SECONDE SECTION
Affûts et Voitures.
C’est une chose bien pénible d’avoir à combattre des erreurs graves que l’on pourrait qua-
lifier d’une autre dénomination ; mais je prouverai facilement, de la manière la plus évidente , que des voitures qui pèsent audelà de 5,ooo livres sont incompatibles avec tout système de guerre de campagne. •
Les auteurs du comité d’artillerie, je veux dire les auteurs du système d’artillerie que le comité présente à la sanction de l’autorité militaire , ne se sont pas contentés d’appesantir , autant qu’ils l’ont pu, les bouches à feu, ainsi que toutes leurs conséquences. C’est une chose assez curieuse d’examiner comment ils s’y sont pris pour arriver à ce résultat.
11 est de principe dans la science de l’artilleur, qu’une bouche à feu d’un poids quelconque exige; des voitures d’une résistance proportionnelle aux poids des bouches à feu.
C’est là mon premier principe, dont je ne veux point me départir.
Voyons maintenant comment les auteurs du système du comité ont cherché à concilier la pesanteur de leurs bouches à feu avec leur système d’affûts et voitures : mais avaut de le faire , je dois exposer en quoi consiste le mien.
Conformément aux principes rigoureux de la matière, mon système n’a qu’un seul affût pour toutes les bouches à feu de campagne. L’affût que j’ai fait construire à Vincennes sur le même modèle que ceux que j’avais fait faire Cn Westphalie, est construit pour ne servir qu’au canon de 6 et
à l’obusier court de a 4 , par la raison que mon opinion militaire est que ces deux bouches à feu sont les seules réellement utiles et véritablement nécessaires dans la guerre de campagne ; mais si , contre mon opinion^ et je pense 'contre toute raison militaire, on persistait à vouloir conduire en campagne le canon de la, le même affût lui servira également, avec une légère modification très-facile dans les tourillons, les embases des tourillons, etc., et encore par uue légère modir fication dans l’emplacement de l’entretoise <le volée, comme aussi en supprimant, ainsi que je l’ai déjà indiqué plus haut, la plate-bande de culasse sur la droite et sur la gauche du canon de la, ce qui ne nuirait en rien à la solidité de la bouche à feu , et conserverait toujours à l’affût le même écartement des flasques.
Ces modifications différentes sont si simples , qu’il suffit de les indiquer pour qu’elles soient comprises ; il n’y a pas dans l’artillerie française un seul officier , que dis-je, pas un seul caporal d’ouvriers qui ne soit en état de les faire de lui.mème, d’après le peu d’indications que je viens d’en donner.
Le comité soutiendrait-il que mon affût de 6, qui ne pèse en tout que 65o kilog. ou i ,3oo livres, avec son avant-train, ses roues, ses coffrets à munitions, ne sera pas d’une résistance à pouvoir supporte? ni la pièce de 12 , ni la fatigue du tir ? Si l’objection m’était faite , je répondrais d’a-
bord par l’expérience de quatre campagnes de guerre, en 1809, en 181a, en i8i3et en 1814; je répondrais en outre par une expérience de cinq années d’école au polygone de Cassel. L’affût de 6, tel qu’est le mien, a résisté au tir de l’obusier de 24 sous tous les angles imaginables ,' jusqu’à 38 degrés au-dessus de l’horizon. Or, tous les artilleurs savent que l’obusier de 24 , sous les angles élevés surtout , fatigue tout autrement son affût qu’un canon de 1 2. Ces seuls faits, constatés par une expérience si longue , établissent que mon affût de 6 est beaucoup plus puissant qu’il ne le faut pour le canon de 12.
Mais pour mes adversaires en artillerie, parmi lesquels se trouvent deux académiciens très-renommés, je dois me servir, à leur égard, d’un argument plus péremptoire, qui est tout-à-fait de leur compétence ; je veux leur prouver par a •+■ b , comme on dit, que mon atïüt de 6 est plus résistant que celui de 12 du comité , dans le rapport de 17 à i3. ( Voyez la troisième Section.) Je soumets d’ailleurs le problème que j’y résous à tous les artilleurs et à toutes les académies des sciences de l’Europe.
Mon affût a deux flasques de 85 millim. de largeur sur 320 millim. de hauteur, et 2 mètres 750 millim. de longueur; ces deux flasques sont assemblés solidement par trois entretoises, celle de volée, celle de mire et celle de crosse, et par
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trois boulons à écrou. Malgré que cet assemblage soitplussolide que le besoin ne l’exige, il est encore renforcé par un boulon qui passe dans les charnières de la semelle de pointage, et par une autre entretoise de lunette en fer, placée à 6gomillim. de l’extrémité des crosses. La semelle de pointage, ainsi que l’écrou et la vis de pointage, se changent à volonté de position, selon le calibre ; en sorte que par ce changement, qui n’exige pas une minute du travail d’un seul ouvrier, le même affût devient à l’instant capable de servir indifféremment à toutes les espèces de bouches à feu de l’artillerie de campagne, depuis le calibre de 12 jusqu’au calibre de 4 et 3, ainsi qu’aux obusiers de 6, de 5 ou de 4 pouces, etc.
C’est là, si je ne me trompe, réduire, comme on le dit en algèbre, la formule à sa plus simple expression.
Les flasques sont, en dessous, à fil droit du bois et en ligne droite ; le lecteur en trouvera les motifs dans la troisième Section.
L’affut n’a en tout que très-peu de ferrures, et à peu près la moitié moins que l’affût du comité : chacun peut s’en convaincre par la simple inspection des deux espèces d’affûts. C’est surtout de là que provient la différence des poids des uns et des autres ; cette différence provient aussi d’une beaucoup moins grande quantité de bois employés, y oyez encore la troisième Section.
L’affût de mon système «a cependant plus de solidité que celui du comité, par les motifs déduits à la même Section.
Dans mon affût, les deux flasques ont un écartement de a6o millim. entre l’intérieur des flasques , et de l’extérieur à l’extérieur, de 43o millim . A cet égard, point de variation, chaque flasque ayant 85 millim. d’épaisseur ou de largeur, et les deux flasques étant parallèles.
Mais ce n’est pas le tout d’avoir considéré les flasques et les entretoises de l’affût, il faut maintenant y considérer trois autres parties très-importantes, et ces trois parties sont les roues, l’avant-train et les essieux.
I/avant-train est, dans mon système, le même, non-seulement pour l’affût, mais encore pour le caisson , le chariot et la forge ; à cet égard, identité complète encore dans les avant-trains des quatre voitures de l’artillerie de campagne.
Quant aux roues, il en existe deux espèces, l’une pour l’arrière-train, et l’autre pour l’avanttrain ; mais elles sont identiques pour la longueur des moyeux, par conséquent identiques pour la longueur des boîtes de roues, et aussi pour le diamètre de ces boîtes, par la raison que les fusées de mes essieux sont d’une' parfaite identité ; enfin , et pour tout dire en un mot , les roues de l’arrière-train et de l’avant-train ne diffèrent qu’en ce que ,
i° Les moyeux des roues de l’avant-train ont
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moins de diamètre ou de grosseur que les moyeux des roues de l’arrière-train ;
a° Que les roues de l’avant-train n’ont que dix rais, tandis que les roues*de l’arrière-train en ont douze ;
3 ° Les rais des roues de l’avant-train sont plus faibles en dimensions, largeur, épaisseur et longueur, que les rais des roues de l’arrière-train , par la raison qu’ils n’ont pas besoin d’être capables d’une aussi forte résistance que les rais des roues de l’arrière-train ;
4 ° Le poids des roues d’avant-train est d’environ 60 kilog. ou lao liv., tandis que le poids d’une roue d’arrière-train est de 80 kilog. environ , ou j6o liv. La raison de cette plus forte pesanteur dans les roues de l’arrière-train, est leur plus grand diamètre, et la plus grande résistance dont elles ont besoin. J’en développerai les motifs dans un instant ;
5 ° Une différence nécessaire, indispensable entre les roues de l’avant-train de l’artillerie et des voitures de luxe ou de ville , est que les roues d’avant-train de celles-ci doivent avoir une hauteur telle, qu’elles puissent passer sous 1er corps même de ces voitures : c’est pour ces voitures une nécessité pleine et entière, pour, qu’elles puissent tourner très-court et angle droit dans les rues étroites , où elles ne pourraient pas tourner si elles avaient des roues élevées. Mais quoique la chose fût aussi très-utile dans l’artillerie.
«lie a paru jusqu’ici impossible, parce que dés roues trop basses dans les voitures d’artillerie , qui- ne sont pas, comme les voitures de ville, destinées à ne marcher que sur des pavés ou des routes bien entretenues , -augmenteraient par trop le tirage, et exigeraient dans les voitures d'artillerie une force tractive considérable dans une foule de circonstances. 11 faut donc chercher à concilier, dans les roues des avant-trains de l’artillerie en particulier, et de toutes les voitures militaires en général, deux choses qui ont pu paraître inconciliables aux auteurs' du systèmé du comité, mais qui cependant ne le sont point en pratique.
C’est encore Gribeauval, dont je trouve toujours le nom au bout de ma plume , lorsqu’il s’agit d’une belle combinaison mécanique, qui a le premier cherché cette combinaison; elle consiste, i° A placer la chevillé ouvrière sur la sassoire, telle qu’elle l’est, dans plusieurs voitures du système Gribeauval, le chariot, la forge, etc. ;
a° A donner aux roues d’avant-train une hauteur qui permette de tourner court, sans cependant contrarier en rien la mobilité de la voiture ; en donnant, dis-je, aux roues de Favant-train une hauteur qui soit environ les trois quarts de la hauteur des roues de l’arrière-train ; en disposant ensuite le chargement de la voiture entière, de manière à ce que les trois quarts au moins du chargement et du poids total de la voi-
ture soient supportés par l’arrière-train ; alors l’avant-train ne supportera plus que le quart de la charge , et dès-lors l’équilibre de la mobilité sera également réparti entre l’avant-train et l’arrière-train.
Dans mon système de construction des voitures, j’ai beaucoup perfectionné à cet égard le système Gribeauval. Le développement entier des moyens que j’ai employés serait trop long pour qu’il pût trouver place ici.
Dans mon affût chargé de sa bouche à feu , l’équilibre de la crosse avec la tête de l’affût est établi de manière à ce que la crosse, posée sur l’avant-train, ne pèse pas au-delà de 1 oo à 1 20 liv., tandis que l’arrière-train porte environ 1,000 liv.
C’est un fait facile à vérifier , au moyen d’une balance ordinaire,
Je dois cependant le dire: je n’ai pas eu les moyens suffisans pour constater d’une manière rigoureuse si le calcul approximatif que je fais ici est exact. Peut-être il faudra qu’on ajoute ou qu’on retranche un peu de l’approximation que je fais ici, d’après les dimensions de l’arrière-train et de l’avant-train. En tous cas possibles, l’erreur, si elle existait , ne pourrait être que très-minime ; je le répète donc encore: la pesée faite avec une balance, constatera le rapport de la charge de l’avant-train et de l’arrière-train.
Il résulte d’une telle disposition du chargement de l’arrière-train et de l’avant-train que, quoique
les roues de mon avant-train n'aient que 4a poü* ces de hauteur , tandis que les roues de l’arrièretrain en ont 56, la mobilité des roues de l’avant* train est encore plus grande que celle des roues de l’arrière-train; car si , d’une part, cette mobilité des roues de Favant-train est diminuée par leur moindre diamètre dans le rapport de 3 à 4, elle est, d’un autre côté , augmentée par une moindre charge dans le rapport de io environ à i. Cette mobilité est aussi augmentée par un moindre poids. des roues mêmes (j’entends ici parler des roues de mon système), dans le rapport de Bo à 6o ; et en comparant mes roues d’avant-train, sous le rapport des poids, avec les roues d’avanttrain du comité, ce rapport serait :: too à 6o, ou comme 5 à 3.
C’est en combinant tous ces rapports que l’on peut déterminer d’une manière certaine , théort- » quement et sans avoir besoin de recourir à des expériences quelconques, que mes roues d’avant?train sont susceptibles d’une mobilité au moins double des roues de l’avant-train du comité. Mais cette mobilité est encore augmentée d’une autre manière : mes essieux étant plus courts que ceux du comité dans le rapport de 48 à 56, ou dans le rapport de 8 à 9,33 , il en résulte que l’équarrissage de mes essieux et le diamètre des fusées , peuvent être diminués dans le même rapport, sans nuire à la solidité des essieux.
Or, il est de principe que, dans toutes voi-
tures moins la fusée de l’essieu a de diamètre# moins aussi le frottement est grand , et moins aufssi, et dans le même rapport, est grand le moment de la résistance du frottement.
La combinaison de tous ces rapports ne sera sans doute qu’un jeu pour les auteurs du système du comité , et surtout pour les deux académiciens qui en font partie ; et je ne doute point que leur honneur scientifique 11e les oblige enfiu à établir les combinaisons que je viens de leur indiquer ici , et d’en déduire la mobilité comparative des deux espèces d’avaut-trains, celui du comité et le mien.
Tout est mathématique dans l’artillerie , c’est une vérité incontestable ; la raison en est qu’il y est toujours question d’arithmétique, d’algèbre, de géométrie, de mouvement; par conséquent # de mécanique, de forces et de vitesses, de masses ou de poids ; enfin , et pour tout dire en un mot , il s’agit toujours de forces opposées qui tendent à se détruire l’une et l’autre , èt c’est toujours à la plus grande que le succès est dévolu ; et ce succès est, à la guerre , surtout en raison des vitesses. Mon lecteur a déjà trouvé ce principe dans cet ouvrage; car toujours, et irrévocablement à toujours , les forces sont :: m v, ou comme les masses multipliées par les vitesses.
Mais les masses sans vitesses sont des puis- , sances sans action , et c’est surtout en artillerie que le principe que je viens d’émettre est de toute
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rigueur. Qu’on suppose, par exemple, un canon tout-à-fait immobile , comme l’était , et comme l'est peut-être encore le canon (les Dardanelles ; il ne serait pas en état d’opposer la moindre résistance efficace au plus léger bâtiment grec, armé ou non , et ne l’empêcherait certes pas de franchir le détroit, pas plus enfin qu’un canon pareil, placé sur la fontaine de l’Eléphant, ne pourrait intercepter la communication de Paris avec Charenton. C’est là un fait dont j’offre la preuve pratique aux auteurs du comité, s’ils daignent accepter la proposition que je leur en fais ici ; car on conçoit très-bien qu’un tel canon ne pourrait lancer son boulet que dans une seule direction , et qu’il suffirait, pour éviter d’en être frappé, de marcher dans une direction latérale, sur la droite et sur la gauche de la direction du projectile. Malgré un tel canon, une armée entière pourrait aller de Charenton à Paris, sans avoir à redouter un seul boulet.
Il est vrai que cet exemple que je choisis d’un canon d’un poids tel qu’il en devient immobile, est le maximum du poids d’une bouche à feu ; mais de ce maximum jusqu’au minimum, le nombre des termes est infini, de même que, dans une proportion géométrique décroissante , le nombre de ses termes est infini entre i et o.
Le problème à résoudre est donc de déterminer, entre tous ces poids possibles, le terme où l’artillerie sera capable de plus d’effets sur les
champs de bataille , et de savoir si c’est le comité d’artillerie, ou moi, par qui le problèn&e a été résolu.
' Mais le comité prétend, dit-on, que la pesanteur de son artillerie trouve une compensation dans le diamètre des roues de l’avant-train , égale au diamètre des roues de l'arrière-train ; je réponds d’une manière affirmative que ce n’est là qu’une fiction, une assertion fausse. Lorsque l’on considère, que l’on examine ou qu’on détermine les effets d’une construction mécanique quelconque, il faut nécessairement que ces effet» soient considérés et examinés sous tous les rapports qui entrent dans leur détermination*.
Dans les avant-trains du comité comme dans son arrière-train, les roues ont 730 millimètres de rayon ; dans mon système , les roues de l’avaut-train 11’ont que 55 o millimètres de rayon, tandisque mes roues de l'arrière-train ont 750 millimètres aussi de rayon (1).
Il résulte de là que , sous le rapport du plus grand rayon des roues de l’avant-train du. comité, elles auront plus de mobilité que celles de mon
(1) Je pourrais porter sans inconvénient le rayon de ma roue d’arrière-train à plus'de 800 millimètres; mais la légèreté et la solidité n’exigent pas que l’on augmente ce rayon, la mobilité en étant plus que suffisante. J’aurais par la obtenu une compensai ion plus qu’entière sur le moindre rayon des roues de mon avant-tram.
avant-train dans le rapport de 730 à 55 o , ou dans le rapport de 14,6 à 11, ou approximativement dans le rapport de moins de 4 * 3 .
Mais le comité, en donnant la même hauteur à ses roues de derrière et de devant, à l’instar des Anglais et des paysans allemands, ne l’a fait sans doute qu’entraîné par le faux système de faire porter à l’avant-train un poids d’environ 1,200 liv. savoir: 600 liv. en munitions, et 600 liv. , qui est le poids des trois canonniers qu’il place sur son avant-train. Mais l’arrière-train, dans l’affût de 1 2 ou d’obusier de 6 pouces , porte un poids de 1,800 liv., d’où il résulte évidemment que les mêmes roues sont d’un tiers trop pesantes et trop fortes pour l’avant-train, ou d’un tiers trop légères et trop faibles pour l’arrière-train, La même conséquence existe pour les roues de l’arrière-train de l’affût de 8, qui ne supporte qu’un poids de 1,200 liv. , comparé aux roues de l’arrière-train de 12, qui portent un poids de i,8ot> liv. ’
D’un autre côté , les roues de l’affût de 1 2 , lors du tir, ont des efforts bien plus grands à supporter que celles de l’affût de 8 ; d’où il résulte encore évidemment que le système des roues n’est pas proportionné selon les charges et les efforts du tir.
D’un autre côté encore, le comité, en surchargeant son avant-train d’un poids de 1,200 liv., a été dans la nécessité de le rendre 'lui-même
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plus pesant, pour le rendre capable de plus de résistance. Ainsi , en augmentant le poids et le chargement de son avant-train , comme aussi celui de ses roues , le comité détruit tout l’avantage qu’il s’était promis , en donnant à ses roues d’avant-train le même rayon et les mêmes dimensions qu’à ses roues d’arrière-train.
Mais en répartissant à peu près également le poids du chargement de ses voitures sur les deux trains, le comité augmente du double la résistance du frottement sur les fusées d’essieu, puisque cette résistance est en raison des surfaces frottantes , ainsi que la mécanique le démontre ; et que , dans les voitures du comité , ce frottement est le même à peu près sur les quatre fusées des deux essieux, tandis que, lorsque le chargement est en presque totalité supporté par l’arrièretrain, le frottement a lieu, en presque totalité, sur les deux fusées de l’essieu de derrière , celui sur les deux fusées de l’essieu de l’avant-train étant très-faible. *
D’autres considérations encore viennent détruire l’avantage d’une plus grande mobilité que le comité s’est proposée , en employant des roues d’avant-train égales en rayon , par conséquent en poids, à celles de l’arrière-train. Sur des routes horizontales et d’un terrain solide, à poids égaux, et, toutes choses étant égales d’ailleurs, les roues d’un plus grand rayon ont, il est vrai, plus -de mobilité, ce qui n’a plus lieu lorsque le poids
des voitures et celui de leur chargement sont inégaux , par exemple , lorsqu’une roue d’un rayon d’un quart plus grand supporte une charge dix fois plus grande, comme cela a lieu dans les roues de l’avant-train du comité et dans les miennes. Mais cette faculté plus mobile des roues d’un plus grand rayon, surtout lorsqu’elles sont chargées d’un plus grand poids, se change en un inconvénient grave, et des plus graves, lorsque ces voitures sont dans la nécessité de gravir des montées plus ou moins ardues, et dont le sol est aussi plus ou moins solide , etc. ; alors le point d’appui de la circonférence de la roue sur le sol est d’autant plus éloigné du rayon vertical de cette roue, que son rayon est plus grand : cette plus grande distance du point d’appui au rayon vertical est mesurée par la perpendiculaire abaissée du point d’appui sur le rayon vertical, perpendiculaire qui sera d’autant plus grande ou plus longue , que le rayon de la roue sera plus •grand; en sorte que, dans la roue d’un rayon double, elle serait deux fois plus grande que dans une dont le rayon serait moitié plus petit.
Or, dans une voiture qui gravit une montée, le chargement et le poids propre des voitures qui agissent toujours selon les rayons verticaux, dont les extrémités ne sont pas, dans les montées, appuyées sur le sol , tendent à faire tourner la roue en arrière ; le moment de cette force , que je puis appeler rétrograde , est exactement le
poids de cette voiture et de sa charge multiplié par la perpendiculaire dont je viens de parler; et, pour en donner un exemple, je suppose deux voitures, l’une ayant un poids et une charge double, avec un rayon de roue aussi double, et l’autre, moitié poids et charge, avec une roue aussi moitié moindre de rayon , le moment de la force qui tendrait à faire rétrograder la première, dans les montées, serait comme a x a, ou comme 4 , tandis que le moment de la force qui tendrait à faire rétrograder la seconde , serait comme i X i =» i. Il faudrait donc, dans l’exemple que je viens de choisir, augmenter la force tractive dans le rapport de 4 à i , pour vaincre la plus grande résistance, qui provient, dans les montées, du plus grand poids et du plus grand rayon.
Dans cet exemple, j’ai fait, comme la chose est d’usage en mécanique, abstraction de tous les accidens ordinaires des chemins montueux. J’ai supposé, dis-je, que ces montées étaient des plans inclinés parfaits; qu’il n’y avait ni pierres , ni obstacles; que le sol était d’une résistance absolue; qu’il n’était ni sablonneux, ni boueux, etc. Mais si l’on faisait entrer dans la solution du problème toutes ces données si communes et si extraordinairement variées , on trouverait que la résistance résultante dans de telles montées, d’un plus grand poids combiné avec un plus grand rayon des roues , exigerait , pour les franchir ,
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qu’on augmentât en proportiou la force tractive, c’est-à-dire le nombre des chevaux.
Il existe une autre considération non moins importante, non moins évidente pour quiconque a, comme l’ont sans doute les auteurs du système du comité, et, en général, tout officier d’artillerie, la connaissance des principes ou des lois de la mécanique, et cette autre considération est encore un principe de mécanique, qui, sans doute, ne peut leur être ignoré, quoiqu’ils ne l’aient pas appliqué. Messieurs les auteurs du système du comité, que, dans l’intérêt de l’état, je me trouve dans la nécessité de combattre ici publiquement, ont le droit de me réfuter, si, malgré la certitude des principes mathématiques qui servent de base à mes argumentations contre eux , ou plutôt contre leur système de construction , je m’étais trompé.
La force tractive de l'artillerie de campagne, fie se trouve que dans le cheval : les exceptions et l’occasion d’y avoir recours sont si rares, que je crois superflu de les mentionner ici. Or, cette force tractive du cheval est dans la raison directe et composée de son poids et de la force musculaire de ses jambes, et surtout de ses jambes de derrière.
Lorsqu’il est tendu, comme on dit, dans ses traits, et appuyé sur son collier, et que, pour marcher, il avance l’une de ses jambes de devant et l’une de ses jambes de derrière , l’autre
jambe de devant et l’autre jambe de derrière restent en arrière des deux premières, et font chacune un angle un peu plus grand ou un peu plus petit avec chacun des deux autres. Dans cette position , la hauteur du cheval est abaissée , et d’autant plus abaissée, que les angles sont plus grands. En considérant le cheval dans un seul point, son centre de gravité qui réprésente, quant au poids, tout le cheval, ce centre s’abaisse aussi en raison de la grandeur des angles formés par les jambes de l’animal. Mais comme ce centre de gravité ne peut s’abaisser, le cheval avançant , sans décrire l’arc d’un cercle dont le rayon est la longueur des traits, il en résulte que la voiture est entraînée par le poids du cheval, •de toute la grandeur du cosinus de cet arc; si ce poids du cheval n’est pas assez grand pour entraîner le poids de la voiture, ce cheval ferait d’inutiles efforts pour vaincre la résistance que le poids de la voiture lui opposerait, et, dans cfl cas, l’un et l’autre resteraient à la même place.
Mais si , au contraire , le poids du cheval est suffisant pour vaincre cette résistance, alors la voiture suit le mouvement du cheval, qui avance alors ses deux autres jambes, qui font, à leur tour, deux autres angles avec les deux premières. Il résulte de cette alternative de mouvement des quatre jambes, et deux à deux, du cheval, une suite non interrompue d’abaissement et d’élévation de sou centre de gravité; et, par une
conséquence nécessaire du mouvement en avant de ce centre de gravité , la voiture peut alors obéir à son impulsion.
Tant que le cheval et la voiture se trouveront posés sur un terrain horizontal , la voiture ayancera , si le poids du cheval est assez grand pour vaincre la résistance que le poids de la voiture lui oppose. Dans les cas contraires, la voiture restera fixée, comme je viens de le dire, au même lieu, parce qu’alors il n’existe point de raison pour qu’elle aille en avant ou en arrière.
Mais la chose change de face dans les montées : sur un terrain horizontal, la verticale qui passe par le centre de gravité du cheval, est perpendiculaire au sol, tandis que, dans les montées * cette même verticale est inclinée au sol, et fait un angle plus ou moins aigu avec la montée; de même que la verticale qui passe par le centre de gravité de la voiture, fait le même angle aigu avec le sol de la montée. 11 résulte de là deux choses bien remarquables, c’est que le centre de gravité du cheval se trouvant en arrière de la perpendiculaire au sol , qui passe par le centre de gravité du cheval, dont le poids perd de sa force tractive , selon que la verticale et la perpendiculaire que je viens d’indiquer font un angle plus grand , tandis que le poids de la voiture et la hauteur de ses roues sollicitent dans le même rapport la voiture à rétrograder, c’està-dire, autrement, que plus la force tractive di-
minue, plus la résistance augmente. C’est clans ce cas , et lorsque la voiture rétrograde , que tous les conducteurs de voitures se hâtent de calerleurs roues avec tout ce qui se trouve sous leur main , pour éviter que la voiture et leurs chevaux ne soient précipités en arrière ou dans un abîme.
Le cas exactement contraire se présente dans les descentes : la verticale qui passe par le centre de gravité du cheval, et celle qui passe par le centre de gravité de la voiture, font, avec le sol, des angles aigus, mais dans le sens opposé, et d’autant plus petits, que le sol est plus incliné en avant. Il en résulte encore que le cheval et la voiture sont entraînés dans la descente ; et d’autant plus entraînés , que le cheval et la voiture sont plus pesans ; que les roues ont un plus grand rayon , et que la descente est plus rapide ou le sol plus incliné.
Dans les montées , pour empêcher les voitures de se précipiter en arrière, on cale; car il s’agit, dans ce cas, de monter, et non de descendre; mais dans les descentes, pour empêcher la voiture detre précipitée en avant, on enraye; car alors il s’agit de descendre, et non pas de s’arrêter. L’enrayage a pour effet d’empêcher l’une ou deux des roues de tourner, ou de les forcer de glisser au lieu de tourner, ce qui augmente le moment de la résistance du frottement de la circonférence de la roue sur le sol.
Or, plus le poids de la voiture et de son char-
gement est grand , plus la voiture est sollicitée à sc. précipiter dans les descentes, et d’autant plus fortement, que le terrain est plus incliné. Il en résulte que l’on est dans la nécessité d’enrayer plus souvent et plus fortement des voitures plus pesantes, et de les enrayer dans des descentes faibles où n’auraient pas besoin de l’être des voitures moins pesantes.
Dans les montées, tous les chevaux concourent à les faire gravir aux voitures ou à le^ empêcher de se précipiter en arrière; mais dans les descentes, deux seuls chevaux, ceux de derrière ou du timon, sont chargés de retenir la voiture, • et de l’empêcher de se précipiter en avant. Ces deux chevaux sont dans une situation peu avantageuse pour cela , puisqu’eux-mêmes sont entraînés vers la descente par la position de leurs centres de gravité (i). Mais ces chevaux, tant par leur propre instinct que par l’éducation qu’ils reçoivent de leurs conducteurs, sentent très-bien le danger qui les menacent, celui d’être écrasés par la voiture qui les poursuit ; alors ils changent, d’une manière réellement admirable, la
(1) Si quelqu’un des auteurs du système du comité veut s’assurer par lui-même quelle est la grandeur de la force qui entraîne les chevaux dans le sens de la descente , il n'a qu’à descendre lui-même une rampe un peu roide , comme de Zo à 1)0 degrés : son expérience équivaudra à une démonstration.
position de leur centre de gravité, en s’asseyant dans l’avaloir, et en baissant aussi leur arrièretrain , quelquefois jusque près de terre, et eu outre en tendant fortement les jarrets des quatre jambes; dans cet état, leur centre de gravité se trouve plus en arrière, et ils glissent plutôt qu’ils ne marchent. Le frottement qui résulte de cette position si pénible et si difficile pour ces deux chevaux, fait un obstacle à l’accélération du mouvement en avant de la voiture, que l’enrayage seul ne pourrait presque jamais empêcher dans des descentes rapides, si communes dans les che- • mins militaires.
Malgré même l’enrayage et les efforts des deux chevaux de derrière, les voitures ne s’en précipitent pas moins très-souvent dans les descentes d’une certaine rapidité. C’est ce qui arriva , par exemple, à l’artillerie française le soir de la bataille de Novi : dans sa retraite sur Gênes, cette artillerie rencontra une descente assez rapide , les premières voitures se précipitèrent ; les chevaux entraînés s’abattirent ; les voitures versèrent : il résulta de là un encombrement facile à concevoir. L’ennemi, qui poursuivait, ne laissa pas le temps de remédier à ce désordre, et le général Moreau, qui commandait l’armée française, fut dans la nécessité d’abandonner presque toute son artillerie, c’est-à-dire environ 200 bouches à feu, leurs caissons, les munitions ; enfin, presque toute l’artillerie de l’armée.
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Et cependant cette artillerie ne pesait pas les trois cinquièmes de celle du comité ; qu’on calcule de sang-froid ce qui arrivera dans de pareilles circonstances avec la pesante et massive artillerie du comité ! Le plus brave peut réellement en frémir.
Il résulte de ces faits connus de tout le monde , • que, pour une voiture deux fois plus pesante* il faut enrayer deux fois plus souvent, au moins* qu’on ne serait obligé de le faire pour une voiture moins pesante , toutes choses d’ailleurs égales, et que cette nécessité est encore augmentée par des roues d’un plus grand rayon.
Or, 1 enrayage a les plus graves inconvéniens dans la guerre de campagne pour toutes espèces de voitures, et surtout pour les voitures d’artillillerie, qui marchent toujours à portée de l’ennemi et avec les troupes dont cette artillerie fait essentiellement partit.
Le premier de ces inconvéniens est que l’enrayage et le désenrayage exigent du temps. Pour faire comprendre à mon lecteur toute la grandeur de cet inconvénient, je suppose un train d’artillerie de cent voitures seulement, et qu’il ne faille par voiture qu’une minute pour l’enrayage et une minute pour le désenrayage ; supposons encore que la tète de ces cent voitures soit arrivée au haut d’une descente où il y ait nécessité d’enrayer; la seconde voiture ne pourra le faire que la première n'ait enrayé et ne soit partie, parce
qu’il faut que cette seconde arrive aussi au haut de la descente avant d’opérer son enrayage. Ainsi, la première voiture aura une minute de marche, en avance sur la seconde ; la seconde en aura aussi une en avance sur la troisième ; de même la troisième sur la quatrième , etc. , jusqu’à cent ; ou autrement, la première voiture aura cent minutes, ou une heure 4° minutes d’avance sur la centième ; c’est-à-dire encore que le convoi des cent voitures, qui ne doivent occuper sur la route qu’un espace de 600 toises au plus, y occupera un espaoe de 3 , 3 oo toises, et y sera ainsi disséminé par petits paquets , que deux ou trois cosaques ou hussards, enlèveraient avec la plus grande facilité. Pour prévenir de pareils accidens, on ne manque pas, je le sais, de faire arrêter la tête du convoi jusqu a ce que la queue ait serré; mais voilà une heure 40 minutes de perdues , et si , dans une marche de huit à dix lieues, on rencontre quatre descentes pareilles, ce sera un retard total de 6 heures 4 o minutes. Ainsi, une marche de huit à dix lieues , qu’on aurait pu faire en 8 ou 10 heures si l’on avait pas eu besoin d’enrayer, exigera au moins de 1 4 à 17 heures.
Et si, encore, il se trouve, comme cela arrive toujours dans de pareils chemins, autant de montées que de descentes, ou des mauvais pas, où, dans l’un comme dans l’autre cas, on soit forcé de doubler les attelages pour franchir ces montées ou ces mauvais pas, alors ce sera une
perte de temps à peu près égale; et si, enfin, la nuit est sombre, le temps pluvieux et froid , les chemins défoncés, etc., Ce né sera pas trop que de supposer qu’avec une artillerie pesaüte, comme l’est celle du comité, il faudra au moins 36 heures, et en marchant toujours, pour faire ces huit à dix lieues»
Qu’on ne croie pas, surtout, que j’exagère ici : dans les guerres antérieures à la révolution , les armées françaises ne faisaient, par jour, que deux ou trois lieues, terme moyen , et encore étaientelles obligées de rester en chaque camp deux ou trois jours, pour attendre leur artillerie : cependant , alors, les campagnes d’hiver n’avaient presque jamais lieu. Ces armées avaient bésoin de trois ou quatre mois de campagne pour sè préparer à une bataille ; cette lenteur dans les marches provenait de la pesanteur, et pour ainsi dire de 1 immobilité de l’artillerie du système Fallière y qui n’était cependant pas plus pesante que celle du comité, dont le systèmè, s’il était adopté’, ramènerait les armées françaises à cette guerre immobile existante avant que la Suède d’abord, la Prusse ensuite, puis la France, et enfin toutès les puissances de l’Europe, l’en aient fait sortir par 1 adoption d’un système d’artillerie plus mobile.
C était une croyance générale dans les armées d Europe et des peuples, que l’invention de la poudre et de l’artillerie préservaient les nations
des guerres d’invasion ; c’était un préjugé sans fondement ; c’était le résultat d’un défaut d’observation ; c’était enfin le résultat de l’opinion où l’on était que l'artillerie était capable d’effets d’autant plus grands que les calibres en étaient plus forts, et qu’elle était par conséquent plus pesante. Les dernières guerres de l’Europe ont démontré, jusqu’à la dernière évidence, toute l'étendue de cette erreur militaire et politique , puisqu’aucune époque de l’histoire ne présente un aussi grand nombre de guerres d’invasion dans un temps aussi court ; d’où il résulte qu’avec l’artillerie légère qu’ont toutes les puissances de l'Europe , les guerres à venir seront presque toujours des guerres d’invasion. Et c’est le vrai cas de dire que tout Etat qui adopterait une artillerie pesante, comme l’est celle du comité, se mettrait dans une position d'infériorité à l'égard des autres puissances , et, au contraire, qu’elle se mettra dans un état de supériorité en adoptant une artillerie plus légère et plus mobile qu’elles.
Il paraît que le comité d’artillerie de France n’a pas réfléchi à toutes ces choses avant de proposer un système d’artillerie aussi pesant que l’est le sien ; c’était pourtant son devoir d’y bien réfléchir, et surtout de penser aux changemens immenses que l’expérience , et une théorie profonde de la guerre, ont introduit dans les principes de la science.
L’adoption, dans le système du comité, des
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roues d’avant-train égales en hauteur à celles de l’arrière-train, a encore un autre inconvénient grave, et si grave, que seul il suffirait pour le faire rejeter sans délibération ; cet inconvénient consiste en ce que le système ne peut tourner court , et qu’en effet il ne peut tourner que sous l’angle d’environ 35 degrés. Je suppose l’artillerie du comité engagée dans un chemin d’une largeur égale à la rue Richelieu à Paris (ce serait , certes, un chemin d’une très-bonne largeur; on n’en trouve pas toujours de pareils dans la guerre y* de campagne) ; je suppose encore que ce chemin soit mauvais, comme la chose est si ordinaire, et qu’un événement militaire quelconque oblige cette artillerie à faire une contre-marche ou une marche rétrograde, je demande alors, et tous les artilleurs feront la même question, comment le comité pourrait-il s’y prendre pour opérer, en présence d’un ennemi actif, une telle contremarche ou une telle marche rétrograde? je demande même comment il pourrait , avec son système, opérer une semblable contre-marche hors de la présence de l’ennemi, surtout si ce chemin était boueux et difficile.
Mon système , au contraire, tourne très-court et sous un angle plus que double de celui où peut tourner le système du comité , en sorte qu’il peut exécuter une contre-marche dans toutes espèces de chemins qui n’auraient qu’une largeur environ dodble de la voie des voitures.
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Quel que soit doïïc le rapport sous lequel on puisse considérer les deux systèmes, celui du comité et le mien, c’est toujours celui-ci qui a l’avantage, et un grand avantage sur celui-là.
i° Mes bouches à feu sont capables de plus d’effet sur les champs de bataille ;
a° Il y a plus de simplicité dans mon système que dans celui du comité;
3° Mon système est plus léger et plus mobile que celui du comité ;
4° Il y a encore plus de solidité dans mon système que dans celui du comité; ( Voyez encore à cet égard la troisième Section.)
5° Mon système tourne plus court que celui du comité , et effectue, dans une foule de circonstances de guerre, des contre-marches qu’il serait impossible à celui-ci d’exécuter; il peut encore, par ce tourner-court et sa mobilité, exécuter sur les champs de bataille, sans encombrement et avec la plus grande vitesse et dans les terrains les plus difficiles, des évolutions de tous genres, impossibles au système du comité. Sa légèreté et sa mobilité, ainsi que la petite voie de ses voitures, les mettent en état de suivre les troupes dans toutes espèces de chemins, sans pouvoir jamais retarder ni entraver leurs mouvemens stratégiques.
Donc, mon système est en toute chose supérieur au système du comité.
Mais, dit encore le comité, ou plutôt disent
ses organes, nos canons de 12 et nos obusîers de 6 pouces 11e sont destinés, dans notre pensée, qu'à suivre les grandes routes , qu'à former la réserve de l’artillerie de l'armée, qu'à être placés dans les batailles sur des hauteurs d'où de plus petits calibres ne pourraient atteindre les troupes ennemies.
C’est là ce qu’on appelle d’ordinaire admirablement bien raisonner ! Vous voulez, Messieurs, pourrai-je leur répondre, que votre artillerie pesante ne suive que les grandes routes! il faudra donc que vous en fassiez faire presque toujours exprès! Par exemple, qu’aurait fait l’aile droite de la grande armée en Russie ? (je commandais l’artillerie de cette aile droite, et cette artillerie était composée d’environ i 5 o bouches à feu); qu’aurait fait, dis-je, cette aile droite, qui a, dans toute la campagne, manœuvré sur des chemins latéraux et de traverse ? qu’aurait-elle fait avec votre artillerie pesante? Cette artillerie aurait-elle pu faire huit à dix lieues par jour, comme l’a fait constamment l’artillerie légère que je commandais ? Il est certain que non ; car celle-ci ne l’a fait qu’avec toutes les peines imaginables, qu’à force de travaux continuels.
Vous dites, Messieurs, que vous ne placerez votre artillerie pesante, dans les batailles, que sur les hauteurs , pour avoir des portées que ne pourraient fournir de plus petits calibres. A Cela je réponds, en principe général, que l’artillerie
placée sur des hauteurs est toujours très-mal placée, par la raison qu’elle y est toujours sans effet dès que l’ennemi approche ces hauteurs d’assez près pour qu’il y ait impossibilité de la pointer sur lui ; par exemple , une artillerie placée sur la butte Montmartre à Paris, serait tout-à-fait impuissante contre des troupes qui seraient au pied de cette butte ou qui la graviraient. Et d’ailleurs, où mettriez-vous votre canon de 12 et votre obusier de 6 pouces, si, près d’un champ de bataille , comme à Marengo , par exemple, il ne se trouvait point de ees hauteurs? et c’est le cas le plus ordinaire pour tout champ de bataille ; car il faut un espace assez grand pour contenir deux armées, chacune de 100 à i 5 o,ooo combattans.
Je réponds, en second lieu, que le canon de 6 ou l’obusier court de a 4 , placés sur ces hauteurs, porteront leur projectile à peu près aussi loin . que vos canons et obusiers pesans dans les plaiues que ces hauteurs dominent, et à des distances beaucoup plus grandes que celles où la vue humaine peut distinguer les objets.
Enfin , je réponds qu’il n’est pas dàns la nature des choses que l’artillerie pesante soit destinée à former les réserves. Il l’est au contraire bien plus, que les réserves soient essentiellement formées des troupes les plus mobiles et les plus manœuvrièïcs, parce que ces réserves sont essentiellement destinées à se porter rapidement où le be-
soin présent du combat l’exige : c’est donc un véritable contre-sens militaire , que de vouloir les former avec une artillerie pesante.
Ainsi, mon système, quia toute la légèreté et toute la mobilité requises; qui peut suivre indifféremment les grandes routes et les chemins latéraux ou de traverse; dont les bouches à feu peuvent, au besoin , être placées sur des hauteurs , d’où elles auront une portée bien au-delà de ce qui est nécessaire; mon système, dis-je, qui est bien plus propre que l’artillerie pesante du comité à former les réserves de l’artillerie ; mon système, enfin, est encore, sous ces rapports, très-supérieur à celui du comité.
Il m’a encore été dit que le comité prétend que, par la position de sa cheville ouvrière, on ôtait et l’on mettait plus facilement , et en moins de temps, l’avant-train. Que cela soit vrai ou faux à l’égard du système Gribeauval , cela ne me regarde pas; mais, quelle que soit la promptitude avec laquelle l’avant-train s’ôte ou se mette dans le système du comité, il est certain que le mien ne lui cède à cet égard en rien , et c’est ce qu’il est facile de constater par l’expérience.
D’ailleurs, ce prétendu avantage d’ôter ou de mettre l’avant -train plus ou moins promptement, n’est en réalité qu’un avantage tout-à-fait fictif, par la raison si connue de tous les militaires , que l’artillerie, se disposant au combat, commence d’abord , et loin de l’ennemi , par
mettre ses bouches à feu à la prolonge, ce qui se fait en ôtant l’avant-train ; et clans une telle position, quelques secondes de plus ou de moins pour le mettre ou pour l’ôter, sont tout-à-fait sans conséquence , puisque cette opération se fait toujours hors de la portée de l’ennemi, qui ne peut, par conséquent, nuire à cette opération, alors même qu’elle exigerait un peu plus ou un peu moins de temps.
Les écrivains du comité soutiennent encore que la position de leur crochet-cheville ouvrière derrière l’essieu , conjointement avec la suppression obligée qui en résulte , de la sassoire , rend V avant-train et V arrière-train plus indèpendans l’un et l’autre , et les rend plus propres à franchir les fossés ou des pas difficiles.
D’abord, je réponds que cela peut être vrai à l’égard du système Gribeauval, pour ceux qui ne connaissent pas l’emploi, dans ce système, de la cheville dite à la romaine. Cette cheville , qui soutient le timon à la hauteur convenable pour que les chevaux de derrière ne puissent jamais s’empêtrer, ni sur le timon , ni dans les chaînes de retraite, s’ôte et se remet avec la plus grande facilité ; il faut tout au plus une seconde pour cela, et lorsqu’elle est ôtée , les deux trains du système Gribeauval ont, malgré la sassoire de ce système, toute l’indépeudance nécessaire, non moins grande que celle des deux trains du comité, si elle ne lui est supérieure.
Mais de la position du crochet-cheville ouvrière de l’avant-train du comité , il est résulté un inconvénient grave, et cet inconvénient est que le timon de l’avant -train n’est plus soutenu à la hauteur nécessaire pour empêcher les chevaux de derrière de s’empêtrer dans le timon et dans les chaînes de retraite. Le comité a donc été obligé de chercher un remède à cet inconvénient si grave, surtout dans les marches de nuit , et lorsque les chevaux s’abattent, soit dans les descentes, soit dans des mauvais pas. Je dois, ici, signaler ce remède : le comité n’a pas été heureux dans ses recherches. Leur écrivain, à qui je réponds ici, et qui a , dit-on , commandé l’école d’artillerie de Metz , a observé , comme je l’ai fait moi-même plus de vingt-cinq ans avant lui, que les paysans de la Lorraine soutenaient leur timon avec des cordes qui passaient sur le col des chevaux de derrière. L’écrivain du comité a cru ce moyen excellent, et il en a fait l’application aux voitures du comité; la seule modification qu’il y ait faite , est qu’il a beaucoup compliqué une chose toute simple. Les deux cordes des paysans lorrains sont remplacées dans les voitures du comité par deux collerons en cuir, et par un amas de ferrure de toutes espèces , qui charge le col du cheval d’un poids de 3o et [\o liv. au moins, non compris le poids du timon , et qui coûteront trois fois le collier du même cheval. Pour se faire une idée de toute la complication de ce colleron, il suffit
de savoir qu’il s’y trouve 25 à 3o pièces de ferrure très- compliquées. Cela peut être fort beau pour une parade, mais cela ne vaut rien pour la guerre , qui ne permet ni ne souffre que des choses toutes simples, toutes unies. Que l’une des pièces de ce colleron se brise par un accident quelconque de guerre ou par l’usé, soit en marche, soit sur les champs de bataille , et voilà une voiture arrêtée. Cette voiture peut arrêter une colonne d’artillerie toute entière, et même la marche d’une armée, ou reproduire le désastre de Novi par un autre procédé.
Il faut avoir sous les yeux, comme je l’ai, au moment où j’écris ceci , les desseins de ce colleron et de ses détails, pour que je puisse croire qu’une pareille conception ait pu entrer dans la tête d’un officier d’artillerie.
Ce qui est très-bon pour des paysans lorrains, dont les voitures marchent toujours isolément, n est nullement convenable dans un train d’artillerie composé de plusieurs centaines de voitures. Quand il arrive, par le défectueux attelage des chevaux lorrains, quelques accidens , le conducteur, s’il est seul , s’y prend comme il le peut, pour y remédier ; s'il existe plusieurs voitures ensemble, ses camarades aident, et, enfin, ils en sont quittes pour être un peu retardés, sans autres conséquences. Mais dans l’artillerie d’une armée, c’est tout autre chose: qu’une voiture du convoi, et surtout une voiture de la tête éprouve
( rtl )
un pareil accident, voilà toute l’artillerie d’une armée forcée d’attendre que cet accident soit réparé , et voilà souvent une armée toute entière arrêtée pour attendre son artillerie.
Je laisserais là le comité d’artillerie et son ■colleron avec ses supports, ses chaînes de toutes espèces et ses ferrures si compliquées, si je n’avais pas encore quelques observations sérieuses à faire sur cette petite invention qui, pour cette fois, appartient tout entière au comité. Je ne la lui réclame point, et personne, je pense, ne la lui revendiquera. Je déclare donc que ce col~ leron lui appartient, et même l’invention de ce mot si élégant , colleron , qui, si je ne me trompe, est le diminutif de collier, et le masculin de collerette. J’ai pourtant une difficulté à proposer au comité sur ce mot colleron ; car, enfin, ce n’est pas ma faute s’il ne me l’a pas défini. Je sais ce que c’est qu’un collier; c’est une partie du harnachement d’un cheval de trait, qui se met au col et s’applique sur ses épaules ; c’est encore une chaîne plus ou moins brillante qui orne le col d’une femme ; je sais encore que par collerette on entend un ornement plus ou moins riche dont les femmes couvrent leurs épaules ou leur poitrine ; mais pour colleron! je vous reconnais, MM. les auteurs du comité, pour inventeurs : il est indubitable que , dans cette circonstance, la chose et le mot vous appartiennent.
D’ailleurs, il y aurait peu de générosité à faire
une revendication à ce sujet : que resterait-il donc au comité, si on lui ôtait son colleron? Je l’ai déjà dit, rien, absolument rien : il faut donc le lui laisser. Mais la charité chrétienne , et ce qui chez moi passe avant tout, mon devoir militaire , m’ordonnent d’adresser au comité même quelques observations sur son colleron , ses chaines et ses supports.
Je suppose que les chevaux de derrière s’abattent dans une descente , dans un chemin difficile , ou par fatigue , même sur un beau chemin ; vous n’ignorez pas, Messieurs, que ces accidens sont très-communs dans la guerre: la première conséquence de cette chute des chevaux de derrière est que le timon, les supports, les chaînes des supports, etc. , tombent immédiatement jusqu’à terre avec les chevaux. Il faut pourtant que ces chevaux se relèvent, et vous n’ignorez pas non plus, sans doute, que le premier mouvement des chevaux, pour se relever, est de lancer en avant leurs deux jambes de devant, en s’appuyant sur leur croupe. Le résultat forcé de cet effort des chevaux tombés , est que leurs jambes de devant s’embarrasseront, ou dans vos barres de support, ou dans le timon, ou enfin dans les unes ou les autres parties de votre colleron.
Dites-moi donc, je vous prie, combien de temps il vous faudra pour remédier à un pareil accident arrivé, dans une descente rapide, dans un mauvais chemin, si les chevaux sont haras-
sés de fatigues, ou épuisés de faim ; ou si encore cet accident arrive pendant la nuit, par la pluie, par la neige ou le froid , etc. ; et lorsque les soldats du train , comme les canonniers , seront eux-mêmes épuisés de fatigues ; faites , Messieurs, le calcul vous-mêmes, car, je vous déclare que j’y ai renoncé , tant les difficultés m’ont semblé insurmontables.
Et si de pareils accidens étaient arrivés sur les champs de bataille Ou dans une retraite forcée et précipitée, je vous prie de ne pas oublier toutes les conséquences qui en résulteraient. L* calcul que je vous demande est important, et je pense qu’il faut posséder toutes vos connaissances pour le résoudre.
J e ne doute point cependant que votre colleron ne fasse merveille sur une place de parade ou sur la pelouse d’un polygone d’artillerie bien horizontal, et dont le terrain est solide. Je ne doute pas plus que certaines personnes, qui trouvent les choses d’autant plus belles qu’elles sont plus compliquées, n’y applaudissent de toutes mains. Une chose simple ! fi donc ! il ne faut pas de génie pour la concevoir ni pour l’inventer. Ah! qu’une chose bien compliquée, comme votre colleron, est bien plus belle et bien plus admirable: c’est là, si je ne me trompe, le nec plus ultra du savoir-faire.
Le comité veut un colleron : la raison en est
qu'il en a besoin pour soutenir son timon. Mais ce colleron et le timon qu’il supporte, pèsent sur le col de chacun des chevaux de derrière, de l\o à 5o liv., ce qui, certes, est bien quelque chose sur le col d’un cheval.
Le résultat forcé, nécessaire, du poids du colleron et du timon qu’il supporte , est de porter le centre de gravité du cheval en avant, et de fatiguer, d’user promptement ses jambes de devant; les chevaux de derrière s’abattront donc souvent , surtout dans les descentes et dans les chemins difficiles. I^ais il faudra que ce cheval abattu se relève, et le poids du colleron et du timon y apportera presque toujours un obstacle insurmontable; car enfin , je le répète, c’est quelque chose qu’un poids de 5o livres sur le col d’un cheval , dans la position où il se trouve, et qui, pour se relever, est obligé de commencer par son train de devant.
En conscience , MM. les auteurs, y avez-vous réfléchi ? avez-vous réfléchi qu’un cheval abattu dans une descente ou dans un mauvais chemin, ayant de la boue jusqu’au ventre, dont les pieds ne trouveront aucune prise dans le sol, dont le col est surchargé d’un poids de 5o liv., ne pourra jamais se relever, quelque vigoureux qu’il soit; à plus forte raison s’il est épuisé de fatigues ou de faim , comme la chose a lieu souvent.
J’en reviens toujours à cette invention du col-
LiOC
leron, comme, tout à l’heure, j’eu revenais toujours à la bataille de Leuthen : c’est que l’un est l’extrême du ridicule , et que l’autre est l’extrême du sublime.
Mais qu’on me dise donc franchement où est la nécessité de ce colleron ; ne sait-on donc pas que le timon est très-bien suspendu , sans fatigue pour les chevaux, parla position de la crosse de l’affût ou de la tête du caisson, et de toute autre voiture sur la sellette de l’essieu? C’est alors le poids même de la voiture , convenablement équilibré avec le timon , qui le soutient à la hauteur convenable. Que les chevaux de derrière s’abattent ou non , le timon ne s’abaisse point; il ne tombe point à terre : son poids ne forme point d’obstacles à ce que les chevaux se relèvent. Ils ont toute liberté pour cela; car ils sont maîtres de tous leurs mouvemens, ce qui n’a ni ne peut avoir lieu avec le colleron , qui pèse sur le col du cheval et le tient lié au timon si intimement, qu’ils ne peuvent taire un effort quelconque, sans que ce timon et le colleron ne soient là pour les contrarier.
Que l’on tasse , avec le colleron et l’artillerie pesante, seulement 100 lieues par des chemins militaires je veux dire par toutes espèces de chemins, et l’on saura à quoi s’en tenir!
Oui, je puis le dire, et sans crainte detre démenti , si ce n’est par les inventeurs eux-mêmes ,
le génie du mal aurait présidé à cette invention du colleron , qu’il n’aurait pas fait pis.
Le timon de mon système est soutenu à la hauteur de l’épaule des chevaux de derrière par le poids même de la voiture , dont la tète s’appuie sur la sellette de l’essieu, et sur la petite sassoire(i ), où se trouve implantée la cheville ouvrière. Dans mon système encore, Fentretoise de crosse n’a point de lunette pour recevoir la cheville ouvrière, comme dans le système Gribeauval ; la lunette pour recevoir la cheville ouvrière est dans une entretoise en fer placée à une distance convenable sous les flasques et sous la tête du caisson et de toutes les voitures du système. Cette distance est un peu différente dans chaque voiture, mais elle est telle, que les crosses et la tête de chaque voiture peut décrire , entre les roues de l’avant-train , une demi -circonférence entière sans toucher aux rais de ces roues.
Mais voici encore une objection qui ne mérite certes pas la peine d’être réfutée , et pourtant je vais y répondre, pour prouver seulement combien les raisons de mes adversaires sont futiles.
(i) Dans le système Gribeauval, il existe deux espèces de sassoires, la grande et la petite : la grande sasfoire est employée dans l’affût et le caisson, où la cheville ouvrière est implantée dans la sellette de l’avant-train ; la petite sert dans le chariot et la forge, où la cheville ouvrière est implantée dans la sassoire.
Ils me disent : Par la liaison de votre arriérer train avec V avant- train <, les crosses de V affût ou les têtes des autres voitures ne laissent qif un trèspetit intervalle entre elles et les rais des roues de.
V avant-train , en sorte que , par l’usé, les crosses et ces têtes de voitures viendront toucher les rais des roues de l 'avant-train v et les briseront.
D’abord, je demande aux auteurs de l’objection s’ils ont bien examiné les choses avant de la faire. S’ils y avaient porté la moindre attention , ils auraient vu, i° qu’il se trouve 14 millimètres d’intervalle ou de jeu entre la tête des voitures et les rais ; 2 0 que chaque flotte d’essieu n’a que 10 millimètres d’épaisseur; 3 ° que, par la construction , cette flotte ne peut être réduite par le frottement à 5 ou f\ millimètres, qu’elle ne se brise, d’où la nécessité de la remplacer par une autre alors de 10 millimètres aussi d’épaisseur; en sorte qu’il restera toujours un intervalle de 9 ou 8 millimètres au- moins , dans le plus grand usé possible , entre les têtes des voitures çb-lés rais des. roues de i’avant-traiu : et par conséquent impossibilité que les têtes des voitures touchent aux rais ou les atteignent.
Mais je veux bien supposèr l’impossible ; je veux bien supposer que les flottes, avant de se rompre ou de se briser, seront réduites à 1 millimètre d’épaisseur; il restera toujours, dans ce cas, 5 millimètres d’intervalle ou de jeu entre les « têtes des voitures ou les rais des roues de l’avant-
train : c’est beaucoup plus qu’il n’en faut pour que tout contact soit impossible.
Mais jncore il faut un long temps et un trèslong temps pour que l’usé des flottes ait lieu. Ce n’est que par accident que le frottement du gros bout du moyeu agit sur les flottes. Habituellement, ce flottement n’a pas lieu, comme il est facile de l’observer dans toute voiture ; d’un autre côté , la dureté du fer , et celle des boîtes de roues, résiste puissamment à cet usé, en sorte qu’on peut estimer approximativement qu’une voiture bien équilibrée dans toutes ses parties, comme sont les miennes, pourrait faire 10,000 lieues ou vingt campagnes avant que l’usé des flottes pût être complet; mais toutes les parties en bois sont détruites ou pourries, ou échauffées long-temps avant un si long intervalle.
Mais je veux bien, encore une fois, supposer l’impossible ; je suppose donc que les crosses de l’a£(ut ou la tète des autres voitures puissent, malgré ce que je viens d’exposer, toucher aux rais des roues de l’avant-train , et briser ces rais : qu’en résulterait-il? rien, sinon que ma cheville ouvrière serait trop éloignée de quelques millimètres de l’essieu ; mais qu’on l’en rapproche d’autant, je veux dire de 5 , de 10, ou même de i 5 millimètres; alors le rayon de la demi-circonférence décrite par les crosses ou les têtes des voitures sera diminué de la même quantité, et par conséquent le jeu ou l’intervalle
entre les têtes de voitures et les rais, augmenté aussi de la même quantité. Il valait, je pense, mieux indiquer ce remède si simple , à un inconvénient d’ailleurs imaginaire, que de produire une objection si peu fondée.
Je vous le demande doue encore une fois.
Messieurs, y avez- vous bien réfléchi en proposant votre colleron ? Savez-vous que rien n’est plus précieux à la guerre que le temps? Dans toutes, ou dans presque toutes les circonstances militaires, une minute, souvent une seconde • perdue, entraîne les plus funestes résultats. Eh bien! examinez maintenant votre colleron, et indépendamment du colleron, vous y trouverez trois barres de support, dont une en fer et deux en bois ; six chaînes , six crochets, etc. , etc. : tout cela pèse sur le bout du timon et le tient fixé contre terre. Lorsque l’attelage s’exécute, il faut, comme vous l’avez fait, avoir une servante pour soutenir votre timon à la hauteur du poitrail des chevaux ; il faut donc d’abord placer votre servante pour que votre timon soit dans une position assez élevée pour mettre, ou au collier ou au colleron , les six crochets de vos chaînes de support ou de retraite. L’attelage entier, effectué, exigera qu’on relève la servante sous le timon ; il sera nécessaire en outre que vous mettiez votre colleron sur le col des chevaux ; il faudra eucore prévenir tous les accidens qui arriveront lorsque vous approcherez les chevaux de votre timon
et de vos supports de timon , pour qu’ils ne s'euipètrent pas, ni dans le timon, ni dans les supports, ni dans les chaînes de support ; et s’ils s’y empêtrent, ce qui sera le cas le plus ordinaire, il vous faudra du temps. Voilà en tout bien de la besogne et bien du temps employé; et si, pendant tout ce temps , nécessaire, indispensable, l’ennemi vous tombe sur le dos, dites-moi le donc, comment ferez-vous ? que deviendrez- vous avec un harnachement qui exige au moins six ou sept fois plus de temps pour être ajusté que les harnachemens si simples du système Gribeauval, où il n’y a que deux crochets , ceux des deux chaînes de retraite, a placer, ce qui s’exécute dans un instant , et où il n’y a ni colleron , ni support , ni six crochets, ni servante , ni, etc.
Je sais bien que toutes ces machines du comité ou de son invention sont indispensables, puisque machines il y a, pour soutenir le timon en marche; mais elles n’empêchent pas que le timon ne tombe à terre avec toutes ces machines, lorsque les chevaux s’abattent, et que le poids de ces machines ne soit un obstacle à peu près invincible à ce qu’ils puissent se relever, et tout cela est le résultat forcé de la position du crochet-cheville ouvrière en arrière de l’essieu , et de la suppression de la sassoire.
Le seul moyen de soutenir le timon comme il doit l’être , à la hauteur des épaules des chevaux de derrière , est la sassoire ; toutes les ten-
tatives que feront les inventeurs du comité pour la supprimer, seront infructueuses, ne seront, commetu dit, que des coups d’épées dans Veau. Le moyen de la sassoire est si simple, et remplit si bien le but de sa destination, qu’en vérité, je ne sais où l’on pourrait trouver un motif plausible de la supprimer, ni par quelle combinaison égale ou plus simple on pourrait la suppléer.
Sans doute que les auteurs du comité auront observé toutes les voitures de la vie civile : voitures de roulége , diligences publiques, voitures de ville ou de luxe, etc. ; ils auront vu , par conséquent, que dans toutes ces voitures, les roues de l’avant-trah sont toujours plus petites que les roues de l’arr.ère-train ; que dans toutes, il y a une sassoire différemment modifiée , il est vrai ; mais c’est toujours une sassoire; qu’à ces voitures, il n’y a n; support, ni colleron, etc., et cependant les entrepreneurs de roulage ou des diligences ne sont pas des machines; personne n’a plus besoin qu’eux de compter juste, et de viser constamment à la plus grande économie : que MM. les inven.eurs du colleron le leur proposent donc, et qu’ils me communiquent ensuite la réponse?
En résumé, le colleron est défectueux sous tous les rapports:
j° Il pèche contre l’économie militaire. Je consens à ne porter le prix de ce colleron , de ses trois barres de support , de ses six chaînes , et de
toutes ses autres ferrures , etc. , à la sommç de 4o fr. par voiture , et que, dans l’armée française, il ne se trouve que quatre mille voitures d’artillerie , voilà de suite une première mise dehors de 160,000 fr.
Il faudra ensuite des rechanges, des remplacemens; car il y aura de l’usé , des cassures, des pertes, etc., autres 160,000 fr. au moins par campagne; total, 3 ao,ooo fr. par campagne, de dépenses inutiles, qui n’ont d’autre effet que de rendre le harnachement plus compliqué, et défectueux. w
2° Le colleron, les supports, leurs ferrures et le timon surchargent le col des chevaux d’un poids qui tend à les faire s’abattre, qui use promptement leurs jambes de devant, et s’opposent à ce qu’ils puissent se relever lorsqu’ils sont abattus.
3 ° Ce colleron n’est en aucuns manière une compensation suffisante et efficacs à la suppression de la sassoire.
Je n’en finirais pas avec le colleron , si j’entreprenais de signaler tous les défauts qui y sont inhérens. Il faut pourtant que j’en finisse ; mais je ne puis cependant passer le suivant sous silence.
Une armée de i 5 o,ooo hommes aura au moins a,ooo voitures d’artillerie à sa suite. C’est beaucoup de supposer que la moitié de ces voitures sera attelée par des chevaux du train ; car cela suppose déjà 5 à 6,000 chevaux : l’autre moitié
sera attelée par des chevaux ou des bœufs du pays où sera établi le théâtre de la guerre. Mais ni ces chevaux, ni ces bœufs n’auront de colleron ; les paysans n’en comprendront nullement l’utilité, et ne pourront s’en servir. Comment feréz-vous donc alors ? car , sans ce colleron , les chevaux des paysans ne pourront soutenir le timon. Il est donc constant que ce colleron est une
mauvaise invention.
Et, enfin, le comité l’avoue lui-même, puisqu’il la rejette pour les voitures d’équipages militaires , où il conserve la sassoire pour soutenir le timon par le poids même de la voiture , puisqu’il la rejette aussi pour son affût de siège ! pourquoi donc ne pas introduire le colleron partout , si c’est une si bonne et si belle chose ? ou pourquoi l’introduire dans l’affût et dans le caisson de campagne, s’il est inadmissible dans les voitures d’équipages militaires et dans les affûts de siège. Sauf le respect que je dois à ces Messieurs, il y a là, ce me semble, de la contradiction, ou au moins défaut de système.
Car, de deux choses l’une : le colleron est une heureuse et bonne invention , et, dans ce cas, il faut l’adopter pour toutes les voitures militaires; ou c’est une invention d’un génie malfaisant , et , dans ce deuxième cas , il faut le repousser de toutes les voitures. Yoilà le difemne; qu’on y réponde , si on le peut.
Quant à l’affût de siège du comité , je l’ai bien
étudié; le corps de l’affût est encore dans les formes de l’affût anglais. Quant à l’avant-train , c’est autre chose , c’est mou avant-train tout cru, déguisé , à la vérité , sous des formes un peu différentes; mais enfin c’est mon avant- train, car le résultat est exactement le même. Il ne fallait pas que le comité se donnât tant de peine pour déguiser ce nouvel emprunt; quelle raison a-t-il pu d’ailleurs avoir pour se montrer à découvert, ee comité est si riche de son propre fonds , qu’il n’a à redouter aucune concurrence ! !
Puisque les auteurs du comité avaient un si fort penchant pour l’anglomanie , pourquoi n’oût-ils pas adopté le système anglais dans son entier, avec ses obusiers courts, ses calibres légers et sa limonière. La limonière est, sans contredit, un très-mauvais moyen d’attelage, parce qu’elle écrase le cheval du limon dans les descentes, et qu’elle le ballotte constamment dans la route; mais enfin le poids de cette’ limonière est porté sur le dos du cheval de limon , c’est-àdire sur la partie où ce cheval a plus de force , et non sur le col, qui est la partie la plus faible du cheval. Avec la limonière, le centre de gravité du poids porté par le cheval de limon se trouve d’ailleurs placé derrière les jambes de devant , et à peu près à la même distance de ses jambes que le centre de gravité, et non pas en avant de ces mêmes jambes , comme la chose a lieu avec le colleron.
L’embarras du comité est la conséquence nécessaire des faux principes qui servent de base à son système; en voici encore un exemple.
Il existe un très-grand nombre de moyens d’enrayer une voiture; ces moyens sont tous bons, relativement- : pour les voitures très-pesantes , comme celles du roulage, on fait usage d’une vis de pression , qui serre fortement la circonférence des deux roues de derrière. Le frottement qui en résulte forme un très-solide enrayage , et d’autant meilleur, que cet enrayage et le désenrayage s’exécutent sans arrêter la voiture. Dans les voitures d’un poids moyen, on se sert du sabot, qui a l’inconvénient de forcer d’arrêter la voiture pour enrayer et désenrayer. Il a aussi l’inconvénient , lors du désenrayage , de forcer le conducteur à faire reculer sa voiture, opération habituellement très - difficile , et sans laquelle on ne peut faire sortir la roue de dessus le sabot. La pesanteur des voitures du comité l’a mis dans la nécessité d’employer le sabot pour ses enrayages, et c’est , sans contredit , le plus vicieux , parce que c’est lui qui exige le plus de temps, et qui occasione le plus de peine et de fatigue.
Dans le système Gribeauval , l’enrayage se fait avec une chaîne qui se place et s’ôte avec une grande facilité ; mais il faut arrêter la voiture pour enrayer comme pour désenrayer. Ce mode n’est pas praticable dans les voitures pesantes, comme le sont celles du comité, parce qu’il fati-
gue beaucoup la roue enrayée , et d’autant plus que la voiture est plus pesante. Dans mon système , l’enrayage se fait aussi avec une chaîne , comme dans le système Gribeauval ; mais les voitures de mon système étant très-légères, ce mode d’enrayage ne fatigue point et ne peut fatiguer les roues, qui d’ailleurs, quoique plus légères de ao kilogr. que celles du comité, n’eu ont pas moins à peu près une force double. D’ailleurs , l’enrayage s’en fait, la voiture arrêtée, en moins d’une seconde, et le désenrayage s’opère sans arrêter la voiture.
Je ne dois pas laisser ignorer à mes lecteurs qu’ayant proposé le problème à M. le chef de bataillon Hennoque , cet officier l’a parfaitement résolu : je dois déclarer ici, et je le déclare, que ce mécanisme si simple, par lequel l’enrayage des roues de mon système s’exécute, appartient à cet officier. •. • *
Mais ce mode d’enrayage, qui conviênt à toute voiture qui ne pèse pas au-delà de trois milliers * ne peut convenir au système du comité, i° parce que ses roues n’ont pas assez de solidité pour le supporter, et a° parce que les voitures de ce système pèsent au-delà de cinq milliers.
Dans l’enrayage Gribeauval , la chaîne est beaucoup trop longue , en sorte que tout l’effort se porte sur un rais , et tend à le briser. Ma chaîne d’enrayage est beaucoup plus courte, et l’effort se porte presque en totalité sur la jante et le
bandage : or, ce bandage est un cercle en fer entier qui ne peut se rompre qu’après usure à peu près complète.
Mais, me dit le comité à objections, qui ne calcule et n’observe pas comme il le devrait, votre chaîne d’ enrayage agit dans une direction presque perpendiculaire au plan de la roue, et tend à la briser. Vous vous trompez, Messieurs; mais voyons, examinons.
Ma chaîne d’enrayage a , comme toutes les chaînes d’enrayage du monde, pour effet nécessaire, immédiat, d’empêcher la roue de tourner, ou de la forcer de glisser au lieu de tourner; la résistance que la roue éprouve de la part du sol sur lequel elle glisse, agit nécessairement dans le plan de cette roue. La cause qui produit cet effet agit donc aussi dans le même plan , je veux dire dans le plan de la roue ; car il n’y a que deux forces directement contraires qui puissent se contre-balancer et se détruire réciproquement.
Et qu’importe , pour que cet effet soit produit', que la chaîne d’enrayage soit plus ou moins longue , plus ou moins perpendiculaire ou plus ou moins inclinée au plan de la roue, tout cela ne change rien à la nature de la résistance que cette roue éprouve en glissant sur le sol ; cela ne change donc rien non plus à la cause ou à la direction de la cause qui empêche la roue de tourner, en la forçant au contraire de glisser. La roue est arrêtée par ma chaîne d’enrayage à un point quelconque de sa circonférence; ce
point est nécessairement (et vous en conviendrez, car vous êtes sans doute aussi géomètres, et vous connaissez la théorie de la matière), ce point, dis-je, est nécessairement dans le plan de la roue, et c’est à ce point, et à ce point seul, que la chaîne d’enrayage produit tout son effet; et de la même manière que si cette chaîne était toute entière dans le plan de la roue.
En résultat définitif, l’obstacle au tourner de la roue agit dans un point de sa circonférence, et«par conséquent dans le plan de la roue ; d’un autre coté, la résistance du sol agit aussi par le frottement dans le même plan: donc vous n’avez pas médité la nature de l’objection avant de la faire ; donc enfin il n’est pas vrai que ma chaîne d’enrayage tende plus fortement que toute autre chaîne d’enrayage à briser la roue.
Et d’ailleurs votre objection, si elle était fondée, en résulterait-il que la roue enrayée pût être brisée ? non, Messieurs. Réfléchissez d abord que le cas de votre supposition étant aussi vrai qu’il est faux, la chaîne d’enrayage agirait daus le sens directement contraire à l’écuanteur, sens où la roue est capable d’une résistance indéfinie, surtout pour des voitures qui sont aussi légères que le sont celles de mon système, et dont les roues ont cependant une solidité double des vôtres.
Au reste , MM. du comité , vous le savez bien ; il n’y a pas loin de Paris à Charenton ; si vous ne jugez pas à propos de vous en rapporter à la théorie de la matière, faisons une expérience.
Vous savez qu’il y a une descente assez rapide dans ce faubourg si renommé de Paris ; prenez donc vos voitures d’artillerie avec votre enrayage; je prendrai les miennes avec mon enrayage ; nous descendrons, et nous monterons dix, vingt, cinquante, cent fois cette descente et cette montée, et l’expérience nous apprendra qui a raison de vous ou de moi dans nos deux manières d’enrayer.
Peut-être que les motifs de théorie et de pratique que j’ai développés jusqu’ici n’auront pas encore convaincu mes adversaires. Tandis que je suis sur la chapitre des expériences, je dois leur en proposer une autre,. car il n’y a rien de plus décisif , à défaut de théorie - , que l’expérience, pour convaincre les plus obstinés. J’en propose donc une autre plus décisive que celle de Charenton : c’est une marche militaire de trente à quarante lieues seulement; je prendrai mes quatre voitures-modèles ; vous prendrez de votre côté quatre de vos voitures, et nous ferons la route. Vous attellerez vos voitures avec le nombre de chevaux que vous leur destinez ; pour mou compte, je n’en prendrai que quatre par voiture.
Mais, Messieurs, il est entendu entre nous qu’il n’y aura aucune fraude, aucune mauvaise foi; que tout enfin sera loyal de part et d’autre. Ainsi, je vous laisse le choix de vos officiers canonniers, chevaux, soldats du train, etc., et
je me réserve la même faculté : c’est d’abord là ma première condition.
Cela posé et convenu, voici l’expérience que je vous propose :
Nous choisirons pour base de notre ligne d opération la ville d’Auxerre, sur l’Yonne. Prenez, je vous prie, la carte de France par Cassini : y êtes-vous ? Auxerre. — Oui , bien !
Nous supposerons ensuite que l’ennemi est campé à Bourbon-Lancy , département de Saôneet-Loire ; me suivez-vous ? — Oui ! — et qu il occupe par son avant-garde Decise , à la gauche de l'Aaron : vous m’entendez? — Oui f bien!
Nous avons décidé que nous irions attaquer l’ennemi dans cette position de Bourbon-Lancy, qu’il occupe, pour le refouler sur la Saône et sur Lyon , qui sont sa base d’opérations : je vous prie de me bien suivre. En conséquence, nous partons d’Auxerre, et nous marchons par la ligne la plus directe :
D’Auxerre au Ouanne ;
Du Ouanne à Entrains ; • :
D’Entrains à Yarzi ;
De Yarzi à Montenaison ; t ' . ;
De Montenaison à Billi ; •>*
De Billi à Decise ;
En partant de Billi, nous jetterons un corps de flanqueurs sur Cerci-la-Tour, pour s’emparer du pont qui y existe sur l’Aaron, êt pousser des reconnaissances vers Fours , et l’armée princi-
Di
pale marche droit pendant ce temps sur Decise. L’avant-garde ennemie est culbutée, et se replie sur son armée.
La gauche de l’ennemi est appuyée à la Loire ; ce serait donc une folie de l’attaquer par son flanc gauche. Mais cette armée ennemie est trèsvulnérable par sa droite ; en conséquence, nous marcherons par Fours et par la forêt de Fours ; nous tomberons sur le flanc droit de l’ennemi, qui est, comme on dit, en l’air. Mais l'ennemi surveille tous nos mouvemens ; il est alerte, et aussitôt qu’il apprend notre marche à travers la forêt de Fours , il marche par sa droite suf la route de Luzi, et vient se mettre en bataille visà-vis les débouchés de la forêt ; en même temps il a jeté sur la gauche de la Loire un corps qui a attaqué Decise et s’en est emparé. Nous perdons la bataille, et voilà notre ligne d’opération interceptée. Force est à nous de nous retirer en toute hâte par Fours sur Cerci-la-Tour ; et comme le corps ennemi qui occupe Decise ne restera pas oisif, force nous sera aussi de nous retirer, ayant l’ennemi sur notre droite et sur nos derrières, par Saint-Sauge , pour le prévenir, s’il est possible, à Montenaison ou à Varzi, et enfin l’empêcher d’arriver avant nous à Auxerre , qui , comme je l’ai d’abord supposé, est la base de notre ligne d’opération. Nous ne manquerons pas de détacher en toute hâte un corps léger qui, de Cercila-Tour, se dirigera par le plus court chemin ,
selon les circonstances, par Billi sur Azi,Saint- Sulpice et Guerdi, pour s’emparer des hauteurs, des bois et des défilés en arrière de ces villages, retarder la marche du corps ennemi parti de Decise , et lui disputer le passage de ces défilés ; par là nous donner le temps d’arriver à Montenaison , ou au moins à Yarzi, où nous nous y remettrons en ligne, et réoccuperons notre ligne d’opération primitive. Alors notre retraite sur Auxerre devient assurée, et d’autant plus assurée, que nous trouverons dans les localités un grand nombre de points où notre arrière-garde contiendra chaque jour l’avant-garde ennemie.
Voilà, Messieurs, le plan de'campagne que je vous propose, et dans l’exécution duquel vous commanderez votre artillerie, et moi je commanderai la mienne.
Cette expérience toute militaire ne se fera pas à huis-clos dans le cloître de Saint-Thomas d’Aquin , comme c’est votre usage ; nous ne mettrons pas sur les chemins des tas de pierre, comme vous l’avez fait dans votre couvent , pour savoir si mes voitures versent ou ne versent pas : nous laisserons les chemins tels qu’ils sont, et tels qu’on les trouve à la guerre (i).
(1) Le comité a fait tous ses efforts pour constater, en mon absence et sans que je fusse appelé , que mes voitures étaient versantes : il n’a pu y réussir! Mais, Messieurs, vous qui connaissez les principes de la mécanique , vous savez que ^
Ces chemins sont exactement militaires, tantôt bons, tantôt mauvais: profondes ornières ou terrain solide, un grand nombre de montées et un grand nombre de descentes ; ils offrent enfin tous les accidens imaginables. La seule chose qui y soit constante, c’est la voie des voitures, et cette voie est tout juste la vôtre, et non pas la mienne, comme vous savez.
Or, comme vous prétendez que mavoie est trop petite pour passer dans des chemins à ornières profondes et d'une plus grande voie ; c’est là un avantage que vetre système aura sur le mien , et je vous l’abandonne.
Il est encore entendu entre nous, que nous suivrons exactement les mêmes chemins, et ces chemins sont la route directe d’Auxerre à Decise, où commencera notre mouvement stratégique sur Bourbon-Laucy , par Fours.
Je rédige, Messieurs, ce petit plan de campagne que je vous propose, sur une carte réduite de Cassini, qui me fut remise en 1 8 1 4 par le duc de Feltre, pour ma campagne sur l’Yonne; vous la trouverez au dépôt de la guerre. Ayant cette carte sous les yeux, vous y trouverez tracée la route d’Auxerre au Ouague, et du Ouague à£n-
pour qu’une voiture puisse verser , ü faut que son centre de gravité sorte de sa base ; vous savez cela, puisque vous ctçs artilleurs !
trains. La route d’Entrains à Yarzi ne s’y trouve pas, de même que celle d’Entrains à Champlemi par Menou , pas plus que celle du Ouague à Yarzi par Corvol. Mais ces routes existent ; elles conduisent également du Ouagne à Montenaison ; elles sont à peu près de même longueur ; je vous en laisse le choix. Elles sont d ailleurs toutes trèsviables et très-fréquentées ; elles servent, hiver comme été , aux communications d’un pays trèsactif et très-industrieux.
De Montenaison, il se trouve encore plusieurs chemins qui conduisent à Decise, l’un passe par Guerdi, Huez, Billi, Thianges et la Machine; l’autre par Guerdi, Azi, Limon , les trois Yesvres , la Machine; le troisième par Saint-Sulpice, Azi, Limon, les trois Vesvres et la Machine. Je vous laisserai encore le maître de choisir celui de ces trois derniers chemins qui vous conviendra le mieux ; quant à moi, je vous déclare que celui que vous choisirez sera le mien.
Dans notre retraite de Fours sur Saint-Sauge, comme il serait possible qu’une crue d’eau subite de l’Aarou interceptât le gué de Cerci-la-Tour, ce.*qui n’empêcherait pas l’infanterie d’y passer , parce qu’il y a un pont pour les gens de pied. Avec des précautions prises en avance , et avec des bacs ou un pont volant, ou par tout autre moyen connu, on pourrait sans doute alors y faire passer aussi l’artillerie et la cavalerie. Si toutefois , par les circonstances de la localité,, la
chose devenait impossible , l’artillerie et la cavalerie remonteront la gauche de l’Aaron jusqu’à Châtillon , et de là marcheront sur Saint-Sauge en toute hâte , pour s’y rallier à l’infanterie qui aurait passé par Cerci-la-Tour, dont le gué serait aussi interdit, comme à nous, à l’avant-garde ennemie , et d’autant mieux interdit , que Cercila-Tour et la droite de l’Aaron domine en ce point d’une manière très-prononcée la gauche de cette rivière.
Voilà donc notre armée ralliée à Saint-Sauge. Cette ville est un des principaux points culminans entre l’Aaron et la Loire. Le corps ennemi qui aurait marché de Decise sur Azi et Saint- Sulpice sera nécessairement timide, et n’osera entreprendre de forcer le bois et le défilé qui se trouvent en arrière de Guerdi et de Saint-Sulpice, défendus qu’ils sont par nos troupes qui les occupent. L’ennemi ainsi contenu vers Azi , nous pourrons marcher tranquillement et en toute sûreté sur Montenaison ou sur Varzi, pour y rentrer, comme je l’ai déjà dit, dans notre ligne d’opération primitive.
Si cependant tous nos efforts ne pouvaient parvenir à empêcher l’ennemi victorieux de nous gagner de vitesse dans notre ligne d’opération primitive , il vous resterait encore d’autres moyens de salut : ce serait de marcher, en partant de Saint-Sauge par Saint-Révérien , sur Clamecy , en renforçant les troupes de notre droite pour rç-
( lt)4 )
tardeF la marche de l’ennemi darts notre ligne d’opération, et nous permettre d’arriver avant lui par un autre chemin , mais plus long, à notre base primitive, qui est Auxerre.
Tel est, Messieurs du comité, l’expérience militaire à laquelle je vous propose de soumettre vos voitures et les miennes. Ce n’est, en résultat, qu’une marche de dix à douze jours , et ce temps nous suffira pour constater évidemment lequel de votre système ou du mien mérite la préférence.
Vous le sentez bien, Messieurs, cette expérience ne ressemblera en rien aux vôtres; elle ne se fera point sur la pelouse solide et horizontale
d un polygone ; ce ne seront point quelques manœuvres légères d’une ou deux heures. Cette expérience ne se fera point avec des chevaux frais, bien nourris, bien pansés et sortant de l’écurie ; car quelque soit le point de départ de votre artillerie ou de la mienne, il y aura toujours au moins cinquante lieues à faire pour arriver à Auxerre.
Mes conditions principales pour l’expérience dont je parle sont les suivantes :
i° Nos deux artilleries seront réunies à Auxerre le dernier mars 1827 ;
2 0 Notre campagne commencera aussi le I er avril 1827;
3 ° Les juges de l’expérience seront quatre lieutenans-génêraux de l'armée française , dont
deux seront désignés par vous au ministre de la guerre, et deux le seront par moi, et choisis parmi ceux que l’armée française reconnaît pour ses plus habiles généraux.
Ces quatre lieutenans-généraux seront commandés dans l’expérience par deux maréchaux de France dont la haute capacité militaire est la plus reconnue.
A ces juges souverains, il sera joint quatre maréchaux-de-camp d’artillerie choisis également parmi ceux qui sont connus dans 1 artillerie française pour être les plus capables, et j’indique dès ce moment pour tels les maréchaux-de-camp Pelletier et Boulard , comme étant ceux à qui je reconnais le plus de capacité en artillerie , surtout dans les évolutions militaires.
Il y sera adjoint aussi, si vous le jugez nécessaire, deux mathématiciens, dont l’un sera indiqué par vous et l’autre par moi. J’indiquerai plus tard les maréchaux de France et lieutenans-généraux que je proposerai de mon côté pour assister à cette expérience , et je ferai cette indication aussitôt qne vous m’aurez fait connaître, si vous acceptez ou non les propositions que j’ai l’honneur de vous soumettre, et sur lesquelles d’ailleurs le ministère de la guerre qui, par devoir, est dans la nécessité de se prononcer entre vous et moi d’une manière très-positive, ne manquerait pas, vu sa responsabilité ministérielle, de prendre un parti décisif, et de m’accorder ce que je
demande ici', une expérience comparative, et d’ordonner que la discussion théorique des deux systèmes, le vôtre et le mien, sera faite en conformité des principes de la matière.
Messieurs, si je vous ai tenu si long-temps sur mon affût comparé au vôtre, ou plutôt sur mon système comparé au vôtre, c’est que j’y ai à peu près tout dit sur ce qui est relatif aux deux systèmes. J’ai pourtant encore besoin de comparer mou caisson avec le vôtre ; c’est là où se terminera mon travail. Mon caisson conserve les munitions de guerre dans un état complet de salubrité, par la seule raison que la poudre y est constamment sans communication avec l’air atmosphérique, sec ou humide; elle y est enfin à l’abri de toutes les intempéries atmosphériques. C’est un fait qu’il vous sera toujours impossible de me contester, car vous avez mes caissons sous les yeux , et vous êtes par conséquent en état de juger de la vérité de ce que je vous dis ici.
Je regrette de ne pouvoir comparer mon chariot et ma forge avec votre chariot et votre forge, car jusqu’ici vous n’avez ni chariot ni forge dans votre système; mais je puis vous dire que mon chariot s’applique d’une manière simple et admirable à toutes les voitures militaires, et que ma forge convient aussi à tous les services par sa légèreté et sa solidité.
Cependant, ni mon caisson, ni mon chariot, ni ma forge , ne sont à l’abri de vos objections si
mal fondées en réalité, qu’il faut avoir du courage pour les examiner : c’est pourtant ce que je dois faire ici.
Quant au caisson , vous en faites plusieurs principales.
La première , que le couvercle ferme trop exactement , et qu ainsi , un accident quelconque pourrait en empêcher la fermeture . J’aurais, certes, pu faire aussi mal que vous ; j’aurais pu faire un couvercle dont le jeu eût été assez grand pour laisser un libre passage à la pluie ou à la neige, qui se porterait aloi^s sur les caisses à munitions, y pourrait pénétrer, et avarierait la poudre; et quoique cet accident soit peu à craindre, vu que mes caisses à munitions ferment hermétiquement et ne laissent aucun passage à l’air, j’ai cherché, par une construction précise, à prévenir même toute possibilité d’avaries de la poudre , en ajoutant à la fermeture hermétique des caisses la fermeture la plus exacte possible du caisson, et telle, que la pluie ou la neige, poussée par un vent violent, ne puisse, dans aucun cas, y pénétrer. Je vous autorise, au surplus, à faire sur ce couvercle et sur le caisson telles expériences que Vous jugerez nécessaires, et vous verrez que leurs constructions sont si solides , que jamais ni le couvercle ni le caisson ne se déformeront, et qu’ainsi votre objection tombe tout-à-fait à faux. La seule restriction que je mets 3,ux expériences que je vous propose , c’est qu’el-
les seront faites, moi présent, dans la campagne militaire dont je vous ai plus haut détaillé le projet. Mais si vous trouvez que mon caisson ferme trop exactement, rien n’empêchera que l’on aug- * mente le jeu de la fermeture, auquel, d’un côté, l’usé pourvoira tout seul, sans vous, et toujours trop tôt.
En deuxième lieu, vous reprochez à mon caisson-modèle d’être recouvert avec une feuille de cuivre laminé , que Von pourra voler. Pour ce faire, il faudrait nécessairement que le couvercle fût démoli : ce serait d’ailleurs un travail assez long et assez pénible. Ce travail ne pourrait se faire sans bruit, car le cuivre est sonore; il faudrait, pour que ce vol pût être effectué sans être entendu, que la garde du parc ou de la batterie fût plongée dans le sommeil le plus profond; il faudrait enfin qu’il n’y eût ni surveillans ni surveillance , ce que l’on ne peut supposer dans un corps aussi exact que l’est le corps de l’artillerie française à remplir tous ses devoirs, et d’une probité aussi sévère qu’il l’est.
D’ailleurs, vous craignez qu’on ne vole la couverture en cuivre du couvercle : hé bien ! faitesla en tôle; mais faites-la d’une seule pièce, afin que l’eau ne puisse jamais pénétrer à travers le couvercle. Je me charge de vous faire fournir par la manufacture d’Imphi ( Nièvre ) des feuilles de tôle assez grandes pour cela, et dans des dimensions rigoureuses. Mais vous aurez aussi à crain-
dfe que l’on ne vous la vole ; car la tôle a aussi de la valeur, et le vol de la couverture en cuivre n’est guère plus à craindre que celui de la couverture en tôle.
Mais, Messieurs, lorsque vous avez rédigé une si futile objection , vous avez donc oublié qu’il y a dans l’artillerie d’autres pièces de construction en cuivre; par exemple , les boîtes de roues, les écrous de pointage, d’une toute autre valeur que la mince feuille de cuivre qui sert à la couverture du caisson. Les écrous de pointage , comme les boîtes de roues, s’enlèvent avec la plus grande facilité. Ces objets ont un poids considérable sous un très-petit volume, ils sont faciles à cacher; il faut être très-attentif pour s’apercevoir de leur enlèvement. Il n’en est pas de même de la couverture d’un caisson; elle ne peut être enlevée que l’on ne s’en aperçoive à l’instant. Cette couverture en cuivre ne peut être enlevée sans ' beaucoup de bruit; elle est d’un grand volume sous un petit poids, et très- difficile à cacher; d’ailleurs, un arsenal, un parc d’artillerie est toujours sous la surveillance d’agens responsables, qui doivent et rendent compte de tout ce qu’ils ont reçu. Ils sont protégés par une garde spéciale , toujours là pour saisir les voleurs. Cette garde spéciale a la consigne constante dé ne laisser entrer dans les arsenaux , dans les magasins, dans les parcs, que des gens connus et ayant droit d’y entrer. D’ailleurs , dans les arse-
naux comme dans les magasins , comme dans les parcs, tout est sous clef; tout est en outre sous les yeux d’une garde à ce destinéejourneilement, et l’on pourrait croire et penser que , malgré tant de précautions prises, on enlèverait ou qu’on pourrait enlever le couvercle du caisson sans que personne, parmi tant de personnes, ne s’aperçut d’un tel enlèvement. J'aimerais tout autant que l’on pût m’accuser, comme le disait le chancelier d’Aguesseau , que j’aurais volé le bourdon de Notre-Dame, et que je le porterais comme breloque à la chaîne de ma montre.
L’objection que je viens de réfuter ferait penser qu’elle a été faite par un officier qui n’a pas une idée bien nette de la manière rigoureuse dont se fait le service de l’artillerie.
Mais ce qui prouve que l’objection n’est pas faite avec toute la bonne foi possible, c’est qu’en supposant la possibilité d’un vol impossible, l’auteur ne dit pas un mot des avantages éminens. d’une couverture de caisson , au moyen de laquelle l’introduction de l’eau dans son intérieur esX de toute impossibilité. Le même résultat pourrait être, il est vrai, obtenu par une feuille de tôle unique, remplaçant celle en cuivre; mais la tôle se rouille, s’oxide; des trous s’y forment, et ces .trous donnent passage à l’eau. Pour atténuer cet inconvénient , il faut peindre et repeindre souvent la feuille de tôle; mais cette peinture ne peut s’appliquer qu’à l’extérieur. L’o*idalion ou
la fouille n’en exerce pas moins son empiré en dessous; il faut donc renouveler assez souvent la couverture du caisson.
Il n’en est pas de même avec une couverture en cuivre; point d’oxidation à craindre; point de peinture nécessaire i cette couverture en cuivre reste toujours dans toute sa bonté primitive; elle peut servit successivement à dix ou vingt caissons , et s’il arrivait contre Joute probabilité qu’un accident y fît un trou ou quelque dommage, un morceau de cuivre laminé et un peu de soudure rétabliraient à l’instant même la chose.
En troisième lieu, il faut que les auteurs du comité aient bien peur des voleurs. Les munitions, dans mon système, Sont contenues dans des caisses qui, comme je l’ai déjà dit, ferment hermétiquement, et où elles sont à l’abfi de toute avarie et de toute altération. Les auteurs du comité disent aussi que Von volera ces caisses. Mais, Messieurs, vous n’avez donc pas observé que mon caisson est sous une double clef. Si l’on peut Voler mes caisses à munitions dans les caissons, sous la double clef où elles sont placées , il n’y a rien dans l’artillerie qu’on ne puisse voler; car en définitive , pour ce faire, il faudrait briser les serrures ou le couvercle , et, en outre , que l’artillerie fût sans gardes , sans sürveillansetsans surveillance , ce qui ne doit ni ne peut jamais être. En raisonnant comme le comité, on pourrait
affirmer avec autant de raison, et par les mêmes motifs, que le vol d’un canon, d’un affût, d’un caisson tout entier avec ses munitions, serait possible. Seulement on n’aurait besoin que d’avoir un plus grand nombre de complices, et que l’artillerie fût abandonnée et seule sur les routes et au milieu des champs.
Mais puis-je observer sur ces objections si peu motivées , ou plutôt sans motifs , que ce n’est pas une chose si facile qu’on le pense, de voler des effets d’artillerie confectionnés. Ces effets ont des formes et une destination propre qui ut convient en rien à la vie civile, où, d’ailleurs, on les reconnaîtrait avec la plus grande facilité. Il ne peut y avoir que peu d’acheteurs de ces effets ; car il y a du danger à faire de tels achats, et cependant l’objet n’est volé que pour être vendu; autrement le larcin serait sans intérêt, et, en outre, dangereux. Aussi ce ne sont pas des effets confectionnés que l’on vole d’ordinaire, mais du fer, du plomb; c’est de la poudre , et autres objets non confectionnés, qui conviennent à tous les usages de la vie civile , et dont le voleur, en . cachant ou déguisant d’où viennent ces marchandises, trouve un débit facile. Mais ce n’est pas à l’armée et en campagne que ces vols se font; ils se font dans les arsenaux ou dans les places, où la surveillance des agens préposés à leur garde n’est pas toujours assez active pour les empêcher.
Il y a dans les arsenaux des abus qui sont assez généralement tolérés; j’en ai encore vu récemment, à Vincennes même, de pareils exemples.
Ce sont ces meubles et ces outils, ou autres choses utiles , que l’on fait faire par les ouvriers de l'artillerie, avec les fers et les bois de l’Etat. A. cet égard , les officiers d’ouvriers ne se font aucun scrupule ; ils regardent cela comme un droit, qui cependant, je pense, pourrait être contesté. Mais pour qu’il ne le soit point, les officiers d’ouvriers sont très-obligeans envers leurs chefs, qui obtiennent au premier désir manifesté tout ce qui leur convient. Il en résulte une harmonie admirable , et si quelqu’un voulait s’opposer à cet abus très-enraciné dans l’artillerie ,
On lui fait voir qu’il est sot.
11 est le premier à prendre.
Lafontaine.
Cet abus, contre lequel l’autorité a voulu sévir, mais sans succès, a fait penser que peut-être on pourrait obtenir dans l’artillerie une grande économie dans les dépenses, en supprimant les compagnies d’ouvriers, et en donnant les constructions d’artillerie à l’entreprise , comme la chose a lieu pour les armes, les projectiles, les fonderies, etc. Je crois la chose très-possible, et même très-avantageuse ; car, enfin , il n’est pas plus difficile de construire un affût ou un caisson, que de fabriquer un fusil, un pistolet, ou
couler un canon. Ce sont ces abus, dis- je, qui ont fait penser à des artilleurs très-capables, qu’il serait avantageux de changer le système de nos constructions d’artillerie. Comme tout ceci n’est pas dans mon sujet, et que je dois m’y renfermer, je me bornerai à dire que la différence des systèmes, dans les diverses branches du même service, sans motif aucun, démontre jusqu’à la dernière évidence, que l’artillerie , malgré la haute capacité des officiers de ce corps, n’a véritablement aucun système fixe, et quelle est dominée par une espèce de fatalité que rien ne peut expliquer.
Je rentre dans mon sujet.
Les artilleurs du comité ne se bornent pas à dire que l’on pourra voler mes caisses à munitions. Ils ajoutent que Von avait essayé plusieurs fois dans l’artillerie française de renfermer les munitions dans des caisses , mais qu’on y avait renoncé. Ces artilleurs-la auraient bien pu nous apprendre pour quels motifs on avait renoncé à ces caisses; leur silence me force à les leur faire connaître. Ces motifs étaient, i° que les caisses, telles qu’on les employait, ne conservaient pas mieux la poudre que le caisson Gribeauval; 2° que les caisses placées dans le caisson Gribeauval diminuaient le chargement d’environ un cinquième. Les caisses ont donc été abandonnées par ces deux motifs ; mais la chose n’a plus lieu dans mon système , où la poudre est exempte de toute ava-
rie possible, et où le caisson contient le maximum <Iu chargement qu’il puisse recevoir en campagne, sans le rendre si lourd, qu’il deviendrait incompatible avec les moùvemens stratégiques.’
Mais, disent encore les mêmes artilleurs, voti’e caisson ne contient que cent seize coups, et celui Gribeauval en contiendrait cent quarante - ; et ils en ont conclu que, par ma construction j’avais * !
diminué le chargement du caisson Gribeauval.
Voyons donc, si j’ai un si grand tort. '
D’abord, j’observe que mon caisson contient douze caisses à munitions,' et que chaque caisse * à munitions contient dix coups ; total , îao.
En deuxième lieu, j’observe que le coffret sur ravant-train porteou doit porterquinze Coups de 6 , ce qui fait en total , pour le chargement entier du caisson, i 35 coups, ou un poids de 1,100 liv.
Ne vous en déplaise, Messieurs, ce poids est déjà bien grand pour satisfaire aux mouveméns *
stratégiques , qui , comme vous le savez sans doute, ne s'exécutent point sur les pelouses d’un polygone, et avec des chevaux sortant de l’éeùrie, tous frais et bien nourris. Mon caisson est i cependant d’un quart environ moins pesant que le caisson Gribeauval ou le vôtre, et cependant j’ai cru nécessaire et convenable de diminuer te* poids de la charge ou le nombre des coùpsV'afin^ que le caisson ne pesât pas plus que le canon avec son affût ,- parce que ces deux voitures étant destinées à ne se jamais quitter, pas plus que Ta
giberne ne doit quitter le soldat , et le fusil qu’ii porte, et qu’elles sont d’ailleurs attelées du même nombre de chevaux , la raison militaire , souveraine dans la matière, veut qu’elles soient du même poids , ou autrement , que l’affût et sa bouche à feu ne pèsent pas plus que le caisson avec ses munitions , et réciproquement.
Hé ! Messieurs, si mon attention principale n’avait pas été de donner à l’artillerie toute la légèreté , toute la mobilité désirable, si j’avais pu avoir l’idée de compromettre dans l’avenir la gloire de nos armes et la sûreté extérieure de l’Etat, n’aurais-je pas fait ce que vous avez fait! J’aurais pu faire pis, peut-être ; j’aurais pu donner à mon système une immobilité à peu près entière. Qui m’aurait empêché, par exemple, de proposer un caisson qui aurait contenu et porté le chargement de 5, io, i5 ou ao de mes caissons, c’est-à-dire au-delà de 5, io, i5 ou ao milliers? Vous conviendrez, sans doute, que je m’entends assez bien aux constructions , pour m’en croire capable. Je vous aurais cependant laissé le soin de me fournir ensuite des routes viables pour de tels poids, et le nombre de chevaux nécessaire pour faire, comme cela a lieu à la guerre, marcher mes voitures , tantôt au pas accéléré , tantôt au trot, et tantôt au galop. Uue telle combinaison des poids ou du chargement des voitures ne m’aurait pas été sans doute beaucoup plus difficile qu’à vous-mêmes, et sans beaucoup d’a-
mour-propre , je crois que j’aurais pu y réussir aussi.
Mais, d’un autre côté, l’affût et son avant-train portent 3o coups; c’est donc i65 coups toujours inséparables de la bouche à feu. Il me semble que cela commence à compter, pour deux seules voitures ; et en y ajoutant un caisson de réserve pour deux bouches à feu, ce sera tout juste a3a coups et demi, que chaque bouche à feu aura à tirer. Et vous devez savoir , Messieurs , qu’avant que ces a3 a coups soient consommés, tous les canonuiers seront , ou épuisés de fatigue, ou mis hors de combat par le feu de l’ennemi.
En résultat, il est positif que mon caisson et mon affût portent plus de munitions que les vôtres , sans peser plus de vingt-quatre quintaux, et non au-delà de cinq milliers , comme les vôtres.
C’est donc pour cinq coups de moins par chaque caisson, et sans faire attention à mes coffuets d’avant-train, sur 140 coups, que vous me faites un reproche; mais vous savez sans doute qu’il m’eût suffi d’allonger mon caisson de 3 pouces 5 lignes i points, et ce caisson en aurait contenu tout juste autant que les vôtres.
Les auteurs du comité objectent encore, et c’est leur dernière objection , que le caisson de mon système n’a pas assez de hauteur pour pouvoir contenir des munitions de 12. Quelle objection, grands dieux!!! Mais il n’y a pas de
munitions de ia dans mon système; pourquoi .
donc aurais-je construit un caisson pour en contenir? il est évident que ce serait chose inutile- Mais lorsque vous m’aurez clairement démontré ^ que ce calibre est utile dans la guerre de campagne, et remarquez bien que je dis clairement démontré , je vous répondrai qu’un peu plus de hauteur dans mon caisson , sans rien changer aux autres dimensions, le rendra propre à servir encore également à toutes espèces de munitions, au îa comme au 6 , ainsi qu’à tout autre calibre. Quoi! vous qui êtes artilleurs, vous 11e vous êtes pas aperçus de cela ; c’est , je l’avoue , une espèce • de phénomène auquel, de mon chef, je n’aurais pu ajouter la moindre croyance.
Je vous répéterai donc ce que je vous ai dit pour l’affût : vous voulez du 13 en campagne; je ne m’y oppose pas, si vousen démontrez l’utilité; et, dans ce cas, mon caisson, comme mon affût, entreront très-naturellement dans le système du 12, qui ne coûtera rien autre chose.que quelque peu de bois et quelque peu de fer de plus: tout le reste sera, comme auparavant, ' exactement la même chose.
Voilà, certes, bien des objections d’une futi— !• lité extrême, et auxquelles j’ai répondu si victorieusement , que je ne puis penser qu’on les allègue de nouveau. Dans tous les cas, je le dis parce que je le pense, de telles objections 11e paraissent pas émaner d’un officier qui ait une
grande idée des constructions et du service de 1 artillerie ; elles semblent être tout au plus l’œuvre de quelque employé subalterne du comité, qui n’aurait vu la guerre que dans les cartons de ce comité. Dans tous les cas encore, si, contre mon attente, on me faisait l’honneur de motiver de telles objections, je suis, et je dois en prévenir, tout prêt à y répondre.
Mais les auteurs du système que je combats, si fécouds en objections contre mon caisson , se taisent d’une manière absolue sur celle que l’on peut faire contre le leur.
Je remplirai cette tâche pour eux.
J ai déjà démontré que le caisson du comité était d un poids à ne pouvoir se coordonner avec la rapidité des mouvemens stratégiques ; qu’il soumettait les munitions aux mêmes chances d’avaries que le caisson Gribeauval , sans avoir ses avantages de légèreté , de mobilité , de solidité et de simplicité; qu’en outre, offrant une bien plus grande surface aux feux de l’ennemi, le danger de l’incendie du caisson du comité augmenterait dans le même rapport. J’ai traité cette matière ; j’y renvoie le lecteur, à qui je fais observer en outre que, dans le système du comité, les coffres à munitions ont en longueur i lo/j-
En largeur o 478.
En hauteur o 426.
Et ce , indépendamment de la hauteur du cou-
vercle; tandis que dans mon caisson, sur une
Digit
longueur de ... . 2 m . 900.
La largeur est de o 55 o.
La hauteur seulement de. . . o a 65 .
D’abord, je fais remarquer que la hauteur des coffres du comité exige des planches qui aient au moins 20 pouces de largeur, ou des arbres portant environ 22 pouces d’équarrissage. Or, de tels arbres sont fort rares, très-difficiles à trouver , par conséquent fort chers. Première objection.
En second lieu, des planches d’une telle largeur se déformeront par le dessèchement et par le passage alternatif du sec à l’humide, se fendront, et laisseront par ces fentes un libre passage à l’humidité et au sec, à la pluie, à la neige, etc., ce qui augmentera les chances d’avarie de fa poudre, qui ne sont déjà que trop nombreuses dans les coffres du comité.
Ces deux inconvéniens si graves ne se rencontrent pas dans mes caissous, qui n'exigent que des planches d’un pied de largeur au plus, que leur peu de largeur met à l’abri d’être déformées ou de se fendre.
Le comité me dira-t-il qu’il fera ses coffres à munitions avec des planches jointives? Dans ce cas, je lui répondrais que ce serait encore pis, vu que la sécheresse désunira nécessairement les joints, et qu’alors l’humidité ne trouvera qu’un plus facile accès sur les munitions.
Le comité fait valoir un argument qu’il croit
très-puissant en faveur de l’affût et du caisson anglais; cet argument est, à proprement parler, son grand cheval de bataille.
L’avant-train de notre affût porte, dit-il, 34 coups de 12, 3 a coups de 8 , et proportionnellement pour les obusiers. En outre, l’avant-train „ de notre caisson porte le même nombre de coups pour chaque calibre, et, de plus, l’arrière-train porte deux fois aut^pt de munitions que l’avanttrain , lesquelles munitions de l'arrière-train sont contenues dans deux caisses exactement les mêmes que celles des avant-trains.
Or , continue le comité , nos avant-trains s’ôtent et se mettent facilement ; nous laisserons toujours l’arrière-train des caissons hors de la portée du feu de l’ennemi; nous n’aurons jamais à la fois qu’un avant-train près la bouche à feu, c’est-à-dire que nous n’exposerons à la fois au feu de l’ennemi que 24 ou 32 coups au plus, tandis que , par le système Gribeauval comme par le vôtre, on y expose un beaucoup plus grand nombre de coups.
Voilà l’argumentation du comité dans toute sa force ; voyons ce qu’elle signifie :
Cette argumentation est tellement inconcevable, que je suis autorisé à demander à ses auteurs s’ils ont jamais vu, observé et médité ce qui se passe sur un champ de bataille. Je les engage de me répondre avec précision, et de me dire sur quel champ de bataille ils ont vu que
l’on pouvait impunément, en présence de l’ennemi et en action , abandonner une bouche à feu avec a 4 ou 3 a coups à tirer , qui peuvent être consommés en quelques minutes. Mais avant qu ils me répondent, je puis le dire dès ce moment : cette idée est une des plus extraordinaires qu’on puisse avoir.
En effet, voici comme ils expliquent leur si étrange combinaison :
i° La bouche à feu, son affût , son avant-train et le coffre à munitions, arriveront avec trois canonniers sur la Kgne de bataille ;
a° Les caissons, avec leurs avant-trains, resteront en arrière de la ligne de bataille , hors de la portée des coups de l’ennemi, c’est-à-dire environ à 600 toises en arrière ;
3 ° Le caisson expédiera ensuite son avant-train avec son coffre à munitions, et trois canonniers pour rejoindre la pièce.
Voilà donc la pièce approvisionnée à 48 ou 64 coups, selon que ce sera du ia ou du 8 ; mais il n’y aura que six canonuiers, et il en faut au moins huit pour le service de chaque bouche à feu du comité.
D un autre côté, quoique les deux coffres à munitions des deux avant-trains du comité ne contiennent qu’environ les deux tiers de munitions que le caisson unique Gribeauval des mêmes calibres , ils n’en sont pas moins trois fois , aussi environ , plus exposés que lui aux chances de
destruction, puisqu’ils présentent aux feux de l’ennemi à peu près trois fois plus de surface aux projectiles ennemis. Ensuite, et 4 ° aussitôt que les munitions du premier avant-train seront consommées, ce qui, comme je l’ai déjà dit, est l’affaire de quelques minutes, ce premier avanttrain retournera aux caissons y prendre un nouveau chargement; mais en même temps il faudra aussi qu’un autre avant-train avec un coffre à munitions porte des caissons pour venir aux pièces. Ainsi, voilà d’abord trois avant-trains toujours en action : un près de la bouche à feu, pour lui fournir les munitions dont elle a besoin ; un autre allant a vide des bouches aux caissons , et un troisième chargé venant des caissons aux bouches à feu.
Or, il y aura 600 toises de la ligne de bataille aux caissons, et les avant-trains ne pourront parcourir cette distance en moins de i5 minutes. Ainsi, l’avaut-train parti à vide des pièces mettra donc, pour l’aller et le retour, au moins une demi-heure; il lui faudra encore i 5 minutes, peut-être plus, pour opérer son nouveau chargement, ce qui fait en tout au moins trois quarts d’heure; mais les deux avant-trains qui sont près la pièce n’ont à eux deux que pour 20 minutes au plus de munitions. Voilà donc les bouches à feu sans munitions pendant 25 minutes; et si c’est pendant ces a 5 minutes qu’arrive le moment décisif de la bataille , voilà l’artillerie d’une
armée sans action et clans l’impossibilité de coopérer ou prendre part à ce moment unique d’où dépend la victoire (i).
Cet inconvénient est grave, et si grave , que je défie hautement les auteurs que je combats de le faire disparaître ; mais il n’est pas le seul.
Les troupes ne sont pas immobiles sur un champ de bataille; elles marchent, ou vers la droite, ou vers leur gauche, en avant ou eu arrière. Les batteries de l’artillerie prennent nécessairement part à tous ces mouvemens ; ainsi les avant-trains rencontreront sur leur route toutes espèces d’obstacles pour traverser les troupes en mouvement, qui, sans doute, ne se dérangeront pas de leur marche pour faire un passage a quelques avant-trains isolés. D’un autre côté, les conducteurs de ces avant-trains ne trouveront plus leurs bouches à feu au lieu ou ils les avaient vues ou laissées. Il faudra courir, s’enquérir; mais on ne trouvera personne sur le terrain ou était cl abord la batterie: tout le champ de bataille aura changé de face dans quelques minutes ; lœil mi-
(1) L'ouvrage était rédigé lorsque le n° 10 du Journal des Sciences militaires y i * 1 juillet i 8 a 6 , m’est parvenu. Le comité, qui y fait l’apologie de ses travaux, page 117 , au mot Artillerie de campagne , n’y fait pas mention de 1 argumentation que je viens de réfuter. L’aurait-il abandonnée : je 1 i— gnore ; mais je sais bien que c’est cette argumentation-là dont il fait le plus de bruit à Paris.
litaire le plus exercé ne le reconnaîtrait pas luimême, et l’on voudrait exiger qu’un simple soldat du train , souvent un conscrit qui voit un champ de bataille pour la première fois, pût se reconnaître lui-même dans ce dédale de mouvemens, dont il lui est impossible de juger le jeu et l’ensemble.
Et, pendant que les soldats du train , isolés et disséminés sur ce champ de bataille, chercheront en vain ce que sera devenue leur batterie, cette batterie sera aux prises avec l’ennemi; les munitions lui manqueront au moment même où elle en éprouvera le plus pressant besoin ; à ce moment même peut-être qui détermiue sans appel la perte d’une bataille.
Que dans ce moment, ou dans tout autre analogue, la victoire se déclare pour l’ennemi, et qu’une marche rétrograde précipitée en soit la conséquence nécessaire, que deviendront alors les bouches à feu dont les affûts seront dépourvus de leurs avant-trains et de leurs chevaux? que deviendront tous ces avant-trains disséminés sur toute l’étendue du champ de bataille , sans ordre et sans direction ? que deviendront enfin les caissons eux-mêmes sans leurs avant-trains. Toutes ces choses, c’est-à-dire tout le matériel de l’artillerie combattante de l’armée tombera au pouvoir de l’ennemi, sans qu’il soit au pouvoir de qui que ce soit de l’empêcher.
Et ce sont des officiers français qui proposent
a la France, avec une confiance, une hardiesse fine je crois pouvoir appeler coupables, un système d'artillerie qui a de si terribles et de si inévitables conséquences!!! Il faut le voir, il faut en être témoin pour pouvoir y ajouter foi.
Dans le système de guerre de notre époque, une armée qui donne ou qui reçoit la bataille, n’est qu’une très-petite armée, si elle n’est composée que de 100,000 hommes. Mais cette armée,' toute faible que je la suppose , aura sur le champ de bataille au moins 3 oo bouches à feu. Voilà donc dans le système du comité, d’une part, les 3 oo affûts sans avant-trains; de l’autre, 900 avanttraius disséminés isolément dans toute l’étendue du champ de bataille, et enfin tous les caissons sans avant-trains , disséminés aussi à 600 toises en arrière de la ligne d’action. Oui, je ne puis assez le répéter, il me paraît inexplicable que des hommes qui doivent avoir l’expérieuce de la guerre , qui ont dû voir comment les choses se passent sur un champ de bataille, aient pu concevoir une pareille dissémination de l’artillerie, et qui puissent soutenir que, malgré un tel isolement de toutes les parties d’un seul tout , il serait possible de donner au moment du besoin, à chacune de ces parties isolées, et, pour ainsi dire, introuvables, une direction unique, soit pour l’attaque, soit pour la défense, soit pour que marche en avant ou une marche rétrograde, soit enfin pour une de ces manœuvres si bien com-
jf y ( 285 )
binées, qui, comme à Leutlieh , à Rosbach, à Marengo, à Austerlitz ou ailleurs, déterminent forcément la victoire. Frédéric on Napoléon euxmêmes, avec tout leur génie militaire, n’auraient pas été capables d’opérer un pareil miracle.
ris unita Jortior ; c’était la devise de la Hollande, à l’époque de sa gloire et de la conquête de son indépendance et de sa liberté. L’tmroN , c’est la force : nul doute à cet égard; et c’est malgré un principe si incontesté , si incontestable, si généralement avoué, si universellement reconnu pour une vérité positive, que le comité d’artillerie vient sérieusement proposer un système où tout est désunion, où tout est décomposé en élémens imperceptibles, où toute réunion ou toute union enfin est impossible alors même , dis - je , que ce n’est que dans cette union, impossible avec le système du comité, que la victoire peut avoir des chances favorables.
Mais les auteurs du système du comité pourraient-ils m’expliquer pourquoi le duede Welling-
ton a toujours été battu (i), malgré le système des
(*) Une seule fois > dan* toute la guerre d’Espagne, le due de Wellington a eu un avantage momentané sur l’armée française ; mais c était l’impéritie du général français qui en fut la cauàc. Dès qu’un autre général eut pris le commandement les clioses reprirent leur marclie ordinaire. Le fait est si confiu , que je puis me dispenser d’entrer dans aucun détail.
Digitiîed by G'
affûts et caissons anglais, que le comité veut et ' ’ prend à tâche d’importer en France? pourraient-
ils m’expliquer, par exemple, pourquoi le general anglais fut si complètement battu à Toulouse, le 10 avril 181 4, par le duc de Dalmatie, qui avait
4. beaucoup moins de soldats? et pourquoi ce même général anglais avait été également battu à Waterloo, le 1 8 juin 1 8 1 5? Ils savent sans douteque ce fut * l’arrivée subite et imprévue des Prussiens sur la
~ droite, et sur les derrières de l’armée française,
« qui détermina le désastre de cette journée, desastre qui fut le résultat de deux erreurs capita- * les: l’une, que Napoléon prit les troupes prussiennes pour les troupes du maréchal Grouchi , a qui, dans la matinée, il avait envoyé trois fois
* l’ordre de marcher sur lui, ordre qui ne parvint point à Grouchi ; et la deuxième , bien plus capitale, et bien moins excusable que la première , fut
V • que Grouchi s’obstina , malgré les conseils si mi- ’ • litaires de ses trois lieutenans-généraux , Gérard ,
Vandamme et Excelmans , à ne point passer la Dyle; si le maréchal Grouchi eût suivi ces con- ’ ' • ’ seils, s’il eût fait enfin ce que le général prusà’- sien fit à Vasvres, il se fût trouvé entre l’armée . prussienne, battue à Flcurus, et 1 armée anglaise , déjà battue à Waterloo. La manoeuvre de Blucher devenait impossible. Le résultat de cette journée
* eût été l’un des plus beaux triomphes qu’eussent jusqu’alors obtenu les armées françaises. Les Anglais eussent été rejetés sur le littoral de la mer.
où le rembarquement de leur artillerie ne les aurait certes pas embarrassés. Ils avaient déjà abandonné toutes leurs bouches à feu avec leurs affûts, mais sans avant-trains, sur leurs lignes de bataille. Ces bouches à feu étaient toutes à la disposition de l’armée française , lorsque la présence des Prussiens changea tout à coup, et dans un seul instant, la face des choses. Pour tout dire, en un mot, l’arrivée des Prussiens à Waterloo, où personne ne les attendait, parce que Grouchi avait ordre de les observer et contenir, produisit le même effet que l’arrivée de Desaix sur le champ de bataille de Marengo, avec cette différence, néanmoins, qu’à Marengo tout était le résultat d’une combinaison profonde, et qu’à Waterloo , l’arrivée des Prussiens fut l’effet du hasard et de la faute que fit le général Grouchi , de ne pas suivre, comme il le devait, la consigne qu’il avait reçue en partant de Fleurus, d’observer et contenir l’armée prussienne, repoussée sur la droite de la Dyle ; et ce qui fut une faute bien plus capitale encore, c’est que Grouchi n’envoya, dans la journée du 17, ni dans la matinée du 18, ni pendant la bataille, aucun rapport au général en chef; qu’il 11e lui fit connaître ni sa position, ni celle de l’armée prussienne à Vasvres; qu’il ne fit pas jeter sur la gauche de la Dyle, malgré six ponts dont il était maître, une seule reconnaissance, pas une seule patrouille, pour avoir une connaissance exacte de ce que faisait
3gk
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Blucher à Vasvrcs. Grouchi aurait, pourtant bien
dù penser que ce vieux housard prussien n’y resterait pas stationnaire, et ce fut à Grouchi, officier de cavalerie comme ■Blucher, une faute ini- - ^ ■*
pardonnable de rester oisif, lorsque le canon de Mont-Saint-Jean l’appelait si positivement. Cette faute fut d’autant plus grave, que Grouchi avait
tout au plus deux lieues pour se rallier à l’armée
' française, tandis que Blucher avait le double de ^
chemin à faire. ■ t *
Ainsi la supériorité de l’artillerie anglaise ne peut s’établir par les résultats militaires; à Wa-' • terloo comme à Toulouse, comme partout ail-
leurs, elle a été complètement battue par l’artillerie française.
On dit qu’un ex-quartier-maître est l’auteur de * plusieurs de ces conceptions si extraordinaires. Homme de beaucoup d’esprit, il a su faire son * chemin loin des champs de bataille ; mais, à mon
avis, ses connaissances et sou inexpérience de la guerre n’offrent pas toute la garantie que la France et son armée ont le droit d’exiger.
Grobert devint aussi général d’artillerie, sans
avoir jamais vu un champ de bataille , et sans • avoir servi dans cette arme; mais il savait trèsbien faire sa cour à Lïtocrneur , membre du
directoire, et député de mon département à la Convention (i). L’officier dont je parle est, à ce -
* a (i) Letourncur était un très-bon officier du génie; il était
qu’il paraît , devenu en France, comme Wellington en Europe, un homme très-important, puisque c’est lui qui semble destiné à donner à l’artillerie française l’affût et le caisson anglais, qui, comme on l’a vu par les batailles de Toulouse et de Waterloo, sont le nec plus ultrà de la perfection ; car les affûts et le caisson du système du comité sont les seules choses qui, par leurs formes, appartiennent au système anglais; le surplus , comme je l’ai déjà prouvé , appartient à d’autres combinaisons, qui, pour cela, n’en sont pas plus , le colleron excepté , de l’invention du comité, et encore, en ce qui concerne le colleron , les paysans lorrains en ont la priorité, et peuvent la réclamer. Chez eux, ce colleron est plus simple; il n’est pas surchargé de supports, de chaînes , de ferrures de toute espèce, comme l’est celui du comité.
né à Coutance (Manche). Il fut employé aux travaux de Cherbourg. Grobert passait son 1 temps à faire faire des petites •voitures à la Marlboroug , pour promener les enfans de Letourneur, et devint général d’artillerie. C’est à peu près ainsi que se passe toute chose en ce monde. Je suis certain de ce que je dis ici ; je l’ai vu de mes propres yeux. J’ai déjà parlé des voitures fardières de Grobert, et j’y renvoie le lecteur. Grobert prétendait que, parce que ses petites voitures d’enfant, avec des roues à larges jantes, roulaient très-bien dans les allées sablées du Luxembourg , il devait en être de même de ses voitures fardières pour l’artillerie : c’est à peu près , dans un autre genre, ce que nous propose le comité d’artillerie.
Par tout ce que j’ai dit jusqu’ici, le lecteur a pu se convaincre que les auteurs du comité ne m’ont pas épargné les objections; mais il aura aussi observé qu’ils n’en font aucune contre la solidité, la simplité et la légèreté ou la mobilité de mon système, bases essentielles et primitives de tout système d’artillerie de campagne. C’est avouer d’une manière directe et positive, que mon système est ce qu’il doit être ; car, en définitive, toutes leurs objections ne tombent que sur des détails très-minutieux, et encore ne sontelles ni fondées , ni motivées , comme je l’ai prouvé. Le lecteur veut-il avoir un exemple frappant de la futilité de pareilles objections ? le voici.
Le comité dit donc, que les rais de mes roues , embrevés de 18 lignes dans le corps du moyeu , et de % lignes dans les jantes , affaiblissent , d'une part , le moyeu , et que, d ailleurs, mes rais étant sans épaulement à la patte et à la broche du rais, l'infiltration des eaux fera pourrir et échauffer la patte , et la broche , et qu ainsi la roue aura une moins longue durée. A quoi je réponds, i° que mes moyeux, malgré l’embrèvement du corps du rais, conservent néanmoins une force relative trente fois plus grande que le rais luimême, qui a cependant une force à peu près double de celui du comité, comme on le voit.
Section 3 . Faites-en vous-mêmes le calcul! le faire moi-même ce serait vous insulter; car la
chose vous sera facile, parce que vous connaissez la loi de la résistance des bois, et de la manière dont agit le poids d’une voiture, pour rompre les rais et les moyeux des roues. La chose, dis-je, vous sera d’autant plus facile à calculer, qu’il se trouve parmi vous deux académiciens d’une grande réputation , tous les deux professeurs à l’Ecole polytechnique; au surplus, je ne pense pas qu’il y ait dans l’artillerie un seul lieutenant sortant de cette école qui ne soit en état d’en résoudre le problème , et de démontrer la vérité de la proposition que j’avance.
En deuxième lieu, je réponds que, bien que mon rais n’ait pas d’épaulement, ni à la patte, ni à la broche, il ne donne cependant point lieu à l’infiltration de l’eau dans le corps du moyeu , ni dans les jantes , comme vous le supposez en fait ; et cela est incontestable pour toute personne qui réfléchira que, lorsque l’enrayage d’une roue se fait, les rais sont introduits dans les mortaises du moyeu à coups redoublés d’une massue aussi pesante qu’un homme peut la mouvoir. Cette force est si puissante, que tout vide entre la surface du rai et les surfaces des mortaises, devient de toute impossibilité. L’infiltration des eaux dans le moyeu est donc aussi impossible : par conséquent, l’assertion que le rais se pourrira ou s’échauffera dans les mortaises du moyeu , comme vous le supposez, est dénuée de tout fondement.
Je vais plus loin : ma manière d’enrayer une
roue sans épaulement dans les rais , loin d’augmenter réchauffement des pattes du rais, en diminue au contraire les chances ; car l’eau s’infiltre aussi sous les épaulemens ; elle y séjourne plus ou moins long-temps ; elle fait que la patte du rais s’échauffe précisément aux épaulemens et à l’endroit même où le rais éprouve le plus de fatigue , et où cependant ses dimensions sont les plus faibles. Ainsi observe-t-on que c’est toujours aux épaulemens des rais qu’ils se brisent d’abord , ou tous ensemble, ou séparément.
D’ailleurs, il est peu d’officiers dans l’artillerie qui n’aient eu à leur disposition des roues de l’artillerie autrichienne. Les observateurs auront vu que nul charronnage n’est plus parfait, et qu’aucune espèce de roues dans les artilleries de l’Europe n’est capable de plus de résistance. Or, le charronnage de mon système est exactement construit d’après les mêmes principes du charronnage autrichien; seulement, je donne aux miens une beaucoup plus grande solidité : c’est ce dont on peut se convaincre facilement, en comparant mes roues aux roues autrichiennes.
Il existe de ces roues autrichiennes partout dans les arsenaux français; il en existe même à Vin-cennes : que l’on en démolisse plusieurs, et l’on trouvera que la partie du rais , embrevée dans le moyeu, ou dans les jantes, est tout aussi' saine, tout aussi intacte que le corps même du rais.
Si les auteurs du comité ont été prodigues d’ob-
jections contre mon système, en ce qui concerne les bouches à feu , l’affût et le caisson , ils en ont été au contraire très-avares , en ce qui concerne le chariot et la forge. Ils reprochent seulement à mon chariot que le hayon de derrière ne se replie pas sous la voiture, pendant le chargement et son déchargement. Avant dç faire cette objection, les artilleurs du comité auraient bien dû faire attention que ce hayon est enlevé et mis de côté , pendant qu’on charge et qu’on décharge la voiture, et qu’alors, il n’a pas besoin, comme dans le chariot Griheauval, d’être replié en dessous.
Quant à la forge, les mêmes artilleurs fout aussi une autre petite objection : ils disent que , dans les tournons, la roue d' avant-train touche à la chaine d’enrayage. Si le fait est vrai, ce que j’ignore , ce ne serait ni ma faute, ni celle du système. Je n’étais pas à Vincennes lorsque la chaîne d’enrayage de la forge a été posée, et que, depuis cette époque, cette voiture n’a plus été à ma disposition , mais bien à celle du comité ; ainsi je n’ai pu vérifier l’exactitude de l’objection. En la supposant fondée, cela prouverait seulement que mes ordres n’auraient pas été exécutés, et que l’attache de l’extrémité de cette chaîne sur le brancard, n’aurait pas été faite à une distance de l’essieu égale à la moitié de la voie de la voiture; si, dis-je, la chose n’a pas été faite, c’est la faute de l’ouvrier, et de la précipitation avec la-
quelle mes voitures ont été enlevées de Vincennes, sans qu’il ait été possible, depuis, de vérifier si mes ordres ont été suivis , et si l’enlèvement de mes voitures-MODÈLES n’a pas eu pour but spécial de m’ôter tout moyen de contrôle sur le travail qui se serait fait en mon absence ; mais, dans tous les cas, il ne me faudrait, pour remédier à cet inconvénient, s’il existait réellement, que de porter un peu plus en arrière de l’essieu de l’avant-train , sur le brancard de la forge , l’anneau d’attaebe de la chaîne d’enrayage sur ce brancard.
Je ne puis comparer ma forge et mon chariot aux forge et chariot du comité, qui n’a pas ces deux voitures ; mais enfin est-il néanmoins vrai que le comité ne fait que deux seules objections sur ces deux voitures, et encore ces objections sont-elles dénuées de tous motifs, de tous fondemens raisonnables.
Le comité , ou plutôt son écrivain , finit au surplus son plaidoyer contre mon système par le résumé suivant.
Le système du général Allix n'est rien autre chose qu’une modification pure et simple du système Gribeauval : or, dit l’écrivain du comité, le système Gribeauval est vicieux ; donc, toute modification de ce système, et en particulier celle faite par le général Allix, l’est aussi.
Belle conclusion , et digne de l’exorde.
Racine, dans le* Plaideurs.
Je laisse et je dois laisser à la mémoire de notre illustre artilleur le soin de sa défense; elle se défendra bien toute seule, et par elle-même; et quoi qu’on ait pu dire et faire , on n’a pu encore l’obscurcir. Sans doute que son système a quelques taches qu’une longue guerre a fait découvrir; mais, je l’ai déjà dit, ces imperfections ne doivent pas lui être attribuées, et j’en ai donné les raisons plus haut. Alors même que l’armée française ne lui devrait que ses fusils, modèle de 1777, si parfaits, qu’il est impossible de les modifier sans les rendre défectueux, la France et son armée devraient respect à sa mémoire , et ce ne seront, certes, pas quelques individus qui pourront atténuer la grandeur de ce respect. En vain ont-ils voulu, ces quelques individus, modifier ce fusil si parfait; on connaît le résultat d’une telle tentative : lorsque ces fusils modifiés ont été distribués aux troupes, lorsqu’elles entraient en campagne , ils se sont trouvés si mauvais, qu’il a fallu les renvoyer aux manufactures pour les réparer. C’est pourtant le même comité qui, malgré cette ÉCOLE incontestable et avouée, critique ce grand homme , et substitue à son système d’artillerie si complet, un autre système incomplet, et composé de toutes pièces, et qui attirerait forcément sur la France les plus grands désastres militaires. Que l’on me cite donc, dans toute la guerre de la révolution , une seule bîètaille perdue par l’infériorité de l’artillerie fran-
çaise , à l’égard des artilleries ennemies. Je défie qu’on en puisse citer un seul exemple, si ce n’est lorsque des causes étrangères au matériel de cette arme, comme à Leipsick , à Waterloo, sont arrivées , par hasard , pour détruire nos succès. L’artillerie du comité est un mélange de toutes les artilleries de l’Europe: les canons appartiennent au système Gribeauval ; les obusiers appartiennent tout à la fois au système Gribeauval, au système russe , et au système de l’an XI; les affûts , les avant-trains et les caissons sont une combinaison du système anglais, du système Gribeauval et du mien, et«nalgré tous les emprunts faits par le comité à tous ces systèmes, il lui manque encore le chariot et la forge, qu’il trouvera sans doute quelque part. ,
Et c’est malgré une expérience de guerre de plus de vingt ans, d’un matériel d’artillerie qui a vaincu l’Europe sur plus de six cents champs de bataille, expérience qui, sans doute, équivaut bien à quelques expériences faites en cachette sur la pelouse d’un polygone, et en l’absence de tout juge compétent, que le comité condamne avec dédain, et sans appel, un tel matériel! qu’il vient affirmer que, non-seulement le système de ce matériel est vicieux , mais encore que toutes les modifications qu’on y ferait seraieut aussi nécessairement vicieuses, et ne mériteraient ni la plus légère attention , ni le plus léger examen !
Je le demande ici, en présence de la France et
de son armée, à l’écrivain du comité, sont-ce les obusiers russes ou les bouches à feu Gribeauval qui ont vaincu à Zurich, à Austerlitz, ou à la Moscowa , ou à Friedland , ou ailleurs ! ! qu’il me réponde à ce sujet , ou qu’il me répète ce qu’il a fait imprimer dans un journal, (yae si l’artillerie française avait vaincu l’Europe avec des armes imparfaites, elle la vaincrait de nouveau , à plus forte raison, avec des armes parfaites. J’en conviens; mais il resterait toujours au comité à démontrer que son système est parfait, et, jusqu’ici, je ne vois que lui qui le dise , mais sans preuve. Or, en artillerie comme en mathématiques , il faut tout prouver, * cela est de rigueur. Il faut, en outre, des juges militaires qui prononcent sur la validité de ces preuves, et ces juges-là ne peuvent être, par la nature même des choses, pris dans le comité, auteur de son système. Nemo judex in sua propriâ causa. Personne n’est juge dans sa propre cause.
Le comité, qui ne veut pas que l’on modifie le système Gribeauval, et qui le déclare vicieux, lui a cependant pris le canon de 12 et le canon de 8, comme le calibre de son obusier de 6 pouces; ce n’est pas là une modification, c’est un plagiat. Le comité n’admet point le canon de 4 Gribeauval; ce n’est pas non plus là une modification , c’est une suppression. De quelque manière que l’on considère ce que le comité appelle son système, on ne peut rien y trouver qui lui appartienne en propre ; c’est , si je puis m'expri-
mer ainsi, un vol fait à toutes les artilleries de l’Europe. C’est à l’expérience et à un juge attentif qu’il appartient de prononcer en dernier ressort pourquoi , de tous ces petits vols partiels , ' le comité a formé un bon tout. Ce que j’ai dit précédemment mettra tout lecteur militaire sur la voie de résoudre ce problème important; et si le jugement militaire à intervenir était en faveur du système du comité, il n’en resterait pas moins vrai que rien ne lui appartiendrait, dans-son système ou prétendu système, si ce n’est le classement de parties incohérentes de tous les systèmes dp l’Europe.
Il paraît, au surplus, que le comité n’a pas encore fini ses emprunts. L’un de ses membres , ce n’est pas un des faiseurs, à qui je reprochais très-amicalement de m’avoir emprunté, sans m’en parler, mes essieux , etc., me répondit : Cela n’est pas encore fini, peut-être nous pourrons bien aussi, plus tard, vous emprunter vos roues. Bien ! répliquai-je, continuez! à force de m’emprunter, mon système sera le vôtre ! Mais le comité n’en dit pas moins que mon système n’est qu’une modification du système Gribeauval,ce qui est faux, archifaux. Mon système n’a rien , absolument rien , pas une seule pièce du système Gribeauval ; les deux systèmes sont tout-à-fait différens; il n’y a aucune similitude, aucune analogie entre eux.
En effet , dans le système Gribeauval , il a quatre calibres : le 12 , le 8,1e 4 > et l’obusier de 6 pou-
ces; dans mon système, il ne se trouve que deux calibres: le 6, et l’obusier de a4-
Dans le système Gribeauval* il y a quatre affûts; dans mon système, il n’y en a qu’un.
Dans le système Gribeauval, il y a quatre caissons différens avec quelques ressemblances, mais qui n’en sont pas moins très-différens en réalité parleurs divisions intérieures; dans mon système, le caisson des deux calibres est identiquement le même en tout.
Dans les roues et leurs parties, comme moyeu, rais , jantes , bandage , etc. , tout est différent dans les deux systèmes, et l’on vient me dire que mon système n’est qu’une modification du système Gribeauval; il faut avoir, ou bien peu examiné les deux systèmes , ou avoir peu de crainte d’être démenti, de mettre en avant une proposition si contraire à la vérité. Je le répète , je défie l’auteur ou les auteurs d’une telle assertion de la justifier, de me montrer dans tout mon système une seule pièce qui soit identique, ou même semblable à la pièce correspondante du système Gribeauval. C’est par ce défi que je termine cet ouvrage.