L'aluminium
Les composés que ces corps forment avec l'oxigène sont blancs, et dans les acides les dissolutions de ces oxides sont incolores. Il a été jusqu'à présent impossible de les réduire, en quantité quelconque, à l'état métallique. Ils sont insolubles
^ Ann. cîe chim. , XCI, Ci\.
4o4 COMBUSTIBLES SIMPLES.
(lins l'eau, et n'altèrent, en aucune manière, les couleurs bleues végétales. C'est par cette raison qu'on les distinguait autrefois en chimie par la dénomination de terres pures.
SECTIOIN PREMIÈRE.
De VYttrium.
Histoire. Ï^G Capitaine Arhenius découvrit , vers la fin de 1787, dans le cantoij d'Ylterby, en Suède, un minéral particulier différent de tous ceux jusqu'alors décrits par les minéralogistes. Sa couleur est d'un noir verdâtre, et sa cassure ressemble à celle du verre. Ce minéral agit sensiblement sur le barreau aimanté , et il est en général trop dur pour être attaqué par le couteau. 11 est opaque; mais réduit en fragmens, il transmet quelques rayons jaunes. Sa pesanteur spécifique est l\^'i6'] '. Geyer publia, en 1788, une description de ce minéral dans les Annales de Grell.et Rinman en fit mention à la même époque dans son Dictionnaire des Mineurs.
Le professeur Gadolin avait trouvé, en analysant ce minéral en 179! , qu'il contenait une terre nouvelle ; mais quoique son analyse eût été publiée dans les Transactions de Stockholm pour 1794 7 et dans les Annales de Crt-ll pour 1796, ce ne fut qu'en 1 797 qu'Ekeberg, après l'avoir répétée et en avoir obtenu les mêmes résultats, reconnut comme lui , la présence dans ce minéral, d'une terre nouvelle, à laquelle il donna le nom à'yttria *. Les conclusions de ces chimistes sur l'existence de cette terre furent confirmées par les expériences de Vanquelin,en 1800 ^ , et à-peu-près dans le même temps par celles de Klaprotli *. En 1802 % Ekeberg publia une nouvelle dissertation sur ce sujet dans les Transactions de Suède pour ladite année. Depuis cette époque, il a été fait de nouvelles recherches sur l'yttria par Berzelius, qui a fait voir que telle qu'elle avait été examinée par Gadolin et Eke-
' Gatlolin , CrcU's Annals. 1796. I,3i3. — Vauquelin, Ann.de Chim XXXVI, ij6. —Rlanrolh's, Beitrjge. III, 5^.
* Ocir.s AnnnU. 1-99. Il, 63.
î Ann. de Cliim. XXXVI, i43.
* llàil. XXXVII , 86 ^ et Beitrage. III , Sa.
5 KIonî;!. Vetinskaps Acad. nya Handliogar, 1803, p. 68, et. Jour. tle'ChLTi. m, 78.
DE L'"yTTRî15M. 4'-*5
berg , elle*n était pas pure. Il a réussi lui-même à la séparer de la plus grande partie du cerium qui en altérait la pureté, et il a décrit ses propriétés \
I. On n'a trouvé jusqu'à présent IVltria que dans le mi- î'repariujn. neral noir appelé gadolinùc ^ytarce que ce futGadolin qui l'analysa le premier. L'yltria y est combinée avec Toxide noir de fer , et avec la terre appelée silice. On rencontre aussi lyttria dans Tvltrotantalite qui , d'après la description qu'en a donnée Ekeberg , est un composé de tantale et d'yttria. Mais ces minéraux ne se trouvent l'un et l'autre que dans le canton d'Ytierby , en Suède -, et c'est du premier , qui est le plus commun , qu'on obtient l'yttria. On traite le minéral réduit en poudre avec un mélange d'acides nitrique et bvdrochlorique , jusqu'à ce qu'il soit complètement décomposé. On filtre h dissolution après l'avoir préalablement évaporée presque jusqu'à siccité , et ensuite étendue d'eau. La silice s'en sépare; et après avoir évaporé jusqu'asicciié la liqueur filtrée, on tient pendant long-temps le résidu chauffé au rouge dans un vaisseau fermé ; on le redissout ensuite dans l'eau , et on filtre de nouveau la dissolution , qui passe incolore. On la traite alors par iamraoniaque , et l'yttria est précipitée, en état de mélange avec de l'oxide de cerium. On chauffe au rouge le précipité , on le dissout dans l'acide nitrique , on évapore à siccité pour chasser l'excès dacide. On fétend alors de i5o parties d'eau , et on verse dans cette liqueur du sulfate de potasse en cristaux. Ces cristaux s'y dissolvent peu-à-peu, et au bout de quelques heures, il se forme un précipité blanc ; ce précipité contient l'oxide de cerium. On répète l'opération jusqu'à ce qu'on se soit assuré qu'on a séparé cet oxide. On filtre alors la liqueur, et on précipite l'yttria avec de l'ammoniaque pure. Ou lave bien le précipité, et ou le chauffe au rouge *. Fropriéiéi.
L'yttria, ainsi obtenue , est une poudre fine blanche, sans saveur ni odeur; elle n'altère point les couleurs bleues végétales. Elle pèse beaucoup plus qu'aucune des autres terres , sa pesanteur spécifique étant, suivant T keberg, de 4-'^4^'
L'yttria est insoluble dans l'eau, qu'elle peut cependant,
' Annals of Philosnpiiy. lit, SSg. Afhandlingar i Fysik , Rémi octi ^lineraloji. IV, ai-;, 335.
* Bcrztlius ; Afhandlingar. W, "223
4o6 COMBUSTIBLES SIMPLES.
ainsi que l'aîiiniinc , retenir en grande proportion. Klaproth s'est assuré que lytlria précipitée de l'acide hydrochlorique par lammoniaque, et séchée à une basse température, diinjnue de 6i parties sur loo , ou de presque le tiers de sou poids, lorsquelle est chauffée au rouge dans un creuset. Or cette perte coneiste entièrement dans l'eau qui s'en est dégagée.
Le carbonate d'ammoniaque , et tous les autres carbonates alcalins , dissolvent facilement l'ytîria, que n attaquent point les alcalis purs. Celte terre se combine avec les acides, et forme ainsi des sels dont la saveur est tout-à-la-fois sucrée et astringente.
L yttria n'éprouve aucune action de la lumière , et il est probable qu'elle ne se combine point avec loxigène. Il ne paraît pas non plus, d'après les expériences de Klaproth, qu'elle s'unisse facilement avec le soufre , ni même probablement à aucun des autres corps combustibles simples. Ytirium. Davy reconuut, qu'cïj faisant passer du potassium à travers
l'yttria rouge de feu , le métal est converti en potasse, et on aperçoit des particules d'un gris métallique en état de mélange avec l'alcali. Ces particules sont probablement l'yttrium réduit à l'état métallique.
II. Quoique l yttrium n'ait point été exaraioé dans cet état de métal , et qu'il n'ait point été fait d'expériences directes sur la proportion d'oxigène avec laquelle il se combine lorsqu'il est converti en yttria , nous pouvons cependant parvenir^ par les mêmes moyens, dont nous nous somuies servi dans les trois dernières sections pour reconnaîU'e la composition de la barite, de la strontiane et de la magnésie, à déterminer aujsi la sienne.
Il paraît, d'après les expériences de Berzelius, que le sulfate dyttria est composé de poids égaux d'acide et de base*. Ainsi le nombre équivalent pour l'yttria, doit être le même que celui pour l'acide sulfurique , c'est à- dire 5. Il suit de cette expérience, que loo parties d'yttria doivent contenir 20 d'oxigène , de sorte qu'il est formé de
Yttrium .... 80 ... . 4 ^ ^^
Oxigéne. . . . 20.... i 26
* Afhandlingar. l\ , 236,
DU GLrCINIUM. 4^7
L'yttria est alorscoraposée de i atome d'yttrium et de i atÔQie d oxigéne , et le poids d'un atome dyttriura est 4-
SECTION IL
Du Glucinium.
I. Le béril est une pierre transparente de couleur verte, et Hinoite. d'une très-grande dureté. On la trouve crisiallisée dans les rnontagues de la Sibérie et dans plusieurs autres contrées. Vauquelin analysa ce minéral en 1798, sur l'invitation de M. Haiiy, cfoi, d'apréstoutes les considérations miuéralogiques , lai trouvait une conformité parfaite avec lémeraude. Les résultats de lanalvse furent la confirmalion des conjectures de M. Haiiv , et la découverte d'une terre nouvelle , à laquelle on donna le nom à^ glucine '. Les expériences de Vauquelin ont été répétées par Klaproth ^, ainsi que par d'autres chimistes distingués.
Pour obtenir la giucine pure . on fait foudre le béril, ou pjéparation l'émeraude réduite en poudre , avec trois fois sou poids de i, gi^Jine. potasse. On délaie la masse dans feau , on la dissout dans l'acide hvd^'ochlorique, et on évapore à siccitc. On lave le résidu à grande eau , et on met le tout sur un filtre ; la silice, qui constitue plus de la moitié du poids de la pierre , y reste , et la gluciiie , ainsi que les autres terres combinées avec l'acide hvdrochlorique , sont retenues en dissolution dans leau de lavage. Ou les en précipite par le carbonate de potasse ; on lave ensuite le précipité qu'où dissout dans l'acide sulfurique. On ajoute à la dissolution , du sulfate de potasse ; on la fait évaporer ensuite jusqu'à consistance convenable, et on la laisse cristalliser. 11 se forme dans la liqueur des cristaux d'alun ; lorsqu'on en a obtenu autant que possible , et qu elle n'en donne plus , on y verse du carbonate d'ammoniaque eu excès ; on filtre alors et on fait bouillir le liquide pendant quelque temps ; il s'en sépare peu à-peu une poudre blanche qui est la giucine.
La giucine , ainsi exJraite, est une poudre blanche , légère, Pr^p')f:c«
' Ann. de Chim. XXVI , i55.
^ Eeitrage. 111 , 2i5.
4o8 C OMBrSTIllLES SIMPLES.
(Jonce an touclicr , s;<ns saveur ni odeur , avant la propriété d'adhérer fortement à la langue. Elle n'a aucune action sur les couleurs végétales. Sa pesanteur spécifique est de 2,976 ^
La glucine est insoluble dans l'eau; mais elle forme , avec une petite quantité de ce liquide , une pâte qui a un certain degré do ductilité. Elle ne se combine point avec l'oxigène, ni avec aucune des sqbslances combustibles simples : mais l'aride hydro-sulfurique la dissout, et il en résulte un bydrosnlfure, semblable par ses propriétés aux autres composés du même genre *.
La glucine a de commun avec i'aîumine qu'elle se dissout, comme cette terre , dans les alcalis fixes liquides. Elle a du rapport avec l'vttria en ce que , comme celle ci , n'étant pas soluble dans l'ammoniaque , elle l'est dans le carbonate d'ammoniaque; mais cette faculté de dissolubilité par le carbonate d'ammoniaque est cinq fois plus considérable dans la glucine que dans l'yttria.
La glucine se combine avec tous les acides, et ces combinaisons forment des sels à saveur sucrée ^ , comme le sont aussi ceux qui résultent des combinaisons de l'yttria. ciucinium. IL II y a lieu de conclure des expériences de Humpbry Davy que la glucine est , comme l'yttria , un oxide métallique. Lorsqu'on chauffe la glucine avec le potassium , le métal est converti en potasse, avec laquelle on observ-e, qu'il y a des particulesgrises d'apparence métallique, mélangées. Lorsqu'on met ces particules dans l'eau, elles dégagent lentement de riivdrogène, et sont converties en glucine.
Suivant Berzelius *,le sulfate de glucine consiste dans
Acide 100 5
Glucine. . . . 64, i. . . • 3,2o5
Ainsi le nombre équivalent pour la glucine est 3,25. De plus, 64 ^^ glucine doivent contenir 20 parties d'oxigèue; donc la glucine se compose de
Glucinium. . . . 44' • • • ïoo Oxigène. . • . . 20. . . . 45, 4^
' Fkeberg, y4nn. >1e Chim. XTJII , -y-ir. ' Fourrroy II , iÔ().
* D'où Ton a lire le nom de g/ucine , de : auhs? " Atumpt to ci^rahlish a pure fcieniific svstem o( mineroJ'^gy.
♦Ion:
DE LALL-snyivyi. 4^9
En divisant !l nombre ^,^5 dans le rapport de loo à 4^5 î^^ composition de la glucine sera
Glucinium. . . 2,25. . . loo
Ce qui fait voir que la glucine est formée de i atome de glucinium et de I atome d'oxigène. et que le poids dun atome ck glucinium est 2,
SECTION III
De F Aluminium.
*fi I.' L'Àxmr ■ est un seî qui, fut bien connu des anciens. Ils l'employaient dans la teinture-, mais ils ignorèrent quelles en étaient les parties composiantes. Los alcbimisies découvrirent que ce ael est june combinaison dacide sulfurique, et d'uoe terre dont ils ne purent distinguer la nature. Stabl et JNeumann la confondirent av«c la cbaux-, mais Geoffroy jeune prouva, en 17.^8, que c'était une erreur, et que la terre de l'alun était une des parties constituantes de l'argile ^ En 1704, Margraff fit voir qu€ la base de laluu était une terre dune nature particulière, différente de toutes les autres, et formant un ingrédient essentiel, dans.lçs argiles dent, elle déterminait les propriétés caractéristiques *. On donna en conséquence le nom ^argile à cette terre, que Morveau appela depuis alumine, parce que ce fut de 1 alun quil parvint à 1 obtenir dans l'état de pins grande pureté. Les propriétés de lalumine furent examinées avec plus détendue par Macquer, en 175§>. et 1762 ^ , par Bergman en 17Ô7 et 1771 ^ ; et par Scbéele en I776^ Beaucoup d'autres cbimistes encore contribuèrent par leurs recberches à la counais?ai>ce complète de cette terre, sur laquelle Saussure le jeune publia, en 1801 ^ , un traité très-intéressant.
* Mcm. Par. 1728, p. 3o3.
» Mém. Berlin. 1^54 et 1759. Margraft". II . i ' INTém. Par.
* Bergman. 1 , 287 ; et V, 71.
* Scheele. I, 191. TraJuct. françai-e.
* Journ. dePhVs. LU, 280.
Hiîtoire.
4lO COMBUSTIBLES SIMPLES.
Préparation Oiî \)0\\i obtcnif l'aliimine en versant de l'ammoniaque dci-aiumiae. ^^^^^ y^g dissoliuion d'aliui dans l'eau, jusqu'à ce que la liqueur ne précipite plus. On la décante alors, et après avoir lavé à i,M'ande eau le précipité, on le fait sécher. C'est Valumine. Cette terre n'est pas alors, àdà-vérité, dans un état de pureté absolue ; elle retient encore une portion de l'acide sulfurique qui était combiné avec elle dans l'alun; mais on peut la rendre passablement pure, si elle a été séparée par des lavages suffisans de toute la potasse, en l'exposant à une forte chaleur dans un creuset de platine: car, à une température élevée , l'acide, sulfurique doit être presque complètement chassé. < - .
La terre ainsi obtenue est dans deux états très-différens, selon la manière dont elle a été précipitée. Si le sel terreux a été dissous dans la moindre quantité d'eau possible, falumine a l'apparence d'une terre blanche, légère, friable, très-spongieuse, et s'atfachant fortement à h langue. Dans cet état, Saussure la distingue par la dénomination ^alumine spongieuse. >■— 1 - , J ;;;. "■ ;j
Mais si le sel a été dissous è grairie eau'^il'âlumine obtenue est en masse jaunâtre , transparenté, cassante, ^et s'éclatanî en morceaux a la manière d'un canon de soufre qu'on serre fortement dans la main. Sa cassure est li^se et conchoïdale. Elle n'adhère point à la langue, et ri' a rien de l'aspect ordinaire d'un corps terreux. Dans cet état > Saussure l'appelle aluikine gi'latinense'^ . .• ^ - , ; .;
Fropriéiés. L'alumiue a peu de saVéfùr , elle -n'a point d'odeur lorsir[u'elle est pure; maiîr si elle contient de l'oxide de fer, ce qui arrive souvent, elle exhale, lorsqti'on souffle dessus, une odeur particulière, qu'on distingue par le nom à' odeur terreuse ^. Cette oflenr est très-sensible dans les argiles communes. La pesanteur spécifKjue de l'alumine est de 2,00 ^.
Sa coTîtraffion Eu cliaufraul: l'ahmiioe, ou lui fait per<lre peu-à-peti de "-"'''■*"''•"- . , 1,/ . 1, '11' 1 11
son poids, par 1 evaporalion d une partie de 1 eau avec laquelle
elle est ordinairement combinée : son volume diminue en
même-temps considérablement.
L'aluuiiue spongieuse se dépouille très-promptemeat .de
' Jnurn. de Phys. LU , 290.
5 Saussure, .Tourn. de Phys. LU, 287.
- Kirwan's Miner. I, i.
paria chaleur.
DE l'aluminium. 4^^
son humidité ,*que 1 alumine gélatineuse retient au contraire avec beaucoup de force. L'alumine spongieuse, chauffée au rouge , perd o,58 parties de son poids, et la gélatineuse o,43 seulement. Cette perte ^ qui ne s'élève , pour folumine spongieusî', qu'a o,58, lorsqu'on l'expose à une chaleur de i3o*^ de Wedgevood, n'est, pour l'alumine gélatineuse, à la même température, que de 0,4826. Saussure a cependant fait voir que ces deux espèces , lorsqu'elles ont été l'une et l'autre séchées à la température de 16° centigrades, contiennent des proportions égales d'eau * .
Davy, en faisant traverser par du potassium l'alumine chauffée au blanc, convertit une portion considérable de cette terre en potasse, et cette potasse présentait, en mélange avec elle , des particules grises métalliques. Ces particules mises en contact avec feau, s'v convertissaient avec effervescence en alumine. En faisant fondre , par le galvanisme , un globule de fer en -contact avec de l'alumine humectée, il forme un alliage avec l'aluminium. Cet alliage fait lentement effervescence dans l'eau en s'v recouvrant d'une poussière blanche -. Davy donna le nom ^aluminium à cette base métallique.