DE LÉT.HER SULFURIQUE. 3?I
de la même manière , si ce n'est qu'il le distillait sur le chlorure de calcium. 11 l'obtenait ainsi d'une pesanteur spécifique de 0.7155 , à la température de 200 centigrades.
2. L'éther, purifié de cette manière, est un liquide lim- Propriété pide , incolore, très - odorant , d'une saveur chaude et piquante. Il est tellement volatil qu'on peut à peine le transvaser sans qu'il s'en perde une portion considérable , par évaporation. Exposé à l'air, il dispRi ait dans un instant, et produit, en s'évaporant ainsi , un très-grand degré de froid. Si , après avoir entouré de linge un vaisseau de verre contenant de l'eau , on le plonge deux ou trois fois daus l'éther, en laissant à chaque fois l'éther qui mouillait le linge s'évaporer, l'eau dans le verre se gèle. L'éther entre en ébullition, à l'air, à 37° centig. , et dans le vide, à — 290 centig. Il existerait donc toujours à 1 état de gaz, s'jI n'était pas maintenu à celui de liquide par la pression de l'atmosphère.
Lorsqu'on met un peu de ce liquide dans une fiole de verre, à l'air, il prend aussitôt la forme gazeuse-, mais sa vapeur, déplaçant une portion considérable de l'air de la fiole, elle ne se dissipe pas très-promptement. Ingenhousz a fait voir que la pesanteur spécifique de cette vapeur est très-considérable '.
Dalton trouva cette pesanteur spécifique de 2,20, celle de l'air étant 1. Gay-Lussac a déterminé depuis, avec beaucoup plus de soin, la pesanteur spécifique de cette vapeur. Llle est , d'après ses expériences, de 2,0860 , celle de l'air étant 1 a Cette détermination excède d'environ ~ celle établie par Dalton.
L'éther, exposé à un froid de — 4-3° centig. , se gèle et cristallise3.
3. L'air atmosphérique ni le gaz oxigène ne produisent aucun effet sur l'éther, si ce n'est à de hautes températures. L'éther est excessivement inflammable. Lorsqu'on l'allume à l'état de vapeur , il brûle très - rapidement avec une belle flamme blanche, et en laissant quelques traces de charbon. Il se produit, pendant cette combustion, de l'acide carbonique.
1 Voyez ses Fxperienees nouvelles , p. 180.
» Ann. de Chim. et Phys. I, 218.
* Fourcroy el Yauijuelin, Ann. de Ckira. XXJX , 28g.
6^1 DES ETHERS.
CcrepcitioD.
Quelque bien rectifié qu'ait été l'éther , il donne toujours des indices d'acide sulfurique1.
Lorsqu'on fait passer de 1 etber dans un gaz quelconque sur le mercure, il double toujours le volume de ce gaz , ainsi que Priestley l'observa le premier. Si on présente , à une bougie allumée, du gaz oxigène ainsi dilaté par l'éther, il brûle avec une grande vivacité et sans qu'il se produise de détonation ; mais si on mêle une partie , en volume, de ce gaz oxigène, dilaté par l'éther, avec trois parties de gaz oxigène pur , et qu'on allume le mélange, il se fait une explosion violenie, dont les produits sont de l'eau et deux parties et demie d'acide carbonique a. Cruickshanks , à qui nous sommes redevables de cette intéressante expérience , trouva qu'une partie de la vapeur d ether prend 6,8 parties de gaz oxigène pour le consumer complètement ; et il estima, d'après les pro-
Eortions relatives des deux produits^ que dans l'éther le carone est à l'hydrogène ; \ 5 \ i.
Suivant Dalton, une partie déther, en poids, exige pour sa combustion trois parties d'oxigène; les produits sont 1,75 parties d'eau et 2,25 parties d'acide carbonique 3. Saussure jeune a essayé dernièrement de reconnaître les parties constituantes de l'éther en mêlant ensemble une quantité connue de vapeur d'éther avec le gaz oxigène , en faisant détoner le mélange et en estimant les proportions d'oxigène consumé et d'acide carbonique formé. Le résultat de ses expériences donne, pour la composition de l'éther:
Hydrogène i4,4°
Carbone 67,98
Oxigène *7'62
Or, ces proportions équivalent à
Gaz hydrogène percarboné. 80, o5 100
Eau..*. 19,95 25
* Schéele. II, 108.
* Cruirkshanks , IVicholson's Jour. V, 2o5.
3 INew System of Chemical Philosophy. I , g5.
* Annals of Philosophy. IV, 40.
de l'ither sulfurique. 3?3
Il paraît, d'après cette analyse, que 1 ether est composé de 4 partie^en poids de gaz hydrogène percarboné et de i partie d'eau. Or, comme le poids d'au atome de gaz hydrogène percarboné est o,8j5 et crJ ti d'un atome d'eau 1,125, le plus petit nombre d'atomes de ces corps respectifs , en concordance avec la composition précédente, est 5 atomes de gaz hydrogène percarboné -4- i atome d'eau. Dans cette supposition, la constitution de 1 ether sulfurique sera :
6 atomes hydrogène = o,y5
5 atomes carbone =5,75
î atome oxigène = i
De sorte que le poids d'une molécule intégrante d'éther est 5,5, et que ce composé n'est pas formé de moins de 12 atomes. Je pense qu'il est plus probable que l'éther sulfurique consiste dans 4 atomes de gaz hydrogène percarboné et 1 atome d'eau. Alors sa composition serait :
Gaz hydrogène percarboné. 3,5 ... 100 Eau 1,125... 3a, ï4
Le poids d'une molécule intégrante de cet éther serait 4,625 , et il consisterait dans 10 atomes, savoir :
5 atomes hydrogène. ... 5=3 0,625
4 atomes carbone 2= 3, 000
1 atome oxigène z=z 1,000
Ingenhousz reconnut le premier que la vapeur d eiher détone avec l'air atmosphérique et le gaz oxigène. Le détail de son expérience fut d'abord publié dans une lettre au docteur Priesiley, dans un des volumes de l'ouvrage de ce savant sur l'air, et aussi dans le volume soixante-neuf des Transactions philosophiques. Sa manière d'opérer était extrêmement simple. 11 suffit de laisser tomber une seule goutte d'éther dans un flacon contenant environ i64centim. cubes d'air, pour donner à cet air la faculté de détoner. Si l'on met trop d'éther dans le flacon , la propriété est détruite et la détona.-
374 *>ES ÉTHËRS.
tion n'a plus lieu. La même expérience réussit avec le gaz oxigène f.
Action Lorsqu'on fait passer à travers un tube de porcelaine rouge
ia chaleur. ^e fe|^ ^ |»^|jjer a ) état fe yapeur ? ce liquide est complètement décomposé, et il se produit une grande quantité de gaz hydrogène carboné8. Saussure jeune a dernièrement répété l'expérience avec précision. Il fit passer i io3 parties de vapeur d'éther à travers un tube de porcelaine rouge de feu, Les produits furent 5,25 parties de charbon dans le tube; 3 parties d'une huile volatile cristallisée en écailles minces et ayant l'odeur du benjoin; 4^ parties d'une huile volatile àpeu-près noire, en partie fluide, et en partie ayant la consistance du miel ; 3 parties d'eau et C)48 parties de gaz hydrogène carboné. La perte, s'élevant à 100.7 5 parties, était principalement due à un dégagement d'huile à l'état de vapeur 3. 4« L'éther ne se combine point avec l'eau. Lorsqu'on agite ensemble ces deux liquides, ils se séparent de nouveau par le repos; mais l'eau retient une portion de l'éther, et de son côté l'éther reste uni à une portion de l'eau. On voit, par les expériences du comte de Lauraguais, que dix parties d'eau en prennent une d'éther \ L'alcool, d'un autre côté, s'unit à l'éther en toutes proportions.
Dissout 5. Le phosphore et le soufre sont les seuls corps combus-
tibles simples sur lesquels l'éther semble avoir quelqu'acîion. L'éther peut dissoudre le phosphore en petite proportion. Le liquide est transparent-, mais en ajoutant un peu d'alcool, il se trouble et devient laiteux. Ce phénomène fournit le moyen de s'assurer si l'éther contient de l'alcool 5. Et le soufre. On avait supposé, d'après les expériences du comte de Lauraguais, que l'éther ne pouvait agir sur le soufre, que dans le cas seulement où l'une et l'autre substances étaient h l'état de vapeur; mais Favre a fait voir qu'en mettant des fleurs de soufre en digestion dans l'éther à froid, ce liquide se chargeait d'un peu de soufre, et que cette faculté dissol-
1 Ingenhouss'z Expériences, p. 771.
* Chimistes hollandais. Jour, de Phys. XLV, 184.
3 Nîcholson's Journal. XXI , 323.
4 Mena. Par. 1708 II semble résulter de ses expériences, que la porttr n prise par Peau n'est pas de l'éther, mais une substance 411' ou
peut, nlili nir en cri s tau l par Pevaporation, ' Brugnatelli , Anu. de Clam. XXIV, ;3.
DE l'éther sulfurique. 3?5
vante de l'éther augmentait par l'exposition à la lumière. Il parvint ainsi , au bout d'un mois de digestion , à faire dissoudre près d'une partie de soufre dans douze parties d'éther sulfurique. La liqueur était presqu'incolore; mais elle avait l'odeur et la saveur de l'acide hydro-sulfurique '.
6. L'éther n'attaque point les métaux; mais on revivifie ceux, tels que l'or et l'argent, qui n'ont qu'une faible affinité pour loxigène, en le mêlant avec leurs dissolutions dans les acides. Il dissout le chlorure d'or et le perchlorure de mercure.
7. Il est probable que l'éther n'exerce aucune action sur les alcalis fixes et sur les terres ; mais il se combine, ou aumoins il se mêle facilement avec l'ammoniaque.
Il absorbe le deutoxide d'azote en quantité considérable.
8. L'éther paraît susceptible d'être converti, par l'acide Action
L L '!• Hfie 3C1Q6S
sulfurique, en une espèce particulière d'huile, connue sous le nom $ huile douce du vin.
Si, après avoir rempli de gaz chlore, qu'on a eu soin de dessécher autant que possible , un flacon de la contenance d'un a deux litres, et y avoir versé deux ou quatre grammes de bon éther,on en couvre immédiatement l'orifice avec un morceau de bois léger, ou avec du papier, on y apercevra, au bout de quelques secondes, une vapeur blanche qui s'y meut circulairement et qui sera promptement suivie d'une explosion accompagnée de flamme. Il se déposera en même-temps une quantité considérable de charbon , et on trouvera que le flacon contient du gaz acide carbonique 2. On ne connaît pas bien encore l'effet des autres acides sur l'éther.
9. L'éther dissout les huiles fixes et volatiles, les bitumes, ceux au-moins qui sont fluides, et les résines; mais il n'a point cette propriété à l'égard des gommes 3.
10. Lorsque nous comparons ensemble les parties consti- Constitution; tuantes de l'alcool et de Téther sulfurique, nous trouvons qu'elles ne diffèrent entr' elles qu'en ce que l'éther contient
moins de vapeurs d'eau que l'alcool, environ moitié. Si nous considérons l'éther sulfurique comme étant un composé de 2
1 Gchlen's Journ. IV, 027.
a Cniikshanks , INicholson's Jour. V, 2o5.
3 Eléra. de Chim. par les açadéra. de Dijou. IH, 3 18.
3~6 DES ETHERS.
■volumes de gaz hydrogène percarboné et de i volume de vapeur d'eau, réduits à i volume. Sa pesanteur spécifique, dérivée de cette supposition, coïncidera presque exactement avec la pesanteur spécifique delà vapeur d'éther sulfurique, telle qu'on l'obtient par l'expérience. Car la pesanteur spécifique du gaz hydrogène percarboné étant de 0,974 ? deux
volumes de ce gaz pèsent 1 ,94^
La pesanteur spécifique de la vapeur d'eau, est. . 0,625
On aurait donc 2,67*3 pour la pesanteur spécifique de la vapeur d'éther; et Gay-Lussac a déterminé cette pesanteur spécifique, par l'expérience, à 2,586, ce qui ne diffère que de très peu du nombre trouvé par le calcul ".
11. On voit, par les dernières expériences de Boullay , qu'en substituant à l'acide sulfurique les acides phosphoriquea ou arsenique 3, on peut obtenir un éther ayant l'analogie la plus complète avec féther sulfurique, ce qui confirme encore davantage la théorie précédente de la formation de cet éther.
SECTION II
De VEtlier nitrique»
Kunkel est le premier chimiste qui ait fait mention de l'éther nitrique dans une de ses lettres à Voigbt , qui fut pu* bliée en 1681 +; mais on n'avait fait aucune attention à ce qu'il y avait dit sur cette substance, lorsque Navier en fit une seconde fois la découverte en 1 742 5 , et Sébastiani , pour la troisième fois en 1746 6.
Fîë^aration. JNavier proposa de préparer cet éther de la manière suivante. On met dans une forte bouteille de verre, plongeant dans l'eau, ou mieux encore, entourée de glace, 12 parties
1 Cay-Lussac, Ann. de Chim. XCV, 3n.
3 Ibid. LXII, 102.
■ îbid. LXXYIÏl, 284.
4 F.pistol» contra spiritum vini sine acido.
5 Mém. Par. 174a.
6 Dissert, de nitro, 1 ^4^*
DE I/É7ITER NTTRÏQUE. 3j-j
d'alcool ; on y ajoute 8 parties d acide nitrique qu'on verse par intervalles, et eu agitant à chaque fois le mélange. On ferme alors la bouteille avec un bouchon de liège, qu'on y assujetit de la mauière la plus solide , au moyen d une peau dont on le recouvre. L'éther se forme peu-à-peu à la surface du liquide. Au bout de cinq à six jours, lorsqu'on suppose qu'il y a eu production de l'éther, on perce avec une aiguille le bouchon de liège afin que le deutoxide d'azote ait la facilité de s'échapper sans entraîner de l'éther avec lui. On débouche alors le flacon, et après avoir versé toute la liqueur dans un entonnoir, dont on tient l'extrémité fermée avec le doigt, on laisse écouler avec précaution le liquide de la partie inférieure, en retenant l'éther.
Cette méthode n'est pas sans inconvéniens ; car la quantité de deutoxide d'azote qui se dégage est si grande, que souvent le flacon se brise. Le docteur Black substitua à cette manière d'opérer un procédé très-ingénieux. Après avoir mis dans une iiole de verre la quantité convenable d'acide nitrique, il versait avec précaution, sur cet acide, une couche d'eau, et sur ce dernier liquide l'alcool. Ainsi la liqueur dans le vase se composait de trois couches, dont celle inférieure était l'acide et celle de dessus l'alcool; ces deux couches étaient séparées Tune de l'autre par l'eau. L'acide et l'alcool se combinaient par degrés avec l'eau; et en arrivant ainsi en contact, ils agissaient modérément l'un sur l'autre, et la formation de l'éther avait lieu sans aucun danger.
Dehne a proposé de préparer léther nitrique par un autre procédé extrêmement lent , mais qui ne présente aucun risque. Ce procédé consiste à introduire de l'alcool dans une cornue tubulée, à laquelle est adapté un large récipient: on y ajoute 0,02 d'acide nitrique, en versant cet acide de quatre en quatre heures , et goutte à goutte, jusqu'à ce que, par ces additions successives, la quantité s'en élève aux o,5o du poids de l'alcool xMors le mélange s'échauffe et il passe de l'éther dans le récipient. On verse encore, soir et matin, dans la liqueur de la cornue un peu plus d'acide nitrique. L'éther se forme peu-à-peu à sa surface; on continue d'ajouter ainsi de l'acide jusqu'à ce qu'il descende au fond de la cornue sous la forme de globules verts. C'est une indication que l'acide est complètement saturé de deutoxide d'azote, et une preuve qu'il n'y aura pas plus d'éther produit.
Il a été proposé par des chimistes plusieurs autres méthodes diverses pour la préparation de Féther nitrique , telles que la distillation d'un mélange d'acide suif uri que, de nitrate de potasse , d'alcool , etc.-, mais de tous ces procédés , c'est celui de Chaptal, rectifié par Proust , que les manipulateurs ont adopté de préférence. On prend une grande cornue , à laquelle on lute un ballon de verre muni d'un tube de sûreté. Ce premier ballon communique , par le moyen d'un tube , à un second ballon , également garni d'un tube de sûreté, auquel sont adaptés trois flacons disposés à la manière ordinaire , en appareil de Woulf, dont chacun est à moitié plein d'alcool. On verse dans la cornue un mélange de 32 parties d'alcool et de ^4 parties d'acide nitrique à i,3 de pesanteur spécifique. On chauffe ensuite, au moyen d'un réchaud qu'on place sous la cornue , et qu'on retire dès que l'ébullition commence. Le produit éthéré est retenu en plus grande partie par l'alcool dans le premier flacon. On sature cette liqueur avec un alcali , et on en sépare léther par la distillation *.
Ces procédés sont tous tellement défectueux , et si compliqués , qu'on n'avait encore acquis que peu de connaissances précises sur Péther nitrique , lorsque Thénard entreprit , en 1807 , des recherches sur ce corps. Après avoir distillé un mélange d'alcool et d'acide nitrique , avoir recueilli et examiné avec soin tous les produits, soit liquides, soit gazeux , il reconnut qu'une partie considérable de l'éther formé , s'était échappée sons forme de gaz ; tandis que le liquide dans le récipient , considéré jusqu'alors comme éther nitrique, était un mélange d'alcool, d'eau , d'éther et d'acides nitreux et acétique. Ces résultats le portèrent à adopter , pour se procurer l'éther nitrique pur , la méthode qui suit. Procédé U mit dans une cornue des poids é^aux d'alcool et d'a-
: 1 Lena. ci. l °
* Proust, Anri. de China. XLII , 262. Brugnatelli a propose de mettre 32 grammes de sucre avec 64 grammes d'alcool dans une cornue, à laquelle on lute un large re'cipient, et d'ajouter ensuite 96 grammes d'acide nitrique. Le sucre est dissous, le mélange bout , et il passe une quantité d'éther pur, égale en poids à l'alcool employé. Mais je trouve que , par ce procédé, la proportion de l'éther obtenu est beaucoup plus petite que celle produite par les antres méthodes, quoique Brugnatelli affirme le contraire. Jour, de Chim. lit , 2GS. Peut-être aussi n'ai-je pas complètement réussi pour m'étre servi d'un acide plus tort que celui dont Brugnatelli avait fait usage-»
DE l'éther citrique. 379
cide nitrique, dune densité de 1,283. Au col de cette cornue lut adapté et luté uo tube de verre qui plongeait au fond d'un flacon long et étroit , rempli à moitié d'une eau saturée d'hydrochlorate de soude. De ce flacon partait un autre tube qui se rendait au fond d'un autre flacon semblable, également rempli à moitié de la même dissolution saline Cinq flacons pareils furent mis de cette même manière eu communication entre eux , avec la même quantité de dissolution saturée d'hydrochlorate de soude dans chacun d'eux. Du dernier de ces flacons partait un tube , qui allait s'engager sous des flacons pleins d'eau, destinés à recevoir les produits gazeux. Chacun des cinq flacons était entouré d'un mélange de neige et de sel marin, pour les maintenir à une température aussi froide que possible. L'appareil étant ainsi disposé , et la cornue étant chauffée doucement , il commença à se produire une vive effervescence , qui rendit bientôt nécessaire de retirer le feu de dessous la cornue , et même de l'arroser d'eau afin d'éviter la rupture des vaisseaux. Dans cette opération , la matière gazeuse dégagée, ayant dû passer à travers les différens flacons contenant la dissolution saline , elle y avait déposé la plus graude partie de son éther, qui surnageait cette dissolution dans chacun d'eux , et pour la plus grande quantité dans le premier. Après avoir séparé l'éther, on le débarrassait des acides nitreux et acétique , qui en altéraient la pureté, en l'agitant dans un flacon bouché avec une quantité suffisante de craie , jusqu'à ce qu'il eût cessé de produire aucun changement sur les couleurs bleues végétales , et alors on le décantait pour le conserver dans des flacons bien bouchés.
L'éther , ainsi préparé et purifié , était légèrement jaune. d/™£^es . avant une forte odeur élhérée. Sa saveur était piquante , et trique. tout-à-fait particulière. Il était plus lourd que l'alcool , mais beaucoup plus volatil que l'éther sulfurique. Il ne mouillait les corps qu'un seul moment , et il produisait par son évaporation , un degré de froid très-considérable. La chaleur de la main suffisait pour le faire entrer en ébullition.
Cet éther était plus léger que l'eau; il exigeait 48 parties de ce liquide pour s'y dissoudre , et la dissolution acquérait une odeur qui ressemblait à celle de pommes. 11 se dissolvait dans l'alcool en toute proportion , et brûlait avec nue flamme blanche très-brillante , comme l'éther sulfurique. Lorsque cet éiher était gardé pendant quelque temps , il s'y
38o DES É THE US.
formait de l'acide nitreux et de l'acide acétique ; mais on en dégageait ces acides en le chauffant ou en l'agitant avec de l'eau. Mis en contact avec un peu de ces acides , il les absorbait à l'instant, et acquérait ainsi la propriété de rougir les couleurs bleues végétales.
Lorsqu'on le mettait en contact avec le deutoxide d'azote ou tout autre gaz , à la température de 210 centigrades, il quintuplait instantanément le volume du gaz , étant converti en vapeur. A cette même température sa vapeur peut faire équilibre à une colonne de mercure de 7 3 centimètres. A la température de 21° centig. , et sous la pression barométrique de 76 centimètres , cet éther est liquide ; mais si on élève la température , ou que la pression soit moindre, il prend aussitôt la forme de gaz. 11 est beaucoup plus élastique que l'éther sulfurique, dent ia vapeur , à la température de 210 centigrades , ne peut soutenir qu'une colonne de mercure de A6 centimètres.
Telles sont les propriétés de l'éther nitrique reconnues par Ihénard '. Elles prouvent que cet éther diffère essentiellement de l'éther sulfurique. L'acide nitreux , qui s'en dégage par dégrés, démontre qu'il contient de l'azote comme une de ses parties constituantes. Thénard essaya de déterminer la proportion des élémens de cet éther , et il en fit en conséquence passer à travers un tube de porcelaine rouge de feu , pour examiner ensuite les substances nouvelles produites. Ces substances furent de l'eau , du gaz acide carbonique , du charbon, de l'huile, et une quantité considérable d'un gaz. qu'il trouva consister en azote , deutoxide d'azote, et en hydrogène perça rboné , qui détonait avec l'oxigèoe en donnant de l'aride carbonique et de l'eau. Il parut aussi s'être formé un peu d'ammoniaque. En estimant le poids de chacune de ces substances, et la proportion de leurs élémens, Thénard en tira la conclusion que 100 parties d'éther nitrique Composition, étaient composées de
48,52 oxigène.
28,45 carbone.
i4,49 azote.
8,54 hydrogène.
1 Méra. u'Arcueil. I, 70.
» Ibid. 1 , 3Go.