MEMBRANES, TENDONS, LIGAMENS ET GLANDES
SECTION V
Des Membranes, Tendons, Ligamens et Glandes.
Ces substances n'ont pas encore été soumises jusqu'à
Î présent à une analyse chimique rigoureuse ; mais d'après es propriétés qu'on leur a reconnues , elles paraissent avoir plus de ressemblance avec la peau qu'avec toute autre substance animale.
i. Les membranes sont des corps minces et demi-trans- MenAttawi païens qui enveloppent certaines parties du corps, et spécialement les viscères ; telles sont, la pie-mère et la duremère, la plèvre, le péritoine, le périoste, etc. Ces substances sont molles et flexibles. Lorsqu'on les fait macérer dans l'eau, elles se gonflent , et deviennent en quelque sorte pulpeuses. Par une décoction long-temps continuée dans l'eau chaude, elles se dissolvent presqu'entièrement , et la dissolution se prend en consistance de gélatine par le refroidissement. Elles sont donc susceptibles de se convertir par la décoction dans la même substance que le derme , et par conséquent on doit les considérer comme étant composées de parties semblables. On peut, comme les peaux, les tanner aussi et les convertir en cuir. D'après les expériences de Hatchett , elles ne àiT^îu?1 paraissent pas contenir de phosphate de chaux comme partie constituante, et à peine aucune autre matière saline; car, après la calcination , elles ne laissent presque point de résidu. C'est ainsi que 200 parties de vessies de cochon ne donnèrent que 0,0.2 de partie de résidu *.
2. Les tendons sont des corps forts , brillans , nacrés , qui „, . terminent les muscles , et les attachent aux os. On les connaît dans le langage ordinaire, sous le nom de nerfs. Lorsqu'on les fait bouillir, ils prennent la forme d'une substance gélatineuse demi - transparente , d'une saveur agréable , bien connue dans la viande bouillie. En continuant la décoction , ils se dissolvent entièrement , et se convertissent en gélatine. Oxi peut conclure de ces faits , que les tendons sont composés des mêmes principes que les membranes et le derme.
* Phil. Trans. IJ9Q, p. 333.
53o PARTIES DES ANIMAUX.
lumens. 3. On a donné ce nom à de forts liens qui joiguent ensemble les os dans les différentes articulations. Ce sont des substances fibreuses, très-denses et très-fortes, et un peu élastiques. Lorsqu'on les fait bouillir, ils fournissent une portion de gélatine ; mais ils résistent à l'action de l'eau, et ils conservent encore leur forme et même leur force après une longue ébullition. Les ligamens diffèrent en conséquence essentiellement des deux dernières substances. Il reste à déterminer jusqu'à quel point ils ressemblent à l'albumine coagulée : il n'est pas invraisemblable qu'ils forment genre à part.
Giaades. 4- On appelle ainsi des corps qui servent à former ou à altérer les différais. liquides employés dans le corps animal pour ses besoins divers. Il y a des glandes de deux espèces : i.° celles qu'on appelle conglobées , qui sont petites et éparses dans les limphatiques : 2.0 celles , telles que le foie, les reins, etc., qu'on nomme conglomérées. Fourcroy suppose que les premières sont composées de gélatine, mais cette opinion ne paraît pas probable. Les anaiomistes ont examiné avec le plus grand soin la structure des grosses glandes : mais nous ne connaissons pas eucore leur composition; et même, dans l'état actuel de la science, une analyse exacte de ces corps compliqués est extrêmement difficile.
SECTION VI
Du Cerveau et des Nerfs.
Le cerveau et les nerfs sont les instrumens de la sensation, et même du mouvement ; car un animal perd la faculté de mouvoir une partie quelconque de son corps, dès l'instant que les nerfs qui y entrent sont coupés.
Le cerveau et les nerfs se ressemblent beaucoup ; et il est probable qu'ils sont formés des mêmes principes ; mais jusqu'à présent on n'a fait aucune tentative pour analyser les nerfs. M. Tbouret1 , Fourcroy3 et Vauquelin 3 sont les seuls chimistes qui aient examiné la nature du cerveau. " '•'•'■» Le cerveau est composé de deux substances, qui diffèrent
\ eau. r i i
' Journ. de Pl.ys. XXXVIII, 3ag.
» Ami. de Chim. XVI, 282.
* Armais ofphilosopliy, I, 333.
CERVEAU ET KERFS. 53 1
un peu dans leur couleur, mais qui, sous d'autres rapports, paraissent être de la même nature. La matière extérieure, qui a quelque ressemblance par sa couleur avec les cendres de bois, a été appelée par cette raison la partie cendrée ; la matière intérieure a reçu le nom de partie médullaire.
Le cerveau est une substance molle , douce au toucher, à-peu-près comme le savon ; sa contexture paraît être trèsserrée-, sa pesanteur spécifique est supérieure à Celle de l'eau. Lorsqu'on garde le cerveau dans des vases fermés où l'air extérieur n'ait pas d'accès , il reste pendant long-temps sans éprouver d'altération. Fourcroy ayant rempli presque complètement un vase de verre de parties cérébrales , il y adapta un appareil pneumatique; il y parut d'abord quelques bulles de gaz acide carbonique, mais les parties du cerveau y restèrent plus d'une année sans éprouver d'autres change m en s *.
Le cerveau exposé à l'air présente des phénomènes bien différeus. A la température de itjo centigrades , il exhale, au bout de peu de jours, une odeur extrêmement fétide, il devient acide , prend une couleur verte -, et il s'y manifeste trèspromptement une grande quantité d'ammoniaque.
Le cerveau ne se dissout en aucune proportion quelconque ir. cn dans l'eau froide; mais en le triturant avec de l'eau dans unilel'^u-ffo1de mortier, il forme avec ce liquide une émulsion blanchâtre, qui parait homogène, et qui peut cependant passer à travers un liltre, sans laisser précipiter le cerveau par le repos. Lorsqu'on chauffe cette émulsion jusqu'à 63° centigrades, il se forme un coagulum blanc. L'addition d'une grande quantité d'eau fait aussi paraître un coagulum, qui nage à la surface-, mais l'eau conserve encore une couleur laiteuse. Lorsqu'on verse de l'acide sulfurique dans l'émulsion aqueuse du cerveau , il s'en sépare des flocons blancs qui nagent à la surface , et le liquide devient rouge. L'acide nitrique produit les mêmes effets, si ce n'est seulement que le liquide prend une couleur jaune. L'alcool sépare aussi un coagulum blanc de l'émulsion, après un mélange de quelques heures. Lorsqu'on ajoute assez d'acide nitrique à l'émulsion pour l'acidifier légèrement, il s'en sépare aussi un coagulum. Ce coagulum est blanc , insoluble dans l'eau et dans l'alcool. La chaleur le
* Ann, il* Cliim. %YÎ 297.
ramollit: mais elle ne le fond pas. A la dessication il devient transparent, et se brise avec une cassure vitreuse1. Il a donc de la ressemblance avec X albumine. Ve i'ac?êe Lorsqu'on triture le cerveau dans un mortier avec de tuMunque. i>acj,je sulfUrique étendu , il s'en dissout une partie ; le reste peut être séparé par la liltration sous la forme d'un coagulum. La liqueur acide est sans couleur. En la faisant évaporer, elle noircit, il s'exhale de l'acide sulfureux , et il y a apparence de cristaux. Si l'on continue l'évaporation jusqu'à siccité , il reste une masse noire. Cette masse étant étendue d'eau , il s'en sépare une certaine quantité de charbon , et l'eau reste claire. Le cerveau est complètement décomposé, une certaine quantité d'ammoniaque se combine avec l'acide et forme du sulfate d'ammoniaque , tandis qu'il se précipite du charbon. L'eau, par l'évaporation et le traitement à l'alcool , fournit des sulfates d'ammoniaque et de chaux, de l'acide phosphorique, et des phosphates de soude et d'ammoniaque. Le cerveau contient , par conséquent :
Des phosphates de chaux.
de soude.
d'ammoniaque.
On peut y découvrir aussi des traces de sulfate de chaux. La proportion de ces sels est très-petite; elle ne s'élève pas pour tous aux o,oo3j d'une partie*.
De TaH.ie EQ triturant le cerveau avec de l'acide nitrique étendu , uitriïoe. \[ s'en djssout aussi une partie, et le reste se coagule. La dissolution est transparente. Si on l'évaporé jusqu'à concentration de l'acide, il se dégage de l'acide carbonique et du deutoxide d'azofe \ il se produit une effervescence, des vapeurs blanches se manifestent , il se dégage une quantité immense d'ammoniaque, et il reste un charbon volumineux mêlé d'une grande quantité d'acide oxalique 3.
Lorsqu'on évapore par degrés le cerveau jusqu'à siccité à la chaleur du bain-marie, il se sépare d'abord une certaine portion de liquide transparent , et le résidu , lorsqu'il est presque desséché, acquiert une couleur brune; son poids s'élève aux o,ri5 environ de celui du cerveau frais. Il est encore susceptible de former une émulsion avec l'eau , mais
« Ann. de China. XVI, 288. • * Ib'ul.
\ liid. p. 007.