CHAPITRE III
De la Végétation.
Il ne suffirait pas sans doute d'avoir fait connaître les différentes substances contenues dans les plantes , et dont elles sont composées , si on ne s'attachait pas à examiner encore comment ces substances sont produites , et à essayer de tracer les opérations diverses dont l'ensemble constitue la végétation. Mais on ne doit pas s'attendre à trouver ici tout ce qui nous resterait à exposer sur ce sujet. Les merveilles que présentent les végétaux n'ont encore été que très-imparfaitement observées. Parmi les organes des plantes, il en est beaucoup qui sont trop petits pour pouvoir être saisis par nos sens ; et à peine en peut-on suivre complètement une seule fonction.
La multiplicité des changemens qui s'opèrent continuellement et à-la-fois dans les végétaux , la grande variété de substances différentes, et même opposées, qui cependant proviennent des mêmes ingrédiens , et presque dans le même lieu, sont autant de phénomènes qui frappent d'étounement l'observateur-, de même, aussi, l'ordre et l'habileté avec lesquels chaque chose est conduite ne doivent pas moins le confondre. Il n'y a jamais deux opérations qui se nuisent ; il n'y a ni discordance , ni irrégularité, ni trouble; tous les morens sont coordonnés ; tout but est facilement rempli. Ces phénomènes sont trop admirables pour échapper à notre observation , et ils sont trop importans pour ne pas réclamer toute notre attention. Aussi plusieurs savans, également distingués parleur génie et leur sagacité, ont-ils consacré leur vie presque toute
* Gehlen's Journ. VI, 9t.
entière à l'étude de la végétation ; mais leurs succès n'ont pas été jusqu'à présent en raison de leurs efforts. Personne n'a encore pu découvrir cet agent toujours si actif , qui produit tant de merveilles , ni parvenir à le saisir sur le fait dans ses opérations-, et les philosophes n'ont pas été plus heureux dans les essais qu ils ont faits pour reconnaître par quels moyens ces opérations ont heu. On est cependant parvenu à la connaissance d'un grand nombre de faits curieux et intéressans. J'essaierai , dans les sections qui vont suivre , de les rassembler et de les classer de manière à faire voir comment ils dépendent les uns des autres , et peut-être à déduire les conséquences qui dérivent évidemment de cette dépendance mutuelle.
SECTION PREMIÈRE
De la Germination.
Fiantes i . Les naturalistes ont prouvé , par un très-grand nombre
'«menées?6 d'observations et de faits différens , que toutes les plantes proviennent de semences. Les prétendues exceptions à cette loi générale ont disparu , l'une après l'autre , à mesure que nos connaissances sur les végétaux se sont étendues : et il ne reste pas aujourd'hui une seule objection qui, â cet égard, mérite la plus petite attention. La dernière tentative qu'a faite Girtanner* pour faire revivre la doctrine de la génération équivoque, ne vaut pas même la peine qu'on s'y arrête; parce qu'il est impossible de concilier ses conclusions avec les expériences de Sennebier sur la substance même qui sert de base à sa théorie.
semences Toute semence est composée de trois parties , savoir : les étewp*rtie$!e cotylédons, la radicule, et ta plumule. Ces parties sont ordinairement renfermées dans une enveloppe.
Cotylédon. On peut discerner aisément ces trois parties dans la fève de marais ou de jardins -, car cette semence est d'une dimension si grande, que tous ses organes sont extrêmement distincts. En enlevant les enveloppes extérieures de la fève , qui sont au nombre de deux , et qui varient en épaisseur
♦ A un. deChim. XXXIV, 35.
dans leurs différentes parties , on trouve a
que cette semence se divise facilement en /^l|\
deux lobes, à-peu-près de la même gros- |
seur et de la même forme. Chacun de ces
lçbes s'appelle cotylédon (% ci-contre). \|j|
Les cotylédons de la fève sont donc au \
nombre de deux.
Près de cette partie des lobes , qui est continue à ce que l'on ludicun.
appelle Y œil de la fève, il y a un petit corps rond et blanc (b)
qui sort d'entre les deux lobes, ce corps s'appelle la radicule.
A la radicule se trouve attaché un autre petit corps rond (c) Piu»uU. situé entre les cotylédons, et qui en est tellement couvert, qu'il est nécessaire qu'ils soient séparés pour qu'on puisse le voir. Ce corps est appelé la plumule.
L'apparence et la forme de ces trois parties varient beaucoup dans les différentes semences , mais elles existent dans toutes. La figure et la grosseur de la semence dépendent principalement des cotylédons. C'est ce qui a évidemment lieu à l'égard de la fève, et il en est de même aussi relativement à toutes autres semences. Le nombre des cotylédons varie dans différentes semences. Quelques-unes ? comme celles du froment , de l'avoine , de l'orge et de toute la famille des graminées, n'ont qu'un cotvlédon. Il en est qui en ont trois, d'autres six, comme les semences du cresson des jardins ; mais dans la plupart, comme dans la fève, il n'y en a que deux.
2. Lorsqu'on place une semence dans des circonstances GertnïMtw». favorables à la végétation , elle change bientôt d'apparence.
La radicule est convertie en racine, et s'enfonce dans la terre, tandis que la plumule s'élève au-dessus, et devient tronc ou tige. Lorsque ces changement ont lieu, on dit que la semence germe, et le procédé lui-même a été appelé germination. Les semences ne germent pas égnlement et indifféremment dans tous les climats et dans toutes les saisons. La germination ne dépend donc pas uuiquement de la semence , mais quelque cause étrangère doit y contribuer aussi.
3. C'est un fait bien connu, que les semences ne germent , .^s^v. pas sans le concours d humidité ; car celles qui sont gardées
dans un lieu parfaitement sec , ne végètent pas du tout , sans que pour cela leur faculté végétative soit détruite. L'eau est donc essentielle à la germination, Trop d'eau, cependant, n'est
34o VÉGÉTATION.
pas moins préjudiciable à la plupart des semences , que la sécheresse absolue. Les semences des plantes aquatiques, à-la-vérité, germent et végètent très-bien dans l'eau; mais la plupart des autres semences , si on les garde dans ce liquide au-delà d'un certain tems , se pourrissent et finissent par être entièrement détruites.
Chaleur. 4» ®n sa]l aussi que les semences , quoique pourvues d'une quantité convenable d'eau , ne germent pas si la température est au-dessous d'un certain degré. On n'a jamais pu, par exemple, faire germer une semence au degré de la congélation ou au-dessous : et cependant ce degré de froid n'altère pas la faculté végétative des semences; car il en est plusieurs qui végètent tout aussi bien après avoir été gelées , ou après avoir été gardées dans de l'eau glacée. On en peut donc alors conclure, qu'un certain degré de chaleur est indispensable à la germination des semences ; et chaque espèce de plante paraît avoir un degré de température, qui lui est particulier, auquel ses semences commencent à germer; car, à cet égard , chaque semence a sa saison , et cette saison varie avec la température de l'air. M. Adansou trouva que des graines , semées à la même époque enFrance et dans le Sénégal, sortaient toujours plutôt de terre dans ce dernier pays, et où le climat est plus chaud qu'en France*. «azoxigène. 5. Quoique placées dans une température convenable, et suffisamment pour vues d'humidité, les semences negermeront pas, si elles sont entièrement privées d'air atmosphérique. M. Ray trouva que des graines de laitue ne germaient pas dans le vide fait sous le récipient de la machine pneumatique, mais qu'elles commençaient à végéter aussitôt qu'on introduisait l'air2. Homberg fit sur le même sujet un grand nombre d'expériences, qui furent publiées dans les mémoires de l'académie française pour 1G93. Il trouva, que la plupart des semences qu'il soumettait à l'expérience, refusaient de végéter dans le vide de la machine pneumatique. Quelques unes cependant germèrent rmaisBoyle, Muschenbrcck etBoerhaave,qurfirent successivement des expériences du mêmegeure, prouvèrent, de la manière la plus évidente, qu'aucune plante ne végète dans le vide ; et que dans ceux des cas mentionués par Ilom-
* Fncyc. métliod. , physiol. véget. 12}
• Phif. Trans. K.0 LUI.
î>erg , le~vide n'était pas parfait. Il s'ensuit Jonc qu'aucune semence ne germe sans qu'il n'y ait accès de l'air atmosphérique, ou de quelque gaz qui eu ait les propriétés. C'est par cette raison que les semences ne germent pas à une certaine profondeur au-dessous de la surface de la terre.
Schéele recounut que les fèves ne germaient pas sans la présence du gaz oxigène : Achard démontra depuis, que le gaz oxigène était absolument nécessaire à la germination de toutes semences; et qu'aucune ne germera dans le gaz azote, dans le gaz hydrogène, ni dans le gaz acide carbonique , à moins que ces gnz ne contiennent un mélange de gaz oxigèue. Ces expériences ont été confirmées par celles de M. Gough , deCruickshanks et de beaucoup d'autres savans '. 11 en résulte donc que ce n'est pas tout 1 air atmosphérique qui est nécessaire à la germination des semences, mais seulement l'oxigène qu'il contient.
De plus, Humboldt s'est assuré que les semences végétaient plus rapidement dans le chlore, ou quand elles en étaient arrosées ; et l'on sait que cette substance est connue par sa facilité à décomposer l'eau , et à mettre l'oxigène en liberté. Le chlore paraît même augmenter la force végétative des semences. On a gardé pendant long-temps à Vienne plusieurs semences, qui avaient constamment refusé de germer, mais qui, lorsqu'on les traita avec le chlore, végétèrent prompteraent 2.
6. La lumière a aussi une influence considérable sur la ger- Retardée
, T , . ° par la lurcK.e.
initiation des semences, lngennousz trouva que les semences germaient toujours plus promptement dans l'obscurité que lorsqu'eîlesétaieot exposées à la lumière3. Sennebier répéta ses expériences, et eu obtint les mêmes résultats 4 ; mais 1 abbé Bertholin , si connu par ses travaux ayant pour objet de prouver l'influence de l'électricité sur la végétation , fit des objections contre les conclusions de ces naturalistes; et il
■ Carradori a voulu, à-la-vérité , prouver que les semences commencent à germer sans oxigène. (Ann. de Chim. \LY1II, 188. : Maïs Saussure nous apprend que l'eau dans laquelle on tremiie les semences dans ces cas, tient en dissolution assez d'oxigène pour faire commencer la germination , mais non pas assez pour qu'elle puis«e continuer. ( Recherches chimiques sur la végétation , n. 3. J
» Journ. dePhys. XLVII,63ù
* Expériences sur les végétaux , II.
* Mem. phvsîeo- chimiques, 111,3^1.
34a VÉGÉTATION.
affirma que la différence dans la germination des semences à l'ombre et à la lumière, était due, non pas à ce fluide lui-même, mais.bien à la différence de l'humidité dans les deux situations. Cette humidité s évaporait plus promptement des semences exposées à la lumière, que de celles qui étaient à l'ombre. Il ajouta que , lorsqu'on avait soin de tenir les semences également humides, celles qui étaient frappées par les rayons du soleil germaient plus vite que celles qui étaient à l'ombre *. Mais lorsque Sennebier répéta ses premières expériences, en employant tous les moyens possibles pour conserver une humidité égale dans les deux cas, il trouva constamment que les semences germaient plus promptement à l'ombre 2. On en peut donc conclure, que la lumière nuit à la germination, et que c'est une des raisons pour lesquelles on recouvre les semences avec le sol où elles doivent se développer. Mais il y a lieu de croire, d'après les expériences récentes de Saussure, que la lumière n'est nuisible qu'à raison de la chaleur qu'elle produit; car lorsqu'il intercepta les rayons directs du soleil , sans empêcher cependant le contact de la lumière , la germination des semences ne fut pas sensiblement retardée 3.
7. On a vu ainsi que les semences ne germent point sans le concours de Xhumiditê, de la chaleur et de Voxigène. Maintenant il nous reste à examiner de quelle manière ces corps affectent la semence, et quels sont les changemens qu'ils y opèrent.
phénomènes On avait déjà observé, que toutes les semences ont un ou
de la i • , ', -, „ ' I , , ,
germination, plusieurs cotylédons. Les cotylédons contiennent une certaine quantité de matière farineuse, amassée là pour servir de nourriture à l'embryon plante , aussitôt qu'il commence à en avoir besoin. Il faut cependant que cet aliment subisse quelque préparation avant qu'il puisse être approprié, par la plante, àla formation ou au perfectionnement de ses organes. Il est probable que tous les phénomènes que nous remarquons dans la germination , consistent dans les changemens chimiques qui sont produits dans cet aliment, et dans le développement, qui en résulte, des organes de la plante.
dÇa&FSïbU Lorsqu'une semence est placée dans des circonstances fa-
oicjue.
» Journ. dePhys. 178g, décembre.
■ Encycl. méth. , physiol. vc'gét. p. 126 .
? Recherches chimiques sur la vc'ge'tation , p. a3.
rorables, elle s'imbibe peu-à-peu d'humidité, et dégage aussitôt après une certaine quantité de gaz acide carbonique, lors même qu'il n'y a pas présence de gaz oxigène l. S'il n'y a pas de gaz oxigène présent, le dégagement cesse bientôt, et il n'y a point de germination-, mais si le gaz oxigène est là, il s'en convertit une portion en gaz acide carbonique. ïl paraît, d'après les expériences de Saussure , que si on laisse germer des semences dans une quantité déterminée de gaz oxigène ou d'air atmosphérique , le volume du gaz n'est pas altéré, l'acide carbonique formé étant égal à l'oxigène qui a disparu. 11 s'ensuit que dans ce volume l'acide carbonique contient exactement la totalité de l'oxigène consumé '. Ainsi la semence n'absorbe pas d'oxigène; ou au moins, si elle absorbe 0xigine de ce principe, elle n'en retient rien , puisque la totalité s'en de radian» dégage en état de combinaison avec le carbone. La quantité d'oxigène ainsi convertie en acide carbonique par la germination des semences , est en quelque sorte proportionnelle au poids de la semence -, mais il y a des semences qui en exigent plus que d'autres. Dans les expériences de Saussure , le froment et l'orge consommaient, à poids égaux, moins d'oxigène que les pois, et ceux-ci moins que les fèves et les haricots. La quantité d'oxigène consumée par le froment et par l'orge s'élève entre un millième et un deux millième de leur poids; et cette quantité, pour les fèves et haricots, peut être d'un centième de leur poids 3.
Des expériences semblables furent faites par le docteur W oodhouse 4.
II ne paraît pas qu'il y ait décomposition d'eau dans l'acte de la germination, au moins rien ne prouve évidemment qu'il en soit ainsi. Il ne se dégage ni gaz hydrogène ni gaz oxigène ; et au-lieu de décomposition d'eau, il ne serait pas surprenant qu'il s'en formât une portion par l'union de ses parlies constituantes, lhydrogène et l'oxigène, existant préalablement dans la semence. Lorsque Saussure fit sécher des semences
* Gough , Manch. Mém. IV, Si^'- Crnickshanks , Rolloon diabètes, p. 45a.
* Journ. de Phys. XLIX , cp.
3 Recherches, p. i3.
* Il essaya les semences du zea mays , de l'opium petroselinum , «le la Iactuca sativa, delà cucuibila citrulla , du phaseolus sativns , du sisymbrium satîvum , du raphanus sativa. Elles changèrent Toiifène en acide carbonique. Nicholson's Journ. Il, 161.
à une certaine température avant la germination , et qu'après la germination il les eut ramenées au même point de dessication , il trouva constamment que la diminution de poids était plus grande qu'elle ne devait l'être. C'est ainsi que 7 3 pois, qui desséchés à 25° centigrades, pesaient ensemble environ 1 3 grammes, ayant été introduits avec cinq fois leur poids d'eau clans un vase plein d'air atmosphérique, et renversé pendant deux jours sur du mercure, germèrent et produisirent ^4 centimètres cubes d'acide carbonique. Il les retira, et les fit sécher lentement à la même temj érature; et pendant la dessication, elles convertirent 74 centimètres cubes de plus d oxigèue en acide carbonique. Or ces 148 centimètres cubes
d'acide carbonique contiennent 0,1 1 o de carbone. Lorsqu on évapora à siccité l'eau dans laquelle les pois avaient germé,
gram.
elle laissa 0,048 de matière mucilagineuse. Ainsi les pois, par leur germination et le dessèchement , ne durent perdre que
gram. gram.
o,i58, laissant un résidu de 12,842. Mais leur poids n'était
gram. gram.
que de 12,286 , il y avait donc une perte de 0,606, ou, en
gram. gram.
déduisant les 0,168 , de 0,44°" au-delà de ce dont on pouvait rendre compte au moyen du mucilage pris par l'eau , et par l'acide carbonique formé. On est donc forcé de supposer que cette perteest due àdereau.Celteeau,suivantles expériences de Saussure, semble être formée, ou mise en liberté, pendant la dessication des semences; car la quantité en augmentait toujours en ^proportion de ce que cette dessication s'opérait plus lentement *'.
Noorrhurs Plusieurs semences acquièrent par la germination une safecoi'yicdons. veur sucrée. On en a conclu, que le mucilage qu'elles contiennent est converti en matière saccharine. On voit qu'il y a diminution de carbone par la germination; et à moins de formation d'eau, il doit y avoir augmentation proportionnelle d'hydrogène et d'oxigène. 11 est évident , d'après le procédé de préparation de la drèchc, qu'il y a production de chaleur pendant la germination. J'ai vu les radicules d'orge, lorsqu on l'avait laissée sans la remuer sur le plancher à la drèchc,
* Saussure, Recherches chimiques sur la ve'ge'taiinii , p. 17.
pousser dans une seule nuit de 1 3 millimètres , et la température s'être élevée à 38° centigrades.
Tous ces phénomènes ne paraissent être que le résultat de changemens chimiques qui s'opèrent ; au moins n'avonsnous aucune raison de conclure qu'il il y intervienne aucun auire agent, puisque \efoin, lorsqu'il est imbibé d'humidité, présente à-peu-près les mêmes phénomènes. Il y a dégagement de gaz acide carbonique, absorption de gaz oxigène, et production si abondante de chaleur, que le foin s'enflamme souvent , et il s'y forme en même-temps une certaine quantité de sucre. H faut attribuer à un changement partiel analogue la saveur généralement beaucoup plus sucrée dans le vieux foin que dans celui nouvellement récolté. Or, nous n'avons aucune raison de supposer qu'il réside dans le foin , aucun des agens particuliers aux substances végétales, puisque toute végétation et toute faculté de végéter sont évidemment détruites.
Lorsque la matière farineuse dans les semences des végétaux est convertie en sucre, il se manifeste dans le cotylédon un grand nombre de vaisseaux. On peut se faire une idée assez exacte de leur distribution par l'inspection de la figure. On peut à-la-vérité découvrir ces vaisseaux dans beaucoup de semences avant que la germination commence; mais ils deviennent beaucoup plus distincts après qu'elle a fait quelques progrès. Grew, Malpighi et Hedwig ont démontré qu'il en sortait des ramifications, qui passaient dans la radicule et qui se distribuaient à travers chacune de ses parties. Elles transmettent évidemment à la radicule la nourriture qui se prépare dans les cotylédons ; car Bonnet et Sennebier ont reconnu, par expériences, que si l'on coupe les cotylédons, même après que les phénomènes ci-dessus décrits ont eu complètement lieu , la germination cesse sur-le-champ. La matière alimentaire est donc transportée des cotylédons dans la radicule; celle-ci augmente en dimension, prend la forme d'une racine, s'enfonce dans la terre et devient bientôt capable d'extraire la nourriture nécessaire à l'acroissement futur de la plante. Mais alors même que la radicule de la plante est devenue une racine parfaite , la plante cesse de
Kosr
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ra r, - mi
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devint
végéter si on retranche les cotylédons , ainsi que Sennebîer s'en est assuré par expérience. Il eu résulte donc encore que les cotylédons sont absolument nécessaires à la végétation de la plante.
•SrJaiw ^es coty'ed°ns prennent alors l'apparence de feuilles, qui se montrent au-dessus de la terre , et forment ce qu'on ap . pelle les feuilles séminales de la plante. Après cela la plumule augmente peu-à-peu en dimension ; elle s'élève au-dessus du sol ; elle se déploie en branches et en feuilles. Les feuilles séminales périssent bientôt après , tombent , et 'la plante continue de passer par tous les procédés de la végétation , sans leur assistance.
Comme il ne paraît pas qu'il y ait aucune communication entre les cotylédons et la plumule , il doit s'ensuivre que la nourriture passe de la radicule dans la plumule : et l'on voit effectivement que la plumule ne commence à végéter que lorsque la radicule a pris un certain accroissement. Puisque la plante cesse de végéter , même après la conversion de la radicule en racine , si ou lui enlève les cotylédons avant que la plumule soit développée, il s'ensuit que la radicule ne suffit pas par elle-même pour que la végétation se maintienne, et que les cotylédons continuent encore d'y contribuer en partie. On a déjà vu en quoi consiste cette part qu'ils ont au soutien de la végétation , ils préparent l'aliment destiné à
D.gèrent \a nourriture de la plante. La racine, alors, est d'elle-même
la nourriture „ I 1 ■ t i 1'
«koyéeparia însuinsante pour rempur cet objet. Lorsque les cotylédons prennent la forme de feuilles séminales, il est clair que toute la nourriture qui y était originairement déposée pour le soutien de la plante embryon est épuisée , et cependant ils continuent d'être aussi nécessaires qu'auparavant. 11 faut donc qu'ils reçoivent la matière alimentaire qui est imbibée par les racines ; qu'ils lui fassent subir quelques changemens qui la rendent propre à la végétation, et qu'ils la renvoient de nouveau pour~ètre transmise à la plumule.
M. Bonnet s'est assuré par un grand nombre d'expériences, répétées par Sennebier avec les mêmes résultats , que si on retranche les cotylédons après que la plumule a acquis une certaine grosseur , qui doit être au moins de deux millimètres , la plante ne cesse pas de végéter, mais qu'elle continue de le faire en restant toujours très-petite : sa grandeur, comparée à celle d'une plante à laquelle on n'a pas enlevé
KUTRITION DES PLANTES. 3^7
les cotylédons , n'est que dans le rapport de 2 à 7*.
Lorsque la plumule s'est complètement développée en feuilles, ou peut enlever les cotylédons sans nuire à la plante, et ils périssent d'eux-mêmes très-prompteirient. Il paraît, alors, que cette nouvelle fonction des cotylédons est remplie ensuite par la partie de la plante qui s'élève au-dessus de la terre.
Nous venous de tracer les phénomènes de la germination autant que les connaissances actuelles ont pu les faire découvrir. Les faits sont évidens •, mais la manière dont ils sont produits nous est encore cachée. On ne saurait expliquer ni comment la nourriture entre dans les vaisseaux , ni par quels moyens elle est transportée dans les différentes parties de la plante. On ne sait pas davantage comment cette nourriture est déposée dans chaque organe, ni par quel procédé elle y est employée à faire augmenter en dimension les parties déjà formées, ou à en produire de nouvelles. Ces phénomènes n'ont aucune analogie avec ceux de la mécanique ou de la chimie, mais ils ressemblent exactement à ce qui se passe dans l'organisation et la nourriture des animaux. Ils appartiennent donc par conséquent à cette branche difficile de la science connue sous le nom de physiologie.
SECTION II
De la Nutrition des Plantes.
Les plantes , après quelles ont germé, ne restent pas stationnaires, mais elles augmentent continuellement de volume. Chaque saison , par exemple , ajoute considérablement à la grosseur d'un arbre. La racine pousse de nouveaux jets, et les anciens deviennent plus grands et plus étendus. La même augmentation a lieu dans les branches et dans le tronc. En examinant ce phénomène de plus près, on trouve qu'une nouvelle couche de bois , ou plutôt d'aubier ■ a été ajoutée
1 Encycl. méthod., physiol. v^gét. 42-
1 Lorsqu'on examine le bois avec attention , on trouve qu'il D'est pas le même dans toute son épaisseur. La partie placée immédiatement sous l'écorce est plus molle, plus blanche et plus succulente <jue les autres ; et c'est par cette raison qu'elle a été particulière-
à l'arbre dans toutes ses parties, et que cette addition a eu justement lieu au-dessous de l'écorce. On trouve aussi qu'une couche d'aubier a pris l'apparence du bois proprement dit ou parfait. Outre cette addition de fibre végétale, il s'est produit un grand nombre de feuilles, et l'arbre pousse des fleurs , et donne des semences.
Les plantes II résulte de toutes ces observations, qu'il se manifeste con- Cse nourrir, tinuellement dans les plantes une grande quantité de matière nouvelle ; et comme il serait absurde de supposer qu'elles puissent créer une matière nouvelle, il faut bien qu'elles la reçoivent de l'extérieur par quelque conduit. Les plantes, alors , ont donc besoin de nourriture comme les animaux. Mais quelle est cette nourriture? et d'où peuvent-elles la tirer? On ne peut répondre à ces questions, qu'en considérant attentivement les substances que les végétaux contiennent, et en examinant celles de ces substances qui sont nécessaires à leur végétation. Si l'on pouvait y réussir complètement , on acquerrait beaucoup de lumières sur la nature des sols et des engrais , et sur quelques-unes des questions les plus importantes en agriculture. Mais nous nous trouvons encore à présent bien loin d'être en état d'approfondir le sujet.
f.*u i. D'abord , il est certain que les plantes ne végéteraient
pas sans eau ; car toutes les fois qu'elles en sont entièrement privées , elles se dessèchent et périssent. De là, l'avantage bien connu des pluies, des rosées, et des arrosemens artificiels de la terre. L'eau est donc alors au moins une partie essentielle de la nourriture des plantes; mais comme il y en a beaucoup qui croissent dans l'eau pure , on peut mettre en question si l'eau n'est pas la seule nourriture des plantes. Cette opinion fut admise dès long-temps, et il fut fait des expériences nombreuses pour en démontrer la vérité. On peut même dire que cette hypothèse était celle généralement adoptée dans le \j.e siècle -, et que quelques-uns de ceux qui contribuèrent le plus à l'avancement de la physiologie végétale, dans le 18. " siècle, l'avaient embrassée. Ses partisans les plus zélés furent Van- Helmont, Boyle, Bonnet, Duhamel et Tillet.
ment designée parle nom à\ilburnum ou aubier. Le bois parfait est plus br.no , plus <lui et plus Jense que l'aubier , et les couches augmentent en densité, à mesure qu'elles s'approchent du centre.
kilog.
Van-Helmont planta un saule, qui pesait 2,267, ^aDS un L'ean s°pd°*««
kilog. la seule
vase de terre contenant 90,687 de terre desséchée préala- D0Upu'nitreei.d" blement au four, et humectée avec de l'eau de pluie. Il enfonça ce vase dans la terre , et il arrosait son saule tantôt avec de l'eau de pluie, et tantôt avec de l'eau distillée. Au
kilog.
bout de cinq ans, il pesait 76,808 , et la terre dans laquelle il était planté , après avoir été desséchée de nouveaa , ne se trouva avoir perdu que 57 grammes de son premier poids1.
kilog.
Il y avait donc eu une augmentation de 74,591 , et cependant il s'ensuivait que le saule n'avait pris que de l'eau pure; on en avait donc pu conclure que l'eau pure suffisait à la nourriture des plantes. Mais Bergman lit voir en 1773 * l'insuffisance de cette expérience pour décider la question. Il fit connaître, d'après les expériences de Margraff, que l'eau de pluie emplovée par Van-Helmont , contenait autant de terre qu'il en pourrait exister dans le saule au bout de cinq
grain.
années-, car, suivant les expériences de Margraff, 453,439 d'eau de pluie contiennent à-peu-près 65 milligrammes de terre 3. L'accroissement du saule ne prouve donc nullement que la terre contenue dans les plantes se forme aux dépens de l'eau. De plus, ainsi que l'a remarqué K.rvan +, le vase de terre devait avoir souvent absorbé , de la terre environnante, de l'humidité imprégnée d'une substance quelconque contenue dans la terre ; car, ainsi que l'ont fait voir Haies5 et Tillet6, les vases de terre, qui ne sont pas recouverts d'un vernis vitreux, transmettent très-facilement lhumidité. On ne peut donc tirer aucune conclusion de cette Mais sans expérience-, et en elfet , toutes les substances que le saule foDde'nen:contenait, excepté l'eau, avaient pu provenir de l'eau de pluie, de la terre dans le vase, et de l'humidité absorbée du sol environnant.
Les expériences de Duhamel et de Tillet ne sont pas plus concluantes-, de sorte qu'il est impossible, d'après elles,
* Opéra Van Helmont , p. ioo. Compîexiomim atcpe mislionum felementalium figmentuoi, Sect. 3o.
1 Opusc. V, 92. ' lbld. II, i5 et 19.
« Irish. T-ans. V, 160. ; Végét. Stat. I.
s Mien Par 17:2, p. 39.
de décider la question , l'eau est-elle ou non la seule nourriture des plantes? Mais toutes les tentatives qui ont été faites jusqu a présent pour élever des plantes avec de l'eau parfaitement pure ont été infructueuses ; les plantes ne végètent que pendant un certain temps , et jamais leurs semences ne sont parfaites. Hasseufratz, Saussure, et autres, ont fait des essais de ce genre , et sans plus de succès- Duhamel trouva , qu'un chêne qu'il avait fait venir d'un gland , par l'eau , croissait de moins en moins chaque année. On sait, aussi, que celles des racines bulbeuses, telles que les jacinthes, les tulipes, etc., qu'on fait croître dans i'eau, finissent par ne plus fleurir, et même par ne plus végéter, à moins qu'on ne les plante dans la terre tous les deux ans, surtout si elles produisent annuellement de nouvelles racines bulbeuses , et que les anciennes périssent. On peut raisonnablement conclure de toutes ces expériences et de ces faits, que l'eau n'est pas la seule nourriture des plantes*.
En effet , loin que l'eau soit la seule nourriture des plantes , il n'y a en gênerai qu'une certaine proportion de ce liquide qui leur soit utile : en quantité trop grande il leur est tout aussi préjudiciable qu'en quantité trop petite. Quelques plantes, à-la-vérité, prennent leur accroissement dans l'eau , et ne végéteraient pas dans une autre siiuation-, mais toutes les autres sont entièrement détruites si on les laisse audelà d'un certain temps dans ce liquide. Une proportion convenable d'humidité est nécessaire à la végétation de la plupart des plantes , et c'est une des raisons pour lesquelles les plantes exigent différens sols. Le riz , par exemple, veut un sol très-humide; il ne réussirait pas dans les terrains où le froment croît avec vigueur ; et le froment, au contraire, pourrirait dans les terres à riz.
On doit donc , dans le choix d'un sol propre à la culture des plantes , considérer la quantité d'humidité qui convient le mieux à celles que l'on veut y faire croître. Or, la
* Les expériences de Braonnot, qui a essayé de prouver que l'eau est la seule nourriture des plantes , ne sont pas plus décisives. Ann.de Chim. LX1, 187. il faisait croître des plantes dans du sable, et des oxides métalliques , au moyen de l'eau, et il trouva que les plantes se composaient des parties constituâmes ordinaires, terreuse* et alcalines de tons les végétaux. Mais dans des expériences de cette nature , il est impossible dose prémunir contre tout canal ou conduit pqr le moyen duquel ces substances peuvent arriver aux plantes.
NUTRITION DES PLANTES. 35ï
sécheresse ou l'humidité d'un sol dépend de deux choses ; de la nature et des proportions des terres qui le composent, et de la quantité de pluie qui y tombe. Chaque sol contient au moins trois terres, la silice, la chaux et l'alumine, et quelquefois aussi la magnésie. La silice est toujours à l'état de sable. Or , les sols retiennent l'humidité plus ou moins long-temps selon les proportions de ces terres. Ceux qui contiennent la plus grande quantité de sable la perdent le plus promptement , et ceux dans lesquels se trouve la plus grande quantité d'alumine la conservent le plus long-temps. Le premier est un sol sec , le second est un sol humide. La chaux et la magnésie forment des sols qui tiennent le milieu entre ces deux extrêmes; elles rendent un sol sablonneux, plus susceptible de retenir l'humidité , et elles diminuent l'humidité d'un sol argileux. Il est donc évident , qu'en mêlant ensemble dans des proportions convenables ces quatre terres , on peut se faire à volonté un sol de tout degré quelconque de sécheresse ou d'humidité.
Mais , quelle que soit la nature du sol , son humidité dépend en général de la quantité de pluie qui y tombe ; s'il n'y pleut jamais , le sol reste sec , quelque propriété qu'il ait de retenir l'humidité ; et si les pluies sont très-fréquentes , il faut que le sol soit très-poreux pour ne pas être constamment humide. Ainsi , la proportion des différentes terres dans un sol , doit dépendre de la quantité de pluie qui y tombe. Dans un pays pluvieux , le sol doit être perméable, et contenir une très-grande proportion de sable -, et dans un pays sec , il faut qu'il retienne l'humidité , et par conséquent qu'il contienne une plus grande proportion d'argile. . 2. Il a été complètement prouvé que l'air est nécessaire à Les pbat» la végétation des plantes. Les dernières expériences chimi- nSSiiftredf ques ont aussi mis hors de doute qu'une grande partie, au I'a<m0spi»re' moins , de la matière carbonacée qu elles contiennent , leur est fournie par l'atmosphère ; ainsi les plantes tirent de l'atmosphère , par absorbtion , trois articles de leur nutrition , savoir : l'acide carbonique , Xoxigène et X humidité ; mais il n'a pas encore été disenté jusqu'à quel point les plantes sont susceptibles d'absorber l'acide carbonique , sans le secours du sol où elles végètent ordinairement.
Hassenfratz analysa les racines bulbeuses de quelques jacinthes , afin de reconnaître la quantité d'eau , de carbone.
et d'hydrogène , qu'elles contenaient. Eu répétant plusieurs fois l'analyse d'un certain nombre de ces racines , il parvint à déterminer les proportions de ces substances dans un poids déterminé de la bulbe. Il examina, de la même manière, les haricots et les graines de cresson. 11 fit végéter dans l'eau pure un certain nombre de chacune de ces plantes , qu'il avait préalablement pesées , afin de s'assurer de la quantité précise de carbone qu'elles contenaient. Les plantes furent placées ensuite dans des lieux différens, les unes dans l'intérieur d'appartemens, et d'autres en plein air. Elles prirent leur accroissement, et poussèrent des fleurs , mais elles ne produisirent point de semences. Il les fit dessécher ensuite, ayant soin de réunir à chaque plante toutes les feuilles ou autres portions d'autre partie qui s'en étaient détachées pendant la végétation. En soumettant chacune des plantes à l'analyse chimique , il trouva que la quantité de carbone qu'elles contenaient , était un peu moindre que celle qui existait dans la bulbe ou dans la semence qui avait donné naissance à la plante '.
Ces expériences ont été répétées par Saussure avec un résultat bien différent. Ayant laissé végéter pendant quelque temps , dans de l'eau distillée, des jets de mentha piperita , ils donnèrent une portion de carbone, à-peu-près double de celle qu'ils en contenaient originairement2. Mais, lorsqu'on répéta la même expérience dans un lieu où il n'entrait que très -peu de lumière, la proportion du carbone, au -lieu d'avoir augmenté , était un peu diminuée , ainsi que l'avait reconnu Hassenfratz. Il s'ensuit qu'il est probable , que le résultat obtenu par ce dernier n'était dû qu'à ce que la lu- Ainis elle mière manquait. On ne peut donc pas douter que les plantes, lors même qu'elles végètent dans l'eau pure , ne soient capables d'absorber leur nourriture de l'air atmosphérique ; mais comme dans cette situation , elles ne peuvent produire de semences parfaites , et qu'au contraire elles languissent par degrés , et cessent de végéter, il est évident que l'eau et l'air seuls ne leur suffisent pas.
3. La troisième, et la seule source qui reste aux plantes pour y puiser leur nourriture , est le sol sur lequel elles
Ann. ileChim. XIII, 188.
Recherches chimiques stir la ve'gétalion , N.° LI.
suffit pas.
croissent. Or, ce sol est composé de deux parties; de terres pures, qui en constituent la base , et des débris d'animaux et végétaux, qui y sout ajoutés comme engrais.
La partie terreuse du sol sert à fournir un soutien à la plante, et à lui distribuer la quantité d'eau qui lui convient; mais comme toutes les plantes contiennent des matières terreuses et salines , et que ces substances y sont constamment présentes , on ne peut plus se refuser à les considérer comme étant en quelque sorte une de leurs parties constituantes essentielles. Or, il y a lieu de croire que le sol sur lequel les plantes végètent , influe considérablement sur la proportion de ces matières terreuses et salines. Saussure fit croître des fèves dans trois circonstances différentes. Les unes furent arrosées avec de l'eau distillée ; les autres furent plantées dans du gravier et arrosées avec de l'eau de pluie ; d'autres enfin furent mises dans un pot rempli de terreau, et placé dans un jardin. Les cendres que ces différentes plantes fournirent se trouvèrent être respectivement dans les proportions suivantes '.
i. Celles alimentées avec l'eau distillée...... 3 .,9 La proportion