Extrait de terreau
n mit dans chacune de £es dissolutions des plantes àupo^ tygonum persicaria ou du hidens cannabina y pourvues de Jeurs racines.
Le polygonum végéta pendant cinq semaines dans les dis-^ aolutions d'hydrochlorate de potasse, de nitrate de chaux, dliydrochlorate de soude, de sulfate dé soude , et d'extrait de terreau*, et les racines se développèrent à la manière accoutumée. La plante fut languissante dans la dissolution d'hydrochlorate d'ammoniaque, et les racines n'y firent aucun Ïrogrès *, elle mourut au bout de huit à dix jours dans les issolotions de gomme , et dans celles d'acétate de chaux *, et elle ne vécut que trois jours dans la dissolution de sulfate de (Cuivre.
En mettant dans les dissolutions un nombre de plantes de polygonum tel que la moitié de chacune de ces dissolutions lut absorbée dans l'espace de deux jours, à trouva que la moitié restante avait perdu des proportions très- différentes du sel qui y était originairement contenu. En supposant la proportion primitive du sel dans la dissolution =; 100, on trouvera dans la table qui suit la quantité qui en avait disparu dans chacune d'elles, après l'absorption de la moitié du liquide.
358 VÈGÈTÂTIOK.
B/drooLIorate de potasse 14^7
Hjdrochlorate de soade •• i3
Nitrate de chaox 4
Salfate de soude i4»4
Hydrochlorate d^ammoDÎaqae • . la
Axîéiale de chaox 8
Snlfate de cuivre 47
Sucre é 29 ^
Gorome »... 9
Extrait de terreau. S
Le bidens «bsorba à-peu-près les mêmes proportioDs; mais en général il ne végéta pas aussi long-temps que le polygonum. Dans ces expériences , ce furent le sulfate de « liivre et le sucre que les plantes absorbèrent en plus grande abondance , et ces substai^ces «taient celles qui nuisaient le plus à la plante. Saussure explimie cette anomalie apparente , ep supposant qu'une portion des racines lut bientôt détruite dans ces liquides, et qu'alors elles absoiiiaient indistinctement la dissolution.
En faisant dissoudre différens sels à-la-fols dansles mêmes dissolutions, et en y faisant végéter des plantes , on trouva que différetites proportions des sels furent absorbées* La table qui suit, présente le résultat de ces expériences, dans i:t même supposition que le poids de cliaque sel avait été originairement de cent. Chaque dissolution contenait un ceijtiéme de son poids de chaque sel.
Di»oIuti<m«. ' SELS. Sel »bu>rb4
^ ( Sulfate de soudé effleuri.... 11,7
\ Hydrochlorate de soude.. . \ 22^0
( Sulfate de soude efileuri. ... 13
\ Hydrochlorate de potasse. . . 17
7 C Acétate de chaux S
\ Hydrochlorate de potasse.. $3 -
/ C Nitrate de chaux. 4»5o •
\ Hydrochlorate d'aromoniaq. i6,5o
^ C Acétiite de chaux 3i
( Sulfate de cuivre 34
g (^Nitrate de chaux 17
X Sulfate de cuivre 34
C Sulfate de soude 6
7 < Hydroclilorate de soude... 10
( Acétate de chaux o
( Sucre 34
Gomme .*•. • a6
HDTmXlON BBS PI.ANTES. ZSg
Ces expériences réussireat ihpea-près également avec d'antres plantes , telles que la mentka piperita, et le sapin d'Ecosse. Quand on retranchait les racines , les plantes absorbaient indistinctement toutes les -dissolutions. En exami^ nant les |dantes , on trouva que les tels absorbés nlavaiewt éprouvé aucune alteraUon*.
On voit donc que les plantes n'absorbent pas les Corps ssdins indistinctement. Saussure suppose que la différence dépend du degfé de fluidité de la dissolution , plutôt que dlaucune faculté d'affinité dans la racine. Mais s il en était ainsi\ il serait diffidie (f expliquer pourquoi la proportion d*eatt absorbée serait beaucoup plus considérable que celle du sel qu'elle tient en dissolution.
5. L'eau , l'acide carboniqoe , Toxieéne , et peut-être aussi N/ceaH* les terres et les sels , constfli^nt une partie de la nourriture poar i-accroiù des {Jantes; mais il #st évident que leur nourriture n*est pas "^11^14^ fournie en totaL'té par ces substances. Il est bien connu , que lorsqu'on fait produire successivement des végétaux au même terrain, il finit par s'épuiser ou devenir stérile. Pour empêcher que cela n'arrive, les cultivateurs sont obligés de garnir tons les ans leurs terres d'une certaine quantité d'engrais. Sans cet engrais , ou quelque chose d'équivalent, les ▼égÀanx ne pourraient profiter ou donner des semences parCaites. L'eau, l'air, les terres et les sels ne les empêcheraient pas de périr. Giobert fit un mélanse des quatre terres, la silice, Valumine , la chaux et la magnésie , dans les proportions OHiTenables pour constituer un sol fertile ; et après les avoir humectées avec de Teau , il y planta plusieurs végé- . taux; nuis il ne s'en développa bien aucun que lorsque le naélange eut été arrosé avec de l'eau de fumier. Lampadius planta differens végétaux dans des compartimens ae son jardin, dont chacun était rempli de lune des terres pures, et il les arrosa avec le liquide qui découlait d'un fumier. Ils prirent tons leur accroissement, malgré la diversité du sol; et chacun d'eux contenait les parties terreuses constituantes ordinaires des plantes, quoique ces parties constituantes n'exis*^ tassent pas dans le sol.
Ce ne sont pas tes terres qui constituent im sol fertile , mais ce sont les débris des substances animales et végétales ,
* SaossoTOy Reclisrcbei , p^ ^47 et 261.
36o vÉcÉTATior.
et la proportion qui |)eut en être tenue en djssolnti'on dans l'eau. Il parait , d'après les expériences de Hassenfratz, que les substances employées xomme ensrais produisent leur effet eu raison de leur degré de putréuctioo. Celles qui sont ik-eet égard les plus avancées agissent le plus promptement , et par conséquent perdent le plus vite aussi leur efficacité* Hassenfrat^ ayant garni d'engrais deux pièces de la même espèce dt sol. Tune avec un mélange de fumier et de paille k un haut dfffé de putréfaction, l'autre avec le même me* lange Douveiftment fait y et la paille presque fraîche , fl ob* aerva que^ pendant la première année , les plantes ^ qui voletèrent sur le sol où était l'engrais en putréfaction , produisirent une récolte beaucmip plus abondante que l'autre; mais la seconde année ( sans qu'il eût mis de nouvel engrais dans l'uue ni dans l'autre terre ) ^ ce Ait le sol où était le fumier non encore pourri, qui donna la meilleure xéeolte. La troisième année , ce fut encore ce dernier sol qui eut Tavantage ^ après quoi les deux sols parurent être l'un et l'autre également épuisés '. n est évident que le fpmier bien pourri avait agi le premier, et que le premier aussi il perdit son effet. Il ré* suite de ces essais , que le carbone n'agit comme engrais que lorsqu'il est dans un état particulier de combinaisiHi; et que cet état, quel qu'il soit, est évidemment produit par la putréfaction. Une autre expérience du même chimiste rend cette vérité encorq plus frappante. Il laissa séjourner pendant huit à dix mois des copeaux et des éclats de bois dans un lieu humide jusau'à ce qu'ils eussent éprouvé un commencement de putréfaction, il les fit ensuite transporter et ré» pandre sur des terres comme engrais. Les deux premières années , ces terres ne produisirent pas plus que aes terres semblables qui n'avaient pas été fumées. La troisième année, la production fut plus abondante , fa quatrième davantage encore, et la cinquième, les terres furent à leur maximuoi de fertilité; après quoi cette fertilité diminua sensiblement fusqu'à la neuvième année, où l'engrais fut entièrement consommé *. Dans cet essai , l'effet de l'engrais dépendait évidemment de ses progrès en putréfaction* 'l^^liSS! Lorsqu'on laisse les végétaux se putréfier en plein air, ils
• Ann. de Chim. XIV, 5;.
• Ibid. p. 58.
VUTRITION DES PLANTES. 36l
«e convertissent en une substance noire grossière , connue sous le nom de terreau végétaL Les plantes croissent avec vigueur dans ce terreau. C'est la substance qui rend si fertiles les terres nouvdlement cultivées en Amérique, etc*; lorsque le terreau est exposé à Tair dans le cours ce la omture desserres, il se dissipe et se détruit peu-à-peu, et les terres sont alors appauvries. Ce terreau végétal , est donc évî-^ demment Tune des grandes sources de la nutrition dès plantes. U mérite par conséquent d'être particulièrement examiné.
On doit à Saussure, ainsi qu'à Einbof , la description de sm propriété «es propriétés et de ses parties constituantes. Saussure employa dans ses expériences du terreau végétal pur, qu'il s'était procuré sur des troncs d'arbres et sur des rochers élevés j où il n'était modifié par aucune matière animale. En le passant à travers un tamis, il en sépara les débris de végétaux non décomposés qui s'y trouvaient mêlés '^. En distil-
gram.
lant 10,60 de terreau de bois de chêne, il obtint les produits suivans; tandis que la même quantité de bon bois de chêne non décomposé , lui fournit les mêmes parties constituantes daûs les proportions indiquées ici.
Terrtu; Chêne.
Gaa, hydrogène carboné. a4S6 cent. c^. 2298 cent cob.
Acide carbonique 675 SjS
Eau , tenant en dissolution de l'acétate d'am- gr. ^r. noioniaqae 2,81 4»24
Huile empyreumatique . o,53o 0,689
Charbon 2,7o3 2,2o3
Cendres ;.. 0,424 0,27
On obtint à-peu-près les mêmes résultats en faisant des expériences semblanles sur d'autres végétaux, et sur le terreau qu'ils fournissent par leur destruction. Il en résulte , qu'à poids égaux, le terreau contient plus de charbon que les végétaux desquels il provient. Il fournit aussi plus d'ammoniaque, et par conséquent il contient plus d'azote.
Les acides ont peu d action sur le terreau. L'alcool lui enlève une certaine quantité d'extractif et de résine. Les alcalis fixes le dissolvent presque complètement ; et il se dégage de J'ammoniaque pendant la dissolution. Les acides en préci-
* Recherches sur la Végétation y p« 16a.
36a VÉGÉTATION.
titent une petke portion d'une poudre brune combust&k* ,'eau dissout une portion d'exiractif; mais la quantité en est très -petite, spécialement dans le terreau de sols fertiles, loooo parties d'eau, abandonnées pendant cinq jours sur du terreau de gazon, ne se trouvèrent avoir dissous que a6 parties d extrait ; et la même quantité d*eau, laissée sur le sol d'un thamp qui avait fourni une belle récolte de froment , n'avait dissous que quatre parties. H parait, d'après les expériences de Saussure, qu'un terreau j oui par des décoctions successives, avait Àandonné à l'eau DouiUante les 0,09 de son poids d'extrait, ne produisit pas oui aussi bon effet sur des fèves, qu'un autre terreau qui ne contenait que la moitié de cette quantité de matière solaïUe. Mais lorsque le terreau est entièrement dépouillé par l'eau bouillante de sa partie soluble^ bien qu'il conserve encore la môme apparence , il n'est plus aussi propre à alimenter les plantes que le terreau qui n'a pas été ainsi épuisé'.
L'extrait ainsi obtenu du terreau par Saussure tfétait pas déliquescent à l'air. A la distillation, il fournissait du carbonate d'ammoniaque» Il n'altérait point les couleurs bleues végétales. Réduit en consistance de sirop, il avait une saveur sucrée; il précipitait par son exposition à l'air, et se troublait lorsqu'on le mêlait avec de l'eau de chaux, avec du carbonate de potasse, et avec la plupart des dissolutions métalliques* L'alcool n'en peut dissoudre qu'une portion, et cette portion est très«déliqoescente *.
Partie» Suivant les expériences d'Einhof, l'extrait obtenu du ter- >«tita«oif 1. reau a presque les mêmes propriétés que le principe extrac* tif. Le terreau qu'il employa était celui du sol d une forêti et il s'était formé de feuilles d'arbres et d'herbes putréfiées. U était noir, ferme, il ne produisait aucun changement sur les couleurs bleues végétales, et ne contenait pas de plantes noà décomposées '. L'eau dans laquelle on fit bouiUir ce terreau, était d'abord sans couleur; mais par son exposition à l'air elle acquit une teinte brunâtre. La substance qu'elle tenait en dis- . solutipn avait précisément les mêmes caractères que Pextractif.
Braconnot fit aussi des expériences sur le terreau végétal ,
' ReclMrcfaefc, p. 170.
■ Ihid. p. 174.
«GcWcn's Journ. VI,B73.
HUTKITIOir BSS PLiUTES. 363 /
il sWari qu'il ne contenait rien de soluble dans Vean. Il se trouva , dans ses antres résultats, d'accord avec-Saussure| En faisant bouillir le terreau arec une lessive alcab'ne, il y en eut une portion dissoute. J^e résidu avait exactement l'apparence du cfaarbon de terre '.
Outre ce terreau végétal fertile, Einhof en examina un Terreaa autre d'une nature différente, auquel il a dooné le nom de ^«***^»*'»^' terreau végétal acide. II se trouve dans les prés bas et dans les marais ; et les plantes qui y croissent , sont lea différentes espèces de cjfvjr^ dej'uncus et (Teriophorum. Hformeanssi !u partie principale du terreau des situations élevées et des landes, où le sol est couvert de bruyères , ( erica vulgaris ). Ce terreau âe distingue du précédent en ce qu'il contient une portion notable d'acide pbosphorique et d'acide acétique, qui lui doiHient la propriété de rougij les coulefirs bleues végétales. L'extractif qu'il contient est principalement insoluble dans l'eau '. Ce terreau végétal acide ressemble beaucoup à la tourbe, et il est probable quil se convertit en dette sub* stauce-, car, comme ce terreau, la tourbe contient une portion d'acide pbosphorique, et probablement aussi d'acide acétique, et une matière extractive qui se dissout facilement dans les dJcalis, quoique peu soluble dans l'eau ^.
£inhof a observé, que le terreau végétal acide ne se trouve . Actio.
(amais dans ceux des sols ou la chaux abonde, et qu on peut y» termu. e modifier et le réduire à l'état d un très-bon terreau , par l'action de la chaux et de la marne. H est clair que ces engrais neutralisent les acides, et rendent ainsi l'extractif, et autres substances végétales, susceptibles d'éprouver l'action de l'air , de fournir de l'acide carbonique, et de prendre les difftrens états convenables pour la nourriture aes végétaux. 11 €St probable qu'ils agissent directement aussi sur la matière v^étale , et occasionnent des décompositions favorables à la végétation. De U, l'efficacité de l'emploi de la chaux pour les marais, et pour les terres aigres en général.
II parait donc ainsi, que les plantes sont alimentées principalement par cette portion de matière végétale qui devient adûble dans l'eau, et qui acquiert les propriété^ de l'extrac-
" Ann. de Chim. LXI, 191.
» Gehlen^s Journ. VI, 379.
! Einhof Gtlilen'» Journ. III, 400.
364 TÉGÉTATIOtr.
tif ; que la quantité dans le sol, n'ea^doit être ni trop grande, ni rrop petite ; que la partie insoluble du terreau végétal prend peu-à-peu cet état , soit par l'action de l'atmosphère , soit par celle de terres ou de sels *, que la présence d'un acide, en contrariant ce changement , nuit à la qualité nutritive du terreau végétal; et que la chaux est utile, en partie pour neutraliser l'aode, et en partie pour accélérer la décomposition du terreau végétal.
cngrau Les CRgrais animaux fournissent «probablement des ma- «nimaux. |^JJ^J semblables au terreau végétal. Ils empêchent sans doute la formation d'acides, ou ils les neutralisent lorsqu'ils sont formés. Ils contribuent aussi à la décomposition et à la solubilité de la matière végétale. Les effets remarquables que produisent les engrais animaux sur l'accroissement des végétaux sont bien connus, quoiqu'il nous soit impossible d'indiquer la manière dont ces Sngrais agi9i^t. On a publié sur ce sujet deux séries d'expérieuces faites avec beaucoup de soin et avec beaucoup d'intelligence. La première, par Ëtnhof et Thaer> consiste dans un examen des excrémens du gros bé« tail'. La seconde , par Berzelius , a pour objet des recherches sur la matière excrémenteuse humaine *. Les résultats de ces recherches ajoutent considérablement i nos connaissances sur les substances animales. J'aurai par conséquent occasion d'en parler dans la suite de cet Ouvrage ; mais comme ils répandent fort peu de jour sur l'emploi de ces matières , comme engrais, il est inutile d'entrer ici dans aucun détail sur les , parties constituantes dont ces chimistes les trouvèrent composées.
Nourriture Tel est l'état actuel dt nos connaissances relativement à la «îîé^îé?d« nutrition des plantes, auunt que l'aliment leur est fourni par r«cinti. le sqI qû elles végètent. Il est probable que leur nourriture n'est absorbée que par les extrémités des racines ; car Duhamel observa que la partie du sol la plus promptemeDt épuisée, est précisément celle où se trouve le plus grand nombre des extrémités|de racines '. C'est par cette raison que les racines des plantes s'alongent continuellement. Elles deviennent par ce moyen capables d'aller en quelque sorte à
' Gehlen^s Journ. III. 276.
• Ibid.Vi, 509.
? Physique des Arbre», II 1 3^9.
MOUviitBNT SX LÀ siri. SES
k quête de lenr noarrhiire. Les extrémités des racioes sembiept avoir une organisation particolière, qui leur rend plus facile rimb3)ition d'humidité. Si Ton coupe l'extrémité d un« racine, elle ne pousse plus en longueur : par conséquent son udlité comme racine, est en grande partie détruite. Mais ft sort alors de ses côtes des Sbves qui* en remplissent les fonctions , et qui absorbent la nourriture par leur extrémité. Dans certains cas même, toute une racine périt lorsqu'on en retrandie l'extrémité, et il s'en forme une nouvelle à sa'pkce. Le docteur Bell nous apprend que c'est ce qui a lieu avec la jacinthe "^^
Les extrémités des racines n'ont aucune ouverture visible, n fî»it<^'«ir*
D'où l'on peut conclure que la nourriture qu'elles absorbent, a^^^^^m.,
de quelque manière que cela ait lieu , doit être à l'état de
dissolution. Et comme l'eaiL dans la végétation est d'une
nécessité absolue , il est probable que ce liquide est le
dissolvant. Et en effet , la matière charbonneuse dans tous
les engrais actifs est dans un tel état de combinaison qu'elle
est soluble dans l'eau. Tous les sels qu'on suppose faire