‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd. (de 1817) (volume 3)Chapitre 61 sur 211 · DE L'ACIDE ACÉTIQUE. I 5 I · texte numérisé non relu

DE L'ACIDE ACÉTIQUE. I 5 I

Le produit liquide de la distillation de l'acétate de barite consiste en entier dans cet esprit, sans aucun mélange dacide quiconque.

Cet esprit pvro-acétique est exactement le même, relati- Esprit vementà ses propriétés, de qui lqu'acétate qu'il ait été obtenu : P>'r°-aLetl(ïu«' aucun auire genre de sels essayés, tels qu'oxalates, tart rates, citrates, ne donne l'esprit pvro-acétique pour produit. L'acide acétique n'est point converti dans cet esprit par la chaleur. Chenevix fit passer la même proportion d'acide acétique, cinq à six fois a travers un tube de porcelaine rouge de feu; cet acide fut décomposé en partie. La liqueur devint brune, et sa pesanteur spécifique était diminuée: et il resta dans la cornue une portion considérable de l'acide qui n'avait éprouvé aucune altération; mais si le tube de porcelaine contient du charbon, l'acide est détruit par une seule transmission à travers ce tube, et il ne se produit autre chose que de l'eau et des gaz acide carbonique et hydrogène carboné.

L'esprit pvro-acétique est un liquide parfaitement blanc ses propriétés. et limpide Sa saveur, d'abord acre et chaude, devient fraîche, et en quelque sorte urineuse. 11 a une odeur particulière , que Chenevix compare à celle d'un mélange de menthe poivrée, et d'amandes amères. Sa pesanteur spécifique, lorsqu'il est le plus pur possible, est 0,7864- U brûle avec une flamme, blanche extérieurement, et à "un beau bleu en dedans, et il ne laisse pas de résidu après la combustion. Il bout à la température de j4° centigrades. Il se mêle à l'eau, à l'alcool et aux huiles volatiles essayées par Chenevix , en toute proportion. Il se mêle aussi en toute proportion avec 1 huile d'olive à chaud; mais dans de certaines proportions seulement avec cette huile à froid. Il dissout le soufre et le phosphore en petites quantités, et c'est un excellent dissolvant du camphre. La cire et. le suif s'y dissolvent à chaud ; mais une partie de ces substances s'en sépare à mesure que la dissolution refroidit, et néanmoins l'eau y donne encore lieu à un précipité considérable. Il dissout la potasse, et la liqueur prend une couieur plus foncée; mais en la distillant on en obtient de nouveau l'esprit pvro-acétique, sans qu il ait éprouvé d'altération. Mêlé avec de l'acide snîfurique, il noircit , il est décomposé, et le charbon formé est plus abondant. Avec l'acide nitrique, la liqueur devient jaune, et les propriétés de l'esprit sont altérées; il se produit de l'acide oxalique. L'acide hydro*

P»rt;es

l52 ACIDES.

chlorique donne une couleur bruue à l'esprit pyro-acétique, En le distillant avec cet acide, il se produit une combinaison, et il se forme une substance dont les propriétés diffèrent beaucoup de celles de l'étber hydrochlorique. D'où il paraît résulter que les propriétés de l'esprit pyro-acétique lui sont propres, et qu'il se distingue entièrement par elles de l'alcool, des éthers et des huiles volatiles; il mérite, en conséquence , une place particulière parmi les composés combustibles '.

V. Les premières expériences pour reconnaître la composite s sition de l'acide acétique, furent faites par le docteur Higgins. l'acideacéti^e Après avoir décomposé l'acide acétique en distillant l'acétate dépotasse, il recueillit et examina les produits 2: mais à cette époque la science de la chimie n'était pas assez avancée pour que nous puissions bien juger de l'exactitude des résultats d'une semblable analyse. Le sujet a été repris plus récemment, d'abord par Gay-Lussac et Thénard, et depuis par Berzelius. Gav-Lussac et Thénard brûlèrent un mélange d'acétate de barïte et de chlorate de potasse. L'acide fut entièrement converti en eau et en gaz acide carbonique. En examinant les produits gazeux , et la quantité d'acide acétique décomposé étant connue, ils se trouvèrent en état d'évaluer ses parties constituantes 3. Berzelius fit son analyse de l'acide acétique d'après les mêmes principes de la théorie. Mais il eut beaucoup de peine à se procurer le sel sur lequel il opéra, entièrement privé d'eau 4. Nous allons présenter ici , d'après ces chimistes, la composition de l'acide acétique.

Hydrogène. Carbone. Oxigène. Acide.

Gay-Lussac 5,629 -4- 5o,224 4- 44,i47 = 100

Berzelius 6,35 —H 46,83 4-46,82 s= 100

Si nous cousidérons le résultat de Berzelius comme se rapprochant le plus de la vérité , il s'ensuit que l'acide acétique est formé de

3 atomes hydrogène pesant 0,075

4 id. . . carbone 5, 000

5 id. . . oxigène 3, 00a

1 CheneviT, Ann. de Chim. LXIX, 5.

■ Filins on acelous acid , p. 26.

3 Recherches phvsico-chimiquc:;, II , 3oS. * Annals oi' Philosophy. IV, 323.

DE L'ACIDE EErNZOtQUS. 1 53

C'est donc un composé de i o atomes, et le poids dune molécule intégrante de ce composé est 6,3 y 5. La constitution des acétales confirme l'évaluation de ce poids. D'après l'analyse par Berzeb'us , des acétates de chaux et de plomb *, on a

Acétate de chaux.

Acide acétique. . 100 .... 6,6i5 Chaux 54,8 .... 5,625

Acétate de plomb.

Acide acétique 100 .... 6,45s

Oxidejauue de plomb. . 217,662. . . . i4

Le nombre équivalent pour l'acide acétique, suivant l'analyse du premier de ces sels, est 6,61 5, et d'après celle du second, de 6-432. Or, comme il est probable que ni l'un ni l'autre de ces sels n'était absolument privé d eau . nous pouvons considérer comme suffisamment rapprochée la coïncidence entre le poids d'un atome d'acide acétique que l'analyse de ces sels indique, et le poids donné par l'analyse de l'acide acétique.

SECTION II

De V Acide benzoïque.

I. Le BEHJOIF, ou behjamhjt, ainsi qu'on l'appelle quelque- Histoire, fois , est une espèce de résine qui nous vient des Indes orientales. On la retire, suivant le docteur Dryander, du styrax benzoe, arbre qui croît dans l'ile de Sumatra. Cette substance consiste en partie dans un acide particulier , dont Biaise de \ igenere donna, dès 1608, la description daus son Traité du feu et du sel, sous la dénomination de fleurs de benjoin , parce qu'il l'obtint par sublimation de la racine qui porte ce nom. On l'appela depuis acide benzoïque.

1. Pour obtenir cet acide par le procédé le plus ordinaire, Préparai;». on met du benjoin, grossièrement pulvérisé, dans un pot de terre, à l'ouverture duquel on ajuste un cône de papier épais. On place ce pot, ainsi disposé, sur un bain de sable ebauffé

* .Annals of Philosopby. V, \-\.

modérément; l'acide benzoïuie se sublime et s'attache an papier qu'on enlève alors pour lui en substituer un autre et ainsi successivement. Cette méthode était ennuyeuse et difficile. II n'éîait guère possible d'éviter que la chaleur agissant trop fortement sur le benjoin , il ne se volatilisât un peu d'huile empvrenmatique, et que la pureté de l'acide sublimé n'en fût altérée. Neuman proposa d humecter le benjoin d'alcool, et de le distiller ainsi dans une cornue à une douce chaleur. L'acide passe immédiatement après l'alcool , en partie cristallisé, et partie en consistance de beurre '. Geoffroy s'assura, en 1738, qu'eu faisant digérer du benjoin pulvérisé dans de l'eau chaude, ce liquide en prenait une portion qu'il déposait en cristaux par le refroidissement. Scheele publia, en 177 5, un procédé différent, auquel on donna généralement la préférence, comme plus facile et plus propre qu'aucun de ceux dont on s'était déjà servi, à produire une grande quantité d'acide. Ce procédé consiste * à opérer de la manière suivante. On verse d'abord sur quatre parties de chaux vive douze parties d'eau; et lorsque l'ébullition a cessé, on v en ajoute successivement quatre-vingt-seize autres. On met alors douze parties de benjoin réduit en poudre très-fine dans une bassine étamée , on verse dessus d'abord six parties environ du lait de chaux qui vient dètre préparé , et ensuite tout le reste peu à peu, et en remuant convenablement pour faciliter et bien opérer le mélange. Si l'on versait à-la fois toute l'eau de chaux sur le benjoin, au-lieu de s'y mêler, elle le coagulerait, et se formerait avec lui en masse. On fait bouillir le tout à un feu doux pendant une demi-heure, en agitant continuellement le mélange. On le retire alors du feu, et on le laisse déposer pendant une heure. On décante dans un vaisseau de verre la liqueur limpide surnageante ; on jeté sur le résidu dans la bassine quatre-vingt-seize parties d'eau pure; on fait bouillir pendant une demi-heure, on retire alors la liqueur du feu, on la laisse reposer, et on décante celle qui surnage pour l'ajouter à la première. On traite encore ainsi de nouveau le résidu, qu'on met ensuite sur un filtre où on le lave à plusieurs reprises avec de l'eau chaude. Dans cette opération, la terre calcaire se combine avec l'acide du

1 Nenmans Chemistry, p. 294.

* Schéele. I, 134.

DE LACIDE BENZOÏQUE. 1 55

benjoin , et le sépare des particules résineuses de cette substance. L'eau de chaux dissout un peu de résine, ce qui lui donne une* teinte jaune. On réunit ensemble les liqueurs décantées et celles de lavage ; et après avoir réduit , par l'évaporation, la liqueur totale à vingt-quatre parties, on la décante dans un autre vaisseau de verre.

Lorsqu'elle est refroidie, on verse dans la liqueur de l'acide hvdrochloriqne,enla remuant continuellement jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité, ou jusqu'à ce que la masse ait acquis une saveur légèrement acide. L'acide benzoïque qui était tenu en dissolution par la chaux , est précipité sous la forme d'une poudre fine.

Hatchett a observé qu'en faisant digérer du benjoin dans de l'acide sulfnrique, il se sublime une grande quantité d'acide benzoïquc en beaux cristaux. Par ce procédé, le plus simple de tous j on obtient l'acide à l'état de pureté. Il mérite donc principalement l'attention de ceux qui le préparent en grand \

2. L'acide benzoïque, ainsi obtenu, est une poudre blan- propriété,. cbàtre, fine, légère, d'une saveur sucrée et tant soit peu amère; son odeur est peu forte , mais particulière et aromatique a. Cette substance n'est pas cassante, elle a, au contraire, une sorte de ductilité; sa pesanteur spécifique est de 0,657 .3 L'acide benzoïque affecte difficilement l'infusion de violette, mais il rougit celle de tournesol, et spécialement à chaud <-.

L'acide benzoïque est volatilisé par la chaleur ; il répand alors une forte odeur , qui provoque la toux. Chauffé au chalumeau sur une cuiller d'argent . il fond , devient fluide comme l'eau , et s'évapore sans s'enflammer. 11 ne brûle que lorsqu'il est en contact avec la flamme , et alors il ne laisse point de résidu. Si on le met sur des charbons ardens , il s'exhale en une fumée blanche; si, lorsqu'il est fondu, on le laisse refroidir , il se durcit , et il se forme à sa surface une croûte rayonnée 5. Distillé à vaisseau clos , il se sublime en

1 Hatchett's AdditionalExperiments on Tannin. Phil. Trans. i8o5.

* Cette odenr est due à une petite portion d'huile empvreumatique

?ui adhère à l'acide. Giesse l'a obtenu absolument inodore. Voyez hil. Mag. XIV, 33 1.

3 Hassenfratz , Ann. de Chim. XXVIII, n.

* Morveau , Encjcl. mélhod. chim. I , 44* ? Lichtenstein.

ï56 ACIDES.

grande partie sans être altéré ; mais il s'en décompose une portion , qui est presque entièrement convertie en huile et en gaz hydrogène carboné.

3. Cet acide n'est pas altéré par son exposition à l'air. Il faut 200 parties d'eau froide pour dissoudre une partie de l'acide ■ , et une partie n'exige pour sa dissolution que 24,5 parties environ d'eau bouillante 2.

II. Les soutiens simples de combustion non plus que les combustibles simples, n'ont aucune action sensible sur l'acide benzoïque, à la température ordinaire de l'atmosphère, autant qu'on a pu s'en assurer; mais il n'a été fait que très-peu d'expériences à ce sujet.

Eenzoates. \[\ L'acide benzoïque se combine avec les alcalis , les terres , et les oxides métalliques. On distingue ces combinaisons par le nom de benzoates.

Les benzoates alcalins sont solubles dans l'eau ; il en est de même des benzoates de barite, de strontiane et de magnésie. Ceux d'alumine , dyttria et de chaux , ne se dissolvent qu'en petite quantité dans ce liquide. Parmi les sels métalliques , ceux de tellure , de mercure et de fer sont les seuls qui forment des précipités insolubles , lorsqu'on les mêle avec le benzoate d'ammoniaque. Le tellure et le mercure sont précipités en blanc , le fer en orangé. Berzelius 3 a proposé le benzoate d'ammoniaque , comme un excellent agent pour précipiter le fer, et le séparer d'autres corps avec lesquels il peut être uni. Cette méthode , d'après les expériences de Hisinger , paraît bonne ; mais il faut que le fer soit à l'état de peroxide , et que le liquide ne soit pas avec excès dacide 4.

IV. L'acide sulfurique concentré dissout l'acide benzoïque sans production de chaleur, ni aucun autre changement, si ce n'est qu'il prend une légère teinte brune. En ajoutant de l'eau à cette dissolution, l'acide benzoïque s'en sépare, et se coagule à la surface sans être altéré en aucune manière 5. L'acide nitrique, ainsi que l'acide sulfureux, présentent les mêmes

■ Bucholz, Gehlen's Journal for clicChemie, Physik und Minéralogie. JX , 3 jo.

2 Bucholz , ibid.

3 AfhancHingar. I , \.n\.

< Ibid. III, 16a.

s Lichtcnstein.

DE LACIDE BENZOÏQUE. 1 37

phénomènes. L'acide hydrochlorique , le chlore et l'acide phosphorique , ne dissolvent point l'acide benzoïque. L'acide acétique lç dissout à chaud précisément comme cela a lieu avec l'eau ; mais ce qu'il en a pris cristallise de nouveau par le refroidissement de l'acide \

Il se dissout en très-grande quantité dans l'alcool , qui l'abandonne et le laisse précipiter par une addition d'eau. L'alcool bouillant peut en prendre une quantité égale à son propre poids*, ioo parties d'alcool absolu dissolvent à peine, à froid , 56 parties d'acide benzoïque.

On fait quelquefois usage de cet acide en médecine ; mais beaucoup moins fréquemment aujourd'hui qu'autrefois.

V. Berzelius a fait avec beaucoup de soin , l'analyse de parties l'acide benzoïque 3 , il l'a trouvé compost*de

Hydrogène.... 5, 16 ou 6 atomes = o,j5

Carbone 74,41.. . i5 = 11, 25

Oxigène 20, 45... 5 = 3,oo

constituâtes.

Page 1