DE LACIDE U RI QUE. I9.Ç
En prenant les nombres de Berzelius comme se rapprochant le plus de la vérité, ils nous donneront, pour la constitution de l'acide saccho-lactique,
5 atomes hydrogène . = 0,625
6 atomes carbone... = 4,5 8 atomes oxiffè ne. .. . = 8
La composition du saccho-lactate de plomb, telle qu'elle a été dé erminée par l'analyse de Berzelius, correspond trèsbien avec le poids dune molécule intégraute d'acide saccholactique. Cette composition est,
Acide saccho-lactique,... 100 .... i3,i Oxide de plomb 106,87.... i4
Le nombre équivalent pour l'acide saccho-lactique, indiqué par cette analyse, est 1 3.1, ce qui coïncide presque parfaitement avec le nombre résultant de l'analyse de l'acide lui-même.
SECTION XVI
De l'Acide urique.
Les chimistes s'étaient occupés de différens moyens pour D/co parvenir à reconnaître la nature des concrétions calculeuses qui, en se formant accidentellement dans les reins et dans la vessie, donueut naissance à l'une des plus douloureuses maladies que l'homme ait à supporter. Ces essais n'eurent que très-peu de succès jusqu'à 1 époque où Schéele publia, en 1776 , une suite d'expériences sur ce sujet. En examinant plusieurs de ces calculs urinaires, il les trouva principalement composés d'un acide particulier dont il décrivit les propriétés. Les résultats obtenus par Schéele furent confirmés bientôt api'ès par Bergman, qui s'était occupé a-peu-près en même-temps d'expériences semblables *. L'acide ain^i découvert, appelé d abord par Mo veau bezoardinne^ reçut des chimistes français, lorsqu'ils établirent, en 1787 , la nouvelle
* Schéele. I, 199 et 210. Traduct. française.
uvert»-
nomenclature chimique , le nom de lithique ; et cette der* nière dénomination fut depuis abandonnée pour y substituer celle & acide urique , changement qui eut principalement lieu en conséquence des observations et objections du docteur Pearson.
Schéele s'assura que l'acide urique existe toujours dans l'urine de l'homme. M. Higgins, en 1789 *, et le docteur Austin en 1791 , publièrent des expériences sur les calculs urinaires -, mais ces expériences avaient peu ajouté à nos connaissances sur l'acide urique , lorsque le docteur Wollaston publia, en 1797, son admirable mémoire sur les concrétions calculeuses. Le docteur Pearson fit connaître, en 1798, une suite d'expériences très-multipliées sur le même sujet ; en présentant l'énumération de ses essais sur l'acide urique, il cherche à démontrer que le nom d'acide ne peut convenir à cette substance , et qu'elle doit être classée parmi les oxides animaux. L'exposé de ces expériences du docteur Pearson , ayant appelé l'attention de Fourcroy et Vauquelin sur l'acide qui en avait été l'objet, ces savans publièrent un excellent traité sur les calculs urinaires, traité d'après lequel il ne pouvait plus rester aucun doute sur les propriétés acides de ces calculs, et qui confirmait pleinement, à cet égard, les observations de Bergman et de Schéele. Mais c'est au docteur Henry que nous sommes redevables de l'exposé le plus complet de la nature et des propriétés de l'acide urique. Ce chimiste , qui en avait fait l'objet de sa thèse publiée en 1807, fit paraître depuis un mémoire sur cet acide, dans la nouvelle suite des mémoires de Manchester. Préparation. i. Pour obtenir l'acide urique pur, le docteur Henry faisait choix de calculs préalablement reconnus pour être principalement composés de cet acide; il en faisait dissoudre,, après avoir été pulvérisés , dans une lessive dépotasse, et il précipitait de cette dissolution l'acide urique par les acides hydrochlorique ou acétique. Il lavait d'abord le précipité pulvérulent qui s'était produit dans la liqueur, avec un peu d'ammoniaque , afin de lui enlever tout acide étranger qu'il aurait pu retenir, et il l'édulcorait ensuite avec une suffisante quantité d'eau chaude.
* Comparative view of tbe phlogistic and antiphlogistic théories , p. 283.
DE L ACIDE URIQUE. ICfl
2. L acide urique, ainsi préparé, est une poudre blanche. Pw rude au toucher sans être graveleuse. Il est insipide et inodore, M rougit la teinture de tournesol. 11 se dissout dans 1720 parties d'eau à la température de 160 centigrades , et dans 1 iôo parties d'eau bouillante. A mesure que cette dernière dissolution refroidit , il s'y dépose de très-petits cristaux d'acide urique. La dissolution aqueuse rougit le tournesol, mais elle ne précipite point les sels terreux et métalliques1.
3. L'acide urique est rapidement dissous par les lessives d'alcalis fixes , mais moins promptement par l'ammoniaque. Les carbonates alcalins n'ont aucune action sur lui a.
4- Cet acide décompose les hydrosulfates alcalins, dont il précipite le soufre. Il décompose aussi le savon , lorsqu'on l'emploie en quantité suffisante 3.
5. L'acide urique se dissout dans l'acide nitrique ; et cette dissolution, évaporée presque à siccité, prend une belle couleur rosacée, qui augmente tellement d'iuteusité par une additiou d'eau, qu'elle finit par se rapprocher de celle du carmin. Dans cet état , elle colore le bois et la peau en un beau rouge. La dissolution aqueuse de cette matière perd en peu d heures sa couleur rouge , qui ne peut plus être ensuite rétablie 4.
En faisant bouillir la dissolution d'acide urique dans 1 acide nitrique , il s'en dégage du gaz azote , du g*z acide carbonique , et de l'acide hvdrocyanique 5. Le docteur Paerson parvint, par des distillations répétées, à convertir le résidu en nitrate d'ammoniaque. En faisant passer de la vapeur de chlore dans de l'eau tenant de l'acide urique en suspension, cet acide prend une apparence gélatineuse , et ensuite il se dissout. 11 y a dégagement de gaz acide carbonique, et la dissolution donne par évaporation de l'hvdrochloiate d'ammoniaque, du suroxalate d'ammoniaque, de 1 acide hvdrochlorique et de l'acide malique.
6. L'acide urique se combine avec les différentes bases, et ces combinaisons forment un genre de sels appelés urates^ dont nous devons principalement l'examen au docteur Henry.
* Henry.
a Schéele , Fourcroy et Henry.
3 Henry.
* Schéele, Bergman, Pearson et Henry.
5 Fourcroy, Ann, de Chim. XXVII, 267.
7. A la distillation de l'acide urique, il passe environ les 0,2.5 de cet acide dont les propriétés sont altérées , et on le trouve dans le récipient cristallisé en lames. On y aperçoit en outre quelques gouttes d une huile épaisse. 11 passe ensuite les o,i25 de l'acide à 1 état de carbonate d'ammoniaque concret, puis de Thydrocyanaîe d'ammoniaque, de l'eau et de Pac.de carbonique ; il reste dans la cornue une quantité de charbon qui s'élève aux 0,120 du poids de l'acide distillé*. La décomposition a lieu , suivant le docteur Henry , dans l'ordre qui suit : i .° il passe dans le récipient une ou deux gouttes d'eau, tenant en dissolution du carbonate d'ammoniaqi.e; 2.0 du carbonate d'ammoniaque sec: 3.° l'acide sublimé; 4-° le charbon dans la cornue équivaut au sixième du calcul distillé.
SoWinié Le docteur William Henry s'est particulièrement occupé
a-acide uriqoe.jg reconnaître la nature de "l'acide sublimé. Scbéele l'avait considéré comme ayant de l'analogie avec l'acide succinique, et le docteur Paerson, comme se rapprochant, dans ses propriétés de 1 acide benzoïque. Le docteur Henry regarde ce sublimé acide, comme un sel composé d'un acide particulier à l'état de combinaison avec l'ammoniaque , et il reconnut à ce composé les propriétés ci-après :
Il est jaune , d'une saveur fraîche et araère ; il se dissout facilement dans l'eau et dans les dissolutions alcalines; il n'en peut être précipité par les acides; il se dissout aussi un peu dans l'alcool. Il est volatil ; et par une seconde sublimation, il devient beaucoup plus blanc. Sa dissolution aqueuse rougit les couleurs bleues végétales; mais l'addition d'une très-petite quantité d'ammoniaque détruit cette propriété. Il ne fait point effervescence avec les carbonates alcalins. Il fournit, parévaporation, des cristaux permanens , mais d'une forme difficile à déterminer, à raison d'une certaine portion de matière animale qui y est adhérente. Ces cristaux rougissent les couleurs bleues végétales. Lorsqu'on ajoute de la potasse à ces cristaux, il y a dégagement d'ammoniaque. En les dissolvant dans Pacide nitrique, ils ne tachent pas en rouge, ainsi que cela a lieu avec l'acide urique, et leur dissolution aqueuse ne décompose pas les sels terreux, comme le font les urates alcalins. Cet acide sublimé n'a aucune action sur les sels de
Fourcroy, Acn, de Chini. XVI, nG.
de l'acide laccique. 1 99
cuivre , de fer , d'or , de platine, detaio et de mercure. Avec les nitrates d argent et de mercure , et l'acétate de plomb , il forme un précipité blanc, soluble dans un excès d'acide nitrique, L'acide hydrochlorique ne produit aucun précipité dans la dissolution* aqueuse de ces cristaux. Ces propriétés de l'acide sublimé, nous démontrent qu'il diffère de l'acide urique, ainsi que de tout autre acide connu. Le docteur Austin trouva, que par des distillations répétées, cet acide sublimé se résolvait en ammoniaque , en azote et en acide hydrocyanique ; d'où il suit que ses parties constituantes sont indubitablement les mêmes que celles de l'acide urique , mais variant seulement dans la proportion.
Oo voit, par les expériences de Gay-Lussac, que l'acide Composition, urique contient 2, atomes de carbone et 1 atome d'azote r,et en le supposant combiné avec 1 atome d'oxigène,la composition de l'acide urique serait
1 atome azote = 1,73
2 atomes carboné . . = i,5o 1 atome oxi<:ène . . . ■= 1,00
D'après cette constitution de l'acide urique , le poids d'une de ses molécules intégrantes serait ^20.
SECTION XVII
De V Acide laccique.
C'est le docteur Jobn qui obtint cet acide de la laque en Préparation. bdtonz,en opérant de la manière suivante. Après avoir réduit en poudre un bâton de laque, il mettait cette poudre en digestion dans l'eau, et l'y laissait jusqu'à ce qu'elle ne communiquât plus de couleur à ce liquide. On évaporait la solution aqueuse jusqu'à siccité, et le résidu était mis en digestion dans l'alcool. La solution alcoolique était également évaporée à siccité, et le résidu desséché était mis à digérer à son tour dans
1 Ann. deChim. XCVI , 53.
2 La laque est une substance formc'e par des insectes, dans les Indes. ÏNous en parlerons en traitant des résines.
lether.La solution éthérée étant aussi évaporée, laissait une masse sirupeuse d'un jaune clair, qui était de nouveau dissoute dans l'alcool. En ajoutant de l'eau à cette dissolution , elle abandonnait un peu de résine. Le liquide contient alors l'acide laccique uni avec un peu de potasse et de chaux. On en séparait ces substances en précipitant l'acide par le plomb, et en décomposant le laccate de plomb au moyen de l'acide sulfurique ajouté en quantité justement suffisante pour saturer l'oxide de plomb.
Fropriéiés. i . L'acide laccique ainsi obteriu , est susceptible de cristalliser; sa couleur est d'un jaune de vin, sa saveur est acide. Il est soluble dans l'eau, dans l'alcool et l'éther.
2. Il précipite en blanc le plomb et le mercure de leurs dissolutions acides; mais il ne trouble pas l'eau de chaux, non plus que les nitrates d'argent et de barite.
3. L'acide laccique pur, ou combiné avec une base , précipite les sels de fer en blanc.
4- Ses composés avec la chaux , la soude et la potasse , sont déliquescents et solubles dans l'alcool ".
SECTION XVIII
De l'Acide malique»
Préparation. Cet acide , que Schéele découvrit en 1785, a recule nom diacide malique , parce qu'on peut l'extraire en grandequantité du suc des pommes , où il existe tout formé. hê< procédé que Schéele indique pour obtenir cet acide, consiste à saturer de potasse du suc de pommes , et à verser dans cette liqueur de l'acétate de plomb , jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité. Après avoir lavé, dans une suffisante quantité d'eau , celui qui a été produit , on le traite avec de l'acide sulfurique étendu , jusqu'à ce que la liqueur surnageante ait acquis une saveur sensiblement acide , et que celle, sucrée qu'elle conservait , tant qu'il y restait encore du sel de plomb , ne s'y reconnaisse plus. On en sépare alors , en la filtrant, le précipité de sulfate de plomb qui s'y est formé, et elle ne contient plus que l'acide malique pur 3.
1 Schvreigger's Jonrn. XV. no.
» Swedish frans. atid Crell's Aunals, 1^85