ACIDES NOUVELLEMENT DÉCOUVERTS
égard, puisqu'il possède une liqueur acide , qui contient cent vingt fois sou volume d'oxigène, qu'elle continue d'en absorber avec la même facilité qu'au commencement de l'opération, et qu'elle en laisse à peine dégager par la saturation d'un alcali.
De l'eau oxigénée concentrée, au point de contenir /\t fois son volume d'oxigène, est insipide, inodore, sans couleur et n'ayant pas d'action sur le tournesol. Elle se congèle et se volatilise dans le vide sans se décomposer. La chaleur de l'eau bouillante, le charbon et les oxides d un grand nombre de métaux, en dégagent promptement tout l'oxigène. Il est remarquable, que ce dégagement d'oxigène, qui a presque toujours lieu avec de vives effervescences, au-licu de produire du froid, échauffe au contraire d'une manière sensible, les liqueurs dans lesquelles il s'opère.
Par de nouvelles expériences sur l'eau oxigénée, M. Thénard a reconnu que cette eau, contenant 120 fois son volume d'oxigène, ne pouvait pas s'oxigéner beaucoup plus, en continuant à y dissoudre du deutoxide de barium par l'acide bydrochlorique, etc.
Mais en concentrant cette eau sous le récipent de la machine pneumatique à l'aide de l'acide sulfurique, il a fini par obtenir de l'eau, qui contenait plus de 4oo fois son volume d'oxigène.
Cette eau ainsi concentrée, étant placée sur la peau, ou attaque bientôt l'épiderme, le blanchit , et cause x pendant quelque temps de violens picotemens.
Elle a une saveur qui paraît être , en même-temps , astringente et amère, et qui tient un peu de celle de lémétique.
Lorsqu'on en met quelques gouttes dans un tube, et qu'on y ajoute ensuite de l'oxîde d'argent, le tube s'échauffe au point qu'on ne peut plus le tenir, et l'effervescence est des plus violentes.
Enfin, lorsqu'on en met un peu plus dans un verre, et qu'on y laisse tomber tout-à-coup de l'oxide d'argent récemment précipité et encore humide, il se fait une sorte d'explosion *.
* Ann. de Chim. et de Phys. VIII , 3o6 ; IX, 5i , q{ , 3i \ , fti ; et X , 114.
j68 APPENDIÏ.
Acide Delphinique.
M. Thomson , en présentant l'exposé du beau travail de M. Chevreul sur les corps gras , n'avait pu parler alors que des acides margarique , oléique et cétique obtenus par ce chimiste; qui les avait ainsi nommés , de la graisse de porc et du sperraacéti saponifiés par la potasse*. Depuis, M. Chevreul s'étant occupé d'expériences sur l'huile du delphinus globiceps y il trouva que cette huile se réduisait par l'action delà potasse; i.° en un acide particulier, qu'il a appelé delphinique , 2.0 en principe doux, 3.° en acide margarique , 4-° en acide oléique, 5.° en deux matières grasses, non acides et fusibles, l'une à 27 et l'autre à 35 degrés centigrades. L'acide delphinique était contenu dans le liquide aqueux résultant du traitement par l'eau et par l'acide tartarique en excès, de la matière savonneuse qu'avait produite la saponification de l'huile de dauphin par la potasse. Ce liquide aqueux ayant été distillé, le produit de cette distillation fut neutralisé par de l'eau de barite , puis évaporé à siccité. Pour séparer ensuite l'acide delphinique de la barite, M. Chevreul, après plusieurs essais , y parvint, en introduisant dans un tube de verre allongé, fermé à une extrémité , une dissolution aqueuse concentrée du delphinate de barite , et en y versant ensuite de l'acide phosphorique concentré, en proportion suffisante pour dissoudre tout le phosphate de baril e ; au bout de quelques heures de repos de ce mélange, M. Chevreul obtint, i.° un liquide aqueux contenant du phosphate acide de barite, et un peu d'acide delphinique; 2.0 un liquide oléagineux se rassemblant à la surface du premier, et qu'il en sépara au moyen d'une pipette. C'était l'acide delphinique à l'état d'hydrate.
Propriété». Cet acide ressemble à une huile volatile -, il a une légère couleur citrine, une odeur aromatique très-forte, ayant de l'analogie avec celle du fromage et du beurre rance. Sa saveur est acide et très-piquante, suivie d'un goût étheré de pomme de rainette-, sa vapeur a un goût sucré d'éther. llesttrèssoluble dans l'alcool et peu dans l'eau. Ces dissolutions rougissent fortement la teinture de tournesol. Sa pesanteur
Voyez vol. II de cette iraduction, p. l\ 16 et suivantes.
ACIDES NOUVELLEMENT DÉCOUVERTS. j6y
spécifique, à la température de i4° centigrades, est de 0,941. Cet acide, à l'état d hydrate, se compose de
Acide 86,65 Compontion.
Eau i3,35
Le delphinate de barite est formé de
Acide 100
Barite 84,6i
84,61 de barite contenant 8,88 d'oxigène, il s'ensuit que 100 d'acide delphinique neutralisent cette quantité d'oxigène dans les bases salifiables.
M. Chevreul a formé du delphinate de plomb, qu il a rereconnu être à l'état de sous-delphinate, et des delphiuates de strontiane et de chaux.
M. Chevreul n'a obtenu, de l'huile de poisson, que des traces d'acide delphinique ; elle n'a pas fourni de substance cristallisée, analogue à la cétine; elle se saponifie plus facilement qu'elle, et sans produire de substance non-acide.
Nota. M. Chevreul avait annoncé que la cétine se saponifiait difficilement par la potasse, et qu'elle se convertissait, i.° en une matière soluble dans l'eau, mais n'ayant pas la saveur sucrée du principe doux des huiles-, 2.0 en un acide gras congénère de l'acide margarique, auquel il avait donné le nom d'acide cètique; 3.9 en un autre acide gras analogue à l'acide oléique; mais depuis ce travail, il a eu lien de reconnaître que l'acide cétique n'est point un acide particulier, et que les apparences qui lui en avaient imposé, proviennent du mélange d'un corps gras non acide*.
Acide chlorique oxigéné.
C'est à M. le comte Frédéric de Stadion qu'on doit la découverte de cet acide très-remarquable. En décomposant le chlorate de potasse par l'acide sulfurique , avec la précaution de n'opérer que sur de petites quantités, de fondre et de laisser refroidir le sel dans la cornue avant d'ajouter l'acide , l'action est peu violente, et il se dégage à une tem-
* Ann. de Chim. et de Pbys. \U, 1 55 ; 3^4 et 367.
ÏVopri^lés.
tonipasilion.
pérature convenable, un gaz pouvant être recueilli sur le mercure, qui a été désigné par le nom de deutoxide dj chlore; le résidu contient du sulfate dépotasse et un sel inconnu peu soluble. M. de Stadion . en examinant ce sel, qui! a appelé chlorate oxigéné de potasse , a reconnu qu'étant mêlé avec son poids d'acide sulfurique étendu des o,33 d'eau , il se décompose par la chaleur. A une température supérieure à celle de i4o°, des vapeurs blanches commencent à se manifester, et ces vapeurs se condensent dans le récipient , en un liquide acide. C'est ce liquide que M. de Stadion a nommé acide chlorique oxigéné.
L'acide chlorique oxigéné ne paraît pouvoir exister qu'en combinaison avec l'eau, ou avec une base. Il est incolore , et n'a point d'odeur remarquable; il rougit la teinture de tournesol , et ne détruit point les couleurs. La lumière ne le décompose pas. On peut le concentrer à une douce chaleur. II se volatilise à la température d'environ i4o°. 11 n'est décomposé ni par l'acide hydrochloriqne, ni par les acides sulfureux et hydrosulfurique. Il ne précipite point le nitrate d'argent.
Les sels, que l'acide chloriqneoxigéné forme avec les bases, se décomposent, à une température d'environ 2000, en oxigène et en chlorures. Ils ne détonnent que faiblement avec les corps combustibles , et ne sont point décomposés par les acides les plus puissans , à la température de l'eau bouillante.
L'acide chlorique oxigéné est formé , suivant M. de Stadion , de 1 de chlore et de 7 oxigéné.
M. Gay-Lussac avait d'abord conjecturé, ainsi qu'il l'a annoncé , que ces proportions n'étaient point exactes; mais ayant décomposé par le feu, du chlorate oxigéné de potasse, qu'il avait préparé lui-même, il a trouvé, comme M. de Stadion , qu'il donne huit proportions d'oxigène , dont une appartient à la potasse du chlorate, et les sept autres à l'acide.
Ainsi, d'après cette découverte, les quatre combinaisons du chlore avec l'oxigène, sont formées de la manière suivante , savoir :
Chlore. Oxigèae.
Protoxide de chlore .... . 1 proportion.... 1 proportion.
Deutoxide de chlore .... 1 4
Acide chlorique 1 '. 5
Acide chlorique oxigéné. 1 7*.
* Ann. deChim. et de Phys. Tôm. VIII, i\o6, et IX, «•.
ACIDES NOUVELLEMENT DECOUVERTS. 1jft\
Acide ellaglqne.
M. Braconnot désirant se procurer île l'acide gallique, et avant successivement employé, à cet effet, les procédés de MM. Bnruel , Richter , et celui modifié de Scbéele , reconnut qu'il l'obtenait plus facilement et en plus grande quantité, en exposant un mélange de noix de galle pulvérisée et délayée avec un peu d'eau , à une température suffisante pour qu'il s'y établit un mouvement de fermentation alcoolique , avec dégagement visible d'acide carbonique, et odeur vineuse sensible. En exprimant la masse lorsqu'elle est devenue acide , il en sort un liquide brun , qui , à la distillation , fournit un produit légèrement alcoolique. Le marc , fortement exprimé et traite par l'eau bouillante , donue une liqueur qui , passée à travers un linge , est trouble et laiteuse ; elle contient une grande quantité d'acide gallique, et une poudre blanchâtre insoluble, qui se dépose comme de l'amidon. C'est cette poudre que M. Braconnot considéra comme étant presqu'entièrement formée d'un acide particulier. Pour en séparer cet acide , il délayait la poudre avec une légère dissolulion de potasse, qui s'y combinait avec dégagement de chaleur sensible; et en décomposant ensuite par les acides hydrochlorique ou acétique, la combinaison neutre du nouvel acide avec la potasse, combinaison qui était d'un blanc verdàtre après dessication , il mettait le nouvel acide en liberté.
L'acide ainsi obtenu est insipide , pulvérulent , d'un propriété». blanc un peu fauve. Il n'est pas sensiblement soluble dans l'eau , lors même qu'elle est bouillante, et il rougit à-peine le papier de tournesol. Cet acide se combine avec la po;asse, la soude, l'ammoniaque et la chaux; par l'action continuée de l'acide nitrique, il finit par fournir beaucoup d'acide oxalique, mais point, ou infiniment peu, de jaune amer.
Soumis à la distillation, cet acide se décompose en partie, il laisse du charbon, et exhale une vapeur jaune, qui se condense eu cristaux aciculaires transparens , de couleur jaune verdàtre. Cette matière cristalline n'a point été analvsée; elle paraît contenir beaucoup de carbone, et très-peu d'hydrogéné et d'oxisène.
îJ'après ses principales propriétés, surtout celles de saturer entièrement les alcalis , M. uraconnot a pensé qu'on ne pouvait contester à sod nouvel acide un rang
772 ÀPPEHDIX.
parmi les acides végétaux, quoiqu'il soit l'un des plus insolubles , et il a cru devoir l'appeler ellagique , du mot galle renversé '.
M. Chevreul s'est empressé d'adresser, relativement à la découverte de cet acide, une réclamation à MM. les Rédacteurs des Annales de Chimie et de Physique, ayant pour objet de faire observer, que dans le 6*. volume du Dictionnaire de Chimie et de Métallurgie de l'Encyclopédie Méthodique, rédigé par MM. Fourcroy et Vauquelin, on lisait ,au mot tannin , l'extrait d'un travail de lui, sur la noix de galle. Il y rendait compte d'expériences assez détaillées sur l'acide ellagique , qui tendent à prouver que cette substance contient, i fi un principe colorant jaune volatil; 2.° de l'acide gallique; 3.° un principe colorant rouge; 4-° u°e matière azotée ; ô.° i,i4 de chaux et de fer sur ioo d'acide ellagique. M. Chevreul ajoute qu'il est arrivé à ces conclusions en opérant une dissolution partielle d'acide ellagique dans l'alcool, au moyen de son digesteur distillatoire ; mais que son travail sur la noix de galle, n'ayant pas principalement pour but d'y trouver des corps nouveaux, il avait envisagé V acide ellagique sous d'autres rapports que M. Braconnot; il avait bien observé qu'il rougissait le papier de tournesol 5 mais il ne lui avait pas donné de nom particulier , ne pensant pas l'avoir obtenu à l'état de pureté *.
Acide pyromucique.
M. Houtou-Labillardière , en calcinant dans une cornue de l'acide saccholactique ou mucique, obtint pour produits , un liquide brun très-acide, accompagné de quelques cristaux, dont une partie reste attachée au col de la cornue; il se dégage, en outre, des gaz acide carbonique et hydrogène carboné, et il reste un charbon léger. C'est l'acide formé dans ce cas, que M. Houtou-Labillardière considère comme un acide particulier , auquel il donne le nom d'acide pyromucique, à raison de l'analogie de sa formation avec celle de l'acide pyrotartarique.
Propriétés. L'acide pyromucique, séparé de l'acide acétique et de
1 Ann. deCliim. et de Phys. IX, 181. * Ann. de.Chim. et de Pl>ys. IX , 3*.»>.