‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd. (de 1817) (volume 2)Chapitre 199 sur 228 · DÉCOMPOSITION' DES CORPS ANIMAUX. J1I · texte numérisé non relu

DÉCOMPOSITION' DES CORPS ANIMAUX. J1I

putréfaction reprend son activité; la substance se gonfle subitement , se boursouffle , se remplit de bulles d'air , et ensuite elle s'affaisse de nouveau. Sa couleur change ; on peut à peine alors reconnaître et distinguer la contexture fibreuse de la chair; et le tout se convertit en une matière molle, brune ou verdàtre , de la consistance d'un cataplasme , d'une odeur fade , nauséabonde , et trèsactive sur les corps animaux. Le principe odorant perd par degrés sa force ; la portion fluide de la chair prend une espèce de consistance , sa couleur devient plus foncée ; et elle finit par se réduire en une matière friable , légèrement déliquescente , qui étant frottée entre les doigts , se réduit comme de la terre en une poudre grossière. C'est là le dernier état observé dans la putréfaction des substances animales; mais pour qu'elles soient parvenues à ce terme, il faut un temps considérable*.

Pendant cette décomposition , il se dégage un grand nom- produiis. bre de corps gazeux, dont la nature varie selon la substance qui subit la putréfaction; mais ce sont principalement les gaz, acide hydrosulfurique, hydrogène phosphore, et hydrogène carboné; du gaz ammoniac, de l'eau , de l'acide carbonique, et peut-être aussi du gaz azote. Dans certains cas, il paraît y avoir formation et dégagement d'acide nitrique. Le résidu terreux , après que la décomposition est complètement achevée , consiste dans les parties fixes de la substance animale , mêlées avec du charbon , de l'huile et de l'ammoniaque. Il paraît donc, que la putréfaction consiste dans une décomposition totale du corps animal ; les élémens du corps se combinent ensemble deux à deux , et ils forment ainsi une nouvelle série de corps moins compliqués. Mais nous chercherions en vain à expliquer comment ces changemens s'opèrent; car non-seulement nous ignorous quelle peut-être la force des affinités des différens principes des corps animaux entre eux , mais encore nous ne savons pas de quelle manière ces élémens sont combinés ; et par conséquent , il nous est impossible de connaître par quelles forces particulières ces composés sont détruits.

La putréfaction s'opère beaucoup plus lentement dans les puiréfanioa cadavres enterrés ; mais il est presque impossible d'observer ses progrès avec précision. L'abdomen est graduellement

* Fourcroy.

*o:ts lerrt*.

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dilaté par les fluides élastiques qui s'y forment ; et enfin il crève et laisse échapper un gaz délétère , et horriblement fétide. En même-temps il en découle un liquide d'une couleur foncée. Si la terre est très-sèche, et la chaleur considérable, l'humidité est souvent absorbée avec une telle rapidité , qu'au lieu de se putréfier , le cadavre se dessèche , et est transformé dans ce qu'on appelle une momie.

Putréfaction Tels sont les phénomènes que présentent les corps morts, ainmài1Jl"accu'orS{ïu'on ^es la,sse se putréfier séparément ; mais si l'on muke. entasse \m grand nombre de cadavres dans le même lieu, et que la quantité en soit assez considérable pour exclure l'influence de l'air extérieur et autres agens étrangers , alors la décomposition s'en opère entièrement par la seule réaction de leurs principes eux-mêmes les uns sur les autres , et le résultat est très -différent. Le corps n'est pas entièrement dissipé ou réduit en terreau ; mais toutes les parties molles diminuent de volume d'une manière remarquable, et elles pont converties en une matière savonneuse particulière. Ce changement singulier fut observé pour la première fois avec précision en 1786.

Convertie Le cimetière des Innocens, à Paris, étant devenu pernicieux pour les habitans du voisinage , à cause des odeurs putrides qui s'en exhalaient , on jugea nécessaire de transporter les cadavres daus un autre lieu. On avait eu pour usage d y creuser de très-grandes cavités , qu'on appelait fosses communes, dans lesquelles on plaçait les corps de la classe plus pauvre du peuple, renfermés chacun dans leurs bières. Lorsque ces larges cavités ou fosses en étaient totalement remplies, on les recouvrait d'une couche de terre d'environ 00 centimètres d'épaisseur. On pratiquait à côté une autre fosse semblable, et on la remplissait de la même manière. Chaque fosse contenait de 1000 à i5oo cadavres. Ce fut en retirant les corps de ces fosses qu'on trouva cette substance savonneuse. Les fossoyeurs avaient appris , par une longue expérience , qu'il fallait environ 3o ans, pour que tous les corps eussent éprouvé ce changement ù un si haut degré 4. Chaque partie du corps avait acquis les propriétés de cette .substance. Les intestins et. les viscères du thorax avaient complètement disparu -, mais ce qui est assez remarquable ,

* Fourcroy, Ann. de Chim. V, i54<

1 une Muliere îa\oiiatuse.

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c'est que le cerveau avait perdu très-peu de sou volume et de sou aspect, quoiqu'il lut aussi converti dans la même substance.

Celle matière savonneuse était d'une couleur blanche , ses propriété». molle et onctueuse au toucher -, et lorsqu'on la chauffait elle se fondait comme du suif. Elle présentait toutes les propriétés d'un savoji , contenant cependant un excès de matière adipeuse. Fourcroy , qui fit l'analyse de cette substance , trouva qu'elle était formée d'une matière adipeuse en état de combinaison avec l'ammoniaque, et qu'elle contenait aussi des phosphates de chaux et d'ammoniaque. Les acides étendus la décomposaient , et en séparaient la matière adipeuse : les alcalis et la chaux en dégagaient l'ammoniaque. Exposée à l'air, elle y perdit peu- à -peu sa couleur blanche ; l'ammoniaque s'évapora en grande partie , et ce qui restait avait quelque chose de l'aspect de la cire. Elle absorbait l'eau avec beaucoup d'avidité , et elle ne la cédait pas facilement. Sa couleur blanche était due à la présence de ce liquide. La matière huileuse , séparée par le moyen d'un acide étendu , était concrète, et d'une couleur blanche, due au mélange d'une certaine quantité d'eau. Par la dessication , elle acquiert une couleur brune grisâtre, et prend une contexture lamelleuse et cristalline, comme celle du spermaceti ; mais si elle est desséchée rapidement, elle prend l'aspect de la cire*. Cette substance se fond à la température de 5i° centigrades; et lorsqu'elle est convenablement purifiée en la passant à travers un linge pendant qu'elle est fluide, elle a perdu presque toute son odeur. L'alcool n'a sur elle aucune action à froid, mais à la température de 49° centigrades il la dissout. Par le refroidissement de la dissolution , la matière adipeuse se précipite en une masse sablonneuse. Elle forme un savon avec les alcalis;, et au feu, elle brûle précisément comme l'huile ou la graisse , si ce n'est cependant qu'elle répand une odeur plus désagréable*.

1 Chevreul a fait voir que le gras des cadavres est un composé de tiens substances , dont les propriétés se rapprochent dans l'une de ces substances de l'acide margarique , et dans l'autre , de la graisse fluide. Ann. de Chim. XCV, 25.

2 Fourcroy, Ann. de Cîiini. VIII, 17. Le docteur Eimke a public dernièrement une suite d'expériences sur une substance semblable. Gchlen's Journ. IV, 4^9-

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Le docteur Smith-Gibbes reconnut la même substance dans une lbsse , à Oxford , où l'on jette les matières animales après la dissection. Un petit filet d'eau passe constamment à travers cette fosse : circonstance qui le porta à essayer si le muscle animal exposé à l'action d'un courant d'eau subissait le môme changement. L'expérience réussit complètement. Il chercha, en conséquence ,à tirer parti de cette substance à laquelle il avait donné le nom de spermaceti , en en introduisant l'emploi dans les manufactures où l'on fait usage de suif; mais l'odeur fétide qu'elle exhale constamment fut un obstacle insurmontable *. On fit beaucoup de tentatives pour détruire cette odeur , et il fut même établi près Bristol une manufacture de ce spermaceti du docteur Smith-Gibbes. sub tâDces On a essayé beaucoup de moyens pour retarder les pro-

quc retardent ^ i "! J l * 'r " • r J 1

lapuiréfartion.gres destructeurs de la putretaction , atin de conserver les corps d'animaux , ou pour servir d'aliment, ou pour d'autres usages d'utilité ; et l'on s'est assuré qu'il en existe plusieurs, au moyen desquels on pouvait l'empêcher pendant très-longtemps d'avoir lieu.

x. La température, au degré de la congélation, est un préservatif efficace contre la putréfaction, pendant tout aussi long-temps que la substance animale y est exposée. C'est de là, que provient 1 habitude où l'on est dans les climats glacés du Nord de garder la viande dans la neige , ainsi que celle d'emballer le poisson dans la glace , pour l'envoyer d'Ecosse au marché de Londres.

2. Presque tous les corps, qui ont une grande affinité pour l'eau, retardent plus ou moins long-temps la putréfaction, par la raison, sans doute, que les substances animales sont ainsi dépouillées de leur eau , ou parce qu'elles empêchent ce liquide d'agir à sa manière ordinaire sur ces corps. C'est ainsi que les acides, le sucre, l'alcool , etc. semblent prévenir ou retarder la putréfaction.

3. Il est bien connu que Phydrochlorate de soude est un anti-septique puissant; et c'est de cette propriété du sel bien constatée, que dérive la pratique de la salaison de la viande, qui devient par cette opération susceptible de se conserver

fondant long-temps. Plusieurs autres sels , et spécialement e nitrate de potasse , ont la même propriété. Quel est le

* Pliil. Trans. 1 79^ et 1795.

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mode d'action de ces corps ? C'est ce qui n'a pas été reconnu -, mais on ne peut pas douter qu'ils produisent quelque changement chimique sur la viande; car ils altèrent sa saveur, sa couleur, et autres propriétés seusihles.

4- H est beaucoup d'aromates, tels que le camphre, les résines, les huiles volatiles, les corps bitumineux , et autres semblables, qui sont de très -bons préservatifs contre la putréfaction : de là, leur utilité pour les embaumemeus. On ne sait à quoi attribuer leur efficacité. Elle est due, en partie sans doute, à la rapidité avec laquelle les substances animales auxquelles on les applique perdent leur humidité ; elle peut être aussi en quelque sorte attribuée à leur odeur, qui éloigne les insectes , et les empêche ainsi de déposer toute matière excrémentitielle, qui agit toujours puissamment, comme ferment donnant lieu à la putréfaction.

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