Calcium 6. Magnésium
Les combinaisons de ces corps avec l'oxigène ont les propriétés alcalines dans la plus grande perfection : elles verdissent toutes les couleurs bleues végétales, et toutes, excepté l'oxide de magnésium, sont solubles dans l'eau.
SECTION PREMIÈRE
Du Potassh/m.
Méihode Si après avoir réduit en cendres une quantité suffisante de
de préparation i • i i • • j> i; • > • i
de la potasse, bois, OU Ics Icssivc jusqu a cc quc i eau qui en sort n ait plus aucune espèce de saveur, et qu'ensuite on évapore jusqu'à siccité la liqueur du lavage préalablement filtrée, on aura, pour résidu de cette évaporation, de la potasse : elle se trouvera, à-la-vérité, mêlée avec plusieurs autres substances; mais elle sera encore assez pure pour manifester la plupart des propriétés alcalines. C'est dans cel état qu'elle se vend dans le comm.erce sous le nom de potcssc, on y connaît sous celui de per/ûsse^ la potasse beaucoup plus blanche qu'on a dégagée, en la chauffant au rouge, de la plus grande partie des matières étrangères qui l'accompagnaient. Elle en relient cependant encore; elle est d'ailleurs elle-même dans un état de combinaison avec le gaz acide carbonique, qui atténue
DU POTASSIUM. 35g
toutes se# propriétés. On peut l'obtenir parfaitement pure de la manière suivante.
I. Mêlez cette perlasse avec deux fois son poids de chaux vive, et dix fois son poids d'eau pure : faites bouillir le mélange pendant quelques heures dans un vaisseau de fer propre, ou bien abandonnez-le pendant quarante-huit heures dans un vase de verre , en le remuant au besoin -, fdtrez alors , et faites évaporer très-promptement la liqueur dans un vaisseau d'argent, jusqu'à ce quelle soit as-^ez concenîrée pour prendre, par le refroidissement, la consistance du miel. Ajoutez-y alors de l'alcool en quantité égale au tiers de la perlasse eu.ployée. Agitez bien le mélange ; mettez-le sur le feu, faites-le bouilhr pe^ndant une minute ou deux, et alors versez-le dans un vaisseau de verre fermé avec un bouchon de iiége. La liqueur se séparera peu-à-peu d'elle-même en deux couches. Celle inférieure coutieut les matières étrangères, en partie dissoutes dans l'eau, et en partie a l'état solide, et la couche supérieure est une dissolution d'un brun rougeâtre de potasse pure dans l'alcool. Décantez cette dissolution alcoolique dans une bassine d'argent , et faites-la évaporer rapidement jusqu'à ce qu'il se forme une croûte à sa surface, et que la liqueur au-dessous ait acquis une consistance à devenir solide par le refroidissement. Versez alors la liqueur dans un vase de porcelaine; elle se sohdifiera en refroidissant en une belle substance blanche, qui est la potasse pure: on la brise en morceaux pour la renfermer aussitôt dans une fiole bouchée tien exactement.
Ce procédé est dû à Berthollet *; celui propose d abord par Lowitz de Pétersbonrg est moins dispendieux ; il consiste à faire bouillir ensemble, comme dans le procédé qui vient d'être décrit, de la potasse du commerce et de la chaux vive ; on filtre la liqueur , on l'évaporé jusqu'à ce qu'd se forme une pellicule à sa surface, on la laisse ensuite refroidir, et on en sépare tous les cristaux qui s'y sont formés-, car ce sont tous des sels étrangers. Ou continue alors l'évaporalion dans un vaisseau de fer, eu enlevant soigneusement, avec une écumoire du même métal, la pelhcule à mesure qu'elle parait à la surface. Lorsqu'il ne s'y en forme plus, et que la matière a cessé de bouillir , on la retire du feu et on la remue continuellement
* Journal de Physique. XXYIII, 4oi.
36o COMEtSTIBLES SIMPLES.
avec une spatule de fer pendant qu'elle refroidit. On la dissout alors dans le double de son poids d'eau , on filtre la dissolution et on l'évaporé dans une cornue de verre % jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'il s'y dépose des cristaux réguliers. Si la masse se consolide en se refroidissant , on y ajoute un peu d'eau, et on la chauffe de nouveau-, lorsqu'il y a eu une quantité suffisante de cristaux formés , on décante la liqueur, devenue d'une couleur très-brune, qui les surnage, on la garde dans une bouteille bien bouchée jusqu'à ce que la matière brune se soit déposée, qu'on puisse l'évaporer de nouveau, et en obtenir encore des cristaux *.
La théorie de ce procédé s'explique facilement : l'affinité de la chaux pour l'acide carbonique étant plus forte que celle delà potasse pour cet acide, elle le lui enlève, tandis que , par l'alcool ou par l'évaporation, toutes les autres substances étrangères en sont séparées.
Klaproth se sei'vait d'un moyen encore plus simple : il faisait bouillir ensemble, dans une chaudière de fer poli, et dans une suffisante quantité d'eau , parties égales de sel de tartre ( carbonate de potasse retiré du tartre ) et de marbre de Carrare, ou d'écaiIles d'huîtres calcinées. Il passait ce mélange à travers une toile claire, et réduisait par l'ébulliîion la liqueur, quoique trouble encore, jusqu'à ce qu'elle contînt environ moitié de son poids de potasse. 11 la passait alors une seconde fois à travers un linge, et la mettait reposer dans une bouteille de verre. Au bout de quelques jours, lorsqu'elle s'était clarifiée d'elle-même, on la décantait de dessus son dépôt dans une autre bouteille ^.
On ne peut révoquer en doute que les anciens Gaulois, et les Allemands, n'aient connu la potasse, puisqu'ils furent les inventeurs du savon , qu'ils composaient, ainsi que Pline nous l'apprend, avec des cendres et du suif. Ces cendres, qu'il désigne comme provenant particulièrement du bois de hêtre, n'étaient autre chose que de la potasse dans un état plus ou moins grand d'impureté ''. Le yjwu dont parlent Aristophanes
' Le docteur Kennedy observe avec rr.ison qu'on ne devréiît pav t^n ployer une cornue de verre, parce que la potasse, dans cet (X-A . ■dif sont celle sutîstance. Edlmb. Trans. V, 97.
2 Niciiolson's Jndiuiîl. I. 164.
^ Kl&piotli\s Beilra£;e. I. Préface,, p. io«
< Plif!. Lib. î8, c.q». 5i.
çt Platon, sertible aussi avoir été une lessive faite avec la mêino t?spèce de cendres. Les alchimistes connurent très-bien la potasse, et dans tons les temps ou en a fait un grand usage daus les recherches chimiques. Ou peut dire cependant avec justice, que jusqu'à l'époque oùBerthoUet a publié, en ij86, son procédé pour l'obtenir parfaitement pure, aucun chimiste n'avait pu encore l'examiner dans cet état '.
2. La potasse est une substance cassante, de couleur blan- Propnéjés che. Son odeur est analogue à celle qui se répaud lorsqu'on ^ * fo^^^e. éteint la chaux vive. Sa saveur est singulièrement acre, et elle
est si excessivement corrosive, qu'à quelque partie du corps qu'elle soit appliquée, elle la détruit presqu'Jnstantanément. C'està raison de cette propriété qu'on Ta appelée <:a7/.?//<^7/e^ et qu'on en fait aussi, sous le nom de cautère potentiel , un fréqijent usage en chirursjie , pour ouvrir les abcès , ou détruire les excroissances inutiles ou nuisibles. Sa pesanteur spécifique est de 1,7080 ^
3. Lorsque la potasse est parfaitempuî sèche, elle n'est pas Comn^ent conducteur de Vélectricité, mais elle le devient lorsqu'elle est décompoV^e.
' îégèrement humectée à sa surface, degré d'humectation qu'elle acquiert par son exposition pendant quelques secondes seulement à Tâir. Si l'on place des morceaux de potasse dans cet I état sur un disque de platine appliqué à l'extrémité négative I d'une forte batterie galvanique, et qu'un fil de platine passant I de l'extrémité positive de cet appareil, soit mis en contact 1 avec la potasse, cette substance est décomposée par degrés. I il se sépare du gaz oxigène à Textrémité du fil positif, et il se I manifeste au côté en contact avec le disque de platine des glo- \ bules d'un métal blanc comme du mercure. H.Davv s'assura, par un grand nombre d'expériences, que ces globules étaient la base de la potassé , et qu'ils se convertissaient en potasse en absorbant roxigène. Cette brillante découverte eut lieu en
' On avait «lislingné pendant Ions-temps la potasse par la dcnomiTiatiou d'alcali it^état, parce qu'on robtenait des ve'ee'taux, et qu on l avilit consicleieo cnramc appartenant parUculieremerit au règne végétal; mais il est aniourd'hui reconnu que c'est une erreur. On l'avait aussi appeie'e sel de tartre , parce qu'on la retirait de la combustion du sel appelé' tartre. 31. Kirwan lui a donné le nom do fartarin; Klaproth l'appela hal'.-. et le docteur Black lix<\'>i. l'Ile est nomm-e potasse par le plus grand nombre des cinniistes anglais • mais cette expression, dans le lanc;age ordinaire , défîgne le carbonate de potasse ou la potasse du commerce.
•' Iktseafratz, Ann.de Chwn. XXVIII, u.
1807 % et la base métallique ainsi obteoue , fut nommée par Davy poiassium ^
Gay-Lussac et Thénanl découvrirent bientôt après qu'on pouvait se procure*" le potassium en plus grandes quantités en faisant passer de la potasse à travers de la toumnre de fer dans un canon de fusil recouvert d'un lut d'argile, préparé de manière à le garantir de l'action du feu ^. Ce procédé, d'une exécution difficiicjfut perfectionné, eu i8i4, par j1. Smithson Tennant *.
Les propriétés du potassium ont été récherchées avec beaucoup de sagacité par H. Davy^ ; elles ont été également exauiinées avec le plus grand soiîi par Gay-Lussac et Thénard, qui, eu confirmant les faits établis par Davy, y eu ont ajouté par leurs travaux de très-importans ^.
Propriétés Le potassium est blanc, avec aiUaut d'éclat métallique que iu poiassium. l'aj>gçi,t j^n ]g nicrcure. A la température de 10" centigrades, c'est un solide mou et malléable; à celle de 58° il devient complètement fluide, et à zéro , il est dur et cassant; lujsqu'il est rompu en fragmens , il présente une texture cristalline; il faut uu degré de chaleur approchant de celui de la température rouge pour le convertir en vapeur. Sa pesanteur spécifique, à 16° centigrades, est 0,86007; de sorte qu'il est plus léger que l'eau. C'est un excellent conducteur de l'électricité et du calorique, boxide, ^^' L^ potassium exposé à l'air absorbe Toxigène, et il se
recouvre dans quelques minutes d'une croûte de potasse , qui en absorbant l'eau la décompose rapidement, et dans très-peu de temps le tout devient une dissolution saturée de potasse. L'orsqu'ou le chaulfe dans le gaz oxigène à la température à laquelle il couimence à s'évaporer, il brûle avec une lumière blanche, brillante, produisant une chaleur intense.
Lorsqu'on jette du potassium sur la surface de l'eau, il décompose rapidement ce liquide et il y a dégagement de gaz hydrogène. Ce gaz, qui entraîne des particules de potassium, prend feu à l'air, et eu communiquant la combustion au potassium, le tout brûle avec une sorte d'explosion.
' Davy a donné un exposé détaille de cette découverte dans les Trans. Phil. 18 8.
' Les cliimistes a'iem.inds et suédois l'appellent KalUim.
^ Ce proct-dé est décrit tout au long dans les Piecherches physicochimi<'[ues. I , ^^.
4 Phil. Tratis. 1814, p. 587.
s Jbid. 1808, p. I.
^ Recherches physico«chimiques. 1 , 107,