CHAPITRE III
Des Fonctions des animausck
L'oBJftt des deux derniers chapitres était de présenter l'exposé des diverses substances qui entrent dans la composi-* tion des animaux, autant c^e l'état présent limité de la science pouvait le permettre. Mais si nos recherches concernant les animaux ne se rapportaient seulement qu'aux principes dont leurs corps sont composés ^ l'analyse en fût'- elle aussi com* plète qu'il serait possible de le désirer , nous n'aurions encore sur leur nature et sur leurs propriétés que des idées imparfaites*
Gomment ces substances sont- elles coordonnée); ? Com* mentsont-elles produites? Quelle est leur destination? Quelles sont les propriétés distinctives des animaux , et les lois qui les règlent 7
Les animaux ressetnblent aux végétauic en ce que, comme Animaux ceux-ci, ib sont d'une structure très-compliquée. Ainsi oue 1^^^?.. les végétaux , ce sont des machines adaptées avec art à aes usages particuliers, constituant un ensemble, et effectuant
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Aliment •éctMMre.
f« Mtare.
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continuellement les opérations les plus délicates mukipBéesl Vinfini. Mais on ne doit pas s'attendre à trouver ici, ni une description de la structure des animaux, ni l'énumération des propriétés qui les distinguent des autres êtres. Ces matières appartiennent entièrement i l'anâtomîe et à la physiolope. Je me bornerai dans ce chapitre, à traiter de ceux des procèdes qui concernent la production des substances animafes, puisque ce sont les seuls qui soient du ressort de la chimie. Les autres fonctions sont réglées par des lois d'une nature 1resdifférente, qui n'ont aucune ressemblance ou aucraie analogie avec les lois de la chimie ou de la mécanique.
SECTION PREMIÈRE
De la Digestion.
1. Tout le monde sait que le^ alimens sont nécessaires aia animaux, et qu'ils meurent tôt ou tard si on les en prive. Mais il y a une très-grande différence dans la quantité de nourriture indispensable wol animaux pour le soutien de leur ens* tence , et dans l'intervalle pendant lequel ils peuvent s'eo passer. En-çénéral, les animaux les plus actifs sont ceux^i exigent le plus de nourriture , et ceux4à en ont le moms besoin , qui sont les plus indolens> La raison en est assez évidente; les corps des animaux ne sont jamais en repos; ils éprouvent parle mouvement une déperaition continuelle, et cette déperdition est proportionnelle à l'activité de l'ammal* it faut àonc que le corps reçoive , de temps-en4emps , de nouveaux soutiens , pour suppléer à ce qu'il a perdu, Ccst par l'aliment que cet objet est rempli.
a. Nous connaissons mieux la nourriture des animaux, que celle des végétaux. Les alimens des animaux consistât près* quer entièrement dans toutes les substances animales et végétales , dont il a déjà été traité : car il n'y a qu'un très-petit nombre de ces substances dont tel ou tel autre animal ne fasse pas usage comme aliment. L'homose emploie principalemeot comme nourriture les muscles d'animaux, la graine decc^ tains graminés , et une grande variété de fruits végétaux. Presque tous les animaux inférieurs se nourrissent exclusif «• ment de substances qu'ils s'approprient particulièrement. Pour les uns ce sont d'autres animaux , tandis qu'à d'autres il \
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m faut que des végéiaux. L'homme a beaucoup plus «Tavantage à cet égard ; car il peut se nourrir d'un très-grand nombre de substances. Il serait inutile d'en faire l'éncunération , puisqu'il n'est 'pas en notre pouvoir d'indiquer avec pré* cision ce qui peut rendre une sobatanee {Jus nutritive qu une antre.
Il y a beaucoup de substances qui ne sont nullement pro* près à servir de nourriture ; il en est même un assez grand nombre qui, loin d'être utiles au soutien de la vie, la détruisent Ces dernières substances sont connues sous le nom de poisons. Quelques poisons agissent chimiquement en décomposant le corps animal. L'action des autres ne nous e$t pas aussi bien connue.
3. L'aliment est introduit dans le corps par la bouche, et dans <:on«f rH presque tous les animaux il y est réduit en une sorte de cousis- *^imS^1^ tance pulpeuse. Dans la bouche de l'homme , ainsi que dans ceMe
d'un crand nombre d'autres- atiimanx , cette opération se fait à l'aide des dents qui broient l'aliment , et de la salive qui se trouve là pour s'y mêler; mais il est beaucoup d'autres animaux qui divisent l'aliment d'une manière différente. La subatance nutritive ainsi broyée, est conduite ii Pestomac oà -elle éprouve de nouveaux changemens. L'estomac est un viscère en forme de sac fort et âexible , doAt la fieure varie dans difiEérens animaux : chez l'homme il a quelque ressemblance avec /a pa/ise d'une cornemuse» Cest dans cette organe que l'aliment est converti en une misère moUe, sous forme de bouillie , qui n'a plus aucune ressemblance avec l'aliment , tel qu'il était entré dans l'estomac. On a donné à cette matière le nom de chyme,
4. Puisque le chyme a des propriétés nouvelles , il est 'évident que Talknent a éprouvé quelques changemens dans Testomac , et que les principes aont il était composé sont entrés dans des combinaisons nouvelles. Or, comment ces changemens ont-ils pu avoir été produits ?
On les attribua d abord à l'action mécanique de l'estomac, r. .!..-•«« La matière alimenlaire, oisau^oa , était tnturee de nouveau . , «itribué
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roé-
dans cet organe ; et Ja , par des agitations en tous sens cinique Jonguemeot prolongées, elle finissait par se réduire en une ^•^'«•**»'"" puh>e.Mais, à l'examen, cette opinion fut trouvée inadmissible. Le* expériences de Stévens , de Réaumur et de Spalianzani^ déœontraieBt que la formation du chyme n'est pas
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un effet de trituratioD ; car en renfermant des alimens ée diverses espèces dans des tubes et dans des boule» métalliques percées de trous , de manière à les garantir de l'acliott mécanique de l'estomac, ib trouvaient que ces matières, après être restées dans l'estomac pendant un temps suffisant, pour que le changement s'opérât , s'étaient converties en <:hyme tout aussi complètement que si on ne 1^ avait pas mises dans ces tubes. Mais , indépendamment même de ctt expériences décisives , l'opinion devînt insoutenable de quon eut reconnu que le cbyme différait entièrement de l'aiiment qui avait été pris ; c'est-i*dire , que la même substance nutritive , mécaniquement triturée hors du corps , et réduite en pulpe de même consistance que le chyme, n'avait cependant pas les mêmes propriétés; car ce fait, une fois constaté , il était évident que l'aliment avait subi désaltéra* tions dans sa composition.
Attribuée On supposa cusuitc quc cette conversion de l'aliment en fwmcolaUop '^^JP® ^^^ ^^^ * h fermentation. Celte opinion est à-lavérité très-ancienne , et elle n'a pas manqué d'avoir panw les modernes plusieurs partisans zélés. Lorsqu'on appliqua k mol fermentation au ohancement produit sur la matière afr roencaire dans l'estomac , la nature du procédé app^/^ mentation^iùi entièrement inconnue. On avait, à-la-véritc, décrit ce qui se manifesté pendant qu'elle a lieu , on en avait suivi les progrès , et on serait assuré de ses résultats -, mais on n'avait pas essayé d'en expliquer la cause, ou de tracer les changemens produits pendant qu'elle continue d'avoir lien* Ainsi donc, tout ce au'on voulait dire alors, en annonçant que
\ la conversion de l'aliment en chyme dans l'estomac résultait
de la fermentation, ne signifiait autre chose, sinon que la cause inconnue qui agissait pendant la conversion des substances végétales en vin ou en acide, ou pendant leur putréfaction, exerçait aussi son action pendant la conversion de l'aliment en chyme; et que, dans Tun et l'autre de ces deux cas, le résultat était précisément le même. En conséquence, les partisans de cette opinion essayèrent de prouver qu'il se formait continuellement de l'air dans l'estomac , et qu'il s'y produisait continuellement un acide : car la plupart des physiologistes attribuaient alors la cause de la formation du chyme , aux fermentations vineuse et acéteuse. Quelquesuns , a-la-vérité , s'efforçaient hien de démontrer que ccwa
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fonnation était due à la fermentation pntride^, mais îk étaient en trop petit nombre ^ comparatÎTement à ceux ^i adop* taient Vautre ofûnion.
Nos idées sur la fermentation sont aetuenement un peu plus précises. On entend désigner par cette expression une décomposition lente , qui a lieu lorsqu'on mêle ensemble , à une température déterminée , certaines substances animales ou végétales , et la production qui s'ensuit de composés particuliers. jSi donc la conversion de la matière alimentaire en chyme est due à la fermentation , il est évident qu'elle est entièrement indépendante de l'estomac , autrement que comme fournissant la température; et qu'alors ^^,^ Valiment ^rait converti en chyme exactement de la méraeuMfoMitaieikt manière, si on le réduisait au même état de consistance, et qu'on l'exposât hors du corps à la même température. Mais c'est ce qui n'a pas lieu ; car les mêmes substances , qui se réduisent en chyme en très-peu de temps dans l'estomac, resteraient hors du corps pendant des semaines à la même température sans éprouver d'altération. C'est ce qui arrive à l'égard des os , qui . suivant les expériences de Stévens et Spallanzani , se digèrent trés-promptement dans l'estomac du chien. II y a plus, si la conversion de l'aliment en chyme était due à la fermentation, elle devrait s'effectuer tout aussi bien dans l'œsophage que dans l'estomac. Or, il a été observé il y a loi^-temps par Ray et par Boyle , que lorsque les poissons voraces avaient avalé des animaux trop gros pour être contenus dans leur estomac , la portion seule oui y avait
Su entrer était convertie ea chyme , Undis que celle arrêtée ans l'cesophage restait entière. Ce fait a été pleinement con^ • firme par des observations^ subséquentes.
Mais en outre , quel que fut l'état de santé ou de maladie de l'estomac, cette conversion devrait toujours s'y faire égale* ment bien , pourvu que la température fut la même , si elle était due à la fermentation ; mais il est bien connu qu'il n'en est pas ainsi , et que la formation du cl^me dépend essentiellement de l'état de l'estomac. Lorsque cet organe souffre , la digestion se fait constamment mal. Dans ces cas, en effet, la fermentation se manifeste quelquefois et produit des flatuosités, des éructations acides , etc., qui sont des symp* tomes éyidens d'indigestion. Ces faits, connus depuis longtemps^ ne peuvent se concilier avec Thypothèse, que la
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formation du chyme soit doe à la- fermentation. Aussi cette
opinion a4-eUe été abandonnée depuis quelque-temns, par
tous ceux qui , à la fin, ont pris la peine d'examiner le sujet
Due à l'aciîon On doit aloTs attribuer la f<mnatioB du chyme à rcstomac-,
ittc aiiri ue ^ ^'^^ * ^" couclure dcs expériences de Stéyens , de Réao*
tue g riquc. ^^^^ ^ Spallauzatti , de Scopoli , de BrugnatelU , de Car*
minati , etc. , que cette formation résulte de Faction d'no
liquide particttlier , sécrété par Teslomac , et qu'on appelle
par cette raison suc gastrique»
Il est bien évident , en effet , que h formation du chyme est due à Faction d'un liquide; car si l'on met des substances alimentaires dans des tubes exactement fermés, elles sortent de 1 estomac sans d'autre altération que celle qu'elles auraient subie à la même température hors du corps; mais si les iobes sont percés de petits trous , les aliment se cotH vertissent en ch3rrae.
Nahire du «c ^ «^ic gastrique n'agit pas indistinctement sur toutes les fitsifujue. substances ,. car si Fon met des grains de blé dans nd tube percé, et qu'on les fasse avaler à un oiseau granivore, le nié restera le temps ordinaire danaFestomac sans altération; tandis que si on enlève préalablement l'enveloppe du graiu) tout se convertira en chyme. On ^aît aussi que beaucoop de substances passent à traversées intestins des animaux s^ins éprouver auciïn changement ; le suc gastrique n'a dojic aucune action sur elles. C'est ce qui arrive souvent à l'égard des graines d'avoine, avalées par lefi chevaux avec leurs en* veloppes. C'est le cas aussi avec dès pépins de pomme, etc., que i homme avale tout entiers; et cependant, ces mémel substances se . digèrent , si elles ont été préalablement et suffisamment broyées par les dents. Il parait donc que c'est principalement l'enveloppe d<e[ces substances qui résiste à Faction du suc gastrique. On voit aussi que la trituratjon &' cilile beaucoup la conversion des alimens en (îhyme.
Le suc gastrique n'est pas le même dans tons lesamoaux; car il en est beaucoup qui ne peuvent digérer les substaoces dont d'autres se nourrissent Le conium macuiatwn ( ciguë ), par exemple, est, pris comme aliment, un poison pour l'homme , et cependant la chèvre le broute souvent impuoé* ment. Plusieurs animaux , tel que le roèuton , se nourrissent entièrement de végétaux; et si on lenr faisait manger de la diair d'animaux, leurs estomacs ne pourraient la djg^r*
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d'autres aniiiMux , ao contraire , ne rivent , comme l'aigle , <|ue de substances animales, et ne peuvent digérer les végétaux.
Le suc gastrioue n'est pas toujours delà même nature, et il peut varier dans le même animal ; il change par degrés selon les circonstances. On peut accoutumer les animaux herbivores à se nourrir de substances animales; et après qu'ils . y ont été habitués pendant quelque temps, leurs estomacs deviennent incapables de digérer les végétaux. D'un autre <:ôté^ on peut amener à digérer facilement les végétaux , ceux des animaux qui, naturellement, ne digèrent autre chose que l'aliment animal
5. QueUe est donc la nature de ce suc qm* a des propriétés si singtdières? EHle diffère évidemment dans divers animaux ; mais il est très-difficiie, et peut-être impossible de l'obtenir à l'état de pureté. Il a été fait , par d'habiles phi- ifui>ère« de s« iosophes , beaucoup d essais pour parvenir à l'avoir ainsi ; * p^»'^*'^mais leurs analyses prouvent assez qu'on ne Ta jamais obtenu pur.
On a fait usage de plusieurs méthodes pour se procurer le suc sastrique^ Un des moyens fut d'abord celui ^ de tuer l'animai dont on voulait examiner le suc gastrique après l'avoir fait jeûner pendant quelques jours. Spallanzani en re^ cueillit ainsi 3y cuillerées des deux premiers estomacs d'un mouton. U était de couleur verte, ce oui était du sans- doute à rberbe que l'animal avait mangée. Il en trouva aussi une demi-cuillerée dans l'estomac de quelques petits de cobbeaux, qu'il avait tués avant qu'ils eussent abandonné leurs nids.
On a fait avaler par des animaux de petits tubes métalliifjtes percés de trous , et contenant une éponge sèche ; et lo^sq^e l'animal Tavait rejetée, on l'exprimait pour en faire sortir le liquide imbibé. Spallanzani retira, par ce moyen, 3 1 grammes de suc gastrique des estomacs de cinq corbeaux.
Enfin une troisième méthode consiste à exciter le vomissement le matin, lorsque l'estomac est vide d'aliment. Spallanzani fit deux fois cet essai sur lui-même, et dans l'un de ces essais il recueillit 33 grammes de ce suc *, mats il souffrit trop pour être tenté de recommencer une troisième fois l'expérience. Cependant , M. Gosse, qui pouvait exciter à volonté le vomissement en avalant de l'air, a employé ca moyen pour obtenir du suc gastrique.