I. La prcDiière explication qu'on essaya de donner de la
loB CORPS IMPONDÉRABLES.
combustion) était bien peu satisfaisante. On supposait l'existence d'un corps élémentaire appelé fen^ qui avait la propriété de dévorer certains autres corps , et de les convertir en sa propre substance. En mettant le feu à un fourneau rempli de charbon, on y introduisait, suivant cette hypothèse, une petite portion de l'élément du feu , qui commençait immédiatement à dévorer le charbon , et a le changer en feu , à l'exception de la portion quelconque de ce charbon qui n'était pas propre à lui servir d aliment , et qu'il laissait à l'état de cendres.
Théorie 2. Le docteur Hooke proposa, en i6()5 , une hypothèse sur neaucoup plus ingénieuse et plus satistaiSrinte sur les phe-
la Combustion. ' i i i .• ti vi • i n •
ijomenes de la combustion. 11 annonça qu il existe, dans l air ordinaire , une certaine substance , qu'il considérait comme semblable, si elle n'était pas absolument la même, à celle fixée dans le salpêtre. Cette substance avait , suivant lui , la propriété de dissoudre tous les corps combustibles, mais seulement lorsque leur température était considérablement élevée. La dissolution avait si rapidement lieu , qu elle produisait à-la-fois chaleur et lumière , qui ne résultaient l'une et l'autre, dans son opinion, que du simple mouvement des particules de la matière. La substance dissoute était en partie à l'état d'air , et en partie coagulée sous forme liquide ou solide. La quantité dt* cette substance dissolvante que contient un volume d'air, est incomparablement moindre que celle qui existe dans un volume égal de salpêtre , d'où il résulte qu'un corps combustible ne continue de brûler que pendant un court espace de temps dans un volume donné d'air, parce que le dissolvant étant promptement saturé, la combustion cesse d'avoir lieu. Aussi le meilleur moyen d'opérer la combustion avec succès, est-il de renouveler continuellement l'air, comme celui de l'accélérer considérablement , est de le faire affluer par le moyen de soufflets *. Ado tt- t'Uviron dix ans après la publication de la 31icrographie
par Mayow. de Hookc , M. Mayow établit la même théorie dans un Traité sî:r le Salpêtrç , qui parut alors à Oxford *. Nous lui sommes ledevables d'un grand nombre d'expériences très-ingénieuses f t importantes , dans lesquelles il a devancé plusieurs phy-
' ITor.k''s Micrographia , p. to:}. Voyez aussi son Z^ùw;', ' />e ^dt-niiro et apiritu nitrj-aerto". ....
DU CALORIQUE. iSq
siciens modernes ; mais ses raisonnemens sont pour la plupart absurdes , et ce qu'il ajoute à la théorie de Hooke est surtout excessivement extravagant. Il donne le nom de spiritus - nitro - aereus à la substance dissolvante de Hooke, et suppose qu'elle est formée de molécules d'une très-grande ténuité 5 qui sont continuellement, avec celles des corps combustibles , dans un état de lutte qui donne lieu à tous les changemens produits. Le feu consiste dans le mouvement rapide de ces molécules , et la chaleur dans leur mouvement moins accéléré. Le soleil n'est autre chose que ces particules nitro-aérieunes dans un état de grande rapidité de mouvement. Elles remplissent tout l'espace . la vitesse de mouvement de ces molécules dinu'nue en raison de leur distance du soleil ; et lorsqu'elles approchent de la terre , elles deviennent pointues et constituent Xa froid *.
3. Celte théorie de Hooke et Mayow ayant attiré toute Théorîe l'attention des physiciens , il en parut bientôt une autre d'un genre très-différent. Proposée d'abord par Bêcher, elle fut depuis présentée par son disciple Stahl, avec tant d'habileté , dans une forme systématique si élégante , et appay(?e de recherches si nombreuses, si appropriées, et si convaincantes, qu'elle fat aussitôt presque généralement adoptée : elle valut à ce chimiste un rang des plus distingués parmi les savans , et le constitua le fondateur de la théorie stahlieune de la combustion.
Suivant cette théorie de Srahl , toutes les substances combustibles contiennent en elles-mêmes un certain corps connu sous le nom de pJilogistique , auquel elles doivent leur combustibihté. Cette substance est absolument la même
* Quelque absurdes que soient les additions de Mayorr, à cette théorie , qui n'e'tait pas la sienne , il faut convenir néanmoins qu'on reconnaît l'homme d'un grand j^énie dans son Traité, et qu'il est rempli de vues nouvelles pleinement conSrmées par les découvertes récentes en chimie. C^'est lui qui trouva la catrse de Taugmentatioa de poids des méiaux parla calcination ; qui reconnut le changement pro.iuit sur l'air par la respiration ei la combustion ; et qui employa dans ses recherches un appareil semblable à celui pneiimato-chinlique actuel. Le ii.« chapitre de son Traité est peut-être le plus intéressant ; il y déploie, sur les affinités , des connaissances beaucoup plus exactes et plus étendues que celles de ses contemporains , et même de ceux qui l'ont suivi long-temps après.
de btahi.
j6o corps impondérables.
daus tous les combustibies, qui ne diffèrent, par conséquent^ entre eux, que par la diversité de leurs autres principes, avec lesquels le phlogistique est combiné. La combustion , et tons les pliénomènes qui s'y* rapportent , dépendent uniquement de là séparation et de la dissipation de ce principe ; dès qu'elles ont eu lieu , le reste du corps est incombustible. Le pblogistique est particulièrement disposé à être affecté d'un mouvement violent de tournoiement; et la chaleur ainsi que la lumière , qui se manifestent pendant la combustion , sont simplement deux propriétés du pblogistique dans cet état de grande agitation. Rectifiée. 4- Le célèbre Macquer, dont les travaux ont enrichi la chimie de plusieurs de ses branches les plus importantes , fut un des premiers à reconnaître dans cette théorie de Stahl un vice frappant. Ibaac Newton avait pTrouvé que la lumière est un corps-, il était donc absurde d'en faire une simple propriété du pblogistique , ou l'élément du feu. Macquer considéra le pblogistique comme n'étant autre chose que la lumière fixée dans les corps. Cette opinion fut embrassée par un grand nombre de chimistes des plus distingués ; et on chercha , par beaucoup d'argumens ingénieux, à en démontrer la vérité. Mais si le pblogistique n'était que la lumière fixée dans les corps , d'où provient la chaleur qui se manifeste d'elle-même pendant la Combustion ? Celte chaleur uest-elle quune propriété de la lumière? Le docteur Black prouva que la chaleur est capable de se combiner avec les corps , ou de se fixer dans les corps qui ne sont pas combustibles comme dans la glace et dans l'eau -, et il eu concluait que la chaleur n'est pas une propriété , mais un corps. Cette conclusion obligea les chimistes à considérer sous un autiepoiut de vue la nature du pblogistique.
5. Ils supposèrent alors l'existence d'une matière particulière, émineunnent subtile et élastique, capable de pénétrer les corps les plus denses, et ils la considérèrent comme éiant la cause de la chaleur , de la lumière , du magnétisme, de l'électricité, et même de la gravitation. Celte matière, l'e'Mer de Hooke et de Newton , était aussi , suivant eux , la substance appelée pblogistique , qui existe fixée dans les corps conibustibles. Lorsque cette matière était mise ù fétat de liberté, elle imprimait aux substances
Dr CALORIQUE. iGl
connUQ^ sous les dénominations de calorique et de lumière, ces mouvemens particub'ers qui produisent sur nous les sensations de la chaleur et delà lumière, d'où s'ensuivait la manifestation de lune et de l'autre, dans tous les cas de combusUoD. C était aussi la raison pour laquelle un corps est plus lourd après la combustion qu'avant ; car le plilo-istique étant luimême la cause de la gravitation, il eùt^ été absurde de supposer qu'il po-ssédàt cette propriété; il était plus raisonnable de le considérer comme doué d'un principe de légèreté.
6. Quelque temps après que cette dernière modi^catiun Théon> eut ete apportée à la théorie du phlogislique, le docteur^' 'iïsk "' hriestley, qui étendait déjà avec une grande raoidité les p" ^""'^'' Jmutes de la chimie pneumatique, répéta un çrand nombre des expériences qui avaient été faites sur la combustion par Hooke , Mayow , Boyle et Haies , en j ajoutant plusieurs des siennes propres. 11 trouva, ainsi qu'ils l'avaient remarque avant lui , que l'air, dans lequel on avait lais-^e brnler VM combustible jusqu'à ce qu'il s'y éteignit, avait éprouvé ' un changement très-remarquable; car aucun corps combustible ne pouvait plus v brûler, ni aucun animal v respirer sans être suffoqué. Il en conclut que ce changement était du au phlogistique, que l'air s'était combiné avec cette substance ; et que l'air est nécessaire à la combustion à raison de ce quil attire le phlogistique pour lequel il a une affinité tres-torte. bil en était ainsi, l'origine de la chaleur et de k lumière , qui se produisent pendant la combustion , restera-t toujours à expliquer; car si le phlogistique ne se sépare du combustible qu'en se combinant avec 1 air , il est certain qui ne peut avoir aucune action sur ces corps dans quelqu'etat qu'on puisse les supposer.
"• Jrf. docteur Crawford essava le ]ireraier de résoudre p*r Cra^-.rd cette dirhcu.te , en appliquant à la théorie de la combustion a doctrine du calorique latent du docteur Black. Suivant lui le phlogistique du combustible , en se combinant avec l'air pendant la combustion, en sépare le calorique et la lumière qui existaient déjà en état d'union avec ce fluide ; et c'est a cette séparation qu'est due la manifestation du calorique ^}.ç.^ ^' lumière pendant la combustion. Cette théorie , qui dittera.t beaucoup de celle de StahL était incontestablement plus satisfaisante, mais elle ne donnait point encore de réponse a cette question : Qu'est-ce que le phlogistique ?
-jÇ,, CORPS IMPONDÉRABLES.
B Kinvan, que de noinbrenses découvertes et des
^*P*^^"""\echerchf5 importantes sur einelques-unes des parties les
plus diiticiles de la diimie, faisaient .compter au nombre
d.s savans les plus éclairés, entreprit de lever l incertitude
' Pussait encore la théorie de Stahl sur la véritable nature
que laissait eneuic m m^»^».- -.. ^--
du p'.ilogistique, et ck prouver^que ^^^^ P^^^^S'^^^f^..,,^^^^^^^^^ né
docteur i ncaucv , »"«- «-^ — ^....^ - -- ^^
et cnlièremeDt adoptée, ou admise avec certaines modil ■
la raémtWseque Ihydrogèno. Cette opm.on,que K,nva.. ^.nnonça lui avoir été suggérée par les découvertes du Priestlev, fut accueillie avec une grande laveur
et eutiereuieui aui.iJtv.v , "« - "" ,, ,-,. ,, i,v„^
cations, par Bergman, Morveau, CreU, \'\ legleb , \\'es "umb, kermbstadt , Karsten , Bewiey, Pr.estley et Delame lUérie! Rirwau, dans son traité ayant pour titre -.On Fssar on Phlogisticon and the constitution of uicias , ^vait'pour objet, de prouver que Thydrogène existe cornme partie composante de tout corps combustible, qu 1 en est séparé pendant la combustion , et se combine avec l ox.gene
de l'air • »
o Pendant qu'on modiûait ainsi , de diverses manières , ''*■" la théorie de Stahl sur la combustion, l'illustre Lavois.er ■ '""'"" ^occupait avec assiduité den étudier les phénomènes II .cmbles être particulièrement attaché à ces«|et, et avoir bien reconnu toutes les imperfections de la théorie qui prévalait lors, en t77o; mais il déduisit ses premières notions précises ■1- \l nature de la combustion, d'un mémo.re de Bayen sui
par Lavoi
s ni
* -r V r,t .Ir* diverses ihcories de la combnslion , j'ai oublié de
phloe.islifîue , et la lumurc , u. „.,•„., îi si.nnnsait aussi que
j.Wo^isîiqnc qu Ils ^-^t^"^?7'- ^J ^^.tvoct qu'elle était la ,>l«s était la plus faihlc , suivant Im <^^ '''*"'' '^J';'.;^-,^^ VhrJroaène.
Il serait inuldc d'exammer sa ^j^'-^/'^.^r^'^^^^VrhydroqAne forme bien connu que la combinaison «^f^ ?",7; "L^^ jVs^^^^^ croule ;
de l'eau, et non du calorique: tout ^,*-''/ \^,^^, '^ '^j^i^^r, et les mais rimporlance des malenaux ^« /«^^^^^^'^^ \^f ^^^^ ruines de Tédlllce resteront comme un monument au gen
chilccte.
DU CALORIQUE. t63
les oxides de mercure, dont il entendit la lecture à l'académie, en I yy\. Il travailla sur ces premières notions, ou plutôt sur ces conjectures, avec ud zèle infatigable, aidé des nombreuses découvertes qui se faisaient aloi s de tous côtés sur ce sujet: et par unelon^ue suite d'expériences et de rechercdes les plus exactes elles plus intéressantes qui eussent jamais été faites en chimie, il parvint à établir pleinement l'existence de cette loi générale : (c Dans tout cas de combustion, Toxigène se combine avec le corps qui brùie n. Cette insigne découverte, fruit du génie, de la sagacité et de la pénétration, a répandu un nouveau jour sur chaque branche de la chimie. Elle a rassemblé et expliqué un grand nombre de faits au})aravant isolés, ou dont on n'avait pu rendre raison, et a refondu le tout dans la forme d utse science.
Quoique Lavoisier se fût convaincu, par lui-même , de Texistence de cette loi générale, et, qu'en la publiant, il en eût fourni la preuve au monde, il ne put cependant parvenir, pendant quelque temps , à la faire reconnaître par aucun savant, malgré tout le poids de ses grands talents, de son infatigable application, et l'influence que devaient naturellement lui donner sa réputation, sa fortune et sa position. Enfin, Berthollet, dans une assemblée de l'académie des sciences, en l'ySS, renonça formellement à ses anciennes opinions , et se déclara converti. Fourcroy, professeur de chimie à Paris, suivit son exemple; et dans un voyage que Morveau fit dans cette capitale, en 1787, il se détermina également à abandonner ses premières opinions pour celle de Lavoisier. L'exemple de ces hommes célèbres fut promptement suivi par tous les jeunes chimistes de France.
L'explication , que donna Lavoisier des phénomènes de la combustion , était fondée sur ces deux lois trouvées par lui et par le docteur Black. Lorsqu'un corps combustible est élevé à une certaine température, il commence à se combiner avec l'oxigèue de l'atmosphère; et cet oxigène, pendant ique la combinaison a lieu, abandonne le caloriqr.e et la lumière avec lesquels il était uni dans son état gazeux. C'est cette séparation dn crdoriqne et de la lumière d'avec l'oxigène, qui produit leur manifestation dans tous les cas de combustion, comme c'est aussi, de cette conîbinaison du corps combustible avec l'oxigène, que résulte le changement qu'il éprouve alors.
Ainsi Lavoisier renflait raison de la cause et des elfets
l64 CORPS IMPONDÉRABLES.
de la combustion sans avoir recours au phlogistiqne , dont on [l'avait supposé l'existence que pour parvenir a l'expliquer: car aucun clmniste n'avait pu en fournir ïà preuve, ni présenter séparément ce principe. Et il prouvait q »'il n'y avait aucune raison pour supposer qu'un tel principe pût exister.
10. Mais Kirwan avait avancé que le plilogistique était la même chose que l'hydrogène; et comme on ne pouvait douter que ce dernier principe n'existât réellement , il fallait encore ,' pour renverser son hypothèse, prouver qu'il n'est pas une des parties composantes de tout corps combustible, et qu'il n'en est pas séparé dans tous les cas de cambiistiou ^ c'est à quoi Lavoisier , et ceux qui partageaient déjà son o})inion, crurent devoir particulièrement s'attacher. L'Essai de Kirwan fut en conséquence traduit en français, et chacune des sections dans lesquelles cet ouvrage était divisé fut examinée et critiquée séparément, savoir: quatre par Lavoisier, trois par Bertliollet , trois par Fourcroy, deux par Morveau, et une par Monge ; et pour rendre justice aux chimistes français , il faut convenir que jamais réfutation ne fut plus complète. Kirwan lui-même, avec cette candeur qui distingue les esprits supérieurs, n'hésita pas à reconnaître que son opinion n'était plus soutenable , et à déclarer qu'il se rangeait à celle de Lavoisier.
11. Ainsi Lavoisier détruisit entièrement l'existence du. phlogistique, et établit une théorie de la combustion ^ qui se rapprochait de très-près de celle qui avait été proposée longtemps auparavant par le docteur Hooke. La théorie du docleur Hooke n'est exprimée qu'en termes généraux, celle de Lavoisier est plus particulièrement exposée, et avec beaucoup plus de précision. La théorie du docteur était une hyj)olhèsc de conjecture heureuse, que l'enfance de la science ne lui pf^rmit pas de vérifier ; tandis que Lavoisier fut amené à ses conclusions par des expériences exactes j d où il tira, en maître, une suite d'ingénieuses déductions.
Suivant celte théorie de Lavoisier, généralement admise ïïavouier. aclucllement, et considérée par les chimistes comme la véritable explication des phénomènes de la combustion, elle consiste en deux choses ; d'abord dans une décomposition et ensuite dans une combinaison. L'oxigène de l'atmosphère, dans son état de gaz , est combiné avec le calorique et la lumière. Pendant la combustion, ce gaz est décomposé, le calorique et
DU CALORIQVE. l6j
k lumière s'en dégagent, tandis que sa base 55 co/w^z/zeavec le combustible , et forme le produit. Ce produit est incombustible, parce que sa base étant déjà saturée d'oxigène , elle ne peut plus en prendre davantage. Tel est, en raccourci . le détail historique des perfectionnemens successivement introduits dans cette partie intéressante de la chimie. Qu'jI nous soit actuellement permis de nous étendre plus particulièrement sur ce sujet.
12. On entend par combustion, le changement total qui s'opère dans la nature des corps combustibles, avec émission abondante de calorique et de lumière. Dans toute théorie de la combustion, on doit exposer la manifestation de ces deux phénomènes, et en rendre raison.
i3. Lavoisier expliqua de la manière la plus satisfa'sante cifférence le premier de ces phénomènes. Il démontra que , dans tou< "V'a-.ioref ' les cas de combustion, l'oxigène se combine nvec le corps la combustion. brûlant , et que la substance qui reste , après qu'elle a cessé d'avoir lieu, est le couiposé formé par cette combinaison du corps combustible avec loxigène; mais il ne réussit pas aussi bien à expliquer le second phénomène, le dégagement du calorique et de la lumière pendant la combustion. Il ne parut pas même y avoir fait beaucoup d'attention , parce qu'il regardait la combinaison de l'oxigène avec le corps brûlant, comnie la partie importante et essentielle de l'acte de la combustion. Aussi a t-on considéré, depuis, Us expressions à'oxigénatio7i et de combustion fÇo\\\vc\^ synonymes, cependant il s'en faut de beaucoup qu'elles le soient ; car l'oxigène s'unit souvent aux corps, comme à l'azote, au chlore et au mercure , sans qu'il y ait dégagement de calorique ou de lumière -, et ce dégagement est considéré comme étant essentiel à la combustion , dans îe langage ordinaire. L'union de l'oxigène sans dégagement, diffère beaucoup, et dans lesphémènes et dans le produit, de l'union de ce principe , accompaojnée de détachement ; il convient donc de les distinçjuer. J'emploie dans cet ouvrage le terme combustioji daus son acception ordinaire.
j4- Lavoisi^reutrecoursala théorie du docteur Crawford. D;:«cuUé pour rendre raison de l'émission de calorique et de lumière , "^^ l'oVigine qui constitue en partie les phénomènes de la combustion. ^leîauSère**
Le calorique et la lumière unis à l'oxigène à l état de gaz j s'en séparent , lorsqu'il perd cet état pour se com-
ibb CORPS IMPONDERABLES.
■ biner avoc lo corjDS combustible ; mais si cette explication est en général assez satisfaisante pour les cas ordinaires, il en est d'autres auxquels elle ne peut convenir. Le calorique et la lumière sont supposés se combiner avec Toxieène de l'atmosphère , parce qu'il est à Tétat gazeiix, et s'en séparer, parce qu'il perd cet état de gaz. Mais les combinaisons de l'oxigèfie, lorsqu'il est solide ou liquide, produisent des combustions aussi violentes que lorsqu'il est à l'état gazeux. Si , par exemple , on verse de lacide nitrique sur de l'huile de lin ou de térébenthine , il y a combustion très-rapide, et dégas^ement très-considérable de calorique et «je lumière. Ici l'oxigène fait partie de l'acide nitrique liquide, et il était déjà coiiibiné avec l'azote; c'est à-dire que l'azote, siiivani les chimistes français , avait éprouvé la combustion : or, dans ce cas, non-seulement l'oxigène était à l'état liquide ^ mais encore il a éprouvé le changement produit par la comhustion ; il en résulterait donc que l'oxigène peut donner du calorique et de la lumière, non-seulement lorsqu'il est liquide , mais même après la combustion : ce qui est directement contraire à la théorie.
II y a plus ; la poudre à canon , lorsqu'elle est enflammée , brûle avec une grande rapidité dans les vaisseaux fermés , ou dans le vide. Cette matière est composée de nitre, de charbon et de soufre. Ces deux dernières .substances sont combustibles: et la première, composée d'acide nitrique et de potasse, fournit foxigène. Dans ce cas , l'oxigène est nonseulement combiné avec l'azote, mais encore il forme une des parties con,s«ituantes d'un sohde. Cependant l'émission du calorique et de la lumière est plus ijjrande encore pendant k combustion de la poudre , dont presque tout le produit «t à l'état de gaz. Cet effet de la poudre paraît être doublement en opposition avec la théorie ; car comment supposer qu'il V ait dégagement de caloriijue et de lumière , lorstju'un corps solide est converti en gaz, quand pour exister dans cet état, '^ lui faut phis de caloiiqueet de lumière qu'il n'en contenait lorsqu'il ét;ut solide?
1 5. iM. Bru^natelli , professeur célèbre de chimie à Pavie ,
Ecartée » • i ^ . t , . , i - ,•
par parait être le premier qui ait présente celle oiajectioo sous riigciuiu. ^^^ véritable point de vue '^ ^ et essayé de la résoudre. Sui-
* BLithollct nous appix'ud, p.-xr une noie sur ce passage, dans la
Vaîii lu^ la substance qu'on appelle ordinairement oxigène , se combine avec les corps dans deux états différens : i .» en retenant la plus grande partie du calorique et de la lumière avec lesquels il est uni dans son état gazeux ; 2.^ en les abandonnant entièrement l'un et l'autre. 11 le nomme, dans le premier cas, thermoxigène y et dans le second , oxigèna. Le thermoxigèue existe comme partie composante , non-seulement des corps gazeux , mais encore de plusieurs liquides et solides ; et ce n est que dans le cas seulement où c'est le thermoxigène qui est partie composante des bquides ou solides, que la conversion de ces corps en gaz produit un dégagement de calorique et delumière. Tousles métaux se combinent avec le thermoxigène; les substances, au contraire, qui, par la combustion, deviennent acides , se combinent avec l'oxigène '. Cette réponse de Bruguatelli détruit en effet complètement l'objection qu'on pouvait opposer à l'explication de Lavoisier; mais comme elle laisse encore beaucoup d'incertitude sur plusieurs points de difficultés dans les phénomènes de la combustion , on doit plutôt la considérer comme une conjecture ingénieuse , que comme une théorie pleinement établie *.
16. Tous les corps de la nature peuvent être divisés , re- Dj^j^iou lativement à ce qui concerne la combustion, en trois classes ; des corps , en
, ' . ,, . .'' -, ' soutiens de la
savoir, les corps qui 1 entretiennent ou qui en sont les sou- combustion, tiens y les combustibles et les incombustibles, bies" eiTucom-
Par soutiens de la combustion, je veux désigner les sub- b'^^'^ii^'"stances qui , strictement parlant, ne sont pas susceptibles de réprouver, mais dont la présence est indispensablement nécessaire pour qu'elle ait lieu. Les corps combustibles et incombustibles n'ont pas besoin d'être définis.
Les soutiens simples de la combustion actuellement connus sont au nombre de trois , savoir : \ oxigène y le chlore çx \iode.
première édition de cet ouvrage , que le sujet avait e'té examine longtemps avant l'e'poque que nous indiquons. Journ. de Phjs. IX , 28g.
' Ann. de Ciiim. XXI, 182.
' Le lecteur trouvera un exposé très- de'tadlé de cette théorie dans Je Journ de Chim. de Van Mons. Vol. II et Itl. J'ai cru devoir m'abstenir d'en parler d'une manière plus particulière, parce que je ne trouve rien qui me paraisse porter le caractère de vérité et d'é\idence dans le plus grand nombre des assertions qui constituent celte théorie.
^68 COKPS IMPOIN-DÈP.ABLES.
Les composés que ces trois corps forment entre eux et avec l'azote sont également des soutiens de la combustion.
17. Les corps combustibles sont de trois sortes, savoir : .simples^ composés; et oarides, chornres Gi iodures. Les combustibles simples sont les suivans :
j. L'Hydrogène. 2. Le Carbone. 3. Le Bore.