DE LAC1DE 0LÉ1QUE
portion resta en dissolution dans l'eau. Cette portion était composée d'oleate de potasse, de potasse , et d'une quantité notable de margarate de potasse. Pour en séparer ce dernier aussi complètement que possible, le savon, dissous dans Veau , fut décomposé par l'acide tartanque. L'acide oleique ainsi mis en liberté fut converti de nouveau en savon par la potasse, et ce savon rédissous dans l'eau. Il se précipita une nouvelle portion de sor-margarate de potasse. En répétant deux ou trois fois ce procédé, Chevrenl se procura 1 acide oléïque dans un état satisfaisant de pureté.
L'acide oléïque , lorsqu'il est pur, est un liquide huileux, Propriété*. incolore et insipide: mais le plus ordinairement il a une odeur rance, et il est coloré en jaune ou en brun; de sorte quil a l'apparence de quelques espèces d'huiles d'olive. Sa pesanteur spécifique est de 0,899. Quelquefois il reste fluide jusqua la température de 20 centigr. au-dessus de zéro; mais dans quelques variétés , il se congèle à 6° centig., ou même à des températures plus élevées. Dans cet état de congélation, il cristallise en aiguilles. 11 rougit très-fortement la teinture de tournesol. . , , ,
L'acide oléïque est insoluble dans l'eau , mais tres-soluble dans l'alcool. Ce liquide bouillant, d'une densité de 0,816, s'en charge en toute proportion. Cet acide se combine facilement avec les bases salifiables, et forme ainsi^ différentes espèces de sels ou savons1 , comme devraient s'appeler ces composés. La table qui suit présente la composition de ces savons divers , telle qu'elle résulte des expériences de Che-
vreul 2.
Oléate de potasse.
Acide oléïque 100 ... 36, 18
Potasse 16, 58... 6
Oléate de soude.
Acide Oléique 100 ... 09, 56
Soude 10,11... 4
Oléate de bar i te.
Acide oléïque 100 ... 06, io
Barile 26,97... 9,73
* Chevrenl, Ann. deChim. XCIV, 90.
» Ibid. , p. 263.
Oléate de strontiane.
Acide oléïque ioo ... 33,55
Strontiane i ç),38 ... 6,5
Oléate de chaux.
Acide oléïque ioo ... 37,58
Chaux 9,64... 3,625
Oléate de magnésie.
Acide oléïque îoo ... 33,2<i
Magnésie 7,52... 2,5
Oléate de zinc.
Acide oléïque 100 ... 34,55
Oxidedezinc i4,83... 5,i25
Oléate de plomb.
Acide oléïque 100 ... 12,28
Protoxide de plomb. ii4,8i... i4
Oléate de cuivre.
Acide oléïque 100 ... 71,78
Peroxide de cuivre. . i3,g3. . . 10
Le terme moyen de tous les résultats de ces analyses, nous donne 35,94 comme étant le nombre équivalent pour l'acide oléïque. JNous pouvons donc considérer, sans erreur matérielle, son poids véritable comme s'élevant à 36; de manière que cet acide contient probablement quatre atomes de plus de carbone dans sa composition que l'acide margarique.
Chevreul examina l'acide oléïque obtenu par saponification, des graisses d'homme, de mouton, de bœuf, d'oie; et il trouva que leurs propriétés étaient à-peu-près les mêmes que celles de l'acide oléïque de graisse de porc. On peut donc considérer toutes ces variétés de savons, d'acide oléïque, comme identiques dans leur composition
* Ann. de Chim. et Phys. III, 358.
Par suite de ses recherches sur les corps gras , recherches qui nous ont fait connaître taut de faits nouveaux et d'une si grande importance, Chevreul a vu que les acides margarique et oléïque, tels qu'ils sont décrits dans le texte, sont des acides hydratés ou des hydracides • car en les chauffant doucement avec du protoxide de plomb, ils laissent dégager de l'eau. Il suit de là que la graisse saponifiée, qui est composée dacide margarique et d'acide oléïque fai- \Af -ment unis , contient de l'eau ou ses cle'mens. Bulletin des Sciences, juillet 1817. (Note du Traducteur.)
de l'acide cétique. 429
SECTION VIL
De l' Acide cétique,
Chevreul a donné ce nom à la substance qu'on obtient en saponifiant le spermacéti, et il a jugé convenable de la distinguer par la dénomination de cétine. C'est du spermacéti saponifié par la potasse et décomposé par un acide, que s'obtient l'acide cétique.
L'acide cétique est une substance blanche, solide, insi- p r0 iétél<> pide et inodore. Elle se fond à la température d'environ 45o centigrades; et sous ce rapport, elle s'accorde parfaitement avec la cétine, dont elle est formée. Lorsqu'on laisse l'acide cétique, en état de fusion, se congeler, il ne cristallise pas en lames comme le fait la cétine.
L'acide cétique est insoluble dans l'eau. L'alcool bouillant en dissout plus que son poids ; à mesure que la dissolution refroidit, il s'y dépose des cristaux lamelleux, brillans, et la liqueur finit par prendre en totalité la forme solide. Cette dissolution rougit la teinture de tournesol, mais, moins fortement que l'acide margarique. La grande solubilité de cette substance dans l'alcool, et son action sur les couleurs bleues végétales , la distinguent de la cétine.
L'acide cétique se combine aisément avec les bases salifiables, et forme avec elles différentes espèces de sels ou savons.
Le savon de cétate de potasse est composé, d'après l'analyse que Chevreul en a faite, de
Acide cétique 100 72, i5
Potasse 8,29 6
Suivant cette analyse, le poids d un atome d'acide cétique est double de celui d'un atome d'acide oleïque. Il est plus probable cependant, que le savon examiné était un bicetate de potasse. Dans cette supposition, le poids des acides oléïque et cétique serait le même *.
* Chevreul, Ann. de Chira. XCY, p. fj.
Chevreul ayant soumis l'acide céiii|ue à un nouvel examen , a été conduit aux obs^rvalions suivantes; i.° Ja matière grasse , obtenue delà cétine réduite en masse savoneuse par la potasse, est formée
Huiles
réncDfcUies.
Outre les huiles volatiles et fixes , il existe assez fréquemment, dans les substances végétales, des huiles d'une autre
d'acide margarique et à' acide oléïque d'une part , et d'autre part d'un corps gras non acide fusible a 5a° cent. En traitant ces trois corps par la ba rite, et en les soumettant à Faction de l'alcool légèrement chaud, le dernier de ces corps se dissout à l'exclusion du margarate et deTpléate de barite; 2.° en faisant bouillir ensemble n grammes d acide margarique , 7 grammes de ce'tine, 18 grammes de potasse, et 416 grammes d'eau ajoutés en plusieurs fois, on finit par obtenir un liquide , qui est laiteux, à une température au-dessus de 66° cent., et transparent depuis cette température jusqu'à 56°. En se refroidissant, à partir de ce terme, le liquide commence à perdre sa transparence, et il devient par degrés de plus en plus opaque à mesure que le liquide se refroidit davantage; 3.° le sur-margarate de potasse, dissous dans de l'alcool très-déflegmé , ne rougit pas le tournescl ,
le itée ible
a Î9° centigr. , ou la cétiue pure; en huile fluide, tenant en solution un principe colorant jaune et un principe odorant. Chevreul tire plusieurs conséquences remarquables des trois premières observations, t'oyez son septième Mémoire sur les corps gras, Ann. de Chim, et de Phys., tom. VII, p. i55. (Note du Traducteur).
Dans le cours de ses travaux sur les corps gras, Chevreul ayant porté son attention sur l'huile du delphinus globiceps , a reconnu que cette huile n'est point acide : qu'abandonnée au froid, elle précipite une substance cristallisée, qui a beaucoup d'analogie avec la cétine. Lorsqu'on traite par la potasse de l'huile qui a été séparée de la plus grande partie de cette substance, on la résout en acides margarique et oléïque, en un corps gras non acide, en principe doux, et en un acide volatil, que Chevreul a appelé acide de/phinique. 11 se manifeste, en outre, deux autres principes odorans, que Chevreul n'a pu obtenir isolés, à cau-e de leur faible proportion. 100 d'huile donnent 18,74 d'acide delphinique. Le corps non acide, qui se trouve avec les acides margarique et oléïque, provient d'un peu de substance cristallisée, restée dans l'huile. Cette composition rapproche l'huile du de/phinus globiceps de l'huile du beurre, laquelle est réduite par li potasse en acides margarique et oléïque , en principe doux et en acide butirique , qui a la plus grande analogie avec l'acide delphinique. Ces deux sortes d'huile foi ment un nouveau genre de corps gras que l'on peut rapprocher des e'ihers, qui présentent à l'analyse, a\ec beaucoup de carbone et d'hydrogène , les élémens d un acide, et qui ne cèdent pas de quantités noiablrs de cet acide aux bases salifiables avec lesquelles on les agite. Chevreul a fait une observation bien importante relativement à la théorie des combinaisons en proportions déhnies, appli- 3 u«:e a la composition des matières organiques; c'est que les huiles du elphinus et du beurre ne sont pas entièrement formées de ce nonveau genre de corps gras; mais elles contiennent encore une huile fluide, qui lui paraît analogue à l'élaïne de graisse de porc. Cette huile étant unie, en proportion indéfinie, avec les premières huiles, on conçoit comment dej> huiles de différentes espèces de dauphins ,
DES BITUMES. {fît
sorte. Celles-ci tiennent, parleurs propriétés chimiques, le milieu entre les huiles volatiles et les huiles fixes. Comme les huiles volatiles, elles se dissolvent dans l'alcool; mais, ainsi que les huiles fixes, elles ne peuvent passer à la distillation avec ce liquide. Il s'ensuit, que les huiles de cette espèce
Î)euvent s'obtenir en taisant digérer la substance végétale qui es contient, dans l'alcool, et en séparant ensuite ce liquide de l'huile par la distillation. Toutes ces huiles ont une saveur dune grande àcreté, et elles sont, pour la plupart, vénéneuses. La dissolution alcoolique de quelques-unes d'elles , a la propriété de précipiter le sulfate de fer en une couleur rougeàtre qui passe au vert par son mélange avec une dissolution alcaline. Vauquelin découvrit une huile de cette nature dans la racine de riielleborushvemalis*. Il paraît aussi qu'il existe une huile de cette espèce dans le tabac, et dans beaucoup d'autres plantes.