forces grossissaient tous les jours, marcba sur la capitale de la Syrie. Macrin sortit d'Antioche à sa rencontre , et le trouva près du bourg d'Imma. La bataille s'engagea dans ce lieu, le 7 juin 218. Macrin avait pour lui les prétoriens ; ils se montrèrent invincibles. Leurs évolutions promptes, hardies, bien ordonnées, jetèrent la frayeur parmi les ennemis. Macrin croyait tenir la victoire ; mais Mammée et Soaeraias , par des allocutions au milieu des rangs ; Teunuque Gannys , en dirigeant avec la tactique d'un général les mouvements des légions; Élagabal, par son exemple , en poussant son cheval dans l'es groupes les plus serrés des combattants, rétablirent les chances du combat. La fortune passa dans les rançs des rebelles ralliés , et leur donna plein succès. Lorsque Macrin quitta le champ de bataille, ses légions, inhabiles au combat et à la fuite, commencèrent la retraite; les prétoriens, demeurés seuls, ne se laissaient pas entamer. Élagabal entra en négociation avec eux. Il s'engagea , par serment , à leur conserver tous leurs droits et privilèges. Cette brave troupe accepta les conditions du vaioaueur. Elle se joignit à l'armée qu'elle venait de combattre, et se dirigea vers Antioche. Ainsi fut terminée^ dans une seule bataille , cette révolution qui mit l'Empire aux mains d'un prêtre «yriea, à peine sorti de l'enfance.
Macrin avait vainement sacrifié son honneur pour sauver sa vie. Après avoir lâchement abandonné ses défenseurs , il était entré à Antioche , comme en triom* phe. Cependant, malgré sa feinte assurance, il fit partir son fils en toute hâte; lui même, se déguisant sous le costume d'un messager impérial, traversa la Sy-
rie et l'Asie Mineure. II fut arrêté à Chalcédoine et décapité quelques' jours après. Avec lui périt Fabius Agrippi nus, gouverneur de Syrie.
L'Orient était pacifié; cependant, Fempereur n'alla à Rome que l'année suivante (219). Il porta dans la capitale de l'Empire des coutumes inconnues à l'Europe. L'idole dont il était le prêtre l'accompagna à Rome. Élagabal lui éleva un temple. Il sacrifia à son dieu, suivant certaines traditions, des enfants arrachés à des familles nobles. On ne voit , d'ailleurs, dans son gouvernement, son culte, ses mœurs et ses cruautés, qu'un tissu d'incroyables folies. A sa mort, il y eut une sorte de réaction ; les idées et les pratiques syriennes disparurent pour un moment de- Rome. Le parent d'Élagabal et son successeur, Alexandre Sévère, essaya de désavouer son origine orientale. Cependant sa mère, Julia Mammée, avait épousé un Syrien d'Apaniée , Génésius Marcianus, dont l'empereur était le fils C). Alexandre montra un singulier soin à cacher sa naissance. Il voulut se faire passer pour un descendant de la famille romaine des Métellus. Il alla plus loin encore; il reprit la pourpre et quitta le diadème de perles et la robe de soie, insignes du pouvoir portés par Élagabal; il relégua les dieux syriens dans leur
Satrie, renvoya en Orient le simulacre u dieu d'Émèse, et rendit les temples de Rome à leur ancienne destination.
On ne voit pas , toutefois , que ces actes de mépris pour l'Orient aient soulevé contre Alexandre la population de Syrie, quand il vint quelques années plus tard a Antioche.
Les Perses, en 225 et 226, avaient inutilement attaqué l'Arménie. En 231, ils tournèrent leurs armes contre la Mésopotamie. Alexandre, à la nouvelle de ces invasions , (]uitta Rome. Il vint passer l'hiver à Antioche, s'occupant du soin de rassembler les légions, d'équiper et d'exercer les nouvelles recrues et d'établir la discipline. Le soldat s'amollissait en peu de jours sous le climat de l'Orient. Alexandre sut cependant combattre avec énergie la corruption de l'ar-
(*) Varias Marcellas, mari de Soamiaft, et peut-être pèn d'Elagabal, éUU aussi de la vUle d'Apamée.
VXnXlVEBSi
^ mée. Le courage quMl déploya contre la licence fait peut-être la gloire de son rpgne. Lorsque l'empereur arriva en Syrie,
* les trouoes étaient démoralisées : elles avaient fiiit du bois de Daphné le principal théâtre de leurs monstrueuses débauches. Alexandre lepr interdit Tentr^e de ce lieu infâme. Il défendit aux légiqnnaires d'aller aux bains avec des femmes, et donna ordre d'arrtter tous ceux qu'on trouverait en contravention, ^j'exécutipn de cet ordre irrita les soldats. Alexandre, sans s'inquiéter du mécontentement général,'se prépara à juger (es coupables; il rnonta sur spn tribunal , environné de soldats factieux qui c^jchaient mal îeiir colère. Les coupables n'en furent pas moins condamnés à mort. Cette Sentence fut accueillie par des murmures. L*empereur essaya de faire cesser he tumulte , en parlant aux soldats. « Gardez vos cris, leur dit-il , contre l'ennemi; c'est lui seul, et non votre chef, qu'ils doivent effrayer. » tes troupé$ répondirent à ces mois en tirant leurs arpies. « Pourquoi me tuer? ajouta Alexandre; après moi, la républigue vous enverra un autre chef. » Enfin, il eut recours à un dernier moyen; il prit le ton deTautorité : « Citoyens, dît-il d'une voix forte, posez les armes, et retirez-vous. » Ces paroles f)leine$ de fermeté effrayèrent les'factieux, et rétablirent l'ordre trop longtemps troublé.
La légion insurgée ne fut reorganisée que quelque temps après. Maigre les efforts continuels de l'empereur pour rendre à son armée le courage et le sentiment de l'obéissance, les succès que les historiens anciens attribuent aux Komains ont été mis en doute par les critiques modernes. Les invasions de Sapor en Syrie vont bientôt donner la preuve,' sinon des défaites, au moins du peu d'importance des victoires d'Alexandre
INFLUENCE ET DURÉE DES IDÉES OBIENTALES APPORTÉES ET* PROPA- GÉES A ROME CABLES PROCES SYRIEIVS.
— Il ne faut pas croire que (a réaction qui se manifesta dans TOiCident, après la mort d'Éla^abal, contre les idées et les mœurs orientales, ait anéanti, 'soit dans la religion, soit dans le gouvernement, toutes les importations, si nous pouvons nousservir de ce mot, des princes syriens. £n répudiant son passé, mémesa famille,
Alexandre obéit par nécessité aux antipathies des Occidentaux f Toutefois, le mouvement qu'Élagabal , jusque dans ses folies , avait iirlptimé aux idées ne pouvait être maîtrisé! Voici comment M. A rhédée Thierry, dans sa belle introfluction à r Histoire de ta Gaule sous f administration romaine, a parlé de l'influence que POrient a exercée sur Rome et TEmpire, au temps des princes syriens : « Après le règne de Sévère et de Caracalla , la suprématie continua d'être exercée par l'Afrique et par les provinces d'Orient, sous ceux du Maure Opelius Macrinus, des Svriens Antonin Élagabal et Atexandrc Sévère, des deux premiers Gordiens, qui durent la pourpre à une insurrection africaine de l'Arabe Philippe; puis sous les césars Palmyréniens Odenat et Zénobie, jusqu'à la réaction occidentale opérée par Aurélien. Ce fut l'époque d'une véritable invasion des idées orientales dans la religion et dans la politique. On vit alors le gouvernement se rapprocher de plus en plus des formes de la monarchie persane, les empereurs se faire adorer, le palais se remplir d'eunuques, et les femmes exercer une influence directe et ' souveraine sur les affaires de l'État. Julia Macsa et Julia Mammœa furent, comme on sait, toutes-puissantes ; la mère d' fiîagabal siégea au sénat, comme eût fait, dans les conseils de Ctésiphon, la mère d'Artaxerxèsoude Sapor; enfin Zénobie fut proclamée Auguste. L'Italie lutta d'une manière souvent violente contre cette tendance à dénaturer l^esprit de l'Empire; et Rome se trou va comme battue pàrdeux courants d'idées contraires.
La rivalité entre les provinces d'Orient et celles d'Occident s'aigrit encore par suite des périls qui vinrent menacer le territoire romain , àla fois sur le Rhin et sur l'Euphratc. On s'accusa mutuellement d'égoïsme, on se disputa le choix des princes, dans un but de protection et de silreté. Dioclétien, pour satisfaire à tous les intérêts, essaya d'une séparation administrative, qui devint sous Constantin une séparation d'empires. »
M. Amédée Thierry dit ailleurs : « Prêtre d'une religion orientale, et prêtre fanatique, Varins Avitus ^assianus, connu dans l'histoire sous le nom d'Antonin Ëlagabal, se fit le patron passionné
STRIE AIÎCIEPîNE.
des cultes orientaux. Qaand les lésions de Syrie élevèrent ûo trône impérial ce petit-neveu de Sévère, auquel s*est attachée une si honteuse célébrité, il desservait en qualité de pontife, dans la ville d'Émèse, au pied du Liban, un des temples les plus révérés de TAsIe, oà le feu, considéré comme principe j;énérateur, était adoré sous l'emblèrne d'une pierre noire et sous la dénomination d'Élagabal, Dieu de la montaane. Pouf les Romains et les Grecs, Élagabal on Héliogabate était tautôt le dieu Soleil, tantôt Jupiter.
« La vie du césar syrien fut un tissu d'infûinies, de cri mes it d'extravagances, qu'explique trop bien Teffet du pouvoir absolu sur une âme dépravée et cruelle; quelques-unes de ses folies pourtant ont un caractère particulier qui n'est pas indigne d'attention. Le fanatisme d'Avitus s'exalta sous la pourpre : il prit le nom d'Élaij;abal; il se fit déclarer par un séuatus-consulte prêtre de ce dieu, et inscrivit sur ses médailles un titre si nouveau à côté du vieux titre de j<rand
f)ontife de Jupiter Capitolin, porté par es Césars. Le dieu du Liban eut à Rome un temple magnifique où l'empereur officia solennelle.neiit, assisté des consuls et du sénat. On trouve, dans tous set actes relatifs à la religion , autre chose encore que Talta hemenldu prêtre pouir son dieu , pour le dieu de sa famille et de son pays; On ne peut y méconnaître l'intention fortement manifestée d'éle»
ver, à la face de l'Empire, un culte oriental au niveau du culte italique, du culte politique de Rome.
«Les historiens racontent que dans un de ses accès d'exaltation bizarre, voulant marier ce dieu qu'il avait amené d'Orient, il lui choisit deux épouses : Pallas et Vénus Astarté. Dans les traditions de l'Italie centrale, on regcirdait Palla'! comme ta protectrice secrète de Rome ; et une idée de fatalité, pour cette ville et pour l'Empire, était attachée à la conservation de sa statue, J^auvée, disait-on, des flammes de Troie par £née, ettran<plantée par lui, au milieu de périls sans nombre, jusqu'aux bords du Tibre. Quant à Vénus Astarté , ou Vénus Céleste , c'était la grande déesse de l'Afrique et la patronne de Cartha^e. Antonia iit apporter et déposer eh
grande pompe les deux simulacres dans le temple d'Elagabal , sur des lits , prèft du lit au dieu syrien, unlssant.ainsi, par un lien mystique, tes trois symboles refigieux de Rome, de Carthage et de l'Orient. Les fiançailles divines furent célébrées dans tout l'empire par des fêtes et des présents. Le temple d'Elagabal devint comme un panthéon où furent réunis les attributs des prinelpales divinités du polythéisme; Avitus voulut même j faire placer, si Ton en croit Lampnde, les signes figuratifs des cultes samaritain et juif, ainsi que ceux de la dévotion chrétienne. C'est dans ces termes qu'il s'exprime, « afin, « ajoute-t-il, que les mystères de toutes « les religions fussent soumis à un seul' « sacerdoce , dont il serait le pontife. » Sous des formes assurément bien étranges, et avec les prédilections d'un Syrien fanatique, Élagabal travaillait pourtant à l'unité religieuse ; il faisait du syncrétisme à sa mam'ère; il semblait dire au monde romain, dans ce langage des symboles, qui était le sien : « La paix « est conclue au ciel comme sur la terre. « Le fils de Sévère avëit rapproché les « hommes en les faisant tous conci- « toyens : voilà que moi j'ai rapproché « les dieux (*) ! »
LA SYBIE DEPUIS LES EMPEREUHS SYRIENS JOSQD'a DIOCLÉTIEN. -^ LCS
successeurs d'Alexandre ne s'occupèrent pas de la Syrie. Enfin , l'empereur Philippe, vers 244, vînt à Antîoche.'il plaça son frère Priscus à la tête des légions syriennes. Sous Décius, successeur de Philippe, une révolte éclata eu Orient; mais, dans ce temps d'insurrection générale, ce soulèvement, dans un coin obscur de l'Asie, passa inaperçu. Le chef s'appelait ïotapien, descendant peut-être, suivant l'op nîon de Tillemont, de Jotapes , fille des anciens rois d'Éfnèse et de Commagène (**). On met la mort de Jotapien en Tannée 250. Des événements bien autrement graves troublèrent le repos de la Syrie sous les règnes malheureux de Valerien et de son fils. L'Empire, menacé sur toutes ses frontières , était in-
(*) M. Amédée Thierry, Histoire de la Gauie êOfis l'administration romaine ^ 1. 1, p. 196 Jet 196, 323 et suiv. Voyez aussi, t. II, p. 104 et suiv.
(•*) Zosime , I, p. «42, — Jm., AnU^ XYIU , 7.
L*tNlVERS.
capable de repousser les barbares. Sapor parut sur les bords de TOronte (258) dans un moment où personne ne croyait avoir à redouter son approche. Il surprit à Fimproviste les habitants d' A ntioche réunis au théâtre. Un des acteurs s^arréta subitement et s'écria avec effroi : « Je rêve f ou je vois les Pei'ses, » Tout le peuple se retourna aussitôt et découvrit, sur le penchant d'une colline, une troupe nombreuse de cavaliers barbares qui avaient déjà dirigé leurs arcs vers eux. Les Antiochiens prirent la fuite; mais, avant qu'ils se fussent dispersés , les flèches pleuvaient dans Teuceinte du théâtre. La trahison avait conduit les Perses en droite ligne de TEuphrate à la capitale de la Syrie. Maréade, citoyen d'Antioche, leur avait servi de guide. Les Perses , loin de récompenser ce traître, le brûlèrent vif au milieu des ruines de la ville qu'il avait livrée. Ils mirent le feu à tous les monuments, après en avoir enlevé les richesses; ils étendirent leurs pillages aux environs d'Antioche, et ne respectèrent que le temple de Daphné.
Ils tuèrent ceux de leurs prisonniers qu'ils ne voulurent pas emmener en esclavage. Enfin , ils se retirèrent au delà de l'Euphrate {*), laissant à Valérien un dangereux ennemi : c'était un Romain, appelé Cyriade, qui avait quelque temps vécu parmi les barbares. Né dans une condition élevée, après une faute de jeunesse, dont il craignait les suites, Cyriade s'était retiré en Perse : par ses conseils, il avaitdécidé l'expédition contre la Syrie. Il reçut de ses hôtes le titre de César; puis, après la prise d'Antioche, celui d' Auguste. Cet empereur, qui tenait £on titre et une assez vaste étendue de pays des ennemis de l'Empire, sut, par une heureuse audace, imposera l'Orient sa domination; mais ses partisans, effrayés de rapproche de Valérien, abandonnèrent sa cause, et le tuèrent. Dès que Valérien fut entré en Syrie, il porta ses premiers soins sur la capitale : il alla habiter Antioche, et surveilla, aidé de son préfet du prétoire, les travaux de reconstruction ( 259 ). Il quitta la Syrie pour repousser les Scythes, qui parcouraient en tout sens l'Asie Mineure. Il les rejeta
(*) Zosime prétend que toute TAsie serait ' tombée en leur pouvoir, sMls avaient conUoué leur marche.
dansleurs steppes; mais, moins heureiJx dans la guerre contre les Perses , il fut vaincu et réduit en esclavage. Sapor traversa la Mésopotamie, passa l'Euphrate (260), et entra une seconde fois dans Antioche (*). Les Perses s'avancèrent jusqu'en Cilicie. Ce pays montagneux n'était pas aussi mai défendu que la Syrie; Batiste, préfet du prétoire sous Valérien, et Odenatb, avaient, dans cette province, réuni leurs forces contre les Perses. Le prince de Palmyre comptait parmi ses soldats beaucoup d habitants nomades des déserts deSyrie, dout quelques-uns, sous la conduite d'un Syrien, nommé Artabassus, avaient, deux ans auparavant, harcelé les Perses dans leur retraite. En 260, Baliste rejeta Sapor sur la Syrie euphratésienne, oij l'attendait Odenath.
Les Perses n'opposèrent qu'une molle résistance. Ils prirent la fuite vers Édesse, ville occupée par les Romains. Sapor, au prix de l'or enlevée la Syrie, obtint le passage pour son armée. Ainsi se termina l'invasion des Perses. Comme celle de Tannée 258, elle fut suivie par une révolte en Orient. Après Cyriade, vint Macrien. Macrien passa d'Egypte en Syrie. Il confia le gouvernement de cette province à son plus jeune fils Quiétus , et donna à Baliste le titre de général de la cavalerie. Toutes ces dispositions achevées, il passa en Occident; mais abandonné, en lUyrie, de toutes ses légions , il se fît tuer par un de ses serviteurs. Les villes de l'Orient, assurées de la mort de l'empereur Macrien, craignirent la vengeance de son ennemi. Quiétus trouva un asile dans Émèse. Odenath vint presque aussitôt Vy assiéger ; les succès et les talents militaires du prince arabe portèrent le découragement dans les murs de la ville. Baliste, oui avait suivi Quiétus à Émèse, était au nombre des lâches qui méditaient les moyens de se sauver par une trahison ; il assassina Quiétus , jeta sa tête aux assiégeants, et ouvrit les portes de la ville* Odenath y entra ; bien qu'il n eût agi , en cette occasion, que par les ordres de l'empereur Gallien, il ne décida rien
{*) Suivait une interprétation parUcaUère et subtile des documents anciens, Sapor serait entré trois fois dans Antiocbe, d*abord sous Gordien, puis en 3&8, enfin deux ans après
SYRIE ANOENNE.
aa soj«t des rebelles. Baliste, incertain en sort que Temperenr réservait aux anciens partisans de Macrien, redoutait également Odenath , Gallien et Auréole. 11 chercha son salut dans une audacieuse entreprise , et se déclara empereur. II prit la pourpre à Êmèse , et renferma sa domioation dans les murs de cette petite ville. Enfin, au bout de trois ans, il fut assassiné par un officier d'Odenath (264). Zénobie, veuve d'Odenath, prit le gouvernement de la Syrie. Les habitants reconnurent avec joie Tautorité d'une reine de leur nation. Lorsque Aurélien débarqua en Orient , une foule de Syriens se retirèrent à Palmyre ; mais , toujours faibles et inconstants , ils ne tardèrent pas à accepter Tamnistie de Tempereur, et rentrèrent dans leur pays. L'armée de Palroyrène attendait Aurélien dans le bourg dlmma, sur TOronte; trompée par la fuite simulée des Romains, elle abandonna ses positions, et se lança à la poursuite d*un ennemi insaisissable. Arrivé sous les murs d'Antioche, Zabdas, général de Zénobie, pour obtenir le passage dans la ville , annonça aux ha- Ditants qu'il amenait Aurélien prisonnier (272). 11 fut reçu avec des acclamalions de joie; mais la ruse devait nécessairement se découvrir. Zabdas résolut de ne pas attendre jusqu'au lendemain.
Uquitta Antioche, peooant la nuit, avec Zénobie, laissant seulement dans le bois de Daphné un corps de troupes chargé d'arrêter la marche de l'empereur. Aurélien ne trouva que cet obstacle sur sa route jusqu'à Émèse, où il joignit l'armée de Zénobie. Les Palmyréniens avaient l'avantage du nombre^ mais ils furent vaincus. On dit que , pendant le combat, Êlagabal apparut, sous une forme divine , encourageant ses anciens sujets contre ceux qui défendaient l'indépendance de sa patrie. Aurélien, après la bataille , alla se prosterner devant l'autel d'Elagabal à Émèse. Il lui éleva dei)uis un nouveau temple (*). Après la prise de Palmyre, Longin fut mis à mort dans les murs d'Ëmèse (273). Peu de temps après (275), Aurélien mourut; Tacite fut son successeur. Le sénat de Rome annonça par une lettre,
{') Voyez, poar la suite de la guerre de Zénobie,' rhistoire de la Palmyrène qui sera publiée dans la collection de Vuniven,
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aux décurions de Trêves, deCarthage et d' Antioche, l'élection du nouvel empereur. Tacite donna le gouvernement de Syrie à Maximin, son parent. Maximin n'avait pas les vertus de Tacite. Il pressura les municipes syriens et excita un soulèvement général. Il fut assassiné par les révoltés. Les meurtriers, craignant la vengeance de l'empereur , allèrent attendre Tacite en Asie Mineure, et le tuèrent, le 12 avril 276. Le frère de Tacite , Florianus , général des légions d'Orient, exerça quelques mois le pouvoir impérial en Asie ; il fut tué par ses propres soldats. Probus , demeuré seul empereur, vint (279) en Syrie, pour combattre les Blemmyes , peuple du désert voisin de l'Egypte. L empereur revint bientôt en Europe , et conGa à Saturnin la défense de l'Orient. Saturnin agrandit probablement la capitale de la Syrie : s'il faut en croire Eusèbe , il bâtit une nouvelle Antioche. En 280 , ce gouverneur fut élevé à l'empire par le peuple d'Alexandrie. On ne sait pas quel parti les Syriens embrassèrent dans cette révolte. On manque de détails exacts sur toute cette partie de l'histoire. Il serait même difûcile de déterminer les limites qui séparaient les Perses de la Syrie, lorsque Dioclétien parvint à l'empire (*).
dioglétien; maximim; licinius; CONSTANTIN. — Daus le partage de l'empire, en 292, l'empereur Dioclétien se réserva toutes les provinces d'Asie.
Vers le même temps (294), Narsès montait sur le trône de Perse. Ce prince continua la guerre contre les Romains : il lit la conguéte de l'Arménie ; mais, en 297, Galérius, après un premier échec, battit les Perses, a son tour, et força leur roi de conclure la paix avec Dioclétien.
On voit, par les dates de certaines lois, que Dioclétien séjournait assez souvent à Antioche; il y était au mois de juillet 301 et de 302. Un événement imprévu le força de passer encore l'hiver de cette dernière année en Svrie. Son palais de Nicomédie, qu'il habitait ordinairement , fut détruit par un incendie. Dioclétien quitta la Syrie, avant le soulèvement d'Eugène et de ses soldats (303) (**) .Cinq cents hommes, tirés d'une légion , creusaient le port de Séleucie
(*) Foy. TUlemont, t. IV, p. II.
(**) LiDanius, Or. XIV, p. 3W.
L'UNIVERS
(sur r(koi^);UD offieier» DomméJEu- «ène, dirigeait les tf^Tâux. Les soldats suceombaient à la fatigue; après une journée d*utt ouvrage pénible , ils devaient passer ^ne partie de la nuit pour préférer leur nourriture. Enfin, poussés a bout , ils se saisirent d'Eugène, et lui imposèrent le titre d'empereur. Antioche était, en ce moment, ouverte, et sans défense. Eugène prit , dans un temple , le manteau de pourpre dont le dieu était couvert, et marcha a la tête de ses cinq cents soldats contre la capitale de la Syrie. 11 entra dans la ville ; mais le peuple, revenu de sa surprise, et excite par ses magistrats, massacra cette faible troupe. Ce fut sur Antioche que retomba la colère de Temperenr. Dioclétten livra au bourreau les décurions d'Antioche et de Séleucie; Taïeul de Libanius fut du nombre des victimes. Les Syriens furent délivrés d'un prince qui les traitait avec cette odieuse sévérité. Dioclétien céda l'Orient à Maximin (305). Après la mort de Galérius, sa veuve Valérie vint chercher un asile en Orient (311). Maximin conçut de l'amour pour Valérie , et lui demanda sa main. Il avait déjà une première femme. Irrité du refus de Valérie , il la chassa dans les déserts de Syrie qui s'étendent vers l'Euphrate. La femme légitime de Maximin s'était rendue odieuse par sa cruauté: on lui attribua le meurtre de plusieurs dames d'An« tioche, jetées vivantes dans l'Oronte. Les Syriens eurent en outre à souffrir toutes les inquiétudes d'une guerre malheureuse contre les Perses en Arménie. 11 paraît môme que les ennemis firent quelques irruptions en Syrie. La famine et une maladie contagieuse mirent le comble aux maux de cette contrée. Maximin, au milieu de ces tristes circonstances, faisait la guerre à Constantin et à Licinius, en Bithynie ; il fut vaincu et forcé de fuir vers la Syrie ; mais , avant d'avoir pu atteindre cette province, il mourut à Tarse , dans d'atroces souffrances. La Syrie changea de tyran ; Licinius remplaça Maximin (313 ). Il fit périr dans les tourments les enfants et plusieurs parents de Maximin, et précipita sa veuve dans rOronte, Il poursuivit , dans leur solitude , Valérie et sa mère, l'une fille , l'autre veuve de Dioclétien. Ces femmes
illustres, dans l'espoir d*éeharaer aa tyr^m, quittèrent la Syrie ; mais les envoyés de Licinius découvrirent bientôt leur retraite : elles furent déca[»tées à Thessalonique. D'autres condamnations marquèrent encore le gouvernement de Licinius ; une loi de ce prince suffira pour faire apprécier toute sa cruauté.
11 interdit l'entrée des prisons aux amis, aux parents des condamnés , et défendit, sous peine de réclusion , de leur envoyer des secours. Les débauches de Licinius achevèrent de le rendre odieux. Les plus honorables familles d' Antioche furent souillées par ses violences (*). Nous n'avons pas a raconter sa fin : eHe fut honteuse pour Constantin comme pour Licinius (323). En 324, Constantin voulut visiter la Syrie; mais des troubles intérieurs le rappelèrent en Europe. Après la mort d'Hélène (327), Constantin fit élever en l'honneur de sa mère une statue dans le bourg sacré de Daphné, qui prit le surnom (ÏJugustalis. L'empereur affermit le christianisme en Syrie.
C'est probablement à celte occasion que le philosophe d'Apamée , Sopater, disciple de Jamblique , vint à Constantinopie intercéder en faveur des dieux de Platon. Sopater trouva à la cour de Constantin un autre Syrien, Stratège, originaire d' Antioche, qui enseignait à Tempereur les systèmes philosophiques des gnostiques et des manichéens. La Syrie eut, sous Constantin comme sous le règne précédent , une peste et une famine (333). On payait le modion de blé quatre cents pièces d'argent. L'empereur eut pitié des maux des Syriens; il essaya de les adoucir par des envois nombreux de blé à Antioche.
CONSTA.NCE EN SYRIE. — Dans le partage de l'empire entre les trois fils de Constantin , Constance obtint les riches provinces de l'Orient. Ce prince eut bientôt à défendre ses possessions de l'Euphrate contre les attaques sans cesse renaissantes des Perses. Il apprit que Sapor assiégeait Nisibe, en Mésopotamie. Arrivé à Antioche ( 388 ) , il trouva les légions de Syrie entièrement désorganisées ; il fallait les former de nouveau à ladiscipline, les préparer aux
('')Ëasèbe, Fiede CoiMt,1, 64. ~ I6,,m9i. X;
fatiçnes de h guerre par des exercices ^daés , leur apprendre les manœuvres indispensables Qu'elles avaient oubliées.
Constance se plaisait à ces occupations militaires; guand tous les préparatifs furent terminés , il traversa , au mois d'octobre, les villes d'Ëmèse et d'Héliopolis. La campagne fut , sinon brillante, au moins heureuse pour les Romains.
Elle eut pour résultat de rendre la tranquillité à la Syrie. Vers cette époque , la capitale de cette province vil un fait singulier, rapporté par saint Au«;ustin.
Un habitant ri'Antioche était débiteur du fisc ; il fut emprisonne , et menacé de la peine ca|)ita]e, par le préfet Acyndinus. Le prisonnier n'avait aucun moyen de sortir du péril ; mais il était marié, et sa femme était belle.
Avec le consentement de son mari , elle se livra à un homme riche pour la somme réclamée par le fisc. Mais, pour comble de honte, cette malheureuse femme reçut de l'usurier un sac rempli de sable. Réduite au désespoir , elle se rendit auprès d*4cyndinus, et lui avoua tout ce qui s*était passé. Le préfet du prétoire paya lui-même la dette , et condamna rbomme adultère à donner au mari une terre dont le revenu égalait la dette du prisonnier. Les incursions continuelles des Perses, entre le Tigre et TEuphrate, obligèrent Constance a demeurer en Syrie. Antioche fut , jusqu'à l'année 350 , la véritable capitale de l'empire d'Orient. Elle s'embellit de nouvelles fontaines et de portiques magnifiques; pour témoigner à l'empereur sa reconnaissance , eHe orna de deux belles statues de Persée et d'Andromède les nouveaux thermes de ConstantinopIe(*).
Les travaux d'amélioration que Constance entreprit à Séleucie, furent encore pour Antioche de nouveauic bienfaits. La capitale de la Syrie s'enrichit de tout le surcroît d'activité de cette ville voisine. Assise sur TOronte, Séleucie était le véritable port d' Antioche et l'entrepôt de toute la Syrie. Les navires, qui traversent la Méditerranée, remoiv tentle fleuve jusqu'à ses murs. Au delà, rOroute est hérissé de bancs de roches, qui arrêtent la navigation. Ainsi, les navires s'arrêtaient à Séleucie, et eu si
n JQl., Of . I. - Uban., Or. XIH. - Cedr^
grand tiombue, au'ils encombraîent le petit golfe fimné «levant la Title par uu détour de IX)ronte. Constance , pour faciliter le commerce, fit creuser un port large et spacieux , presse t<)ut entier taillé dans le roc vif Les révolutions du sol menacèrent, pendant toute l'année 341 , de renouveler les désastres qui avaient affligé la Syrie à l'époque de Trajan. Mais on ne marque aucn<n malheur causé à Antioche , ou dans la province, par un tremblement de terre qui se prolongea plus longtemps que ceux dont l'histoire a fait mention.
GALLUs EN SYBiE. — La mort de Teiupereur d'Occident , la révolte de Magnentius tirèrent Constance de l'Asie. Il reçut, avant de quitter Antioche, deux évéques de la Gaule, envoyés par l'usurpateur pour lui faire des propositions de paix et d'altianee. Il repoussa leurs démarches. En 85f , il céda le gouvernement de la Syrie et des pays voisins au jeune Gallus , frère de Julien l'Apostat. Gallus , tiré d'une espèce de prison en Cappadoce , pour occuper ce poste brillant , montra l'enivrement d'un parvenu et l'esprit séditieux d'un enfant fatigué du joue. Son premier acte fut une concession à Ta population chrétienne d' Antioche ; il sanctifia le bois si honteusement célèbre de Dephné, en faisant déposer , sous ses ombrages , le corps vénéré du martyr Babylas. Les païens furent dédommagés de l'insulte faite à leur culte. Les voluptés sanguinaires de l'amphithéâtre, favorisées par Gallus, firent oublier les mystérieux plaisirs d'Adonis. Gallus avait un caractère assez élevé. Mais sa femme, Constantina , fille du grand Constantin , corrompit ses heureuses dispositions.
Tout leur portait ombrage; il semblait même que Gallus et Constantina prissent plaisir à vivre dans des terreurs imaginaires. Magnentius , qui, après sa défaite, cherchait encore, par l'anéantissement de la famille impériale , a réunir les deux empires sous son pouvoir , avait envoyé un sicaire en Syrie. Celui qui s'était chargé d'assassiner Gallus , avait fait entrer dans lecomplot plusieurs légionnaires d' Antioche. Les meurtriers se rassemblaient la nuit, dans la chaumière d'une pauvre femme, située dans les faubourgs de la ville. Un soir, échauf-
L'UNIVERS
fés probablement par le vin , ils parlèrent à voix haute et sans déguisement de leur projet. Leur hôtesse ne perdit pas une de leurs paroles ; et, lorsqu'elle fut bien informée du motif qui les réunissait, elle s'esquiva, sans être aperçue, et courut, en toute hâte, découvrir à Gallus le secret de la conspiration. Les coupables forent arrêtés; et la femme, qui les avait livrés , reçut une récompense éclatante. Elle fut conduite dans tes places d'Antioche, traînée sur un char , avec tout l'appareil réservé autrefois aux triomphateurs. Depuis ce temps, aucun danger n'avait menacé les jours du prince, en qui on ne voyait qu'un délégué de Constance. Cependant , Gallus se plaisait à nourrir ses soupçons. Un espionnage, habilement organisé, pénétrait jusque dans le secret des demeures particulières. L'exemple du prince animait les honteux instruments de cette inquisition ; Gallus , l'oreille tendue au moindre bruit, parcourait le soir les rues de la ville , entrait dans les lieux publics , et tenait note de toutes les paroles. Enfin, il fut découvert au milieu de ces viles occupations. Antioche, comme nos villes modernes, était éclairée la nuit; le peuple reconnut le gouverneur, et se joua de ses ruses inutiles.
Constance, craignant rinex|}érîence de Gallus , avait placé près de lui, dans des emplois élevés, des hommes chargés de rendre un compte exact de la conduite du jeune prince. Parmi ces agents de Constance, on remarquait Thalassius, préfet du prétoire d*Orient. Thalassius montrait impudemment à Gallus les rapports qu'il envoyait à Constance.
Le prince se consolait de la perte d'un pouvoir réel, par les éloges qu'il exigeait des rhé1;eurs, et en particulier de Libanius. Il eut l'habileté de se conserver sans partage le droit de rendre justice, ou plutôt de se faire payer les jugements. Dans une famine d' Antioche , en 354, il avait, peut-être dans une bonne intention , abaissé le tarif des denrées. La mesure parut tyrannique, et les dépurions de la ville demandèrent la révision de redit. Cette pétition irrita Gallus; il ne put souffrir que des magistrats municipaux apportassent aussi des bornes à son autorité. Il lesjugea comme des /criminels et prononça contre eux
la peine capitale. Le comte d'Orient, Honoratus, empêcha seul que la sentence fût exécutée. Gallus, cédant; malgré lui, à l'ascendant ducomte^ prit le parti de quitter Antioche pour quelque temps.
Le peuple se pressa sur son passage, pour le prier de différer son départ , et de ne pas abandonner la multitude aux tortures de la faim. Gallus répondit aux suppliants qu'il leur laissait dans Théophile , gouverneur de Syrie , un homme capable de prévenir tous les besoins des hanitants. Ces assurances calmèrent l'inquiétude de la foule ; elle permit à Gallus de se diriger vers Hiérapolis. Cependant, Théophile était devenu responsable de toutes les misères des habitants. Il ne put suffire à sa dangereuse tâche. Un jour, des malheureux, à qui la faim ôtait toute raison , coururent au cirque; animés par la vue des jeux et du plaisir , par ce contraste qui insultait à leurs maux, ils se jetèrent sur le gouverneur, et le massacrèrent.
Ils trouvèrent une autre victime , Eubulus , homme puissant, à qui son rang et ses richesses donnaient dans la ville une grande autorité. Eubulus et son fils échappèrent avec peine à la poursuite des meurtriers, qui, ne pouvant les atteindre, livrèrent tous leurs biens au pillage et à l'incendie.
GALLUS ESSAIE DE SE BENDBE IN- DÉPENDANT EN SYBiE. — Cependant Gallus était rentré à Antioche; il se croyait désormais indépendant; le peuple l'avait débarrassé ae Théophile, et Thalassius était mort. Quoique l'empereur lui eût envoyé à plusieurs reprises l'ordre de venir en Europe , Gallus demeurait tranquillement à Antioche , heureux d'exercer sur la Syrie un pouvoir sans partage. Enfin, un nouveau préfet du prétoire arriva. Gallus le vit passer devant son palais, suivi d'une troupe d'agents subalternes. Cet officier, appelé Domitianus, avait contracté, dans les emplois de finances, des habitudes de rudesse ; il prit possession du prétoire, contre toutes les règles du cérémonial usité, sans avoir prévenu Gallus. Il s'occupa aussitôt de recueillir les plaintes qui s'élevaient contre le jeune César, et les réunit dans un travail étendu qu'il envoya à Constance.
Enfin , forcé de venir au palais , il in-
tima à Gallas, en termes brefs, et sans préambule, Tordre de quitter immédiatement la Syrie , avec menace de saisir les vivres destinés à ses officiers. Constance, par un feint intérêt pour son beau-frère, lui avait conseillé d'éloigner les légions d'Antioche; Gallus n'avait conservé auprès de lui que sa garde , trop faible pour rien tenter contre Tempereur, mais assez forte, comme elle le montra, pour punir Tinsolence de Domitianus.
Ce fut aux officiers de sa garde que le
Srioce confia sa vengeance. Il leur or- ODna de se saisir du préfet , et nomma comme juge dans le procès , le questeur Montius, trésorier de la province. Ce questeur courut aux soldats chargés d'arrêter Domitianus, leur représenta qu'ils allaient commettre un crime de lèse-majesté et persuada aux officiers de de désobéir à Gallus. Ensuite, Montius se rendit auprès du prince, et lui rappela les bornes étroites de son pouvoir. Ces remontrances épouvantèrent Gallus; il comprit les périls de sa situation, et ne vit de moj^ens de salut cjue dans un coup de désespoir. Il conjura les soldats de sauver leur général. Les légionnaires s'émurent; un curateur de ia ville {curator urbis), nommé Luscus, se mit à leur tête, et arrêta Montius. Les furieux se jetèrent sur ce vieillard sans défense, et le traînèrent, pi«ds et mains liés, au prétoire de Domitianus; le préteur fut attaché aux tbaines de Montius , et traîné avec lui dans la boue, à travers la ville. Les deux cadavres, meurtris et déchirés, eurent pour tombeau les eaux de TOronte. Montius, dans sa terrible agonie, avait, à plusieurs reprises, murmuré les noms d'Ëpigonius et d'Eusébius. La foule avait recueilli ses derniers mots , sans connaître les personnes qu'ils désignaient. On sut depuis que Montius, en prononçant ces noms, pensait à deux nommes obscurs, tribuns de l'arsenal *), qui lui avaient promis au besoin (de mettre des armes à sa disposition. Les soupçons de Gallus se portèrent sur deux hommes, plus connus dans Antioche, l'un , Épigonius , philosophe de Lycie ; l'autre, Eusébius, orateur alors en vogue. On les mit en prison , et on s'ap-
(*) Sed iribunot fabricarum imimulastet,.. àin. Marc, XIV, ^,
prêta à £aire avec éclat leur procès. Pour donner à la vengeance les termes de la légalité , le César manda à Antioche Ursicin, brave soldat, qui défendait alors Nisibe, en Mésopotamie. Ursicin, à qui les combats avaient acquis de la célébrité, avait toujours montré de Téloignement pour les débats judiciaires. Il aurait refusé de paraître dans ce procès, si les menaces oes délateurs, qui présentaient déjà à Gallus son refus comme une trahison, ne l'eussent forcé à céder. Cependant Ursicin crut devoir informer secrètement l'empereur de tout ce qui se passait en Syrie. Le jour solennel arriva. Ursicin était environné de ju^es complaisants, vendus au jeune César. Une roule de notant assistaient au prétoire, et rapportaient à Gallus , chacun à son tour, le récit détaillé des moindres incidents. Constantina elle-même vint secrètement écouter les paroles des accusés.
Épigonius fut introduit le premier ; sa contenance était suppliante ; livré à la torture, il s'avoua coupable. Le tour d'Eusébius vint ensuite. Habitué aux formes de la procédure, il repoussa avec courage l'action intentée contre lui, et s'attacha à en démontrer l'illégalité.
Gallus, irrité, envoya Tordre de le mettre à la torture ; Eusébius continua sa défense au milieu des tourments. Il ne lui restait plus qu'un souffle de vie, lorsque les bourreaux s'arrêtèrent. Les juges prononcèrent alors la sentence; Epigonius et Eusébius étaient condamnes à mort. Ils firent place à d'autres accusés, parmi lesquels on voyait le jeune Apollinaire gendre de Domitianus : on lui faisait un crime de cette parenté. Apollinaire, le père, gouverneur dePnénicie, le diacre Maras et des ouvriers du Tyr, accusés, pour un autre motif, du crime de lèse-majesté, furent, séance tenante, mis en jugement. Les deux Apollinaire furent condamnés à l'exil. On leur commanda de partir surle-champ pour leur maison de campagne, appelée les Cratères ^ à quelques lieues d'Antioche; ils trouvèrent la mort en arrivant dans leur retraite; des envoyés de Gallus leur brisèrent les membres et les exécutèrent ensuite. Ces cruautés [juridiques signalèrent l'année 353. Constance, indifférent aux crimes, mais inquiet des actes d'autorité
L'UNIVEBS..
de Gallus, eiaigiiaitqiie le César ne se rendtt indépendant en ^rie.Des eunuques, des intnf;ants se réunissaient secrètement , toutes les nuits, autour de Ô)nstanoe, et entretenaient ses frayeurs. On discutait, dans ces conseils, les moyens de se défaire de Gallus. Constance résolut de Fattirer à ta cour; il lui écrivit une lettre flatteuse pour Tinviterà venir en toute hâte. « Les embarras de « rOccident réclamaient les conseils et le « courage deGalius. » On ne douta pas du succès de cette lettre ; mais les conseillers de Tempereurlui donnèrent de nouvelles inquiétudes. Parmi eux étaient Arbétion, général de la cavalerie en Occident, envieux de toute supériorité mili* taire, et Teunuque Ëusébe, chambellan de Constance. Ces deux hommes montraient à l'empereur qu'il serait imprudent de laisser en Orient, après le départ de Gallus, un général aussi dangereux qu'Ursicin. Ursicin, disaient-ils. nourrissait ridée de détacher de Tempire les provinces d'Asie. Il s'était servi de la popularité qui entourait ses fils à l'armée , pour séduire les légions prêtes à le déclarer empereur. Ces accusations étaient dénuées de toute vraisemblance , mais elles trouvèrent crédit auprès de Constance.
Le général fut mandé à la cour, pour arrêter les plar>s d'une nouvelle guerre contre les Perses. Ursicin obéit aussitôt; Gallus, au contraire , n osait se décider à quitter la Syrie. Constantina , sa femme, partit la première. Elle es|>érait tout de son pouvoir sur son frère Constance ; mais elle mourut en Bithynie, avant d'arriver au terme fie son voyage. Gallus ne pouvait sortir de ses irrésolutions ; il ne comptait pas assez sur le dévouement de ses troupes pour désobéir à Constance. Sur ces entrefoites, arriva à Antio he un officier adroit et intrigant qui mit fin aux incertitudes de Gallus (*). Le César d'Orient partit pour Constantinople. Il oublia dans les plaisirs toutes ses craintes. Il continua son voyage avec une insouciante sécurite. Mais, arrivé en Norique, il vit tout à coup changer sa fortune. Dépouillé*
{*),., Bgresausque Antiochias nvmine lœvo ducUintc^ prorsuxire tendebat dcfumo^ ut proverbinm toquitur vetux^ ad /ktmmHm.., km» Marc, XIV, U. -^ f^oy. aussi SocraU; , U, 34 ; Sozomène, lY, 6; Piiilost., 111, 4.
des insigne» de son rang par VD officier de l'empmur, il fat livre à une commission militaire, condamné à la peine capitale, et exécuté dans le plus br^ d^ai. Il avait à peine vingt-neuf ans.
l'empsbeob constangb appbbnd, bif obirnt, l4 bbyoltb db jolibif ; SA MOBT. — Antieche, victime du gouvernement fdible et cruel de Gallus, eut à soufirir, après sa mort, de la se* vérité de l'empereur. Constance avait envoyé en Syrie le i>réfet du prétoire ^ Musonianus. Ce magistrat ouvrit une enquête sur le meurtre de Domitianu».
Les vrais coupables, craignant pour leur vie, coururent déposer leurs richesses aux pieds du pr^et; Musonianus les renvoya absous. Mais il fallait à l'empereur des condamnations et des supplices ; on abandonna au bourreau des citoyens obscurs et sans fortune {*).
Constance vint mourir dans les pro* vinces d'Orient où, vingt ansauparavant, il avait débuté dans l'exercice du pouvoir. Il était parti, en 360 , pour l'Asie. La guerre de Germanie, confiée à an habile général, ne réclamait pas la présence de l'empereur. Julien, frère de Gallus, vainqueur des barbares, se feisait déclarer Auguste à Lutèce, l'année même où Constance était allé, en Mésopotamie, encourager les soldats qui combattaient les Perses. L'empereur, qui avait accompagné ses légions, pendant la campagne de 360, vint passer l'hiver en Syrie. Il traversa Hiérapolis, le 17 décembre, et arriva, quelques jours après, à Antioche (**). Tous les magistrats de la ville , les personnages illustres de la province accoururent audevant de l'empereur. Parmi eux , était Amphilochius , l'auteur de toutes les divisions de la famille de Constantin. La vue de cet homme excita la colère feinte ou réelle des courtisans. Ils le repoussèrent avec mépris , et demandèrent sa mort. L'empereur répondit 9\ee douceur : « Cessez d'accabler cet homme; « je le crois coupable; mats je n'ensuis « pas pleinement convaincu. Sachez « que, s'il est criminel', sa conscience « le dénoncera à mes yeux. » Le jour suivant. Constance assistait aux jeux du cirque : Amphilochius avait pris
(♦) Amm. Marc, XV, rt.
(**) Amm. Marc, XXI , 9
place devant lai. Soudain la foule des spectateara pousse on cri ; la latte était eoga^ entre deai cocbers célèbres.
Ampbiiodiio», avec le rang des curieoi qoi reorironnent, se penche vers Tarèoe. Mats toot à eoap la balustrade cède. La foule tombe ; quelques person* n^ sont blessées; Ampbilochius seul périt écrasé. La crédulité publique et la flatterie de la cour virent dans cet accident un arrêt du destin qui avait con« daomé Aniphilochius. Les écrivains anciens ne disent pas ce que Constance 6t depuis pour la Syrie. Ce prince sans énergie passa dans le repos tout Tété.
La place de préfet d'Orient était vacante par la mort d'Uermogène. L'empereur fit un choix lieureux, il nomma préfet le Paphiagonien Helpidtus; c'était un homme simple et grossier, sans instruction, mais d'une justice éclairée.
Constance retourna (361), après Thi- Ter, en Mésopotamie. Il y reçut des nouvelles inquiétantes au sujet de Julien; forcé de quitter TOrieiit, ii repassa FEuphrate. A Hiérapolis , il baraogua ses légions {*). Après un début modeste. Constance parla de Gallus et de Julien , des excès de Tun, de Fingratitude de Tautre; il ajouta des lieux communs sur les secours du ciel et sur Teffroi dont seraient infailliblement saisies les légions rebelles à la vue de Tannée d'Orient. Ce discours enflamma Tentfaousiasme des soldats. Us brandirent liurs piques . et demandèrent à mardier sur-le-champ contre Julien. Ces vives démonstrations donnaient un peu d'assurance à l'empereur; mais, pendant la nuit, son sommeil était troublé par des visions effrayantes (**). Son père lui apparaissait tenant par la main un bel eûtant, qui jetait loin de Constance une sphère, figurant l'empire. D'autres fois, c'était son génie familier aue le malbeureux prince voyait prendre congé de lai. C'est sous ces tristes impressions que l'empereur entra à Antioche (***).
(*) SoïHcttus semper, ne quid re levi vel verh» committam inculpata parmm conffruen» ho* nutaUf utque cautus navigandi mayister, ctovos profluctum moUbus erigens vel inclinanSf compeUornunc apud vot, amantissimi viri , conjUeri met» eirores, qwn poHiu (n dici Uceat vemm) humamtatem, Amm. Marc, XXI , 13.
r*^ Id.y ibid., 14.
(***) Jd., ibid., 16.
11 y resta jpeu de temps : la saison était avancée; Pautomne touchait à sa fin, lorsqu'on se mit en marche. Les légions, en sortant d' Antioche , arrivèrent, au point du jonr, à la troisième pierre mllliaire , dans un endroit appelé Hippocephalus. On j trouva un homme assassiné; la position du cadavre présageait de grands malheurs. L'empereur quitta la Syrie avec découragement; il succomba à ses inquiétudes dans une bourgade obscure, au pied du Taurus.
l'empebeur julien; il tisttb l'obient; son séjour ▲ antioche; IL essaye en tain de banimeb l'ancienne religion; sa mort. — Julien , resté seul maître de l'empire , destitua Helpidius , qui était chrétien , et donna la préfecture d'Orient à Salluste ; c'est après ce cliangement dans l'administration, en 362, que Julien vint en Orient. L'empereur désirait visiter la capitale de la Syrie. Il prit les routes les plus courtes de Tarse à Antioche; arrivé à quelque distance de cette ville , il rencontra une grande partie des habitants. C'était la population païenne oui venait saluer, comme une oivinité , le restaurateur de Fancien culte (*). Au milieu des acclamations de cette foule , Julien s'entendit avec joie appeler l'Étoile de l'Orient. Cependant une circonstance fortuite asson)brissait la joie commune. Le cortège de l'empereur devenait plus sérieux et plus grave à mesure qu'on approchait d'Antioche. En entrant dans ses murs , Ju-^ lien fut frappé par des sons lugubres; les gémissements avaient succédé aux chants de fête. On célébrait la mort d'Adonis. Julien trouva sur la liste des personnages qui sollicitaient l'honneur d'être admis en sa présence un certain Thalassius, ennemi de Gallus, frère de l'empereur ; il lui interdit la porte du palais. Les ennemis de Thalassius apprirent aussitôt l'affront qu'il venait de souffrir. Le lendemain , comme ils plaidaient contre lui, ils s'adressèrent à l'empereur en disant : « Votre ennemi «Thalassius nous a enlevé ce qui nous appartient. » Julien comprit que ces hom-
luiar
(*) MinUui voce» mulUiudinis maanœ, â*tiare sidus inluxisse Eois parfibus (tacUunanr Ua. Amm. Marc, XXII , 9.
L'UNIVERS
mes voulaient profiter de la disgrâce de Thalassius. 11 leur répondit : « Oui , cet homme m'a offensé; il est convenable que vous remettiez vos accusations au jour où j'aurai reçu satisfaction de mon ennemi. » £t en même temps il défendit au préfet de continuer le procès, avant que Thalassius eût obtenu un retour de faveur.
L'empereur passa l'hiver à Antioche.
Appliqué tout entier aux causes judiciaires, les plaisirs et les voluptés de la Syrie ne le détournèrent pas un instant de ses occupations sérieuses. Simple dans son palais , entouré de philosophes qui prenaient à tâche de se dis^ tinguer par l'austérité de leurs mœurs et de leur costume , Julien ne s'environnait des pompes asiatiques que pour aller aux temples honorer les dieux qu'il avait rétablis sur leurs autels.
Aussi saint Jean Chrysostome , gui n'avait pu pénétrer dans la vie privée de l'empereur, et qui n'a vu que le côté extérieur de ce grand homme, l'a-t-îl dépeint sous un jour peu favorable. « Les « magiciens, dit Chrysostome, les en- « chanteurs , les devins, les augures, « les fanatiques de Cybèle , et tous les « charlatans de l'impiété s'étaient ren- « dus auprès de lui de toutes les con- « trées de la terre : son palais était « rempli de fugitifs flétris par des ju- « gements. Des misérables, qui avaient « été condamnés pour empoisonnements « et pour maléfices , qui avaient vieilli « dans les prisons, qui travaillaient < aux mines, qui pouvaient à peine «' soutenir leur misère par le commerce « le plus infâme, revêtus tout à coup « de sacerdoces et de sacrificatures , te- « naient auprès de lui le rang le plus » honorable. Environné déjeunes hom- « mes perdus de débauches, de vieillards ft encore plus dissolus, et de femmes « prostituées , qui faisaient tout reten- « tir de leurs ris immodérés et de leurs « paroles impudentes , il traversait les » rues et les places de la ville; son cheval et et ses gardes ne le suivaient que de « loin (*). »
On a vu , dans cette histoire, combien les peuples de l'Orient témoignaient d'é- < loignement pour les empereurs dont la
(*) Chrysos., de Sanct. BabyU contra JuL et Gent,
conduite était grave et sévère. Dans cette disposition du caractère national se trouve l'explication de la conduite de Julien. C'était pour lui une nécessité, il le savait, de déposer parfois le manteau du philosophe, pour ne pas blesser la multitude. Ainsi peut-on accorder, comme l'ont déjà fait de grands écrivains modernes, le témoignage de saint Jean Chrysostome avec les éloges que nous ont laissés de la conduite de Julien tous les écrivains païens. Cet empereur teuait à la popularité , moins par politique que par amour-propre. Avec d'éminentes qualités, il avait un génie mimique. Il ne réussit point à exciter l'admiration des Syriens. Le peuple railla l'emphase sophistique qui l'emportait toujours, chez l'empereur, sur la majesté du prêtre païen. Julien se livrait à la risée de la foule , en pacaissant avec un extérieur malpropre , une barbe hérissée , au milieu des prétresses et des courtisanes. Il n'en continua pas moins à célébrer de la même manière les rites du paganisme. Il voulut visiter le temple de Jupiter, sur le mont Cassius. Après avoir sacrifié au dieu , il vit prosterné à ses pieds un suppliant qui implorait son pardon. L'empereur lui demanda son nom. Le suppliant lui répondit « qu'il était Théodote , présidial de HLérapolis , qui av^it excité contre Julien la colère de Constance. » Lorsque Théodote eut fini de parler, Julien lui dit : « Je savais déjà ce que vous venez de me dire. Retournez chez vous, et ne craignez plus un prince oui a pour règle de diminuer le nombre ue ses ennemis et d'augmenter celui de ses partisans (*). » Julien alla du mont Cassius au temple de Daphné. C'était alors le jour où, depuis des siècles, les païens d'Antioche venaient en foule adorer Apollon. L'empereur entra dans le sanctuaire , où il comptait trouver de nombreuses victimes. Le temple était vide. Julien pensa que par respect pour sa qualité de grand prêtre, on n'avait pas voulu introduire les offrandes avant son arrivée. Il sortit , et chercha vainement autour du lieu sacré les troupeaux qui devaient être immolés. Frappé d'étonnement, il rencontra le prêtre d'Apollon,
2ui apportait une oie pour le sacrifice, lette vue dut le convaincre de l'inuti- (*)Amm. Marc., XXII, 14,
lité de ses efforts pour rendre la vie à i ancienne religion.
Julien avait porté jusqu'à deux cents le nombre des sénateurs d'Antioche; if avait laissé au peuple l'élection de ces nouveaux magistrats municipaux; mais il dut retirer aussitôt la faveur qu'il Tenait d'aceorder. « Souvenez-Tous , dit-il dans « le Misopogon^ de ce sénateur que vous « installâtes, de votre autorité privée, R avant que son nom fût sur la liste , « lorsque le procès , dont sa nomination « fut suivie , était encore pendant; et de « ce misérable que vous prîtes dans la « rue pour le traîner au sénat. C'était « un homme sans bien, de la lie du peu- « pie , en un root , de cette espèce de « gens qu'on ne regarde dans aucune « ville , et que vous , au contraire , par « un effet de votre rare discernement, « vous estimez comme des hommes pré- 9 cieux , qu'il faut acheter au poids de « l'or. La plupartde vos élections étaient c aussi peu judicieuses , et le ne pus me « prêter à toutes vos irrégularités n. »
L'indifférence que les Antiochiens montraient pour leurs droits municipaux, affecta Julien. D'autres événe* ments , l'incendie du temple d'Apollon et la disette qui afRigea l'Orient, achevèrent de lui rendre insupportable le séjour de la Syrie. La famine n'eut d'autre cause qu^ l'avarice des spéculateurs et le zèle inintelligent de Julien. L'empereur avait voulu signaler sa présence à Antioche par des bienfaits. Il avait tout d'abord fait remise aux habitants de l'arriéré, et réduit d'un cinquième les impôts annuels. Le peuple, encouragé par ses concessions, s'était élevé contre la cherté des vivres : « Tout abonde, criait la multitude, et nous manquons de tout! »
Ces plaintes furent écoutées favorable* ment par l'empereur ; il adressa des remontrances aux citoyens riches; les marchands promirent de se contenter d'un moindre profit ; mais le prix des denrées resta le même. Quelques mois se passèrent sans que l'empereur parût faire attention aux besoins du peuple. De nouvelles plaintes réveillèrent enfin sa soUi* citude. Il eut recours à une mesure se* vère, qui, destinée à peser sur les riches, écrasa les nécessiteux. Un tarif fut éta-
r*) Œuvres deJiU'wu^ traduites par Toutleli tu, p. 416.
bli pour les denrées. Chacune était taxée à un prix très-minime, qu'on ne pouvait dépsser. En même temps , Julien envoyait chercher, à ses frais, aux extrémités de la Syrie, quatre cent mille boisseaux de blé. Un peu après , vingt-deux mille boisseaux arrivèrent d^Égypte. Ces provisions étaient achetées aussitôt qu'elles paraissaient sur le marché. Des accapareurs enlevaient au prix courant, établi par l'autorité impériale , les marchandises destinées à soulager la misère du pauvre. Les marchands de tout genre émigraient plutôt que de vendre les objets de leur commerce à un taux arbitraire et ruineux. Le peuple , dont les souffrances augmentaient chaque jour , accusait l'empereur des maux dont il n'était que la cause involontaire. Julien, de son côté, aigri contre la population, demeurait avec peine dans les règles de modération et ae douceur qu'il s'était tracées. Poussé parles officiers de son palais, il se détermina à des violences. Il ordonna l 'arrestation des sénateurs d'An*^ tioche. T^e sophiste Libauius, son ami, le supplia de révoquer cet ordre tyrannique. Les conseillers de Julien, témoins des prières de Libanius, osèrent, en
(présence de l'emiiereur, le menacer de a mort. Le sophiste demeura ferme et obtint la grâce de ses concitoyens. Le malaise du peuple dura aussi longtemps
Sue l'hiver. Julien demanda le secours es dieux par des sacrifices; tous les plans qu'il formait pour assurer le bien public étaient traversés. Il avait donné des terres au peuple ; les riches s'en emparèrent. Julien chassa non sans peine les spoliateurs. Poussé à bout, l'empereur épancha sa colère dans une satire contre les Antiochiens. Il écrivit le Misopogon (l'ennemi de la barbe), appelé aussi le Livre Antiochien, Julien rappelle , dans cet écrit , la froideur avec laquelle les Syriens le saluèrent, quand il prit le titre d'Auguste. « Les Alexandrins, dit-il, envoyèrent à l'empereur une ambassade et des félicitations en Europe bien avant les Antiochiens. Ceux-ci furent même les derniers à loi rendre hommage. «Julien récapitule ensuite les désordres dont il a été témoin , les injures dont il a été victime en Syrie. La plupart des invectives dont on l'a accablé, il ne lç$ a méritées que pour avoir
L'UNIVERS
manqué aux usages. « Aussi , dit-il , le « tribut qu'exige 4e moi la tyrannie de « Fusage , je le pa^e avec la contenanoe « d'un fentiier qui n'apporte à: un maître « dur qu'une fîuble partie de ce qu'il lui « doit (*). » Le Misapogon fut l'adieu de Julien à Antioche. Il annonça sa ferme intention de quitter .cette ville. Peu de temps après avoir livré au publie soo ouvrage , il partit pour Hiérapolis. Le peuple raccompagna assez loin , faisant des vœux pour lui , et le priant d'apaiser sa colère et de revenir encore auns la capitale de la Syrie. Julien fut inflexi* ble. Il préposa au gouvernement de la province Alexandre, homme dur et turbulent. En faisant choix d'Alexandre, Julien disait : « Il n'a pas mérité cette « place; mais les Antiocniens, race avare « et frondeuse, ont mérité un homme de « cette espèce. » Les jours de Julien coururent quelque danger, la veille de son départ. Un complot était formé contre lui; des soldats avaient conçu le projet d'assassiner l'empereur : les coupables^ s'etant enivrés, découvrirent eux-mêmes leurs desseins. Julien leur accorda le pardon, montrant plus de douceur à l'égard des assassins qu'envers la ville d' Antioche. Les sénateurs, pour lui donner un témoignage de respect, l'accompagnèrent durant le premier jour de marche ( 5 mari»i363 ). L'empereur, arrivé dans la soirée à Litarbes , bourgade peu éloignée de Chalcis, renvoya les sénateurs à Antioche , leur répétant que sa décision était immuable, et que leurs concitoyens ne le reverraient plus. Le 6 mars, il arriva à Beroé; il gagna ensuite Batna et Hiérapolis, lieu de réunion désigné aux différentes légions. L'entrée de Julien dans Hiérapolis fut marquée par un malheur.
Cinquante soldats, placés sous un portique, furent écrasés sous la chute de cet édifice. Julien passa la revue de son armée, traversa l'Euphrate, et courut en silence surprendre I ennemi, qui ne se doutait pas du mouvement des Romains (**).
Gibbon a raconté, à sa manière, quelquesmns des incidents du voyage de Julien en Syrie. Nous les reproduisons ici : « Julien, dit-il, dominé par son
(*) CEuvreê de Juiien , tiad. parTourlet, t. II, p. 372.
(**) Amm. .Marc, XXIÏl , 2; Jul. , Bp, 27. — Ftnfez aiual Evagr., VI , II. — Théod., lïl , 17.
ardeur guerrière, se mit en campagne dès la fin de l'hiver. Après une marche laborieuse de deux jours, il renvoya, avec des reproches et des marques de mépris , les sénateurs d'Antiœhe , qui l'accompagnèrent au delà des bornes de lenr territoire. Il séjourna, le troisième , à Beroé ou Alep , ou il eut le déplaisir de trouver un sénat composé presque en entier de chrétiens, qui ne répondirent que par un froid respect à l'éloquent discours de l'apôtre du paganisme. Le fils de l'un des plus illustres citoyens de cette ville embrassa , par intérêt ou par persuasion , la religion de Tempereur, et il fut déshérité. Julien invita le père et le fils à la table impériale; et, se plaçant au milieu d'eux , il recommanda , sans succès, cette tolérance qu'il pratiquait lui-même; il souffrit, avec un calme simulé , le zèle indiscret du vieux chrétien, qui paraissait oublier les sentiments de la nature et les devoirs d'un sujet; et, se tournant à la fin vers le jeune homme affligé, « Puisque vous « avez perdu un père par attachement « pour moi , lui dit- il , c'est à moi de <L vous en tenir lieu. » Il fut reçu d'une manière plus conforme à ses oésirs , à Batna , petite ville agréablement située dans un oocage de cyprès,à environ vingt milles d'Hiérapolis. Les habitants , qui semblaient attachés au culte d'Apollon et de Jupiter, leurs divinités tutélaires, avaient préparé toute la pompe d'un sacrifice ; mais le bruit de leurs applaudissements blessa sa piété modeste ; il crut voir que Tencens qu'on brûlait sur les autels était l'encens de la flatterie plutôt que celui de la dévotion. L'ancien et magnifique temple qui avait rendu la ville d'Hiérapolis célèbre si longtemps, ne subsistait plus ; et les riches propriétés qui nourrissaient plus de trois cents prêtres, avaient peut-être liâté sa chute. Au reste, Julien eut la satisfaction d'embrasser un philosophe et un aoû qui avait eu la fermeté de résister aux sollicitations multipliées de Constance et de Gallos, toutes les fois qu'ils logèrent chez lui , dans leur passage à Hié* rapolis. Il paraît qu'au milieu des préparatife militaires et des épanchements d'un commerce familier, Julien montra toujours le même zèle pour sa religion. 11 avait entrepris une guerre importante
STaiE ANCIENNE.
et difiOdle ; hiquiel SÊttma issue , il était plus attentif à observer et à noter les moindres présages d'où Tod pouvait tirer quelque eonnaissaoee de l'aveair, d'après les règles de la divination. U instruisit Libanius des détails de son voyage jusqu'à Hiérapolis par une lettre qui annonce la fiM)iHté«t la grâce de son esprit, et sa tendre amitié pour le sophiste d*Aotioehe. Les troupe» romaines se réunirent à Hiérapolis, située presque sur les bords de Thupbrate , et passèrent aussitôt ce fleuve sur un pont de bateaux qui les attendait. Si Julien avait eu les inclinations de son prédécesseur, il aurait perdu la belle saison dans le cirque deSamosate, ou dans les églises d'Édesse. Ayant choisi, non pas Constance, mais Alexandre pour son modèle , il se rendit sans délai à Carrhes, ville très-ancienne de la Mésopotamie , à quatre-vingts milles4*Hiérapolis«» On sait quelle fut Tissu» de eette campagne. Après s*étre engagé dans le pays ennemi , Julien rei^ut une blessure mortelle, en combattant avee bravoure à la tête de ses soldats.