DE L'ARGE^•T
5. LaTusion de Targeiit a lieu, suivant Mortimer etBergniaii, à 538o ceutigr. , et d'après les expérieuces de Kennedy, â la température correspondante à celle de 22^ du pyromètre de Wedgewood*. hi , lorsque l'argent est fondu, on augmente la chaleur, le métal liquide bouillonne, et il pourrait être volatilisé si ou le tenait long-temps exposé ainsi à un très-grand feu. Gasto Claveas trouva que o 1 gram. d'argent fondu, qu'd avait laissés pendant danx mois dans un fourneau de verrerie, avaient perdu les o,o8o de leur poids ^ Cependant il a été observé par Vauquelin , que l'argent chautfé au chalumeau a gaz oxigène , dans un charbon , se dissipait en une fumée visible \
Si, lorsque l'argent est fondu, on le laisse refroidir lentement, sa surface prend un aspect cristallisé j et si, lorsqu'elle commence à se figer, on décante ce qui reste du métal encore liquide, on obtient d'assez beaux cristaux d'argent. C'est ainsi que Ttllet et Mongez le jeune en ont obteim en pyramides quadrangulaires , isolés et en groupes.
II. L'argent ne s'oxide point a l'air. Lorsqu'il y reste longtemps exposé, il perd par degrés de son éclat et se ternit -, mais cela est dû à une cause différeute. il n'est pas non plus altéré par l'eau; mais lorsque l'argent e^t tenu long-temps en fusion dans un vaisseau ouvert, il attire peu à peu l'oxigènede l'almosplière, s'y combine et est converti en un oxide. Junker,qui fit le premier cette expérience, parvint à convertir une certaine quantité d'argent en un oxide vitriforme "*. Elle fut depuis confirmée par x\Iacquer et Darcet; etMacquer, après svoif exposé 20 fois de suite de l'argent à la chaleur d'un fourneau à porcelaine, le changea en uu oxide vitreux'' d'un vert ohve^. On peut même, par un degré de chaleur suffisant, opérer la combustion de l'argent comme celle des autres corps combustibles. Van-Marum ayant exposé un fil d'argent à l'action des commotions électriques de sa puissante machine teylerienne, ce fil brûla avec une flamme blanche
' Sir James Hall. Wtcholson's Jour. IX , 09.
* Tlitatrum chirû. II, 17
^ Ann. de Chnii. LXXXIX, p. 209.
* Junker's, Conspectui chem. I, 887.
' Les oxides nji't^llifjues , après leur t'uMon , sont a[>pelés vitreux , parce qu'ils acquièrent dans quelques propriélc's rme grande resscrnblance avecle verre ordinaire.
l DicLioouaire de Miicquer. il, Sp.
CxUU.
54o COMBUSTIBLES SIMPLES.
verdâtre et se dissipa en fumée. L'argent brûle rapidement ^ et avec une flamme légèrement verte, dans un courant de gaz oxigène et hydrogène; il brûle également avec une grande splendeur par l'action d'une batterie galvanique.
L'oxide d'argent, obtenu par la chaleur, est de couleur olive. L'eau de chaux précipite l'argent de sa dissolution dans Tacide nitrique, sous la forme d'une poudre de couleur brun olive foncé. Cetoxideest sans saveur. Il est insoluble dans Teau , mais il se dissout facilement dans l'acide nitrique. En le chauffant au rouge on le réduit à l'état métallique. On présente ici la composition de cet oxide, d'après les résultats des expériences de différens chimistes :
Klaprothi. Proust a Berzelius 3. Davy4. ThonisonS"
Argent... loo.... loc... loc... loo.... loo
Oxigène.. 12, 56.. 9,5... 7,44«. 7i3... 7^291
Je pense qu'on peut, sans s'écarter de la vérité, considérer cet oxide comme consistant en
Argent 100
Oxigène 7:272
Dans ce cas, si on le suppose formé de i atome d'argent -4- I atome oxigène, un atome d'argent pèsera i3,75 , et le poids d'un atome d'oxide d'argent sera i4î75- Chlorure. III. L'argent , chauffé dans le chlore, ne brûle point; mais il absorbe peu-à-peu le gaz, et se convertit dans le composé bien connu , qu'on désignait autrefois par la dénomination ^argent corné , et plus récemment par celle de muriate d'argent. Humphry Davy reconnut le premier que c'est un chlorure rtargent.
Le chlorure d'argent s'obtient aisément en mêlant une dissolution d'argent dans l'acide nitrique avec une dissolution d'hvdrochlorate de soude. 11 se forme un précipité cailleboté abondant qui, étant lavé et séché, constitue le chlorure pur d'argent.
' Beitrage. III , 199.
* IViclioîson's Journal. XV, 3^5.
' Ann. de Chim. LXXIX, i32. Déduit de l'analyse du sulfure d'argent.
-t Éléments of chcmical Philosophy, p. ^\\, 5 Anaals of Philosophy. IV, i5.
DE l'argent. 541
Ce chlorure est une substance des plus insolubles Propriété*. connues. 11 ne faut pas moins, suivant Monnet, de 3oj2 parties d'eau pour en dissoudre une du chlorure. Exposé à l'air, il y acquiert par degrés une couleur pourpre. Il se fond à la chaleur d'environ 260° centigrades, et il se prend par le refroidissement en une masse grise demi-transparente, qui a quelque ressemblance avec la corne. C'est ce qui le fît appeler lune cornée. A une forte chaleur ce chlorure se sublime, ainsi que Margraff s'en est assuré *. Lorsqu'on le chauffe fortement dans un creuset de terre, il passe en entier à travers le creuset et se perd dans le feu ; mais si, après Favoir mêlé avec environ quatre fois son poids d'alcali fixe, et formé en boule avec un peu d'eau , on le fait fondre rapidement dans un creuset garni d'alcali, l'argent est réduit et mis à l'état de pureté. Celte expérience a besoin d'être conduite avec beaucoup de précautions. Le moven le plus facile pour obtenir l'argent est de faire bouillir le chlorure dans un pot de fer avec de 1 eau et des morceaux de fer.
Le chlorure d'argent est soluble dans fammomaque. Les carbonates alcalins le décomposent, mais il n'éprouve aucune espèce d'altération de la part des alcalis purs, et il n'est décomposé par aucun des acides. Plusieurs des métaux, lorsqu'ils sont fondus avec le chlorure d'argent, le séparent à l'état métallique; mais l'argent, ainsi obtenu, est toujours allié avec un peu du métal employé. On s'est servi du cuivre, du fer, du plomb, du zinc, de lantimoine et du bismuth, pour opérer cette séparation de l'argent du chlorure de ce métal. Si a une dissolution de chlorure d'argent dans Taiiimoniaque on ajoute du mercure coulant, l'argent se sépare peu-à-peu, il se combine avec le mercure et forme la cristaUisaîion distinguée par le nom à^ arbre de Diane. INlargraff recommande cette formation d'amalgame comme le meilleur moven de se procurer fargen-. pur. Le chlorure d'argent se dissout dans l'acide hydrochlorique, et il peut être obtenu de cette dissolution, en cristaux octaèdres. Eu chauffant la dissolution ammoniacale de ce chlorure, il se précipite un argent
* Opusc. I, 265. Proust assure que cette sublimation s'arrête lorsque îe sel est en fusion complète.
flllminanl^ Toutes les substances contenant l'hydrogène ont la propriété de séparer le chlore du chlorure d'argent^ et ce sont les seuls corps qui puissent opérer cette séparation.
On s'est beaucoup occupé de la détermination précise des parties constituantes de ce chlorure, parce que c'est de lui qu'on se sert pour l'analyse des différens hydrochlorates. JX ous présentons ici les résuhats des essais les plus exacts qui aient été faits jusqu'à présent sur ce sujet, dans la supposition que le chlorure est un composé d'acide hydrochlorique et d'oxide d'argent.
Proust * Rose 5 Eerzellus 4 Marcet î Gay-Luss 6. Aci(1e hvdrochlorique. 18.. 18,28.. 18,7.. 19,03.. 19, .^8 Composhion. q^-^^^ d'argent 8i.. 81,72.. 81, 3.. 80,9$.. 80,72
En corrigeant ces résultats d'après la véritable composition du chlorure, on a les nombres, savoir :
Proust. Rose. Berzelius. Marcet. Gay-Lnss. J. Davy7.
Chlore... 23,55.. 23,82.. 2421. . 24,53,. 24,75.. 24,5
Argent... 76,45.. 76,18.. 75,79.. 75,47" . 75,25.. 70,5
Si Ton suppose actuellement que ce chlorure est un composé de 1 atome argent et de i atome chlore , ses parties constituantes seront :
Chlore 4,5 24,66
Argent 10,75. . . . 70,34
Ce qui est presque exactement le terme moyen des analj^ses de Gay-Lussac et de Marcet , et doit par conséquent être considéré comme se rapprochant le plus de la vérité.
IV. L'iodure d'argent s'obtient aisément en versant un hydriodale dans du nitrate d'argent. 11 se forme un précipité
» Proust, IVichohon's Jour. XV, SÔg.
2 Journal de Phys. XLIX ,221.
2 Gehlcn''s Journal. \ 1 , 29.
4 Ann. de Chira. LXXVI.I, 114.
5 INicholsou's Journal. XX, 3o.
^ Tel que Ta établi le docteur Henry. Chemistry, vol. II, p. 77.
J'i;^nore où les expériences de Gay-Lussac furent publie'cs. Dans les Annales de Cliirn. , XCl , 100, il adopte l'analyse de Berzelius. '' Phil. Trans. 1812, p. 172.
lodur
DZ l'argent. 543
caillé d'un jaune verdâtre, avant beaucoup de ressemblance avec le chlorure d'argent. 11 fond à une température audessous dt la chaleur rouge, et prend une couleur rougeàtre. Sa couleur s'ahère facilement à la lumière, cet effet a même plus rapidement lieu qu'à l'égard du chlorure d'argent. L'iodure est insoluble dans l'eau ; il est facilement décomposé lorsqu'on le chauffe avec la potasse. Cet iodure n'a pas été analvsé, mais il est iqdubitablementforuîé de 1 atome argent -+■ I atome iode . ou, en poids, de
Argent 1^57^
Iode 10,625
V. On ne connaît pas l'action du fluor sur l'argent. Ce métal ne se combine point avec l'azote , l'hydrogène, le carbone, le bore ouïe silicium.
Vï. En mettant couches par couches dans un creuset du soufre et des lames minces d'argent, et en chauffant au rouge, l'argent et le soufre se combinent en se fondant. Ils forment ainsi une masse de couleur noire ou violet très-foncé, susceptible d'être coupée au couteau, souvent cristalHsée en petites aiguilles, et plus fusible que l'argent. C'est le sulfure d'argent. Il se décompose facilement par l'action d'une chaleur suffisante ; le soufre se volatilise peu-à-peu et l'argent reste à l'état de pureté. La nature offre souvent cette combinaison avec l'éclat métalh'que, de couleur gris foncé, et ayant la mollesse, la flexibilité, et la malléabilité du plomb. Sa pesanteur spécifique est d'environ ^,2 , et sa composition , suivant les expériences les plus exactes qui en aient été faites jusqu'à présent, de, savoir:
Klaproth \. Vauquelin 2. Eerz-.llus S
Ar2:ent loo . . . loo . . . . loo
Soufre 17,64. . 14,59.
Il résulte évidemment de ces analj^ses, que le sulfure d'argent est formé de i atome argent t i atome soufre , et dans cette supposition la constitution correcte de ce sulfure est:
Argent i3,75 loo
Soufre 2 14,544
' Beitrage. 1 , 16-2.
» Ann. du Mus. d'Hist. natur. XVII, 16.
» Ann. de Chim. LXXIX , 181.
Sulfure.
On voit donc ainsi, que c'est l'analyse de Vauquelin qui est la plus exacte.
On sait que lorsque l'argent est resté pendant long-temps exposé à l'air, et principalement dans des lieux fréquentés, comme les églises , les salles de spectacle, etc. , il se forme à sa surface une couche de couleur violette qui en altère l'éclat et la malléabilité. Cette espèce d'enduit, qu'on ne peut détacher de l'argent qu'en le ployant ou en le frappant avec un marteau, est, d'après l'examen qu'en a fait Proust, un sulfura d'argent^ ^^ et provient de ce que la surface de l'argent en contact avec l'air a passé à l'état de sulfure. Fhospbuie. VII. Pelletier est le premier qui ait opéré la combinaison de l'argent avec le phosphore , en mêlant et en chauffant ensemble dans un creuset i5'' d'argent, 3o'' de verre phosphorique, et 7''5 de charbon. Le phosphure d'argerit q^xv'A avait ainsi obtenu était blanc, il paraissait grenu ou comme cristaibsé. Il se brisait sous le marteau; mais il se laissait entamer au couteau. Il était composé de quatre parties d'argent et dune partie de phosphore. Le phosphore s'en séparait par la chaleur ^ Pelletier a observé que l'argent en fusion se combinait en plus grande dose avec le phosphore que lorsqu'il est à l'état solide; car en formant le phosphure d'argent par la projection dans ce métal en fusion de petits morceaux de phosphore, il s'aperçut, après avoir retiré le creuset du feu pour le laisser refroidir, qu'il se séparait de l'argent , au moment où il cesse d'être fluide , une grande quantité de phosphore ^.
Alliages avec VIII. L'argent fondu prend les sept centièmes environ de son poids d arsenic^. Cet alliage est jaune, cassant, et ne sert à aucun usage.
fe^ IX. L'alhage de l'argent et du fer n'a point été examiné par
les chimistes modernes. Wallerius a reconnu que les deux métaux s'unissaient aisément par fusion, et qu'à quantités égales de chacun d'eux, l'alliage a la couleur de largent, mais il est plus dur. L'alliage d'arg^-nt et de fer est très- ductile, il est attirable à l'aimanta Morveau^ s'est assuré qu'en
* Ann. «le Chim. I, 198.
» Pelletier, Ann. de Chim. I, 702.
3 Ann. (]ef:hini. XIII, 110.
4 l5cr<;man. II, 281.
5 Wasserhetg. I, i56.
« Journ. de irhys. j;88.
DE l'argent. 545
tenant cet alliage en fusion, les métaux se séparent l'un de l'autre suivantjeiir pesanteur spécifique eu formant deux boutons extrêmement distincts : cependant ils ne sont ni l'un ni l'autre à l'état de pureté. L'argent retient un peu de fer, qui le rend magnétique. 11 a été établi par Coulomb , que la proportion du ïiîr resté dans l'argent s'élève à un trois cent vin£;r.ième; le ier, d'un autre côté, retient environ le quatre- vingtième de son ptjids d'argent, ce qui lui donne une excessive dureté et une compacité de texture que le fer pur n'a pas ^