ALCALIS NOUVELLEMENT DECOUVERTS. J
au moyen d'une dissolution de carbonate de potasse , aussi rapprochée. Cependant ce sous-carbonate est infiniment plus solubie que les carbonates terreux. Il paraît qu'il attire trèspronipteuient l'acide carbonique de l'air; car il suffit du temps nécessaire à levaporation de sa dissolution pour qu'il soit entièrement carbonate. 5°. Il est solubie dans environ cent fois son poids d'eau froide, et quoique faible, sa dissolution fait effervescence avec les acides , agit fortement sur les couleurs bleues végétales. 6°. La dissolution de ce sel précipite l'hydrochlorate de chaux, les sulfates de magnésie et d'alumine en flocons blancs; les sels de cuivre, de fer et d'argent , sous des couleurs absolument semblables à celles qu'y produisent les carbonates de soude et de potasse, jj*. Il dégage l'ammoniaque de ses combinaisons salines. 8<>. La chaux et la barite lui enlèvent l'acide carbonique. 90. Il ne précipite point l'hydrochlorate de platine, comme le sous-carbonate de potasse. io°. La lithine, en s unissant au soufre, donne un sulfure de couleur jaune , très-soluble dans l'eau, et qui est décomposé par les acides avec les mêmes phénomènes que les sulfures alcalins ordinaires; il parait, par l'abondance des précipités qu'y fout naître les acides , que cet alcali sature beaucoup de soufre. En cherchant à reconnaître la capacité de saturation de cet alcali et le rapport de son oxigène avec celui des acides qu'il neutralise, M. Vauquelin a trouvé, par les résultats de ses expériences, que 100 parties de sulfate de lithine desséché se composent de
Acide sulfurique 69, 20
Oxide de lithine 00,80
Le rapport entre l'oxigène de l'acide sulfurique et celui des bases qu'il sature étant de 3 à 1 , et les 69,20 d'acide sulfurique, trouvés dans le sulfate de lithine , représentant /\i , 5a d'oxigène, il est évident , que s'il n'y a pas , dans ce cas-ci , d'exception à la loi générale , les 3o,8o d'oxide de lithine existans dans 100 parties du sulfate, contiennent i3,84 d'oxigène; d'où il suit que 100 parties d'oxide de lithine seraient formées de
Lithine 56, 5o
Oxigène 4o,5o
Quantité d'oxigène plus grande que celle qui se trouve dan3 tous les autres alcalis jusqu'à présent connus.
De ces expériences on déduit que le nombre équivalent pour le lithine est 1 2,97 ; celui de son oxide 22,97 > cem* ^u sulfate sec de lithine 72,97 ; et celui du sulfate cristallisé 82,97*.
M. Arfredson ayant fait de nouvelles recherches sur la pétalite , minéral dans lequel il avait précédemment trouvé lelithion ou lithine, s'est assure, par l'analyse, que ce miuéral est composé , sur cent parties , de
Silice 77,5oo
Alumine i6,85o
Lithion 5, 65o
11 a examiné ensuite les diverses combinaisons de la lithine avec les acides, carbonique, sulfurique, nitrique , hydrochlorique, acétique, tartarique et borique. Parmi ces combinaisons, il a particulièrement cherché à reconnaître les parties constituantes de celles formées avec les acides sulfurique et hydrochlorique, et il atrouvé qu'elles étaient, savoir, pour le sulfate de lithine , de
Acide sulfurique 68,65
Lithine , 3 1 ,35
Et pour l'hydrochlorate de ce même alcali , de
Acide hydrochlorique 60,06
Lithine 3g, 94
M. Arfredson a déduit de ces résultats quel'oxide de lithine devait être formé de
Radical métallique 56,34
Oxigène 43,66
On voit ainsi, que le chimiste suédois a trouvé dans l'oxide de lithine , et dans le sulfate de ce nouvel alcali , à-peu-prè*
* Ann. de Ctrim. et de Phys. VU, jgo. et 284.
ALCALIS NOUVELLEMENT DECOUVERTS. yS'J
exactement les mémos proportions de principes constitnans , cjue M. Vauquelin y avait reconnues*.
Strychnine.
MM. Pelletier et Caventou, ont trouvé dans la fève de Saint- Ignace et dans la noix vomique un alcali végétal nouveau, qu'ils ont appelé •sj/yc/z/w^comme l'ayant retiré de plusieurs espèces de strychnos. Ces chimistes ont obtenu cette substance par le procédé suivant :
Après avoir redissous dans l'eau froide, un extrait alccoli- PrePar»l,onque formé avec la fève de Saint-Ignace , ou la noix vomique, on traite la dissolution par du sous-acétate de plomb. Les matières grasse, gommeuse, et la plus grande partie delà matière colorante, ainsi que l'acide contenu dans l'extrait, se précipitent. Il reste, dans la liqueur filtrée, un acétate de strychnine, un excès d'acétate de plomb et de la matière colorante. Eu y faisant passer un courant de gaz acide hydrosulfurique, on précipite tout le plomb, qui est séparé par la filtration. On la traite alors avec de la magnésie , qui décompose l'acétate de strychnine; on enlève ensuite par des lavages à l'eau froide , l'acétate de magnésie et la matière colorante. La strychnine étant très-peu solude, elle reste sur le filtre avec l'excès de magnésie , dont on la sépare au moyen de l'alcool bouillant qui la dissout sans attaquer la magnésie. En évaporant cette dissolution alcoolique , on obtient la strychnine en petits cristaux, presque microscopiques et très-blancs.
La strychnine a une saveur des plus amères , quoiqu'elle PrcPrK'w' soit très-peu soluble. 11 faut 6000 parties d'eau froide pour la dissoudre , et a5oo de ce liquide bouillant; elle est inaltérable à l'air. Au feu , elle se charbonne sans se fondre. A la distillation , elle donne les produits des matières végétales non-azotées. Distillée avec le deutoxide de cuivre, elle ne donne que des traces d'azote, et encore ce principe paraît-il lui être étranger.
La strychnine se combine avec tons les acides, qu'elle sature parfaitement. Son sulfate est très-soluble , et cristallise en cubes, ou en prismes à 4 pans très-courts. Il est moins soluble dans 1 alcool que dans l'eau, ce qui est une propriété contraire à celle de la base de ce sulfate.
* Ann. île Chiœ. eulç Phys. X, 82.
y5S APPENDIX.
Il est formé de strychnine 90,500
acide 9,.r>oo
Le phosphate de strychnine cristallise en prismes à 4 pans beaucoup plus allongés que ceux du sulfate. L'hydrochlorate cristallise en aiguilles très-déliées et presque soyeuses ; et le nitrale affecte également la forme d'aiguilles se groupant en étoiles , en faisceaux , etc. Ce nitrate est d'un blanc opaque , ayant un aspect nacré très-remarquable. En le traitant avec un excès d'acide nitrique , il devient d'un très-beau rouge de sang , qui , à la longue , passe au jaune. Le même effet est produit par cet acide sur tous les sels de strychnine. MM. Pelletier et Caventou croient pouvoir attribuer cette couleur rouge à une plus grande quantité d'oxie^ène fixée dans l'alcali ; car ils se sont assurés qu'on la faisait disparaître par les corps désoxigénans , tels que l'acide hydrosulfurique , Phydrochlorate detain au minimum, l'acide sulfureux , etc. La strychnine , séparée de ses sels rouges au moyen d'une base qui s'empare de l'acide , est d'un jaune orangé, et se combine avec tous les acides, en donnant des sels rouges. A l'aide de la chaleur et d'un excès d'acide nitrique , les sels rouges deviennent jaunes ; et alors , on ne peut plus faire disparaître entièrement la couleur par les corps désoxigénans -, on n'obtient que des précipités d'un jaune brunâtre , qui n'ont point encore été suffisamment examinés.
La strychnine agit sur l'iode à la manière des alcalis minéraux ; la couleur jaune de l'iode disparaît , et il se forme deux sels : un iodate et un hydriodate de strychnine.
Dans la fève deSt.-lgnace et dans la noixvomique,la strychnine est unie à un acide, qui a de l'analogie avec l'acide malique , dont il diffère cependant sous plusieurs rapports. MM. Pelletier et Caventou l'appellent acide igasurique, d'igasur, nom delà fève de St. -Ignace dans les Indes orientales.
La strychnine est le principe actif de la fève de St. -Ignace et de la noix vomique. Prise à l'intérieur, elle agit avec la plus grande énergie sur l'économie animale, comme poison; les chiens les plus forts ne résistent pas à une dose de dix centigrammes, et ils périssent promptement*.
* Ann. de Chim. et de Phys. VIII, 323.
ALCALIS NOUVELLEMENT DÉCOUVERTS. j5g
Nota. M. Pelletier a tout récemment fait la découverte, dans la fausse augusture , d'une autre substance alcaline. Cette substance nouvelle diffère de la strychnine par une plus grande solubilité, par sa facilité à cristalliser en prismes à 4 Pans , et surtout par les propriétés de ses combinaisons. Son nitrate , au-lieu de se présenter comme celui de la strychnine sous la forme d'aiguilles blanches nacrées, affecte celle de prismes à 4 Pans transparens. M. Pelletier n'ayant pas terminé son travail sur cette substance , il n'en a point encore présenté l'exposé et les résultats , et n'est pas fixé sur le nom qui lui paraîtra le mieux convenir pour distinguer ce nouvel alcali.
Nota. Depuis la découverte de la strychnine , il a été fait en Suède des expériences analogues , dans les mêmes vues et par le même procédé, sur la digitale; et l'on a reconnu aussi dans celte plante , dont on fait actuellement un si grand usage en médecine , la présence d'un alcali.
Picrotoxine.
M. Boullay vient d'annoncer, qu'on peut aussi considérer comme alcali végétal, le principe amer vénéneux, ou picrotoxine, qu'il a extrait le premier, de la coque du Levant {mcni spermum coculus), et dont il a été parlé page 6 1 de ce 4«e volume. Ce chimiste a reconnu, par de nouvelles recherches sur cette substance, dont il a présenté le détail dans sa deuxième thèse, soutenue au mois de décembre 1818, devant la Falculté des Sciences de l'Université de Paris, que le principe vénéneux de la coque du Levant est une véritable base sahliable, susceptible de faire fonction d'alcali par rapport aux acides, et de donner naissance à des sels bien caractérisés , de forme et de solubilité variées. Par l'analyse que M. Boullay a faite de l'un de ces sels , le sulfate de picrotoxine , il l'a trouvé composé , sur cent parties , de
Acide sulfurique 9id9
Picrotoxine qo,o i
c'est-à-dire de o,io d'acide sur o,go de base.
M. Boullay ayant traité, dans son nouveau travail sur la picrotoxine , cette substance avec les acides suliurimie , nitrique, bydrochlorique, phosphorique, carbonique, acéli-
Hliloi.'
que , tartarique et raalique , s'est assuré que les acides végétaux paraissent être les meilleurs dissolvans de ce poison, et les plus propres à neutraliser ses qualités vénéneuses. Alcali du Chénopedium vulvaria.
MM. A. Chevalier et J. L. Lassaigne ont reconnu, dans le chénopedium vulvaria, la présence d'un alcali libre ; et ce qui ajoute à l'intérêt de cette découverte, c'est que cet alcali est l'ammoniaque.
Ces chimistes, cherchant à reconnaître quelle est la cause de l'odeur fétide de poisson pourri qu'exhale , lorsqu'on la frotte, l'espèce de chénopedium, que par cette raison on a désignée par le surnom de vulvaria , ils se déterminèrent à la soumettre à des expériences analytiques. Ils trouvèrent que cette plante , dont l'analyse qu'ils en ont faite a été insérée dans le Journal de Pharmacie , cahier de septembre 11817, contient du sous-carbonate d'ammoniaque qu'on obtient par la distillation au bain-marie avec un peu d'eau , de l'albumine, de l'osmazome , une petite quantité d'une huile jaunâtre aromatique , ayant quelque analogie avec l'oliban , une matière amèr'e soluble dans l'eau et dans l'alcool , de la résine verte , du nitrate de potasse en grande quantité , des acétates et phosphates de potasse et de chaux. Les tiges sèches du chénopedium vulvaria donnent, suivant eux, sur 100 parties, 18 parties de cendres, dont ils ont retiré i3 parties de salin, et de sous-carbonate de potasse.
Acides nouvellement découverts.
Pnrpurique.
■M. Gaspard Brugnatelli avait communiqué à l'Institut de Milan, dans sa séance du 12 mars 1818, la découverte d'un acide qu'il avait obtenu en traitant l'acide urique par l'acide nitrique, et il exposait les caractères qui distinguaient cet acide de tous les autres jusqu'à présent connus. Mais le docteur Prout ayant annoncé, dans un mémoire présenté le 1 1 juin suivant, à la Société royale de Londres, qu'il avait trouvé, en traitant également l'acide urique par l'acide nitrique, un nouvel acide, dont il décrit les propriétés, on a pu juger, d'après les expériences de ces chimistes, que les acides obtenus par chacun d'eux étaient très-différens, et que celui de M. Brugnarelli u'étair pas pur.
ACIDES NOUVELXEMENT DECOUVERTS. 76 I
Suivant le docteur Prout, la substance d'un beau pourpre, produite par l'action de l'acide nitrique et de la chaleur sur l'acide urique , substance connue depuis long-temps des chimistes, est un composé d'un acide particulier avec l'ammoniaque.
L'une des propriétés remarquables de cet acide , qu'on peut également former en traitant l'acide urique avec le chlore ou l'iode , est celle qu'il a de produire des composés d'un beau pourpre, par sa combinaison avec les alcalis et les terres alcalines; c'est en considération de cette propriété que , sur l'observation de M. Wollaston, le docteur Prout a donné au nouvel acide le nom d'acide purpurique.
Cet acide , qu'on peut aisément séparer du purpurate Propriéw». d'ammoniaque par les acides sulfurique ou hydroclilorique, se présente ordinairement sous la forme d'une poudre d'un jaune clair, ou de couleur de crème. Il est entièrement insoluble dans l'eau ; il est par conséquent insipide , et n'a aucune action sur le papier de tournesol, quoiqu'il décompose promptemen1. les carbonates alcalins à l'aide de la chaleur. Il est soluble dans les acides minéraux concentrés, et dans les dissolutions alcalines; mais en général, il ne se dissout point dans les acides étendus d'eau. L'alcool ne l'attaque pas. Il prend à l'air une couleur pourpre, probablement eu attirant de l'ammoniaque. Chauffé, il se décompose et donne du carbonate d'ammoniaque, de l'acide hydrocyauique et un peu de liquide d'apparence huileuse.
Brûlé avec de l'oxide de cuivre , on a reconnu qu'il est composé de
Hydrogène 4,54 Coraposîtioa.
Carbone 27,27
Oxigène 36,56
Azote 3i,8i
Parmi les purpurates alcalins , qui sont tous susceptibles de cristalliser, le purpurate d'ammoniaque donne des cristaux ayant la forme de prismes quadrangulairesqui , vus par la lumière transmise, paraissent d'un rouge intense de grenat; tandis que, par lumière réfléchie, deux des faces opposées paraissent d'un beau vert , pendant que les deux autres faces opposées semblent avoir conservé leur couleur naturelle. Cette propriété remarquable paraît être commune à d'autres purpurates alcalins. Les purpurates métalliques se
distinguent en général par leur solubilité et la beauté de leurcouleurs. Le purpuratede zinc est d'un beau jaune d'or, celui d'étain d'un blanc de perle; les autres purpurates sont d'une couleur plus ou moins rouge.
L'acide purpurique forme probablement, suivant le docteur Prout, la base de plusieurs couleurs animales et végétales. La couleur œillet du sédiment de l'urine , pendant la fièvre , paraît être due à du purpurate d'ammoniaque. Le docteur Prout pense encore, qu'on pourra employer dans la peinture quelques-uns des sels purpuriques , et même aussi dans la teinture; car ils paraissent avoir de fortes affinités, principalement pour les substances animales *.
M. Vauquelin avait remarqué que M. Gaspard Brugnatelli, et le docteur Prout, en annonçant la découverte d'un acide qu'ils avaient également obtenu, l'un et l'autre, par l'action de l'acide nitrique, ducblore et de l'iode, sur l'acide urique, ne présentaient , à ce sujet, que des détails très-peu satisfaisons. II lui paraissait extraordinaire, que ces chimistes eussent négligé d'indiquer les procédés qu'ils avaieut suivis pour séparer cet acide des autres corps, ayant dû nécessairement se produire par les actions multipliées qui avaient eu lieu, en traitant l'acide urique avec les agens énoncés. Le procédé , surtout de M. Brugnatelli , qui ajoutait que le nouvel acide peut aussi s'obtenir par l'acide oxalique , lui semblait plus difficile à comprendre. Enfin il trouvait ce chimiste en contradiction avec le docteur Prout, sur un grand nombre de points relatifs aux propriétés du nouvel acide.
D'après ces considérations, M. Vauquelin s'est déterminé à entreprendre une suite d'expériences sur l'acide annoncé , nommé par le docteur Prout, acide purpurique. M. Vauquelin a reconnu que, par l'action du chlore et de l'acide nitrique sur l'acide urique, il se forme deux acides, savoir : un acide coloré, et un acide blanc très-puissant. Ces deux acides diffèrent essentiellement l'un de l'autre , eu ce que le premier est coloré , et forme , avec le plomb , un sel insoluble; tandis que l'autre est blanc, et produit un sel soluble avec le môme métal.
Ni l'un ni l'autre de ces acides, dont M. Vauquelin a exa-
* Annals of Tljilosouhy. XII , 68 : et Ann. de China, et de Phys. YI1I, 201. "