DE L'EAU
f)osa être une portion du mercure dont on s'était servi pour introduction des gaz dans le vase '.
Dans 1 été de 1781, Cavendish, qui avait eu connaissance des expériences de Priestley et de Warltire, lit détoner un mélange de 32*;o70, mesure, de gaz hydrogène, et de deux fois et demie environ cette même quantité d'air atmosphérique. Il obtint, par ce procédé, 8; 7 4° d'eau Pure- Il fit détoner également un mélange de 1^262, mesure, de gaz oxigène, et de 2k"3p,5 de gaz hydrogène, et il obtint JJ942 d'eau contenaut un peu d'acide nitrique. Il conclut de ces expériences que l'eau est un composé. Cavendish doit donc être bien réellement considéré comme ayant fait la découverte de la composition de l'eau. Il reconnut le premier qu'il se produit de l'eau par la combustion des gaz oxigène et hydrogène, et le premier, il tira de ce fait la conclusion convenable.
Watt avait bien à -la -vérité déduit aussi les mêmes conséquences des expériences du docteur Priestley et de M. Warltire; il en avait fait lui-même un grand nombre pour s'assurer du phénomène , avant que Cavendish l'eût annoncé; mais il avait été détourné de publier sa théorie par quelques expériences du docteur Priestley, qui lui semblaient y être contraires2. Watt a donc aussi droit de prétendre au mérite de la découverte, et ce droit ne peut nuire à celui de Cavendish , qui n'eut aucune connaissance de la théorie, et des expériences de ce savant.
Sur ces entrefaites, et daus l'hiver de 1781 à 1782 , Lavoisier, qui avait présumé que le produit de la combustion des gaz oxigène et hvdrogène, était de l'acide sulfurique ou sulfureux, fit, assisté de M. Gingembre, une expérience pour s'assurer de ce fait. Ils remplirent de gaz hydrogène uue bouteille de la contenance d'environ 6 pintes ( mesure française-)', ils y mirent le feu, et après y avoir versé 2 onces (environ ôi grammes) d'eau de chaux, ils fermèrent la bouteille avec un bouchon de liège traversé par un tube de cuivre au moyen duquel ou y introduisait de la vapeur d'oxigène , afin d'entretenir la flamme. Ils répétèrent trois fois cette expérience en substituant à Teau de chaux une dissolution
■ Phil. Trans. LXXIV, 332.
» Z^ci.JLXXV, 33o.
^4 OXIDES INSALIFIABLES.
faible d'alcali dans de l'eau pure, et ils n'observèrent aucun produit quelconque1. Lavoisier extrêmement surpris d'un semblable résultat, se décida à recommencer l'expérience plus en grand et autant que possible , avec plus d'exactitude encore- Il se procura un appareil au moyen duquel, à l'aide de tuyaux garnis de robinets , il put prolonger la combustion tout aussi long-temps qu'il le jugerait convenable, en fournissant continuellement l'un et l'autre des gaz oxigène et hydrogène, dans la proportion nécessaire à mesure qu'ils viendraient à manquer.
L'expérience fut faite par Lavoisier et La Place, le 24 juin 1783, en présence de MM. Leroy, Vandermonde, de plusieurs autres académiciens, et de Charles Blagden, qui leur annonça que Cavendish, qui l'avait déjà tentée, en avait obtenu de l'eau2. Ils continuèrent l'inflammation jusqu'à ce que leur provision des gaz eut été épuisée , et ils eurent pour résultat 19 gramm. d'eau, qu'ils reconnurent être parfaitement pure. Lavoisier crut pouvoir conclure de cette expérience, que l'eau est un composé d'oxigène et d'hydrogène. Elle fut répétée quelque temps après par Mongez, qui en obtint un résultat semblable. Enfin Lavoisier et Meusnier la firent de nouveau sur une échelle suffisamment grande pour ne plus laisser aucun doute sur la réalité de son résultat %. '
Cette expérience a été depuis si souvent répétée et variée de tant de manières, que son résultat semble être aujourd'hui au-dessus de toute controverse. 11 paraît donc inutile de pousser plus loin l'histoire de cette découverte, ou de parler des objections du docteur Priestley, dont les opinions contraires à celles des chimistes que nous venons de citer, n'ont trouvé aucun appui.
Quelque tempsaprès l'époquedespremièresexpériencesde Cavendish, on soupçonna que les gaz oxigèue et hydrogène s'unissaient dans la proportion de deux volumes d'hydrogène et d'un volume d'oxigène. Mais ce sont Gay-Lussac et Humboldt qui ont démontré les premiers, avec une exactitude rigoureuse, la réalité de ces proportions par leurs expériences sur ce
■ Mém. P;.r. 1581, p. 4-0
» lbi,l.\ p. 47»
de l'oxide de carbone. a5
sujet. En supposant exactes les pesanteurs spécifiques de ces deux gaz, telles que nous les avons établies, il s'ensuit que l'eau est%un composé de
Oxigène 8
Hydrogène i
de manière que l'hydrogène dans l'eau, s'élève à un neuvième, et l'oxigène aux huit neuvièmes du poids de ce liquide.
SECTION IV
De t Oxide de carbone (Oxide carbonique].
I. La substance aujourd'hui connue sous le nom à1 oxide de Hûtrâ carbone ( oxide carbonique , est un gaz que les chimistes confondirent avec l'hvdrogène carboné, jusqu'à l'époque où Priestlev eu fit l'objet de leur attention dans une dissertation qu'il publia à l'appui delà doctrine du phlogistique. Ses expériences furent immédiatement répétées, et ses opinions confirmées parle docteur Woodhouse de Peosylvanie;maîs la véritable nature et la composition de ce gaz furent découvertes par M.CriukshatiksdeYVolwick'.qni donna connaissance de ses expériences à ce sujet, eu 1802. Celles de Woodhouse étaient déjà conuues en France. Guyton-Morveau, chargé par l'Institut d'en rendre un compte détaillé, invita Clément et Desormes à faire des recherches sur cet oxide. Ils en obtinrent à-peu-près les mêmes résultats que ceux annoncés par Cruikshanks 2 et ils en tirèrent les mêmes conclusions. Mais Bertholiet, qui de son côté s'occupait dans le même temps d'expériences semblables, se forma, sur la composition du charbon et de i'oxide de carbone, une opinion différente, qu'il établit dans trois dissertations savantes publiées dans le quatrième volume des mémoires de l'Institut, et dans lesquelles, avec la sagacité qui lui est ordinaire, il examine les expériences et combat les opinions des autres chimistes. A-peu-près à la même époque, il parut un mémoire des chimistes hollandais , dans lequel ils s'élevaient contre
1 Nichohon's Joum. V, 1 et 201.
a Ann. de Chim. XXXIX, 88 j et XLII, ni.
OXIDES INSALIFIABLES.
les expériences de tous les autres savans, et présentaient comme réels des résultats très-différens '. ^ Mais l'opinion de Cruikshanks gagna peu-à-peu, et principalement par suite des expériences de Dalton, et de ce qu'il publia sur ce sujet ; aujourd'hui cette opinion semble pleinement établie.
Préparation. i. On peut se procurer le gaz oxide de carbone de quatre manières différentes. La première consiste à chauffer fortement dans une cornue de fer, un mélange de charbon purifié et d'oxides de fer ou de zinc, ou de tout oxide quelconque, capable de supporter la chaleur rouge. L'oxide se réduit par degrés, et pendant cette réduction, il se dégage une grande quantité d'un gaz, qui est un mélange de gaz acide carbonique et d'un autre gaz qui brûle avec une flamme bleue. C'est à ce dernier gaz qu'on a appliqué la dénomination à' oxide de carbone. On peut séparer l'acide carbonique du mélange des gaz, en le faisant passer à travers de l'eau de chaux. M. Cruikshanks, qui opéra de cette manière avec des oxides de fer, de zinc, de cuivre, avec la litbarge et l'oxide noir de manganèse, conclut de ses expériences, que ceux de ces oxides qui abandonnent le plus facilement leur oxigène fournissent la plus grande proportion d'acide carbonique, et ceux qui retiennent leur oxigène avec le plus de force donnent la plus grande quantité d'oxide de carbone. C'est toujours vers le commencement de l'opération que se fait ie plus grand dégagement de gaz acide carbonique; il diminue par degrés, et à la fin il ne passe plus que de l'oxide de carbone*. Les résultats obtenus par Clément et Desormes coïncident presque ex^Stiftment avec ceux des expériences de Cruikshanks; mais ils se bornèrent à opérer sur l'oxide bianc de zinc sans essayer d'autres oxides métalliques. Ils substituèrent la plombagine au charbon, et les résultats furent les mêmes 3.
Par la seconde manière de préparer l'oxide de carbone, on chauffe fortement dans une cornue de fer une partie de charbon purifié avec trois parties de carbonate de chaux , de strontiane ou de barite. L'acide carbonique est peu-à-peu
' Ann. deChim. XLIII , n3.
1 IVicholson's Jour». -t!So2 , V, i 3 Ann. deChim. XXXIX, 33.