‹ Systeme d'artillerie de campagne du lieutenantgeneral Allix, compare avec les systemes du comite d'artillerie de France, de Gribeauval, et de l'an XIChapitre 18 sur 21 · PORTENT PLUS LOIN QUE LES VOTRES; DONC, ILS · texte numérisé non relu

PORTENT PLUS LOIN QUE LES VOTRES; DONC, ILS

valent mieux. Gribeauval répondait : Mes ca-

NONS SONT PLUS légers et plus mobiles que les

VÔTRES, ET ILS ONT TOUTE LA PORTÉE UTILE ET NÉCESSAIRE DANS LA GUERRE DE CAMPAGNE; DONC, MÇS CANONS VALENT MIEUX QUE LES VOTRES. Or, il

est évident, par tout ce qui précède, que l’argumentation des auteurs du système du comité se réduit exactement à celle des Valliére.

Hé! pourrai-je encore dire aux auteurs du système du comité, puisque vous voulez de si longues portées, pourquoi n’en revenez -vous pas au système Valli'ere tout simplement, et aux obusiers de 8 pouces, dont le projectile pèse 45 liv. ? Allongez, si vous le voulez, vos obusiers de 8 pouces à 7, îo ou îa calibres de longueur, vous n’en aurez que de plus longues portées, sauf ensuite à vous à prendre les mesures que vous jugerez convenables pour faire faire à une telle artillerie , et par toute espèce de chemin , terme moyen , huit à dix lieues par jour.

Mais le comité me dit encore : Puisque vous êtes si zélé pour les petits calibres , pourquoi ne préférez-vous pas le canon de 4 au canon de 6 , que vous proposez? Je ne puis savoir s’il y a de la bonne foi dans cette question ; en tout état de choses, je dois y répondre.

Pourquoi je préfère le canon de 6 au canon de 4'ü C’est que le canon de 6 porte très- bien son boulet sous les plus petits angles , à la distance de 4oo ou 5oo toises, qui sont le maximum des portées utiles et nécessaires, tandis que la

chose n'a pas lieu pour le canon de 4 ; c’est encore parce que le canon de 6, réduit, comme il doit l'être., au poids de 800 livres environ, n’est, pas plus que le canon de 4 > en état de nuire, dans aucune circonstance , aux combinaisons stratégiques.

Que, d’après cela, les auteurs du système que je combats me disent, plus ou moins crûment, que le faux esprit de système qui me domine m ’a entraîné dans les erreurs les plus graves ; que c’est ce faux esprit de système qui peut seul expliquer le peu de connaissance que je montre des effets de V artillerie ; que ces effets sont néanmoins connus de toutes personnes qui ont été témoins , et qui ont la moindre expérience de la guerre.

Voilà , certes , une absurde objection , à laquelle je ne me serais jamais attendu.

Je voudrais savoir si l’auteur ou les auteurs de cette objection, que je copie littéralement, ont comme moi , dans treize campagnes que j’ai faites , pris part à quatre - vingt - trois combats ou batailles, et à quatre sièges; s’ils sont en état de développer autant de connaissances militaires, que je le fais dans cet ouvrage; s’ils sont enfin en état de développer autant de connaissances scientifiques, que j’en ai développé dans la Théorie de V Univers , traduite depuis long-temps, et aussitôt qu’elle a paru , dans toutes les langues savantes de l’Europe civilisée.

Non , Messieurs , je ne suis point dominé par un faux esprit de système. Je pourrais vous rétorquer votre argument; mais, ici, il s’agit de la vérité, et nullement des personnes: ainsi, je ne répondrai point à l’objection que je viens de citer, et qu’il me suffit de copier pour la réfuter. D’ailleurs, il ne s’agit point ici de faire des assertions gratuites, il faut prouver tout ce que l’on avance , et, enfiu, faire ce que je fais ici.

Je pourrais encore demander aux auteurs de cette objection, si ce sont eux ou moi qui ont forcé le passage du Niémen à Grodno, avec deux seuls régimens de cavalerie, le 27 juin 1812, en présence de 12,000 Russes? si ce sont eux ou moi qui ont défendu, le 27 septembre i 8 i 3 , le pont de la Fulde, attaqué à Cassel par Schernichef et 5 ,ooo hommes, avec i 5 o conscrits français arrivés de la veille, et qui manièrent pour la première fois un fusil , au moment du combat même? si ce sont encore eux ou moi qui ont défendu la ville de Sens, ouverte de toutes parts, avec 5 oo baïonnettes au plus, pendant treize jours d’attaque consécutive, du 29 janvier au 1 1 février 1814, contre les corps de Platow et du roi de Wurtemberg, et d’où je ne suis sorti que lorsque la chose m’a paru indispensable , sans laisser à l’ennemi un. seul prisonnier, et après lui avoir tué, le jour même de ma retraite, le 11 février 1814, deux fois plus de monde que je n’en

avais (i). Je pourrais aussi leur demander si ce

(i) Le jiublic militaire s’est beaucoup occupé de ma défense de Sens pour m'en louer , et un certain parti politique pour m’en blâmer; j’ai laissé déraisonner à cet égard ce parti politique tant qu’il l’a voulu, quoique je susse très-bien qu’il avait mis dans ses intérêts quelques dames de Sens , qui , diton , me faisaient un très-grand crime de ne pas aller , au lieu de m’occuper de mon métier , passer une partie de mon temps sur leurs sophas ou sur leurs bergères. A la tête de cette petite faction mi-politique, mi-féminine, se trouvait une illuminée qui a fait beaucoup parler d’elle ; elle a même trouvé moyen de se faire imprimer, comme on dit, toute vive dans les journaux , et de se donner par là une certaine importance, au loin s’entend; car, comme dit le proverbe, a beau mentir qui vient de loin. Mais à Sens , tout le monde s’est mpqué d’elle ; elle en est , dit-on , morte de chagrin : Dieu veuille avoir son âme! Je profite de cette occasion, qui se présente tout naturellement, pour rétablir les faits, et si j’en agis ainsi , c’est que je sais de science certaine que chez plusieurs ministres, et même dans les Chambres, des hommes, très-recommandables d’ailleurs , ne sont pas encore revenus , après douze ans, des erreurs que les passions politiques de cette époque ont enfantées. Voici donc les faits :

Le a8 janvier à minuit, je reçois ordre du duc de Feltre, alors ministre de la guerre, de partir sur-le-champ de Paris pour aller prendre le commandement de la 18 e division militaire , dont le quartier-général était alors à Auxerre. Arrivé le 29 janvier à Pont-sur -Yonne, sur les trois heures du soir, j’apprends que le lieutenant-général Liger-Belair, que je venais relever, s’y trouvait; il me remet le commandement des 5 oo hommes qui étaient sous ses ordres ; il les avait fait embarquer a Auxerre , et ils ne débarquèrent que pendant la huit du 19 au 3 o janvier à Pont-sur-Yonne.

sont eux ou moi qui ont attaqué, le 18 février

Mes instructions portaient que toute mon attention devait se porter sur un but unique, et ce but était de conserver fibre la communication de Paris avec Dijon et avec Lyon , et de défendre le cours de l’Yonne : la chose n’était pas facile avec 5oo hommes.

Je couche à Pont. J’apprends, pendant la nuit, que l’ennemi montrait une tête de colonne à Cerisiers , dont il était maître: cette petite ville est située à cinq lieues de Sens, dans la forêt d'Othe.

Sur ce rapport, je prends aussitôt mon parti; je trouve dans la ville de Sens le noeud ou la clef de ma défense , le point stratégique sur lequel devaient circuler tous mes mouvemens dans le but qui m’était prescrit par les instructions du ministre. Cette ville de Sens est croisée par deux routes importantes, l’une de Paris à Lyon et Dijon, et l’autre de Troyes à Orléans. Après avoir donné au général Montbrun, que je laissai avec de très-faibles moyens à Pont-sur-Yonne, les ordres que je crus convenables aux circonstances, je me portai, le 3o janvier au matin, avec mes Soo hommes, à Sens; je dirigeai de suite une reconnaissance sur la route de Cerisiers , par le Grand-Mallet, où ma reconnaissance rencontre l’ennemi. Convaincu, comme je le fus à l’instant même, de toute l’importance de cette ville comme point stratégique , je fis aussitôt mon dispositif de défense : on en connaît le résultat. J’ai tenu sans être entamé, treize jours, dans une ville ouverte de toutes parts, avec 5oo hommes attaqués par a5,ooo. .

Enfin, le io février au soir, le roi de Wurtemberg, avec lequel mes faibles troupes avaient été engagées toute la journée , faisait des dispositions d’attaque très-sérieuses pour le lendemain 1 1 . Ce roi était maître du faubourg de Troyes ; son quartier-général était à l’hôpital, qui n’est pas à 200 pas

i 8 i 4 j avec un plein succès, 20 à 25 , 000 entie-

des vieux murs d’enceinte de Sens. Je rendis compte le soir du 10, au duc de Feltre et à Napoléon, de la difficulté de ma position, qui était d’autant plus critique, que déjà j’avais à Nemours, et à la droite de ma retraite sur Pont et Monlereau , tout le corps de Platow.

Je rendais donc, le 10 février au soir, compte au duc de Feltre que je pensais, malgré le zèle et le courage de ma faible troupe, ne pouvoir tenir au-delà delà journée du n; que cependant je ferais tout mon possible pour qu’un point militaire si important ne fût abandonné à l’ennemi qu'à la dernière extrémité , et que tous mes efforts tendraient à ce que de si braves soldats ne devinssent pas victimes de tant de courage.

Mais le collège de Sens, adossé aux vieux murs d’enceinte, avait une porte de communication avec l’extérieur ; je l’avais fait murer pour épargner à ma petite troupe, qui n’a pas cessé de bivouaquer une senle minute pendant les treize jours de la défense , une surveillance et un service que je croyais inutiles ; mais pendant la nuit du io au n , cette porte fut démurée , et* les Wurtembergeois s’introduisent, sans que personne s’en fût aperçu , dans les caves du collège , où ils sont restés plus de dix heures sans que j’eusse aucune connaissance de cette trahison. L’opinion a beaucoup varié sur son auteur ; mais de toutes les versions qui m’ont été faites à cet égard, celle qui m’a paru la plus probable est celle qui en accusait uu médecin adjoint du maire,. qui faisait alors les fonctions de maire. Au surplus, je me garde bien de rien affirmer à cet égard ; mais je puis dire que, quel qu’en soit l’auteur , cette trahison n’a pas profité aux habitans de cette ville.

Averti le u , vers les dix heures du matin, que l’ennemi était maître du collège , j’y envoie aussitôt un de mes aides-

mis, qui occupaient la forêt et la ville de Fontai

de-camp , le capitaine de Hadel , et ensuite mon chef d’ctatmajor, le colonel Lallemand, avec une compagnie de ma réserve. Ils pénètrent sans obstacles dans la cour et dans les bâtimens du collège, mais ils négligent de visiter les caves où les Wurtembcrgeois étaient renfermés , et tandis que ma troupe occupait tout le local au-dessus des caves, 'les Wurtembergeois en sortent, pénètrent dans la cour, et coupent toute retraite à la compagnie qui occupait le collège.

Ces deux officiers firent, dans cette circonstance, une faute militaire très-grave que je dois signaler ici.

Ils occupaient tous les appartenons du collège; ces appartenons ont un grand nombre d’ouvertures sur la cour , où se trouvaient massés, comme un troupeau de moutons , les Wur~ tembergeois qui sortaient des caves. Le devoir militaire de ces deux officiers et de la troupe qu’ils commandaient , était de fusiller à bout portant ces soldats vrurtembergeois qui , dans la fausse position où ils se trouvaient, étaient, d’une manière absolue , sans aucun moyen de défense.

La chose ne se passa pas ainsi : la compagnie française qui occupait le collège, et les officiers qui la commandaient, perdent la tête et se précipitent par les deux ailes du bâtiment qui donnent sur la rue , et abandonnent , sans combattre, ce point si important, et dont l’occupation tournait tout le front de ma défense.

Cet événement si inattendu , qui coûta la vue à mon chef d’état-major, fut la seule cause qui me forçai évacuer la ville et à me retirer sur ma seconde position de défense, qui était au pont de Sens.

Les militaires concevront très-bien que ce pont , ma seule retraite possible, je l’avais disposé pour une vigoureuse défense dans le cas probable où j’en aurais besoin. J’avais fait ramasser tous les bois de charpente et autres que l’on put

nebleau? si c’étaient aussi eux ou moi qui cora-

découvrir à Sens ; je les avais fait transporter sur le pont, où j’astais établi avec ces bois trois lignes de parapets, placées derrière les unes des autres. Par mes ordres , le pont avait été miné pour le faire sauter au besoin ; toutes les maisons du faubourg, sur la gauche de l’Yonne, étaient crénelées. Ce fut dans cette position si bien préparée que les troupes wurtembergeoises vinrent attaquer les miennes , après que cellesci eurent , par mes ordres , évacué la ville vers les onze heures du matin, et ce fut dans cette circonstance que la troupe ennemie perdit plus de i,aoo hommes, et que, de notre côté, nous n’eùmes pas en tout dix blessés.

Dites-moi, MM. les auteurs du système du comité, cette défense de Sens est-elle donc d’un officier qui n’ait aucune connaissance militaire , qui n’ait aucune science dans la guerre; enfin qui montre, pour me servir de vos propres expressions , si peu de connaissances des effets de l’artillerie ; effets, dites-vous, que connaissent cependant toutes les personnes qui en ont été témoins , ou qui ont la moindre expérience de la guerre; effets par conséquent que je dois connaître , car moi aussi j’en ai été souvent témoin , et en conscience vous ne prétendrez pas sans doute, Messieurs, que je n’aie aussi quelque expérience de la guerre ; il est vrai que je ne me suis jamais trouvé avec vous sur les champs de bataille!

Cependant à Sens, comme à Grodno , comme à Cassel , comme enfin dans les nombreux combats ou batailles où je me suis trouvé et où j’ai pris part , je n’ai jamais eu sous mon commandement de plus forts calibres que des canons de 8 et des obusiers de 6 pouces. Je n’avais que six canons de 4 a cette mémorable défense de Sens ; je n’avais que les mêmes six canons de \ à cette autre attaque non moins mémorable de la forêt et de la ville de Fontainebleau, le 18 février 181/*,

mandaient , en l’an 5 , l’artillerie de la défense

et cependant mes a,5oo soldats ont culbuté , sans perte de leur part, les a5,ooo ennemis qu’ils combattaient: j'ai eu en tout une vingtaine de blessés, et pas un seul tué. Allez, Messieurs, à Fontainebleau et à Sens pour étudier et observer le terrain où mes troupes ont combattu avec un si glorieux succès ; vous me direz ensuite quels moyens vous auriez employés pour obtenir de tels résultats, et lesquels de vous ou de moi peut au besoin montrer plus de connaissances militaires, plus d’expérience des effets de l’artillerie, enfin si c’est vous ou moi qui n’avons aucune expérience de la guerre.

Dans la campagne de l'an 9 , le général en chef Brune me chargea de la reconnaissance des forts Saint-Pierre et Saint- Félix de Véronne ; sur mon rapport que douze bouches à feu de campagne et r,aoo hommes suffisaient pour en faire raison , je reçus ordre (ce fut le maréchal Oudinot, alors chef d’étatmajor de l’armée, qui me le donna) d’attaquer ces forts ; je pris huit canons de 8 et quatre obusiers de 6 pouces ; l’on me donna environ la ou i,5oo hommes de la division Monnier. Il y avait dans les deux forts situés sur des rochers, et qui se prêtaient un appui réciproque, a,5oo hommes de garnison et cinquante-sept bouches à feu de gros calibre , et cependant, en moins de quarante-huit heures, je contraignis cette garnison, commandée par un lieutenant-général autrichien de réputation, à me livrer les deux forts, avec toute son artillerie, et à se constituer prisonnier de guerre avec sa garnison.

Dites-moi le donc, MM. les auteurs du système du comité, cette attaque des forts de Véronne, et le succès qu’elle eut , sont-ils d’un officier qui n’ait aucune connaissance des effets de l’artillerie , ou qui n’ait aucune expérience de la guerre? Si, comme moi, vous fussiez entrés en vainqueurs dans ces

de la tête de pont d’Htiningue , qui , après plus de trois mois d’attaques consécutives et de tran- . chée ouverte, ne fut remise aux ennemis, que parce que le gouvernement avait ordonné de cesser la défense, qui n’avait plus d’objet militaire (i).

forts, vous y auriez trouvé, comme j’y trouvai moi-même, que mon artillerie y avait produit quelques effets ; vous y auriez vu, dis-je, que cette garnison autrichienne ne pouvait plus trouver, dans l’intérieur des deux forts, un seul*point où mes boulets et mes obus ne fussent la chercher, et où ils ne la trouvassent. Doutez-vous, Messieurs , de mon assertion , informez-vous près des généraux Pelet et Marion ; ils servaient alors sous mes ordres.

Donc et pour conclure, j’ai quelque expérience des effets de l'artillerie. C’est seulement pour ne pas abuser du temps de mon lecteur que je dois me dispenser de citer beaucoup d’autres faits semblables de ma vie : je publierai ces faits dans un autre ouvrage qui paraîtra immédiatement après celui-ci, et qui aura pour titre : Mes Souvenirs militaires.

(i) Les belles défenses des têtes de pont de Kehl et d’Huningue , dans l’hiver de l’an 5 , avaient un but militaire trèsimportant, et ce but était de fixer sur le Bhin l’armée autrichienne d’Allemagne, commandée par le prince Charles, et de l’empêcher d’envoyer des secours à l’armée autrichienne d’Italie, commandée par le vieux général Bender. Mais les succès de l’armée française d’Italie ayant été touronnés par la prise de Mantoue, et la destruction de la dernière armée autrichienne étant effectuée dans cette contrée, la défense des têtes de pont de Kehl et d’Huningue était devenue sans objet , et* ce fut alors que l’armée française du Bhin reçut l’ordre de cesser cette défense. Les conditions en furent dures

Les mêmes argumentateurs me disent ensuite que des expériences du tir, faites à Metz pendant neuf ans (quels sont les officiers qui les ont di- . rigées) , ont établi que les probabilités de toucher un but ( c’est-à-dire , dans le langage adopté par eux, un but de 18 à a4 pouces de diamètre), étaient à la distance de 700 toises pour les ca- ' nous de 12 et de 6, comme 8 est à 3 . Ne pourrai-je donc répondre à ces argumentateurs : Mais , Messieurs, n'êtes-vous pas aussi domines par un faux esprit de système? ne sortez -vous pas ici tout-à-fait de la thèse? qui vous a soutenu, qui vous a dit qu’il fallait tirer sur un blanc ou même tirer sur une troupe à une distance plus grande que 4 ou 5 oo toises? Ce n’est certes pas moi qui , en cela, d’accord avec tous les officiers d’artillerie du monde, excepté vous, soutiens ferme et fort qu’au-delà de ces distances , il ne faut pas

t)Our le prince Charles ; il ne prit possession de ces deux tètes de pont qu’ après que l’armée française en eut enlevé la dernière palissade et le dernier gabion.

Je fus chargé de négocier , avec le prince de Furstemberg et le prince Charles, l’évacuation de la tête de pont d’Huninguc , comme je l’avais été, en l’an 3 , d’apporter au gouvernement la capitulatioü de Luxembourg. Pourrais-je ici faire observer aux amis des gros boulets et des longs obusiers, que de si hautes missions militaires ne se confient point à un homme qui n’ait ni connaissance militaire, ni d’expérience sur les effets de l’artillerie, surtout quand ce sont des généraux tels que les Hatri et les Férino qui les donnent.

tirer , en campagne j’entends , un seul boulet , un seul obus, si ce n’est pour faire un peu de bruit sans résultat, ou amuser un instant quelques badauts d’une armée, où il s’en trouve, comme partout ailleurs.

Mais, Messieurs, puisque vous aimez tant les si longues portées, pourquoi n’en revenez-vous pas franchement à ces canons qui lançaient leurs projectiles d’un bord du détroit de Constantinople à l’autre , c’est-à-dire d’Europe en Asie, ou encore à ces canons placés sur les tours de la Bastille , qui lançaient des boulets en pierre du poids de 5 oo livres jusqu’à Charenton. Mais comme les tours de la Bastille n’existent plus, placez de pareils canons sur la fontaine de l’Eléphant; placez-y même le canon-obusier de Séville , vous irez tout de même jusqu’à Charenton , et tout aussi bien qu’y allaient les canons existant sur la Bastille, Sous le régne de Charles IX.

Ce canon-obusier de Séville , qui a tant fait parler de lui, qui portait son projectile jusqu’à 3,700 toises , c’est-à-dire à la même distance à peu près que le canon de la Bastille, et dont enfin le projectile avait, à cette distance, une déviation de 3 oo toises ; quel dommage-, grands dieux! que Napoléon, qui, comme on sait, n’avait non plus aucune expérience des effets de l’artillerie, ait rejeté une si heureuse idée! En la perfectionnant, il 11’eût pas été impossible que, Dieu aidant, et avec un bon vent du nord, nous

n’eussions pu bientôt bombarder Moscou des hauteurs de Montmartre , en pointant les canons-obusiers du comité sur Saint-Pétersbourg! Nous n’en sommes pas encore arrivés à cette perfection ; mais laissons faire le temps, c’est un grand maître : peut-être même qu’un jouF adviendra, où les canons - obusiers pourront réduire en cendre la Chine ou le Japon.

11 est vrai qu’il y aura encore quelques difficultés à vaincre; il faudra, par exemple, savoir si vous avez pointé juste, et si vos boulets bombes ou boulets obus, tomberont sur la Cochinchine ou sur le Japon. Mais, Messieurs, ces difficultés n’en seront pas pour vous ; estrce qu’au moyen des télescopes, les astronomes ne voient pas très-distinctement les petits satellites de Saturne ou d’Uranus , qui sont à quelques centaines de millions de lieues de nous. Le Japon ou la Chine n’en sont qu’à quatre mille lieues environ , tout au plus. Ce ne sera pour vous , avec des télescopes de votre invention , qu’au enfantillage.

Quant à moi, je n’ai pas d’aussi hautes prétentions : j’aime à voir les choses de près; j’ai encore moins celle d’avoir près de chacune de mes bouches à feu , un télescope pour vérifier tous les coups , et d’en donner aussi un à chacun des canonniers pointeurs , pour s’assurer qu’ils ont pointé juste, et quelle a été la déviation de chaque projectile , tout cela serait par trop

machine, et, à la guerre, c’est un principe qu’il faut y en avoir moins, et qu’elles soient les plus simples possibles; on y est exposé alors à beaucoup moins d’accidens, et de chances malheureuses.

C’est parce que je ne pense pas pouvoir trouver de moyen plus certain que mes deux yeux , pour juger de l’effet de mes boulets et savoir si mes pointeurs ont pointé juste, que je m’en tiens aux portées de 4°° ou 5oo toises, au plus, qui me suffisent.

Ce sont toujours les mêmes argumentaleurs qui me disent : Que deux canons de 6 coûteront un peu plus quun seul canon de ia ; je sais trèsbien que le faux régime des fonderies de canons par entreprise, fait coûter plus de façon pour les petits calibres, que pour les calibres plus forts; mais cela'ne provient que des vices de l’administration , et nullement de la nature des choses. Car, en définitive, le bronze ou le fer employé à la coulée des canons, se vend au poids; et il n’y a, certes, aucune raison pour que l’on paie proportionnellement la façon des deux canons de 6 , à un plus haut prix que celle d’un canon de 12 ; car enfin, les poids sont les mêmes dans les deux cas, donc le prix doit être le même.

Mais, Messieurs les argumentateurs, puis-je encore faire remarquer que vous avez scindé ma proposition , que vous l’avez tout-à-fait dénaturée , pour vous donner un plus beau champ

de bataille , où vous voyez que je suis encore assez bien établi, pour que je n’en sorte, comme de Sens, que lorsque la chose me paraîtra nécessaire, ou utile. J’ai dit, Messieurs, et je le répète avec certitude de ne pas me tromper, que * deux canons de 6 tels que les miens , ne coûtaient pas plus qu’un canon de la , tel qu’est le vôtre; or, ce que j’ai dit , Messieurs, je le tiens pour bien dit , et vous ne pouvez pas me nier cette proposition; car, en effet, tout est plus que double en poids dans votre canon de la , comparé à mon canon de 6 ; poids plus que double dans les munitions, par conséquent, deux fois plus de caissons , deux fois au moins plus de chevaux et de soldats du train.

Et d’après ces faits qu’il vous est impossible de me contester, car bien que vous en puissiez dire f je suis aussi artilleur, vous pourriez encore prétendre et soutenir qu’un canon de la ne coûte pas deux fois un canon de 6. Cette méprise ne vous serait pas sans doute arrivée , si vous vous étiez aperçu qu’en parlant du canon de ia, et du canon de 6 , j’ai entendu parler de ces deux bouches à feu , avec toutes leurs conséquences obligées, c’est-à-dire avec leurs affûts, leurs re- • changes, leurs caissons, leurs munitions, leurs chevaux , et leurs soldats du train , etc. ; et qu’en employant les mots , canons de j a et de 6 ; j’ai employé cette figure si usuelle en rhétorique, et même dans le langage vulgaire , où l’on prend .

la partie pour le tout. C’est ainsi que l’on dit : l’homme est bon, méchant ou ingrat, au lieu de dire, les hommes sont bons , médians ou ingrats ; au lieu de dire encore, le genre humain est bon, méchant ou ingrat.

En i 8 a 5 , ne sachant comment m’y prendre pour amener sur le champ d’une discussion franche et loyale, les adversaires de mon système qui sont en même temps, à ce qu’il paraît, les auteurs du système du comité, j’écrivis le 14 octobre, une lettre officielle au ministère, et dans cette lettre je considérai les effets du boulet de 6, comparés à ceux du boulet de 12, sous le seul rapport des surfaces des grands cercles de ces boulets, ou, ce qui est la même chose, sous le rapport du carré de leurs diamètres, c’est-à-dire sous le rapport du carré de 4 pouces 4 lignes 4 points, au carré de 3 pouces 5 lignes 2 points, ou sous le rapport de 394 à 244 5 j’ajoutais que si je n’entrais pas dans d’outres considérations sur les effets comparés des deux projectiles , c’est qu’il m’était impossible de tout dire à la fois; je l’avoue publiquement, ma lettre officielle du j 4 octobre 1825 , ne fut rien autre chose que ce que l’on appelle en langage militaire un strtitagème, une ruse de guerre; alors mes adversaires étaient cachés derrière des remparts impénétrables à mes yeux, j’étais donc dans la nécessité de les forcer de se mettre à découvert, tel fut le but et le seul but de ma lettre officielle du 14 octobre i8a5.

Ce but n’a pas encore été parfaitement atteint. Un seul des prétendus anglomanes s’est mis à découvert et s’est chargé à lui seul du péché de tous. C’est donc lui seul que je combats ici, et je le préviens qu’il a donné de plein fouet (je me sers ici de la langue de l’artillerie) dans le piège que je lui avais tendu. Je l’y laisse quant à présent : peut-être plus tard je pourrai l’en faire sortir.

Au fond, les effets des boulets ne sont pas seulement dans le rapport des carrés de leurs diamètres, ce qui les rend susceptibles, à la vérité, de faire , dans le corps humain , des trous un peu plus ou moins grands ; mais cela ne change rien à la gravité des blessures. Sous ce rapport, une balle de six lignes de diamètre est à peu près aussi habile qu’un boulet de 24 ou même qu’un boulet de 5 oo livres. Ce fut par une telle balle que fut tué le général de Hadel, mon beau-père, à l’assaut de l’un des forts de Gironne, en 181 1 ; ce fut aussi par de telles balles que furent tués, sur le champ de bataille de la Moskowa, mes estimables amis les généraux Tharreau et Dumas. Je dis donc que le rapport véritable des effets de TartiUeru? n’est pas seulement celui des carrés des diamètres, mais qu’il est encore celui des diamètres et celui du cube de ées diamètres; je dis donc encore que ces effets des projectiles sont aussi en raison du plus ou moins grand nombre qui en sera lancé dans le même temps, et par

conséquent en raison de la plus grande ou de la moindre pesanteur du projectile et de la bouche à feu qui le lance. Comme j’ai déjà traité cette matière plus haut, j’y renvoie mon lecteur.

Ainsi, en combinant tous ces rapports, j’invite ici les auteurs du système du comité de faire euxmêmes ces combinaisons , ils y trouveront que les effets du boulet de 6, sur les champs de bataille, à la portée de 4 ou 5oo toises, qui est, pour tous calibres, le maximum des portées réellement utiles, sont au moins doubles de ceux du boulet de 12 . Je fais observer encore aux amis des gros boulets et des longues portées, qu’alors que l’on se charge de déterminer les effets d’uu projectile et de les comparer avec les effets d’un autre, il faut nécessairement considérer , comme je le fais moi-même ici, la question agitée dans tout son ensemble, et ne pas s’en tenir à une expérience d’école qui , je le répète , ne prouve rien pour ou contre les cas de guerre ; car c’est un principe de logique incontestable, et qui ne peut être ignoré de ceux que je combats ici, que la conclusion tirée d’un cas particulier ne vaut plus rien pour les cas généraux. A particulari ad généraient non valet eonclusio , a dit Aristote, et d’après lui tous les logiciens de l’univers.

Je ne crois pas nécessaire de répondre sérieusement à plusieurs autres futiles objections faites contre le canon de 6 et en faveur du canon de îa, employés l’un et l’autre dans la guerre de cam-

pagne, ou contre les obusiers courts comparés aux obusiers longs du comité; car enfin, que pourrais-je dire à des officiers qui prétendent que l 'on avait reconnu dès le commencement de la guerre de la révolution , que Vobusier prussien avait de plus longues portées que Vobusier Gribeauval de 6 pouces. J’ai fait comme officier d’artillerie, dans les campagnes de 1792, 1793 et 1794» la guerre contre l’armée prussienne , et peudant ces trois campagnes, l’armée prussienne a toujours été en présence de l’armée française de la Moselle, où jetais alors employé; je sais donc aussi exactement les faits que peuvent le savoir les officiers du comité, dont aucun, je pense, ne s’est trouvé à l’armée de la Moselle à cette époque. Quant à moi , j’y étais placé de manière à bien voir et à bien observer les choses ; j’y étais employé à l’état-major du lieutenant-général d’Aboville, qui commandait en chef l’artillerie de cette armée, qui était- campée en 1793 sur la rive gauche de la Sarre à Sarbruck ; l’armée prussienne vint se placer en face sur la rive droite de cette même rivière ; sa gauche occupait la hauteur à laquelle le prince de Sarbruck avait donné la dénomination de MoxtPlaisih. Les Prussiens placèrent sur cette hauteur de Mon-Plaisir une batterie de leurs obusiers, à la distance de 800 toises environ de Sarbruck et du camp français. Les obus prussiens, que nos soldats appelaient borhbettes , arrivaient très-bien sur la droite de

• notre camp, mais ne pouvaient cependant pas arriver jusqu’aux lignes de notre campement, qui étaient à 200 toises en arrière de la plus longue portée des obusiers prussiens. On voulut répondre à cette tiraillerie prussienne par une autre tiraillerie, et l’on plaça quelques obusiers Gribeauval dans un lieu convenable et au même niveau que les obusiers prussiens; les obusiers français ne portaient point, tandis que les obus prusssiens parvenaient très-bien jusqu’à nous, et dépassaient notre batterie de plus de 100 toises.

Ce phénomène occupa beaucoup l’armée française de la Moselle ; on criait de toutes parts à la trahison. Malgré l’opposition du général d’Aboville , je fus envoyé à Metz pour y prendre quatre pièces de 16, afin de combattre les obusiers prussiens; mais ces canons de 16 ne portaient pas encore au but. Ce fut alors, et pour faire cesser toute criaillerie, que je conçus l’idée de faire construire, en bois, des affûts d’obusier en forme de crapauds, disposés de manière que l’obusier se pointait sous l’angle de 45 degrés. Quatre obusiers français, placés sur ces crapauds, eurent bientôt fait taire la batterie d’obusier prussienne , et forcé les troupes prussiennes qui se trouvaient campées en arrière de Mon-Plaisir , à l’entrée de la vallée de Saint-Imbert, à plus de 4 °° toises en arrière de leur batterie , de changer la position de leur campement.

Les adversaires que je combats peuvent voir

, ( aoo )

par Jà que si, comme ils le disent, je montre peu * de connaissances des effets dé l’artillerie , j’ai au moins une très-bonne mémoire, puisqu’il y a maintenant trente-trois ans que le fait dont je parle est arrivé ; je m’en souviens d’autant mieux , que c’est lui qui m’a valu quelque temps après, conjointement avec d’autres faits militaires de même nature, le grade de chef de bataillon , et l’honneur remarquable de devenir, à vingt-cinq ans , le chef de l’état-major de l’artillerie de l’armée.

Ce fait militaire ne prouve pas sans doute que les obusiers prussiens aient une plus longue portée que l’obusier Gribeauval; il prouve seulement que les obusiers prussiens étaient susceptibles d’être pointés sous un angle plus élevé que l’obusier Gribeauval ; car, à l’instant même où cet obusier Gribeauval put être pointé sous un angle plus élevé que l’obusier prussien , ses portées dépassaient de 4 à 5oo toises les portées des Prussiens, les uns et les autres placés au même niveau.

De tous les militaires que j’ai connus et qui furent témoins du fait que je viens de rapporter» je ne connais plus que mon ami le général Auguste d’Aboville, alors aide-de-camp de son père , mon camarade à l’école d’artillerie, aujourd’hui membre de la Chambre des députés (i ).

(i) La circonstance que je viens de rapporter prouvera

( aoi )

L’opposition ferme et*si bien motivée du général d’Aboville à introduire dans la guerre de campagne des canons de i6, lui valut, à cette époque , sa destitution du commandement qu’il occupait, son emprisonnement à Soissons, et celui de ses deux fils, pendant plus de dix-huit mois. Ce vétéran de la gloire de l’artillerie française, qui fut mon premier maître dans la science de l’artillerie , était donc bien convaincu que l’artillerie pesante et les longues portées n’avaient en réalité aucun but d’utilité militaire , puisqu’il sacrifia son existence si honorable, et l’avenir de ses enfans, au principe de la légèreté ou de la mobilité de l’artillerie (i). Après avoir depuis lors remplacé Gribeauval à la première inspection de l’artillerie, le général d’Aboville est mort

sans doute à l'écrivain du comité auquel je réponds, que, lorsqu’on fait une allégation non fondée et fausse sur un fait militaire, il ne faut pas que ce soit en présence des personnes qui étaient acteurs dans ce fait ; car on s’expose alors à un démenti formel.

(i) Le général d’Aboville avait commandé en chef l’artillerie de l’armée française dans la guerre de l’indépendance de l’Amérique du nord. Le général anglais, lors de la capitulation de New-Yorck , qui termina la guerre de l’Amérique, ne voulut remettre son épée brisée qu’au seul général d Aboville, à cause de sa haute capacité dans la science de l’artillerie, capacité qu'il montra surtout dans le siège de New* Yorck. C’est là le plus bel hommage du général vaincu au général vainqueur.

( aoa )

dans les plus hautes distinctions de la vie militaire et politique, et il a soutenu jusqu’à ses derniers momens que la meilleure artillerie était , dans la guerre de campagne, la plus légère ou la plus mobile. .

Que pourrai-je encore dire à clés officiers qui, tout en prétendant que les bouches à feu de faible calibre sont essentiellement nécessaires, pour accompagner les troupes dans tous les mou^ vemens stratégiques , et pour les suivre par toutes espèces de chemins, ne présentent cependant à l’armée française que des voitures qui pèsent, avec leur chargement , au-delà de 5 ,ooo livres ; autant, je pense , vaudrait-il en revenir aux voitures fardières que le général Grobert voulut introduire en 1794, dans les équipages de l’artillerie de campagne : il se fit moquer de lui. Ce général n’était cependant pas un homme sans talent; au contraire, il en avait beaucoup comme mécanicien. C’est à lui que l’on doit en France l’établissement des roues à larges jantes ; mais il n’était pas militaire, quoiqu’il eût le titre de général d’artillerie. Son erreur fut de vouloir assimiler les voitures d’artillerie, aux voitures de roulage.

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