‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd. (de 1817) (volume 3)Chapitre 71 sur 211 · DE L'ACIDE CITRIQUE · texte numérisé non relu

DE L'ACIDE CITRIQUE

l'étain; il n'attaque point l'or, l'argent, le platine, le mercure, le bismuth, l'antimoine et l'arsenic.

6. Cet acMe forme, en se combinant avec les alcalis, les terres et les oxides métalliques, des sels auxquels on a donné le nom de citrates,

7. On ne connaît, des effets que les autres acides peuvent Action

'. . „ . ,7 . . * ,.| ' 1 des acide*.

pronuire sur 1 acide citrique, que ceux qui! éprouve des acides sulfurique et nitrique. L acide sulfurique concentré le convertit en acide acétique f. Schéele dit que par l'acide nitrique il ne put le changer en acide oxalique, ainsi qu'il y était parvenu avec plusieurs autres acides -, mais Westrumb assure que cette conversion peut avoir lieu; et il pense que si Schéele , en essayant de l'opérer par cet acide, n'y a pas réussi, c'est qu'il en avait probablement employé une trop grande quantité, et que l'acide citrique aura été changé en vinaigre. Il cite, à l'appui de cette opinion, ses propres expériences , d'où il résulte qu'en traitant 60 gram. d'acide citrique avec diverses proportions d'acide nitrique, les produits qu'il obtint furent très différens. Ainsi, par exemple , 200 grammes d'acide nitrique lui donnèrent 3o grammes d'acide oxalique ; avec 3oo gramm., il n'en obtint que i5 seulement de ce dernier acide; et avec 600 grammes , il n'eut aucun indice qu'il eût été formé de l'acide oxalique. En distillant les produits de ces expériences , notamment de ia dernière, il obtint un mélange de vinaigre et d'acide nitrique. Les expériences de Westrumb ont été confirmées par celles de Fourcroy et de Vauquelin, qui, en traitant l'acide citrique avec l'acide nitrique en grande quantité , le transformèrent en acides oxalique et acétique. La proportion du premier de ces acides était beaucoup moindre que celle de l'autre.

8. Gay-Lussac et Thénard* , ainsi que Berzelius 3 , ont fait Composition. avec beaucoup de précision l'analyse de l'acide citrique. Ils

ont eu pour résultats , savoir :

Hydrogène. Carbone. Oxigène.

Gay-Lussac. . . . 6,55o -4- 55, 811 4- 59,859 Berzelius 5, 800 -4- 4*^69 -+- 54,85 1

Si nous prenons les nombres de Berzelius comme donnant

* Fourcroy. VII, 9.06.

a Recherches physico-chimiques. II, 307.

3 AnnaJs of Phiîosopiiy, V, g3.

lS8 ACIDES.

l'approximation la plus exacte, nous pourrons considérer la constitution de l'acide citrique comme étant

3 Atomes hydrogène = 0,375 *

4 Atomes carbone zn 3, 000

4 Atomes oxigène = 4^000

D'après cette composition, le poids d'une molécule intégrante d'acide citrique est 7,370 , ce qui s'accorde très-bien avec le nombre équivalent pour l'acide citrique dérivé de la composition du citrate de plomb; ce sel, suivant Berzelius , est composé de

Acide citrique 100 7,068

Oxide de plomb 190 i4

La différence entre 7,375 et 7,368 est très-peu de chose.

SECTION XIII

De l'Acide rheumique.

Quoique les caractères et la nature particulière de cet acide ne soient qu'imparfaitement établis, je pense cependant qu'il convient d'en parler ici , afin de suggérer aux chimistes l'idée de le soumettre à un examen plus approfondi. Histoin?. Ce fut M. Henderson qui publia le premier, en 1816, un Mémoire sur cet acide2 : il l'obtint du suc de la tiee de la rhubarbe commune de nos jardins ( rheum rhaponticum )« Il parait, d'après ses expériences, que cette tige consiste pour environ les 0,80 de son poids, en suc ou jus qui , étant exprimé , est transparent et incolore. M. Henderson , après avoir saturé ce suc avec de la craie et avoir bien lavé avec l'eau froide le sédiment non dissous, le décomposait par l'acide sulfurique; il filtrait ensuite la liqueur, et la concen-

1 L'analyse rie Berzelius n'indique que deux atomes ; mais j'ai préféré d'en établir trois . en partie , à raison de la plu* grande quantité d'hydrogène obtenue par Gay-Lussac etThe'nard , et en partie, parce eue ces "trois atomes font mieux coïncider le poids avec le nombre équivalent pour l'acide, dérive' de la composition du citrate de plomb.

'» Annals of Phiiosophy. VIII, 2^7.

DE LACIDE R HE LUI QUE. l8p

trait en l'évaporant, \lacide rheumique s'y déposait en cristaux d'un blanc de neige. Cet acide était redisses daus l'eau, et on le faisait cristalliser uue seconde fois pour le dépouiller entièrement du sulfate de chaux avec lequel il se trouvait mêlé.

L'acide rheumique ainsi préparé, est en cristaux aiguillés Propriété* . d'un blanc de neige. Sa saveur est acide. 11 se dissout dans deux fois sou poids d'eau, et il est légèrement déliquescent à l'air. Il forme, avec la potasse et la soude, des sels cristallisables et solubles. Il précipite le plomb et la chaux de leurs dissolutions, à l'état d'une poudre blanche. Il dissout le mercure avec facilité , lors même qu'il lui est présenté à l'état métallique. Il dissout aussi le fer avec effervescence, et sa combinaison avec ce métal, produit un sel qui cristallise. Il se combine également avec l'oxide de zinc, l'oxide de cuivre et l'acide arséuieux. Il forme avec cet acide des cristaux cubiques.

La propriété la plus remarquable de cet acide , propriété qui le distingue de tout autre acide végétal à présent connu, est celle qu'il a d'agir avec facilité sur le mercure à l'état métallique et de le dissoudre avec effervescence. Si cette propriété était constatée, elle établirait complètement la nature particulière de l'acide; mais si nous raisonnions d'après l'analogie, nous devrions la considérer comme étant incompatible avec la nature des acides végétaux. 11 faudrait donc qu'elle fût bien prouvée avant qu'on pût l'admettre. Cet acide, par sa forme cristalline et en même-temps par sa dissolubilité dans l'eau, diffère également de tous les autres acides végétaux; mais la description que donne M. Henderson des sels que forme l'acide rheumique , est trop incomplète pour qu'il nous soit possible de les comparer avec les sels produits par les autres acides végétaux, et de reconnaître en quoi les sels de l'acide rheumique peuvent en différer. 11 me reste des doutes sur la réalité de quelques-unes des propriétés qu'il leur attribue.

Ainsi donc il convient d'examiner avec plus de soin et plus en détail qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, les propriétés de l'acide rheumique , avant d'en considérer l'existence comme établie.

ÎQO ACIDES»

SECTION XIV

De V Acide kiniqi/e.

Découverte. M. Deschamps jeune, pharmacien à Lyon , publia , il y a quelque temps, nue méthode à l'aide de laquelle rm parvenait facilement à extraire du quinquina, un sel auquel les médecins de Lyon atti muaient la vertu fébrifuge de cette substance. Son procédé, pour obtenir ce sel , était trèvsimple. Il mettait du quinquina en macération dans l'eau froide; et après avoir concentré l'infusion en l'évaporant, il l'abandonnait pendant quelque temps dms un vaisseau ouvert. Il s'y formait peu-àpeu des cristaux du sel, qui se séparaient de la liqueur: et après avoir recueilli ces cristaux, on les purifiait par des cristallisations répétées, ioo parties de quinquina fournissaient environ n parties de ces crisf :ux*.

Ce sel a été examiné depuis par Vauquelin. Il a reconnu que c'était un composé de chaux unie à un acide particulier jusqu'alors inconnu. Ce savant lui a donné le nom de kinique1 dérivant de celui quinquina, par lequel les écrivains français désignent l'écorce iaune du Pérou d'où ce sel est extrait.

Kinate Ainsi le sel annoncé par Deschamps, est le kinate di chaux.

<ic -t-iuiix. Ce sel est blanc; il cristallise en lames carrées ou rhom-

boïdales. Il n'a point de saveur, et il est flexible sous les dents.

Il se dissout dans environ cinq fois son poids d'eau, à la

température de ia« cenîigr. Il est insoluble dans l'alkool.

Mis sur des charbons ardens, il se boursoufle, en répandant une odeur semblable à celle du tartrate acide de potasse, et il laisse un mélange de carbonate de chaux et de charbon. Les alcalis fixes et leurs carbonates précipitent la chaux de la dissolution de ce sel , mais l'ammoniaque n'v produit pas le même effet. Les acides suîfurique et oxalique précipitent également la chaux de la dissolution du kinate de cette base, mais ce sel ne fait éprouver aucune altération à la dissolution d'acétate de plomb et à celle du nitrate d'argent. L'infusion de tan occasionne dans la dissolution du kinate de chaux, un précipité jaune floconneux.

* Ann. de Chim. LIX , 162.

DE LAC IDE Kl Kl QUE. Igl

\ auquelin se servit d'acide oxalique pour séparer l'acide sép«*fio« kinique de la chaux. L'oxalate de chaux, précipité par ioo d*,'acideparties de kiuate de chaux , représentait 27 parties de précipité sec; Vauqueliu conclut de ce résultat, que le sel était composé de 85 parties d'acide et de i5 parties de chaux. Mais dans 27 parties d'oxalate de chaux, il n'y a pas beaucoup plus de 10 parties de chaux; donc le sel doit être composé de 90 parties d'acide et de 10 parties de chaux.

L acide kinique ainsi dégagé de la chaux, fut concentré par Ptopnété* évaporation, jusqu'à consistance de sirop, et la liqueur avant été abandonnée à elle-même pendant une semaine , il ne s'y forma point de cristaux; mais après avoir été remuée, au bout de ce temps , avec une baguette de verre , la liqueur cristallisa tout à-la-fois et en totalité, en lames divergentes.

Cet acide était légèrement coloré eu brun , ce qui provenait sans doute de ce qu'il n'était pas parfaitement pur. Sa saveur était extrêmement acide et un peu amère , probablement parce qu'il retenait encore quelque chose des autres parties constituantes du quinquina. Il n'était point altéré par son exposition à l'air.

Mis sur les charbons ardens, il se fond, bouillonne, noircit et exhale des vapeurs piquantes , et il ne reste qu'un peu de charbon.

L'acide kinique se combine avec les différentes bases, et forme des sels appelés kinates. Les kiuates terreux et alcalins sont solubles et cristallisables. Cet acide ne précipite point les nitrates d'argent, de mercure et de plomb*.

Ce détail , tout imparfait qu'il est, suffit pour faire distinguer l'acide kinique de tout autre acide. Sa décomposition par la chaleur, le range parmi les acides combustibles; mais sa faculté de cristallisation , sa grande solubilité dans l'eau , la propriété qu'il a de former avec la chaux des sels solubles, et de ne point précipiter l'argent ni le plomb, sont des caractères marquans qui doivent le faire distinguer de tous \es autres acides combustibles avec lesquels il aurait pu être confondu.

* Ann. de Chim. LIX, 162.

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SECTION XV

X>e l'Acide saccho-lactique ou mucique.

Hisioire. Cet acide fut découvert par Schéele, en 1780. Ce chimiste ayant voulu s'assurer s'il obtiendrait , du sucre de lait, le même produit d'acide oxalique que lui avait donné le sucre, il essaya de distiller au bain de sable , dans une grande cornue de verre, un mélange de 124 grammes de sucre de lait pur réduit en poudre fine, et de 3y2 grammes d'acide nitrique étendu. La vive effervescence qui se manifesta dès le commencement de l'opération, l'obligea de retirer la cornue de dessus le bain de sable, jusqu'à ce que la plus grande- agitation eût cessé. En continuant alors la distillation, le mélange prit une couleur jaune; et comme la liqueur, dans la cornue, ne présentait au bout de deux jours de repos, aucune apparence de formation de cristaux, il recommença la distillation comme auparavant, en ajoutant 248 grammes d'acide nitrique; et il poussa l'opération jusqu'à ce que la couleur jaune du mélange, que cette addition d'acide avait fait disparaître, eût été rétablie. La liqueur, dans la cornue, contenait une poudre blanche; et on remarquait que par le refroidissement elle s'épaississait. Il retendit alors de 2:J8 grammes d'eau, et la filtra , pour en séparer la poudre blanche qui , bien lavée et séchée, pesait environ 29 grammes. 11 distilla de nouveau la dissolution filtrée, préalablement évaporée jusqu'à consistance de sirop, avec 124 grammes d'acide nitrique; et après l'évaporation, la liqueur, en se refroidissant, donna beaucoup de petits cristaux oblongs, acidulés, et un peu de poudre blanche. Cette poudre ayant été séparée, il distilla de nouveau la liqueur avec une plus grande proportion d'acide nitrique , et elle fournit encore des cristaux ; enfin, en distillant une dernière fois, avec une addition encore plus forte d'acide nitrique, la liqueur cristallisa en totalité. Après avoir réuni tous les cristaux obtenus dont le poids se trouva être d'environ 9 grammes, il leur reconnut, en les essayant, les propriétés de l'acide oxalique.

Schéele ayant ensuite examiné les propriétés de la poudre blanche, il trouva que c'était un acide d'une nature particu-

de l'acide saccho-lactique. iq3

frère, auquel il donna le nom d'acide du sucre de /ait1, il fut appelé depuis, parles chimistes français, acide saccho-lactique, dénomination à laquelle Fouicroy substitua celle d'acide muqueux, parce qu'on l'obtenait également de la gomme arabique , et d'autres substances mucilagineuses, traitées avec l'acide nitrique. Depuis on a donné à cet acide le nom d'acide mucique, mais ce nom ne nous paraissant pas bien approprié à cet acide, nous lui conserverons ici celui de saccho-lactique.

i. On peut se procurer l'acide saccho-lactique eu chauf- Pr<: rall-on tant à une douce chaleur, dans une cornue, un mélange d'une partie de gomme arabique, ou de toute autre gomme semblable, avec deux parties d'acide nitrique, jusqu'à ce qu'il ne se dégage presque plus de deutoxide d'azote et de gaz acide carbonique-, on laisse alors refroidir le mélange. 11 s'en précipite peu-à-peu une poudre blanche qu'on sépare de la liqueur en la filtrant : cette poudre est l'acide saccho-lactique a. Cet acide n'est pas pur ; il se trouve mêlé avec une portion considérable d'nxalate de chaux et avec environ les 0,06 d'une substance qui, probablement, est un composé de gomme et de chaux. On peut en séparer l'oxaîate de chaux, en mettant àplusieurs reprises la poudre blanche en digestion dans de l'acide nitrique étendu. On enlève le gommate de chaux en dissolvant dans l'eau bouillante le résidu acide saccho-lactique, le gommate de chaux étant insoluble dans ce liquide. Par le refroidissement de la liqueur, l'acide saccho-lactique s'y dépose à l'état de pureté 3. Si c'est le sucre de lait qu'on employé, au-lieu de gomme, lacide saccho-lactique s'obtient tout de suite à l'état de pureté.

2 . L'acide saccho-lactique ainsi obtenu, est sous la forme d'une poudre blanche , graveleuse, d'une saveur légèrement acide.

Il est décomposé par la chaleur. Les produits qu'il donne à la distillation sont une liqueur acide qui cristallise en aiguilles par le refroidissement, une huile acre colorée en rouge, du gaz acide carbonique, et du gaz hydrogène carboné. Il reste dans la cornue une grande quantité de charbon. Suivant Tromsdorf , on obtient aussi un acide en cristaux qui a les propriétés de l'acide succinique 4.

1 Schëele. Il, 69.

* Fourcroy. VII, 1^6.

3 Laugier, Ann. de Chim. LXXII, 81.

4 Ann. de Chim. LXXI, 79.

Suivant Schéele, cet acide est soluble dans 60 fois son poids d'eau bouillante; mais il lui en faut 80, d'après les expériences de M. Hermbstadt x et de Morveau*. Il cristallise par refroidissement, dans la dissolution, environ les o,25 de ce qu'elle en contient 3.

La saveur de cette dissolution est acide, elle rougit la teinture de tournesol 4. Sa pesanteur spécifique, à la température de 120 centigrades, est de i,ooi55.

On appelle saccho-lactates ou mucates^ les composés que forme cet acide avec les terres , les alcalis et les oxides métalliques. Ces sels ne sont que très-imparfaitement connus. Peu de chimistes les ont examinés , excepté Schéele , qui a constaté les faits suivans.

Avec la potasse, l'acide saccho-lactique forme un sel soluble dans huit fois son poids d'eau bouillante, et qui cristallise par refroidissement. Le saccholactate de soude est aussi cristaliisable, et soluble dans cinq parties d'eau bouillante. A un feu modéré, l'ammoniaque est séparée du saccholactate d'ammoniaque , et l'acide reste. Les saccho-lactates terreux sont à-peu-près insolubles dans l'eau. L'acide saccholactique agit à peine sur les métaux; mais il se combine avec leurs oxides, et ces combinaisons forment des sels qui sont presqu'insolubles dans l'eau.

Il produit un précipité blanc avec les nitrates d'argent, de mercure ou de plomb. Il ne fait éprouver aucun changement aux sulfates de fer, de cuivre, de zinc , de manganèse, non plus qu'aux hydrochlorates d'étain et de mercure 6. Composition.- L'acide saccho-lactique a été analysé avec une grande précision par Gay-Lussac et Thénard ?, et par Berzelius 8 ; leurs expériences présentent pour résultats, savoir :

Hydrogène, Carbone. Oxigène.

Gay-Lussac. . . 3,62 -H 35,6g -4- 62,69 = 100 Berzelius..... 5,io5 -t- 33, 43o -f- 61, 465 s= 100

1 Phys. cheni.

3 Encyclop. méth. chim. I, 290.

* Schéele.

4 Ibid.

s Moi veau, Encycloo. méth. chim. I, 290,

6 Schéele. II, 76.

7 Recherches physico-ehirniques. II 7 298.

8 Aimais of Philuïophy. V, 179.

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