‹ Systéme de chimie (volume 2)Chapitre 36 sur 79 · CHAUX · texte numérisé non relu

CHAUX

proyieat des pierres tenant en quantité^ notable de la silice , de l'alumine et du fer. 'La chaux de la première espèce est ordinairement très- blanche , elle foisonne beaucoup par l'extinction , et peut former une pâte forte et liante. La chaux maigre est grise ou d'un jaune sale ; elle fournit peu à l'extinction et donne lieu h une pâte courte et peu tenace.

Les carbonates calcaires purs , ou presque purs , pas- g^f^'^-^J^ ' sent à l'état de chaux de construction par la perte de & chaux. leur eau de cristallisation , et de la plus grande partie > sinon de la totalité de leur acide carbonique. Quelques différences dans la durée ou dans la force du feu, n'en apportent aucune essentielle dans la qualité de la chaux grasse produite. Il n'en est pas de même des pierres à ^

chaux maigre ; car , indépendamment de ce que l'action du feu en sépare aussi l'eau et de l'acide carbonique, celte action influe encore sur l'état de combinaison des oxides qui entrent dans la constitution de ces pierres. Au terme de la bonne cuisson , la silice acquiert la propriété d'être soluble dans les acides. Si le feu est poussé trop loin , la couleur de la chaux , de fauve qu'elle était , se rembrunit et passe au gris-noir ; il y a fusion pâteuse et perte de produit. Toutefois la silice n'est altérée au point d'être . rendue soluble dans les rapides que lorsqu'elle est disséminée en particules très-fines dans le tissu pierreux ; car lorsque , comme dans les calcaires arénacés , elle y est interposée sous la forme de sable fin , elle est encore précipitée de ces pierres après la cuisson , lorsqu'on les traite par un acide.

Les chaux grasses réduites en pâtes par l'extinction ordinaire , et placées ensuite sous l'eau , ou dans un bassin iTcimaz^ imperméable , recouvert de sable ou de terre , peuvent s'y maintenir à l'éta't pâteux pendant plusieurs siècles* Si , au contraire , après les avoir divisées en solides d'une petite dimension , on les expose au contact de l'air et à couvert , elles contractent , par le double effet de la dessiccation et de l'acide carbonique de J'atmosphère , une dureté très-remarquable , et deviennent même suscepr tibles d'un très-beau poli.

Les chaux maigres , placées de la même manière que les chaux grosses , soit dans l'eau , soit dans un bassin , y

CombinaijoB de l'ean et de

562 BASES 6ÀLIFIABLES.

durcissent , en général, au bout de quelques jours, et elles y formeraient à la longue une espèce de pierre fendre qu'on ne pourrait enlever qu'au pic. Exposées à l'air, elles y prennent une consistance crayeuse , sans pouvoir jamais recevoir le poli. Cependant la chaux maigre dont la silice , à raison de la grosseur de son grain , n'a pas acquis par la cuisson la propriété de se dissoudre dans ^ les acides , fait exception ; elle se comporte à peu près comme la chaux grasse , et ne se durcit point dans l'eao. On a donc , d'après cette circonstance particulière , établt parmi les cbaux maigres une distinction , en désignant par le nom de chuuâs hydrauliques , celles qui jouissent de la propriété de durcir dans l'eau.

poussoianes. Les pouzzolancs sont ou naturelles ou artificielles. Les premières , d'origine volcanique , consistent dans des ma tières ayant éprouvé , par l'action des feux souterrains , des modifications différentes , qu'on peut en général réduire à trois , le boursouflement , la vitrification et la calcination. Ces matières se présentent donc sous les formes diverses de laves boursouflées , de scories , de verres compactes et boursouflés-, de sables ou cendres , ^de matières agglutinées , et de matières calcinées. Ces produits se composent tous de silice, d'alumine, d'oxide de fer et d'un peu de chaux. Les proportions de ces quatre principes varient dans des limites assez étendues* Quelquefois , mais rarement , l'oxide de fer ou |a chaux y inanquent totalement , et presque toujours la silice prédomine.

Les pouzzolanes analogues artificielle^ sont , les scories de forge , la cendi^e , les débris de poterie , ou de tuileaux pulvérisés, etc.

Parmi ces matières , les unes offrent des traces d'une action très-intense du feu , tandis que d'autres ne paraissent que légèrement calcinées ; plusieurs semblent avoir été altérées par l'effet d'une décompotion spontanée trèslente.

Ces modifications ayant dû produire, dans les pons* , zolanes , une union plus ou moms intime de leurs principes constituans, il en résulte qu'il en est parmi elles qui se dissolvent aisément dans l'acide sulfuriqoe , en laissant la totalité de leur silice pour résidu , que d'autres

Combinaison

caires.

cHAtJx. 363

ne la cèdent que difficilement , et après un temps assez lone» et que queiqaes-unes paraissent tout-à-feit rebelles.

En mêlant , en proportions diverses , de la chaux grasse des ëiëmens éteinte comme àVordinaire, avec du sable seul ou avec **"'"™*"*'* ^ Fane des pouzzolanes qui résistent d'une manière absolue à l'action de l'acide sulfuriqiïe , on obtient des cknens qui y placés «eus ime eau pure , y restent toujours mous , ou n'acquièrent , après un temps plus long , qu'une faible consistance. Ces cimens exposés à l'air y durcissent, mais par des^ccation seulement; car ils se brisent si facilement qu'on en doit conclure qu'il ne s'y est point formé d'union chimique entre leurs parties constituantes.

Avec les pouzzolanes dont on sépare facilement la silice par les acides , et la chaux grasse , les cimens produits se prennent en très-peu de temps dans l'eau ^ et y deviennent de plus en plus durs. Mais ifs' résistent très-peu lorsqu'ils sont exposés à l'air libre , ce qui parait être dû à ce que leur dessiccation s'opère alors trop rapidement. Lorsqu on combine la chaux hydraulique avecie sable seul , ou avec l'une des pouzzolanes qui résistent aux acides , ce mélange produit de très-bons cimens , tandis que l'on n'obtient que des résultats médiocres avec le sable ou la pouzzolane dont les acides séparent la silice.

Tous ces faits prouvent , ainsi que l'a annoncé M. Gay- Lussac , que c'est Pà^lBnité qui préside à la solidité qu'acquièrent tous leti mortiers , et qu'on doit par conséquent toujours la favoriser^ On rend cette affinité évidente en versant de l'eau de khaux dans de la potasse silicée ou aluminée; car il se produit aussitôt un précipité abondant et insoluble. Toute pouzzolane, qui résiste à l'action de Tacide sulfurique, résistera aussi à l'action de Ja chaux, et sera ainsi dans un état moins propre h con-, tracter une union avec cette base alcaline , que la pouzzolane qui se laisse attaquer par cet acide.

Il existe deux causes de durcissement des mortiers : Tune analogue aux phénomènes dont la chimie'offi'e tant d'exemples , est due à ce qu'en général toutes les substances solides qui ont de l'affinité l'une pour l'autre , et qu'elles peuvent satisfaire dans des circonstances con . venables^ sontpropreaà former du mortier.

L'autre cause de durcissement, et qui en est une se-

G baux hydrauliques et ouzsoianes

fa

acUces,

364/ BASES SALIFiABtES.

çondaire^ résulte (W TaiiBnité puissante, qui porté l'acide carbonique' répandu dans l'air sur la- chaux da niortier^ L'action de cet acide , lorsqu'elle est favorisée par certaines circonstances, telle que celle du mortier rédemment employé , et d'un accès facile , a pour effet de rendre la 'chaux carbonatéë , et plus propre à se lier fortement aux molécules de sable ou de pouzzolane.

Après avoir ainsi présenté des notions certaines sur le choix et l'influence réciproque des matières principales qu'il convient d'employer à la formation des cimens calcaires , ainsi que sur (a théorie de la solidification de ces cimens j M. Vicat s'est occupé des moyens de se procurer ces matières principales , telles que la nature elle-même les a préparées > lorsque l'économie interdît l'usage de celles-ci.

. Puisque , ainsi que le fait observer M. Yicat , la qualité des chaux hydrauliques naturelles ne dépend que de la présence d'une certaine quantité d'argile combinée par.le feu avec la matière calcaire, il était naturel de penser qu'en mêlant de Targile , en proportion convenable , avec de la chaux grasse éteinte d'une manière quelconque , et ext soumettant ce mélange à la cuisson , on obtiendrait un résultat semblable ; et c'est ce qui en effet a réussi à, M. Yicat par des expériences faites en grand , et en divers lieux, d'une manière si complète, qu'il est maintenant possible de fabriquer partout , et. à un prix très-modéré , de la chaux artificielle supérieure aux chaux naturelles analogues.

De même aussi, les pouzzolanes naturelles étant composées , d'après l'analyse chimique , de silice , d'alumine » d'oxide de fer et d'un peu de chaux , composition toute semblable à celles de nos argiles , celles-ci doivent être susceptibles d'être transformées par la cuisson , en pouzzolanes artificielles ; puisque surtout il est maintenant démontré que la propriété de ces pouzzolanes réside, non dans la présence du fer ou de la chaux , mais bien dans un état particulier de combinaison de la^iliceet de l'alumine , état auquel on ramène, avec la plus grande facilité , toutes Içs argiles douces et grasses au toucher, par l'effet d'une légère cuisson.

On. était donc parvenu à fabriquer artificiellement des

Page 1