DE LE T H ER NITRIQUE
Mais cette analyse est susceptible de plusieurs observations. 11 v eut une perte considérable, et la composition des substances dégagées n'est pas suffisamment déterminée. Un meilleur mode d analyse eût été de mêler la vapeur de l'éther avec une quantité suffisante doxîgène, et de la décomposer par l'électricité. Far ce moyen . en connaissant la pesanteur spécifique de la vapeur, et les produits fournis par sa décomposition , il eût été facile d'en déduire ses parties constituantes. Je pense que par analogie, il n'est pas invraisemblable que l'éther nitrique soit en réalité un composé de 4 atomes de gaz hydrogène percarboué , avec i atome d'acide nitrique. Dans cette supposition . il ne différerait de l'éther sulfurique que par la substitution de l'acide nitrique a l'eau. Si telle était en effet la composition de l'éther nitrique, il serait formé de
4 atomes hydrogène = o,5o
4 atomes carbone :=. 5,oo
î atome azote: = 1,70
5 atomes oxigène = 5, 00
Ainsi son poids serait io,25, et ce serait un composé de 14 atomes.
Il se produit, pendant la formation de l'éther nitrique , une produ:t? grande quantité de gaz. Les chimistes hollandais , qui l'exa- £a2tU*minèrent, le considérèrent comme étant un composé de deutoxide d'azote et déther -, mais Thénard a fait voir qu'il est d'une nature beaucoup plus compliquée. Il trouva qu'il consistait principalement en gaz protoxide d'azote, mêle d'un peu de deutoxide d'azote, en azote, acide carbonique, acide acétique, acide nitreux, et dans une proportion considérable de vapeur éthérée ; mais la proportion de cette vapeur diminue suivant le degré de froid auquel elle a été soumise.
Après que le mélange d'alcool et d'acide nitrique a cessé Et résidu de donner de l'éther, il reste dans la cornue environ les exaI"i;) ■-■• 0,60 de ce qu'on y a mis de ces deux substances. Théoarjd examina aussi ce résidu, de couleur jaune, ayant une saveur acide. Il trouva qu'il consistait principalement dans de l'eau, tenant en dissolution de l'acide nitrique, de l'alcool. u?:e trèspetite portion d'acide acétique, et dans une matière qu'il ne
DES ETHERS.
put pas séparer, mais qu'il reconnut pour être très-disposée à prendre l'état de charbon.
Il paraît ainsi, que l'alcool et l'acide sont décomposés l'un et l'autre pendant la formation de lether nitrique, et que les parties constituantes, de l'un et de l'autre, entrent dans la composition de l'éther produit. Un examen , fait avec soin , des phénomènes qui ont lieu pendant l'action de l'acide nitrique sur l'alcool , peut répandre quelque lumière sur ce sujet.
Action i. Lorsqu'on mêle ensemble parties égales d'alcool et d'a-
ne l'acide ni- • j • • -i i • \ • ne 1\
trique cide nitrique, il se produit une tres-vive enervescence; elle sur cooi. a jjeu spontanément, si l'acide est concentré, et par l'application de la chaleur s'il est étendu. Cette effervescence est due à Temission d'un gaz qu'on peut recueillir à la manière ordinaire. Les chimistes hollandais, qui les premiers examinèrent ce gazr , le considérèrent comme étant un mélange de deutoxide d'azote et dédier-, mais Thénard a fait voir qu'il Gonsiste principalement enoxide nitreux, protoxide d'azote, et en éther. Les chimistes hollandais ont donné à ce gaz le nom de gaz nitreux éthérifîé.
ï. Gaz nitreux Ce gaz est d'une odeur éthérée désagréable. Il brûle avec
étLérifie.
ûau v,oi v.i nui^ uuLiu ^iuli VjV- uiojtiu
une flamme jaune ; il est complètement absorbé par l'eau , l'alcool et la dissolution de potasse. L'ammoniaque n'a aucune action sur lui. Lorsqu'on rallume dans son état de mélange avec l'oxigène, il détone. Les acides sulfurique, sulfureux, nitrique et hydrochlorique le décomposent. î. Acide 2. Lorsqu'on chauffe à une très-douce chaleur un mélange «auuque. d'une partie d'alcool et de trois parties d'acide nitrique, d'une pesanteur spécifique de 1,261 , il se dégage une grande quantité de gaz , qui consiste spécialement en gaz nitreux éthérifîé et en gaz nitreux. Si. lorsqu'il ne reste plus que les o,o3 environ du liquide dans la cornue , on le laisse refroidir, il s'y forme une grande quantité de cristaux d'acide oxalique2, et par ce moyen, on peut obtenir 1,167 parties de cet acide, de 16 parties d'alcool 3.
3. combustion 3. Lorsqu'après avoir versé sur une partie d'alcool une quantité égale d'acide nitrique, ou ajoute, quelques minutes
* Journ. de Phys. XLV, 245.
* Schéele et Hermbsiatlt.
* Sage, Jour, de Phys. L, 346.
fi-.- î'âIcooI.
DE l'éther nitrique. 383
après, autant d'acide sulfurique, le mélange s'enflamme, et brûle avec une grande vivacité. Lorsque cette expérience se fait a vaisseaux termes, on en obtient de 1 éther et de l'huile , indépendamment de ce qui reste dans le vaisseau où la combustion a lieu *.
4. Lorsqu'on verse sur de l'alcool de l'acide nitrique, en A Mercure,
', -, , i ce i 'il fulminant d#
partie sature de mercure, et quon cnaulie le mélange, les Howard». produits sont encore a-peu-près les mêmes ; mais les phénomènes qui se manifestent alors, sont très-différens. Ce fut M. Howard4 qui les observa et les expliqua le premier; il décrit ainsi la manière dont il opérait. 11 faisait dissoudre , à l'aide de la chaleur, ioo parties de mercure dans 730 parties mesurées d'acide nitrique d'une pesanteur spécifique de i,3. Il versait cette dissolution sur 960 parties mesurées d'alcool, et il chauffait le mélange au moyen d'un réchaud, qu'il retirait dès que l'effervescence commençait à se manifester. L'action devient violente, et continue ainsi pendant quelque temps. Il s'exhale du vaisseau une fumée blanche épaisse, plus pesante que l'air atmosphérique, et qu'on pouvait introduire dans une cloche, où elle conservait pendant quelque temps l'apparence d'un beau nuageblanc.il est probable, d'après les expériences de M. Howard, que cette fumée est du gaz nitreux éthérifié, tenant de i'oxide de mercure en dissolution. Pendant quelle se forme et se répand ainsi , il se dépose dans le mélange une poudre blanche qu'on en sépare, en le filtrant , lorsque toute effervescence a cessé. On lave cette poudre avec de feau pure, et on la fait sécher à une chaleur qui n'excède pas 100° centig.
M. Howard a examiné les propriétés de cette poudre, qui a 1 apparence de petits cristaux , et il lui a donné le nom de merc ure fu Im in ant.
En chauffant ce composé à la température de 1870 cent., il détone avec la plus grande force. On obtieut le même effet par le frottement, par la percussion sous le marteau, par le choc du caillou et de l'acier, et par l'électricité. Le mercure fulminant donne, pour résidu de sa combustion, du gaz acide carbonique, du gaz azote, de 1 eau et du mercure. 11 produit des effets très-vioiens , mais à une petite distance seulement.
« Bru£;natelli , Ann- de Chim. XXIX, 327. ^ IMcJbolsoo's Journ. IV, 1 73.
L'acide sulfurique concentré le fait immédiatement détoner; cet acide étendu le décompose aussi , mais sans explosion. Il se développe un gaz , qui est un mélange d'acide carbonique et d'un gaz inflammable particulier brûlant avec une flamme verdâlre , le même que celui dans lequel le gaz nitreux éthérifîé est converti par l'action de l'acide sulfurique étendu. Il reste dans l'acide sulfurique une poudre blanche, qui consiste en oxalate de mercure et en quelques globules de ce métal1.
Composition. Cette poudre, d'après les expériences de M. Howard, est no composé d'oxalate de mercure et de gaz nitreux éthérifié. Mais Fourcroy a fait voir, par l'analyse qu'il en a faite depuis, qu'elle variait dans sa nature selon le mode de sa préparation. Si l'on n'y emploie que peu de chaleur, comme dans le procédé de M. Howard , la poudre est un composé d'acide nitrique, d'oxide de mercure et dune substance végétale particulière. Si la chaleur est continuée pendant tout le temps que dure l'effervescence , la poudre a une couleur verdâlre. Elle détone alors plus faiblement, et, mise sur des charbons ardens, elle donne une flamme bleue. Dans ce cas, c'est un composé d'ammoniaque, d;oxide de mercure, et d'une plus grande proportion de la matière végétale particulière. Lorsqu'on fait bouillir le mélange pendant une demi-heure , la poudre est un composé d'oxalate de mercure et d'une très-petite quantité de matière végétale. Cette poudre étant chauffée décrépite, mais elle ne détone pas2. Ces expériences de Fourcroy suffisent pour concilier l'opposition apparente des résultais de M. Howard et de ceux de Berthollet3.
1 Howard, jVicholson's Jour. IV , 173. — Brugnaîelli a annoncé qu'en versant dans un verre à bière , 480 parties d'alcool et une quantité égale d'acide nitrique, sur 100 parties de nitrate d'.irgent sec , il se produit un argent fulminant beaucoup plus puissant que le mercure fulminant. INicholson's Jour. VII, 3o5.
a Jour, of the royal. Inslit. 256.
1 Suivant Berthollet, le mercure fulminant est compose' d'ammoniaque , d'oxide de mercure et d'alcool altéré, qui produit de l'acide carbonique, lorsqu'il est décomposé. Pliil. Mag. XII, 9a.
de l'éther chlorique. 385
SECTION III
De l'Ether chlorique z.
Je donne ce nom au composé formé par l'union de volumes égaux de chlore et de gaz hydrogène percarboné. Il a été déjà décrit dans le premier volume de cet ouvrage* : il consiste en 2 atomes de gaz hydrogène percarboné et 1 atome de chlore ; de sorte que sa constitution est de
2 Atomes hydrogène. . . . =: 0, 20
2 Atomes carbone =: i,5o
1 Atome chlore = 4^o
Je suis disposé à croire que l'éther, produit par la distillation dun mélange d'alcool et de différens chlorures, tels que le chlorure de peroxide de mercure, les chlorures de fer, d'arsenic , d'antimoine, et spécialement le chlorure de peroxide d'étain, est en réalité 1 ether chlorique. C'est avec ce chlorure que Courtanvaux forma , en ij5g, del'éther, en opérant ainsi qu'il suit. Lorsqu'après avoir mêlé ensemble trois parties de chlorure de peroxide d'étain et une partie d'alcool, le dégagement des vapeurs et la chaleur produite eurent dim < e il mit le mélange dans une cornue, à laquelle il adapta deux grands récipients, et il distilla, il passa d'abord un peu d'alcool, et ensuite l'éther 3. Klaproth a recommandé ce chlorure comme étant très-convenable pour la préparation de l'éther 4.
5 Je soupçonne que ce composé pourrait plutôt être considéré comme une espèce d'alcool, que comme une esnere d'éther. Mais dans I état actuel de la science, je ne me hasarderai pas à adopter ce classement; je ne doute pas cependant que dans la suit*- oa ne reconnaisse différentes espèces d'alcool , aussi bien que d'ether.
* Vol. I, p. 2;;.
3 Journ. des Sav. 17T9, p. 54g. Ce procédé fut découvert par Rouelle. Journ. de Phys. LVl, 21g,
* Crell's Anuals. 1796, II, 99,