PAS UNE SEULE APPLICATION UTILE A LA GUERRE
Je dis ceci par anticipation.
Le système d’artillerie de campagne Gribeauval est donc composé de quatre bouches à feu et de quatre affûts.
Quant aux caissons à munitions, il y en a aussi, dans ce système, d’autant d’espèces que de munitions, c’est-à-dire des caissons de ia, de 8* de 4 , d'obusier de 6 pouces et d'infanterie. Tous ces caissons sont les mêmes en ce qui concerne leur forme extérieure., je veux dire qu’ils ont même longueur, même largeur et même hauteur, à l’exception toutefois du caisson de ^ , c[iii était moins haut que les autres ; mais tous ces caissons différaient par leur division intérieure, en sorte que le caisson de i a ne portait que des munitions de ce calibre, et de même pour les autres; en sorte que si le besoin exigeait que l’on transformât un caisson de ia en un caisson de 8 ou d’obus,
Digitiz«tï>y
ou d’infanterie» il fallait commencer par détruire les divisions intérieures de ce caisson , pour y substituer les divisions qui convenaient aux autres calibres. Cela avait un inconvénient dont l’expérience de la guerre a fait justice. D’abord, on a abandonné le caisson de 4, qui n’avait pas assez de hauteur pour contenir les munitions de îa, de 8 et d’obus , et l’on n’a conservé dans le système Gribeauval qu’un seul caisson, celui de ia, susceptible des divisions intérieures qui conviennent, étant faites, aux munitions du 8, de l'obusier et de l’infanterie , comme aux munitions de 4 » ce qui n’empêche pas qu’il ne faille nécessairement, et avant tout, opérer le changement de ces divisions intérieures.
Mais, ce seul caisson de la conservé aujourd'hui dans l’artillerie Gribeauval , n’en fait pas moins par ses divisions intérieures , cinq caissons tout-à-fait différens, ce qui est un inconvénient très-majeur dans les opérations de guerre, où l’on a souvent besoin sur-le-champ de caissons de 8 , par exemple , et l’on ne trouve sous sa main et à sa disposition , que des caissons distribués pour le îa, ou l’obusier, ou le 4» ou l’infanterie, ou réciproquement pour chacun des autres calibres ; il faut, alors changer les divisions intérieures du caisson : cette opération est longue, exige du temps, et il n’y en a pas à perdre sur les champs de bataille.
De même pour les affûts : dans le système Grî-
beauvai, il y en a de quatre espèces; mais lorsque sur les champs de bataille une partie des affûts de 8 se trouve, par le feu de l’ennemi mis hors de service , et tous les affûts de rechange étaut consommés, une partie des bouches à feu de ce calibre de 8 se trouve dans l’impossibilité d’agir; ce qui n’arriverait pas, ou n’arriverait que rarement si toutes les bouches à feu d’un système avaient un seul et même affût, ou autrement un affût qui pourrait servir également à tous les calibres de campagne , au 1 1 comme au 8 , ou au 4 , ou à l’obusier ; alors on ne manquerait jamais d’affût de rechange, puisque l’affût d’uu calibre conviendrait à tous les autres calibres. (Voyez le chapitre III.)
Même inconvénient dans le système de l’an x i ; autant de calibres de bouches à feu, autant de caissons qui ne diffèrent que par leurs divisions intérieures; autant d’affûts que de bouches à feu.
Encore même inconvénient dans le système du comité dans ses caissons, en ce que ces caissons portent autant d’espèces de divisions intérieures, qu’il y a d’espèces de munitions. Mais le système du comité a reçu du côté des affûts une simplification , puisqu’il n’a que deux affûts pour quatre bouches à feu.
Le système Gribeauval a le chariot et la forge , deux voitures indispensables : ces deux voitures existent encore dans le système de l’an n,mais
on ne les retrouve plus dans le système du comité , qui ne contient que les affûts et les caissous ; c’est un déficit très-marquant , et je ne vois pas, au moins jusqu’ici, comment les auteurs de ce système pourront y suppléer; il faut cependant que tout système d’artillerie ait son chariot et sa forge, car autrement ce n’est ni l’affût ni le caissou à munitions qui peut transporter les bois et fers de rechange façonnés ou non. Ce ne sont pas non plus l’affût ou le caisson qui peuvent servir de forge ni transporter les outils des ouvriers en fer, le charbon, etc.; d’ailleurs, ce ne peut être l’usage de l’affût et du caisson, essentiellement destinés à combattre, tandis qfte le chariot et la forge ne sont destinés qu’aux radoubs et au ferrage des chevaux. Quant à moi, qui suis aussi artilleur, et assez vieil artilleur, je n’aperçois nullement comment les auteurs du système du comité pourront assembler ce qu’ils appellent la QUEUE ou la flèche de leurs affûts et caissons , et leurs grandes roues d’avant-train , avec la largeur du chariot et de la forge, voitures dont un système d’artillerie de campagne ne peut se passer.
Il est vrai que l’on m’a assuré qu’ils adopteraient le chariot et la forge Gribeauval ; si cette assertion était fondée, je leur demanderais en quoi consiste leur prétendu système , car je leur fais observer , d’abord , qu’ils ont pris à Gribeauval ses canons de 1 2 et 8. Ife m’ont pris ensuite
fi*
l’idée qui m’appartient, d’un seul affût pour deux bouches à feu, et même pour toutes bouches à feu de campagne; ils ont pris aux Russes l’idée de leurs licornes et griffons, ou obusiers longs; ils ont pris au système Gribeauval le calibre de l’obusier de 6 pouces , et au système de l’an i r le calibre de l’obusier de 5 pouces 7 lig. a points ; enfin , ils ont pris aux Anglais la forme de leurs affûts et caissons. D’après cela, je demande aux auteurs du système du comité ce qui leur restera, toutes ces défalcations faites. Rien du tout, puis-je répondre avec certitude ; encore une fois , riei» du tout.
Mais les auteurs du système du comité, plagiaires de presque toutes les puissances de l’Europe, n’ont pas su être plagiaires en entier, et n’out fait, en artillerie, que ce qu’ou appelle un habit de toutes pièces.
Mais en habillant ainsi l’artillerie française, ils ont commis, outre le plagiat, une faute capitale , et cette faute consiste en ce qu’ils n’ont fait aucune compensation des calibres plus pesans par des calibres plus légers. En Angleterre, par exemple, comme en Russie, comme chez toutes les puissances de l’Europe , avec quel soin les petits calibres, ou les calibres légers, viennent toujours, et en plus grand nombre, au secours des calibres plus pesans, et les suppléent dans les marches et dans les mouvemens stratégiques. Ils les suppléent aus^i sur les champs de bataille.
où les bouches à feu plus pesantes arrivent presque toujours trop tard. Mais dans l’artillerie du comité, tout y est porté, comme je l’ai déjà dit, à la plus excessive pesanteur, et telle qu’avec cette artillerie, les armées françaises feront par jour, très-péniblement, deux ou trois lieues, comme la chose avait lieu avant les immortelles campagnes de nos dernières guerres.
Que les auteurs du système d’artillerie du comité relisent l’histoire de la guerre de 1756; qu’ils la méditent bien , cette histoire ; il» y verront que l’armée française a mis sept ans pour aller de Marburg à Rosbach , c’est-à-dire qu’elle a mis sept ans pour faire quarante lieues environ : de Marburg à Rosbach !! monument d’éternelle honte pour l’honneur et la valeur militaire f française.
Les auteurs du système d’artillerie du comité veulent-ils donc , avec leur pesante artillerie , nous préparer encore d’autres batailles de Rosbach ?
Et si Frédéric-le-Grand n’eût pas eu un plan de campagne si judicieusement arrêté , comme je l’ai déjà dit, entre l’Elbe et l’Oder, ou plutôt s’il n’avait pas eu autant d’ennemis qu’il en avait , l’armée française ne fût pas restée huit jours en Allemagne, malgré ou avec sa pesante artillerie du système Valière, qui est en résultat moins pesante que celle da comité. Je me borne à cet égard à renvoyer les artilleurs du comité à l’his-
toire de Frédéric; c’est Tempelhof, général en chef de son artillerie , qui en est l’auteur.
La seule différence essentielle qui se trouve entre les voitures du système Gribeauval et de l’an 1 1 , et les voitures du comité, consistent dans les points suivans :
1° Et quant à l’affût : dans le système Gribeauval , l’affût est composé de deux flasques entières , assemblées par trois entre-toises et quatre boulons en fer. Il en est de même des affûts du système de l’an 1 1.
Dahs le système du comité, l’affût est composé de deux demi-flasques, assemblées à droite et à gauche par de forts boulons à une pièce de bois de a 5 o millimètres d’équarrissage, qui va en diminuant jusqu’à la crosse, oû elle n’a plus que 1 6o millimètres d’équarrissage.Cette pièce de bois, qui a une longueur détruis mètres, supplée les entre-toises et les remplace, comme elle supplée aussi au défaut de longueur des flasques de cet affût, qui n’est rien autre chose que l’affût marin dont la queue est allongée.
Dans ce dernier affût , la lunette pour recevoir la cheville ouvrière de l’avant-train, est placée à l’extrémité de la crosse, au lieu d’être, comme dans les affûts de toutes les puissances de l’Europe , placée dans l’entre-toise de crosse.
Ce dernier affût exige plus de bois , et des bois de plus fortes dimensions <pie ceux des deux autres systèmes; il coûte par conséquent plus
cher ; il est néanmoins tout à la fois moins solide et moins simple : j’aurai l’occasion de prouver la vérité de ces assertions dans le troisième chapitre.
D’un autre côté , l'affût du comité est aussi pesant et même plus pesant que les affûts des deux autres systèmes ; en sorte que , sous ces divers rapports, l’affût du comité est inférieur aux affûts des deux autres systèmes, puisqu’il exige plus de bois et des bois plus chers, parce qu’ils sont plus rares et plus difficiles à trouver ; d’un autre côté encore, l’affût du comité est inférieur aux deux autres par la complication des ferrures et des détails de toute la construction, comme le prouve la simple inspection de trois espèces d’affûts. Je renvoie de nouveau mon lecteur , à cet égard , au chapitre III. *
Ainsi je l’ai déjà dit, le système du comité a deux affûts, l’un pour le canon de ta et l’obusier de 6 pouces; le second pour le canon de 8 et l’obusier de a4 : ces deux affûts ne diffèrent que par quelques dimensions.
Le système Gribeauval a, pour l’artillerie de campagne, trois avant-trains : le premier, pour les canons de ia, 8, l’obusier de 6 pouces et le caisson à munitions ; le second , pour le canon de 4; le troisième, pour la forge et le chariot. A l’exeeption de l’avant-train pour le canon de 4 , qui a de plus faibles dimensions, tous les autres sont identiques dans toutes leurs parties princi-
pales, comme roues, essieux, armons, etc., à l’exception toutefois de l’avant-train du chariot et de la forge , dont la cheville ouvrière est placée sur la sassoire , au lieu que, dans tous les autres avant-trains, la cheville ouvrière est placée sur la sellette et le corps d’essieu. Aucun des avanttrains de ce système ne porte de coffréts ou caisses à munitions.
Les avant-trains du système de l’an n «ont construits d’après les mêmes principes, seulement on a appliqué au caisson à munitions l'avant-train du chariot et de la forge, et les affûts des trois bouches à feu de ce système avaient le même avant-train ; en sorte que , dans ce système, il n’y a que deux avant-trains , qui ne diffèrent d’ailleurs que par la position de la cheville ouvrière , qui , pour les affûts , est placée sur le corps d’essieu, et pour le caisson, la forge et le chariot, cette cheville ouvrière est placée sur la sassoire.
Si le système de l’an 1 1 eût placé pour les affûts, comme il le fit pour le caisson, la cheville ouvrière sur la sassoire , ce système n’aurait eu qu’un seul avant-train pour toutes ses voitures.
Dans le système du comité, il n’existe qu’un seul avant-train pout les deux affûts et le caisson , mais il diffère des avant-trains Gribeauval et de l’an xi dans les points suivans, en ce que :
x° Les roues de l’avant-train de ce système ont même hauteur ou même diamètre que celles
de l’arrière-train , tandis que , dans les systèmes Gribeauval et de l’an 1 1, la hauteur des roues de l’avant-train n’a environ que les trois quarts d<^ la hauteur des roues de l’arrière-train ;
a° L’avant-train du système du comité n’a point de sassoire où la cheville ouvrière puisse être placée ; cette cheville ouvrière n’est pas non plus placée, comme dans quelques avant-trains Griheauval ou de l’an 1 1 , sur la sellette et corps «l’essieu. La cheville ouvrière de l’avant-train du comité est placée, comme dans le système anglais, en arrière du corps d’essieu, avec lequel elle est fixée par des boulons à écrou ; cette cheville forme un crochet, ce qui lui a fait donner, par le comité, la dénomination de crochet-cheville ouvrière. Cette position du crochet-cheville ouvrière laisse le dessus de la sellette et de l’essieu parfaitement libre. Les Anglais , et d’après eux le comité, y placent un grand coffre à munitions qui en contient le tiers du chargement total du caisson : ce coffre et les munitions qu’il contient pèsent environ 600 liv.
Ce coffre est supporté par un échafaudage en charpente, disposé à cet effet, et qui ajoute au poids de l’avant-train ; le dessus de ce coffre ou son couvercle est plat , et disposé de manière à former le siège de trois canonniers, que cet avanttrain est destiné à porter en route ou dans les évolutions sur les champs de bataille. Je regrette qu’en faisant ce dispositif, on n’ait pas-pensé que
la chose était île toute impossibilité dans les cas ordinaires de la guerre , car un homme ira tou jours plus vite à pied que ne le peut faire , hors les cas des terrains horizontaux et solides , l’artillerie du comité, déjà si pesante par elle-même et surchargée de trois hommes, qui , avec armes et bagages, pèseront au moins 600 liv.
Mais continuons.
Le caisson est composé, comme toutes les voitures à quatre roues, d’un avant-train et d’un arrière-train ; l’avant-train du çaisson est exactement le même que celui de l’affût; il porte, comme l’avant-train de l’affût , un coffre ou caisse à munitions exactement le même que celui placé sur celui-ci; mais l’arrière-train porte deux coffres identiquement les mêmes que celui de l’avanttrain, et chacun de ces deux coffres de l’arrièretrain contient la même quantité de munitions que le coffre de l’avant-train ; la charge du caisson se trouve ainsi partagée en trois parties égales , l’une sur l’avant-train, et deux sur l’arrière-train. Les deux coffres de l'arrière-train sont supportés sur un échafaudage en charpente, de la même manière que le coffre sur l’avant-train est supporté sur un autre échafaudage, ce qui rend toute cette construction très-compliquée , et qu’une seule pièce de tous ces échafaudages venant à se briser par un accident quelconque de guerre, comme par un boulet, ou eu versant, ou de toute autre manière , alors voilà les coffres à
munitions el les munitions par terre et le caisson hors de^service, au moins momentanément, et jusques 4 réparation. Les deux coffres à munitions de l’arrière-train sont disposés pour porter chacun trois canonniers avec armes et bagages ; comme et de la même manière que le coffret de l’avant-train est aussi destiné à en porter trois autres ; total neuf canonniers pour être portés par les trois coffres du caisson. Ils seront nécessairement portés avec armes et bagages, car on ne peut supposer qu’on forcera les canonniers de laisser en arrière leurs armes et leurs bagages. Chaque canonnier pèsera en cet état au moins aoo liv. , total 1,800 liv. , dont le comité surcharge son caisson, déjà bien plus pesant et bien plus compliqué que le caisson Gribeauval, où l’on emploie beaucoup moins de bois et beaucoup moins de ferrures. Le caisson Gribeauval est donc plus léger; le caisson Gribeauval de 12, par . exemple, ne porte que 68 cartouches à boulet et à mitraille , pendant que celui du comité en porte 7a.
Mais ce n’est pas tout encore, les coffres à munitions du comité sont placés en travers sur les deux trains, tandis que le caisson Gribeauval, comme celui du système de l’an 11, est placé dans le sëns de la longueur des trains. Le caisson Gribeauval ne présente, par lesextrémités, qu’une largeur de 5 o centimètres sur une hauteur de
33 centimètres fi) , ou une surface de r, 65 o millimètres carrés, tandis que les trois coflres à munitions du comité présentent, dans leuy travers, chacun une surface de 4>7©3 millimètres carrés ; car ces coffres ont, sur une longueur de t,io4 millimètres, une hauteur de 4*6 millimètres. Ces trois coffres à munitions présentent donc aux coups de llennemi une Surface de 14*109 millimètres carrés environ ; c’est-à-dire une surface au moins huit fois plus grande que le caisson Gribeauval ou celui du système de l’an 1 1. Oui, je le dis, non pas seulement avec conviction, mais avec la certitude de ne pas me tromper ; je le dis parce que je le pense : sous ce rapport, il me semble impossible qu’on puisse imaginer rien de plus vicieux.
En effet, les chances, pour qu’un caisson à munitions soit touché et incendié sur les champs , de bataille, sont dans le rapport direct des surfaces. Or, le caisson Gribeauval ne présente aux feux de l’ennemi qu’une surface de i, 65 o millimètres , tandis que le caisson du comité présente aux mêmes chances de destruction une surface de 1 4,1 o 3 millimètres. . . . »•
Les auteurs du système du comité ont-ils visité
(1) Je ne comprends pas, dans cette hauteur, celle du couvercle, où il ne sc trouve point de munitions. ■ >
et étudié, comftie moi, le soir, le lendemain et jours suivans, le champ de bataille de la Moskowa , ce champ d’immortelle gloire pour l’armée française ; s’ils l’ont visité et étudié, ils y auront observé près de 1,000 caissons russes incendiés par nos obus et nos boulets, tandis que l’on ne trouvait qu’un seul caisson incendié dans l’artillerie française; et la raison principale de cette énorme différence , est que les caissons russes présentent une beaucoup plus grande surface aux projectiles ennemis : ces caissons russes ont une double largeur des caissons français.
D’autres causes concoururent sans doute à cette énorme différence de perte de part et d’autre; l’une de ces causes est l’habileté des officiers de l’artillerie de France à profite®* de tous les accidens du terrain pour mettre leurs caissons et munitions à couvert des feux de l’ennemi. Ceci est une des plus précieuses traditions du corps ; aussi ne voit-on presque jamais les munitions de l’artillerie française détruites par le feu de l’ennemi dans les batailles les plus animées. • ^
Mais j’ai une autre observation qui me paraît fort importante à faire aux auteurs du système d’artillerie que je discute ici.
Cette observation consiste à leur demander sur' quelles parties de leur affût et caisson ils placeront les fourrages des chevaux du train ; ils ne placeront pas sans doute ces fourrages sur leurs coffres à munitions, car ces coffres, ainsi
chargés de fourrages , ne pourraient plus , comme c’est leur destination , porter chacun trois canonniers. Cependant, il est de toute nécessité que les chevaux du train soient toujours approvisionnés de deux jours de fourrages au moins. Or, chaque ration de fourrage pèse au moins 35 liv. , et le foin et la paille ont un gros volume. Il faut trouver où placer sur le caisson comme sur l’affût , douze rations de fourrage qui* pèseront 4ao liv. , en même temps que neuf canonniers, qui pèseront 1,800 liv. avec armes et bagages. Ce sera donc un surcroît de pesanteur de a,aao liv. ajouté au poids du caisson déjà si pesant. Or, je suppose que le caisson ne pèse en total que 1,800 liv., et son chargement i,aoo liv. ; total du poids du caisson aveca^n chargement^, ooo liv.; ajoutons-y les a,aao liv. pour les neuf canonniers et les fourrages qu’il faut aussi que ce caisson porte, ce sera ainsi un poids total et définitif de 5,aao liv. pour le caisson.
Mais je demande encore aux auteurs du système où les canonniers placeront sur ce caisson si volumineusement surchargé, leurs armes, leurs sacs, leurs vivres, leurs marmites; le caisson est déjà si encombré d’hommes et de fourrages, que ♦je ne vois aucune place pour y placer toutes ces choses, qui ne peuvent cependant jamais quitter le soldat. A pied, le soldat les porte lui-même, mais la chose est impossible s’il est monté sur une voiture.
Oui, je ne me lasse pas'de le répéter, je ne pense pas qu’on pût imaginer rien d’aussi vicieux, rien d’aussi contraire à la nature propre du service de l’artillerie.
Les auteurs du système du comité me dirontils que je surcharge le tableau , et que leur caisson ne pèsera pas autant que je l’avance ici; calculons donc : ils ne me nieront pas sans doute que , i° Les douze rations de fourrage pour six chevaux, pendant deux jours, pèseront 4 ao h 2 ° Que les poids* de neuf hommes, avec armes et bagages, pèseront.. . . i,8oo 3° Que leur caisson pèse au moins. ... i,8oo Car, i° ce caisson a quatre roues, et porte une roue de rechange ; chaque roue pèse iookilog. ou aoo 1.,
ci % . . . i,ooo 1.
Car, a<» le caisson a deux essieux qui pèsent au moins 3oo
Car, 3° les autres ferrures du
caisson pèsent au moins. a5o Car, 4° les parties de bois des trois coffres, de l’avant-train, des échafaudages, de la flèche, etc. , pèsent bien encore au moins a5o
Total du poids du caisson au minimum, comme cidessus»-.. i,8oo 1.
J reporter >. 4,oao 1.
Report d’ autrè part 4,020 I.
Mais un caisson doit en outre porter un timon de rechange , des pelles et des pioches, etc. ; tout cela pèse bien encore 5o liv. : je ne compte pas ce poids.
4° Les 7a cartouches à boulet ou mitraille, qui forment le chargement du caisson de 12, pèsent bien chacune,
terme moyen, 17 liv., ci 1,224
Total des poids du caisson avec
sa charge 5,^44 b
Et j’omets encore de compter dans le poids
des cartouches à boulets et mitraille, le poids des sachets, des sabots, des bandelettes de ferblanc servant à l’ensabotage, ce qui fait encore un objet à considérer. .
J’omets aussi le plus grand poids des cartouches à balles , et l’essieu de rechange porté par le caisson.
Au surplus, l’arrière-train du caisson du comité se lie comme l’arrière-train de l’affût avec l’avant-train , au moyen d’une flèche, qui ne diffère de la flèche de l’affût que par un plus petit équarissage ; mais ces flèches n’ayant au plus que 6 pouces de largeur, ne peuvent, par là même , recevoir de fourrages.
Au contraire, le caisson et l’affût Gribeauval, comme le caisson et l’affût de l’an 1 1 , sont admirablement disposés pour recevoir les fourrages
qui sc placent sur les flasques de l’affût, où ils sont liés par les troussières entre les deux trains, ou en travers sur le couvercle du caisson, moitié d’un côté, moitié de l’autre. La chose est impossible avec l’affût et le caisson du comité ; le peu de largeur de leurs flèches ne le permet point.
Je le demande donc, comment s’y prendront les auteurs du système du comité pour le transport de leurs fourrages. Je ne vois d’autre moyeu que d’avoir des voitures de suite pour ce transport, ce qui est encore une nouvelle difficulté; et ce serait d’ailleurs multiplier, contre tout principe, les êtres sans nécessité, quoique cette multiplication d’êtres devienne indispensable si les affûts et caissons du comité prévalaient.
En résumé, les affûts et caissons du comité pèseront, terme moyen, avec leur chargement entier, au-delà de 5,ooo liv. , tandis que les affûts et caissons Gribeauval ne pèseront pas , aussi terme moyen , au-delà de 3,ooo liv. J’entends faire ici une compensation approximative entre les voitures les plus pesantes, connue l’affût de 12 avec sa bouche à feu , et l’affût de 8 avec la sienne et les voitures moins pesantes, comme l’affût de t\ et l’affût d’ubusier avec leurs bouches à feu et les caissons , etc.
Ainsi, l’artillerie du comité pèsera, en définitive, deux cinquièmes de plus au moins que l’artillerie Gribeauval; et en comparant l’artillerie de l’an 11 avec la même artillerie du comité, on
trouverait que la première ne pèse pas la moitié de la seconde. Je pense que cette énorme différence de pesanteur mérite bien quelque attention de la part de tous ceux qui connaissent tout l’avantage d’une artillerie légère.
C’est ici le moment de prévoir quelques objections que je vois les auteurs de l’artillerie du comité prêts à me faire. Ils vont me dire, i° que leur artillerie est plus simple ou moins compliquée que l’artillerie Gribeauval, en ce qu’ils n’ont qu’une seule espèoe de roue, que deux espèces d’essieux, qu’une seule espèce d’avant-train, qui sert également aux affûts et aux caissons.
a° Que si leurs voitures sont plus pesantes que celles Gribeauval ou de l’an n , ils ont une compensation dans la plus grande hauteur de leurs roues d’avant-train, qui ont même hauteur ou même diamètre que celles de l’arrière-train.
Arrêtons-nous là, et examinons.
D’abord, quant au nombre des calibres, il y eu a même nombre dans les systèmes Gribeauval et du comité , quatre calibres dans chacun ; il ne s’en trouve que trois dans le système de l’an 1 1 : sous ce rapport , c’est le système de l’an 1 1 qui est le plus simple.
Eu second lieu, il existe dans le système Gribeauval quatre espèces d’affuts ; dans le système de l’an n , il en existe trois espèces, et deux espèces seulement dans le système du comité.
J’observe ici, par anticipation, que le comité
d’artillerie m’a emprunté l’idée de faire servir un seul affût à deux bouches à feu ; mais j’ai la priorité sur lui ; j’ai exécuté cette idée il y a maintenant plus de quinze ans. Seulement, le comité a déguisé l’emprunt qu’il m’a fait, sans m’en prévenir, sous des formes différentes. Le lecteur verra bientôt que le comité ne s’en est pas tenu à cet emprunt-là.
Dans le système Gribeauval , comme dans celui de l’an 1 1 , il y a trois espèces d’essieux : il ne s’en trouve que de deux espèces dans celui du comité.
Dans les deux premiers systèmes, les fusées, comme les corps d’essieux, sont différentes ; dans le système du comité, les fusées des deux essieux sont identiques ; les corps d’essieu sont différens. Mais cette identité des fusées d’essieu du comité, de même que la différence des corps d’essieu , sont encore deux emprunts qu'il a faits à mon système. J’aurai occasion de le rappeler plus bas; mais je revendique dès ici ma propriété, et je le déclare dès ce moment , c’est mon bien comme artilleur dont le comité s’est emparé sans mon aveu (i).
,i) La manière dont tes auteurs à moi inconnus du système du comité sc sont appropriés l’identité de mes fusées d’essieu, et même la forme totale de ces essieux, «n’a, dans le temps, frappé par sa singularité. Le roulage remet mes essieux aux ateliers du comité à Saint-Thomas d’Aquin, à
( *oo )
Enfin , il y a cinq espèce» de roues dans le système Gribeauval, quatre dans le système de Tau 1 1 , et une seulement dans le système du comité. Sans l’emprunt qu’il m’a fait de mes essieux, le comité aurait eu deux espèces de roues.
Le comité a aussi emprunté au système Gribeauval son canon de 12 et son canon de 8 ; aux Anglais leurs affûts et caisson ; aux Russes leurs licornes ou obusiers longs ; en sorte que le système du comité appartient à tout le monde, excepté à lui.
C’est ici le cas d’observer que les systèmes Gribeauval et de l’an 1 1 sont des systèmes complets : rien n’y manque.
Affûts , caissons , chariots , forge , tout s’y trouve; il n’y manque rien de tout ce qui est utile et nécessaire dans un train d’artillerie de campagne. 11 n’en est pas de même du système du comité, qui n’a ni chariot ni forge; qui n’a enfin que ses deux affûts et son caisson. Mais où le comité prendra-t-il le chariot et la forge qui lui manquent ? à quel système empruntera-t-il aussi ces deux voitures d’une nécessité absolue ? Sera-ce aux Anglais, aux Russes, à Gribeauval, ou à tout autre système ? Ce sont là des questions auxquelles je ne puis répondre, et auxquelles il ne m’appartient même pas de répondre ; car ,
Pari», et zeste , voilà mes essieux copiés et dessinés : le comité se les approprie sans mon aveu , et même sans me nommer.
pour cela, il me faudrait être dans le secret du comité, et je n’y suis point (i). Mais, en attendant que le comité s’explique, je puis assurer à mes lecteurs que le système des affûts et caisson du comité, ou anglais, ne peut être appliqué ni au chariot ni à la forge, par une raison toute simple , et cette raison est que la largeur obligée de ces deux dernières voitures ne peut souffrir , ni la flèche ou queue de l’affût et caisson anglais, et encore moins des roues d’avant-train égales en hauteur à celles de l’arrière-train.
On m’a bien dit, il est vrai, que le comité prendrait le chariot et la forge de Gribeauval ; soit, il ne pourrait peut-être rien faire de mieux. Ce ne serait qu’un emprunt de plus ; et quand on prend du ruban , on ne peut trop en prendre. Mais il y a une petite difficulté que je dois signaler ici ; cette difficulté est que ce chariot et cette forge ont tous deux des roues qui ne sont ni
(i) Le comité fait un très-grand secret de tout son système. Je trouve qu’il a raison ; s’il se montrait franchement au grand jour , chacun viendrait réclamer ce qui est à lui. Gribeauval Reprendrait ses canons de 1 a et 8 ; les Anglais leurs affûts et caisson ; les Russes leurs licornes et leurs griffons ; je leur reprendrais aussi mes essieux, avec l’identité de leurs fusées, des boites de roues, etc. ; je leur reprendrais encore l'idée d’employer un seul et même affût pour deux bouches à feu différentes ; et ce pauvre comité resterait, comme le geai de la fable , véritablement tout nu. J’en serais réellement fâché , car voici l’hiver qui approche.
l’une ni l’autre les mêmes que la roue unique du système du comité. Ainsi, il résulterait de' cet emprunt aussi trois espèces de roues dans le système total du comité ; mais encore, et d’un autre côté, le chariot et la forge Gribeauval exigent un avant-train particulier. Voilà donc aussi deux avant-trains dans le système total du comité : autant valait-il s’en tenir, sans innovation et sans rien emprunter à personne, au système de l’an ii?
Sans doute que, pourfcompléter l’emprunt, le comité me prendrait encore , pour son chariot et sa forge, mes essieux avec l’identité de leurs fusées, et par suite, l’identité de mes moyeux et de leurs boîtes : cela ne lui coûterait rien du tout.
Au surplus, que le comité emprunte où il le pourra son chariot et sa forge , il n’en restera pas moins certain que ce chariot et cette forge ne pourront faire système avec les voitures de ses affûts et de son caisson , quant aux roues et à l’avant-train ; car la largeur forcée du chariot et de la forge y met un obstacle entier, absolu.
Ce qui démontre aux moins clairvoyans combien le comité d’artillerie est en dehors çt loin de la bonne voie , est le fait suivant , et ce fait est son propre ouvrage.
J’ai vu , je dis que j’ai vu , aux ateliers du comité à Saint-Thomas d’Aquin, ses voitures d’équipages militaires pour les vivres et les ambulances, etc. Mais ces voitures ne sont plus cons-
truites clans le même système que les affûts et caisson d’artillerie ; ce ne sont plus les mêmes roues ; ce ne sont plus les mêmes essieux; ce ne sont plus en rien les mêmes choses. Dans les voitures d’équipage, les roues de l’avant-train ont si peu de hauteur , qu’elles passent sous le corps de l’arrière-train, ce qui fait que ces voitures peuvent tourner très-court ; et cependant si une voiture militaire a besoin de tourner court, c’est sans contredit l’affût et le caisson qui en ont continuellement besoin sur les champs de bataille, où ne se trouvent jamais les voitures d’équipages. Or, avec les grandes roues de l’avant-train du comité, le tourner court est de toute impossibilité pour les affûts et le caisson.
Eu passant, posons ici quelques principes que personne ne peut contredire , car ils ont l’évidence pour eux.
i° Toutes les voitures militaires sont, par la nature des choses , destinées à parcourir les mêmes chemins, car ces voitures sont essentiellement destinées à accompagner ou à suivre les troupes dans tous leurs mouvemens stratégiques ;
a” Elles doivent toutes, avec leur chargement, être du même poids; autrement , les plus pesantes ne pourraient manquer d’arrêter le mouvement et la marche de celles qui le seraient moins ;
3° Toutes les voitures militaires ne sont pas destinées à porter des objets de même volume ou
de même pesanteur spécifique ; les unes, comme l’affût et le caisson d’artillerie, portent des objets d’une grande pesanteur spécifique et d’un trèspetit volume ; d’autres, comme les caissons de vivres et d’ambulance, portent des objets plus volumineux et d’une moindre pesanteur spécifique ; d’autres encore portent des objets que la pluie et les variations de l’atmosphère avarient promptement. Tels sont les caissons d’artillerie et les caissons de vivres, tandis que d’autres voitures, comme l’affût, le chariot, la forge, etc., portent des objets qui ne sont susceptibles d’aucune avarie.
De ces principes évidens, il résulte que le coffre de chaque espèce de voitures doit être modifié d’une manière appropriée à l’objet spécial qui en doit former les cliargemens ; que les unes doivent être couvertes avec plus ou moins de soin , selon que les objets du chargement sont susceptibles de plus ou moins d’avaries, et d’avaries plus ou moins graves ; que celles qui portent des objets non susceptibles d’avaries n’ont pas besoin d’être couvertes ; que les voitures destinées aux transports d’objets plus volumineux, comme celles des vivres, d’ambulance , ou celles qui servent au transport des objets d’harnachement, doivent avoir une plus grande capacité, tandis que les voitures qui portent des objets moins volumineux doivent en avoir une mointre , tel est le caisson à munitions de l’artillerie ;
enfin , que les voitures qni ont une destination plus spéciale encore, comme l’affût et la forge militaire, doivent encore être , quant à leur construction , aussi modifiée , en raison de leur spécialité propre. Mais toutes ces modifications, indispensables dans les voitures militaires, ne le sont que pour le coffre de la voiture destinée à recevoir et à contenir un chargement spécial. La nécessité de ces modifications cesse pour toutes les autres parties de la voiture qui n’ont pas pour objet la contenance des objets à transporter ; elle cesse par conséquent pour les roues , pour les essieux, pour les brancards, pour les avant-trains; toutes parties nécessaires, il est vrai, mais qui n’ont aucun rapport avec la contenance du chargement. Ces quatre parties, également essentielles dans une voiture à quatre roues , en sont la base primitive ; ce sont elles qui en sont, pour m’exprimer ainsi, les seules et véritables fondations. Par les brancards sur lesquels le chargement est immédiatement appuyé, son poids est d’abord transmis aux essieux de l’avant-train et de l’arrière-train , et par les essieux, ce poids et l’action qui en résulte sont aussi de suite et immédiatement transmis aux roues de l’avant-train et de l’arrière-train.
D’où il résulte nécessairement que ces quatre parties d’une voiture, je veux dire lesbi'ancards, les essieux de devant et de derrière, les rouei d’avaut-train et d’arrière-train, les avant-trains,
enfin, peuvent être, je dis plus, doivent être identiquement les mêmes dans toutes les voitures militaires , toutes destinées à transporter un chargement de même poids ; car aucune raison militaire n’est à admettre pour que des voitures qui , par leurs destinations journalières, doivent parcourir dans le même temps les mêmes chemins ; qui ont, en toutes circonstances, les mêmes obstacles et les mêmes difficultés à surmonter; qui sont d’ailleurs mus par le même nombre de chevaux , puissent être différentes quant à leur poids propre ou à celui de leur chargement ; différentes enfin dans ces quatre parties principales de toute voiture à quatre roues, qui, comme je l’ai déjà dit, en sont la base, et sans lesquelles ces voitures ne pourraient exister , ni remplir l’objet de leur destination.
Il ne se trouve à faire qu’une seule exception à ces principes généraux , et cette exception existe pour l’affût qui n’est pas seulement destiné à transporter la bouche à feu , mais qui l’est encore à supporter toute la fatigue et les secousses violentes et subites du tir. Alors il faut que les flasques de l’affût, qui, en considérant l’affût comme voiture de transport, n’en sont réellement que les brancards, puissent supporter l’action de ces secousses. Il doit en être de même de l’essieu de l’arrière-train de l’affût, à qui. les ♦flasques transmettent immédiatement les secousses dont je viens de parler. Ainsi, les flasques et
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l’essieu de l’affût auront de plus fortes dimensions que les brancards et les essieux des voitures qui n’ont que le transport d’un poids donné pour objet.
Mais en donnant aux flasques et à l’essieu de l’affût la solidité nécessaire par de plus fortes dimensions, rien n’empêche cependant que l’ou ne se rapproche de l’identité des brancards et des essieux de toutes les autres voitures, autant que possible, par une combinaison simple et facile ; et cette combinaison consiste à donner aux flasques, comme je l’ai fait dans mon système , même épaisseur qu’aux brancards ; et à l’essieu de l’affût , même fusée qu’à tous autres essieux des voitures militaires : par cette combinaison si simple , la simplification des constructions arrive à la plus grande hauteur où elle puisse atteindre, car alors on trouvera dans le même plateau de bois, à son choix, flasques et brancards, et par l’identité des fusées d’essien, toutes les roues peuvent indifféremment convenir à toutes espèces de voitures militaires, et cela sans nuire à la solidité, et sans augmenter la pesanteur des voitures de toutes espèces. Ainsi, par cette combinaison, il y aura, 1 " une grande simplification dans les constructions et dans tous les détails de ces constructions; a° il y aura autant d’uniformité qu’il est possible d’en établir dans des voitures destinées à des services si différons ; 3° il y aura toute solidité requise et néces-
saire ; 4° enfin , il y aura toute la légèreté qu’on peut exiger dans des voitures destinées au transport de fardeaux égaux. 1 . 1
Mais le comité et les commissions ministérielles, ou les auteurs de leur système , n’ont pas envisagé la question sous ces rapports , pourtant si simples : rien n’est identique ou même semblable dans leurs constructions. Autre chose sont les trains de leurs affûts et caissons ; autre chose encore sont leurs voitures d’équipage ; autre chose encore seront leur chariot et leur forge d’artillerie; autre chose enfin eussent été dans leurs affûts et caisson , leurs roues d’avant-train et d’arrière-train, s’ils ne m’eussent pas emprunté, sans mon aveu et sans me consulter, l’identité de mes fusées d’essieu et la forme toute particulicre-et plus solidç de mes corps d’essieu.
La question cependant méritait certes bien la peine d’être envisagée sous le rapport sous lequel je la présente ici. A l’armée, tous les services du matériel se doivent, selon le besoin et les circonstances , des secours réciproques , comme sur les champs de bataille toutes les armes, infanterie, cavalerie, artillerie, s’appuient les unes les autres, et concourent toutes à un seul et même but, et ce but est la victoire. Une armée est uu seul tout qui a deux grandes divisions , le personnel et le matériel ; mais ces deux divisions principales se subdivisent à leur tour dans le personnel comme dans le matériel. Je ne m’oc-
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cupe ici que du matériel ; les subdivisions de ce matériel doivent donc, comme je l’ai déjà dit, toujours être en état de s’entre-aider au besoin ; par exemple, il faut à l’artillerie des roues, des essieux de bois et fer: avec un système d’identité bien homogène dans tous les services des transports, elle peut les trouver dans les magasins et dans les parcs des équipages militaires ; et réciproquement, si c’étaient les équipages militaires qui éprouvassent des besoins quelconques, ils pourraient trouver des secours dans l’artillerie : il est même souvent indispensable que les services momentanément moins nécessaires se sacrifient pour les services plus nécessaires. Or , avec des systèmes de constructions du matériel de chaque service différent, les secours réciproques si souvent indispensables deviennent impossibles, et tous les services, faute de ces secours, sont exposés à éprouver, et éprouvent en effet, souvent les plus grandes pertes , et compromettent le sort de l’armée entière ou occasionent sa ruine.
Ainsi , quelque soit l’aspect sous lequel on envisage le système du comité , on le trouve vicieux. , -
i° Parce qu’il est d’une pesanteur excessive qui ne peut s’allier avec l’état actuel de la science de la guerre , ni avec la promptitude des manœuvres et des mouvemens stratégiques ;
a 0 Parce qu’il n’y a ni simplicité ni uniformité
dans les constructions du matériel d’une armée, pas même dans les constructions de l'artillerie ç 3° Parce que, par ce défaut de simplicité et d’uniformité , non-seulement dans les constructions d’un même service, mais encore dans les constructions des différens services, diverses parties d’un même service, et les différens services, sont dans l’impossibilité de se prêter réciproquement appui et secours ;
4° Parce que le système du comité n’est pas complet, puisqu’il lui manque deux voitures indispensables, le chariot et la forge ;
5° Parce que ce système se prête encore plus difficilement que les systèmes Gribeauval au besoin si nécessaire de pouvoir tourner court, comme la chose est de premier besoin dans les évolutions et manœuvres de guerre ;
6 ° Parce que la longueur et la pesanteur des calibres adoptés par le comité donnent de plus longues portées à la vérité, mais que ces plus longues portées sont sans utilité aucune dans la guerre de campagne, où des portées de 35o à 4 oo , au plus de 5oo toises , satisfont à tous les besoins de la guerre , et que de plus longues portées sont sans utilité sur les champs de bataille ; *
7 ° Parce que le comité , en adoptant des calibres aussi pesans qu’il l’a fait, n’a donné, comme la chose a lieu chez toutes les autres puissances militaires de l’Europe, aucune compensation à
cette excessive pesanteur, par l’emploi (le petits calibres moins pesans ;
8° Parce que la disposition des coffres à munitions pour y placer les canonniers est une disposition tout-à-fait inutile et contraire au bien du service; inutile, en ce que l’artillerie à pied, étant par son institution destinée à accompagner l’infanterie, n’a besoin que d’une vitesse de marche égale à celle de cette espèce de troupe ; contraire au bien du service , en ce que, si les canonniers contractaient l’habitude d’être transportés sur des voitures, ils perdraient bientôt l’usage de cette agilité qui est si nécessaire et si précieuse à la guerre ; et en outre , cette surcharge de neuf hommes avec armes et bagages, ou d’un poids de 1,800 liv. sur un caisson, produirait précisément l’effet tout contraire à celui que le comité s’est proposé ; car cette addition de pesanteur ralentirait nécessairement le mouvement de l’artillerie, à moins toutefois que le comité n’ait changé les principes élémentaires de la mécanique, et ne lui en ait substitué d’autres qui me seraient inconnus ; à moins, dis-je, que le comité ait pu faire qu’à forces égales , les vitesses ne seraient pas d’autant plus faibles , que les masses ou les poids sont plus grands, ou, selon la formule de la science, à moins qu'à forces égales les vitesses ne soient point en raison inverse des masses ou des poids ;
*9° Les caissons du comité laissent, de la même manière que ceux Gribeauval et de l’an n, les
• Digifeedjy Coogle
munitions de guerre en contact permanent avec toutes les variations de l’atmosphère, c’est-à-dire dans une alternative constante de sécheresse et d’humidité, ce qui diminue promptement la qualité de la poudre, et finit en peu de temps par l’avarier totalement ou la mettre hors de service. Mais je me réserve les considérations que j’ai à présenter sur ce point si important pour le chapitre suivant ;
io° S’il était possible, contre tout principe, contre l’évidence même, d’obtenir plus devitesse, et une vitesse suffisante, en faisant transporter les canonniers par les affûts et les caissons, c'està-dire en doublant à peu près le chargement de ces voitures; je le demande alors, que deviendrait l’artillerie à cheval ? Il faudrait nécessairement la supprimer. J’ai vu et entendu beaucoup de songe-creux qui n’ont vu et fait la guerre que dans les bureaux du ministère ou dans les salons de Paris, ou dans les établissemens du matériel, ou sur les derrières de l’armée, avoir à cet égard la meilleure volonté du monde. Gassendi , l’économe Gassendi, a prêché ce système jusqu’à extinction de voix ; mais c’était chez lui par principe d’économie, et non par défaut de connaissance; et en effet, eu supprimant les chevaux de l’artillerie à cheval , on évite toutes les dépeuses qu’ils occasionent : mais il y a à la guerre des économies qui ne sont pas bonnes à faire ; la victoire payant tout.
J’ai encore entendibde très-bons officiers d’artillerie à pied soutenir l’utilité de cette suppression , mais c’était par d’autres motifs. Ne pouvant pas toujours prendre part aussi souvent que l’artillerie à cheval aux combats d’avant-garde ou d’arrière-garde, ils enviaient ce privilège exclusivement réservé à l’artillerie légère par la nature même des choses : leurs motifs étaient très-louables sans doute ; mais un peu de réflexion leur aurait fait concevoir que, dans une armée où chaque espèce de troupes a une destination spéciale, l’artillerie à cheval doit accompagner la cavalerie, les troupes légères; elle doit par conséquent en avoir la légèreté. L’artillerie à pied est au contraire destinée à accompagner les masses d’infanterie de ligne, la masse de l’armée enfin ; et la vitesse de cette dernière espèce d’artillerie est toujours suffisante, et assez grande, lorsque cette artillerie ne retarde point, et ne peut retarder les mouvemens de l’infanterie. Ce serait ignorer la nature même des choses que de vouloir, ou prétendre vouloir donner à l’artillerie à pied la même vitesse qu’à l’artillerie à cheval. Ce serait la même chose que si l’on voulait donner, enfin, à la grosse cavalerie, qui ne combat que par sa masse , la même mobilité qu’aux chasseurs ou aux hussards, qui combattent surtout par leur légèreté et la mobilité qui en résulte.
A.ussi, tous les efforts faits pendant le cours de nos dernières guerres, pour démonter les
canonniers à cheval et substituer aux chevaux , pour porter les canonniers , les voitures mêmes de l’artillerie , ont-ils été sans succès ; et cela devait être , parce que les voitures surchargées des canonniers ne peuvent jamais acquérir cette mobilité propre à l’artillerie à cheval.
1 1° Enfin , les voitures Gribeauval ne tournent que sous un angle de trente à quarante degrés, ce qui est un grave inconvénient, *° dans les marches sur des chemins étroits, où le besoin de faire une contre-marche se fait tout-à-coup sentir ; a° dans les évolutions sur le chqrap de bataille, lorsque, pour marcher en avant ou en arrière, l’on a besoin de faire un demi-tour entier. Or ces inconvéniens , et beaucoup d’autres qui résultent d’un tourner long , sont à peu près les mêmes dans le système du comité et dans celui Gribeauval, les deux systèmes tournant à peu près sous les mêmes angles.
Dans le système de l’an 1 1 , le tourner est encore à peu près le même que dans les deux autres ; mais la voie de ses voitures est petite, ce qui est un avantage en ce que ce système peut suivre des chemins où les deux autres ne peuvent passer.
Maintenant, je veux exposer mon système; j’exposerai ensuite dans la comparaison que j’en ferai avec les trois autres, en quoi il leur ressemble, en quoi il en diffère; enfin, je répondrai aux objections qui me sont ou qui pourraient m’être faites contre lui.