CAOUTCHOUC
faits connus jusqu'à présent concernant cette substance. Grossart et Fonrcrov ont aussi considérablement ajouté à nos connaissances sur le caoutchouc. Leurs recherches, à l'un et à l'autre, ont été publiées dans le 1 1 .e vol. des Annales de chimie.
Le caoutchouc, lorsqu'il est pur, est de couleur blanche x , l'ropri.tés. sans saveur ni odeur. La couleur noirâtre du caoutchouc du commerce provient de la méthode qu'on emploie pour le dessécher, après qu'il a été étendu sur moules. Le procédé ordinaire consiste à étendre une légère couche du suc laiteux sur le moule, et à le dessécher ensuite en l'exposant à la fumée. On étend alors une autre couche sur la première, et on le fait sécher de la même manière. Ainsi le caoutchouc du commerce est formé de couches nombreuses et alternatives de caoutchouc pur et de suie.
Le caoutchouc est mou et flexible comme du cuir. Il est extrêmement élastique et tenace; de sorte qu'on peut l'étendre de beaucoup au-delà de sa longueur ordinaire, eu le tirant avec force; et dès que l'effort cesse, il reprend son premier volume. On ne peut le rompre qu'avec beaucoup de peine. Sa pesanteur spécifique est de o,g33â 3.
Je suis redevable au savant M. Gouçh de Manchester, son élasticité
jl »• .^.' 1 « due au calori-
de quelques expériences tres-interessantes sur le rapport que iatent, qui existe entre la température du caoutchouc et son élasticité. Elles ont été publiées depuis dans le second volume des mémoires de iManchester, 2.e série. Il est bon de faire remarquer que M. Gough est aveugle dès son enfance, et que par conséquent, le sens du toucher est devenu chez lui d'une délicatesse particulière. Il est d'autant plus excellent botaniste , qu'il peut distinguer les plantes au toucher avec la plus grande certitude : faculté si extraordinaire, que les personnes, qui ont l'avantage de jouir de leur vue ont delà peine à concevoir comment il a pu l'acquérir. M. Gough lit sur le caoutchouc les expériences suivantes.
On prend une lanière de cette substance de 5 à 7 centimètres de long, de la largeur et de l'épaisseur de quelques
1 J'ai des morceaux de caoutchouc , venant des Indes-Orientales, • qu'on avait laissé s'épaissir à l'air. Ils sont blancs, avec une légère apparence de jaune , ils ont beaucoup de l'aspect et du toucher du savon blanc.
* Brisson.
millimètres. On plonge cette lanière dans de l'eau chaude jusqu'à ce qu'elle devienne parfaitement souple. En la tenant alors simplement étendue entre les mains, on en met le bord encontactavecleslèvres, on en observe la température, et l'on peut juger t'ès-exactement ainsi des variations qu'elle éprouve. Si l'on éloigne alors la lanière de quelques millimètres des lèvres, et qu'après lavoir tendue avec force, on les lui fasse toucher de nouveau, on s'apercevra d'une augmentation trèssensible de température. Si on la laisse revenir à son premier état, la température s'abaissera sur-le-champ. Si on étend de nouveau la lanière , qu'alors on la plonge immédiatement dans l'eau froide , en la tenant étendue pendant une minute ou deux dans le liquide ,, on trouvera, en abandonnant l'un de ses bouts, que le caoutchouc a perdu beaucoup de sa faculté de se contracter; car on ne peut plus le faire revenir à ses premières dimensions. Mais si on le plonge dans de l'eau tiède, ou qu'on le réchauffe eu le tenant pendant quelque temps dans la main fermée, il commence de nouveau à se contracter, et il reprend aussitôt sa première forme et ses premières dimensions. Ces expériences sont d'une grande importance, puisqu'elles nous fournissent la preuve la plus palpable et la plus convaincante que la ductilité est due, comme la fluidité, à la chaleur latente, et qu'elles éclairent de la manière la plus satisfaisante la théorie du docteur Black sur le calorique latent. On voit clairement que l'élasticité du caoutchouc et la ductilité des métaux sont des cas diffèrens d'une seule et même chose.
Le caoutchouc est inaltérable à l'air, et tout-à-fait insoluble dans l'eau -, mais si on le fait bouillir pendant assez longtemps avec ce liquide, il devient translucide sur ses bords, ce qui provient sans doute de ce que l'eau lui enlève une partie de la suie qu'il contient. Ses bords se ramollissent au point qu'en les rapprochant, et en les tenant pendant quelque temps pressés l'un contre l'autre, on les fait adhérer ensemble avec beaucoup de force, et ils s'unissent aussi intimement que s'ils ne formaient qu'un seul morceau. On peut joindre ainsi ensemble des morceaux de caoutchouc , et leur donner la forme qu'on désire*.
* Grossart . Ann. dé Çhim. XI, l53. Voye* aussi In manière «Je taire tes tubes de caoutchouc, au moyen de cctlc propriété. Phil, Mag. XXII, 3^,