‹ Système de graphologie; l'art de connaître les hommes d'apres leur écritureChapitre 7 sur 97 · GRAPHOLOGIE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

GRAPHOLOGIE PHILOSOPHIQUE

Rien ne se produit de sérieux dans le monde sans avoir avec soi et en soi sa philosophie , c'est-à-dire sa cause logique^ tenant à cette grande loi de ITiarmonie qui préside à toute manifestation intellectuelle et physique.

Plus nous avancerons dans les sciences, plus nous serons des simplijBcateurs, parce que nous arriverons à grouper la multiplicité des phénomènes autour d'une série très-peu nombreuse de causes qui les produisent. C'est la tendance de l'esprit moderne s'appliquant à la science. . On conçoit donc qu'après l'heureuse découverte de la méthode graphologique, j'aie voulu faire la philosophie de cette science. De même, les grammairiens ne se contentent pas du résultat pratique de la syntaxe et de la méthode, mais s'élèvent phis haut et font la philosophie du langage.

Cette philosophie de la manifestation de l'àme par les signes graphiques, repose sur le grand fait de la liaison intime qui existe entre tout signe, quel qu'il soit, émanant de la personnalité humaine, et l'âme elle-même qui est la substance de cette personnalité. Qui doute que toute parole ne soit la traduction subite et immédiate de la pensée î

Mais qui doute encore que toute écriture ne soit une traduction aussi subite^ aussi immédiate de la pensée que la parole elle-même ?

Les faits sont là. Cette àme amie qui, à cent lieues de distance , reçoit ces chères pattes de mouches qui lui disent tant de bonnes choses parties du cœur, les entend par le regard, exactement comme si, toute distance étant

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brus^ement franchie^ la personne qui vient d'écrire apparaissait tout à coup^ et disait^ des lèvres^ ce que diront les caractères graphiques.

Ce sont là des notions simples^ premières , d'une indiscutable vérité. On a appelé récriture « l'art de parler aux yeux ; » et cette expression a sa justesse rigoureuse.

Mais, s'il y a une liaison si intime entre la pensée et récriture, au point que cette dernière disparaisse en réalité , et ne soit plus qu'un signe sous lequel la pensée vibrante arrive instantanément à une autre pensée qui la perçoit, comment n'y aurait-il pas une liaison également intime entre la forme que reçoit cette écriture et les dispositions intellectuelles et morales de Tàme dont' elle est le truchement inconscient et subit ?

Quand nous écrivons dix lignes très-spontanées, trèsrapides, dans l'épanchement d'une profonde douleur ou d'un violent amour, peut-il nous venir à l'esprit que nous nous soyons occupés, même pour la plus insignifiante des lettres, de la forme que nous leur avons donnée?

Le calculateur qui, avec une rapidité effrayante, groupe des chiffres, songe-t-îl au procédé matériel que ses études d'arithmétique lui ont fourni ? Ia main qui écrit, comme la plume qui calcule, fait une œuvre purement intellectuelle.

Tant que l'enfant a appris matériellement l'écriture, tant que l'apprenti arithméticien a étudié les règles du calcul, oui, alors ils ont fait œuvre matérielle , ils se sont donné un art. Mais, quand la longue pratique est venue, quand ils ont écrit ou calculé avec une rapidité qu'explique seule la rapidité de la conception impatiente du retard de la plume qui écrit ou qui calcule , le procédé matériel cesse d'être quelque chose, l'âme écrit, l'esprit calcule. L'enfant a balbutié, pendant de longues années, ses voyelles; il les a liées préalablement à des consonnes, n a bégayé tout cela. Mais ce serait revenir à la leçon de philosophie donnée par le bourgeois gentilhomme à sa servante ^ sur la prononciation de Vu pour laquelle

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« on fait la moue^ x» qne de prétendre qa'en parlant^ un homme quelconque songe à la formation matérielle des expressions qu'il emploie , expressions qui, par la trèslongue habitude, finissent par n'être qu'une répétition inconsciente de sons ayant le privilège de transmettre instantanément la pensée.

Il en est de même de la forme donnée au mot dans une langue quelconque. Elle finit par devenir inconsciente, au point que notre plume fait perpétudlement certaines lettres pour d'autres sans que jamais notre œil s'en aper^

çoive. Par exemple on écrit pitm ^ pour notre, mais en réalité on a écrit wtue employant un u pour un r. On écrit

■^ pour bonbon, les u remplaçant les n. On em-

ploie l'y pouif le g. Dans O^ m.m^ utau t^ qu^il faut lire

agacement, le g est un y, le c est un e, le m est composé de trois jambes de Vu et le n est un u. De telle sorte que ce mot d'agacement a été écrit en réalité ayaeemeut, mot impossible, qui n'appartient à aucune langue , mais qui rend à merveille, pour celui qui Fa tracé, l'idée qui est sous le mot, l'idée d'agacement.

Nous arrivons donc à cette formule, que, par la longue habitude d'écrire , comme par la longue habitude de parler, c*e&t l'âme qui directement écrit et parle , le son dans la parole, la lettre dans l'écriture n'étant plus qu'un signe employé inconsciemment pour rendre la pensée.

II. Un autre fait d'une importance majeure se constate aussi par l'observation, c'est qu'il y a autant d'écritures que d'individualités. Parcourez le monde occidental, en y comprenant l'Amérique peuplée par les Européens , vous serez frappé de la constance de ce phénomène, même dans les langues dont l'alphabet est immobile, et se com-

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pose de lettres presque juxtaposées comme des lettres d'imprimerie, l'arabe et Thébreu. Les mêmes différences se rencontrent : la personnalité se fait jour. Uécriture haute, espacée, magistrale attribuée à Mahomet, récriture délicate, aérienne d'Abd-el-Kader, l'écriture tassée, rude, pâteuse du farouche Ali , pacha de Janina, ne se ressemblent en rien. Et Je citerai dans ce livre quelques lignes d'un savant juif de Trieste, sur lesquelles j'ai pu faire un portrait intellectuel et moral si complet que les amis et la famille de ce savant n'ont jamais voulu croire qu'une lettre complaisante , partie de Trieste eii mêmiî temps que l'autographe en hébreu, n'était pas venue me révéler des détails minutieux sur le caractère dé celui qui l'avait tracé.

Or, ce fait incontestable a une immense valeur, surtout si on le rapproche de celui-ci : que nous avons tous commencé à écrire selon des modèles parfaitement semblables. Ce que les maîtres d'écriture appellent des exemples, a été le type général sur lequel chaque génération d'enfants s'est formé la main. Les maîtres ont veillé avec le plus grand soin à l'uniformité de toutes les écritures. Ils nous ont appris à tenir la plume de la même façon ; ils ont dirigé notre main dans le même sens ; ils nous ont enseigné l'égalité des lettres, leur hauteur régulière, leur disposition, leur harmonie; et, au sortir de* leur école, tant que nous avons docilement suivi leurs principes, nous avons possédé un art particulier qui s'appelle la calligraphie.

En examinant le travail calligraphique, il nous est facile de voir qu'il est purement mécanique. Le but du maître n'est pas de vous faire rendre des idées, mais de simples formes applicables plus tard à toutes sortes d'idées. Ce sont des alphabets réguliers, des séries de voyelles et de consonnes artistement arrangées, rien de plus. Aussi, il y a dans la langue, un mot très-expressif, pour rendre l'idée d'une belle écriture. On dit : Il peint bien. L'écriture considérée comme art est en effet une peinture»

Mais, si j'ai pu, sur quelquea lignes tracées par la main

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d'un jaif ou d'un arabe^ me rendre un compte rigourei]ix de sa nature^ de son caractère intime^ il m'est impossible de rien déduire d^me page écrite selon les règles d'une calligraphie parfaite. Le graphologiste est muet devant un tel travail, pour y découvrir la personnalité humaine, comme il le serait devant une page imprimée. La raison en est évidente, c'çst quer cette calligraphie n'a rendu que des formes fixes, régulières, immuables, et que le cerveau de Thomme qui Ta tracée n'a eu qu'une pensée unique, celle de la produire aussi belle que possible.

Tels sont les faits ; ils lilont d'expérience.

Mais il se produit bien un autre phénomène. C'est que, du jour où 1 enfant, l'adolescent, l'homme même qui a reçu des leçons de calligraphie, entre dans sa vie spontanée et libre, qu'il veut rendre rapidement, sans applica« tion, sans étude, sans se soucier le moins du monde de former bien ou mal ses lettres, des pensées, des affections qu'il veut communiquer à d'autres, il abandonne par instinct le métier de calligraphe, et le voilà qui se fait une écriture particulière, écriture ayant des formes quelquefois étranges, tantôt où les angles dominent, tantôt où dominent les courbes, tantôt où courbes et angles se succèdent dans les mêmes mots, tantôt où l'écriture garde une verticalité compassée et froide , tantôt où elle prend une inclinaison délicate et molle, tantôt où elle s'épanche en loiigs traits d'une finesse extrême, tantôt où elle s'accentue en traits durs et carrés.

Que s'est-il passé alors?

Le voici.

La main a cessé le travail de calligraphie, les lettres lui sont devenues aussi familières au bout de la plume, que les sons dans le langage, quand il a pris la longue habitude de parier. Depuis longtemps, l'enfance une fois écoulée, il ne s'occupe plus des sons. Maintenant, quand il écrit, il ne s'occupe plus des lettres. Elles deviennent pour lui, comme des sons fixés au regard.

J'ai mieux rendu ce fait remarquable par cette formule : L'écriture devient le relief visible de la pensée.

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On comprend dès lors que chaque individualité , abandonnant le procédé de la belle écriture, se fasse son écriture personnelle, écriture qui ne ressemble pas à celle d'un autre, pas plus que les traits de notre visage, quoique composés des mêmes éléments, ne ressemblent aux traits du visage des autres hommes.

Cela est tellement vrai que le même individu qui vous aura écrit de cette écriture naturelle, spontanée, habituelle, non appliquée, laquelle est devenue son écriture propre, souvent illisible, mal iaite, inharmonique au possible, a Taptitude, en s'appliquant un peu, de redevenir calligraphe, et de vous tracer certaines lignes bien régulières qu'il peut, sans trop de honte, présenter comme des modèles à copier, destinés à des enfants. Voilà comment certaines personnes dont nous connaissons récriture assez mauvaise, peuvent donner de bonnes leçons d'écriture, en fournissant à leurs élèves des modèles qu'ils ont eux-mêmes tracés. La chose est singulière, mais elle est ainsi.

Cela établit une ligne de démarcation bien tranchée entre l'écriture considérée comme art, et l'écriture considérée comme truchement instantanéet rapide de lapensée.

Il serait superflu de donner plus de développement à cette exposition qui, reposant sur des faits reconnus de tous, est inattaquable.

Tll. Nous avons à voir maintenant quel est le procédé physiologique par lequel l'àme cessant de peindre, c'està-dire de former de jolies lettres , arrive à se reproduire elle-même dans l'écriture, comme une image se répercute sur un miroir, comme notre visage va se dessiner sur unfi plaque couverte d'une substance très-impressionnable à la lumière, placée dans Tinstrumeut du photographe.

Il est reconnu aujourd'hui, à peu près universellement dans la science, que le cerveau est l'organe exclusif de la pensée.

Sœmering, cité par Gall, dit nettement que a le cerveau est l'instrument exclusif de toute sensation, de toute pensée, de toute volonté. »

Haller prouve que la sensation n'a pas lieu dans Tendroit où un objet touche le nerf^ dans Tendroit où l'impression a lieu^ mais dans le cerveau^ Sensûs sedem in cerebro esse (1).

Bichart a dit : « Toute espèce de sensation a son centre dans le cerveau^ car toute sensation suppose Timpression et la perception (^)i »

Descàrtes avait dit : a Je ne reconnais pas d'autre sensation que celle qui se fait dans le cerveau (3). »

Condillac lui-même avait dit : a Les sens ne sont pas cause occasionnelle. Ils ne sentent pas. C'est l'àme seule qui sent à l'occasion des organes (4). »

Gall qui avait fait de grands travaux sur le cerveau dit : c II est généralement reconnu que le cerveau est l'organe particulier de l'àme (5). » .

Enfin^ P. Flourens qui est spécialiste sur cette question, dit : a L'opinion que le cerveau (soit le cerveau pris en totalité, soit telle ou telle partie du cerveau prise séparément) est le siège de l^âme, est en effet aussi ancienne que la science (6). j»

Flourens a fait sur le cerveau les expériences les plus curieuses.

a La perte d'un sens, dit-il, n'entraîne pas celle de l'intelligence. Il suffit d'interrompre la communication d'un sens avec le cerveau, pour que ce sens soit perdu. La seule compression du cerveau qui abolit l'intelligence, les abolit tous. Les organes des sens n'exercent les fonctions d'organes que par l'intelligence, et cette intelligence ne réside que dans le cerveau (7). o

(1) Elementa physioîogiœ, IV, page 304.

(2) Recherches physiologiques sur la vie et la mort, art. YI, §11.

(3) GEuvres de Descartes, YI, page 347.

(4) Traité des sensations, préambule de VExtrait raisonné,

(5) Anatomie et Physiologie du système nerveux, II, page 14.

{^) De la Phrénologie et des études vraies sur le cerveau, page 10.

(7} Id. page 20.

Le cerveau pris en masse^ Vencéphale, l'ensemble des parties cérébrales est un organe multiple. Il se compose de quatre organes particuliers : le cervelet siège du principe qui règle les mouvements de locomotion ; les tubercules quadrijumeauXy siège du principe qui anime le sens 4e la vue ; la moelle allongée^ siège du principe qui détermine les mouvements de respiration ; le cerveau proprement dit^ ou les hémisphères^ siège exclusif de l'intelligence.

a Enlevez à un animal le cervelet^ il ne perd que la régularité de ses mouvements de locomotion ; si on enlève les tubercules, quadrijumeaux^ il ne perd que la vue; si Ton détruit la moelle allongée, il perd ses mouvements de respiration et par suite la vie. Si Ton enlève sur un animal le cerveau proprement dit, ou les hémisphères, il perd aussitôt Tintelligence et ne perd que Tintelligence (l). » ^

Ce sont des expériences très-curieuses. Il faut ajouter ceci : '

a Loin que nos sens se développent en raison directe, la plupart se développent en raison inverse.. Le goût, l'odorat sont jplus développés dans le quadrupède que dans l'homme ; la vue , l'oule le sont plus dans l'oiseau que dans le quadrupède ; le cerveau seul se développe partout en raison de l'intelligence. Les mammifères sont les animaux qui ont le plus d'intelligence. Ils ont , toute, proportion gardée, les hémisphères les plus volumineux. Le cervelet le plus grand est celui des oiseaux, qui ont le plus de force de mouvement. Les reptiles, plus lents, ont le cervelet plus petit (2). »

Ces notions si précises, qui sont aujourd'hui du do- •• maine de la science, établissent nettement que le grand organe, l'organe spécial de l'intelligence, est le cerveau proprement dit, ou les hémisphères. C'est ce qui a amené Flourens à attaquer le système de Gall.

(1) Flourens, td. pages 21 et 22.

(2) Id. Id. page 23. '

SYSTEME BiE GRAPHOLOGIE 4S

« L'erreur de Gall, dit-il, a été de croire que Tintelligeuce résidait indifiéremmeut dans tout Tencéphale (i). »

Gall a voulu que le cerveau se partageât en plusieui's organes^ dont chacun loge une faculté particulière de Tâme. Flourens démontre que c'est une erreur, nonseulement pour l'encéphale tout entier, mais même pour les hémisphères.

€ On peut, dit-il, retrancher soit par devant, soit par derrière, soit au haut, soit par côté , une portion assez restreinte de ces hémisphères cérébraux, sans que Tintelligence soit perdue. Une portion assez restreinte de ces hémisphères suffît donc à Texercice de Tintelligence. D'un autre côté, à mesure que ce retranchement s^opère, Tintelligence s'afifaiblit et s'éteint graduellement; et,

Sassé certaines limites , elle est tout à fait éteinte. Les émisphères cérébraux concourent donc par tout leur ensemble, à l'exercice plein et entier de l'intelligence.

« Dès qu'une sensation est perdue, toutes sont peràxîes : dès qu'une faculté disparait, toutes disparaissent, n ji'j a donc pas des sièges pour les diverses facultés, pour les diverses sensations. La faculté de sentir, déjuger, de vouloir une chose réside dans le i^ème lieu que celle d'en sentir, d'en juger, d'en vouloir une autre, et, conséquemment, cette faculté essentiellement, une réside essentiellement dans un seul organe. L'intelligence est donc une (2). » *

Or, avec Gall, il y a autant d'intelligence que de facultés distinctes, a II y a, dit Gall, autant de aifférentes espèces d'entendement qu'il y a de facultés distinctes. » . (Gall, IV, page 339). a A l'intelligence, faculté essentiellement une, Gall substitue une multitude de petites intelligences ou de facultés distinctes et isolées. Ce ne soat pas des intelligences particulières, ce ne sont que des modes de l'inteUigence proprement dite. Toute la doc-

(1) Id. Id. Id.

(2) Flourens, Id. page 26. Il y a des savants qui appellent la phrénologie une pseudo-science comme rastrologie, la nécromancie (Magendie, éléments de physiologie, I, page 263).

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trine de Gall est une suite d'erreurs qui se pressent et qui

\ ^ . s'accumulent (1). »

Il est difficile d'attaquer une doctrine avec plus de vigueur» Psychologiquement, Flourens est dans le vrai absolu. Gall, très-fort anatomiste, fait une confusion étrange des puissances de Tàme, en les divisant en autant de facultés distinctes. Flourens a raison de dire que

- Tintelligence est essentiellement une.

\- Il résulte de ce que Ton vient de lire, qu*il y a un or-

^: gane spécial en nous, auquej aboutissent toutes les im*

pressions et toutes les perceptions (1) et duquel, par voie

(i)W. Ii.pages26, 29, 33.

(2) Au système qui place exclusivement le siège des perceptions dans le cerveau, il faut ajouter celui qui donne un double siège à ces perceptions : d'un côté le cerveau, le centre nerveux cérébro-spinal d'où proviennent les nerfs de la vie de relation, et de l'autre lé système nerveux ganglionnaire, sorte de cerveau abdominal que Ton nomme aussi le gtamd sympathique, parce qu'il fait sympathiser entr'eux tous les viscères, au moyeu de nombreux ûlets de communication. Ce nerf communique avec presque tous les nerfs du cerveau, et avec tous ceux de la moelle épinière. Sans lui, sans ce vrai cerveau abdominal, pas de, nutrition, comme sans le cerveau, pas de perceptions.

Que l'on adopte que Tâme se manifeste uniquement par le cerveau ou simultanément par l'intermédiaire des deux systèmes nerveux ébranlés en même temps, du moment qu'il y a communication entre eux, le résultat est le même pour la théorie graphologique ; et la main, organe d'impression nerveuse soit simple par le cerveau, soit double par Fébranlement simultané du cerveau et du système ganglion naire, n'en sera pas moins l'organe transmetteur des manifestations l- du moi^ qui est reconnue par tous les physiologistes parfaite-

^: , ment un.

r 11 est prouvé que le siège pathologique de la folie, de la

p mélancolie, de Thypôcondrie, n'est pas constamment dans le

l' •' cerveau ni dans les viscères, mais tantôt dans les viscères,

f^ tantôt dans le cerveau. Chez les uns, après la mort, il y a atro-

l^. phie cérébrale; chez d'autres, Tencéphale n'a aucune lésion:

mais les désordres de la région intestinale sont nombreux! Tous les hommes de lettres éprouvent, après le travail, un

SYSTÈME DS GRIPHOLOCDS if

de conséquence, doivent partir toutes les manifestations de l'être intelligent et moral.

Les dernières recherches de la science ont abouti à reconnaitre que c'est par le moyen d'un fluide appelé c fluide nerveux » que les centres nerveux produisent toutes leurs manifestations* Cette théorie est pleinement satisfaisante. On sait avec quelle rapidité , presque élec* trique^ la moindre volition du cerveau est exécutée par les organes. Le doigt indicateur se dresse et se dirige instantanément vers Tobjet qu'on voifs prie de n)ontrer. C'est aussi prompt presque que la pensée^ tant il y a de merveilleux ensemble dans cet étrapge composé d'organismes^ qu'on appelle le corps !

spasme vers la «région épigastrique ; ei les mathématiciens ont la tète lourde et pesante. Il y a donc deux travaux intellectuels distipcts^ demandant à l'un ou à Tautre des deux systèmes qui forment l'ensemble du système nerveux, plus ou moins a activité. Le iravail. purement de calcul fatigue le cerveau; le travail de sentiment fatigue le système ganglionnaire. Mais, cependant^ l'un et l'autre sont unis par de nombreux filets qui en forment une sorte de chaîne électrique.

Que ce travail, purement intellectuel chez le mathématicien, à la fois intellectuel et sentimental chez le littérateur, — et quiconque écrit un simple billet devient littérateur, — ait la main, par conséquent la plume, comme unique transmetteur de pensée et de sentiment, nul ne songera à le mettre en doute : et je n*ai dû insister lin peu sur cette donnée physiologique incontestable, que pour mettre en évidence dernière, la liaison complète et absolue de Tidée manifestée par la plume avec l'arbre cérébro-spinal uni au grand sympathique et s*entrelaçant, s'anastomosant, selon l'expression scientifique, avec lui, pour ne former c[u'un ensemble de système avec les deux autres que l'anatomie ne peut s^empêther de constater.

Les anciens avaient cette idée de Taction mutuelle du cerveau et des viscères sûr l'âme, quand ils disaient : Pectus est g^tod diiertùs facity c'est la poitrine qui fait les éloquents : mais ils ajoutaient : et vis mentis^ jài la puissance de l'esprit. n est fort curieux que la science moderne, si sévère et si po- ;s:tive, en arrive aujourd'hui à constater ce que Fintuition avait seule révélé au monde antique, si peu expérimentateur.

Plusieurs savants pensent que Télectricité joue un rôle considérable dans tous ces beaux phénomènes. Jç n'ai point autorité pour me prononcer sur ces questions intéressantes. Mon rôle est d'accepter les résultats qu'on appelle de science acquise. Mais ce que nous savons maintenant de physiologie est assez positif pour qu'il n'y ait pas un doute possible sur les manifestations perpétuelles de l'àme par l'un de ses organes les plus dociles, et les. plus parfaits^ la main de l'homme.

Le célèbre Lavater avait fait déjà cette remarauable capitale, quand il défrichait si péniblement la tnéorie graphologique^ sur laquelle il n'arriva jamais qu'à de vagues lueurs : « De tous les mouvements du corps, il n'en est point d'aussi variés que ceux de la main et des doigts. De tous les mouvements de la main et des doigts, les plus diversifiés sont ceux que nous faisons en écrivant. Le moindre mot jeté sur le papier, combien de points, combien de courbes ne renferme-t-il pas? (l) »

Cette question de la ph^siognomonie par récriture l'avait vivement occupé.

c Je remarque, dit-il ailleurs, une analogie admirable entre le langage, la démarche et l'écriture (2). » Or, qui doute que le langage ne soit l'àme elle-même se traduisant par des sons? Et n'est-ce pas l'être moral qui se dégage par les moindres mouvements extérieurs du corps ?

Il avait été très-frappé de ce fait :

« Que cent peintres, tous écoliers d'un même maître, dessinent la même figure, que toutes ces copies ressemblent à l'original do la manière la plus frappante, elles n'en auront pas moins, chacune, un caractère particulier, une teinte et une touche qui les feront distinguer. Si cela est pour les œuvres de peinture, pourquoi cela ne serait-il pas pour l'écriture (3). »

La nature ne se contredit pas. S'il y a là manifestation évidente, traduction de l'être moral indiscutable^

m Grande édition in-4o de Lavater, 1806, III, page 67. — (2) id. page 73. — (3) Id. page 67.

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elle ne peut pas faire défaut dans l'écriture qui provient du même jet^ qpi est le résultat du même moteur. Les grandes lois q[ui régissent tout ce qui tient à Torganisme, ont une application rigoureuse et mathématique. Tout l'organisme^ dans ses moindres particularités^ leur est soumis.

Je suis parti de ces principes pour formuler la loi de la science graphologique : Toute écriture^ comme tout langage, est Vimmédiate manijestation de Vitre intime intel^ lectuel et moral.

La splendide découverte de la photographie nous donne une comparaison d'une bien grande justesse. Ce n'est pas Tarlîste photographe qui vous peint; il a bien sa part d'habileté dans la pose qu'il vous fait prendre : mais^ dans l'opération elle-même^ ce n'est pas lui qui est ragent ; c'est vous. Si vous faites un sourire^ ce sourire est rendu sur la plaque sensible ; si un sentiment triste vous traverse le cerveau^ votre front se rembrunit ou se crispe^ vos lèvres n'ont plus d'épanouissement^ ce je ne sais quoi qui dit la joie ou la paix intérieure ne se montre plus dans votre photographie.

Cette image de vous^ dont la lumière est le seul dessinateur^ c'est vous qui l'avez fournie^ sombre ou gaie^ riante ou attristée^ splendide de grâce et de jeunesse^ ou flétrie par les ans^ penseuse ou bêtement vulgaire.

Il en est ainsi dans cette autre photographie de vous^ même que vous produisez en mettant votre âme en exercice par le langage de la plume. Il y a bien la forme que . produit la plume ; mais nous avons ^u que ce trait physique n'est plus rien^ qu'il disparait dans la spontanéité de l'œuvre intellectuelle^ que c'est l'intelligence ellemême qui vient se photographier avec tout un ensemble merveiÛeux de facultés^ d'instincts^ d'aptitudes^ etc., qui la composent. Avare ou prodigue, franche ou rusée, calme ou exaltée, faible ou forte, de volonté douce ou anguleuse de caractère, débordant de puissance d'art et de poésie, ou étrangère à tout sentiment de la forme, ardente et ambitieuse ou mélancolique et découragée, les mlQe manifestations de l'être intime viendront se produire malgré vous, vous étant dans ime complète in-

^ stst]è:mi de graphologue

conscience et ne pouvant pas soupçonner que vous vous êtes peint là avec une exactitude rigoureuse. La plante en pleine floraison dont la tige gracieuse s'incline sur une fontaine bien limpide^ ne sait pas quelle est reproduite si^r.ce miroir, dans tout Téclat de sa fraîcheur et de sa beauté. Vous êtes ainsi dans le travail spontané de l'écriture. J'ai pu dire que j'avais découvert la photographie de l'âme, comme Niepce et Daguerre ont découvert la photographie du visage. Seulement j'ai appris à lire l'âme dans une manifestation inconsciente de son être où de beaux génies avaient bien soupçonné qu'elle déposait quelque chose de sa nature intime, sans pouvoir deviner Ténigme, sans pouvoir déchififrer Thiéroglyphe. GhampoUion a fait l'alphabet de l'écriture des Egyptiens. J'ai trouvé les signes par lesquels l'âme se trsdiit dans ses plus fines nuances.

Tel état de l'âme, telle écriture. Le maréchal de Mac- Mahon, eu pleine paix, écrit à un homme de lettres, ' pour le remercier de l'envoi d'une traduction de Végèce, La lettre est calme, réfléchie.: l'homme de guerre montre ce qu'U y a d'idéalisme dans sa nature. Végèce lui rap-

f)elle les heureux temps de l'étude. Tout l'autographe a a placidité de la situation. Plusieurs années se passent : le même homme de guerre étouffe la formidable insurrection de la Commune de Paris. Le lendemain, il écrit une proclamation aux Parisiens, L'autographe rend bien les traits dominants de la même individualité; mais la

{passion ardente, impétueuse, se fait jour à toutes les ignés; le mouvement ambitieux se développe; le côté idéal fait placé au côté positif et pratique. Adieu Végèce, adieu la paix! L'écriture est singulièrement mouvementée, hardie, fébrile même ; et tout dit au graphologiste que le modeste admirateur d'un livre de stratégie antique est changé en un homme à qui ce fait d'armes a donné une situation nouvelle, et qui fera peser, quand il levoudra, le poids de son épée dans les destinées de la France (1).

(4) Voyez le travail graphologique que j'ai fait sur ces deux écritures. (La Graphologie de 1872, n» 19.)

Cette mobilité de récriture donne la raison sérieuse quelle est réellement un acte intime de l'âme, qui se produit extérieurement par le signe. J'ai pu dire que Vécriture est le relief de l'âme^ tangible au regard.

Quand une carte de géographie est sous les yeux d'un enfant^ nous lui montrons - une série de petites taupinières, plus ou moins mal dessinées, qui traversent les terrains. Nous lui disons, que ce sont des montagnes ; mais s'il n'a jamais vu de montagnes, notre carte de géographie lui donne une pauvre idée de la configuration du sol. Au contraire, présentons-lui la carte en relief d'un pays : c'est le pays lui-même, à l'état réduit^ qu'il a sous les yeux. Le relief des montagnes se montré à lui ce qu'il est réellement. Nous pouvons lui parler des bassins, de la direction des rivières et des fleuves. Nous lui avons montré à nu la terre, comme si, élevé sur un nuage, il avait im instrument d'optique assez {missant pour embrasser, d'un coup d'œil, un pays tout entier.

Dès qu'on a la connaissance des signes graphologiques, mie écriture devient, sous le regard, Tàme elle-même de , la personne qui a écrit, se présentant avec le relief de ses facultés, de ses instincts, de son caractère, de ses aptitudes. Ce n'est plus mystérieux comme la physionomie qui peut si facilement se composer, comme le langage qu'on déguiise trop souvent, comme le crâne surtout dont on va tâter les protubérances; c'est un ensemble de révélations nettes, précises, rendant chaque manifestation de l'âme comme les notes d'un clavier rendent les sons qui s'harmonisent , mais dont l'un a une tonalité distincte de l'autre.

Il n'est donc pas étonnant que le critique distingué, que j'ai cité plus haut, après les deux années qu'il a consacrées à suivre mon cours, n'ait plus hésité à proclamer la supériorité incontestable de la Graphologie sur toutes les autres sciences manifestâtes de l'âme, sans en excepter le lavatérisme.

Il faut arriver maintenant à établir cette loi si curieuse de la Graphologie, que le signe suit le mouvement de Vâme et change quand rame change. Il est mobile.

comme sont mobiles notre nature^ notre caractère^ nos passions : et il est immobile dans ce qui est immobile de nos facultés^ de notre esprit, de nos aptitudes.

Prenons pour exemple le signe graphologique de la prodigalité.

Le prodigue ne tient pas à l'argent. « Le vil métal » n'est pour lui qu'un moyen facile et charmant de se procurer tout ce qui peut satisfaire ses caprices et ses goûts. Aussi^ quand il écrite il sème largement les mots sur le papier^ il étend les. lettres de façon à faire de deux ou trois mots une seule ligne ; il laisse des blancs partout ; et deux ou trois petits alinéas de l'écriture des gens économes qui feraient cinq à six lignes^ remplissent sous sa plume les quatre pages d'une lettre ; il a de très-longues finales à la fin des mots ; il prodigue l'encre qu'il croit inépuisable au bout de la plume^ comme il croit inépuisable le coffre du père, où il pense pouvoir plonger la main éternellement.

Voilà une passion si clairement exprimée, qu'il n'est pas possible de songer à en contester le signe, tant il est constant et surtout bien facilement saisissable dans toute écriture de prodigue.

* Mais que, par l'un de ces changements qui arriveat dans la vie, par exemple, après la satiété et les désenchantements d'une vie de plaisirs effrénés, passée dans une grande ville, le jeune homme placé, par la -mort du père, à la tète de sa fortune, arrive à comprendi'^e les avantages d'une existence régulière et se mette nettement à ordonner ses affaires, à régulariser ses dépenses, et, comme on dit vulgairement, a à se ranger, » le résultat immédiat de ce rangement sera une modification profonde, apportée d'instinct, à son écriture.

Devenu économe comme feu son père, il prendra, sous ce point de vue seulement, l'écriture du père, régulière, plus tassée, aux finales moins perdues dans le blanc du pnpier. Si le père était étranger à tout sentiment de rart, et que lui, le fils, ait au contraire des aptitudes artistiques, son écriture gardera le signe de ces ^aptitudes; s'il était impressionn£d>le et homme de cœur.

SYSTi&tE DE ORÀPHOLOOIE 53

Îendant que le père était d'une nature glaciale, il. garera le signe de la sensibilité nettement marquée. Ce qui n'aura pas changé en lui, au moral, ne changera pas dans son écriture ; mais ce qui aura avant peu complètement disparu sera ce signe si visible de prodigalité, qui rendait si parfaitement la passion dont il avait subi Tentrainement jusqu'au jour du changement radical opéré en lui.

C'est là ime démonstration indiscutable, si jamais il en fut, parce qu'elle repose sur un fait, et qu'elle est établie en raison et en expérience. Si l'ancien prodigue, devenu économe, gardait son écriture de prodigue, la théorie graphologique serait radicalement fausse, puisqu'un signe rendrait une passion ayant cessé d'exister dans r^e de celui qui écrit. La loi de la mobilité du signe est donc démonstrative de la vérité philosophique du système.

Prenons un. autre exemple, mais dans une direction de r&me toute oçposée.

Voilà une jeune femme d'une nature admirablement candide et vraie. Sa franchise s'étale presque avec la naïveté des enfants dans son écriture. Ce sont des séries de mots grossissants, dont sa maîtresse d'écriture n'a jamais pu la déshabituer, et qui enlaidissent même cette écriture si remarquable d'ouverture et de limpidité d'àn^e.

Mais^ qu'arrivée dans le monde, emportée par le tourbillon, ayant du plaisir à y jouer son rôle, à y briller par sa jeunesse, par son esprit, par sa beauté, elle vienne à perdre cette virginité de franchise qui avait éclaté jusque-là dans son caractère, et qui se traduisait si visiblement dans son écriture, que les premières finesses d'une âme qui cherche déjà à se tenir, se fassent jour en elle, et que peu à peu elle en arrive à vouloir cacher, dissimuler beaucoup de choses, le phénomène de la mobilité des^ signes graphologiques se produira à mesure que viendra à se produire le changement intellectuel. D'abord les mots grossissants disparaîtront; quelques-uns subsisteroat cà et lâ^ comme des témoins de l'ancienne franchise

b4 SYSTÈME D£ GRAPHOLOaiE

fortement ébréchée ; mais quand les habitudes de finesse^ de dissimulation mème> seront devenues dominantes^ arrivera aussi dominante une autre écriture qui sera l'inverse de la première : les mots glad.iolés , indices de finesse, remplaceront les mots grossissants, indice de la franchise perdue. Cela se fera d'une manière inconsciente ; rien n'aura été voulu, calculé ; mais notre rusée de maintenant n'écrira plus comme la candide d'autrefois.

Ces exemples pourraient s'étendre longuement ici. Une nature dont le cœur se dessèche perdra cette belle et gracieuse inclinaison des lettres rendant si bien l'abandon des âmes qui se donnent ^ et prendre la verticalité raide et froide de l'écriture de ceux qui sont parvenus à presque s'atrophier le cœur.

Les petites coquetteries de l'adolescence dans les jeunes hommes et dans les jeimes filles^ si bien marquées par ces fioritures qui semblent attirer le regard et dire : admirez moi ! quand elles disparaissent avec une vie désormais fixée et les joies plus sérieuses que donnent la paternité, emportent aussi^ en s'envolant do l'àme^ les fioritures accusatrices qui s'étalaient au-dessus des lettres comme l'efflorescence du jeune âge. Le signe de la simplicité remplace celui de cette vanité de Tàge, é laquelle si peu de natures adolescentes ont échappé.

Nous arrivons donc à cette double loi d'une importance majeure, de la mobilité des signes de récriture, quand s'opèrent des changements dans l'être intellectuel et moral et de la fixité de ces mêmes signes, tant que l'àme demeure dans le même état de manifestation de ses facultés, de ses aptitudes, de ses instincts, etc.

Et cette loi répond pleinement à l'exigence légitime de la critique qui demande une base rationnelle à^ un système^ parce qu'il ne s'établit pas de science sans des principes dont elle n'est que l'épanouissement.

IV. Complétons cette partie capitale de notre démonstration par une étjjde un peu approfondie , quoique rapide^ de la valeur et de la fixité du signe^ tant que subsiste le moteur intellectuel et moral qui le crée^ ou mieux

âtST£M£ BB GRAFHOLOGIS 5S

tant que se produit le fait psychologique dont il est la manifestation permanente.

Il n'y a personne qui n'ait observé la limpidité^ le calme,' Tordre, la sobriété de certaines écritures, appartenant logiquement à des natures spécialement simples, graves, d'une régularité de vie presque monotone, telles, par exemple, que les membres de la magistrature que leur impartialité, leur droiture, la rigidité de leurs principes désignent presque à la vénération publique. Nous possédons de brillants spécimens d'écritures de ce genre, et je puis citer celle d'un magistrat français, M. d'Esparbès de Lussan, qui a été, pendant de longues années, à Paris, l'un des derniers représentants de cette vieille magistrature qui se regardait comme revêtue d'un sacerdoce (1).

Ces écritures, au , premier aspect, frappent par leur grande régularité, qui n'est pas cependant la répétition monotone de lettres calligraphiques ; la personnalité humaine est bien là. Ce qu'on a de cœur, d'impressionnabilité, quoique contenu, se f^it jour. Mais l'on admire le bel ordre naturel, ce qui se joue de lumière entre les mots et entre les lignes, la précaution rigoureuse et certainement inconsciente de ne jamais permettre à la plume, en haut ou en bas des lignes, le moindre écart de ces longs jambages , qu'un instinct très-juste fait regarder à de tels hommes, comme une superfluité peu digne d'une écriture grave, ou comme l'indice d'un mouvement passionnel qui no va pas au caractère du magistrat.

Il ne faut pas être graphologiste pour être frappé du caractère spécial de ces belles écritures, laides peut-être calligraphiquement, mais splendides comme traduction visible de la gravité digne et douce des caractères dont elles sont l'expression spontanée et vivante.

Or, ces écritures ont le cachet spécial de la fixité. Elles pourront bien, comme toutes les écritures sans exception,

(i) Voir récriture de M. d'Esparbès, Graphologie de 1872, n»27.

56 STSTEME I)£ 6IIAPH0L0GI2

être plus ou moins rapides^ la plume conviendra plus ou moins à la main^ elles auront quelquefois un peu plus de hauteur, le calme habituel pourra être troublé par un peu de précipitation, sous un sentiment un peu plus animé, uu peu plus vif, cela est évident ; et toujours ces

Eetites différences même établissent le fait sur lequel est asée la graphologie, la délicatesse de l'impression subie à toute minute par la plume^ selon les moindres oscillations de Vâme qui écrit ; mais l'ensemble dexes écritures est toujours le même ; et, dans les plus longues lettres de quatre pages, le calme, la sobriété, la régularité ne se démentent pas un instant ; et des centaines de lettres écrites par de tels hommes^ semblent des pages sorties de la presse et produites par des caractères particuliers d'imprimerie, avec lesquek ces lettres auraient été composées.

C'^est un résultat de l'observation extrêmement remarquable.

Par contre, si nous prenons les écritures très-mouvementées, aux allures échevelées, aux immenses jambages au-dessus et au-dessous des lignes, aux immenses courbes |:v dans le blanc au-dessus des lignes, qui rappellent les

ii courses vagabondes d'un ballon emporté dans l'air par

IL les directions souvent opposées des vents, nous arrivons

^IjiV en face de ces natures impétueuses, exaltées, extrava-

gantes, dont l'imagination ne connaît pas de limites, et qui, à force de se perdre dans les régions dangereuses de Texaltation, finissent par épuiser rapidement les forces I de Torganisme incapable de résister à tant de secousses,

et par perdre la vie, après avoir préalablement perdu la raison.

Nous avons, dans nos autographes, de nombreux spécimens de ces écritures desquelles nous avonâ pu dire avec certitude, bien des années avant la catastrophe : Cette personne qui écrit ainsi mourra folle dans ime maison de santé.

Or, les écritures provenant de ces cervelles extravagantes qui sont au pôle opposé du calme et de la raison, ont exactement la même fixité des signes graphologiques

que les écritures des natures rassises et maltresses de leur imagination^ dont nous parlions tout i: Theure. Le même besoin de traduire le désordre intérieur fait exécuter à la plume des excentricités incroyables et inharmonîques de courbes, comme le sens calme et sobre fait exécuter aux natures très-raisonnables, dés lettres simples, régulières, ordonnées, harmoniques.

La déraison comme la raison arrivent au même procédé : d'un côté, traduire la folie commencée et qui va d'un bond à l'autre bond jusqu'où peut aller l'absurde, de l'autre traduire le sentiment splendide de la possession de soi, qui soumet tout aux règles des convenances exquises, et à ce respect de la personnalité humaine qui fait notre dignité.

Il est bien remarquable que ces deux mouvements si opposés, si contradictoires, produisent à l'aide de la plume xm résultat identique de signes fixes, habituels, qui reviennent perpétuellement dans l'écriture, auxquels l'esprit s'est iiabitué, comme traduction d'instinct de ses mouvements intimes, ne sachant pas écrire autrement, et ne comprenant pas que l'on écrive d'une autre façon.

Vous pouvez faire sur cela une curieuse expérience. Prenez l'écriture échevelée des natures extravagantes : ' présentez-la à un magistrat grave, austère ; dites lui : Voilà récriture d'un de vos collègues dans telle cour. Sans que jamais il ait enteudu parler de graphologie, il vous répondra : Je ne crois pas le moins du monde que ceci puisse être l'écriture d'un magistrat ; il n'est pas possible qu'un homme grave écrive ainsi.

Je suis même bien convaincu que, si, par un hasard étrange, par un mouvement inconscient de la plume, notre magistrat s'oubliait à un certain écart de lettres en dehors des lignes, il recommencerait son épltre, plutôt que de laisser voir cette petite extravagance graphique qui lui aurait échappé.

Ces faits, que je pourrais appuyer de^ vingt exemples pris dans les autres catégories des facultés et des caractères, établissent bien la disposition de l'àme à émettre, d'une manière constante, des formes qui rendent la si-

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S8 SYSTEMS DE GRAPHOLOGIE

tuation psychique, comme nous avons vu plus haut qu'elle renonce à ces mêmes signes, jusque-là si fixes, le jour où il se fait en elle un chaugement d'une importance sérieuse.

Tout ce qu'on vient de lire suffira, j'espère, aux esprits impartiaux et sérieux, pour se faire une notion philosophique complète de la théorie de la science nouvelle, et pour se convaincre qu'elle est fondée en raison, comme elle l'est en expérience.

V. Pour l'expérience, c'est encore un fait indiscutable. Là, il n'y a pas d'erreur, pas d'illusion possible. Une lettre m'est envoyée d'Amsterdam, d'Anvers, de Smyme, de Florence, de Genève, etc. Elle est écrite par des individualités qui sont l'inconnu absolu pour moi. Il m'arrive souvent de répondre courrier par courrier. Pas de subterfuge à imaginer^ pas de moyen de se renseigner sur les personnes, pas de procédé conjectural qui puisse être appliqué à tant de lettres de natures si diverses. " Si la théorie graphologique était fausse, il y aurait quelque portrait intellectuel et moral où, par coïncidence, par pure conjecture et , comme on dit vulgairement, par hasard, je pourrais rencontrer juste pour certaines généralités; mais, sur cent portraits graphologiques envoyés dans toutes les parties de l'Europe , il y en aurait quatre-vingt-dix qui contiendraient des erreurs matérielles d'une gravité effrayante, et avant peu l'opinion publique serait celle-ci : la Graphologie n'a tenu aucune de ses promesses.; c'est une méthode qui n'a pas de base scientifique, et qui ne s'appuie, comme tous les procédés du charlatanisme dans les sciences occultes, que sur la conjecture et des coïncidences.

Or, c'est le contraire qui est arrivé. Sur cent lettres qui sont adressées au graphologiste pour lui accuser réception des portraits graphologiques envoyés, toutes Eortent invariablement cette phrase comme stéréotypée : e portrait intellectuel et moral que vous m'avez envoyé, est d'une exactitude rigoureuse ; mes amis les plus intimes sont frappés de la précision avec laquelle vous avez saisi les nuances les plus fines de mon caractère.

SYSTEME DE a&APHÛL06lE 59

Grâce i la fixité du sîgne^ je ne me trompe pas ; et si^ par hasard^ je ne donne pas une indication d'une justesse rigoureuse^ ce n'est pas que le signe graphologique soit faux, c'est uniquement parce que je l'ai mal vu, que je ne me suis pas rendu compte assez exact de son intensité, de sa multiplicité, etc., toutes choses qui, mal observées, m'ont mis en erreur.

Les exemples en sont bien rares.

Ce qui est remarquable dans les diagnostiques de la ftraphologie, c'est qu'étant 'la vue nette et distincte dé rame mise à nu et comme en relief par l'écriture, toutes les grandes lignes de la personnalité s'accusent avec une fermeté rigoureuse, comme l'appareil photographique rend d'une manière U^précise les lignes saillantes d'un visage, les contours d'un objet. On ne se trompe jamais sur ces lignes capitales qui sont comme la charpente de l'àme et qui en constituent les éléments essentiels.

J'ai donc pu dire dans mes conférences, que la Graphologie était, non de certitude absolue comme les axiomes de la géométrie et les principes immuables de la métaphysique qui est la géométrie du monde spirituel, mais de certitude scientifique, ayant, comme toutes les autres sciences, son côté peifectible appuyé sur des bases certaines, ce qui permet aux sciences de s'enrichir perpétuellement de découvertes nouvelles.

On ne peut demander à la Graphologie que ce qu'on demande aux autres sciences, la certitude scientifique.

C'est donc la fixité du signe qui est le point capital de la Graphologie. La conjecture, qui est trop souvent au service du craniologiste et du lavatérien, se trouve ainsi rigoureusement écartée. On est bien plus fort quand on a cette base sérieuse de signes des milliers de fois expérimentés. GaU a eu la naïveté d'avouer qu'il avait souvent recours à la conjecture, même au piocédé des tireuses de cartes, qui consiste à faire jaser les personnes qui les consultent, pour se faire une notion de leur caractère (1).

(i) « Je me sers dans la société de plusieurs expédients pour connaître les talents et les inclinations des personnes. J^engage

60 SYSTÈME DE GRÀPHOLOCÎB

En Graphologie, ce moyen puéril et peu sûr doit être repoussé. On a remarqué que lorsqu'on m'apporte un autographe, je me hâte de couper court à toute communication qui me gênerait plutôt qu'elle ne me serait utile, et ma phrase familière est celle-ci : Ne me dites rien.

Les cartomanciens ont recours aux mêmes expédients que GaU* Ils ont pour eux le calcul des probabilités.

Le graphologiste aurait honte de recourir au moindrô subterfuge fatalement imposé aux hommes de charlatanisme. 11 procède à la manière du naturaliste qui, sfir l'inspection de telle partie du squelette d'un animal fossile, en déduit le genre et l'espèce. Mais ici ce n'est pas de la probabilité ; c'est l'application pure et simple de faits constatés par l'expérience. La dent seule vous dit à

la conversation smr des sujets divers. Nous laissons tomber d'ordinaire dans la conversation tout ce qui n'a que peu ou point de rapport avec nos facultés et nos penchants. Mais si Tinterlocutaur touche Tun de nos sujets favoris, nous y prenons tout de suite un rif intérêt. Faites causer une personne sur son enfance et sa première jeunesse^ faites-lui conter ses tours d'écolier, sa conpduite envers ses parents, ses frères, etc., etc., questionnez -la sur ses jeux, etc.5 rarement Ton croit qu'il vaille la peine de dissimuler à cet égard; Ton ne se doute pas que Ton a affaire à un homme qui sait parfaitement que le fond du caractère reste le même, que les objets seuls qui nous intéressent changent avec l'âge. Lorsqu'on outre je vois ce qu'une personne apprécie ou méprise, si je la vois agir, si elle est auteur et que je lise son livre, etc., etc., l'homme tout entier est dévoilé à mes yeux. » (Gall, I, page 133.)

Ce sont là, eu effet, des expédients habiles. Mais, en graphologie, il ne faut pas y recourir. D'ailleurs, si c'est pratique devant rhorame qui vous offre son crâne à tâter, c'est inexécutable pour une écriture qui vous arrive de deux ou trois cents lieues, ou pour un fragment d'autographe non signé, dont vous ne pouvez soupçonner la provenam^e.

Jamais le graphologiste n'est pris au piège. Une écriture que vous lui avez montrée il y a un an sera jugée par lui, un an après, avec la même netteté d'appréciation ^ il s'appuie sur des signes fixes.

Gall, dont le système est de plus en plus abandonné , reçut

SYSTEMS DE ailA^HOLOGtE 6i

quelle espèce de mammifère appartient ranimai troavé. Ce n'est plus conjecture ; c'est de la science appliquée. VI. Mais plus les signes graphologiques ont de valeur

{)ar eux-mêmes, plus il faut être sévère pour s'assurer de a parfaite authenticité de ces signes. C'est chose délicate que rame se reflétant dans le piroir de récriture. L'opération intellectuelle et psychique a tant de précision et de finesse qu'on doit être sûr que c'est bien réellement la vraie écriture spontanée, habituelle, naturelle, non appliquée, non fabriquée, non déguisée, qu'on a sous les yeux pour faire la photogTophie intellectuelle et morale. Tout individu peut faire cinq ou six sortes d'écritures, selon son caprice, selon ses aptitudes de calligraphie.

L'âme ne se reflète pas dans toutes ces formes qui ne sont en réalité qu'un jeu de la plume , où l'être intime

dans sa vie de phrénolosiste de bien cruelles leçons. Pariset étant médecin à Bicètre, Gall lui exprima le désir d'explorer les crânes des condamnés qu'on y renfermait alors. Le jour convenu, Pariset fait babiller en infirmiers une douzaine de ces criminels. Gall* arrive. Pariset lui propose, en attendant le déjeûner, d'examiner le crâne de ces prétendus infirmiers. Gall tâte, en effet, et déclare qu^ils ne lui offrent rien de particulier. Au déjeuner, Gall demande de commencer enfin la visite trop différée. — Elle est laite, lui répond Pariset ; ces hommes que vous venez d'examiner sont les scélér.Hts que vous deviez voir.

C'était raidc. Après une sepblabie aventure, il faut fermer la boutique.

Gall a eu une très-grande vogue. C'était un bomme babile et qui savait exploiter sa science. Nous avons une lettre curieuse de Charles Yiliiers à Cuvier datée de 1802, où il lui dit : « Il fut un temps où chacun tremblait à Vienne pour sa tête, et craignait qu'après sa mort elle ne fut mise en réquisition pour enricbir le c!abinet du docteur Gall. Celui-ci annonçait, surtout, qu'il en voulait au chef des gens extraordinaires et distingués par quelques §prandes qualités ou par de grands talents. Raison de plus pour

que la terreur redoublât Le vieux M. Denis, bibliothécaire de

1 £mpereur, inséra dans son testament une clause expresse pour sauver son crâne du scalpel de M. Gall. »

Voici, sur Gall, un curieux passage de Chateaubriand :

« Une autre fois, U célèbre Gall dîna près de moi sans me connaître, se trompa sur mon angle facial... et voulut, quand il

6â SYSTÈME D£ 6RAPH0U)ai]&

n'a aucune part. Elle n*cst pas dans cette écriture redressée que Ton s'est faite, par exemple, pour les papiers d'affaires, pour la copie destinée à l'impression, afin d'être plus facilement lu, comme s'en est fabriqué une Tillustre George Sand. Elle n'est pas dans ces grandes fioritures de majuscules presque illustrées qu'on trouve dans la correspondance des hommes de bureau des maispns commerciales. L'àme ne peut se rendre que là où elle a eu un épanchement quelconque^ où elle s'est traduite par une idée^ par un sentiment, par une volonté. Tout le reste est ùu griffonnage artificiel, plus ou moins conforme aux règles de la calligraphie, mais dans lequel^ l'àme n'ayant pas été consultée, la* plume a fait un travail purement mécanique.

11 faut être sévère sur cela, d'abord pour s'éviter l'en-

sut qui j'étais, raccommoder sa science d'une manière dont j'étais honteux pour lui... Quant aux facultés intellectuelles, la phrénologle en ignorera toujours. » {Mémoires et Outretombe, IV, page 78.>

Les hommes qui jugent par le procédé de la conjecture vous disent : Vous aimez les voyages. — Vous aimez plus Tharmonie que la mélodie. — Vous avez eu une maladie de oix ans à vingtcinq, etc. S'ils rencontrent vrai, voilà le consultcur enchanté, convaincu de la valeur jde la science de ceux qu'il consulte. S'ils $e trompent, on y fait peu d'attention, les bonnes chances emportent les mauvaises.

L'un d'entre eux chiromancien très connu, était, dans une soirée, chfez le gârde-des-sceaux, vers la fin de l'Empire. Il y avait là, outre les dames, une dizaine d'hommes graves qui avaient dîné chez le ministre. Ces messieurs montrent leurmainà Phomme de la divination par les protubérances et les signatures astrales. L'un d'eux qui est un de mes amis se fait aussi juger par le sorcier. Celui-ci lui dijt : — Vous avez une grande aptitudç pour Part oratoire. — Hélas! mon cher monsieur, répond l'autre, de ma vie je n'ai pu dire deux mots en public. Je suis journaliste : la plume à la main, je me tire assez bien d'afiaire. Mais, pour la parole, je suis d'une incapacité absolue.

Rencontrant cet homme chez le ministre de la justice, le devin avait jugé, d'après les lois de la probabilité, que ceux qui étaient là étaient des hommes du barreau.

SYSTEMS DE GRAPHOLOGIE 63

nui de s'entendre dire : Vous avez mal jugé, ce qui arrivera immanquablement si vous opérez sur une écriture artificielle^ déguisée ou trop appliquée, puisque dans ce dernier cas c'est de la calligraphie, ensuite par respect pQur la science, qui a bien droit qu'on ne propose à son analyse qu'un sujet sérieux d'étude.

J'insiste sur ce conseil que je crois sage et qui évite aux grapliologistes des mécomptes non mérités mais toujours pénibles. Il faut donc prendre pour règle, quanaune écriture nous est présentée, de faire précéder notre travail de cette clause de droit : Si cette écriture est bien celle de la personne, non déguisée, non appliquée, mais spontanée et habituelle, elle nous dit, etc.

Par exemple, les autographes de la secondç manière de George Sand sont très-répandus en Europe ; ceux de sa première manière, beaucoup plus rares. Si vous la jugez fiur ceux de la seconde manière, voiis direz immédiatement, dans le cas où vous ne soupçonnez pas que ce soit une écriture composée, des choses peu flatteuses pour ce grand écrivain, et, -avant tout, qu'il y a sécheresse de cœur, etc. Vous vous tromperez évidemment ; mais ce ne sera pas votre science qui se sera trompée. Vous avez jngé sur un document faux. Demandez un autographe de la première manière de George Sand où elle e^t femme de cœur, femme aimante, vous tiendrez un antre langage.

Un frère me présente une longue lettre de quatre

{>ages, de son frère qui habite l'Amérique. Je lui dis à 'aspect de la pi'emière page : Ce n'est pas récriture de • votre frère. — Je vous affirme que c'est bien l'écritura de mon frère ; je ne leçois pas d'autres lettres de lui depuis dix ans* — Je vous affirme de nouveau que ce n'est pas l'écriture de votre frère.

Le monsieur s'échauffe et trouve étrange que je connaisse mieux que lui récriture d'un homme dont je ne sais pas le nom et que je n'ai jamais vu. Et cependant j'avais raison.

— Ayez la bonté, lui dis-je, de regarder à la quatrième page. Vous y verrez, à la signature de votre frère, une écrillire difiércnte de celle-ci.

La vérification que j'indique se fait. L'on me montre la quatrième page et la signature.

— Vous avez raison, me dit loyalement mon interlocuteur ; voilà, dans cette signature, Tancienne écriture de mon frère. Je me la rappelle maintenant très-bien.

Cette signature disait Thonmie de cœur. L'écriture combinée, artificielle, glaciale , très-lisible, disait Thomme sans cœur. C'était une écriture fabriquée pour les besoins du commerce.

Non pas que dails une écriture artificielle, il ne se détache pas souvent des signes indicateurs de la vraie personnalité. Les graphologistes , en s'exerçant un peu, deviendront même forts sur ces écritures dans lesquelles l'âme qu'on veut écarter revient toujours par quelque coup de plume où perce le naturel. Mais il ne faut faire cela que pour soi-même, comme étude, comme un complément dans la science, et ne jamais donner de diagnostiques sur ce genre d'écritures.

Il faut être impitoyable à les repousser.

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