Sang-dragon
i. Le benjoin est le produit du styrax benzoe, arbre Eenjc qui croît dans l'île de Sumatra , etc. , et dont le docteur Dryander 3 a donné la description. On retire le benjoin de cet arbre par incision. Un arbre en fournit de un à deux kilogrammes. C'est une substance solide cassante, quelquefois sous la forme de larmes blanches jaunâtres agglutinées par une matière brunâtre ; et quelquefois c'est une substance brune ayant de la ressemblance avec la poix - résine ordinaire. Le benjoin a une odeur très -agréable, qui devient plus sensible lorsqu'on le chauffe. Il a peu de saveur. Sa pesanteur spécifique est de 1,092. On fait usage depuis longtemps de ce baume en médecine , et il a été indiqué par les chimistes différeus procédés pour en extraire l'acide benzoïque. Cependant M. Brande est le seul qui en ait examiné avec soin les propriétés 4.
L'eau a très-peu d'action à froid sur le benjoin ; mais lorsqu'elle est bouillante , elle se charge d'une portion d'acide benzoïque.
« Phil. Tr^ns. 1708. vol. XXVI, p. 44. ' Ann. de Chim. XXVI, 2o3.
i Phil. Trans. 1787, p. 3o7.
* Nicholson's Joura. X, 8a.
lb'o PARTIES CONSTITUANTES DES PLANTES.
Action A l'aide d'une douce chaleur l'alcool dissout le benjoin
de raicooi. La dissolution est d'un jaune foncé inclinant au brun rougeâtre. Lorsqu'on l'étend d'eau , le benjoin se précipite sous la forme d'une poudre blanche. Il est aussi précipité de sa dissolution alcoolique par l'acide hydrochlorique et par l'acide acétique; mais les alcalis ne produisent point cet effet. Quelques gouttes d'acide sulfurique suffisent également pour précipiter le benjoin ; mais en y ajoutant une nouvelle quantité de cet acide , le benjoin est redissous , et il en résulte un liquide ayant la couleur du vin de Porto. En mêlant ensemble des quantités égales de la dissolution alcoolique du benjoin et d'acide sulfurique , il se produit un précipité de couleur d'œillet foncé. La liqueur en prend nue d'œillet, et si on l'étend d'eau , cette couleur passe au lilas. Avec l'acide nitrique , il y a effervescence très-vive. Cet acide forme avec la dissolution alcoolique une liqueur d'un rouge foncé , mais il n'y occasionne pas de précipité '.
Ether. L'éther dissout le benjoin avec facilité , et la dissolution présente avec les réactifs les mêmes phénomènes que la dissolution alcoolique 2.
Acides. L'acide nitrique agit très-fortement sur le benjoin , qu'il convertit en une masse de couleur orangé. Il le dissout à l'aide de la chaleur, et à mesure que la dissolution refroidit, il s'en sépare peu-à-peu des cristaux d'acide benzoïque. Hatchett s'est assuré que par ce procédé il se forme une certaine quantité de tannin artificiel.
L'acide sulfurique dissout le benjoin; et l'acide benzoïque se sublime, ainsi que le découvrit Hatchett. La dissolution est d'abord d'un rouge foncé. En continuant la digestion, il se forme du tannin artificiel, et on obtient un produit en charbon qui s'élève aux 0,4.8 du benjoin dissous 3.
L'acide acétique dissout le benjoin sans l'assistance de lachaleur. Mais si l'on chauffe la dissolution , elle se trouble par le refroidissement, ce qui est dû à la séparation de l'acide benzoïque 4- Alcalis; Le benjoin se dissout dans une lessive bouillante d'alcalis
« Brnnde, ÎNicholson'.s Journ. X, 82.
» lbi,L
3 Hatchett , Third Séries of Expcriments on artificial Tannin.
< Brandc, INicholson's Journ. X , 85.
BAUMES. l8l
fixes. La dissolution est d'un brun foncé. Elle devient trouble au bout de quelques jours d'exposition à l'air. L'ammoniaque dissout également le benjoin en petite quantité '.
En chauffant par degrés jusqu'au rouge, dans une cornue, Distillation, cent parties de benjoin, M. Brande eut pour produits :
Acide benzoïque 9,0
Eau acidulé 5,5
Huile butireuse et empyreumatiquer 60,
Charbon 22,0
Hydrogène carboné et acide carbonique 3,5
Bucholz soumit à l'analyse chimique 1 ooo parties de benjoin , il en obtint les substances qui suivent, savoir:
Résine 1 25o
Acide benzoïque 187
Substance analogue au baume du Pérou. 25 Substance aromatique soluble dans l'eau
et dans l'alcool 8
Fibres ligneuses et impureté 3o
i5oo*
2. Storax. C'est de tous les baumes le plus odoriférant, storax. L'arbre qui le produit croît dans le Levant , et même aussi, dit-on , en Italie. Cet arbre est connu en botanique sous la dénomination de storax officinales. Le baume est quelquefois sous la forme de larmes rouges , et l'on assure que c'est dans cet état qu'on L'obtient de l'arbre; mais le storax ordinaire est en gros gâteaux. Il est cassant, doux au toucher,
et dune couleur brune rougeàtre. Ce storax est plus aromatique que celui d'aucune autre espèce , quoiqu'il soit mêlé avec une quantité considérable de sciure de bois. Il se dissout dans l'alcool. Lorsqu'on le distille avec l'alcool ou avec l'eau, il donne à-peine de l'huile ; distillé à feu nu, il paraît fournir, d'après les expériences de JXeumann , les mêmes produits que le benjoin 3.
3. Sang-dragon. C'est une substance cassante , de cou- saog-drsgon.
1 Brande, Kicholsotj's Joorn. X, 86.
• Ann. deChim. LXXXIV, 3i9.
3 Neiiraann's Chemistrv, p. 209.
leur rouge foncé , qui nous vient des Indes orientales. Il y en a de deux sortes -, l'une qui est en petites gouttes ovales ou larmes d'un beau rouge foncé, passant au cramoisi lorsque les larmes sont réduites en poudre; et l'autre qui est en masses plus grosses , dont quelques-unes sont d'un rouge pâle, et d'autres d'un rouge foncé, il est probable que le sangdragon est fourni par différentes espèces d'arbres; on assure que c'est du calamus draco que se retire en plus grande partie celui qu'on nous apporte de l'Inde. Le dracœna draco , ainsi que le pterocarpits draco le produisent également. propriétés. Le sang-dragon est cassant et sans saveur. Il n'a pas d'odeur sensible. 11 n'éprouve aucune action de la part de l'eau, mais l'alcool le dissout en plus grande partie, et il reste une substance rouge blanchâtre sur laquelle l'eau n'agit que partiellement. La dissolution est d'un beau rouge foncé. Elle tache le marbre, et la tache pénètre d'autant plus avant que le marbre est plus chaud. Le sang-dragon se dissout aussi dans les huiles, auxquelles il donne également une couleur rouge foncée. En le chauffant il fond, et s'enflamme en répandant une fumée acide semblable à celle de l'acide benzoïque ' . Si on le fait digérer avec la chaux, il devient en partie solubledans l'eau, et acquiert une odeur balsamique. En ajoutant de l'acide hydrochiorique à la dissolutiou , il se précipite une substance résineuse rouge, et il ne s'y manifeste que de légers indices d'acide benzoïque 3. L'acide nitrique agit avec beaucoup d'énergiesur le sang-dragon; il changesa couleur en un rouge foncé, une portion de l'acide benzoïque se sublime, et il reste une masse brune solnble dans l'eau , ayant les propriétés du tannin artificiel3. Avec l'acide sulfurique, il ne se sublime pas sensiblement d'acide benzoïque ; mais il est en partie converti en tannin artificiel, et il se produit une quantité de charbon, qui s'élève aux o/|8 du sang-dragon employé 4.
' Lewis, Ncumann's Chem. p. 299.
' llilchctt, Second Séries of Experimcnts on arlificial Tannin. Pliil. Trans. 1806.
5 Hrid ' Jl.it. helt , Third Séries, clc.