FONCTIONS D£S ANIMAUX
Spallanzani a remarqué que les aigles vomissent tous les matios une certaine quantité de liquide , qu'il considère comme étant du suc gastrique. Il profita de cette obserradoo pour le recueillir en Quantités considérables.
Il parait inutile d'observer combien ces différentes méthodes sont imparfaites y et jusqu'à quel point toute conciasion qu'on pourrait tirer de Texamen de tels sucs, doit s'é* loigner de la vérité. Il est impossiUe que le suc gastrique obtenu par aucun de ces procédés soit pur; parce que dans l'estomac il doit être constamment mêlé avec de grandes quantités de salive, de mucus, de bile, de matières alimenlaires, etc. On peut même mettre en doute , qu'on obtienoe réellement du suc gastrique par ces moyens *, car comme il sert à convertir les alimens en chyme, il est très-probable qu'il ne se forme, ou du-moins qu^l n'entre dans Testomac, que lorsoue l'aliment y est présent.
Tectativet ^ nc laut douc pas s'étonner, que les sa vans qui ont es* poJrwiijKr^^y^ d'en faire l'examen, nous aient présenté des exposés contradictoires concernant sa nature , puisque les detaik qu'ils donnent à ce sujet ne se rapportent pas tant au soc gastrique, qu'aux différentes substances trouvées dans l'estomac. On peut même, au-moins, ajouter, qu'il est très-peu probable qu'on obtienne du suc gastrique par le vomissement, ou qu*il soit rejeté spontanément par quelques animaux.
Suivant Brugnatelli, le suc gastrique des animaqx carnivores, teb que les faucons, les railaos, etc., a une odeur acide et résmeuse ; il est très-amer, et nullement aqueux. B est composé d'un acide hbre, d'une résine, d'une substance animale , et d'une petite quantité d'hydrochlorate de soude ^ Le suc gastrique des animaux herbivores, tels que la chèvre, le mouton, etc., est, au contraire, très -aqueux, un peu trouble, et d'une saveur salée amère ; il contient de l'ammoniaque , un extrait animal , et une assez grande quantité d'hydrochlorate de soude \ M. Carminati y trouva les mêmes principes; mais il suppose que l'anunoniaque s'y était formée par la putréfaction aune partie de leur nourriture, et qu*en réalité le suc gastrique de ces animaux est de nature acide'*
■ Scopoli , Dict. de Macqucr.
» ibiâ
* Obserf^tiom sur le suc gastrique , par Sennebier.
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Les descriptions crayon a données du soc gastrique de rhomme s'accordent si peu entre elles qu il est inutile de les rapporter. Tantôt on Fa trouvé de nature acide, et tantôt on a avancé qu'il ne l'était pas. Les expériences de Spallanzani suffisent pour faire voir que cette acidité n'est pas due au suc gastrique, mais à la matière alimentafre. U ne reconnut jamais d'acidité dans le suc gastrique des oiseaux de proie , fiidans celui desserpens, des grenouilles et des poissons. Les corbeaux ne fournissaient de suc gastrique acidulé que lorsqu'il les nourrissait de grain ; et il trouva que la même observation s'applique aux chiens, aux animaux herbivores et à la volaille domestiaue. Les oiseaux carnivores rendaient des morceaux de coquillages et de corail sans ahération; mais ces substances étaient sensiblement dimmuées de volume dans Festomac des poules, lors mémequ'oQ les renfermait dans des tubes percés. Spallanzani, lui -même, avala des substances calcaires renfermées dans des tubes; et lorsqu'il se nourris* sait de végétaux et de fruits, elles furent quelquefois altérées, et un peu diminuées de poids , précisément comme si on les avait plongées dans du vinaigre affaibli ; mais lorsqu'il ne prenait que des substances animales , il les rendait sans qu'elles eussent subi le moindre changement. Suivant ce naturaliste, dont les expériences sont de beaucoup les plus nombreuses, le suc gastrique n'est naturellement ni acide ni alcalin. Versé sur du carbonate de polasse,il ne produitpas d'effervescence.
Tels sont les résultats des expériences faites sur les sucs retirés de l'estomac d'animaux. On ne peut en tirer aucune conclusion relativement k la nature du suc gastrique. Mais d'après les expériences qui ont été faites sur la digestion stomacale, sur-tout d'après celles de Spallanzani , les faits suivants sont bien établis.
Le suc gastrique attaque la surface des corps ; il s'unit à son effet taru leurs molécules, qu'il entraîne, et dont on ne peut plus le ^-^Jî^^re. séparer par la filtration. Plus les aUmens sont divisés, plus ce suc opère avec énergie et avec rapidité, et son action augmente par une température chaude. La matière alimentaire n'est pas simplement réduite en parties très-fines ; son odeur et sa saveur sont entièrement changées*, ses propriétés sensibles sont détruites, elle en acquiert de nouvelles et trèsdifférentes* Loin que ce suc agisse comme ferment , c'est nn «oti'Septi€[ue puissant, et qui même rétablit dans son premier
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état la chair déjà putréfiée. Et en effet, lorsque ce soc est souvent renouvelé, comme dans Testomac , les substances s^y dissolvent avec une promptitude oui exclut toute idée de fermentation. H n'y a que quelques bulles d'air qui s'échap* pent, et qui adhérant à la matière alimentaire, la font flotter-, ces bulles sont probablement dégagées par la chaleur de la dissolution.
snbtt.nce» Quaut à cc quî concerne les substances contenues dans àia/?«S'mac.i'eslomac, il n'y a que deux faits bien connus; le premier, c'est que le suc contenu dans l'estomac des bœufs, des veaux et des moutons , contient invariablement de l'acide phospborique L'bre , ainsi que l'ont démontré Macquart et VauqueUo; le second , c'est que le suc contenu dans l'estomac, et même ,1a membrane intérieure de l'estomac lui-même, a la nroprlété de faire coaguler le lait et le sérum du sang. Le doc-
teur Young trouva que 0,4^3 de l'enveloppe intérieure de l'estomac a un veau , infusés dans l'eau, donnèrent un liquide qui fit coaguler plus de 3 kilogrammes de lait : c'est-à-dire, d'environ 6632 fois son propre poids ; et cependant , suivant toutes les probabilités, son poids n'était pas de beaucoup diminué.
On n'a pu encore déterminer quelle est la substance qui ^ a cette propriété de produire la coagulation; mais il est évident qu elle est très-peu soluble dans l'eau ; car lorsqu'on laisse dans ce liquide pendant six heures la membrane intérieure de l'estomac du veau , et qu'on la lave bien ensuite avec de l'eau , elle fournit encore une liqueur d'infusion qot fait coaguler le lait *. Le docteur Young trouva qu'un morceau de cette enveloppe intérieure, préalablement lavé avec de l'eau , et ensuite avec une dissolution étendue de carbonate de potasse, donnait encore un liquide qui faisait coagula le lait et le sérum.
D'après ces faits, il est évident que cette substance coagulante, quelle qu'elle soit, agit tres-puissamment , et qu» est extrêmement difficile de la séparer complètement de l'estomac. Mais on connaît encore trop peu la nature de b coa^ation pour pouvoir rien conclure ae ces faits. H pa/^^' qu'il suffit d une quantité presqu'imperceptible de certaines
♦ Docieor Young.
DiaisTioir. 669
substances ponr produire la coacdatioD du lait ; car M. Le- Taillant, dans ses Voyages en Afrione^fait mention d'un vase de porcelaine qu'il se procnra, qui était resté pendant quelones années an fond de la mer. Ce vase avait la propriété oe faire coaguler le lait qu^on mettait dedans; et, cependant, il ne lui communiquait aucune saveur, et ne différait pas en apparence d'autres vases.
Il est probable que la salive facilite la conversion des alimens en chyme, tout aussi bien que le suc gastrique. Elle sert évidemment k les délayer : et elle est probablement utile aussi, en communiquant de roxigéne.
6. Le chyme, ainsi préparé, passe de l'estomac dans les ^^^^^ intestins, où il éprouve de nouveaux changeinens, et où il çj!?,"'*'^' *" finit par se convertir en deux substances très-différentes , le c^Sm" " * chvle et la matière excrémentitielle.
"Le cAyle est un liquide blanc, qui ressemble beaucoup au ^^^ •ang par ses propriétés ; avec cette différence, que les glo- ^^ <*7i*. bules qui y flottent , au-lieu d'être rouges , comme c'est le cas à l'égard des globules colorans du sang, sont blancs; mais la nature et les parties constituantes du chyle ont été décrites dans le chapitre précédent. Le docteur Charles Smith, de New-Jersey > cite un exemple d'bydropisie de l'abdomen , dans laquelle le liquide accumulé parait avoir été le chyle. Le sujet , était un petit garçon âgé d'environ douze ans. On lui fit deux fois l'opération de la ponction , et on en retira chaque fois de six à sept litres de liquide. Sa couleur était d'un blanc de craie. Il avait presque la saveur, l'odeur et l'aspect du lait. On le laissa reposer toute une nuit, et il produisit dans cet intervalle une très4>onne crème , quoiqu'on moindre quantité que celle qu)? fournit ordinairement le lait de vache \
^. On ne sait presque rien encore sur la conversion du chyme s« fomution en chyle. Il ne paraît jms que le chyme soit précisément le'^^^Sdm^^ même dans tous les animaux; car les animaux herbivores ont des intestins plus longs que ceux des animaux carnivores. 11 est certain que la formation du chyle est le résultat d'un changement chimique, quoique la nature de ce changement, ou les agens qui le produisent, ne nous soient pas précisé-^ ment coniius. Mais que le changement soit chimique, c'est ce qui est évident , parce que le chyle diffère entièrement
de U bile.
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du chyme , et daos ses propriétés et dans son aspect. Par TactioD des intestins, le chyme se sépare en deux parties, le chyle et rezcréroent ; la première est absorbée par un grand nombre de petits vaisseaux, qu'on appelle lactèt ou chylifères ; Tautre passe à travers le canal intestinal, et finit par être entièrement rejetée hors du corps.
Quoique le chvie et la matière ezcrémentitielle restent mélangés ensemble , après que le chyme a été converti dans ces deux substances, il ne parait pas cependant qu'elles puis* sent se décomposer mutuellement ; car il y a eu des individus qui, pendant plusieurs années^ n'oot point ou presque point rendu de matière excrémentitielle /^ar/^anu^. Dans ces sujets , les vaisseaux chylifères absorbaient non-seulement le ch^fle, itiats encore la matière excrémentitielle ; et cette dernière substance était ensuite portée hors du corps par d'autres issues, et particulièrement par la peau; ce qui répandait continuellement sur toute leur personne une odeur particulière à laquelle on distinguait la matière excrémentitielle. Or, il est évident que dans ces individus le chyle et Fexcrément n'agissaient pas l'un sur l'autre, (|uoique mélangés et même absorbés ensemble , puisque ces individus jouissaient d'une (>onne santé*, ce qui n'aurait pu être si le chyle avait été dénaturé ou détruit.
On a supposé que la décomposition du chyme • et la formation du chyle, étaient l'effet de l'action de la bile, qui s'é* coule abondamment et se mêle avec le chvme , aussitôt tpe celui-ci entre dans les intestins. Si cette théorie était fondée, il ne se formerait pas de chyle lorsqu'un accident empêcherait la bile de passer dans le canal intestinal; mais il est évident qne celan'a pas lieu ainsi; car ily a de fréquens exemples de personnes affligées de la jaunisse, chez lesquelles les canaux biliaires sont bouchés , soit par des calculs de la vé- 6icidé> soit par quelqu'antre cause, au point qu'il est impos* sible qne la Lile coule dans les intestins; et, cependant , cea personnes vivent pendant très-long-tçmps dans cet état. La digestion , et par conséquent la formation du chyle , peuvent donc être indépendans de la bile*
La bile parait principalement destinée à opérer la sept* ration de la matière excrémentitielle d'avec le chyle, apré»
Îue ces substances ont été formées l'une et l'autre, et à pro« uire l'évacuation de l'excrément hors du corps. U est ps^
DiGiSTioir. 671
bable mé ces denx substances resteraient mélangées, pent^ être même qu'elles seraient en partie absorbées ensemble, si ce n'était la bile qui semble se combiner avec la matière excrémentitielle, faciliter par cette combinaison sa sépara-» tion du cbyle, et prévenir ainsi son absorption. Fourcroy suppose que la bile subit une décomposition, aussitôt qu'elle se mêle avec les matières contenues dans le canal intestinal ; que ses parties alcalines et salines se combinent avec le^cbyle, qu'ils augmentent sa fluidité, undis que son albumine et son picromel s'unissent à la matière excrementitielle , et lui donnent par degrés de la consistance ■• D'aprèè les dernières expériences de Berzelius sur les matières fécales, détaillées dans le chapitre précédent, on ne peut douter que les prin* dpes constituans de la bile ne se trouvât dans la matière excrementitielle; ce qui donne beaucoup de probabilité i la théorie ingénieuse de Fourcroy. La bile stimule aussi l'action du canal intestinal], et cette action fait évacuer plus promptement la matière qu'il contient; car toutes les fois qu'il y a défaut de bile, le corps est constamment plus resserré.
8. Le^chyle, après qu'il a été absorbé par les vaisseaux chy- Le cbrit «• lifères,est conduit par eux dans un assez gros yaisseau connu avtcuiympb*. sous le nom de canal thêrachique» U se décharge également dans le même vaisseau «un fluide transparçnt , transporté par une séiîe de vaisseaux qui partent de toutes les cavités du corps. On adonné le nom de lymphatiques à ces vaisseaux, et celui de lymphe au fluide qu'ils charrient. Ainsi le chyle et la lymphe se mêlent ensemble dans le canal thorachique.
On a très-peu de connaissances précises sur la nature de la lymphe^ parce qu'il est à peine possible de la recueillir en quantité. Elle est sans couleur, ayant quelque viscosité , et , a ce qu'on assure, une pesanteur spécifique plus grande que celle de l'eau, M. Brande trouva qu'elle ne se coagule pas lorsqu'on la chauffe , mais il séparait de l'albumine par la batterie galvanique* Il recoimut aussi dans la lymphe de l'hydrechlorate de soude, mais sans présence de fer *. Il est probable, d'après les observations de Berzelius , qu'il s'y trouve des lactates. Suivant certains physiologistes^ la lymphe se coagule par la chaleur; et ail en est ainsi, eue contient de
• Fottrcroj.
S^PbîL Tranf. 18», p. 9f»
Transmis ftox poamoBf
iuteitins.
67a roircTiovs dis anihaux.
ralbamine. La lymphe est certainemeDt en quantité considérable, car les vaisseaux Ijmphatiaues sont très-nombreux. 9. Le chyle et la lymphe ainsi mélangés j sont portés direc* tement dans les vaisseaux sanguins. L'effet produit par leur union dans le canal tfaorachique n'est pas connu ; mais ni U couleur, ni les autres caractères extérieurs du chyle ne subissent d'altération. Dans Thomme, et dans beaucoup d'autres animaux , le canal thorachique entre à la jonction des Teioes gauches soos-clavières et carotides , et le chyle est trans^ porté directement an cœur, mêlé avec le sang, qui existt déjà dans les vaisseaux sansuios. Du cœur , le chyle et le saog mêlés ensemble sont portes dans les poumons , où ils subissent d'autres changemens.
c«<daD»4M lo. L'estomac çt les intestins contiennent ordinairement quelques matières gazeuses. Il est en effet probable qu'il s introduit dans l'estomac de l'air atmosphérique mêlé avec l'aliment qui y passe. Mais il y a lieu de croire, d'après les expé* rietices de Magendie et de Chevreul, que le gaz oxigèoe, (pi existe ordinairement dans l'estomac^ dans une proportion considérable lorsqu'on la compare avec celle des autres gaz, diminue- par degrés, et finit par disparaître à mesure qu'on suit le cours du canal alimentaire; tandis qu'en même-temps^ la proportion du gaz acide carbom'que et du gaz hydrogèoç augmentent. Magendie et Chevreul ayant examiné , pour eu déterminer la nature, les gaz contenus dans Testomac et les intestins de quatre criminels suppliciés à Paris , et peu de temps après leur mort , ib obtinrent les résultats suivaus, savoir :