DU NICKEL
SECTION II
Du Nickel.
On trouve, dans différentes contrées de l'Allemagne, un Histoire. minéral pesant, d'un brun rougeàtre, qui a de la ressemblance avec le cuivre.
En l'exposant à l'air, il y perd par degré son éclat, devient d'abord brunâtre, et finit par se couvrir de tacbes vertes. On le prit d'abord pour une mine de cuivre \ mais coaime on ne pouvait pas parvenir à en extraire la moindre portion de ce métal, les mineurs lui donnèrent le nom de hipfernichel ^ ou ( faux cuivre ^\ Hierne, qu'on peut considérer comme le père des cliimistes suédois, est le premier qui ait parlé de ce minéral. Il en donna la description dans un traité qu'il publia en 1694, sur l'art de découvrir les métaux. Les minéralogistes le regardaient toujours comme une mine de cuivre , lorsque Cronstedt annonça, par le détail de ses expériences, inséré dans les transactions de Suède en lyoi et 1704, quil avait reconnu que ce minéral contenait un métal nouveau , auquel il avait donné le nom de nickel.
Cette opinion fut adoptée par tous les Suédois et même par le plus grand nombre des chimistes. Quelques-uns cependant, Sage et Monnet entre autres, affirmèrent que ce n'était point un nouveau métal, mais seulement un composé de différens métaux connus . qu'on pouvait séparer les uns des autres , par les procédés ordinaires. Ces assertions portèrent Bergman à entreprendre une suite d'expériences sur cette substance, afin d'obtenir , s'il était possible , le nickel à l'état de pureté; car Cronstedt n'avait pu parvenir à en séparer la portion darsenic , de cobalt et de fer , qui v adhère fortement. Ces expériences , publiées en ' 776 '^, confirmèrent pleinementles conclusions de Cronstedt. Bergman prouva que le nickel possède des propriétés particulières; qu'il ne peut être réduit eu aucun autre métal , ni formé artificiellf^ment par aucune combinaison de métaux : doù il conclut qu'il devait être considéré comme un métal particulier. Il est possible
* Bergman, fl, aBr.
qu il soit , de même que plusieurs autres métaux , un composé; mais nous devons admettre comme substance pariicnlière, toute substance qui a des propriétés distinctes, et comme corps simple , tout corps qu'on n'a pu encore prouver être un composé. Autrement , ce serait abandonner la véritable route de la science, pour se jeter dans les sentiers de l'illusion et de Terreur.
Ou obtient très-difficilement le nickel pur. Il est toujours combiné avec plusieurs autres métaux, dont il est extrêmement difficile de le séparer. C'est à la présence de ces métaux, qui en déguisent les propriétés , qu'on doit attribuer l'hésitation qu'on a mise à l'aduieltre comme métal particulier. Depuis que fart de l'analyse des métaux a été sensiblement perfectionné , des chimistes distingués se sont particulièrement occupés de recherches sur ce métal, et on a publié plusieurs procédés pour lobtenir dans son état de pureté : car le métal cassant qi\i se vend dans le commerce pour le nickel , contient du fer et de Tarseuic en abondance , un peu de cobalt , de de cuivre et de bismuth. Les premières expériences faites , après celles de Berj^man , sur la purification du nickel, sont celles de lEcole des mines de Paris, dont Fourcroy a publié un extrait'. Leur méthode était longue et incomplète. Depuis la publication de ces expériences, il a été proposé par différens chimistes, et dans les mêmes vues, au- moins huit autres procédés, tous très-ingénieux, et présentant chacun des avantages et des inconvéniens particuliers *.
Richter^ publia, en i8o4, un mémoire fait avec soin sur le nickel; et en i8i t ^, Tupputi fit connaître une série d'expériences intéressantes qu'il avait faites sur ce métal et ses combinaisons. Rotholf fit dans le même temps une analyse bien exacte de ses oxides ^
Tupputi se procurait le nickel pur en procédant ainsi qu'il
• Discours prcliminaire , p. 117.
* M. Philips publia un procédé dons le Pbil. Mag. XVI, 3i2. Proust, un autre dans le Journal de Phjs. LVII, 169 The'nard, uu autre. Ann. de Chim. L. 117. Buclin!z , un antre. Jour, deGehJen. II, 282 , et ill, 20 r. Richter, un cinquième. Ibid. III, 244i cl Prousx, un sixième, Ann, de Chim, LX , 2^5.
^ Gchleu's Journal, III, 244*
4 Ann. de Chim. I.XXVIH , i33.
^ Berzelius's Larbok i kemien. II, 3i!.
DU NICREL. 447
suit: après avoir réduit en pouilre tioe la mine, ou la siiLstauce impure connue (iauslecoiiiinerco sous le nom despciss, il la mettait en dii^cstion avec deux fois et demie sou poids d'acide nitrique étendu de son poids és^ai d'eau. Lorsque l'action de l'acide ne se manifeste plus, on liltre la dissolution pour en séparer une certaine quantité d'acide arsénieux qui y existe à iétat pulvérulent. On évapore la liqueur tiltrée, jusqu'aux trois quarts de son volume. Il se précipite uiie lirande partie de lacide arsenienx en crisianx qu'on sépare par le iiltre. Alors on verse peu-à-peu dans le liquide filtré encore chaud, une dissolulion de carbonate de soude, jusqu'à ce que le précipité qui se produit, conunence à prendre la couleur verte*. On filtre la liqueur, on f étend à grande eau, et après y avoir ajouté un excès d'acide, on y fait passer un courant de gaz acide hydrosulfurique, afui d'en précipiter tout farsenic, qui se dépose à l'état de flocons jaunes. Lorsqu'il ne se forme plus de précipité ou de trouble visible dans la liqueur, on la filtre de nouveau, et on y verse une quantité dépotasse sufiisante pour précipiter l'oxide de nickel , qui reste alors combiné avec faciJe nitrique. On mêle cet oxide avec trois pour cent de résine , on en fait une pâte avec de Vhuile , et on la soumet dans un creuset de charbon au feu de for se le le plus violent. On obtient un culot métallique qui est de nickel pur.
Mais on peut employer un procédé beaucoup plus court Mahode pour se procurer le nickel dans un très-grand état de pureté. ^ "' s"^?e- On dissout le speiss dans facide sulfurique, en ajoutant la quantité d'acide nitrique nécessaire pour opérer la dissolution. Après avoir concentré cette dissolution, on l'abandonne à elle-même. Il s y forme de beaux cristaux verts de sulfate de nickel; lorsqu'on a recueilli une suffisante quantité de ces cristaux, on les fait dissoudre dans l'eau et cristalliser une seconde fois. Si dans cet état on les dissout dans l'eau , et qu'on décompose la dissolution par un alcali , l'oxide pur de nickel se précipite. On le réduit comme dans le procédé ci-dessus décrit , à fétat métallique.
* Ce qui se prt'ripite (l'abord ce sont de Tarseuiale de fer en fjorons d'un hL'uic jauDatre, puis de l'arseniale de co'ûjlt, sous la forme de Hocons de couleur rose, mêlé avec de l'ârteniate de cuivre c\ un peu d'arseaiale manganèse.
Propriétés. I- Le nickel, aussi pur qu'il est possible de l'obtenir, est d'une belle coiilcur blancbe semblable à celle de l'argent ; et, cotnme ce métal, il laisse une trace blanche quand on le frotte sur la surface polie d'une pierre dure '.
Il est beaucoup plus mou que le fer. Sa pesanteur spécifique est, suivant Richter de «^5279, lorsqu'il a été fondu, et de S^666 lorsqu'il a été écroui ^ ; mais Tourte trouva la pesanteur spécifique du nickel de Richter de 8,402, et de 8,982 après avoir été fortement écroui ^. Suivant Tupputi, elle est de 8,38o , et de 8,820 lorsqu'il a été forgé *.
Il est malléable à chaud comme à froid , et peut être facilement réduit en feuilles de o'oooaS d'épaisseur ^
Il est attirable à l'aimant; et comme l'acier, il peut être converti lui-même en aimant. Dans cet état il se dirige vers le nord, lorsqu'il est suspendu en liberté, comme une aiguille mas^nétique ordinaire ^.
Suivant Lampadius, son énergie magnétique est à celle du fer, comme 35 est à 55 7.
Il exige, pour sa fusion, une température au-moins équivalente a 1 60° de Wedgevood^. On ne l'a pas encore obtenu cristallisé.
11 n'est point altéré par son exposition à l'air , ni par son contact avec l'eau ^.
11 paraît résulter des expériences de Tupputi, que les préparations du nickel sont des poisons.
II. Lorsqu'on chauffe modérément le nickel , il se ternit promptement-, et, d'après les observations de Tourte, il paraît qu'il éprouve à-peu-près les mêmes changemens de
' Fourcrny, Disc, prclini. p, 117.
" Gehien's Jour. 111, 262.
3 Gehien's Journal, fur die Chemie , Physick und Minéralogie. Vil, 444. Il paraît, d'après les expériences de Lampadius, que le nickel contient du cobalt et de l'aseuic. ïromsdorf's Journal. XVI, jo , cité par Tupputi
4 Ann. deChim. LXXVIII , ï4o.
5 Richter, Gehien's Jour. III, 252.
G Bergman, Klsproth, Fourcroy, Richter, etc. M. Chenevîx avait annoncé une méthode pour se procurer du nickel qui n'était pas attirable à l'aimant; mais il s'est assure' depuis que cette particularité était due à la pre'sence de l'arsenic.
7 Annals of Philosophy. V, 62.
« Bergman. II., -iCyç). Suivant Richter, il fond au même degré de chrdenr que le manganèse.
'J Kichter, ibid.
DU NICKEL. 4/Jq
couleur que l'acier lorsqiion ie trempe. Il devient d'abord légèreraeutjauuàtre, puis jaune foncé, ensuite bleu-violet léger, et enfin tout-à-lait ble^-£^i.sàt^e^ .Nous connaissoFis actuellement deux oxides de nickel : le protoxide est d'un griscendré noirâtre^ et le peroxide est noir.
T. Tupputi ne put parvenir à oxider complètement le métal, Pro-xnie. quelque long-temps que fut continuée la chaleur à laquelle il l'avait soumis. Ou obtient aisément le protoxide en dissolvant le nickel dans Tacide nitrique, en j^récipitaut la dissolution par la potasse, en lavant ensuite le précipité, et en le chauffant au rouge pour lavoir parfaitement sec. Nous allons présenter icj les résultats des expériences qui ont été faites pour déterminer la quantité d oxigène dans cet oxide.
Proust. . ^ Ricliter.. 3.
Tupputi . ^.
Rothoff.. ^
100 nickel -+- 2^ oxigène.
Klaprolh. ^.
Pournous mettre en état de reconnaître lequel de ces nombres est le plus correct, nous prendrons pour terme de comparaison le sulfate de nickel. Ce sel consiste, suivant les expériences de Tupputi , en
Acide sulfurique. ... loo 5
Protoxide de JNickel. . 87,26. . . 4,362.
Donc , d'après celte analyse, le nombre équivalent pour le protoxide de nickel est 4,862 ; nous pouvons, sans erreur sensible, le considérer comme étant 4,375; et dans cette supposition, le protoxide étant formé du 1 atome métal, çt de 1 atome oxigène , ses parties constituantes seront :
Nickel 100
Oxigène ^9,63.
Cette composition est celle qui s'accorde le mieux avec la
' Gchlen's Journal, fdr die Chemie , Physik, etc. VII, Ji3
» Ann. deChiin. LX. 372.
' Gehlen's Journal III ', 258,
* Ann. deChim. LXXVIII, 144.
^ Berzeliiis , Laihoki Kemien. II, 3ii
^ Ann. de Ciim. LXXXV, 68.
Peroxide
/J5o COME USTIBLES SIMPLES.
détrrmination de Richter,qiii elle-même paraît se rapprocher le plus de la vérité. Le poids d'un atome de nickel est 3,37^^.
Le protoxide de nickel est sans saveur: il se diss'-ut dans les acides , avec lesquels il forme des dissolutions d'un vert eazon. Il est soluble aussi dans l'ammoniaque, et cette dissolution , suivant Ricliter, est d'un blen-pàle.
1. Thénard e^t le premier qui ail examiné le peroxide de nickel. On peut le former en faisant passer un courant de vapeur de chlore à travers de l'eau qui tient le protoxide de nickel en suspension. Il s'en dissout une partie , et le reste acquiert une couleur noire. Cet oxide est , ainsi que l'autre, soluble dans l'ammoniaque: mais la disH)lntion se fait avec effervescence ^ ce qui est dû a la décomposition d'une partie de l'ammoniaque par la combinaison de son hydrogène avec partie de l'oxigène de l'oxide. Une effervescence semblable accompagne la dissolution de cet oxide dans les acides. Llle («st produite par la séparation d'une portion de son oxigèue a
l'état de gaz '. ,, . i
Le peroxide de nickel paraît contenir, d après les expériences de Rothoff , une fois et demie autant d'oxigène que le protoxide, et , par conséquent, il est composé de
Nickel loo
Oxi^ène 44»445.
Pour faire disparaître l'anomalie de la moitié d'atome , il nous faut considérer le peroxide comme étant formé de 2 atomes de nickel et 3 atomes d'oxigène, et alors son poids sera 9,75. D'après les expériences de Thénard, il paraît que ce peroxide ne peut se combiner avec les acides sans abandonner sou excès d'oxigène, et être réduit à l'état de protoxide.
Chlorure. j^j^ j^^ ^j^.j^^j ^^ j^^^^^|p ^^^jj^^ ^^^-^^ \q chlorC', SOn OXldc
n'éprouve aucun changement lorsqii'il est chauffé au ronge dans ce gaz= ; mais le chlorure de nickel peut être forme en laissant le nickel eu contact avec le chlore , ou en snbnmHnt l'hvdrochlorate de nickel desséché. Le chlorure est une substance de couleur olive dont les propriétés n'ont pomt ele examinées..