‹ Systeme d'artillerie de campagne du lieutenantgeneral Allix, compare avec les systemes du comite d'artillerie de France, de Gribeauval, et de l'an XIChapitre 15 sur 21 · CHAPITRE III. ê · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. ê

SYSTÈME DU LlEUTF.fîAHT-GÉNÉBAL ALLIX.

Dès les premières campagnes de la guerre de la révolution, l’habileté des généraux français leur fit sentir que la France attaquée de toutes parts par d’innombrables armées ne pouvait résister à tant d’attaques que par la rapidité des mouvemens stratégiques. Les lois de la mécanique ne changent point, elles ne se modifient pas par les applications qui en sont faites; et qu’on les applique â l’art de la guerre ou aux arts industriels, elles restent toujours les mêmes. Dans les applications qu’on en peut faire, soit à la guerre, soit aux machines, les forces y sont toujours égales aux masses multipliées par les vitesses, ou , selon la formule algébrique , on a toujours f — mv (i).

Ainsi, les masses étant plus petites, si l’on augmente les vitesses dans le rapport inverse , la force restera la même et réciproquement; comme

(i) Je répète , et j’invoquerai encore ce principe de mécanique. J’en fais mes excuses à mes lecteurs ; je ne le fa is que pour leur éviter la peine de se reporter en arrière.

aussi , si la masse restant la même on double la vitesse , la force deviendra double. La science de la guerre est évidemment une des branches principales de la mécanique, car la guerre consiste . essentiellement dans le mouvement, et que tout ce qui est mouvement appartient à la science de la mécanique.

La mécanique, dans son application à la guerre, s’appelle stratégie; c’est la science des mouvemens militaires (i) : la tactique en est une des branches ou divisions.

On ne fut pas long-temps à s’apercevoir que la pesanteur de l’artillerie française , ou Gribeauval , ne pouvait s’allier avec la vitesse des mouvemeus que les besoins de la guerre exigeaient, et l’on tft commença par renvoyer sur les derrières, ou à laisser dans les parcs d’artillerie, la pièce de ia, qui apportait le plus d’obstacles à ces mou vemens rapides. On alla plus loin : les généraux de tous* grades ne voulaient plus à l’armée d’autre artillerie que l’artillerie à cheval, parce que celle-ci, mieux attelée et armée de canons de 8 et de I’obusier de 6 , se prêtait mieux à ïa vitesse des marches et ne les entravait jamais. Ce fut sans doute l’impossibilité de satisfaire à cet égard aux demandes si souvent réitérées des généraux de l’armée, qui

(i) Le mot stratégie est d’origine grecque; il signifie l’art de mouvoir une armée.

empêcha - la suppression de toute l’artillerie à pied.

Appelé dès le commencement de la campagne de 1794 aux fonctions de chef d’état-major de l’artillerie de l’armée de la Moselle; et par ces fonctions, journellement en rapport avec tous les* généraux, je fus peut-être un des premiers officiers de l’artillerie française qui compris bien de quelle importance était pour les opérations de guerre la légèreté de l’artillerie; et depuis, une assez longue expérience de guerre, «et les réflexions long-temps méditées que cette expérience m’a suggérées, n’ont fait que me convaincre de plus en plus de la nécessité d’une artillerie très-mobile, et par conséquent légère.

C’est cette expérience et ces réflexious qui m’ont conduit à concevoir le système que j’ai à exposer ici. Mais avant de faire cette expositiou , je dois encore dire à mon lecteur par quels motifs j’ai été amené à donner à mon système, outre la légèreté, la simplicité et l’uniformité qu’il a, la réduction des calibres à un moindre nombre.

D’abord , et quant à la réduction des calibres. L’armée française avait enlevé aux armées autrichiennes une très-grande quantité d’artillerie avec leurs munitions; l’augmentation successive de l’artillerie française d’une part , et de l’autre la pénurie que la France en éprouvait, et la légèreté du canon de 6 et de l’obusier de autrichien, avaient déterminé l’emploi dans notre armée do

ces deux bouches à feu étrangères, qui, avec le 8 , le 4 l’obusier Gribeauval , faisaient cinq calibres employés.

On y avait aussi employé , mais à l’armée d’italie seulement, le canon de la autrichien, que la difficulté du passage des Alpes, et peut-être aussi la pénurie d’artillerie sur cette frontière , forçaient à se servir de bouches à feu de tous •alibres à notre disposition. 11 en résultait que l’artillerie française était composée , dans les armées, de cinq ou six espèces de bouches à feu.

Or, dans cette multiplicité de calibres, les plus graves inconvéniens apparaissaient souvent sur les champs de bataille. Une batterie avait besoin d’obus de 24, on lui envoyait des munitions de 8 , ou réciproquement. Ces erreurs étaient très-fréquentes ; les troupes sous mes ordres en ont été victimes quatre fois dans les campagnes de l’an 7, de l’an 8 et de l’an 9 en Italie , et aucun des commandans .de l’artillerie n’était exempt de telles erreurs.

a° Quant aux défauts de simplicité et d’uniformité , j’eus occasion d’en faire une expérience décisive dans la campagne de l’an 8 , lors du passage de l’artillerie sur le Saint-Bernard. Chargé d’effectuer ce passage, et dans la nécessité où j’étais de démonter et de désassembler toutes les voitures pièce par pièce , pour rendre chacune d’efies transportables à dos d’hommes ou à dos

de mulets, je n’éprouvai à la vérité aucune difficulté pour le désassemblage ; mais c’était autre chose pour le rassemblage : les plus grandes difficultés se présentaient de toutes parts, quoique j’eusse eu le soin de faire numéroter toutes les pièces : leur multiplicité , jointe aux défauts d’exactitude dans les dimensions, rendait nécessaires de longues recherches pour retrouver telle ou telle ferrure qui convenait à tel ou tel affût, à telle ou telle voiture. Il en était à peu près de même pour les pièces en bois; des longueurs interminables en résultaient , en sorte que le passage de l’artillerie sur le Saint-Bernard , qui aurait dû et pu être effectué en quatre ou cinq jours au plus , ne put être exécuté que dans six semaines.

D’un autre côté encore (et c’est une nécessité dans l’artillerie), toutes les espèces de voitures * de celte arme eu campagne doivent avoir un tournant très-court, c’est-à-dire quelles doivent tourner à angle droit, ou au moins sous un angle très-approchant , et le plus approchant possible de l’angle droit. Si cette condition n’est pas remplie, le long tournant s’oppose, non-seulement aux manoeuvres promptes sur les champs de bataille, mais encore il oppose un obstacle presque toujours invincible aux contre- marches , lorsque l’artillerie se trouve engagée dans des chemius bordés à droite et à gauche par des terrains élevés, ou par des haies , ou par des fosses

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