POLLEN
L'acide nitrique le réduit en pâte; il se dégage du gaz azote, et ensuite, par l'application de la chaleur, du deutoxide d'azote et de l'acide carbonique. Il se sépara une huile jaunâtre qui vint nager à la surface, et par les alcalis on en obtint des phosphates et des oxalates terreux. Lorsqu'on évapora le liquide à siccité , il laissa une matière muge jaunâtre, extrêmement amère, visqueuse, collante et entièrement solub!e dans l'eau. On voit, par la description de cotte matière, qu'elle devait être une espèce de tanuiu artiticiel.il parait donc que , par l'action de l'acide nitrique , la portion du pollen qui est insoluble dans l'eau est convertie en huile et en tannin artificiel. La matière huileuse devint solide par le refroidissement, elle ressemblait exactement par ses propriétés au suif traité avec l'acide nitrique.
Les dissolutions alcalines concentrées dissolvent le pollen et prennent avec cette substance les propriétés du savon, taudis qu'il se dégage de l'ammoniaque.
Lorsqu'après avoir mêlé le pollen avec de l'eau , on l'abandonne à la fermentation , il répand une odeur de fromage nouvellement fait , et prend la forme d'une substance visqueuse. Sa saveur est très-piquante ; il contient en abondance de l'ammoniaque , combinée en partie avec de l'huile , et en partie avec de l'acide malique. D'après tous ces phénomènes, il y a lieu de croire que la partie insoluble du pollen se rapproche par ses propriétés du gluten végétal ; ou plutôt , qu'elle tient le milieu entre le gluten et l'albumine.
Telles sont les propriétés et les parties constituantes que Fourcroy et Vauquelio ont reconnues dans le pollen du dattier *. On en peut conclure qu'il se rapproche beaucoup de la nature de la matière animale.
Le professeur Liuk, qui examina le pollen du noisetier, Polie» reconnut qu'il différait beaucoup de celui du dattier, dont nous venons de traiter. Il y trouva du tannin en grande quantité , une résine, beaucoup de gluten, et un peu de fibrine2. Le pollen de la tulipe, qui fut analysé avec soin par Grothus, diffère aussi beaucoup de celui du dattier. Il ne put y découvrir ni phospiiore, ni pollenine. Il obtint de 26 parties du pollen de la tulipe , savoir :
du noisetier.
» Ann. du Mus. d'Iiist. nat. I; /J17.
» Ann. de China. LXII, 292.
Pollen Albumine végétale 20, 25
de la tulipe. Mali» le de chaux, avec trace de malate
de magnésie . , , 3,5o '
Aride malique 1,00
Malale d'ammoniaque. )
Matière colorante. . . . > i,25
Ni;rate dépotasse. )
SECTION IX
Des Semences .
Les semences des végétaux forment un des articles les plus importais de nos alimens , et ils nous fournissent un grand nombre de substances utiles; aussi les a-t-on jusqu'à présent examinées avec plus de soin que les autres parties des plantes.
Parties Elles contiennent toutes une portion considérable d'ami-
don, quoique cette matière diliere un peu par ses propriétés dans diverses semences. Le gluten s'y trouve aussi très-communément , mais il y varie beaucoup dans sa quantité et dans son apparence. Certaines semences, telles que celles du lycopodium , renferment une matière saccharine; mais la quantité en est toujours très-peu considérable , et ses propriétés ne sont presque jamais les mêmes que celles du véritable sucre. L'huile fixe y entre aussi comme partie constituante ordinaire. On en trouve toujours très-peu dans les semences de graminées, si toutefois on peut l'y découvrir; la même observation s'applique aux semences des papilionacées; mais dans les plantes crucifères , les semences contiennent en abondance une huile limpide et presque sans saveur. Dans quelques semences il y a présence d'huile volatile; mais ce cas est rare. Certaines semences contiennent une 'matière colorante particulière; et dans d'antres, telles que les semences du génet commun et de la plante a café, il se trouve une portion de principe amer.
Saussure jeune a fait, voir que le froment, et vraisemblablement toute autre espèce de blé, donne une certaine quantité de phosphore , lorsqu'on le convertit en charbon à une
* Sclnvciggcr's Journ. XI , 281.
chaleur ménagée, et qu'on chauffe ensuite très-fortement ce charbon dans une cornue de porcelaine. Le phosphore provient dans ce cas , suivant Saussure , de la décomposition du phosphate de potasse qui existe dans ces semences , et qui est décomposé par le charbon à une très-haute température. Saussure a reconnu que le phosphate de soude , et même le phosphate de chaux , peuvent être aussi décomposés de cette manière par le charbon *. Ainsi les observations de Margraff et de quelques-uns des chimistes plus anciens , relativement au phosphore qu'on peut obtenir des semences des plantes, ont été vérifiées.
Je commencerai par donner dans cette section rémunération des propriétés de celles des semences qui sont connues sous le nom de blé , et qu'on emploie comme aliment; je traiterai ensuite de celles des papilionaeées, telles que les pois, les fèves, les vesces, etc., qui servent également comme nourriture. Les semences des autres familles de plantes n'ont été qu'imparfaitement examinées ; je me bornerai , en conséquence , à présenter le détail des expériences qui ont été faites jusqu'à présent , mais sans essayer d'établir aucune classification.
Les espèces de blé les plus importantes sont le froment , le seigle , l'avoine , l'orge et le riz.
Le froment, le triticum hybernum des botanistes (et autres rrimect. espèces), a été cultivé de temps immémorial en Europe, ainsi que dans les parties septentrionales de l'Afrique ; et les semences en ont été employées comme un des articles les plus importans d'aliment, lit en effet, la farine de froment est la seule substance connue qui soit propre à faire de bon pain. Lorsque les semences sont parvenues à leur maturité, on les réduit en poudre très-fine à l'aide d'un moulin. On fait passer cette poudre ou farine à travers des tamis de toile de ditlérens degrés de finesse, et elle est séparée ainsi en portions distinctes. La fine fleur eu constitue la plus grande quantité; et après elle, ce qui produit le plus est le son , qui consiste dans l'enveloppe extérieure de la semence , et qui forme la portion la plus grossière de toute la poudre ou farine.
On n'a soumis jusqu'à présent à l'analyse cBimique que la Pitiés
constituante?
Ann. deChim. LXV, i?g.
farine du froment-, tandis que l'examen du son, dont les proportions peuvent varier des o,33 auxo,25, a été négligé. Les deux substances les plus remarquables dans la farine de froment sont V amidon, qui en forme la plus grande partie, et le gluten, qui est après l'amidon, la matière qu'elle contient le plus abondamment. Il paraît aussi, d'après mes expériences, que dans la farine du froment , il y a une petite portion de principe amer. Il y existe également de la matière saccharine, quoique dans une très-petite proportion, îfourcroy et Vauquelin font mention de mucilage comme étant encore Tune de ses parties constituantes , et il leur parut aussi y avoir présence de phosphate de chaux-, mais ils n'y ont point découvert de phosphate de potasse l.
L'eau dans laquelle on a fait macérer pendant six heures de la farine de froment , prend une couleur opale, et devient très-lentement transparente ; elle a une saveur douceâtre , une odeur de graine qui n'est pas encore parvenue à sa maturité , et elle n'altère pas les couleurs bleues végétales. I/infusion de noix de galle, le chlore, et d'autres acides précipitent cette liqueur. Elle s'aigrit très-rapidement. Lorsqu'on la chauffe , il s'en sépare des flocons jaunâtres. Si on la concentre par l'évaporation , elle acquiert une saveur sensiblement plus sucrée. Lorsqu'elle est suffisamment épaissie, elle prend une couleur jaune d'or : elle a une saveur sucrée, mais qui est en même-temps acide et acre. Il se sépare des flocons jaunâtres, et l'intérieur de la capsule dans laquelle on fait l'évaporation , se recouvre d'une croûte de phosphate de chaux. L'alcool coagule cette eau, et en précipite une substance qui a les propriétés du gluten 11 est donc évident que c'est au gluten , qu'elle tient en dissolution , que l'eau doit ses propriétés a, et probablement aussi à un peu de principe amer. Elle contient de plus , du sucre , du mucilage et du phosphate de chaux.
Seigle. Le seigle est la semence du secale céréale , plante qu'on
cultive en très-graude quantité dans les parties septentrionales de l'Europe, et. qui firme la principale nourriture dans beaucoup de pays. Le pain fait avec le seigle, est plus compacte que celui de froment-, il a une couleur bise , et une
» Ann.dn Mus. d'Hist. nat. TV. «XXX VII, p. 3. ' Fourcroy et Vauquelin , ibid. N.°XXXVll, p. 3.
saveur douceâtre particulière , qui , pour la plupart de ceux qui en mangent, est assez agréable. Nous sommes redevables à Einhof d'une analyse très-précise de la farine du seigle. Il publia le résultat de ses expériences en i8o5 *.
Après avoir formé en pâte une portion déterminée de fa- P«tie .oiubt*. rine de seigle , on lava cette pâte dans l'eau pure , jusqu'à ce que ce liquide cessât de se colorer ou de rien enlever à la pâte. La liqueur, après avoir été filtrée, était d'une couleur jaunâtre, insipide, et d'une odeur semblable à celle du petit-lait frais. Cette eau rougissait légèrement le papier de tournesol : elle était rendue trouble par une addition de carbonate de potasse , de sulfate d'argent , et par l'infusion de noix de galle. Chauffée au degré de 1 ebullition , elle se troubla , et il s'en sépara un grand nombre de flocons blancs. Ces flocons, recueillis et lavés , avaient l'apparence du lait caillé. Ils se dissolvaient dans les lessives alcalines, ils étaient insolubles dans l'alcool , et avaient les propriétés de Yalbumine végétale. Lorsque le liquide fut concentré par l'évaporation, il déposa une autre petite portion d'albumine, qu'on enleva. On l'évapora, après l'avoir filtré en consistance de miel, et on le fit digérer à plusieurs reprises dans l'alcool, jusqu'à ce qu'il cessât d'en dissoudre. Le résidu était blanc grisâtre et insipide; l'eau le dissolvait lentement, et la dissolution , étant évaporée, déposa encore davantage des flocons d'albumine.
La liqueur, après cette éyaporation , avait l'apparence d'une dissolution de gomme arabique, et par l'évaporation à wccité , elle laissa une portion de matière gommeuse.
La dissolution alcoolique devint trouble lorsqu'on y mêla de l'eau. Après qu'on en eût séparé l'alcool par la distillation, il resta dans la cornue une dissolution aqueuse d'une couleur jaune de vin , dans laquelle nageaient de gros flocons brunâtres. Ces flocons ayant été réunis, on leur reconnut les propriétés du gluten. Ils formaient avec l'eau froide une masse glutineuse, dont le volume se contractait lorsqu'on faisait bouillir l'eau. Cette masse se dissolvait dans l'alcool bouillant, mais l'étber n'en prit que la matière colorante. Les alcalis la dissolvaient. , et les acides la précipitaient de nouveau de sa dissolution.
La dissolution aqueuse , ainsi dépouillée du gluten , ayant
* Gehlen's Jouru. V, i3i-
été évaporée , laissa un extrait de couleur jaune de vin. En faisant digérer à plusieurs reprises ce résidu dans l'alcool , en l'étendant d'eau, en l'évaporant , et en renouvelant ces opérations plusieurs fois, on enleva la portion de gluten qui y adhérait encore. Sa saveur alors était sucrée, mais âpre; sa couleur était jaune de vin; et il était soluble dans l'eau , dans l'alcool et dans l'éther. On considéra ce résidu comme étant la matière saccharine du seigle.
insoluble. On mêla la farine de seigle, ainsi dégagée de toute matière soluble dans l'eau , avec une grande quantité de ce liquide , et on agita la liqueur à plusieurs reprises : après l'avoir laissée ensuite en repos pendant quelque temps , on la décanta. La farine s'était divisée en deux portions , savoir : en une substance grisâtre, qui, comme étant la plus légère, ne se déposa pas aussi promptement, et dans une poudre blanche, qui avait les propriétés de l'amidon. Par des digestions réitérées dans l'alcool et dans l'eau, la substance grisâtre se sépara en trois portions ; le gluten , l'amidon et les enveloppes des semences du seigle. Telles sont , suivant Einhof, les parties constituantes de la farine de seigle. Les proportions de ces différentes substances , découvertes par ce chimiste dans les meilleures semences et dans la meilleure farine de seigle, se trouvèrent ainsi qu'il suit :
Parties 384o Parties de bonnes semences se composaient de
Enveloppe 93o
Humidité 3go
Farine pure 2520
ioo Parties de bonne farine de seigle contenaient
Albumine 0,27
Gluten non desséché 9,48
Mucilage 11 ,09
Amidon 61 ,09
Matière saccharine 3,27
Enveloppe 6,38
Perte 5,42
Mais la proportion de ces substances doit varier beaucoup selon le sol , le climat , et l'âge du seigle. Le gluten du seigle diffère sous plusieurs rapports de celui du froment. Il
oonstituante».
est moins tenace et plus soluble. Abandonné à la fermentation, il répand, ainsi que le reconnut Einliof, une odeur forte d'acide nitrique , qui est particulière à cette espèce de gluten. L'amidon du seigle ressemble beaucoup à celui du froment. Comme celui-ci , il forme avec l'eau bouillante une dissolution sans couleur, et il finit toujours par se précipiter, lorsque la dissolutiou est abandonnée à elle-même pendant assez long-temps.
Einbof n'examina pas les cendres du seigle ; mais nous cendres. savons , par les expériences de Schrader, que la même quantité, analysée par Einliof, c'est-à-dire celle de 384o parties, fournit les substances fixes suivantes.
Silice 3,90
Carbonate de chaux 3,35
Carbonate de magnésie 3,55
Alumine o,35
Oxide de manganèse 0,80
Oxide de fer 0,22
3. L'avoine est la semence de Xavena sativa , plante qu'on Avoine. cultive en grand à raison de ses propriétés nutritives. Il n'a
pas encore été fait d'analyse chimique de cette semence. L'enveloppe en est très-épaisse, et elle forme une proportion considérable du grain. Celle de l'amidon y est aussi trèsgrande , quoiqu'il soit difficile de le séparer d'une autre substance à laquelle il est uni.
4. L'orge est la semence de Xhordeum vulgare, plante trop Orge, bien connue pour qu'il soit nécessaire de la décrire. On en
fait de très-grandes récoltes tous les ans, et elle est emplojée en partie comme aliment , et en partie comme matière dont on retire la drèche et des liqueurs spiritueuses. Les chimistes ont examiné dernièrement avec beaucoup d'attention cette espèce de blé , afin de se former, s'il est possible , des idées précises sur la nature de la fermentation , et aussi pour parvenir à reconnaître les parties constituantes de l'orge. Fourcroy et Vauquelin publièrent, en 1806 , plusieurs observations et expériences très-ingénieuses sur cette substance *; et
1 Gehlen's Journ. III, 525.
» Ann. du Mus. d'Hist. nat. tf.o XXXVII, p. 5.
au commencement de la même année, Einhof en fit imprimer une analyse encore plus étendue , ayant examiné ce grain aux différentes époques de son accroissement, et après qu'il est parvenu à son état de maturité*.
Orgeenverd. Lorsqu'on triture des grains d'orge avec l'eau avant que la plante soit mûre . le liquide prend une apparence laiteuse. Si l'on continue l'opération, et qu'on ajoute de nouvelles portions d'eau fraîche jusqu'à ce que le liquide passe parfaitement clair , il ne reste que la substance verte de l'enveloppe. Par une macération dans l'eau froide , suffisamment prolongée , cette substance acquiert une couleur grise verdàtre ; et lorsqu'elle est sèche , elle a l'apparence de fibre végétale. En faisant alors bouillir l'eau dans laquelle la macération a eu lieu , il se dépose des flocons d'albumine , et en l'évaporant à siccité , elle laisse une petite portion d'extractif.
L'eau avec laquelle on avait d'abord trituré l'orge , commence par être laiteuse, et ensuite elle dépose peu-à-pen une poudre blanche-, mais elle reste toujours plus ou moins opaque, même après un très-long repos. Par la filtration , elle passe transparente, et il reste sur le filtre une substance visqueuse d'une couleur grise verdàtre. Cette substance a les propriétés du gluten. Lorsqu'on fait bouillir la dissolution , après qu'elle est ainsi devenue transparente et jaunâtre , elle dépose des flocons d'albumine. Cette liqueur rougit le papier de tournesol , et précipite abondamment par l'eau de chaux, par le nitrate de plomb et par le sulfate de fer , ce qui indique la présence des sels phosphoriques.
Si l'on évapore le liquide en consistance de sirop , qu'on traite ensuite le résidu avec l'alcool, et qu'après avoir étendu d'eau la dissolution, on en dégage l'alcool par la distillation pour séparer le peu de gluten qui y restait encore , on obtient une substance sirupeuse d'une saveur sucrée , qui semblait être la matière saccharine de l'orge. Une portion de cette matière refusa de se dissoudre dans l'alcool. Elle fut considérée comme étant de l'extractif.
La poudre blanche précipitée de l'eau dans laquelle l'orge avait été d'abord triturée , avait les propriétés de l'amidon.
Telles sont les parties constituantes de forge verte, selon
* Gchlen's, Journ. VI, 63.
les expériences de Einhof. 2880 parties de cette substance lui donnèrent , savoir :
Enveloppe verte, etc 478 Partie»
Albumine , mêlée de phosphate de chaux . 1 5 contacte,;
Gluten 5 1
Matière saccharine 1G0
Extractif. 76
Amidon 420
Matière volatile i5oo
Perte 182
Lorsqu'après avoir fait macérer pendant assez long-temps Orge mûre, dans l'eau de l'orge mûre, on la pétrit avec précaution entre les doigts dans un linge, chaque partie du grain est délayée, à l'exception de l'enveloppe qu'on peut dessécher et peser.
Lorsqu'on traite de la même manière la farine d'orge , préalablement réduite en pâte , elle laisse un résidu brunâtre , qui est principalement composé de l'enveloppe, quoiqu'il contienne aussi des portions d'amidon et de gluten qu'il n'est pas facile de bien séparer. L'eau dans laquelle la farine a été lavée, dépose peu- à-peu une poudre blanche , mais elle reste toujours trouble , quoique abandonnée à elle - même. Elle tourne très-promptement à l'acidité. Et, en effet, l'orge contient souvent, suivant Fourcroy et Vauquelin, un acide, l'eau dans laquelle on la fait macérer rougissant l'infusion de tournesol : cet acide est l'acide acétique. La couleur de cette eau est brune rougeûtre. Elle tient en dissolution une portion considérable d'une matière, qui , d'après Fourcroy et Vauquelin , consiste principalement dans du gluten , mais qu'Einhof trouva être d'une nature plus compliquée , comme étant composée d'albumine ou plutôt de gluten , de mucilage et de matière saccharine. Elle tient aussi en dissolution une portion notable de phosphate de chaux.
Lorsqu'on fait macérer pendant assez long-temps de la farine d'orge dans l'alcool , ce liquide acquiert une couleur jaune ; il se trouble et devient plus odorant. Quand on le fait évaporer, il laisse une matière huileuse de couleur jaune, d'une saveur acre et d'une consistance butireuse. Cette ma-
* Gehlen'sJourn. VI, 83.
tière brûle comme une huile grasse , et forme un savon avec les alcalis. Elle ne se dissout qu'imparfaitement dans l'alcool *. Cette huile échappa à l'observation d'Einhof. Je l'obtins par un procédé semblable à celui qu'ont décrit depuis Fourcroy et Vauquelin ; mais sa couleur était d'un vert d'asperge , et elle ne brûlait pas avec la même facilité qu'une huile. Elle avait beaucoup de l'apparence de l'huile d'olive figée , mais avec moins de consistance , et sa couleur est plus foucée. C'est à cette huile qu'on attribue aujourd'hui le goût particulier des esprits retirés du grain vert. Si cette opinion est fondée , il faut que cette huile soit dissipée ou détruite par le procédé de préparation de la drèche.
Einhof obtint de 384° parties de grains d'orge , savoir :
Fai.t;eS Matière volatile 43o
oonstilaante». Enveloppe 720
Farine 2690
Total. .... 384o
ïl obtint du même nombre de parties de farine d'orge:
Matière volatile 56o
Albumine 44
Matière saccharine 200
Mucilage 176
Phosphate de chaux mêlé d'un peu d'albumine . . 9
Gluten i55
Enveloppe, avec un peu de gluten et d'amidon.. . 260
Amidon , non entièrement privé de gluten 258o
Perte 76
Total 384o
Outre ces substances , Fourcroy et Vauquelin reconnurent dans la farine d'orge la présence du phosphate de chaux, du phosphate de magnésie , de la silice et du fer ; et j'y ai trouvé de plus du phosphate de potasse et du nitrate de soude. Saussure fils y reconnut aussi la présence du phosphate de potasse.
Rili 5- Le riz , la semence de Yorysa sativa, a été analysé par
Braconnot. 11 trouva ce grain composé ainsi qu'il suit, savoir :
* Fourcroy et Vauquelin, Ann. du Mus. d'Rist. nat, N.° XXXVII, p. 8.
Riz Riz
de la Caroline, du Piémont.
Grammes. Grammes.
Eau. . , 5,oo 7,00
Amidon 85,07 83,8o
Parenchyme 458o 4, 80
Matière végéto-animale 3, 60 3, Ho
Sucre incristallisable °i29 °}°5
Matière gorameuse approchant
de l'amidon 0,71 0,10
Huile o,i3 o,25
Phosphate de chaux o,4o o,4o
Braconnot reconnut en outre des indices d'irydrocblorate de potasse, de phosphate de potasse, d'acide acétique, de soufre , et un sel végétal à base de chaux et de potasse x.
6. Maïs. C'est la semence du zea mais ou blé d'Inde. Mai». Proust a fait quelques expériences sur cette substance. En la convertissant en charbon à la manière ordinaire, elle en fournit les o,a5 de son poids. Ce charbon est extrêmement difficile à incinérer. Il contient du phosphate de potasse *.
Après avoir ainsi présenté l'exposé des parties constituantes des diverses espèces de blé qui ont été examinées jusqu'à-présent, nous allons porter notre attention sur les semences des plantes papilionacées , dont les plus remarquables sont les pois, les lèves , les haricots, les lupins , les lentilles , etc.
y. Pois. Les pois, qui sont les semences dupii'um sati-Toh. vum, forment un aliment très-commuu et très-nutritif. Einhof, qui s'est , pour ainsi dire , consacré à cette branche particulière de la chimie , les a examinés dernièrement dans leurs différens états 3.
En opérant sur la plante verte à-peu-près de la même manière qu'il l'avait fait sur l'orge , il obtint de 384<> parties :
* Ann. de Chim. et Phys. IV, 3^0.
9 Nicholson's Journ. XVIII, -l'g.
* Gchlen's Jomn. VI, 11 5.
. , Matière volatile , 3ooo
Fiante verte, a • i - —
Amidon 5o
Fibre végétale 4oo
Gluten ' yo
Albumine 35
Phosphate de chaux 4
Matière saccharine 176
Extractif. 25
Perte 77
Co»se. En suivant le même procédé, 384o parties de cosse verte du pois , fournissent a :
Matière volatile 3i 20
Fibre végétale 344
Amidon go
Gluten vert 22
Albumine 1 7,5
Phosphate de chaux 3,5
Sirop saccliarin , 182
Perte 61
Les pois eux-mêmes, lorsqu'ils sont très- jeunes, sont souvent remplis d'un suc sucré, qu'on peut obtenir par une légère pression. Einhof examina ce liquide. II a une couleur jaune verdâtre, et une saveur très-sucrée. Lorsqu'on l'expose à l'air , il se forme à sa surface des pellicules minces, et il se précipite des flocons blancs. Il subit par degrés une espèce de fermentation et devient aigre. De i44° parties de ce suc, Einhof obtint par l'analyse 3 :
Albumine 10
Extractif j8
Sirop saccharin 1 55
Ce sirop avait beaucoup de la saveur du suc brut; mais on ne put le faire cristalliser.
Pois mûri. En faisant macérer des pois mûrs dans l'eau , et en em-
1 Dans le même état que celui qui existe dans les feuilles des platrtes. Il était mêlé avec de la matière colorante verte. » Gehlcn's Journ. VI, 119.
* Ibid. i>. T20.
SEMEXCES. 2f)5
ployant un mode d'analyse semblable à celui dont il s'était servi pour parvenir à connaître les parties constituantes de l'orge, Einhof obtint de 384o parties '.
Matière volatile 54o
Matière fibreuse amylacée, avec
les enveloppes des pois 84o
Amidon 1265
Matière-vég'éto-animale 55$
Albumine 66
Matière saccharine 81
Mucilage 2^9
Phosphates terreux 11
Perte 229
Les pois ayant été réduits en pulpe , en les broyant dans M»:ier* un mortier avec de l'eau, et après les avoir lavés jusqu'à ce *"%rïale. qu'ils eussent cessé de colorer le liquide , il resta la substance appelée matière fibreuse amylacée, formant la seconde des parties constituantes ci-dessus. Ce résidu était composé en partie des enveloppes des pois , et en partie d'une matière fibreuse blanche sans saveur et sans odeur. Par la dessication, il devint jaunâtre, et il était très- facile à réduire eu poudre; cette poudre formait une pâte avec l'eau, et se dissolvait comme l'amidon dans l'eau chaude. Il présentait alors une certaine ressemblance avec l'amidon , et avait àpeu-près les mêmes propriétés que la matière fibreuse de pommes de terre a.
La quatrième des parties constituantes , dénommée ma- yia.ière tiare végéto-animale, fut obtenue de la manière suivante : végéto-MfoMh l'eau laiteuse , dans laquelle on avait fait macérer les pois après qu'ils eurent déposé l'amidon, continuait d'être trouble; cependant elle ne déposait rien , et ne passait pas non plus à travers le filtre. Mais lorsqu'on retendit dun volume d'eau égal au sien , elle déposa peu-à-peu une poudre dont la totalité rassemblée sur un filtre , formait la substance à laquelle Einhof donna le nom de matière végéto-animale. Cette matière se rapproche de très-près du gluten; mais comme elle en diffère sous plusieurs rapports , ainsi que de toutes les
1 Gehleirs Journ. YI , i3.
* Jbid. p. 123.
2g6 PARTIES DES PLANTES.
autres parties constituantes des végétaux, on doit la considérer comme un principe particulier.
Sa couleur était d'abord blanche; elle n'avait ni saveur, ni odeur -, mais elle rougissait les couleurs bleues végétales , même après qu'on l'eût lavée à plusieurs reprises dans l'eau froide. Elle était glutineuse et collante , et on ne pouvait la pétrir en pâte. Elle était insoluble et dans l'eau froide et dans l'eau chaude; mais lorsqu'on la mêla avec ce liquide, elle se putréfia très promptement. Traitée avec la chaux , elle dégagea l'odeur d'ammoniaque. Cette matière se dissout facilement dans les lessives alcalines pures, et forme une espèce de savon-, mais avec les carbonates il est nécessaire d'élever la température pour en opérer la dissolution. L'acide sulfurique la dissout. La dissolution est d'un brun clair , et si on létend d'eau elle dépose une substance blanche et filante. Les acides acétique , hydrochloriqiie et le chlore, la dissolvent. L'acide nitrique lui donne une couleur jaune citron. Elle se dissout aussi dans l'alcool , et lorsqu'on mêle la dissolution avec l'eau, elle devient laiteuse. La teinture de noix de galle y produit un précipité blanc , abondant. L'éther et les huiles volatiles n'ont sur elle aucune action. Par la dessication elle prend une couleur brune claire , la demi-transparence de la colle-forte , et elle devient très-facile à réduire eu poudre '. Telles sont les propriétés de celte substance , autant que Einhof put les reconnaître1.
3 8,|o parties de pois mûrs , furent réduites par l'incinération à 1 12 parties; Einhof retira de ces cendres de l'acide phosphorique , de l'acide sulfurique , de l'acide hydrochlorique, de l'albumine , de la silice, du carbonate de chaux, du phosphate de chaux, de l'oxide de fer, et du phosphate ammoniaco-magnésien 3.
8. Einhof a aussi examiné les semences du vicia faba , petite fève^ qni devient noirâtre lorsqu'elle est mûre, et dont on fait usage comme aliment. L'analyse en fut faite de la
* Einhof remarque qu'il a vu prendre cet aspect an gluten du froment. J'ai observé la même chose deux fois; mais toutes les deux fois le f- .->mrnt était d'une qualité inférieiur, et avait été récolté dans une saison très-pluvieuse.
' Gehlen's Journ. VI } iaf
3 Ibid. p. i3a.
même manière que celle que nous venons de décrire. De 384o parties de lèves mûres , il obtint :
Matière volatile 600
Enveloppes 386
Matière fibreuse amylacée 610
Amidon l3 1 2
Matière végéto-animale 4 • 7
Albumine 3i
Extractif, soluble dans l'alcool. . i36
Matière gommeuse 177
Phosphate terreux ^7,3
Perte i33,5
Fourcroy et Vauquelin, qui firent des expériences sur cette substance , trouvèrent aussi que les cendres qu'elle laisse étaient composées de phosphates de chaux , de magnésie, de potasse et de fer, et de potasse non combinée. Ils ne purent y découvrir la présence du sucre2.
g. Les haricots, sontles semences du phaseolus vutgaris. Haricots. Jls ont aussi été analysés par Einhof ; ils se distinguent par la grande proportion de matière végéto-animale qu'ils contiennent. Einhof obtint de iS.fo parties de haricots , savoir:
Enveloppes 288
Matière fibreuse amylacée 425
Amidon i38o
Matière végéto-animale, non entièrement privée d'amidon. . 799
Extractif. 101
Albumine, avec un peu de matière végéto-animale 5 s
Mucilage 744
Perte 21
584o"3 10. Lentilles. Ces fèves sont les semences de Yervum Lentilles,
1 Gehlen's Joum. VI, i36.
» Aon. du Mus. d'Kist. nat. TsT.o XXXVII, p. 9.
* Gehlen's Joum. VI, 545.
lens , et c'est encore à ce chimiste infatigable que nous en devons l'analyse. Il eu obtint de 3 840 parties :
Matière fibreuse 720
Albumine , 44
Phosphates terreux , mêlés d'un
peu d'albumine 22
Extractif, soluble dans l'alcool. . 120
Matière gommeuse 23o
Amidon 1 260
Matière végéto-animale i433
Perte 11
La proportion de la matière végéto-animale y est encore plus grande que dans le haricot.
Fourcroy et Vauquelin examinèrent des lentilles ; mais on ne peut savoir si elles étaient de la même espèce que celles sur lesquelles Einhof avait opéré, puisqu'ils ont omis d'en indiquer le nom botanique. Le liquide dans lequel on avait fait macérer la farine de ces semences , n'était pas acide \ il avait une légère saveur assez désagréable; l'infusion de noix de galle, le chlore et le sulfate de fer, y produisaient des précipités abondans. Enfin , il présentait à-peu-près les phénomènes décrits par Einhof. Lorsqu'on fait digérer de la farine de lentilles dans l'alcool , ce liquide prend une couleur jaune verdâtre, et acquiert une saveur acre et amère. Lorsqu'il a été distillé , il a une odeur très-forte de vanille ; mais il en prend une désagréable, lorsqu'on le mêle avec de l'eau. • Le résidu est d'un jaune verdâtre ; il a l'apparence d'une dissolution épaisse de savon , et une couche d'huile verte le le surnage. La cosse des lentilles contient une portion de tannin ".
Lup'm liane, ii. Lvpin blanc. On doit à Fourcroy et à Vauquelin l'analyse des semences du lupinus albus , dont la farine , d'après leurs expériences, diffère de celle de toutes les autres plantes légumineuses examinées jusqu'à présent, puisqu'elle ne contient ni amidon ni matière saccharine. Ils y trouvèrent une huile verte jaunâtre d'une nature acre , se rapprochant
* GehleiVs Journ. VI, 5^2.
! .Ann. du Mus. d'Hist. nat. N.° XXXVII, p. 10.
des huiles fixes par ses propriétés -, une matière végéto-animale, qui paraît ressembler beaucoup au gluten 5 une proportion considérable de phosphate de chaux et de phosphate de magnésie , et des traces de phosphate de potasse et de phosphate de fer '.
12. Graines de chénevis. Ces graines ont été analysées chénevi* par Bucholz, et il obtiut les résultats suivans :
Seize parties de graines de chénevis donnèrent , par expression, au-delà de trois parties d'une huile colorée en jaune. Sa saveur était douce , et elle avait tous les caractères des huiles fixes. En faisant digérer le résidu dans l'eau, et en coagulant parla chaleur, il en retira 3,5 parties d'albumine et un peu moins d'une demi partie de matière fibreuse; les pellicules et les enveloppes insolubles pesaient 6,ia5 parties. On obtint par l'action de l'alcool environ les o,25 d'une partie de résine colorée en brun , et à-peu-près la même quantité d'une substance que Bucholz appelle sucre mucilagineux et extrait savoneux } et environ 1,5 parties d'extractif gommeux a.
i3. Café. On appelle ainsi les semences du cofea ara- Caf«. bica , arbre toujours vert, et ordinairement de petite dimension. Il ne fut connu en Europe qu'en i65o, et nous fut apporté d'abord de l'Arabie 3. Le fruit entier ressemble à une cerise. Au-dessous d'une peau pulpeuse se trouve une fève ovale, qui se sépare longitudinalement en deux parties, dont chacune est recouverte d'une enveloppe mince, et sillonnée en longueur sur le côté applati, où elles se réunissent. On fait sécher le fruit mùr au soleil , et ou passe dessus des rouleaux très-lourds , au moyen desquels les semences sont détachées et les enveloppes brisées. On sépare ensuite les semences de ces enveloppes en les vannant.
Les chimistes ont fait beaucoup d'expériences pour reconnaître les parties constituantes du café et ses qualités. Neumann, Geoffroi , Dufour, Kruger, Westfeld, etc., ont publié successivement le résultat de leurs essais sur cette substance. Les analyses les plus récentes , sont celles de Herman * et de Cadet5. Cependant ces analyses ne se trouvent d'accord ni entre elles , ni avec celles précédemment faites. On doit probablement attribuer ces différences
• Ann. du Mus. cTHist. nat. N.° XXXVII, p. 12.
1 Keuraann's Chem. p. 3;S. 3 Gchlcn's Journ. VI, 6i5.
* Ciell's Ann. 1S00, II, '108. * Anu. de Cbim. LVI1I, 266.
3o© PARTIES DES PLANTES.
en partie aux divers procédés d'analyse employés, et en partie à des variations dans les graines qu'on a examinées. Musions L'infusion du café dans l'eau bouillante est d'abord d'une couleur verte jaunâtre -, mais si l'on continue lebullition , la décoction brunit. Elle se trouble par le refroidissement. Les alcalis la rendent pins brune. Elle devient de couleur noire avec le sulfate de fer; mais elle ne donne pas de précipité avec la colle-forte. Le cblore détruit presque entièrement la couleur; mais eu ajoutant un alcali, le liquide devient rouge. Cadet obtint avec le café une décoction qui ne faisait éprouver aucun changement aux couleurs bleues végétales ; cependant d'autres chimistes annoncent que cette décoction les rougit , et Herman en forma avec l'alcool une dissolution qui produisit cet effet.
En distillant de l'eau sur le café, on obtenait un liquide ayant une odeur aromatique, et que surnageaient quelques gouttes d'une substance semblable à la cire de myrthe. La liqueur résidu devenait laiteuse par son mélange avec l'alcool, etlaissait déposer unf substance qui avait 1rs propriétés de la gomme.
L'alcool que l'on fait digérer sur le café , acquiert un peu de couleur. Lorsqu'on ajoute de l'eau à la dissolution, elle devient laiteuse, et laisse précipiter une matière résineuse blanchâtre. En évaporant à siccité la liqueur décantée de dessus le précipité , on obtint une substance composée en partie d'extractif , et en partie du principe amer découvert par Chenevix. D'après ces expériences , faites principalement par Cadet, on voit que le café contient un principe aromatique, un peu d'huile, de l'acide gailique, du mucilage, de l'extractif et du principe amer. 11 contient aussi, selon Cadet du sulfate d'alumine , de la chaux, de l'hydrochlorate de potasse et un peu d'albumine, qui se sépare de la décoction sous forme d écume.
Cadet obtint à peu-près, pour résultat de ses expériences, sur 64 parties de café, savoir :
Partît Gomme 8,0
Constituantes. Résine 1,0
Extrait et principe amer 1,0
Acide gailique 3,5
Albumine 0,l/{
Matière fibreuse insoluble .... /|3,5
Perte 6,86
SEMENCES. 3oi
Herman retira de 1920 parties de café du Levant et de la Martinique , savoir :
Café du Levant. Café de la Martinique.
Résine 74
Extractif 320
Gomme i3o.
Matière fibreuse. ... i535.
Perte 61 ,
Lorsqu'on grille le café, c'est-à-dire lorsqu'on torréfie ceCaféeuUé. grain à l'air libre , il se forme par l'action de la chaleur une petite portion de tannin. Il parait qu'il se développe aussi une substance nouvelle, ayant une odeur particulière agréable; mais on n'a pas encore reconnu la nature de ce principe nouveau. Ce principe se produit également lorsqu'on grille l'orge, les fèves, et une grande variété d'autres végétaux , qu'on emploie au besoin , par cette raison , pour remplacer le café.
Il a été publié un travail intéressant sur l'analyse du café par Payssé. Ce chimiste s'attacha particulièrement à examiner le principe amer que Chenevix avait reconnu dans le café, et il essaya de prouver que ce principe était, en réalité , un acide particulier auquel il donna le nom à acide cafique. Il rougit les couleurs bleues végétales; mais sous d'autres rapports , il ne semble pas mieux dénommé acide que tannin. Payssé trouva, outre cette substance dans le café, une certaine quantité d'albumine , de la résine et de l'extractif ; il contient une grande proportion de matière insoluble dans l'eau. Ses cendres donnent de l'hydrochlorate de potasse et du carbonate de chaux. Payssé ne put parvenir à reconnaître la présence du tannin dans le café torréfié. A la distillation , le café fournit , suivant lui , une eau acidulé , .une huile brune épaisse , et du carbonate d'ammoniaque. Il n'obtint que très-peu de matière gazeuse *.
i4. Coco. C'est le fruit du cocos nucifera , l'une des plus Coeo. précieuses productions végétales de l'Inde. Le Goux de Flaix a publié une dissertation détaillée sur la culture et les productions de cet arbre * ; mais nous ignorons encore quelles ■^— - — .
* Ann. de Chim. LIX, 196.
» Pfail. Mag. XX, 3 16, et XXI, 77 et 110.
302 TARTIES DES PLANTES.
sont les parties constituantes et les propriétés chimiques des noix qu'il produit. L'enveloppe extérieure est fibreuse •, les naturels du pays en font un excellent cordage. Il se trouve dans le noyau une proportion très-considérable d'huile fixe, dont les Indiens font usage pour leurs lampes I. Amandes. I 5. Amandes. C'est l'amygdalus communis qui nous fournit ce fruit, dont on fait usage comme aliment et médicament. Il y en a deux espèces , l'amande amère et l'amande douce. Cette dernière espèce est composée principalement d'huile fixe et d'amidon ou d'albumine ; ce qui n'a pas encore été bien déterminé par les chimistes. Outre ces deux substances, les amandes amères contiennent probablement aussi une portion de principe amer. L'acide hydrocyanique en est également une partie constituante; mais jusqu'ici les amandes n'ont pas été analysées chimiquement d'une manière régulière et exacte.
Noi* museade. 1 6. La noix muscade est la semence du myristica moschata y arbre cultivé dans les îles asiatiques. L'enveloppe qui recouvre la noix , est connue sous le nom de macis. La noix muscade varie dans sa grosseur et dans sa forme ; elle est sillonée extérieurement , et à l'intérieur elle est d'un brun grisâtre. Les meilleures sont celles qui ne présentent pas de raies blanches. Les expériences de Neumann nous ont appris que cette substance contient deux espèces d'huile -, une huile volatile , à laquelle elle doit son odeur particulière et sa saveur, et qui dans ses essais s'élevait aux o,3 1 de la noix ; et une huile fixe et solide ressemblant à la cire , et qui forme à-peu-près les o,33 de la muscade. Il y découvrit aussi une certaine quantité de gomme 2 ; et il est probable , d'après 1 apparence du noyau , que la noix muscade contient également de l'amidon. Par expression , l'huile solide se sépare , et se mêle avec l'huile volatile. On la vend dans cet état , sous le nom d'huile de macis.
Poivre. 17. Poivre. C'est la semence du piper nigrum, arbuste qu'on cultive dans l'Inde , pour en avoir les baies qui nous fournissent le poivre. Son enveloppe extérieure est d'un brun foncé; lorsqu'elle en est dépouillée, la baie est connue sous le nom de poivre blanc.
• Teiraant's Indiari Récréation , II, "î8a,
• Neumann's Chcmislry.
SEMENCES. 3o3
Lorsqu'on fait macérer le poivre dans l'eau froide , il ne perd pas son apparence ridée. L'infusion acquiert une couleur brune , elle rougit les couleurs bleues végétales, et elle a la saveur et l'odeur du poivre. Si ou répète la macération u ii certain nombre de fois, le liquide continue de prendre de la couleur , mais il cesse d'avoir l'odeur et le goût du poivre. Le poivre blanc ne communique pas de couleur à l'eau. 11 s'ensuit, que la matière colorante existe dans l'enveloppe extérieure. Il a la plupart des propriétés de l'extractif. Lorsqu'on fait macérer le poivre dans l'alcool , le liquide se colore légèrement en un vert jaunâtre. En le distillant, il laisse pour résidu une matière verte, en partie résineuse, et en partie huileuse. C'est cette huile qui donne au poivre son odeur et sa saveur. La saveur de cette huile est extrêmement chaude, et son odeur, lorsqu'elle est dissoute dans l'alcool, et étendue d'eau, est très-agréable. Elle a à-peu-près les propriétés d'huile volatile. Lorsqu'on tient pendant quelque temps du poivre moulu en ébullition dans l'eau , ce liquide acquiert la propriété déformer, avec l'infusion de noix de galle, un précipité, qui se redissout en chauffant le liquide à 49° centigrades. Il contient par conséquent une portion d'amidon. Ces trois substances, l'amidon, l'huile et l'extractif, sont les plus remarquables de celles qui entrent dans la composition du poivre z.
18. Rocou. On obtient cette matière "colorante des Rocou. semences du bixa-orellana , arbre cultivé dans la Guiane et dans d'autres parties des Indes occidentales. On cueille les capsules , lorsqu'elles sont mûres , et après en avoir ùté les semences , on les pile , on les fait macérer dans l'eau pendant plusieurs semaines, et même pendant plusieurs mois; on les soumet alors à la presse, et on laisse déposer la matière colorante qu'on en obtient ainsi. On la réunit ensuite et on la fait sécher. Leblond a proposé , à cet égard , un procédé plus expéditif. On sépare des semences , par la macération et le lavage , la matière colorante qui ne réside qu'à leur surface , et alors on la précipite de l'eau par un acide2. Le rocou est ordinairement en gâteaux durs, bruns à l'extérieur, et rouges en dedans. Il se dissout beaucoup
» Nicholscm's Journ. II, 7.
1 Ann. de Chim. XLVII, u3.
3o4 PARTIES DES PLANTES.
plus facilement dans l'alcool que dans l'eau. Les lessives alcalines faibles le dissolvent également avec facilité. La décoction du rocou avec l'eau a une odeur particulière et une saveur désagréable. Sa couleur est le jaune rougeâtre ; les alcalis la font passera l'orangé, et les acides y produisent un précipité orangé *. On n'a pas déterminé la nature chimique de cette matière colorante, elle paraît cependant tenir le milieu entre l'extractif et la résine.
Baie» ig. Baies du phytolacca decandra ( morelle à grappes,
e p yio ace». rajsjn d'Amérique). Ces baies donnent à l'eau une belle couleur pourpre, de nature très-fugace. Quelques gouttes d'eau de chaux changent cette couleur en jaune, et cette liqueur jaune est le réactif le plus sensible de ceux observés jusqu'à présent pour indiquer la présence des acides; la plus petite quantité, un atome d'acide, ajouté à ce liquide jaune, le fait repasser promptement au pourpre. Braconnot,à qui nous devons ces observations , a fait voir que la teinture jaune de phytolacca est au-moins quatre fois plus sensible que la teinture de tournesol. Malheureusement quelques heures suffisent pour altérer la nature de cette liqueur jaune, et alors elle perd sa sensibilité comme réactif. Elle ne peut servir qu'au moment où elle a été préparée '. Ljeopode. 20. Les semences du lycopodium clavatum , ou mousse à massue, commune, sont remarquables par leur combustibilité. Elles sont extrêmement petites -, et lorsqu'on en souffle sur la flamme d'une bougie, elles s'allument avec une légère explosion. On s'en sert dans les salles de spectacles pour imiter l'apparence de flamme vive, les éclairs. Bucholz a dernièrement soumis les semences de lycopode à l'analyse chimique. Il en obtint, de iooo parties, 60 parties, d'une huile fixe , soluble dans l'alcool comme l'huile de castor ; 3o parties de sucre, et i5 parties d'un extrait mucilagineux. Il restait une matière insoluble dans l'eau, dans l'alcool, dans lether, dans l'huile de térébenthine, et dans les lessives alcalines. Mais en faisant bouillir cette matière avec des lessives alcalines, il se dégageait de l'ammoniaque, et il se formait une espèce d'extrait. A la distillation, i'^j),5 grammes de cette substance fournirent neuf décimètres cubes
« Berthollct , Elémens de l'Art de la Teinture , II , 268. * Anu. de Cbitn. LX1I, 81.
FRUITS. 3o5
d'un gaz, qui était un mélange d'hydrogène carboné et d'acide carbonique ; 70 grammes d'uue huile brunâtre, contenant de l'ammoniaque; 21 grammes d'un liquide aqueux, tenant en dissolution de l'acétate d'ammoniaque. Le résidu dans la cornue, s'élevait à environ 20 grammes ; il avait beaucoup de ressemblance dans son aspect avec l'anthracolite. En faisant bouillir dans l'acide nitrique la partie insoluble des semences, il se formait également une petite portion d'huile soluble dans l'alcool '.
ai. Nous sommes redevables à Braconnot d'une analyse Brondenou: soignée de l'enveloppe extérieure charnue des noix ordinaires, ou brou, dont on fait eu France un fréquent emploi dans la teinture . probablement en remplacement de la noix de galle. Bracouuot obtint du brou de noix récent, les substances suivantes * , savoir :
De l'amidon. De l'acide citrique.
Une substance âcreetamère. Du phosphate de chaux.
De l'acide malique. De l'oxalate de chaux.
Du tannin. De la potasse.
SECTION X
Des Fruits .
Il existe, dans les fruits des substances végétales, une aussi grande diversité que dans les semences; mais on en a soumis fort peu jusqu'à présent à l'analyse chimique. Ils part;M~ contiennent presque tous un acide; et cet acide est ordinaire- constituâmes. ment ou l'acide tartarique, ou l'acide oxalique, ou l'acide citrique, ou l'acide malique, ou enfin un mélange de deux ou d'un plus grand nombre de ces acides. Il s'en est très-rarement rencontré, jusqu'à présent, d'autres dans les fruits, si ce n'est peut être l'acide acétique. Les fruits contiennent aussi en général, une portion de matière gommeuse, quelquefois de l'amidon ; et les fruits charnus ont également une matière fibreuse qui n'a pas cependant encore été examinée avec précision. La matière colorante des fruits, et
' Gehlen's Journ. VI, 5y3. » Ann. de Chira. LXXIV, 3o3.
3o6 PARTIES DES PLANTÉS.
spécialement la matière colorante rouge, se dissout facilement dans l'eau et dans l'alcool ; mais elle se détruit très-promptement si on l'expose à l'action du soleil et de l'air. C'est par cette raison qu'on ne peut s'en servir pour la teinture.
On a déjà donné, dans une des parties précédentes de cet Ouvrage, la liste des acides contenus dans un très-grand nombre de fruits. Comme il n'en a été analysé jusqu'à présent que très-peu, et que les seules analyses des fruits qui aient été publiées jusqu'à ce jour sont celles des tamarins, des raisins et du concombre , il reste peu de chose à ajouter ici à ce qui a été déjà dit à ce Sujet.
Tamarins. i. Tamarins. Cette substance est principalement composée de la matière pulpeuse qui remplit les gousses du tamarindus in die a , et recouvre les semences. On l'apporte en Europe conservée dans du sucre. Nous devons à Vauquelin une analyse de cette substance , et ce fut un des premiers travaux qu'il publia. Il opéra sur le tamarin à l'état où les pharmaciens de Paris l'emploient ; et en traitant d'abord les pulpes par l'eau froide, et ensuite par l'eau chaude, il en sépara, sur 9702 parties, les substances ci-après, savoir ' :
Parties .
Tartrate acide de potasse. 3oo
Gomme 43 a
Sucre n52
Gelée 57G
Acide citrique 864
Acide tartarique i44
Acide malique 4o
Matière féculente 2880
Eau 5364
Raisins; 2. Raisins. Quoique les raisins aient été à plusieurs reprises examinés par les chimistes , nous n'avons cependant pas encore d'analyse chimique exacte de leurs parties constituantes. On s'est assuré néanmoins qu'ils contiennent du tartrate acide de potasse, de l'acide tartarique, de l'acide citrique et <le l'acide malique '. Ils contiennent aussi du sucre,
» Ann. «le Chim. V, ç)2.
* Bouillon, Journ. de Phys. XXIX, 3. Parmenlier, Ann. J» Chim. LUI, 119.