II
l3<> ACIDES.
alors en acide arsenique, et cet acide s'unissantavec la chaux, donne naissance à un arseniate de chaux. Peut-être observerait-on le même phénomèue , en substituaut la barite ou la strontiane à la chaux.
IV. L'acide arsenieux se combine avec les différentes bases et forme par ces combinaisons, un genre de sels appelés arsenites , qui ont été très-peu examinés par les chimistes modernes.
SECTION XIII
De V Acide antimonique.
Préparation. I. L'acide antimonique , dont nous devons la première description à Berzelius , s obtient en exposant pendant une heure dans un creuset d'argent , à la chaleur la plus forte que ce creuset puisse supporter, un mélange formé d'une partie d'antimoine en poudre , et de six parties de nitrate de potasse. En séparant alors de la masse par le lavage, la portion soluble du nitrate de potasse, il reste une poudre blanche, qu'on met en digestion dans l'eau. Il s'en dissout une portion; et en versant dans cette dissolution quelques gouttes d'acide acétique, il se précipite une poudre blanche qui est l'acide antimonique à l'état d'hydrate, fropriétéj. L'hydrate d'acide antimonique est une poudre blanche insoluble dans l'eau , mais susceptible de rougir les couleurs bleues végétales.
Cet hydrate étant chauffé abandonne son eau, prend une couleur jaune , et perd la propriété de rougir les couleurs bleues végétales. A la chaleur rouge , il cède une portion de son oxigène, et il devient acide antimonieux ou oxide blanc d'an tiin o in e .
L'hydrate d'acide antimonique est formé, d'après l'analyse de Berzelius *, de
Acide antimonique 95,22.... 100
Eau 4,78 .... 5,o2
100,00 * Kicholsoa's Journal. XXXI Y, 3 18.
DE LACIDE ANTIMONIEUX. l3l
Si nous supposions que l'acide antimonique est un composé de i atonie antimoine -+• i atomes oxigène , comme cela est prob^le , son poids serait de 7,625 , et l'hydrate consisterait en 3 atomes d'acide -+- 1 atome d'eau.
II. On ne confiait point encore l'action sur cet acide des soutiens de combustion et des combustibles simples. On appelle aîitimoniates les composés qu'il forme avec les bases, et ces composés ont été examinés par Berzelius. Nous en traiterons dans une partie subséquente de cet ouvrage.
SECTION XIV
De V Acide antimonieux.
L'acide antimonieux s'obtient parla combustion de l'an- Préparation. timoine, ou en dissolvant ce métal dans l'acide nitrique, et en chauffant au rouge le résidu desséché de l'évaporation de cette dissolution.
L'acide ainsi préparé est une poudre d'un très-beau blanc , avant beaucoup d éclat. Il exige un assez grand degré de chaleur pour entrer en fusion -, mais il se volatilise à une température inférieure à celle nécessaire pour opérer le même effet sur le protoxide d'antimoine , et il forme des cristaux prismatiques, connus autrefois sous le nom de fleurs argentines d'antimoine.
£11 faisant fondre cet acide avec le quart de son poids Composition, d'antimoine , il est transformé en protoxide d'antimoine ; d'où il suit évidemment qne la quantité d'oxigène qu'il contient, doit être à celle de ce principe dans le protoxide d'antimoine, dans le rapport de 4 à 3. Si donc le protoxide d'antimoine est un composé de 1 atome métal -+■ 1 atome oxigène , on ne peut s'empêcher de considérer l'acide antimonieux comme étant formé de
Antimoine 3 atomes.
Oxigène 4
Une semblable constitution doit être considérée comme très-problématique ; et cependant nous ne trouvons rien jusqu'à présent dans la théorie atomique , qui nous porte à la rejeter comme impossible. On pourrait être fixé sur
i3a ACIDES.
ce point par la connaissance de la composition des an* timonites. Car si l'acide antimonieux consiste dans 3 atomes d'antimoine 4- 4 atomes d'oxigène , son poids doit être de 20,875. Or , quelque considérable qu'il soit , ce poids se trouve confirmé par la composition du seul antimonite qui ■ait été jusqu'à présent analysé. D'après les expériences de Berzelius * , 1 antimonite de potasse est formé de
Acide antimonieux 100. . . 19,64
Potasse. 3o,55 6
Ainsi le Eombre équivalent pour l'acide antimonieux , dérivant de cette analyse , est 19,64, qui ne diffère que d'environ un vingtième du nombre résultant de la constitution supposée de l'acide.
La facilité avec laquelle le protoxide d^antimoine et l'acide antimonique peuvent être transformés en acide antimonieux , donne lieu de soupçonner qu'ils sont d'une nature compliquée. Ce serait en effet une circonstance singulière, que le composé le plus permanent d'antimoine et d'oxigène consistât dans 3 atomes du métal -4- 4 atomes d'oxigène ; tandis que les composés formés de 1 atome du métal , de 1 atome d'oxigène , ou de 1 atome antimoine et de 2 atomes oxigène, seraient altérés avec la plus grande facilité. 11 est possible cependant que cette anomalie apparente s'explique en l'attribuant à quelque particularité dans la forme des atomes antimoniques.
SECTION XV
De VA<:ide ckromique.
Préparation. On obtient l'acide chromiqle eu traitant le chromate de fer ainsi que l'indique Yauqueiin , à qui nous devons la découverte de cet acide. Après avoir exposé pendant plusieurs heures à une forte chaleur dans un creuset de Hesse, un mélange de deux parties de la mine réduite en poudre , et d'une partie de nitrate de potasse, on laisse la masse torréfiée en digestion dans l'eau^ jusqu'à ce que ce liquide se soit
— — — * ■ ■ ■ 1 ■ il ■ 1 m
* Isicholson's Journal. X"XXV, 44-
de l'acide chromique. l33
chargé de toute la portion de cette masse qu'il peut dissoudre. Ce qui reste est on mélange d'oxide de 1er et de cbromate de ce métal non décomposé. On en sépare l'oxide de fer par l'acide hvdrocblorique , et après avoir ajouté une dose de nitrate de potasse au cbromate non décomposé, on torréfie de nouveau le mélange : par ce moven la décomposition devient complète. On sature alors par l'acide acétique la liqueur qui tient en dissolution la potasse et l'acide chromiquc , ensuite on l'évaporé jusqu'à ce que le cbromate de potasse cristallise. Après avoir dissous ce sel dans l'eau, on précipite l'acide cbromique par l'hydrochlorate de barite. Le cbromate de barite bien lavé est dissous dans l'acide nitrique. Ou précipite ensuite la barite par l'acide sulfurique avec beaucoup de précaution , pour éviter tout excès de cet acide; après avoir filtré la liqueur, on l'évaporé à siccité à une douce chaleur. On ajoute de l'eau , et on évapore ainsi deux ou trois fois pour chasser l'acide nitrique ; la masse qui reste alors étant desséchée, est l'acide chromique à l'état de pureté.
Cet acide, ainsi obtenu, est une substance d'un rouge propriétés. foncé. Sa saveur est acide, austère, et fortement métallique. Il est soluble dans l'eau, et peut s'obtenir de ce liquide en prismes alongés dune couleur de rubis.
Il donne, eu le chauffant, du gaz oxigène, et se convertit en oxide vert de chrome.
Mêlé avec de la limaille d'étain et de l'acide hydrochlorique, il devient d'abord d'un brun jaunâtre, et prend ensuite une belle couleur verte.
Son mélange avec un peu d'alcool et d'acide nitrique, lui donne immédiatement une couleur verte bleuâtre qui conserve, même après dessication, la même nuance. L'éther suffit seul pour lui communiquer cette couleur.
Avec une dissolution de nitrate de mercure, il produit un précipité d'une couleur de cinabre foncée.
La couleur du précipité qu'il forme avec une dissolution de nitrate d'argent, paraît être d'abord d'un beau carmin, mais elle devient pourpre par son exposition à la lumière. Cette combinaison, chauffée au chalumeau, se fond avant que le charbon soit enflammé : elle prend un aspect noirâtre et métallique. Si on la pulvérise alors, la poudre est encore pourpre; mais cette matière, après avoir été mise en contact
Préparation,
l34 ACIDES.
avec la flamme bleue de la lampe, devient verte, et on aperçoit l'argent en globules disséminés à travers sa substance.
Avec le nitrate de cuivre, le précipité est de couleur rouge châtain.
Les précipités produits dans les dissolutions de sulfate de zinc, d'hydrochlorates de bismuth, d'antimoine, de platine, et de nitrate de nickel, sont jaunâtres lorsque ces dissolutions ne contiennent pas un excès d'acide. Avec l'hydro chlorate d'or, le précipité est verdâtre.
Par sa fusion avec le sous-borate de soude, ou le verre, l'acide chromique leur communique une belle couleur d'un vert d'émeraude.
Un papier imbibé de cet acide prend à l'air une couleur verdâtre.
Un mélange de cet acide avec l'acide hydrochlorique peut, comme l'acide hydro chloro-nitrique, dissoudre l'or. En distillant ce mélange des deux acides, il s'en dégage du chlore , et la liqueur prend une belle couleur verte.
L'acide sulfurique n'agit point à froid sur l'acide chromique : mais il lui donne, lorsqu'il est chaud, une couleur verte bleuâtre, ce qui est probablement du au dégagement d'oxigène dont il a facilité la séparation.
Les sels que l'acide chromique forme avec les bases, ont été examinés par Vauquelin - et par John * ; ils ont reçu le nom de chromâtes. Nous en traiterons dans une partie subséquente de cet ouvrage.
SECTION XVI
De l'Acide molybdique.
On prépare ordinairement l'acide molybdique en versant, suivant le procédé indiqué par Schéele, de l'acide nitrique, et mieux encore un mélange d'acides nitrique et hydrochlorique, sur du molybdène, ou sulfure natif de ce métal, réduit en poudre. On distille jusqu'à siccité, et on répète cette distilla*
1 Ann. de Chim. LXX , 70.
a Annals of Philosophy. IV, 424'
DE L'ACIDE MOLYBDIQUE. 1 35
tien jusqu'à ce que le tout soit converti en une masse blanche. On lave bien ce résidu avec de l'eau pour enlever l'acide suliuriquf formé , ainsi que ce qu'il aurait pu retenir des autres acides, et ce qui reste alcrs est l'acide molybdique passablement pur.
Bucholz a dernièrement proposé une autre méthode pour opérer cptte conversion du molybdène en acide molybdique. On chauffe, dans un creuset ouvert, ce minéral réduit en poudre fine, en l'y remuant avec une verge de fer jusqu'à ce que le tout soit devenu d'un gris cendré. Le coup de feu, donné d'abord de manière à produire promptement une forte chaleur rouge, doit être ensuite ralenti, par degrés, à mesure que le grillage avance, afin d'éviter que la poudre ne prenne de la cohérence, ce qui rendrait l'achèvement de l'opération très-difficile. Par ce grillage, le soufre est séparé du sulfure, et une partie considérable du métal est acidifiée. La masse réduite en poudre est mise alors en digestion pendant un temps suffisant dans une dissolution aqueuse de soude ou d'ammoniaque. Tout ce qui a été converti en acide molybdique se combine avec l'acali , et les substances étrangères qui l'accompagnaient restent. On laisse reposer la liqueur dans des vaisseaux fermés jusqu'à ce qu'elle soit devenue parfaitement claire; on la décante alors de dessus le dépôt , s'il s'en est formé, et on y verse de l'acide hvdrochlorique ; il se précipite une poudre blanche qui, bien lavée et séchée, est l'acide molybdique *.
L'acide molybdique, ainsi obtenu, est une poudre blanche propriété. d'une pesanteur spécifique de 0,460. Chauffé dans un creuset fermé, il se fond et cristallise; si le creuset est ouvert , il se sublime en une fumée blanche qui s'attache, sous la forme d'écaillés jaunes brillantes, aux corps froids.
L'acide molybdique est soluble dans 960 parties d'eau bouillante. La dissolution, d'un jaune pâle, n'a point de saveur; mais elle rougit le papier de tournesol. L'acide molybdique en est précipité par les acides sulfurique, nitrique et hvdrochlorique 2.
L'acide molybdique n'est point affecté parle gaz oxigène; mais il est décomposé par le soufre et par le charbon, ainsi
1 Gehlerrs Journal. IV, 6o^.
* Hatchett, Pbil Trans. LXXXVI, 323.
l36 ACIDES.
que par plusieurs des métaux; chauffé avec le protoxide de molybdène, le mélange est converti en oxide bleu *.
Cet acide se combine avec les alcalis , les terres, et plusieurs oxides métalliques. Les sels qui en résultent sont appelés molybdates.
L'acide sulfurique dissout l'acide molvbdique à l'aide de la chaleur. Cette dissolution, sans couleur lorsqu'elle est chaude, devient , en refroidissant, d'un bleu foncé qu'on ravive en la saturant avec la soude. En chauffant fortement cette dissolution de l'acide molybdique dans l'acide sulfurique, l'acide s'évapore, et abandonne l'acide molybdique, qui reste. Cet acide est. aussi dissous par l'acide hydrochlorique. La dissolution, d'un vert jaunâtre pâle, devient bleue lorsqu'on la sature avec de la potasse. L'acide nitrique n'attaque point l'acide molybdique \
Cet acide forme, par sa combinaison avec la potasse, un sel sans couleur.
11 devient immédiatement bleu lorsqu'il est mêlé avec de la limaille d etain et de l'acide hydrochlorique. Jl se précipite des flocons de la même couleur qui, par l'addition d'un excès d'acide hydrochlorique, disparaissent au bout de quelque temps, et la liqueur devient alors d'une couleur brunâtre.
Avec la dissolution de nitrate de plomb, il forme un précipité blanc soluble dans l'acide nitrique.
Par son mélange avec un peu d'alcool et d'acide nitrique, sa couleur n'est pas changée.
Il produit un précipité blanc floconneux avec les dissolutions de nitrate de mercure, ou d'argent.
Avec le nitrate de cuivre , le précipité est verdâtre.
Ceux qu'il forme avec les dissolutions de sulfate de zinc, d'hydrochlorates de bismuth, d'antimoine, d'or, de platine , et de nitrate de nickel, sont blancs, lorsque ces dissolutions ne contiennent pas un excès d'acide.
11 prend, dans sa fusion avec le sous borate de soude, une couleur bleuâtre.
Le papier trempé dans cet acide devient par son expo^ sition au soleil, d'une belle couleur bleue 3.
« Bncholz, Gehlen. IV, 626.
Hatclieit Phil. Trans. LXXXV, 323.
3 Yamjuelio, Phil. Mag. I, 28a.
DE L'ACIDE TUNGSTIQUE. \3j
Quant à Y acide molybdeux ou oxide bleu de molybdène, il a été jusqu'à présent trop peu examiné pour que j'aie rien à ajouter au. petit nombre de faits que j'ai déjà établis en traitant du molybdène.
SECTION XVII
De l'Acide tungstique,
0* peut se procurer l'acide tungstique par un procédé prép»mio». dont nous sommes redevables à Bucholz. Ce procédé consiste à mêler ensemble une partie de wolfram réduit en poudre, et deux parties de carbonate de potasse, et à tenir ce mélange pendant une heure en fusion dans un creuset, en le remuant au besoin. On le verse ensuite dans un cône de fer. On réduit la masse en poudre, avant qu'elle soit entièrement refroidie , et l'on fait bouillir de l'eau sur cette poudre, jusqu'à ce que ce liquide décanté n'ait plus de saveur. Tous les lavages étant alors réunis, on ajoute à ces dissolutions aqueuses, de l'acide bydrocblorique jusqu'à ce qu'il n'y produise plus de précipité. Après avoir lavé le précipité, on le traite avec une dissolution bouillante de carbonate de potasse; on précipite de nouveau cette dissolution par l'acide hydrochlorique, et le précipité produit étant lavé et mis en digestion dans l'acide nitrique pour en séparer jusqu'à la dernière trace de potasse qui pourrait y adhérer encore , on le lave de nouveau, et on le fait sécher. Dans cet état c'est l'acide tungstique pur.
L'acide tungstique, ainsi préparé, est une poudre jaune propriété», sans saveur, insoluble dans l'eau, et ne faisant éprouver aucun changement aux couleurs bleues végétales. Cet acide peut également passer au bleu, et quoique ne se dissolvant pas dans l'eau, il reste long-temps suspendu dans ce liquide qu'il rend d'une couleur jaune laiteuse.
Les composés que l'acide tungstique forme avec les bases salifiables, ont été appelés tungstates. Les tungstates alcalins sont solubles et susceptibles de cristalliser. Les tungstates terreux, à l'exception du tungstate de magnésie et des tungstates d'oxides métalliques , sont insolubles.
SECTION XVIII
De V Acide columbique.
D'après les expériences de Hatchett et de Berzelius, l'oxide blanc de tantale jouit des propriétés acides. Mais je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai déjà dit du columbium , en traitant de ce métal.
Telles sont, autant qu'elles ont pu être reconnues jusqu'à présent , les propriétés des 20 acides formés par l'union d'une base simple avec l'oxigèrie. La plus importante de ces propriétés est celle qu'ils ont de se combiner avec les différentes bases salifiables et de former des sels. Leurs proportions, dans ces combinaisons, dépendant du poicîs de leur atome , il pourra paraître utita de présenter ces poids autant qu'ils ont pu être déterminés \ c'est lobjet du tableau qui suit :