‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd. (de 1817) (volume 2)Chapitre 74 sur 228 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

*. Couches corticales.

Nalure des écorces.

a58 PARTIES DES PLANTES.

est composée d'un certain nombre de fibres déliées qui se croisent, et forment une espèce de réseau. Elle semble même consister dans différentes membranes minces réticulaires , qui adhèrent fortement ensemble. C'est ainsi, au-moins, que se compose l'épiderme du bouleau, que M. Duhamel sépara en six couches. Lorsqu'on enlève l'épiderme , il se reproduit. Dans les vieux arbres, il se fend et dépérit; mais il s'en forme successivement de nouveaux. C'est par cette raison que les troncs de beaucoup de vieux arbres ont une surface rude.

Le parenchyme gît immédiatement au-dessous de l'épiderme; il est d'une couleur verte foncée, très-tendre et succulent. Vu au microscope , il paraît être composé de libres qui se croisent dans tous les sens comme celles d'un feutre. Dans le parenchyme, comme dans l'épiderme, il y a des interstices innombrables , qu'on a quelquefois comparés à autant de petites vessies.

, 3. Les couches corticales constituent la partie la plus intérieure de l'écorce , ou celle qui est le plus près du bois* Elles sont formées de plusieurs membranes très-minces , posant l'une sur l'autre, et leur nombre paraît s'augmenter avec l'âge de la plante. Chacune de ces couches est composée de fibres longitudinales, qui se séparent et se rapprochent alternativement les unes des autres, de manière à former une espèce de réseau dont les mailles correspondent entre elles dans chacune des couches ; et elles deviennent de plus en plus petites, à mesure qu'elles s'approchent davantage du bois. Ces mailles sont remplies d'une substance cellulaire colorée en vert ; et les anatomistes les ont comparées à un grand nombre de vessies adhérant ensemble > et communiquant entre elles.

Fourcroy suppose que l'épiderme est de la même nature dans tous les arbres , et qu'il a constamment les propriétés du suber. Mais cette opinion n'a pas probablement été vérifiée. Les couches corticales , au moins dans beaucoup de cas, paraissent avoir une base fibreuse semblable ; base qui a essentiellement les propriétés du lin , qui , lui-même constitue les couches corticales du lihum usitatissimum. La matière du parenchyme et les sucs qui existent dans les écorces varient extrêmement , et c'est probablement ce qui occasionne, eu plus grande partie y les différences entre le*

icoRCKS. a5g

écorces. Quelques-unes , comme celles de chêne , sont caractérisées par leur qualité astringente , et contiennent du tannin ; d'autres , telles que celles de la canelle , sont aromatiques, et renferment une huile essentielle -, d'autrest comme le quinquina , sont amères -, il en est qui sont principalement mucilagioeuses , d'autres sont résineuses , etc. ; mais il serait impossible , dans l'état actuel de nos connaissances sur ce sujet, de classer toutes les espèces d'écorces; aussi je me bornerai, comme dans les précédentes sections, à décrire les propriétés de celles qui ont été examinées , et qui sont les plus remarquables , telles que les suivantes.

I . Ecorce du cinchana Jloribunda ou quinquina de Saint- Quinquia» Domingue. Fourcroy a examiné cette écorce avec soin ; et 5, Dûmin8u»< son analyse est une des plus complètes qui aient été faites jusqu'à présent sur aucune des substances végétales.

Cette écorce est en morceaux roulés, de la longueur de ï5o à 170 millimètres , et de 6 à 8 millimètres d épaisseur. Sa couleur est d'un vert grisâtre à l'extérieur, mais intérieurement elle présente plusieurs nuances de vert, de pourpre, de blanc , de brun , etc.; sa saveur est araère , et son odeur très-forte ; l'une et l'autre sont désagréables.

Lorsqu'on l'ait bouillir le quinquina dans une suffisante quantité d'eau , il perd environ les o,5o de son poids. Le résidu a les propriétés de la fibre ligneuse. Si on le brûle , il laisse un charbon composé des parties salines suivantes. Les quantités indiquées ici sont celles obtenues de 9216 parties de 1 ecorce.

Carbonate de potasse 10 Résidu

Sulfate de potasse 12 terreux.

Hydrochlorate de potasse 58

Silice 4

La décoction du quinquina a une couleur brune rougeâtre, Matière soiubi*et une saveur extrêmement amère. Elle dépose parle refroidissement une substance noirâtre , molle et visqueuse , qui ne se dissout pas dans l'eau froide , quoiqu'elle soit soluble dans l'eau chaude et dans l'alcool. A mesure qu'on évapore le liquide, cette substance se précipiteen plus grande quantité. Si l'on mêle avec de l'alcool le suc épaissi , cotiè-

rement dégagé de ce précipité , il s'en sépare une certaine quantité de matière gommeuse. Lorsqu'on traite avec de l'alcool chaud la matière noire qui se précipite par le refroidissement de la décoction, il s'en dissout la plus grande partie ; mais il reste une poudre d'un beau rouge, mêlée avec du mucilage, qu'on peut facilement séparer par l'eau. En exposant à l'air la dissolution alcoolique, il s'y dépose de légers cristaux jaunâtres de nature saline. Si l'on y ajoute de l'eau , il se précipite des flocons blancs, qui ont les propriétés du gluten ; mais la plus grande partie reste en dissolution. Ainsi , la partie soluble de l'écorce du quinquina peut être séparée en cinq substances distinctes , savoir : de la gomme > du gluten , une poudre rouge , une matière saline , et une substance brunâtre ambre , retenue en dissolution dans l'alcool étendu d'eau. La dernière substance est la plus abondante , et on peut lui attribuer les qualités particulières de la décoction de cette écorce. Fourcroy obtint, de 9216 parties de l'écorce du quinquina , savoir :

Gomme 648

Gluten 84

Poudre rouge i44

Cristaux salins 72

Matière brunâtre 4076

Total 5oa4

Propriétés. La matière gommeuse et le gluten avaient à-peu-près les propriétés de ces substances , telles que nous les avons décrites dans le chapitre précédent. La poudre rouge est insoluble dans l'eau et dans l'alcool ; mais elle se dissout facilement dans les alcalis. A la distillation , elle fournit beaucoup d'huile , beaucoup d'ammoniaque et un peu d'eau ; selon Fourcroy, c'est iV.r/rac/T/'saturé d'oxigène. La nature de la matière saline ne fut pas déterminée d'une manière satisfaisante. Comme la matière brunâtre, restée en dissolutiou dans l'alcool étendu d'eau , était la partie constituante la plus abondante et la plus importante , elle fut examinée avec un soin particulier. D'après les expériences de Fourcroy, elle paraît se rapprocher beaucoup , par ses propriétés , de ïextractif.

Sa couleur est brune rougeâtre , et sa saveur tres-amère. Lorsqu'elle est desséchée elle paraît noire; elle est très-

ÉC0RCE5. a6i

cassante, et sa cassure est vitreuse. Elle est insoluble dans l'eau froide , mais lie se dissout très-facilement dans ce liquide chaud ; cependant elle se précipite en partie à mesure que la dissolution refroidit. Mais si 1 on en fait dissoudre une partie dans 24 parties d'eau chaude, il ne se forme aucun précipité. En versant de l'eau de chaux dans cette dissolution , il s'y précipite une poudre rougeàtre, qui se redissout par l'addition d'une suftisaute quantité d'eau. L'acide hydrochlorique ne précipite rien de cette dissolution. La matière brune se dissout facilement dans l'alcool, si on l'a préalablement réduite en poudre. A la distillation , elle dégage de l'acide carbonique et de l'air inflammable ; il passe de l'eau imprégnée d'acide acétique , et une certaine quantité d'huile. La portion aqueuse contient aussi de l'ammoniaque. Le résidu charbonneux est très - volumineux ; il est dix fois aussi considérable que la matière avant la distillation.

Si l'on fait passer de la vapeur de chlore à travers une dissolution de cette substance dans l'eau , la liqueur devient sur-le-champ rougeàtre , et il se dépose peu-à-peu un précipité de la même couleur. Ce précipité a exactement les propriétés de la poudre rouge obtenue de la décoction de Técorce ; ce qui prouve que cette poudre rouge n'est que l'extractif brun altéré dans ses propriétés par absorption d'oxigène. Lorsqu'on entretient le courant de vapeur de chlore , toute la liqueur perd par degrés sa couleur , et le précipité devient aussi d'un jaune pâle. Si on le sépare dans cet état par la filtration , il prend l'apparence de la gomme gutte. L'atcool le dissout : ce qui n'a pas lieu avec un mélange d'alcool et d'eau *.

2. Ecorce du cinchona officinalis. Cet arbre croît à Quinquina Quito , au Pérou ; on ne le trouve que dans les lieux élevés : du Percm" il meurt promptement lorsqu'il a perdu son écorce. On connaît dans le commerce trois espèces différentes de quinquina ; mais il est encore incertain qu'elles soient toutes produites par le même arbre; et il est probable que cela n'est pas. Les plus remarquables de ces variétés sont les suivantes.

Quinquina rouge. Cette écorce est ordinairement en gros 1 Ronge. morceaux , et elle se réduit plus facilement en poudre que

* Fourcroy, Ann. de Cliim. VIII , 12a.

a. Jaune.

le quinquina de Saint - Domingue. La poudre est d'un brufi rougeàtre, d'une saveur légèrement amère , et très-astringente. C'est aussi à Fourcroy que nous devons l'analyse de. cette écorce.

L'eau dans laquelle on fait macérer cette écorce réduite en poudre , acquiert la propriété de rougir les couleurs bleues végétales; elle contient uue certaine portion d'acide citrique , de 1 hydrochlorate d'ammoniaque et de l'hydrochlorate de chaux. Lorsqu'on fait bouillira plusieurs reprises 576 parties de 1 écorce dans l'eau, jusqu'à ce que toute action dece liquide cesse, l'eau acquiert uue couleur orangé rougeàtre; et lorsqu'on l'évaporé à siccité , elle laisse pour résidu 38 parties d'une matière , qui contient une petite proportion de l'acide et des sels ci-dessus mentionnés , mais qui consiste principalement dans une matière ayant à- peu-près les propriétés de Pextractif. Lorsqu'on traite l'écorce qui reste, avec une quantité suffisante d'alcool, ce liquide se charge de 24 parties d'une substance de couleur rouge, et qui paraît tenir le milieu entre la résine et l'extractif. Le résidu de l'écorce a les propriétés de la fibre ligneuse -, lorsqu'on le brûle , il laisse 12 parties d'une cendre grise , composée de

Carbonate de potasse 1 ,9

Hydroclilorate de potasse o,6

Sulfate de potasse o,5

Carbonate de chaux 9,0

Tel est le résultat de l'analyse de Fourcroy Î^Oes expériences subséquentes ont conduit à la découverte d'une portiou de résine et de principe amer. La propriété qu'a la décoction de donner une couleur noire avec le sulfate de fer, indique la présence de tannin en petite quantité. Le principe amer paraît appartenir à la seconde espèce , ou à celle qu'on observa d'abord dans le café.

Quinquina jaune. Cette espèce d'écorce , employée d'abord en Angleterre vers l'an 1790, n'a pas encore été soumise à une analyse rigoureuse ; mais d'après les recherches qu'on a faites sur sa nature , ses parties constituantes ne paraissent pas différer beaucoup de celles de l'espèce

* Ann. de Chim. VIII, 174.

écorcés. a63

rouge. M. Descbamps a publié la manière d'en extraire «ne quantité considérable d'un sel à base de chaux , qui n'a pas été décrit. Il est blanc et cristallise en lames. Vauquelin a fait voir que ce sel est du kiuate de chaux. Le procédé consiste à faire macérer l'écorce dans une assez grande quantité d'eau froide, à concentrer le liquide, et à l'abaudonner à une évaporation spontanée. Les cristaux s'en séparent peu-à-peu , et on les purifie par des cristallisations répétées. La quantité obtenue s'élève à environ 7 parties sur 100 de lecorce employée '.

Qinquina pâle. C'est la variété commune du quinquina 3. Pâte du Pérou. On ne l'a pas encore analysée très-exactement. Sa saveur est astringente amère , et très-désagréable. Ou suppose qu'elle contient du principe amer, au tannin, de lextractif et de la résine. Il y existe de plus un principe reconnu d'abord par Seguin , et sur lequel le docteur Duncan jeune a publié quelques expériences*. On distingue cette variété par la propriété qu'elle a de précipiter par l'infusion de noix de galle ; mais comme cette propriété est commune à un grand nombre de substances , elle ne suffît pas pour caractériser celle-ci.

3. Ecorce du cinchona carribœa. Le docteur Wrigtst est le premier qui ait fait connaître cette écorce. Il publia , dans les Transactions philosophiques3, une description botanique de l'arbre , accompagnée de la gravure qui le représente , et il décrivit les propriétés de l'écorce dans le journal Médical de Londres pour 1 787 4. M. Vavasseur publia , dans le Journal de Phvsiquepour 1790 5, la description d'un arbre du même nom, ainsi que l'analyse chimique de l'écorce; mais il n'est pas certain que ces deux arbres soient les mêmes.

4- Vauquelin a examiné toutes les différentes espèces de quinquina qu'il put se procurer, afin de déterminer, s'il est possible , jusqu'à quel point les quinquinas diffèrent entr'eux , et quelles sont leurs parties constituantes qui agissent comme fébrifuge 6.

« Ann. de Chim. XLVIII , 65.

» Nicholson's Journ. Vil, 22CJ.

» Vol. LXV1I , p. 5o{.

* Vol. VIII , p. a3g.

» Vol. XXXVII, 24'.

* Ana. de Chim LIX , n3.

Espèces t)n Peuf diviser les différentes espèces de quinquinas en

de quiaquinas. jrojs sections.

I. Les infusions de la première section précipitent le tannin t ne précipitent point la colle animale.

H. Les infusions de la seconde section précipitent la colle animale , et ne précipitent point le tannin.

III. Les infusions de la troisième section précipitent en même-temps le tannin , la colle animale et le tartrate antimonié de potasse.

On a présenté dans la table qui suit , les effets produits par l'action des différens réactifs , sur tontes les espèces de quinquinas essayés. Vanquelin u ayant pas toujours employé le terme botanique, il est difficile, malgré les descriptions qu'il donne, de reconnaître les noms véritables des différentes espèces soumises à l'examen. Il y a en effet lieu de croire que les mêmes espèces se rencontrent dans différentes parties de la table, sous des noms divers.

Quinquina

Quiuquina jaune

Quinquina de Sanla-Fé.

Quinquina gris

Quinquina gris canelle. .

Quinquina rouge

Quinquina gris

Quinquina gi is pl.i t

Ciricfrona pubescens.. . . Cincliona officinalis . . . .

Cinchona rbàgnifblia. . . .

Quinquina pitton vrai. . .

Précipités

par la c Ile

forte.

Blanc Rougeàtre.

Blanc.

Brun.

Ronge.

Blanc.

Abondant

Précipités

par le tanuin.

Abondant.

Idem.

Jaune.

Jaune.

Idem.

! ° Abondant,

Par le tartrate antimonié de potasse.

Abondant.

o Blanc.

o Bl.inc jaunâtre.

Idem.

o Blanc jaunâtre.

o Abondant.

Quinquinas rapportés du Pérou par Humboldt*

Quinquina de Loxa

Quinquina blanc de Santa-Fé.

Quinquina orangé de S.-Fe'.

Quinquina rouge de S.-Fé. . .

Quinquina jaune de Guença .

Quinquina ordin. du Pérou.

Infusions de noix de galle. . .

Ecorce de chêne

Ecorce de cerisier

Abondant.

Abondant.

o Abondant.

Abondant. Idem.

Abondant.

o Abondant.

o Abondant.

Abondant

o Abondant.

Abondant.

Jaune blanc.

Tous ces quinquinas donnent une couleur verte avec le fer , et la plupart d'entr'eux le précipitent en cette couleur.

La substance, dans les quinquinas, qui précipite le tanuin, est brune, et ayant une saveur amère; elle est moins solûble

écorces. a65

dans l'eau que dans l'alcool ; elle précipite le tartrate antiraonié de potasse, mais elle ne précipite pas la colle forte. Elle a quelque ressemblance, dans ses propriétés, avec les résines, quoiqu'elle donne de l'ammoniaque a la distillation.

5. Ecorcedu croton eleutheria. C'est leleuthéria ou cas- Crot«i. carille du commerce -, cette écorce est ordinairement en morceaux roulés, avant quelque ressemblance avec le quinquina.

Elle a une odeur aromatique et une saveur agréablement amère. Lorsqu'on la brûle, elle répand une odeur aromatique qui ressemble à celle du musc. Nous devons au professeur Trommsdorf la seule analyse chimique de cette écorce, qui ait été publiée : il obtint de 4696 parties de cette substance * :

Mucilage et principe amer 864 parties.

Huile volatile 72

Eau 48

Fibre ligueuse 3o24

Résine 688

6. Ecorce du saule blanc Çsali\v alba). L'écorce de cet Siule blaQ( .^rbre, qui est assez commun en Ecosse, est remarquable

par sa saveur astringente -, elle a été souvent employée par le peuple de Ce pays, dans les fièvres intermittentes. Bouil- Îon-Lagrange l'a proposée comme pouvant être très-convenablement substituée au quinquina , parce qu'elle est formée, suivant lui , des mêmes priucipes auxquels cette écorce doit ses vertus médicales. Il suffit cependant du plus léger examen pour nous convaincre que les propriétés de ces deux substances sont loin dêtre semblables.

La décoction d'écorce du saule blanc est d'uue couleur rougeàtre foncée. Bouillon-Lagrange a observé que lorsqu'on fait à plusieurs reprises des infusions avec la même portion d'écorce , la dernière a toujours la couleur la plus foncée. La colle-forte , le carbonate de potasse et le carbonate d'ammoniaque , y forment des précipités abondans : l'eau de chaux y produit un précipité, bleu d'abord, et ensuite de couleur fauve. Le sulfate de fer donue un précipité vert très-foncé. L'alcool en sépare des flocons blancs. Lorsqu'on

* Ann. de Cbim. XXII , 219.

évapore à siccité , il reste une substance cassante rougeâtre, d'une saveur très-amère, et qui n'attire pas l'humidité de l'air.

En faisant digérer de l'alcool sur cette écorce , le liquide acquiert une couleur jaune verdàtre. La teinture est rendue trouble par l'eau. Par l'évaporation , elle laisse pour résidu une substance d'un jaune éclatant , ayant une saveur trèsamère, et qui se fond à une température médiocrement élevée, en répandant une odeur aromatique.

Ces expériences indiquent, dans cette écorce, la présence du tannin , du principe amer , de l'extractif et du gluten. Quercitron. 7. Ecorce du quercus nigra. Cet arbre , auquel on a donné le nom de quercitron , croît spontanément dans l'Amérique septentrionale. Le docteur Bancroft découvrit, vers l'an 17B4, que l'écorce intérieure de cet arbre contient une grande quantité de matière colorante ; et depuis ce temps , elle a été très-généralement employée par les teinturiers. On la prépare pour leur usage , en détachant lepiderme (qui contient une matière colorante brune), et en faisant alors moudre l'écorce. Elle se divise en partie en fila mens déliés , et en partie en une poudre légère très-fine.

L'écorce du quercitron communique facilement sa matière colorante à l'eau chauffée à la température de 38° centigra^des. A ce degré de chaleur , l'eau dissout environ les o,o83 de l'écorce employée. L'infusion a une couleur brune jaunâtre , qui s'éclaircit par les acides , et se rembrunit par les alcalis. L'alun n'y produit qu'un petit précipité de couleur jaune foncé ; avec l'hydrochlorate d'étain , le précipité est abondant et d'un jaune vif; le sulfate de fer donne un précipité de couleur olive foncée ; et le sulfate de cuivre un précipité jaune olivâtre* . Ces expériences prouvent évidemment, que la matière colorante de cette écorce est une espèce d'extractif. On n'en a pas examiné les autres parties constituantes. Haronnier 8. Ecorce de V œsculus hyppocastantum, L'écorce de cet d'iode. arbre , l'ornement des parcs et des avenues , a été proposée à Paris, comme remède dans les fièvres intermittentes, et il a été publié par Henri* une suite d'observations sur les propriétés de l'écorce de cet arbre si utile. L'eau, ou des esprits faibles, en sont les meilleurs dissolvans. L'alcool rectifié ne

» Berlhollet, Elemens de l'Art de la Teinture, II, 262. * Aria, de Chira. LXV1I , 2o5.

le dissout qu'en très-petite proportion. L'infusion aqueuse de cette écorcea une couleur fauve et une saveur araère, sans être astringente ; elle précipite abondamment par la gélatine et peu par les acides. Une petite quantité de sulfate de fer donne à l'infusion une couleur verdàtre. Le nitrate de mercure y forme un précipité abondant -, l'infusion de noix de galle et le tartrate antimonié de potasse n'y produisent aucun changement. D'après ces propriétés de l'écorce du maronnier d Inde , il est évident qu'elle diffère entièrement dans ses parties constituantes , des espèces diverses de quinquina , examinées par Vauquelin.

g. La cannelle est l'écorce intérieure du laurus cinna- cannelle. momum, arbre qui croit principalement à Ceylan , où on le cultive uniquement pour l'écorce.

La cannelle a une couleur brune rougeàtre ; elle nous vient en longs morceaux roulés sur eux-mêmes , qui se cassent en esquilles. Elle a une odeur aromatique très-suave, et une saveur piquante, maisagréable. Ses propriétés sont entièrement dues à l'huile volatile qu'elle contient. On peut séparer cette huile eu faisant infuser l'écorce dans l'alcool , et en séparant ensuite l'alcool de l'huile par la distillation. Cette huile aune couleur jaune blanchâtre, une saveur et une odeur extrêmement piquantes. La quantité qu'en fournit la cannelle est très-petite. Neumann n'obtint de 497 grammes d'écorce, qu'environ 'i grammes d'huile. Lorsqu'on distille de l'eau sur cette écorce , le liquide passe laiteux à cause de l'huile qui l'accompagne , et qu'il retient avec tant de force , qu'il faut que le mélange reste en repos peudant un temps considérable, pour qu'une très-petite quantité d'huile s'en sépare*.

SECTION VI

Des Feuilles.

Les feuilles des plantes se ressemblent beaucoup plus entr'elles qu'aucune des autres parties dont il a déjà été traité. Elles ne sont recouvertes que d'un épiderrae; car les couches corticales de l'écorce leur manquent. Au-dessous de l'épiderme se trouve une matière pulpeuse, ordinairement verte, qui con-

* Ts'eumann's Chem. p. 402.

a68 PARTIES DES PLANTES.

tient une substance résineuse et une portion de gluten. Audessous de cette substance est la matière fibreuse, ou plutôt, c'est là que sont les vaisseaux dont l'ensemble présente la forme et les contours de la feuille. L'alcool enlève aux Tropriéiés. feuilles leur matière colorante verte; il en est de même des huiles-, mais l'eau ne s'en charge point. Il est à remarquer , que même celles des feuilles qui ne sont pas vertes donnent encore à l'alcool une teinture de cette couleur. Lorsqu'on expose à l'air cette couleur verte , soit en dissolution, soit séparée par l'évaporation , elle se passe promptement'. Beaucoup de feuilles donnent à la toile une couleur jaune , qu'on peut y fixer par le moyen de l'alun. C'est par cette raison qu'il y a en teinture un plus grand nombre de variétés du jaune que de toute autre couleur. Les feuilles qui donnent le plus beau jaune sont celles de la gaude ou vouède (reseda luteola) ; aussi les teinturiers en font-ils un grand usage.

On n'a pas encore fait de recherches chimiques bien étendues sur les feuilles en général. Je me contenterai donc de désigner ici le petit nombre de celles que les chimistes ont examinées. Les plus remarquables sont :

séné. i. Séné. Cette drogue est employée en médecine comme purgatif doux. Ce sont les feuilles du cassia semia , arbuste qui croît principalement en Egypte , d'où on l'apporte en Europe. Bouillon-Lagrange en a examiné les propriétés.

Les feuilles sont lancéolées, d'une couleur verte jaunâtre: elles ont une odeur aromatique un peu désagréable , et une saveur amère. Macéré dans l'eau , le séné communique à ce liquide son odeur et sa saveur particulières , et une couleur brune rougeàtre. Les acides minéraux concentrés , l'acide oxalique, les carbonates alcalins, l'eau de barite, les nitrates de mercure, d'argent, et de plomb, y produisent des précipités. L'infusion de noix de galle lui donne une couleur fauve jaunâtre , mais n'y occasionne qu'un léger précipité. Selon Bouillon-Lagrange, l'alcool donne lieu à un précipité qui est formé de cinq parties de carbonate de chaux et d'une partie de silice2. La liqueur qui reste contient de i'extractir avec

' Lewis, Nenmann's Cliemistry, p. 434-

1 Je ne comprends pas bien celte partie de l'analyse. Le précipité est présente comme élaut solublo en partie dans l'eau et dans

quelques sels , qui ont pour base la potasse et la magnésie. Lorsqu'on expose l'infusion à l'air, il s'en précipite une substance. On obtient aussi par le chlore un précipité citrin d'une saveur amère , insoluble dans l'eau, mais qui se dissout dan5 l'alcool et dans les alcalis , et qui , en un mot, a tous les caractères d'une résine.

La principale matière que l'eau enlève au séné est un extractif particulier, qui se convertit en une espèce de résine en absorbant l'oxigène. Les qualités du séné sont dues à cette substance, dont l'activité dépend, si l'on en croit Bouillon- Lagrange , de la faculté qu'elle a d'absorber l'oxigène.

Cent parties d'eau, qu'on fait bouillir sur le séné, suffisent pour lui enlever toute la matière soluble que l'eau est susceptible d'en extraire. L'alcali sépare du résidu une portion de matière semblable à l'extractif , et qui s'altère à l'air. Les feuilles sont alors d'un beau vert , et elles abandonnent à l'alcool une matière de la même couleur. Cette substance est insoluble dans l'eau et dans les alcalis ; le chlore la blanchit et elle devient moins soluble dans l'alcool. Ces propriétés indiquent une substance particulière. a44»6 parties de séné fournissent à ces différens dissolvans 79,6 parties , ou un peu moins des o,33 de matière soluble. Lorsqu'on évapore à siccité l'infusion aqueuse du séné , et qu'on brûle le résidu, il laisse de la potasse, du sulfate de potasse, du carbonate de chaux , de la magnésie et de la silice x.

2. Absinthe. Ce sont les feuilles , les tiges et les som- Absinthe; mités des fleurs de Xartemisia absynthium, plante qui croît dans plusieurs parties de l'Angleterre. L'absinthe a une odeur forte , assez désagréable , et une saveur très-amère. Elle doit son odeur à l'huile volatile qu'elle contient. Il y existe en outre une portion considérable de principe amer. On n'a pas fait dans ces derniers temps l'analyse de l'absinthe ; la plus récente est celle de Kunsmuller 2 , qui obtint par l'eau , de 1 2 parties d'absinthe , savoir :

l'alcool , et cependant comme pouvant être obtenu par l'alcool. Ces caractères n'appartiennent sûrement pas au carbonate de cbaux ni à la silice.

« Aun. de Chim. XXIV, 3.

* tbid. VI, 35.

Résine oT48

Hydrochlorate de potasse 0,12

Acide végétal o,5o

Acide végétal, en combinaison avec la potasse. 2,i4

Lorsque l'eau eut cessé d'agir, on brûla le résidu, et on obtint de 3 60 parties d'absinthe 90 parties de cendres, ayant donné à l'analyse, savoir:

Hydrochlorate de potasse 3

Sulfate de potasse 1

Carbonate de chaux. 5g

Alumine 5

Sulfate de chaux 5

Silice • 4

Oxide de fer 3

~8o~ Perte 10

Tabac 3. Tabac. Cette substance se prépare avec les feuilles du Nicotiana tabacum, plante indigène de la Virginie , où elle se cultive en grand pour en faire le commerce. Cette plante a reçu son nom de celui de Tabaco, province du Mexique, où elle fut découverte , et d'où on l'apporta pour la première fois en Europe *.

Le tabac , lorsqu'il est convenablement préparé , a une couleur verte jaunâtre , une odeur forte assez désagréable , et une saveur très-âcre. Lorsqu'on le brûle , il répand des vapeurs , qui flattent particulièrement l'odorat de beaucoup de personnes. Pris intérieurement , il agit sur le système avec beaucoup de violence -, et même il donne la mort, si on le prend en suffisante quantité.

Vauquelin a soumis à l'analyse les feuilles de différentes espèces de nicotiana ? particulièrement l'espèce latifolia. Le suc exprimé de cette espèce de nicotiana contenait les substances qui suivent , savoir :

Une quantité considérable de matière animale de nature albumiueuse.

Du malate de chaux avec excès d'acide.

> * Tatam's Essay on tins culture and commerce, published in 1800.

De l'acide acétique .

Une quantité notable de nitrate et d'h ydrochlorate de potasse.

Une matière rouge soluble dans l'alcool et dans l'eau , qui se boursouffle considérablement au feu.

De l'hvdrochlorate d'ammoniaque.

De la nicotine.

Une fécule verte, principalement composée de gluten, de résine verte et de fibre ligneuse*.

^.Asparagus. Robiquet a dernièrement analysé cette plante. Atperç; Je crois devoir insérer ici , comme à leur véritable place, les résultats qu'il a obtenus, parce qu'il opéra sur la plante toute entière , et que les feuilles en constituent la partie principale.

Robiquet réduisit l'asperge à l'état de pulpe, et après eu avoir exprimé le suc, il en sépara, par la filtration , una matière féculente. L'alcool , au degré de lebullition, se chargea d'une portion de cette fécule, et laissa pour résidu une substance qui avait les propriétés du gluten. Par le refroidissement , la dissolution alcoolique déposa une portion de cire végétale, et elle donna pour résidu de son évaporation , une matière acre , d'une couleur verte , tenant le milieu , par ses propriétés , entre la résine et l'huile volatile.

Le suc filtré avait l'apparence du petit lait , et il rougissait la teinture de tournesol. En le chauffant, il déposa des flocons , que Robiquet considéra comme étant de l'albumine. Abandonné aune évaporation lente à l'air libre, il s'en sépara sous la forme de cristaux , une certaine quantité d'asparagine et de matière saccharine, ayant l'apparence de manne. Le suc , après avoir été épaissi, fut traité avec l'alcool. Ce liquide n'en prit qu'une portion seulement, le surplus fut dissous dans l'eau.

La dissolution alcoolique traitée avec l'acide sulfurique et distillée , fournit du vinaigre. En faisant évaporer à siccité cette dissolution et en brûlant le résille, , 'es cendres consistaient en potasse, en carbonate de chaux et eu phosphate9 de potasse et de chaux. Il était donc probable que l'acide acétique était combiné avec la potasse et la chaux.

La dissolution aqueuse rougissait les couleurs bleues végétales. L'infusion de noix de galîe la précipitais Le résidu

* Ann. deChim. LXXI, x3ç).

27* PAUTIES DES PLANTES.

contenait une substance extractive particulière et une matière colorante; il s'y trouvait, sans doute aussi, de l'asparagine et du sucre.

Tel est le résultat de l'analyse très-intéresssante de cette substance par Robiquet1.

Beiudcne. 5. Atropa belladone Les feuilles de cette plante ont été examinées par Melandri. Il y trouva de l'oxalate de magnésie avec excès d'acide , de l'oxalate de chaux , de l'hydrochlorate de potasse , une résine molle verte , du muqueux, de l'extractif et une substance, qu'il appela extractif animal3. Vauquelin a également examiné les feuilles de cette plante ; et il en obtint pour parties constituantes , savoir :

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