PARTIES DIS PLANTES
Après plusieurs tentatives iofiructueuses pour obtenir) à l'état de séparation, la matière colorante rouge du carthame , Dufour parvint à Tisoler par un procédé fondé sur la grande affinité qui existe entre la matière rouge et le coton. Après avoir dépouillé par le moyen de Teau , autant que cela lui fut possible , le carthame , de sa matière colorante jaune , il le fit macérer pendant une heure dans une dissolution faible de carbonate de soude. 11 décanta alors cette dissolution; il y introduisit une certaine quantité de coton, et il y versa ensm'te du suc de citrons , jusqu'à ce que le liquide eût acquis une belle couleur rouge de cerise. Ce liquide abandonné à lui-même pendant vingt-quatre heures , perdit sa couleur rouge; la matière colorante s étant unie en totalité au coton, qu'elle avait teint en rouge. Le coton fut retiré, et lavé dans 1 eau à plusieurs reprises , afin d*en séparer tout ce qui avait pu y adhérer de la matière colorante jaune. On le mit alors dans une dissolution très-étendue de carbonate de soude. Cet alcali sépara la matière colorante du coton, il s'en char« gea, et prit une couleur jaune. Le coton ayant été retiré après une heure d'immersion dans la lessive alcaline , on y versa du suc de citrons , et il s'en sépara peu-à-peu une poudre d'une belle couleur rose, cfbi fimt par se précipiter. Cette poudre était la matière colorante rouge.
D'après ce procédé, nous voyous que la matière colorante rouge a une plus grande affinité pour le coton que la matière jaune , et qu a l'aide du coton on peut séparer les deux matières colorantes. Nous voyons aussi que la matière colorante rouge est soluble dans les carbonates alcalins, et qu'elle est précipitée par les acides. Les alcalis la dissolvent également ; mais ils en altèrent la nature. Sa dissolution dans ies carbonates alcalins est jaune. Elle esc insoluble dans Teau. L^alcool la dissout facilement, et acquiert une belle couleur rose. Si Ton chauffe cette teinture, elle prend une nuance d'orangé. Elle se dissout aussi dans l'éther, mais avec moin$ de facilité. Les huiles, soit fixes, soit volatiles, n'ont sur elle aucune action. A la distillation elle fournit très-peu d'eau, à-peinc aucun g§z, un peu d'huile, et une portion de diaabon égale aux o,33 de son poids. Si Ton brûle ce charbon, il ne laisse aûCune trace sensible de cendres. D'après ces propriétés, dont nous devons la connaissance à Dufour, ainsi que de presque tous les autres faits concernant le carthame ,
il parah qiie la matière colorante rouge du carthame diffère de toute autre substance irécétale connue.
Lorsque le carthame eut été privé de sa matière colorante, ce oui restait était composé principalement de fibre ligneuse et oe matière terreuse. Les parties constituantes de looo parties de carthame se trouvent être , selon les expériences de Dafour, dans 1^ proportions qui suivent :
Humidité €a ParU«i
Sable et petites parcelles de la plante. 54
Gluten. : 55
Matière colorante jaune. 363
ExtractiC 4»
Résine î
Cire 9
Matière colorante ronge 5
Fibre ligneuse 496
Alumine et magnésie • 5
Oxide rouge de fer 2
Sable 12
Perte. 7
Selon Marchais, un^ portion considérable de ce qui iuàt regardé par Dufour comme de la libre ligneuse, estj «n réalité , de l'albumine.
a. Fleurs de V arnica montana. On a employé ces fleurs Arniea dans la médecine, surtout en Allemagne, ou Ion a beau- "^«^ coup célébré lemrs propriétés. Elles ont une couleur jaune , une saveur amère et acre, et une odeur aromatique très- £uble. Lorsqu'on les fait macérer dans l'eau, on obtient une liqueur d'une couleur brune, et d'une saveur amère ; elle rougit riofusion de tournesol, ne forme point de précipité avec la colle-forte, et n'altère pas la dissolution de tartrate antimonié de potasse. Avec le sulfate de fer, elle donne un
rkripité d'une couleur verte foncée , qui passe au noir par dessication. Les acides minéraux la précipitent en brun , mais les carbonates alcalins n'y produisent aucun changement*.
Si l'on fait macérer ces fleurs dans l'alcool , le liquide acquiert une couleur jaune. 11 rougit les^couleurs bleues végé-
^ BMÛUon-Li^^raDgt . Ans. de Cbin. LV, 38.
a8o PARTIES DES PLANTES.
taies ; il donne une conleur rerte avec le solfieite de fer, et devient laiteux par son mélange avec l'eau. Lorsqu'on distille cette teinture ^ l'alcool qui passe a une saveur amére , mais fl n'altère pas les couleurs bleues végétales ; tandis oue le liquide qui reste dans la cornue est trés-acide ; il précipite par Teau , et donne une couleur verte avec le sulfate de fer. Evaporé à siccité , il laisse une poudre acide et amère , qui semble être d*une nature particulière '.
Lorsqu'on distille les fleurs de l'arnica , elles fournissent une liqueur acide jaunâtre qui se colore en noir avec le sulfate de fer. Ce liquide se recouvre d'une certaine quantité d'buile. Les cendres que ces fleurs laissent, après avoir été brûlées , contiennent de la potasse , du carbonate de potasse, de l'hydrocblorate et du sulfate de potasse*. Safran. 3. Safran > Cette couleur jaune se compose des pistils du crocus sativus. Les fleurs de cette plante sont d'une couleur bleue purpurine; mais la partie supérieure du pistil est de couleur orangé foncé , et se divise en trois filamens cbarnus. On cueille ces filamens avec soin , on les dessèche, et on les presse en gâteaux.
Le safran est en filamens longs et larges d'un rouge foncé sans aucun mélange de jaune ; il est passablement sec , et cependant il est flexible et doux , et se réduit difficilement en poudre. Il a une odeur forte , agréable , qui affecte pourtant les yeux au point d'en faire couler des larmes ; sa saveur est piquante et légèrement amère '.
U n a pas encore été fait d'analyse exacte du safran. Il ne paraît pas, d'après les expériences de Neumann, qu'on puisse en extraire aucune huile volatile par la distillation. Il est cependant probable que c'est à un principe semblable qu'A doit son odeur forte; quoique ce pnncine s'y trouve en trop
tetite quantité, pour qu'il soit facile de l'obtenir séparément. >a matière colorante du safran est également soluble dans l'alcool et dans l'eau ; et c'est la substance i laquelle Vogel a donné le nom de polychroite.
» Bonillon-Lagrange, Ann. de Chim. LV, Bg.
* Ihid.
* I^cumann, p. 401.
SECTION VIII
Du Pollen.
D1N8 la plapart des végétaux, à l'époqae où la fleur est épanouie , les anthères se couvrent en quantité considérable aune matière pulvérulente, oi'dinairement de couleur jaune qui tombe sur le pistil , qu'on suppose s'en imprégner. On connaît cette matière sous le nom et pollen. Dans certaines plantes, surtout dans celles où les fleurs mâles et femelles sont séparées , la quantité en est si grande qu'on peut le recueilUr facilement.
Ce fut le docteur Lewis qui examina le premier cette pous- ExpéricncM ^ sière ; maïs la chimie n'était pas assez avancée de son temps ^* ^^^*' pour qu'il pût en faire une analyse complète. Il trouva qu'en ta faisant macérer dans l'alcool, ce liquide devient d'un jaune vif, que, mise en digestion dans l'eau, elle la colore en un jaune plus sombre , tandis que la portion non dissoute est d'un blanc jaunâtre. Les alcalis relèvent la couleur de ces infusions, et les acides la font tourner au rouge. Si l'on verse des alcalis dans la dissolution rougie , il se rétablit une couleur jaune foncée *.
Fourcroy et Vauquelin ont pubUé derm'èrement une analyse très-détaillée du pollen du phœnix dactiUfera , ou dattier , qui nous fournit un aperçu assez juste des propriétés de cette classe de substances végétales. U est au-moins pro- . bable que les végétaux divers présentent moins de différence entre eux, relativement à leur pollen, que dans leurs autres parties constituantes.
Le pollen de cet arbre est si abondant , qu'à l'époque de poiiea la fructification , il en est recouvert comihe d'une poussière ^"^ ***^«'- «paisse. L'échantiUon qu'on examina avait été apporté d'Egypte par Delille. Sa couleur était d'un jaune de soufre , et sa saveur était aierelette et désagréable. U rougissait Tinfusion de tournesol ; il donnait à l'eau une couleur jaune et on degré sensible d'acidité. L'infusion aqueuse était précipitée par l'eau de chaux et par l'ammoniaque, par l'alcool et par quelques sels métalliques.
f lf«omMiB*6 Chem. p. 43i.
l8a PARTIES DES PLANTES.'
ju:riM de rets Lorsqu'on lava le pollen dans Tean froide , ce liquide de« ** vint d'un brun roiigeâtre, avec une saveur et une odeur ai-* grelettes assez analogues à celle de la bière. Par Fé vaporation , on obtint une matière d'un brun rougeatre , qui avait la consistance et l'odeur de la mélasse , et dont la saveur était acide, mais désagréable.
f>e raicooi. L'alcool ne produisit à froid aucun effet sur cette matière ; mais à Taide de la chaleur, il devint capable d'en dissoudre une portion , et il prit une couleur foncée. Le résidu avait plus de consistance , et moins de couleur. Il se dissolvait tacitement dans l'eau , çt il s'en séparait en même-temps une substance volumineuse grisâtre. Ainsi la matière enlevée au pollen par l'infusion aqueuse , s'est divisée en trois portions. La dissolution alcooliaue évaporée jusqu'en consistance d'extrait, avait une couleur rouge, l'odeur de pommes cuites, et une saveur fortement acide, mais désagréable. Elle présentait tous les caractères de l'acide malique. La matière grise , qui refusa de se dissoudre dans l'eau , avait les propriétés du phosphate de chaux.
On s'assura que la dissolution aqueuse contenait principa«
Jement du phosphate de magnésie, de Tacide malique, et une
matière animale, qui formait un précipité abondant avec
l'infusion de noix de galle.
PartîM Le pollen , ainsi dépouillé de sa matière soluble , fut ex-
ifisdttbies. p^^ jj l»j^ip pendant huit jours sur du papier à filtrer. Aulieu de se dessécher, il prit la forme dune p&te, et entra « rapidement en putréfaction , en répandant une odeur semblable a celle de fromage vieux. Cette matière ayant été alors desséchée, elle devint demi-transparente, et d'une consistance semblable à celle de la colle forte. Avant sa dessication, elle était facilement miscible à l'eau ^ et présentait les caractères de savon. Les alcalis fixes y indiquaient la présence de l'ammoniaque. A la distillation, elle donna un liquide aqueux > qui se colorait pen-à-peu à mesure que l'opéradon avançait : bientôt après , il passa une huile rouge et du carbonate d'ammoniaque , partie en cristaux , et partie en dissolution. Le liquide contenait aussi une portion de l'huile à l'état de savon. Le charbon qui resta était volumineux , et difficile à réduire en cendres. Lorsqu'il fut brûlé , il laissa une portion assez considérable de phosphate de chaux.
4eî*«*ïS(* ^^ pollen est soluble en partie dans l'acide hydrocblorique^
POX.LSK. a83
Uacide nitrique le rédait en pâte; il se dégage du gaz azote, et eosujte , par rapplication de la chaleur , du deutoxide d'azote et de Facide carboniquç. Il se sépara une huile jan* nâtre oui vint nager à la surface, et par les alcalis on en obtint oes phosphates et des oxalates terreux. Lorsqu'on éva« pora le liquide k siccité , il laissa une matière rouge jaunâtre, extrêmement amère, TÎsqueuse, collante et entièrement soluble dans l'eau. On voit, par la description de cette matière, qu'elle devait être une espèce de tannin artificiel .11 parait donc* que , par l'action de l'acide nitrique , la portion du pollen qui est insoluble dans l'eau est convertie en huile et en tannin artificiel. La matière huileuse devint solide par le refroidissement^ elle ressemblait exactement par ses propriétés au suif traité avec l'acide nitrique.
Les dissolutions alcalines concentrées dissolvent le pollen et prennent avec cette substance les propriétés du savon, tandis qu'il se dégage de l'ammoniaque.
Lorsqu'après avoir mêlé le pollen avec de l'eau , on Faban- ^onne à la fermentation , il répand une odeur de fromage nouvellement fait , et prend la forme d'une substance vis-
JTiense. Sa saveur est très-piquante ; il contient en abondance , e fammoniaque , combinée en partie avec de l'huile , et en Îartie avec de l'acide malique. D'après tous ces phénomènes, y a lieu de croire que la partie insoluble du pollen se rapproche par ses propriétés du gluten végétal ; ou plutôt , ^*elle tient le milieu entre le gluten et l'albumine.
Telles sont les propriétés et les parties constituantes que Fourcroy et Vauquelm ont reconnues dans le pollen du dattier *. On en peut conclure qu'il se rapproche beaucoup de la nature de la matière animale.
Le professeur Liuk , qui examina le pollen dil noisetier, Poiieo reconnutqu'il différait beaucoup de celui du dattier, dont nous ^" "w»**»^venons de traiter. Il y trouva du tannin en grande quantité , une résine, beaucoup de gluten, et un peu de fibrine*. Le pollen de la tulipe, qui fut analysé avec soin par Grothus, diffère aussi beaucoup de celui du dattier. Il ne put y découvrir ni phosphore, ni pollenine. Il obtint de ao parties du pollen de la tulipe , savoir :
Ann. da Mus. d^Ilist. nat. I, ^ij, Aon. 4e Chim. LXII, 293.
9cll6B
a84 PARTIES DES PLANTES.
^,^, Albumine végétale ao^iS
iê u toijpt. M alate de chaux , avec trace de malate
de magnésie >. 5^5o
Acide maliqae • • 1,00
Malate d'ammoniaque. )
Matière colorante. • . • >...•« i,d5
Nitrate de potasse. . . . J
«oniliiiwnlM.
SECTION IX
JDes Semences ,
Les semences des végétaux forment un des articles les plus importans de nos alimens , et ils nous fournissent un grand nombre de substances utiles; aussi les a-t-on jusqu'à présent examinées avec plus de soin que les autres parties des plantes.
PwUei Elles contiennent toutes une portion considérable d'amidon, Quoique cette matière dinere un peu par ses propriétés dans diverses semences. Le gluten s y trouve aussi très-communément , mais il 7 varie beaucoup dans sa quantité et dans son i^parence. Certaines semences, telles que celles du lycopodium, renferment une matière saccharine ; mais la quantité en est toujours très-peu considérable , et ses propriétés ne sont presque jamais les mêmes que celles du véritable sucre. L'huile fixe y entre aussi comme partie constituante ordinaire. On en trouve toujours très-peu dans les semences de graminées, si toutefois on peut l'y découvrir; la même observation s'applique aux semences des papilionacées; mais danft les plantes crucifères , les semences contiennent en abondance une b^ile hmpide et presque sans saveur. Dans quelques semences il y a présence d'huile volatile; mais ce cas est rare. Certaines semences contiennent une |matière colorante particulière; et dans d'autres, telles que les semences du génet commun et de la plante à café, il se trouve une portion de principe amer.
Saussure jeune a fait voir oue le froment, et vraisemblablement toute autre espèce de blé, donne une certaine quantité de phosphore , lorsqu'on le convertit en charbon à une
f Schweigger^fi Joam. XI , a8i.
SIMBHGIS. fttS
clialeiir ménagée, et qu'on chauffe ensoite tr^^rtement ce diarbon dans une cornue de Dorcelaine. Le phosphore pro- ▼ient dans ce cas , suirant âanssnre , de k décomposition da phosphate de potasse qui existe dans ces semences y et qui est décomposé par le charbon à une très-haute température. Saussure a reconnu que le phosphate de soude , et même le phosphate de chaux j peuvent être aussi décomposés de cette manière par le charbon *. Ainsi les observations de Marçrafif et de quelques- uns des chimistes plus anciens , rdativement au phosphore qu'on peut obtenir des semences des plantes, ont été vérifiées.
Je commencerai par donner dans cette section Ténumération des propriétés de celles des semences qui sont connues sous le nom ae ilé , et qu'on emploie comme aliment; îe traiterai ensuite de celles des papilionacées, telles que les pois,. les fèves, les vesces, etc., qui servent également comme nour^ riture. Les semences des autres famUles de plantes n'ont été qu'imparfaitement examinées ; je me bornerai , en censé* quence , i présenter le détail des expériences qui ont été laites jusque présent , mais sans essayer d'étaolir aucune dassification.
Les espèces de blé les plus importantes sont le froment,, le seigle , l'avoine , l'orge et le riz.
Le froment, le triticum hyhemum des botanistes (et autres f^^,^ espèces), a été Cultivé de temps immémorial en Europe,* ainsi que dans les parties septentrionales de l'Afrique; et les semences en ont été employées comme un des articles lea plus importans d'jiUment. Et en effet , la farine de froment est la seule substance connue qui soit propre à faire de bon pain. Lorsque les semences sont parvenues à leur maturité, on les réduit en poudre très-fine à l'aide d'un moulin. On fait passer cette poudre ou farine à travers des lamis de toile de différens degrés de finesse, et elle est séparée ainsi en portions-distinctes. La fine fleur en constitue la plus grande quantité ; et après elle , ce qui produit le plus est le son , qui consiste dans l'enveloppe extérieure de la semence, et qui forme la portion la plus grossière de toute la poudre ou farine.
On n'a soumis jusqu'à présent à l'analyse chimique que la ^^^^
* Ann.dçClùm. LXV, 189.