‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd. (de 1817) (volume 3)Chapitre 123 sur 211 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

SECTION IV

De l'Ether hydrochlorïque.

Après la découverte des .éthers sulfurique et nitrique, on essaya d'obtenir aussi de l'éther par l'action de l'acide hydrochlorïque sur l'alcool-, mais cet acide, dans son état ordinaire, est beaucoup irop étendu d'eau pour agir avec une grande énergie sur l'alcool. Il devenait donc nécessaire de l'employer dans un état différent , qui le rendît propre à former rétrier hydrochlorïque. On obtient cet éther eu opérant ainsi qu'il suit.

Préparation. On sature de l'alcool pur de gaz acide hydrochlorique dépouillé d'eau autant que possible. M. Basse indiqua la formule suivante : après avoir tenu, pendant une heure, du sel marin à l'état de fusion, pour lui enlever son eau de cristallisation, on en met 20 parties dans une cornue tubulée, à laquelle est adapté un tube recourbé qui plonge dans un flacon de Woulf, contenant 10 parties d'un alcool aussi fort qu'il est possible de se le procurer.

On introduit dans la cornue, par petites quantités à la fois, et en donnant le temps à l'air atmosphérique du flacon qui contient l'alcool, de s'échapper, 10 parties de l'acide sulfurique le plus concentré -, on distille alors au bain de sable, jusqu'à ce que l'acide hydrochlorique passe, en ayant soin que le flacon où est l'alcool, soit constamment tenu aussi froid qu'il est possible. On met dans une cornue l'alcool ainsi saturé de l'acide, et on le distille à moitié. On agite cette portion avec une solution alcaline , et ensuite on décante l'éther qui surnage, et dont la quantité s'élève ordinairement à 2,5 parties ".

On ne connaissait encore que très-peu de chose sur les propriétés de l'éther hydrochlorique, lorsque Gehlen publia en 1804 a une dissertation sur ce sujet. Il employa, pour se procurer cet éther, deux procédés, savoir: i.° l'action du chlorure de peroxide d'étain sur l'alcool ; u.° le procédé de Basse, précédemment détaillé. Il obtint, par l'un et l'autre

1 Journ. de Chim. IV, 86.

? Gehlea's Jour. II, 206.

DE l'éther hydrochlorique. 3Sy

de ces moyens, un éth^r, dont il décrivit avec soin les propriétés particulières. Thénard publia, en 1807*, trois .Mémoires sur l'éther hydrochlorique-. il indiqua la méthode la f)lus simple pour l'obtenir, examina l'effet des chlorures sur 'alcool, décrivit en détail les propriétés de cet éther, et s'occupa d'une suite dexpéri nces pour en rechercher la composition. C'est aux dissertations de ces deux chimistes que nous sommes redevables de tout ce qui nous est connu sur ce. te substance très-remarquable.

Le procédé que Thénard recommande pour se procurer p. l'éther hydrochlorique, est le suivant : on met des volumes d* lkéuud* égaux d'acide hydrochlorique et d'alcool, les plus concentrés possible, dans une cornue de grandeur telle qu'elle ne puisse contenir que le mélange. On y jette ensuite quelques grains de sable . pour éviter 1 enullition trop violente qui , sans cette précaution, pourrait avoir lieu. Ou adapte au bec de la cornue un tube qui va se rendre dans un flacon à trois tubulures, d'une capacité double de celle de la cornue, et à moitié rempli d'eau a la température d'environ »i° centigrades. On introduit dans la seconde tubulure un tube droit de sûreté . et dans la troisième, un tube recourbé qui va s'engager sous des flacons pleins d'eau pour recevoir les gaz. Dès que la chaleur est appliquée à la cornue, il s'élève des bulles du mélange. Il passe dans le récipient de l'alcool avec de l'acide et de L'eau; mais tout l'éther s'échappe à l'état de gaz. et il va se rendre dans les flacons pleins d'eau destinés 1 le recueillir. De 5oo grammes d'acide et d'un volume d'alcool égal à celui de ces 5oo grammes, on obtient de 20 à '-îo litres de gaz éthéré.

Ce gaz est incolore, son odeur est fortement ethéree, et il a une saveur sucrée. Il ne produit aucune espèce de changement sur la teinture de tournesol, le sirop de violette, ni sur l'eau de chaux. Sa pesanteur spécifique e-t de 2,2 rg, celle de fair étant 1 , à la température de 18^ centigrades. Acetfe même température, 1 eau di-sout son volume de ce gaz.

Le gaz éthéré devient liquide, suivant Tiiénard, à la tem- Propriétés pérature de -H 1 t° centigrades, et sous la pression de^Scen- " ic— r« timètres de mercure. Ou peut se le procurer en grande quantité dans cet état de liquidité, en le faisaut passer daus un flacon de verre bien sec entouré de srlace. Cet éther hvdro-

* Mém. d'Arcueil. I, n5, 140, 33;.

cîiloriqne liquide, est incolore comme l'eau, et très-Hmpide. Il n'a aucune action sur les couleurs bleues végétales. Son odeur et sa saveur sont les mêmes que dans son état de gaz. Thénard trouva qu'à la température de -H 5° centig., sa pesanteur spécifique est de o,bj4 *• ^et éther est beau» coup pins volatil que l'alcool, et même que l'éther sulfurique; puisque, suivant Thénard, il prend l'état gazeux dès que la température excède celle de -+- 1 1° du thermomètre centigrade. Aucun des réactifs ordinaires ne peut y démontrer la présence de l'acide hydrochlorique. Il n'affecte point la couleur bleue des végétaux. 11 ne donne aucun indice d acide, lorsqu'on l'agite avec une dissolution alcaline, et la dissolution d'argent ne le trouble point immédiatement. Mais lorsqu'on 1 enflamme, il brûle très-promptement avec une flamme verte, et il se développe aussitôt une quantité trèsconsidérable d'acide hydrochlorique à l'état de vapeur. Ce fait très-extraordinaire, observé pour la première fois par Gehleri, a été examiné dans le plus grand détail par Thénard. Lorsqu'on laisse pendant long-temps cet éther en contact avec un alcali , il donne une portion d'acide hydrochlorique; avec le nitrate d'argent, il se produit lentement au bout de plusieurs jours, uu précipité, qui augmente avec le temps. Mais ni dans fun ni dans l'autre cas,l'éther n'est décomposé, ou privé de sa propriété de donner, en brûlant, de l'acide hvdrochlorique.

Composition. " Dans le cours de ses recherches sur la nature et la composition de l'élher hydrochlorique, Thénard a calculé, d'après la quantité d'acide hydrochlorique qui disparaît pendant la formation de cet éther, qu'il contient sur ioo parties, 20,44 parties d'acide hydrochlorique , quantité énorme, puisqu'elle excède la proportion d'acide réel dans l'acide hvdrochlorique du commerce, le plus fort. En mêlant ensemble des quantités déterminées dether hydrochlorique à l'état de ffaz, et de gaz oxigène-, en allumant ce mélange, et en examinant les produits qui ne consistent que dans de l'acide carbonique et de l'eau, Thénard parvint à reconnaître

* Basse l'obtint d'une densité' de 0,820 , et Genlen de o,8:{5. Kous devons eonsMérei ici le poids comme un indice de la pureté; d'où il suit que lVther hydrochlorique des chimistes allemands était moins pur que celui de Thénard.

DE l'ÉTHER HYDROCHLOR IQUE. 389

la proportion des autres parties constituantes de léther hydrochlorique, et le résultat de ses recherches lui donna, pour la* composition de cet éther ,

29,44 acide hydrochlorique.

06,61 carbone.

20,0 1 oxigène.

10,64 hydrogène.

Il est très-peu douteux, selon moi, que cet éther ne soit un composé de i volume de gaz hydrogène percarboné, -f- 1 volume de gaz acide hydrochlorique, condensés dans 1 volume. Alors sa pesanteur spécifique sera la somme de telles du gaz hydrogène percarboné et de l'acide hydrochlorique ajoutées ensemble-, or, la pesanteur spécifique de ces deux corps est, savoir :

Gaz hydrogène percarboné. .. . 0,974 Gaz acide hydrochlorique 1,284

Mais ce nombre 2,2 5$, se rapproche de très-près de celui 2,219 , pesanteur spécifique du gaz éthéré hydrochlorique, telle que Thénard l'obtint par expérience. Si donc la supposition est bien fondée, léther hydrochlorique doit être formé de \ atomes de gaz hydrogène percarboné, et de 1 atome d'acide hydrochlorique; de sorte que sa constitution sera, savpir :

5 atomes hydrogène = 0,623 4 atomes carbone = 3, 000 1 atome chlore = 4p

C'est-à-dire que léther hydrochlorique est composé de 10 atomes, et que son poids est de 8,126.

Méto. d'Arcueil. I, 34».

3f)0 DES ÉTHERS.

SECTION V

De V Ether hydriodique.

Gay-Lussac, à qui nous devons la découverte de cet éther, parvint à le former en distillant, au bain marie, un mélange de deux parties, en volume, d'alcool absolu et dune partie, en.volume, d'acide hydriodique, d'une densité de 1,7. Il obtint ainsi un liquide alcoolique parfaitement neutre, incolore et limpide. Ce liquide, mêlé avec de l'eau, a laissé précipiter, sous la forme de petits globules, un liquide d'abord laiteux, mais qui, peu-à-peu, est devenu transparent. Ce liquide était l'éther hydriodique. Ce qui restait dans la cornue était un acide hydriodique très-coloré par un excès d'iode.

rroprié:é$. L'éther hydriodique , après avoir été bien lavé avec de l'eau, est parfaitement neutre. Son odeur est forte, et quoique particulière, elle est analogue à celle des autres éthers. Il prend , au bout de quelques jours, une couleur rosée, qui n'augmente pas d'intensité. Le mercure et la potasse détruisent instantanément cette couleur en s'emparant de l'iode auquel elle est due. Sa pesanteur spécifique, à la température de 2. 2°,3 centigrades, est de 1,9206-, il bouta environ 65° centigrades. Cet éther n'est point inflammable, mais il exhale des vapeurs pourpres , lorsqu'on le met sur des charbons ardens. On peut y conserver le potassium sans altération. La potasse ne l'altère pas immédiatement; il en est 'de même des acides nitrique , sulfureux , et du chlore. L'acide sulfurique le brunit instantanément. En le faisant passer dans un tube rouge . il est décomposé. Il se produit un gaz inflammable carboné, de l'acide hydriodique, et il se dépose un peu de charbon *.

Cet éther n'a pas été analvsé ; mais nous pouvons le considérer, par analogie, comme étant un composé de 4 atomes de gaz hydrogène percarbone et de 1 atome d'acide hydrio-

* Ann. de Chinai. XCI, 89.

de l'éther acétique. 391

dique. Dans cette supposition, il consisterait dans

5 Atomes hydrogène. . . r= 0.620

4 Atomes carbone = 3, 000

1 Atome iode = i5,625

C'est-à-dire que l'éther hydriodique serait un composé de 10 atomes, et son poids serait 19,20.

SECTION VI

De VEther acétique.

Le comte de Lauraguais reconnut, en 1709*, qu'on pouvait aussi obtenir un éther par l'action de l'acide acétique sur l'alcool. Il se le procura en distillant un mélange d'acide acét'que et d'alcool, avec les mêmes précautions que pour former l'éther sulfurique.

Le procédé de cette préparation, rectifié par Pelletier, Préparation, consiste à distiller un mélange, à parties égales, d'acide acétique, provenant de l'acétate de cuivre, et d'alcool; à remettre deux fois successivement dans la cornue l'alcool passé, pour distiller chaque fois de nouveau, de manière qu'il soit soumis à trois distillations répétées. Le produit de la troisième distillation est un mélange d'acide acétique et d'éther -, après avoir saturé l'acide par la potasse , on distille à une douce chaleur. Ce qui passe alors est l'éther acétique pur3. Buchoîz a proposé, comme méthode beaucoup plus économique, de mettre dans une cornue 16 parties d'acétate de plomb, 6 parties d'acide sulfurique^ concentré et 9 parties d'alcool; de distiller ensuite ce mélange, de manière à en obtenir 10 parties. On agite alors ce liquide avec les o.33 de son volume d'eau de chaux , et il ne reste plus qu'à décanter l'éther qui surnage; la quantité s'en élève ordinairement à environ 6 parties 3.

Schéele ne put réussir à former l'éther acétique par le d«Prs2eei*.

1 Journ. des Sav. 1759, p. Zi\.

» Journ. de Phys. XXVIII, i.jié 1 Journ. de Clum. III, aai.

3g2 DES ÉTHERS.

procédé de Lauraguais ; et très- vraisemblablement, parce qu'il négligea de remettre un nombre suffisant de fois, l'alcool dans la cornue, pour le distiller de nouveau ; mais il parvint à l'obtenir facilement au moyen d'une simple addition d'acide sulfurique au mélange. On peut le préparer encore, en faisant diss-nidre une partie d'acétate de potasse dans 3 parties d'alcool , en ajoutant ensuite au mélange une quantité d'acide sulfurique plus que suffisante pour saturer la potasse, et en distillant ".

Schuifze, apothicaire à Kiel , répéta les expériences de Schéele, et les trouva exactes. Il en fut de même de Gehlen et de Lichtemberg , qui obtinrent aussi , des expériences de Schéele , les résultats qu'il avait annoncés. Ils assuraient tous comme lui, qu'on ne pouvait pas faire directement un étlier avec l'acide acétique pur et l'alcool , mais que par la présence de la plus petite quantité de tout autre acide quelconque, Péther acétique se formait3. Le sujet ayant été examiné depuis par Henry3 et par Thénard4, ils ont fait voir, l'un et l'autre, de la manière la plus satisfaisante, que par les procédés de Lauraguais et de Pelletier, l'acide acétique et l'alcool produisent un éther.

Thénard employa , à poids à-peu-près égaux , un acide acétique très-concentré et de l'alcool dune pesanteur spécifique de o,8o56 à y° centigrades , et il soumit ce mélange à douze distillations successivement répétées. Il ne se dégagea aucun gaz pendant tout le temps de l'opération. Il mêla , lorsqu'elle fut achevée, la liqueur du récipient avec celle de la cornue, et il essaya de neutraliser ce mélange par la potasse ; mais il n'y réussit qu'imparfaitement : il s'y précipita des cristaux dacétate de potasse en grande quantité. En distillant alors avec ménagement la liqueur dans cet état, il passa d'abord de l'acide acétique , et ensuite une portion d'alcool , tenant un peu d'éther et de l'acide acétique en dissolution. En distillant de nouveau ces produits , préalablement saturés d'acétate de potasse , il obtint 1 ether acétique parfaitement pur. Pendant que cet éther s'était formé , il avait

* Scilf't'lc II , II^.

» Ann. de Chim. LVlI.qi.

* Ibid. LVIli, 109.

* Mtm. d'Arcueif. I, i53.

DE i/ÉTHER ACETIQUE. 3g3

disparu une certaine quantité de l'acide acétique, aussi bien que de l'alcool , qui constituaient le mélange sur lequel on avait opérS ; d'où il suit qu'ils entrent l'un et l'autre , ou au -moins leurs principes, dans la composition de l'éther acétique.

L'éther acétique est incolore et limpide ; il a une odeur propriétés, agréable d'éther et d'acide acétique. Il ne rougit point les couleurs bleues végétales. Il a une saveur particulière , différente de celte de toute autre substance , et qui n'a aucune ressemblance avec la saveur de l'alcool. Sa pesanteur spécifique , à la température de -+- 70 centigrades, est de 0,866. Il entre en ébullition à 710 centigrades. Il brûle avec une flamme d'un blanc jaunâtre ; et pendant sa combustion, il se développe de lacide acétique. Il peut être conservé sans éprouver aucun changement; à la température de 170 centigrades, il exige au-delà de sept fois son poids d'eau pour se dissoudre.

Lorsque l'éther acétique est laissé en contact avec l'eau, ou qu'il est dissous dans ce liquide , il n'éprouve aucun changement; mais si, dans cet état , on le met en contact avec la potasse caustique , il se produit par degrés de l'acide acétique , qui sature l'alcali. Si alors on distille, il passe dans le récipient de l'alcool très-étendu d'eau. Il ne se dégage aucun £az. D'où il suit que cet éîher ne paraît être autre chose qu'un composé d'acide acétique et d'alcool. L'acide est neutralisé dans l'éther, car il ne manifeste plus aucune de ses propriétés ordinaires.

Je suis porté à considérer l'éther acétique, comme étant un composé de 4 atomes de gaz hydrogène percarboné et de 1 atome d'acide acétique. D'après cette supposition, il consistera dans

7 Atomes hydrogène. . . =: 0,875

8 Atomes carbone zzs 6,000

3 Atomes oxigène = 5, 000

C'est-à-dire qu'il n'est pas formé de moins de 18 atomes , et que son poids est de 9,875.

3p4 DES ÉTHÉRS.

SECTION VII

De V Ether formique.

Cet éther fut obtenu pour la première fois par Geblen. On peut le préparer de la même manière que léther acétique , en substituant seulement l'acide formique à l'acide acétique. propriétés. L'éther formique, lorsqu'il est pur , a une odeur agréable , qui ressemble beaucoup à celle des noyaux de pêche-, sa saveur, qui a la même ressemblance, laisse un goût de fourmis. Sa pesanteur spécifique, à la température de i^# centigrades, est de 0,9157. 11 brûle avec un flamme bleue bordée de jaune; et, à la même température de ijo centig. , il lui faut 9 fois son poids d'eau pour se dissoudre*. Cet éther n'a point été analysé ; mais si nous le considérons , par analogie , comme étant un composé de 4 atomes de gaz hydro- ;ène percarboné et de 1 atome d'acide formique , sa consti-

tution sera

5 Atomes hydrogène == 0,626

6 Atomes carbone = 4,5oo

3 Atomes oxigène = 3, 000

De sorte que son poids est de 8,1 a5, et qu'il contient i\ atomes de corps simples.

Schéele essaya, sans succès, de former de l'éther, en employant les acides suivans :

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