‹ Systeme d'artillerie de campagne du lieutenantgeneral Allix, compare avec les systemes du comite d'artillerie de France, de Gribeauval, et de l'an XIChapitre 11 sur 21 · BOUCHES A FEU · texte numérisé non relu

BOUCHES A FEU

CALIBRES

POIDS

CALIBRES

POIDS

Canon de 12. .

Canon de 8. . .

Obusier de G p.

Canon de 4 » *

Total des poids. . . .

Terme moyen des poids par bouche à feu.

Canon de 12. .

Canon de 8. . .

Obusier de 6 p., Obusier de 24.

x,8ool.

Il n’est ici question que des bouches à feu.

i, 5 ool.

Il résulte de ces deux tableaux comparatifs des systèmes Gribeauval et du comité, que le système Gribeauval pèse près d’un tiers moins que celui du comité. Je ne considère ici que les bouches à feu. C’est déjà sans doute quelque chose ! Si l’on supposait, par exemple, dans une armée 600 bouches à feu , selon le système Gribeauval , elles pèseraient 63 o,ooo liv. , et selon le système du comité, elles pèseraient 900,000 liv. Je pense que , sauf le respect que je dois aux auteurs de ce dernier système, que cela vaut la peine qu’on y fasse attention , non-seulement sous le rapport de la pesanteur , mais aussi sous le rapport de la différence des dépenses occasionées forcément par plus de pesanteur ; car si une

livre de bronze coûte, terme moyen, 2 fr. , les 63 o,ooo livres de bronze, qui composent lestioo bouches à feu Gribeauval , coûteront. 1 ,260,000 f.

Les 600 bouches à feu du comité coûteront 1,800,000 f.

La différence des dépenses, quant aux bouches à feu seulement , serait donc de. . . 54 o,ooo f.

Mais cet excédant de dépenses du dernier système de bouches à feu sur le premier, doit être aussi considéré sous d’antres rapports très-importans , et qu’une administration économe comme l’est et doit l’être l’administration militaire en général, et celle de l’artillerie en particulier (1), 11e doit ni ne peut jamais négliger; je veux parler de l’économie des transports.

La charge d’un cheval d’artillerie en campagne ne peut excéder cinq cents livres, car cette charge ne doit pas se calculer sur l’état de routes bien entretenues , et l’on doit encore moins compter que ce cheval sera toujonrs bien nourri, et ne manquera jamais ni d’avoine ni de bons fourra-

(1) Il n’y a aucune partie de l’administration militaire qui ait plus d’ordre et plus d’économie que celle de l’artillerie ; le tout y est porté jusqu’à la parcimonie, et tout officier qui manque à cette règle, qui est une tradition de l’arme, est aussitôt noté. Je sais bien que, depuis quelque temps, ce principe a été fortement altéré; mais le gernle subsiste, et il ne dépend que du ministère de la guerre de le rétablir dans toulç sa pureté primitive.

ges ; ce qui ne peut arriver à la guerre : ainsi d’après cette base de rigueur, il faudra pour le transport des six cents bouches à feu du comité, toutes nues , sans leurs àffùts , sans leurs caissons, sans leurs munitions, sans leurs voitures de suite, un tiers de chevaux en plus dans le système du comité pour les bouches à feu seulement, que dans le système de Gribeauval.

C’est donc une différence au moins de i ,200 chevaux par jour, en faveur du système Gribeauval , et contre le système du comité , sur 36 oo qui seraient ou qu’on pourrait supposer nécessaires dans ce dernier système. Que le lecteur remarque toujours qu’il n'est question ici que des bouches à feu des deux systèmes.

Je veux bien admettre maintenant qu’un cheval d’artillerie ne coûte en campagne toutes dépenses comprises, c’est-à-dire, prix d’achat, harnachement, ferrage, médicamens, perte par maladie ou fatigue , perte sur le champ de bataille , remplacement ou remonte , personnels du train, etc. , que 4 francs par jour (je pense évaluer au plus bas); ce sera pour i,aoo chevaux en moins, une économie, par jour,

de. . . * 4,8°° f.

Et par an, une économie de -79a, 000 f.

Mais je dois continuer mes évaluations d’économie, en comparant toujours le système Gribeauval à celui du comité.

Dans les deux systèmes, l’affût de 12, de 8, et

l’obusier de 6 pouces, ont les mêrnes inconvéniens sous le rapport de la pesanteur, car ils sont approximativement du même poids ; ils sont également trop chargés de ferrures : mais il y a cette différence néanmoins , que l’on peut trèsbien supprimer une partie des ferrures dans les affûts Gribeauval, sans nuire à leur solidité, ce qui est impossible dans ceux du comité, où malgré que le cubage des bois soit plus considérable que dans le système Gribeauval , il y a moins de solidité , comme je le démontrerai dans l'un des chapitres suivans. Ainsi , dans ces affûts des deux systèmes , le seul avantage des affûts du système Gribeauval sur celui du comité est sa plus grande solidité, ce qui, certes, n’est pas un point peu important sous le rapport de l’économie; et d’autant plus important, sous ce rapport , qu’il faut pour construire les affûts du comité , des bois beaucoup plus rares , et par conséquent plus chers que pour la construction des affûts Gribeauval. Reste donc à comparer l’affût d’obusier de a4 du comité avec l’affût de 4 Gribeauval ; cette comparaison sera courte ; l’affût de i’obusier de a4 du comité, pèse i,85o livres environ , tandis que l’affût de 4 Gribeauval ne pèse que i,35o livres , c’est-à-dire, qu’il y a entre ces deux affûts , une différence de 5oo livres , ce qui est par conséquent la charge d’un cheval, et cause une dépense de moitié en sus.

$i l’on compare maintenant les deux mêmes

systèmes sous le rapport du poids des projectiles , et des munitions, on trouvera que le poids est le même dans les deux systèmes pour le 12 , le 8 , et l’obusier de 6 pouces. Mais on trouvera aussi qu’il est différent entre l’obusier de 24 et le canon de 4 , dans le rapport de 3 à 1 , ou encore qu’il faudra trois fois plus de chevaux , trois fois plus de caissons ou voitures pour transporter les munitions de l’obusier de 24, que pour transporter les munitions du canon de 4- Je m’explique mal ; j’en demande pardon au lecteur: un exemple va faire comprendre ma pensée.

Le caisson d’obus de 24 , porte obus ; le poids

desdits obus, à raison de i 5 liv. l’un, fait 1,1 25 1.

Il contient en outre 75 gargousses à

poudre , à raison de 2 liv. l’une 1 5 o

Total du poids du chargement d’un — ___ caisson d : un obusier de » 4 , ci 1,275 !•

Et je n’y comprends pas le poids de la charge de l’obus, ni le poids de la fusée*

D’un autre côté, le chargement d’un caisson de 4 est de 168 boulets, à raison de 4 liv. l’un (1). Poids total des boulets. 67a 1 .

(1) Je néglige de comprendre dan* ce calcul les quatorze cartouches à balles qui font partie du chargement du caisson , quoique cependant elles pèsent plus que le boulet. J’ai seulement en vue de simplifier le calcul ; mais j’ai aussi omis la charge en poudre de l’obus et de sa fusée, ce qui fait , quant au poids, à peu près compensation, sous ce rapport , entre les deux systèmes. . , * -

Report d’autre part 672 L

Poids des sachets, des sabots, de la poudre, à raison de a - livres 369

Total des poids du chargement du ^ ^ mmmmm caisson de 4 1,041 1.

Ainsi, d’un côté, le caisson de 4 en contient 168 coups, c’est-à-dire plus du double de coups que le caisson d’obusier.

Donc, il faudra deux caissons au moins pour l'obusier de 24» tandis qu’il n’en faudra qu’un pour le canon de 4 » c’est-à-dire que, pour l’approvisionnement de l’obusier de 24, il faudra, contre l’approvisionnement du canon de 4 » en voitures de transports seulement, une double dépense, et aussi une double dépense au moins pour le train ou la force motrice.

Ainsi, en comparant pièce à pièce le système Gribeauval à celui du comité , on trouve toujours que c'est le système Gribeauval qui obtient l’avantage, et un avantage immense, soit sous le rapport de ta légèreté ou de la mobilité, soit sous celui de la solidité, soit enfin sous celui de l’économie des dépenses, etc., etc.

Mais, dira sans doute le comité , notre obusier de 24 est capable de tous autres effets que le canon de 4 Gribeauval. C’est encore là une question que je résoudrai plus tard; car, je répète, je ne veux ni ne dois anticiper sur ma matière. Que le lecteur prenne patience! qu’il attende!

Un système d’artillerie ne se jette pas au moule i avec le temps, je répondrai à tout Ce qui est certain, d’après les preuves que je viens d’en donner, c’est que le système du comité d’artillerie, considéré sous ses différens aspects, ne peut, i° à cause de sa pesanteur, se prêter aux nécessités des mouvemens stratégiques; 2° que ses prétendues longues portées ne sont ni nécessaires, et encore moins d’aucune utilité dans la guerre de campagne ; 3° que le système du comité occasione à l’Etat une dépense à peu près double, les choses prises en masse, que n’en occasione le système Gribeauval ; 4° que si l’on retranchait en théorie , comme la chose a réellement lieu en pratique, du système Gribeauval le canon de 12, c’est-à-dire qu’il ne restât dans ce système que les canons de 8, de 4> e t l’obusier de 6 pouces , alors le système aurait encore un avantage bien plus immense, sous tous les rapports, sur le système du comité.

Car alors les canons de 8, de 4> et l’obusier de 6 pouces Gribeauval , ne pèseraient en total que 2,45o liv., tandis que, dans le système du comité, les canons de 12, de 8, et l’obusier de 6 pouces et de 24, pèseraient en total 6,000. liv. , c’est-à-dire trois cinquièmes en sus; et tous les détails suivraient nécessairement ce rapport , je veux dire qu’en toutes choses le système du comité exigerait partout une dépense plus que double, et enfin qu’il entraverait en toute occa-

sion, du double au moins, les mouveméns stratégiques. D’un autre côté, le comité a-t-il pensé à tout en voulant introduire dans l’armée française une artillerie d’un poids aussi énorme ; il ne peut cependant se le dissimuler : pour que les vitesses des mouvemens soient égales, il faut nécessairement que les forces motrices soient comme les poids. Il sera indispensable d’augmenter dans ce rapport le nombre des chevaux d’artillerie. Mais , je le demande à tout artilleur et à l'administration de la guerre, où trouvera-t-on en campagne des fourrages? par quels moyens surnaturels pourra-t-on s’en procurer pour un nombre au moins double de chevaux, lorsqu’il est connu et démontré , par l’expérience de la guerre, qu’il est très-difficile, et presque tïmjours impossible de nourrir la moitié de ceux que réclame l’artillerie du comité? Il est incontestable que la chose sera de toute impossibilité. Alors les chevaux d’artillerie seront sans force ni vigueur ; alors la fatigue et la faim les auront bientôt fait périr, et l’armée sera privée de son artillerie, même avant les batailles.

Mais si l’on comparait maintenant le système du comité avec le système de l’an u, ce serait bien autre chose; quels avantages plus immenses encore en faveur de celui-ci. Faisons donc, en passant , cette comparaison ;

Les bouches à feu du système de l’an i r pèsent, savoir :

Le canon de n i . . . 1,530 Ut..

Le canon de 6 '• 790

L’obusier de 24 5 go

Total des poids pour les

trois bouches à feu. . . 2,910

Terme moyen 970 liv.

Mais ce n’est pas ainsi que l’on doit considérer le système de l’an 11 ; à cette époque, on était généralement d’accord §ur un point essentiel. On pensait, d’un avis unanime, que le canon de la était trop pesant pour se prêter à la célérité • des marches militaires; qu’enfin il était trop pesant pour entrer dans toutes les différentes combinaisons des mouvemens stratégiques ; mais quelques individus , sans expérience et sans pratique de la guerre, insistèrent sur la conservation du canon de 1 a dans les équipages d’artillerie de campagne. A la tète de cette dernière opinion, était le général Gassendi, qui n’avait jamais conduit en campagne une seule batterie; mais Gassendi n’en exerçait pas moins une profonde influence sur la discussion : il avait été le capitaine de Napoléon au i er régiment d’artillerie, et Napoléon conservait pour lui, au milieu de sa toute-puissance , la même tendresse que le fils le plus dévoué a pour son père. Gassendi était laborieux ; il conduisait l’artillerie du ministère de la guerre avec une admirable économie , avec une inconcevable activité. Brusque dans ses ma-

nières , il n’en était pas moins un des plus» . hommes de bien que l’artillerie française ait jamais possédé. On l’aimait , malgré la bizarrerie r si j’ose m’exprimer ainsi, de son caractère. Gassendi avait d’ailleurs de grands moyens d’action comme chef de l’artillerie à la guerre. Tout le monde savait que le chef d$ l’Etat l’affectionnait : il n’en fallait pas davantage pour faire entrer dans l’opinion de Gassendi, en faveur du canon de 12, ces officiers non militaires qui ,*sur une question militaire donnée , n’ont d’autre désir que celui de plaire à l’homme qu’ils supposent le plus influent ; et Gassendi l’était alors beaucoup dans les questions relatives à l’artillerie.

C’est à cette circonstance assez singulière et peu connue, que le canon de 12 dut sa conservation dans le système de l’an 1 1 ; mais enfin , on obtint que le poids de cette bouche à feu serait réduit de i5o à i3o liv., du poids du boulet; on obtint encore de la ténacité de Gassendi, que le canon de 12 n’entrerait que pour un dixième dans les équipages d’artillerie, et que les neuf autres dixièmes seraient formés par six canons de 6, et de trois obusiers de -il\.

Le système de l’an 1 1 avait par là gagné son procès contre le système Gribeauval; car, en définitive, on aurait laissé le canon de la, quoique réduit à i3o liv. du poids du boulet, sur les derrières de l’armée ou dans les places, comme y ont été renvoyés, pendant toute notre guerre de

la révolution, les canons de 12 Gribeauval , et comme y seront aussi renvoyés les canons de 1 a et les obusiers de 6 pouces du comité, l’une et l’autre bouches à feu étant, par leur pesanteur, incompatibles avec l’état actuel de la science de la guerre et la célérité des marches. Si, malheureusement pour l’armée française, le comité d’artillerie avait assez d’influence sur l’administration militaire de France pour faire prévaloir son système, qui n’est rien autre chose qu’une erreur grave , une véritable hérésie militaire , dans le cas dont je viens de parler, les canons de 8 et les obusiôrs de a 4 du comité, moins pesans d’un tiers que les tteux autres bouches à feu, seraient les seules employées , et la capacité des officiers du personnel, et leur expérience de guerre, les conduiraient bientôt à tirer de ces deux dernières, malgré leur trop grande pesanteur, le moins mauvais parti possible.

Mais je dois revenir encore sur la comparaison des trois systèmes entre eux ; en élaguant du système Gribeauval sa trop pesante pièce de 12 ,

il restera alors dans ce système :

Le canon de 8, qni pèse . 1,200 I.

L’obusier de 6 pouces, qui pèse environ. . 600

Le canon de 4 > qui pèse 600

Total du poids des trois bouches à feu. 2,400 Terme moyen des poids des bouches. . 800 1.

Je supprime de même, du système de l’an u ,

la pièce de la encore trop pesante; il restera dans ce second système :

Le canon de 6 , qui pèse • • 780 1 .

L’obus ier de a 4 ,q*û pèse» 5 go

Total des poids des deux bouches à feu. 1,370

Terme moyen des poids des deux bou- ^ mmm

ches à feu 685 i.

Mais si l’on voulait conserver, dans le système

de l’an 1 1 , sa pièce de 1 a , le terme moyen du

poids changerait. Dans ce système, tel qu’il fut

arrêté, les bouches à feu s’y trouvaient dans la • . • * proportion suivante : 1

i° Un canon de ia, qui pesait i, 53 o 1 .

a° Six canons de 6 , qui pesaient chacun

780 liv. Total. 4,680

3 ° Trois obusiers, qui pesaient chacun

890 liv. Total i,77<^

Total des poids des dix bouches à feu. 7,980

* Terme moyen des poids pour les dix

bouches à feu 798 1.

Je pourrais faire encore le même rapprochement du poids des bouches à feu du système Gribeauval , en y admettant la proportion des calibres à employer en campagne, telle qu’il l’avait déterminée ; mais comme l’expérience de la guerre a fait rejeter la pièce de 12, je dois m’en abstenir , par la raison que le} rapprochement que je pourrais faire serait sans utilité dans la

question agitée, D’ailleurs, 'chacun est en état de faire ce rapprochement.

Je vais maintenant rechercher quel sera le poids moyen des bouches à feu du comité , d’après les mêmes principes. Cependant, je dois le dire, je n’aurai pas, pour mes calculs, des données aussi certaines que celles que j’ai pour les systèmes Gribeauval et de l’an 1 1 . Le comité garde un secret impénétrable pour moi, sur la proportion dans laquelle il entend employer ses quatre bouches à feu dans un équipage de guerre. J’en suis donc réduit à des suppositions, ce dont je fais mes excuses à mes lecteurs, Dans tous les cas , je leur proteste que ce n’est pas ma faute,

Je suppose donc que le comité, qui a un si tendre amour pour l’artillerie pesante, emploiera dans ses équipages un tiers en canons de ia et obusier de 6 pouces, et les deux autres tiers en canons de 8 et obnsiers de a4- Calculons d’après cette supposition.

Dans cette hypothèse, il y aura dans ce système :

i u Deux canons de ia, qui pèseront. . 3 , 6 oo 1 .

a° lin obusier de G pouces, qui pèsera. i,8oo 3 ° Quatre canons de 8, qui pèseront. . . 4,800

4 ° Deux obusiers de a4, qui pèseront. . a, 4 oo

Total des poids des 9 bouche? à feu. 1 3,800

Terme moyen des poids desdites

bouches à feu 1,400 1.

De ces différentes comparaisons de la pesanteur des trois systèmes , il résulte :

i° Que le système Gribeauval , quant aux bouches à feu seulement , ne pèse , terme moyen , le

canon de la non compris, que 800 1,

a° Que le système de l’an 1 1 ne pèse, le canon de ia non compris, que. . . G 85

Et en y comprenant la pièce de ia

de ce système, que 798

Tandis que celui du comité pèsera au moins i,4oo I.

Ainsi le système du comité, quant aux bouches à feu seulement, pèsera le double, terme moyen des systèmes Gribeauval et de l’an ir.

Le comité d’artillerie de France, ou les auteurs du système qu’ils présentent, pourraient-ils soutenir, en présence de l’armée française, que c’est perfectionner le matériel des bouches à feu de campagne, que de les rendre du double plus pesantes. C’est là une question que je leur adresse de très-bonne foi , convaincu que je suis, par mon expérience de guerre et par l’opinion de tous nos plus illustres généraux, que la légèreté et la mobilité sont les qualités prédominantes de tout bon système d’artillerie. Sans doute que les auteurs du système dont je parle, et qui n’est ni français ni anglais ; qui ne ressemble à rien de ce que nous voyons dans les armées d’Europe ; qui n’a de remarquable que son étrangeté, voudront bien se donner la peine de répondre d’une

manière claire , précise, démonstrative à la question que je fais ici. La politique s'accommode fort * bien d’un système quelconque de déceptions momentanées, comme le prouve l’histoire de tous les âges. Mais la science de l’artillerie est une science toute mathématique, toute physique, toute de faits observés ; et de telles sciences ne comportent ni assertions erronées , ni déceptions d’aucune espèce. Ainsi donc, il faut que les auteurs inconnus du système d’artillerie du comité se montrent, et viennent prouver à l’armée française , ou à ses chefs naturels , que ce n’éçt pas , ainsi que je le dis et le démontre, dans la légèreté ou dans la mobilité que consiste la première qualité prédominante, la première condition d’un système d’artillerie de campagne, dans l’état actuel de la science de la guerre.

Le comité d’artillerie, ou les auteurs de son système, me répondront-ils avec les on dit que j’ai déjà réfutés, que les bouches à feu d’un calibre plus fort et plus long ont de plus longues portées. Je leur dirai alors que toute portée qui excède 4°° toises, la plus grande distance qui puisse séparer deux armées engagées , est une portée tout-à-fait inutile et sans résultat; car il ne suffit pas que la portée soit longue, il faut encore que le boulet atteigne avec certitude le but vers lequel il est dirigé. Or, au-delà de 4oo toises , l’artillerie ne tire qu’au hasard ; elle consomme très-inutilement ses approvisionnemens

de munitions, qui lui manquent lorsque l’engagement devient véritablement sérieux. La raison , je le répète, de l’inutilité des longues portées, est que l’artilleur, comme tout autre homme, ne voit que d’une manière très-confuse les objets sur lesquels il dirige ses coups, s’ils sont à une trop grande distance ; qu’il ne peut juger si sou projectile a frappé le but vers lequel il l’a dirigé ; qu’enfin il ne sait pas si ses coups sont bien ou mal dirigés. A quoi donc, dans ce cas, peuvent servir de plus grandes portées? et quel avantage résultera-t-il des bouches à feu par lesquelles on les obtient?

Ce principe de l’inutilité des grandes portées, je veux dire 'des portées au-delà de 4oo toises ou 800 mètres , a été si victorieusement établi par la discussion profonde qui eut lieu de 1^65 à 1777, entre Gkibeauval et les Vajlière ; il a été si invinciblement confirmé dans la guerre de l’indépendance des Amériques du nord, et dans celles de notre révolution, que c’est vraiment un phénomène inexplicable à la raison humaine , que des artilleurs français viennent aujourd’hui soumettre la question à un nouvel examen. Non, je le dis et je le répète , la chose serait incroyable, si les faits et les longues et pesantes bouches à feu du comité ne démontraient pas qu’en les admettant avec cette longueur et cette pesanteur, il n’a eu, et n’a pu avoir d’autre but, que d’obteuir de plus grandes portées.

Je dirai ensuite aux auteurs inconnus du système que je combats ici : Messieurs, faites donc changer la faculté visuelle de l’homme, afin qu’il puisse voir au-delà de 4 oo toises l’objet sur lequel il dirige ses coups ; faites qu’il puisse apercevoir à une plus grande distance un boulet et l’effet qu’il produit; car, tant que vous n’aurez i

pas opéré ce changement important , il est certain que vos longues portées seront tout-à-fait sans utilité. Parmi vous, Messieurs, s’en trouvet-il un seul qui^puisse apercevoir, dans l’espace, un boulet en mouvement, même à la distance de 3oo toises ; lorsque vous m’aurez certifié l’avoir vu , je vous croirai sans doute ; mais jusqu’à votre assertion positive , vous me permettrez de le croire impossible. J’ajouterai que, si les longues portées vous paraissent si nécessaires, il n’est pas .besoin pour cela d’avoir recours à vos longues et pesantes bouches à feu : vous pourrez trouver ces portées dans toute espèce d’armes à /eu. Le fusil d’infanterie, par exemple, ou tout autre fusil, porte à 900 toises au moins, lorsqu’il est pointé sous l’angle de 4° à 4a degrés. Un canon quelconque, dans les petits calibres, portera beaucoup au-delà ; je ine charge même de vous fournir, si vous l’exigiez, des obusiers légers, et pesant au plus 5oo livres , qui porteraient leur projectile à plus de i,5oo toises, du premier jet.

Il est vrai que les coups ne seront pas très-

certains, par une foule de motifs dans la discussion desquels ce n’est pas ici le cas d’entrer*; mais il est positif qu’ils ne seront ni plus ni moins incertains que les vôtres, et si j’évite cette discussion, c’est que je parle à des artilleurs qui connaissent , sans doute , la portée de toutes espèces d’armes à feu.

J’ai recherché avec beaucoup de soin où les auteurs du système du comité avaient pu puiser l’idée de leurs longs, pesans et massifs obusiers de 6 pouces et de 5 pouces 7 lignes 2 points ; je n’ai trouvé que les •licornes et les griffons russes chez l’étranger, et en France, je n’ai trouvé que deux essais très-infructueux , faits , l’un par le colonel Villantroys, et l’autre parle général Ruty.

( Voyez Gassendi, 5 e édit., pag. 529, 53 o, 53 i, 53 a, et pag. cv et cvi de la Table des matières.) Cet auteur, qui était dans une position à bien connaître la nature des choses, explique les motifs pqpr lesquels ces obusiers monstrueux, qui lançaient des obus depuis 9 pouces à 1 1 pouces de diamètre, obus pesant de 90 livres à 175 livres, furent rejetés par le gouvernement le plus militaire, et, sous ce rapport, le plus habile que la France ait jamais eu : je renvoie à Gassendi même pour connaître ces motifs ; je ne pourrais que les affaiblir en les analysant. Mais je puis dire que ces obusiers étaient un essai pour savoir s’il serait possible de bombarder Cadix et Gibraltar, qu’on ne pouvait yisulter par aucun autre moyen. Cea,

obusiers avaient les portées nécessaires pour par* venir à ce but. Mais après les épreuves, le chef du gouvernement français en rejeta l’emploi, ej l’on s’en tint aux obusiers d’épreuves.

Or j’observe, x° que ce fut le général Ruty qui fit couler à Séville , en 1 8 1 1 , l’un de ces obusiers, et que l’épreuve de cet obusier avait spécialement pour objet le bombardement de Cadix.

J’observe, en second lieu, que le général Ruty a, aujourd’hui, dans l’artillerie française, une très-grande influence. Cependant, il m’est impossible de supposer que ses réminiscences de Séville aillent jusqu’à vouloir* donner à l’armée française des obusiers de même modèle, et d’une pesanteur proportionnelle, en raison du calibre, à celui qu’il a fait couler à Séville, dans un but et par un motif tout spécial.

Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est que les deux obusiers de campagne du comité, l’un de 6 pouces, l’autre de 5 pouces 7 lignes a points, sont sur le même modèle que l’obusier de Séville, et qu’ils n’en diffèrent que par le diamètre de l’obus, le calibre de ce dernier obusier étant de -10 pouces 1 ligne 9 points.

Au surplus , ce n’est pas la longueur démesurée des obusiers du comité, longueur si*en contradiction avec la nature de cette espèce de bouche à feu, qui me surprend; mais ce qui m’étonne davantage , c’est que le comité ait accepté deux obusiers qui diffèrent si peu en calibres , qu’ils

( Ca )

peuvent être considérés comme le même obusier à peu près, l’un cependant pesant 1,800 livres, et l’autre ne pesant que i,aoo livres , dont l’obus de l’un pèse a 3 livres, tandis que l’obus du second ne pèse que i 5 livres. C’est le cas de dire, ou jamais, à MM. les membres du comité : pourquoi donc MULTIPLIEZ-VOUS AINSI LES ÊTRES SANS

nécessité ? Je puis faire à tous et à chacun des membres de ce comité le dilemne suivant :

Ou , vous avez reconnu que votre obusier long de 6 pouces produisait des effets supérieurs à l’obusier de 5 pouces 7 lignes a points, et dans ce cas vous ne deviez accepter , dans votre système , que ce seul obusier, et ne pas admettre le second pour augmenter les difficultés, les embarras et la complication du service.

Ou , vous avez voulu avoir, comme on le dit * un obusier de 1,800 livres pour accompagner votre canon de 1 a, et un autre obusier de 1 ,200 liv. pour accompagner votre canon de 8, et dans ce cas vous aviez deux partis à prendre. Le premier consistait à admettre un obusier de 6 pouces [lésant 1,800 livres, et un autre obusier de 6 pouces ne pesant que i,aoo livres; le second parti consistait à admettre un obusier de 5 pouces 7 lignes » points , qui aurait pesé 1 ,800 livres , et un second obusier de même calibre, qui n’aurait pesé que t,aoo livres. Il ne fallait pas un grand effort pour découvrir cette simplification ; car , vous le savez, Messieurs, nulle matière peut-être

ne se prête plus facilement que le bronze , ou le fer, aux formes et aux dimensions qu’il plaît à l’homme de leur donner.

Par l’un comme par l’autre moyen , vous n’auriez eu qu’un seul calibre d’obusier et qu’un seul obus , ce qui est toujours, dans le service de l’artillerie, une simplification utile et nécessaire.

Mais j’ai encore à cet égard , Messieurs, une autre question à vous adresser < je suis dans la nécessité de la faire, car je n’ai jamais pu, malgré mes recherches, la résoudre moi-même, et avoir les données à ce nécessaires. La nature des choses veut que votre obusier de 5 pouces 7 lig. a points, qui ne pèse que i,aoo livres, soit beau* coup plus employé, à raison de sa moindre pesanteur, que votre obusier de 6 pouces, qui pèse 1,800 livres, et dont l’obus pèse a 3 livres. Vous avez donc reconnu au premier toutes les pro* priétés utiles dans la guerre de campagne? pourquoi donc admettre l’obusier de 6 pouces , qui diffère de l’autre de si peu quant au calibre, et d’un tiers de plus quant au poids ? Voilà ma ques A tion, et je vous prie d’y répondre.

Mais, Messieurs, il me serait peut-être possible de faire avec vous une transaction. N’allefc pas croire , je vous prie , que ma proposition soit un# plaisanterie ; les plaisanteries ne conviennent plus à mon âge : c’est une proposition très-sérieuse que je vais vous faire. Vous voulez un obusier de 6 pouces et un obusier de 5 pouces 7 lignes

a points ; prenons un terme moyen, ce que leS Italiens appellent un mezzo-termine. Ce n’est pas toujours, j’en conviens, une excellente chose; mais, dans le cas présent, cela peut être passable. Vos deux obusiersne diffèrent, quant au calibre, que de 4 hg. io points, dont la moitié est de a lig. 5 points; ainsi, diminuons de cette moitié votre obusier de 6 pouces , et augmentons de cette même moitié votre obusier de 5 pouces 7 lignes a points, et nous obtiendrons un obusier unique de 5 pouces 9 lignes 7 points; nous n’aurons plus qu’un seul calibre d’obusier, par conséquent qu’une seule espèce d’obus. Vous trouverez sans doute, Messieurs, ma proposition très-raisonnable , et d’autant plus , qu’il ne vous en coûtera, ni à l’Etat, un centime de plus ou de moins. Car deux obusiers, dans le calibre moyen que je vous propose, seront nécessairement de même poids que les deux vôtres, ainsi que les obus. Ils seront aussi capables, selon votre opinion, des mêmes effets, puisque vous pensez que les effets des projectiles sont en raison de leurs diamètres, et que j’ai pris le terme moyen entre les diamètres de vos deux obus. Ainsi, ce qui serait perdu d’un côté est aussitôt gagné de d’autre, ce qui maintient l’égalité en toutes choses. Après cela , donnez à votre obusier tel poids que bon vous semblera ; faites-le peser 1 ,200 liv. , 1 ,5oo liv. , même davantage ; faites-le peser même 3, 4 o u 5 millions, cela ne me regarde point: ce

h’est pas sous ce rapport que j’envisage ici la question , mais bien sous celui de la simplicité , et il est certain que, par l’accommodement bien simple que je vous propose, votre système n’aura plus qu’un seul obusier au lieu d’en avoir deux. Vous gagnerez donc en simplicité : premier point.

Et vous gagnerez aussi en économie; c’est toujours quelque chose ; car les obus moyennes que je vous propose pèseront à peu près 16 par conséquent, deux de ces obus pèseront 33 livres, tandis que vos deux obus de 6 et de a 4 pèsent 38 livres. C’est , comme vous le voyez , Messieurs , quant aux obus seulement, environ un septième d’économie, ce qui n’est jamais indifférent à un artilleur véritablement pénétré de ses devoirs.

Il en serait de même, si l’on faisait entrer dans le calcul tous les motifs d’économie qui résulteraient de cette simplification, et surtout ceux qui proviendraient de la réduction de cet obusier au poids modeste de i,aoo liv. La chose me paraît assez raisonnable à proposer, et même à admettre, au pis aller, j’entends.

Mais, pendant que je suis si bien disposé à vous faire, Messieurs, des propositions de transaction, je veux vous en faire une autre, qui ne peut, ce me semble, vous déplaire et être rejetée.

Vous voulez admettre en campagne deux canons de différens calibres, l’un de la et l’autre ' de 8 ; je n’ai pas le pouvoir d’aller, à cet égard,

contre votre volonté. Je ne pense pas cependant comme vous en cela, vous le savez : mais transigeons. Prenons encore un terme moyen entre vos deux calibres, et adoptons le canon de 10. Vous ne pouvez vous dispenser de convenir que ma proposition ne soit très-raisonnable, en ce que,

i° Mes deux canons de 10 ne pèseront pas un gramme, ni plus ni moins, que vos deux canons de îa et 8 ; - ,<r $ fi'- h £

a° Les deux boulets de io auront absolument le mèmè poids que vos deux boulets de i a et 8 ;

3 ° Les deux canons de îo, avec leurs munitions, coûteront exactement le même prix que vos deux canons de î a et 8 avec leurs munitions ; ’ : •• .

4 ° Enfin, vous n’aurez plus qu’un seul calibre en canons et en boulets, en admettant les propositions que je viens de vous faire, et je ne doute pas que vous ne les adoptiez: votre système,'- qui a quatre bouches à feu, savoir, deux canons et deux obusiers, n’aura plus que deux bouches à feu, quï seront le canon de 10 et l’obusier de 5 pouces 9 lignes 7 points. Quatre de ces dernières bouches à feu seront, sur les champs de bataille, capables des mêmes effets que les quatre bouches à feu de votre système ; elles ne seront pas plus pesantes ; elles n’exigeront pas plus de force motrice ou de chevaux ; elles suivront tout aussi bien que les quatre vôtres, les grandes.

routes, quelque mauvaises qu'elles soient, ou les chemins de traverse; elles ne parcourront pas avec plus de difficulté que les vôtres toutes espèces de terrains, par quelque temps et en quelque saison que ce soit, par la raison incontestable que les poids seront exactement les mêmes de part et d’autre, et qu’ainsi il n’y aura pas de différence à faire, quant à la mobilité , entre la simplification que je vous présente, Messieurs, et la complication de vos quatre bouches à feu.

Une autre simplification qui résultera des propositions que je vous fais, outre celles que j’ai indiqtiées des projectiles, et par conséquent des gargousses, etc., c’est que le même affût pourra servir indifféremment au canon de io et à l’obusier de 5 pouces 9 lignes 7 points. C’est encore quelque chose qui n’est, certes, pas à négliger ; car , comme le dit l’épigraphe de X Aide-Mémoire de Gassendi :

« D’un rien de plus, d’un rien de moins,

» Dépend le succès de nos soins. »

Qu’en pensez-vous, Messieurs, n’est-il pas vrai que je vous ouvre ici un bon avis pour là réussite de vos projets? Au lieu de quatre bouches à feu, vous n’çn aurez plus que deux; au lieu de quatre espèces de projectiles, vous n’en aurez plus que de deux espèces ; au lieu de deux espèces d’affûts, vous n’en aurez plus qu’une espèce ; au lieu de quatre espèces de refouloirs et écouvil-

Ions, vous n’en aurez plus que de deux espèces, et cependant votre système restera exactement le même quant à sa pesanteur , à sa mobilité et à ses effets. Convenez, Messieurs , que j’âi eu là une très-bonne idée en vous faisant ces propositions.

Quoique je n’aie pas l’honneur de vous connaître, ni, je pense, celui d’étré connu de vous, je ne vous en supplie pas moins, Messieùrs, de ne pas prendre pour une ironie soutenue l’allocution que je viens de vous adresser. Je tiens d’autant plus à ce que vous ne preniez pas le change à cet égard, que je suis convaincu qu’après m’ayoir lu, vous nè vous obstinerez plus, aû détriment des hauts intérêts de l’Etat, à vouloir introduire dans l’armée française une artillerie si pesante , qu’elle ne peut se concilier avec les besoins du service, ni avec la partie la plus importante de ce service, la stratégie.

Malgré la simplification que je propose ici aux auteurs du système du comité, qui recevrait ainsi un grand perfectionnement, en ce que, par là, on aurait un système simple dont la plus pesante bouche à feu, le canon de 10 , pourrait n’avoir que le poids de i, 3 oo liv. , et l’obusier de 5 pouces y lignes 7 points que celui de i,aoo liv. , et que ces deux bouches à feu pourraient se servir indifféremment du thème affût ; malgré, dis-je, l’avantage de cette simplification importante, je. reste dans mon opinion, et je persiste à penser, après

niùr examen , que ces deux bouches à feu nîen sont pas moins trop pesantes pour se concilier avec la célérité requise dans les marches, et les différentes combinaisons si variées de la stratégie.

Il y a sans doute des cas de guerre où les longues portées sont utiles ; elles le sont pour la défense des villes maritimes; elles le sont plus encore pour l’attaque par mer de ces villes. Ainsi, on peut sans inconvénient majeur augmenter le poids de ces bouches à feu , soit qu'on les emploie sur terre ou sur des vaisseaux ; car, dans le premier cas, elles sont immobiles, et l’on n’est pas dans la nécessité de les déplacer à chaque instant, ainsi que cela se pratique dans la guerre de campagne. Dans le second cas, elles sont mobiles comme le vaisseau qui les porte, et leur pesanteur ne nuit point à la mobilité de ce vaisseau. Mais admettre de pesantes bouches à feu dans l’artillerie de campagne, me paraît une tentative contre laquelle toute raison militaire se soulève. On n’a pas sur terre , comme sur mer, un chemin toujours égal et une force motrice qui ne se fatigue point, etc. Le vent, qui est la force motrice des vaisseaux, se renouvelle de lui-même; il est bien, tantôt un peu plus fort et tantôt un peu plus faible ; et à moins, comme disent les marins, dun calme plat, le vaisseau et l’artillerie plus ou moins pesante quil porte, marchent toujours.

On sait qu’il n’en est pas ainsi de l’artillerie de

terre, qui rencontre dans ses marches des chemins souvent impraticables à toute voiture pesante ; elle doit franchir des montagnes plus ou moins escarpées; marcher sur toutes espèces de terrains, plus ou moins sablonneux, boueux, labourés, etc.; et dans tous ces différens cas, il est impossible à une artillerie pesante de remplir l’objet de sa destination , qui est d’arriver promptement sur les champs de bataille, et d’y manoeuvrer sur toutes espèces de terrains avec célérité et exactitude, et avec des chevaux souvent épuisés par la fatigue, par les privations et par l’intempérie des saisons. Lorsque le comité d’artillerie m’aura, en opposition aux principes si connus de la mécanique, prouvé que ses pesantes bouches à feu pourront satisfaire à ces besoins indispensables de la guerre , je pourrai être de son avis; mais tant qu’il ne m’aura pas fourni cette preuve, je dois le répéter, je reste dans mon opinion , que je crois bien motivée ; car il est constant que, pour mouvoir avec la même vitesse des masses ou des poids doubles, il faut nécessairement forces doubles.

Mais je ne dois pas m’en tenir là avec le comité d’artillerie , et je dois pousser encore avec lui mon argumentation plus loin. \

13 n cheval de forte stature et bien nourri, tels que ceux; des rouliers, peut conduire, sur des routes entretenues avec soin et sans montées trop rapides, une voiture pesant avec son chargement

environ deux milliers ; les roues de ces voitures ayant environ 5 pieds et demi de hauteur ; mais il faut qu’au bas des montées rapides les rouliers aient soin de louer des chevaux pour doubler ou tripler leur attelage. Les voitures du roulage marchent très-lentement , et font dans les vingtquatre heures au plus de 5 à 6 ou 7 lieues, selon que les routes sont plus ou moins viables. Les chevaux du roulage trouvent dans les auberges une abondante nourriture et toutes espèces de soins ; ces chevaux 11 e bivouaquent point en aucune saison. Ainsi, ils supportent bien la fatigue assez douce qu’ils éprouvent ; mais il n’en est pas de même des chevaux employés au service de l’artillerie ou des équipages de guerre, en ce que :

i° Les chemins à suivre sont presque toujours défoncés et dans le plus mauvais état, par suite du grand nombre des voitures employées par les deux armées belligérantes ;

a° Ces chemins sont presque toujours defrchemins de traverse de la plus mauvaise qualité ;

3° Il se rencontre souvent, dans ces chemins , des obstacles infinis, comme des fondrières , des ornières profondes, des montées rapides, etc. ;

4 ° Les chevaux d’artillerie en campagne sont toujours au bivouac, hiver comme été, et souvent sans fourrages, ou seulement réduits à la moitié, même au quart de leur ration : ils sont en général d’une stature et d’une force beaucoup

moindre que les chevaux du roulage, afin que leur légèreté puisse se prêter à la vitesse des évolutions ; •

5 Les chevaux d’artillerie doivent souvent, dans les évolutions et même en marche, trotter et galoper, ce qui n’a jamais lieu pour les che-, vaux du roulage ;

6° Enfin , les chevaux d’artillerie ne trouvent pas, comme ceux du roulage, des chevaux de se» cours au pied des montées rapides, pour les aider à les franchir.

De là le principe reconnu de tout temps dans l’artillerie française, et trop bien confirmé par nos guerres de, la révolution pour qu’il puisse aujourdhui etre remis en discussion ou mis en doute , qu un cheval d’artillerie ne doit pas avoir à transporter, dans la guerre de campagne, audelà de 5 oo liv. , au plus 600 liv.

C’est d’après ce principe , comme tout artilleur le sait, que fut déterminé l’attelage du système Cribiauval ; en voici la preuve :

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