COMBINAISON
diverses qu'elles produisent , nous considérerons ce sujet sous un point de vue général dans ce chapitre, en lixant spécialement notre attention dans les sections suivantes ; i.° sur les proportions dans lesquelles les corps se combinent -, 2.0 sur ïordre quils suivent dans leurs décompositions entre eux j et 3.° sur les moyens de les séparer les uns des autres. Quelquefois Tune des parties constituantes prend la forme de gaz ou de vapeur. On la dit alors volatilisée ou évaporée; quelquefois aussi un des constituans du corps tombe au fond du composé liquide ; dans ce cas , on exprime cet effet en énouçant qu'il est précipité.
SECTION PREMIÈRE
De la Combinaison.
On a vu dans les chapitres précédens que parmi les corps 8 en est beaucoup qui ne sout pas susceptibles d'union entre eux; mais que pour la plupart ils peuvent entrer en combinaison et former des composés nouveaux. On peut diviser en deux classes les composés ainsi produits. Quelques-uns c££V*xu. ne diffèrent que de très-peu dans leurs propriétés de celles deJeurs parties constituantes, tandis que d'autres en acquièrent qui sont extrêmement dissemblables. Dans le premier cas, eu effet, les corps sont si peu altérés par la combinaison, que quelques chimistes out prétendu qu'elle n'avait pas lieu , et ont supposé que les corps n'étaient que mécaniquement mêlés.
1. A la première classe de corps appartiennent toutes D^wiutioMt celles des combinaisons que, d'après Bcrinollet , nous avons appelées dissolutions. Dans les dissolutions, toutes les substances qui se combinent sont quelquefois daus le même état. Celte classe se compose des liquidas mélangés, des alliages métalliques et d'un petit nombre d'autres composés solides. Daus ces corps , les proportions de toutes les parties constituantes peuvent varier indéfiniment -, ou des substances daDS le même état sont capables de se dissoudre dans toute proportion quelconque entre elles.
Les corps qui se dissolvent réciproquement sont quelquefois dans des étals différens. L'eau et Beaucoup d'autres liquides dissolvent tous les gaz \ et tous les gaz dissolvent l'eau et
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plusieurs autres liquides. L'eau, etc. dissout divers solides, et il est un grand nombre de solides qui se combinent avec l'eau. Dans tous ces cas de dissolution , il y a pour l'une des substances un maximum de quantité au-delà de laquelle (en supposant la quantité de l'autre substance fixe) le surplus ne sera pas dissous.' La dissolution des gaz dans les liquides n'a lieu que pour une portion déterminée de chaque gaz dans un volume donné du liquide. De même, un gaz ne peut dissoudre qu'un volume déterminé de liquide. La combinaison d'un li-
3uide avec un solide ne peut s opérer que dans la proportion 'un poids déterminé du liquide, si d'ailleurs le soliae n'est pas susceptible de prendre l'état liquide ; car tout hydrate ne peut contenir qu'un certain poids d'eau. Lorsqu'un liquide dissout un solide, il n'en prend qu'une quantité déterminée, et alors il perd toute action sur le surplus. On voit ainsi qu'il est, pour la dissolution entre elles des substances dans des états différens, un maximum et un minimum de quantité; mais qu'en dedans de ces limites, elles peuvent se dissoudre dans toute proportion quelconque.
Quelques liquides dont la cohésion ou l'état diffèrent beaucoup, quoique celui de liquidité leur soit commun, ne peuvent se dissoudre entre eux que dans de certaines proportions. C'est ainsi que l'eau ne peut se charger que des 0,10 de son poids detner. De tels liquides ressemblent à des substances dans des états différens,et suivent par conséquent la même loi relativement à leurs dissolutions réciproques.
combi»i»oiii a* ^n a Pms ort*'na>rement et p'n? particulièrement coo- Cfluhniqù«°a sidéré comme combinaisons chimiques , l'union entre eux de ceux des corps qui produisent des composés dont la différence avec leurs parties constituantes est très-grande. Dans tous ces corps, il existe évidemment une tendance à ne se combiner que dans des proportions déterminées; et daus les exemples les plus remarquables , ces proportions sont en très-petit nombre, n. nt Les gaz ne s'unissent que dans une, deux ou tout au plus que dau. trois proportions ; et il est très- rare que nous puissions les pr^rtfôaT combiner directement dans plus d'une proportion. C'est ainsi que l'oxigène et l'hydrogène, l'hydrogène et l'azote ne s unissent que dans une seule proportion L'oxigène et l'azote s'unissent en cinq proportions; mais ce n'est que daus une seule proportion que cette union peut s'opérer directement. Les
COMBINAISON. l65
autres combinaisons s'obtiennent en décomposant celle formée directement.
La combinaison d'un corps «azenx avec un corps solide est également limitée à de certaines proportions. On produit facilement l'union de l'oxigène avec le carbone , en deux proportions, avec le phosphore et le soufre dans trois proportions ; mais à peine peut-on unir ces substances dans plus d'une proportion lorsque c'est par voie directe. Avec les métaux aussi l'oxigène s'unit ordinairement dans un petit nombre de proportions. L'hydrogène s'unit au carbone dans deux proportions , et probablement de même aussi avec le phosphore et le soufre.
Lorsque les substances qui entrent en combinaison sont au nombre de plus de deux, celui des proportions dans lesquelles elles Sont susceptibles de s'unir, augmente souvent ; et c'est ce qui, dans beaucoup de circonstances, nous induit en erreur lorsque nous essayons de déterminer ce nombre de proportions. Ainsi, l'azote, le carbone, l'hydrogène et l'oxigène sont presque les seuls élémens qui entrent dans la formation de toutes les substances végétales et auimales dont la variété est si multipliée ; mais comme chacune de ces substances affecte toujours les mêmes propriétés , il y a lieu de croire que, même dans ces cas compliqués, les proportions ne sont pas absolument illimitées, mais qu'elles sontnornées et déterminées comme daos les cas les plus simples où il est en notre pouvoir de nous en assurer; et si eu effet il n'en était pas ainsi, on ne pourrait pas s'attendre à trouver dans deux substances animales ou végétales précisément les mêmes propriétés.
Il n'y a pas de corps liquides , strictement ainsi appelés , qui soieut susceptibles de l'espèce de combinaison intime que nqits considérons ici. Toutes celles qu'ils forment sont de la classe des dissolutions.
Les solides qui se combinent intimement, semblent d'abord être capables de varier dans leurs proportions d'une manière presqu'illimicée. C'est ainsi que le soufre peut être fondu avec l'antimoine, le fer ou la potasse, en toute proportion, et qu'on peut ajouter de même en toute proportion de l'ammoniaque liquide à l'acide nitrique. Mais dans tous ces cas, on ne peut pas rigoureusement considérer la combinaison comme étant de la nature de celles intimes dont nous nous occupons, à
ï66 COMBINAISON ET DÉCOMPOSITION.
moins qu'on ne limite la quantité de chacune des substances qui la forment à de certaines proportions déterminées. Si les proportions sont illimitées, la combinaison appartient à la classe des dissolutions; les propriétés de la partie consti- . tuante qui prédomine restent les mêmes, et sans avoir été altérées. Toutes' les fois que la combinaison est intime , et que les propriétés des substances qui Pont produite sont aéguisées , alors les proportions sont non-seulement limitées , mais encore dans la plupart des cas elles n'excèdent pas uoe ou deux. Ainsi, pour former les sels neutres, il faut combiner l'acide et la base dans une proportion déterminée.
Ainsi donc nous avons lieu de conclure que , dans les cas de dissolution chimique , les ingrédicns s unissent dans toute proportion quelconque, excepté lorsque la proportion de l'un d'eux est limitée par la différence de son état d'avec celui de son dissolvant ; comme, par exemple, lorsque le dissolvant étant liquide, la substance dissoute est gazeuse ou solide. Mais dans les cas de combinaison chimique, les ingrédiens affectent des proportions déterminées; proportions qui dépendent vraisemblablement de la tendance qu'ont les corps à se combiner atome à atôme, ou dans le rapport d'un atome de l'un avec un nombre déterminé d'atomes de l'autre.
SECTION IL
De la Décomposition.
E*etnpîM Si dans une dissolution de nitrate d'argent on verse de la aécomÎLiiioa PolnSre liquide, une portion de l'oxidc métallique se sépare "aussitôt de la dissolution , et tombe au fond de la liqueur. Ainsi la potasse a la propriété de décomposer le nitrate d'argent ea séparant l'oxidc de ce métal. De même en ajoutant de la soude à une dissolution de sulfate de magnésie, la magnésie abandonne l'acide, et tombeau fond de la liqueur, tandis que la soude prend si place. C'est précisément l'effet inverse qui a lieu lorsqu'on ajoute de l'eau de barite à une dissolution de sulfate de soude. La barite et l'acide sulfurique se séparent et se précipitent dans la liqueur à l'état de combinaison , et la soude reste en dissolution. On obtient le meine résultat par l'addition d'acide hvdrochlorique à une dissolution de nitrate d'argent. L'acide hydrochlorique et l'oxidc
d'argent se précipitent à I état d'union en laissant l'acide nitriijue. En mêlant ensemble des dissolutions d'hydrochlorate de barite et du sulfate de soude, l'acide sulfurique et la barite se séparent delà liaueur à l'état de sulfate de barite, tandis que l'acide hydrochforique et la soude, également combinés, y restent dissous. La même chose arrive avec l'oxalate d'ammoniaque lorsqu'on le mêle avec du nitrate de chaux. L'acide oxalique et la chaux se séparent combinés, tandis que l'acide nitrique et l'ammoniaque , dont l'union a formé un nitrate d'ammoniaque, continuent d'être en dissolution dans la liqueur.
Puisqu'il est ainsi des substances qui ont la propriété d'en séparer d'autres des composés dont elles sont parties constituantes, le principal objet des chimistes doit être de rechercher quel est un corps x capable d'opérer la séparation d'un corps a d'avec un autre corps b. Et celui-là aura fait le plus de progrés dans l'art de l'analyse et dans la pratique de la science , qui sera parvenu à trouver ce corps x dans le plus grand nombre de cas.
Dès les premiers âges de la science , les chimistes com- Attribué» menecreut à recueillir des exemples de ces décompositions , 4 1*ffijul* et à essayer de les expliquer. Mayow semble être un de ceux qui, les premiers, considérèrent ce sujet sous son véritable point de vue. Nous avons de lui une dissertation sur la com- Dinaison des acides et des bases, ainsi que sur leurs décompositions, dans laquelle oh trouve un très-grand nombre de faits établis avec Beaucoup d'exactitude , quoiqn'à raison de la connaissance alors imparfaite des snbstances , il se soit souvent trompé dans ses explications*. En 1 7 1 8 , Geoffroy imagina de réunir dans une table les substances rangées dans Tordre suivaut lequel elles peuvent réciproquement se séparer d'un corps quelconque donné. Cette table fut depuis corrigée et augmentée par différens chimistes, spécialement par Gellert et Limbourg. Mais ce fut Bergman qui, le premier, ramena la doctrine de la décomposition à un système régulier, qui en donna, avec une série complète de tables , ' une théorie lumineuse et satisfaisante, en rendant raison des anomalies ou exceptions apparentes à cette théorie dont les
♦ Mayow, Tract. I, c. \\t p. a3a, de salium congressa et precipitatione.
l68 COMBINAISON ET* DÉCOMPOSITION.
expériences de Baume, Marheir et autres chimistes avaient fait voir qu'elle était susceptible. Sa dissertation, publiée pour la première fois en 1775,1e fut depuis dans une forme plus parfaite en 1783. Les opinions de ce savant furent universellement adoptées par les chimistes qui , jusqu'à ces derniers temps encore , les considéraient comme la base de tonte la science, et n'avaient d'incertitude que sur les moyens de remplir les vides qu'il avait laissés.
Berihollet avança, au commencement de ce siècle, une opinion bien différente de celle de Bergman. L'affinité, suivant lui, produit toujours combinaison, et la décomposition , lorsqu'elle a lieu , doit être attribuée à la cohésion , l'élasticité , ou à quelque pouvoir semblable, qui tend à occasionner la séparation de quelques-uns des constituans. Du reste, je pense que Berthollet est parvenu à détruire toutes les opinions qui avaient déjà été imaginées sur le sujet, mais il n'a pas aussi bien réussi à établir la sienne propre.
Comme les tables d'affinité, ainsi qu'on les a appelées, ont été ainsi reconnues pour ne pas indiquer l'ordre réel des affinités; et comme les décompositions , d'après lesquelles ces tables sont formées, sont souvent illusoires et rarement complètes, les tables elles-mêmes doiveut être considérées comme de peu de valeur, et comme pouvant donner lieu, dans la plupart des cas, plutôt à induire en erreur que de fournir aes documens exacts. C'est par cette raisou que je n'ai pas cru devoir les présenter dans cet ouvrage*. TjMei Des tables de décompositions, si l'on pouvait en construire, <j<!eoinpoiitioo. ne fussent-elles même que partielles, seraient d'un grand avantage ; mais malheureusement ce n'est que dans un nombre de cas très-limités qu'on peut reconnaître l'ordre suivant lequel les corps se décomposent entre eux. Il faut, dans la plupart des circonstances, se contenter de l'analogie. On a formé les tables qui suivent , en partie d'après l'ordre de décomposition, et en partie d'après celui de combinaison, qui ont lieu lorsqu'on présente à-la-fois deux corps à un troisième. Elles peu veut être de quelqu'utilité dans la pratique, quoiqu'elles ne répandent que peu de lumière sur la force d'af- •
* Je placerai h la fin de ce chapitre la partie la plus importante de la table de Bergman ,. parce qu'on y a souvent recours.