FLEURS
cette époque jusqu'en 1804, il avait été peu ajouté à nos connaissances sur cette substance , lorsque Dufoureu publia «ne analyse complète1. Ses observations ont été confirmées par celles de Marchais *.
Les fleurs du carthame contiennent deux matières colo- Analyse, rantes : l'une jaune, qui est soluble dans l'eau , dont on n'a fait jusqu'ici aucun usage; l'autre rouge, dont se servent les teinturiers, etc. , et qui constitue le cosmétique qu'on appelle rouge. Quoique la matière colorante jaune se di.ssolve facilement dans l'eau , il est très-difficile de la sépara- eu totalité par ce moyen. Dufour, après avoir mis le carthame dans un linge , le pétrit long-temps entre ses doigts sous un filet d'eau; en continuant ainsi et en tenant le carthame eu macération dans l'eau, il acquit une belle couleur rouge. Le liquide qui passa, après qu'on l'eût filtré afin d'en séparer une portion du carthame et quelques impuretés qui s'y étaient mêlées , était de couleur jaune. Chauffé à environ 63° centig. , il s'y forma des flocons, qui étaient de l'albumine, ou plutôt du gluten. On les sépara par la filtrat ion, et le liquide fut évaporé à siccité. L'extrait obtenu était de couleur jaune et d'une saveur forte. L'eau le dissolvait en totalité, à l'exception d'une trèspetite portion de matière brune qui avait les propriétés de résine. La dissolution aqueuse rougit les couleurs bleues végétales, et donne un précipité abondant par l'infusion de noix de galle : ce qui n'a pas lieu avec la colle forte. Le chlore détruit la couleur jaune , et la rend blanche. En évaporant à siccité , et en traitant le résidu par l'alcool, il ne s'en dissout qu'une partie, qui est principalement de l'extractif , la partie insoluble est la matière colorante jaune.
Lorsqu'on fait digérer pendant assez long-temps dans l'alcool le carthame résidu , le liquide prend une couleur rouge de brique. Si cette dissolution alcoolique est suffisamment concentrée par l'évaporation , il s'en sépare une matière grenue , qui a l'apparence du miel, et des propriétés analogues à celles de la cire On ne peut , qu'avec beaucoup de peine, obtenir de la dissolution alcoolique quelque matière colorante.
* Ann. deChim. XL VIII , 283.
* Idem, L, 73.
2 j8 PARTIES DE5 PLANTES.
Après plusieurs tentatives infructueuses pour obtenir, à l'état de séparation, la matière colorante rouge du carthame , Dufour parvint à l'isoler par un procédé fondé sur la grande affinité qui existe entre la matière rouge et le coton. Après avoir dépouillé par le moyen de l'eau , autant que cela lui fut possible , le carthame , de sa matière colorante jaune , il le fit macérer pendant une heure dans une dissolution faible de carbonate de soude. Il décanta alors cette dissolution ; il y introduisit une certaine quantité de coton, et il y versa ensuite du suc de citrons , jusqu'à ce que le liquide eut acquis une belle couleur rouge de cerise. Ce liquide abandonné à lui-même pendant vingt-quatre heures , perdit sa couleur rouge; la matière colorante s'étant unie en totalité au coton , qu'elle avait teint eu rouge. Le coton fut retiré, et lavé dans l'eau à plusieurs reprises , afin d'en séparer tout ce qui avait pu yarahérer de la matière colorante jaune. On le mit alors clans une dissolution très-étendue de carbonate de soude. Cet alcali sépara la matière colorante du coton, il s'en chargea, et prit une couleur jaune. Le coton ayant été retiré après une heure d'immersion dans la lessive alcaline , on y versa du suc de citrons, et il s'en sépara peu-à-peu une poudre d'une belle couleur rose, qui finit par se précipiter. Cette poudre était la matière colorante rouge.
D'après ce procédé, nous voyous que la matière colorante rouge a une plus grande affinité pour le coton que la matière jaune , et qu'à l'aide du coton on peut séparer les deux matières colorantes. Nous voyons aussi que la matière colorante rouge est soîuble dans les carbonates alcalins, et qu'elle est précipitée par les acides. Les alcalis la dissolvent également ; mais ils en altèrent la nature. Sa dissolution dans les carbonates alcalins est jaune. Elle esc insoluble dans l'eau. L'alcool la dissout facilement, et acquiert une belle couleur rose. Si l'on chauffe cette teinture, elle prend une nuance d'orangé. Elle se dissout aussi dans l'étber, mais avec moins de facilité. Les huiles, soit fixes, soit volatiles, n'ont sur elle aucune action. A la distillation elle fournit très-peu d'eau, à-peine aucun gaz, un peu d'huile, et une portion de charbon égale aux o,33 de son poids. Si l'on brûle ce charbon, il ne laisse aucune trace sensible de cendres. D'après ces propriétés, dont nous devons la connaissance à Dufour, ainsi que de presque tous les autres faits concernant le carthame ,
tleuhs. 279
Il paraît que la matière colorante rovige du carthame diffère de toute autre substance végétale connue.
Lorsque le carthame eut été privé de sa matière colorante, ce qui restait était composé principalement de libre Ligneuse et de matière terreuse. Les parties constituantes de 1000 parties de carthame se trouvent être , selon les expériences de Duibur, dans les proportions qui suivent :
Humidité. 62
Sable et petites parcelles de la plante. 34
Gluten 55
Matière colorante jaune 268
Extractif. 4^
Résine 3
Cire 9
Matière colorante rouge 5
Fibre ligneuse 496
Alumine et magnésie 5
Oxide rouge de fer 2
Sable 12
Perte 7
Selon Marchais , une portion considérable de ce qui était regardé par Dufour comme de la libre ligueuse, est, en réalité , de 1 albumine.
2. Fleurs de l'arnica rnontana. On a employé ces fleurs dans la médecine, surtout en Allemagne, où Ion a beaucoup célébré leurs propriétés. Elles ont une couleur jaune , une saveur amère et acre, et une odeur aromatique trèsfaible. Lorsqu'on les fait macérer dans L'eau, on obtient une liqueur d'une couleur brune, et d'une saveur amère; elle rougit l infusion de tournesol, ne forme point de précipité avec la colle-forte, et n'altère pas la dissolution de tartrate antimonié de potasse. Avec le sulfate de fer, elle donne un
Î>récipité d'uue couleur verte foncée , qui passe au noir par a dessication. Les acides minéraux la précipitent en brun, mais les carbonates alcalins n'y produisent aucun changement *.
Si l'on fait macérer ces fleurs dans lalcool , le liquide acquiert une couleur jaune. Il rougit les couleurs bleues véué-
Arniea
ment ma.
* Bouillon-Lagraoge . Anu. de Chim. LV, 38.
a8o PARTIES DES PLANTES.
taies ; il donne une couleur verte avec le sulfate de fer, et devient laiteux par son mélange avec l'eau. Lorsqu'on distille cette teinture , l'alcool qui passe a une saveur amère , mais il n'altère pas les couleurs bleues végétales -, tandis que le liquide qui reste dans la cornue est très-acide ; il précipite par l'eau , et donne une couleur verte avec le sulfate de fer. Evaporé à siccité, it laisse une poudre acide et amère , qui semble être d'^ne nature particulière *.
Lorsqu'on distille les fleurs de l'arnica , elles fournissent une liqueur acide jaunâtre qui se colore en noir avec le sulfate de fer. Ce liquide se recouvre d'une certaine quantité d'huile. Les cendres que ces fleurs laissent, après avoir été brûlées, contiennent de la potasse , du carbonate de potasse, de l'hydrocblorate et du sulfate de potasse*, safran. 3. Safran. Cette couleur jaune se compose des pistils du crocus sativus. Les fleurs de cette plante sont d'une couleur bleue purpurine: mais la partie supérieure du pistil est de couleur orangé foncé, et se divise en trois filamens charnus. On cueille ces filamens avec soin , on les dessèche, et on les presse en gâteaux.
Le safran est en filamens longs et larges d'un rouge foncé sans aucun mélange de jaune ; il est passablement sec , et cependant il est flexible et doux , et se réduit difficilement en poudre. Il a une odeur forte , agréable , qni affecte pourtant les yeux au point d'en faire couler des larmes ; sa saveur est piquante et légèrement amère 3.
II n'a pas encore été fait d'analyse exacte du safran. Il ne paraît pas, d'après les expériences de Neumann, qu'on puisse en extraire aucune huile volatile par la distillation. Il est cependant probable que c'est à un principe semblable qu'il doit son odeur forte; quoique ce principe s'y trouve en trop petite quantité, pour qu'il soit facile de l'obtenir séparément. La matière colorante du safran est également soluble dans l'alcool et dans l'eau ; et c'est la substance à laquelle Vogel a donné le nom de polychroite.
1 Bouillcm-LagraDge, Ann. de Chim. LV, 39.
* IIjuI.
* INeuioann , p. 401.