RESSOURCES NATIONALES
Commerce extérieur.
Xj^histobten du Ministère place le commerce à la tète des ressources nationales, non pas pourtant qu’il veuille exprimer par là que le commerce est la principale ressource de l’Ân^ gleterre , mais seulement parce qu’il est au rang des plus importantes.
On peut envisager le commerce extérieur d’un Etat sous deux points de vue très distincts : d’abord , en calculant la valeur spéciale des échanges, pour chaque produit dont on trafique ; ensuite , sans distinguer la nature des objets du commerce, en calculant la valeur totale des échanges opérés avec les diverses contrées , nation par nation. '
En appliquant le premier mode d'examen
au commerce britannique, il faut ranger en trois classes principales les objets échangés.
I®. Les matières premières importées pour le» manufactures britanniques ; 2®. les matières exportées 5 3.® les objets importés pour la consommation journalière des habitants.
D’après le second mode d’examen , les principales divisions du commerce britannique se rapporteront : à la Russie et au nord de l’Europe ; h la Germanie , y compris la Prusse et la Hollande; à la France, à l’Espagne, au Portugal , y compris le Brésil ; aux Indes orientales et à la Chine; aux places situées à l’est du Cap de Bonne-Espérance; aux Etats-Unis; enfin aux Colonies britanniques du sud et du nord de l’Amérique.
Quelle que soit la méthode qu’on adopte , on trouvera que le commerce ‘extérieur de l’Angleterre s’est beaucoup augmenté , et qu’il s’agrandit régulièrement , par mois et par année.
Cet accroissement du commerce est nécessaire à l’accroissement de la richesse nationale ; il est inséparable de l’énergie et de l’activité d’une circulation , qui donne des ressources au travail, et procure des fonds à l’industrie productive , dans toutes les classes de la'société. Ils connais-
sent bien peu , dit avec une raison pleine d’élo-^ vjuence l’homme d’Etat qui nOus fournit ces belles considérations; ils connaissent bien peu la nature véritable et les effets nécessaires dü commerce , ceux qui en considèrent les résultats comme un objet indifférent pour tout autre qué pour le marchand. C’est Uniquement par un commerce actif que la circulation des espèces monétaires peut être rendue de plus en plus rapide, et telle qu’elle accroisse la demande des / produits de l’agriculture , et favorise leur venté à haut prix. Vainement tm Etat possédé' unô population déjà nombreuse et toujours croissante, si l’on ne fournit pas à cette population les moyens de subvenir à l’achat des objets nécessaires à son existence , nécessaires à son bien - être. Or la masse d’un peuple ne peut être ainsi fournie de tout ce qu’il faut pour son existence, et pour son existence heureuse, à moins que l’état- du commerce ne soit florissant. Par conséquent la prospérité du commerce est d’une égale importance pour la classe des propriétaires fonciers et pour la classe des marchands ; elle seule peut répondre aux espérances ' du fermier et de son maître , pour donner de la Valeur à leurs produits. Sans doute , l’accrois-
sement annuel de la population suffirait blenlôl pour consouuner le produit annuel du sol le plus fertile, si tous les habitants possédaient les moyens de se pourvoir d’une abondante nourriture. Mais o’est uniquement par tm commerce actif que la masse de nos ouvriers (ajoute l’histo« rien du Ministère britannique), qui maintenant s’augmente avec la population , peut recevoir les moyens de suffire à sa propre consommaüon.
Plus croîtra notre commerce , plus aussi croîtra notre demande de travail , plus nous emploierons d’ouvriers ; plus alors , au marclié public , augmentera la demande des objets nécessaires à la vie, et l’espèce de demandes qui seule peut élever les prix : les demandes qui sont faites par le grand nombre des hommes.
l^’lrlande offre, en ce moment, im exemple déplorable de l’état où peut se trouver un pays dont la population est très nombreuse, la terre très fertile et les produits très abondants, lorsque l’industrie et le commerce ne marchent point du meme pas que la population et que l’agricultiure. En Irlande , on voit à la feus trop de bouches et trop de vivres. La population surpasse de beaucoup la demande du travail , ce qui laisse dans la misère un nombre inv-
râense de familles ; et comme ces familles n^ont pas assez pour acheter des vivres, quelque abondants qu’ils soient , les fermiers sont dans l’indigence, les maîtres dans la détresse, et les pauvres dans la disette.
Telle est donc l’importance du commerce qui donne le mouvement à l’industrie , et tend la main à l’agricultüi'é , pour la servir égalemént dans les années de disette et dans les années d’abondance.
En Angleterre , ainsi qu’eh France, les écrivains qui s’occupent des diveraes branches dé la prospérité publique, entraînés trop souvent pat des passions dominantes, se jettent dans des assertions erronées et disparates. Les uns regardent le commerce extérieur comme sans importance, en comparaison des sources premières de là richesse nationale. D’autres le placent avant touiê > ' autre branche d’industrie. Mais ils prétendent étl n3éme temps que ce commerce, en Angleterre, est déchu de sa splendeur, depuis qu’il a perdu le monopole de l’univers. Ils attribuent à cette décadence imaginaire, toutes les souffrances des di versés classes du peuple britannique. Le simple exposé des faits suffit pour préserver notre jugement (le ces extrêmès erreurs.
Voici ce qui résulte des comptes soumisi par le Ministère, au Parlement de la Grande-. Bretagne, d’après les bases officielles adoptées, dans l’administration des dou<*mes.
Valeur mc^enne des exportations annihiles.
i”. Pour neaf ann. lie gnerre : t^gS à iSox... 30,760,000 I.su 3°. Pour dix ann. de guerre : i 8 oa & 181a....
3 °. Pour sept années de paix: t 8 i 5 & i8aa.... 53 ,g 3 a,ooo
Ainsi la prospérité du commerce biitannique s’est accrue durant la première guei-re , dnrant la seconde , et depuis la dernière paix, suivant une marclie régulière. Par conséquent, ni la paix ni la guerre n’étaient au nombre des causes qui , depuis trente années, pouvaient arrêter le cours de cette prospérité.
. Depuis la paix, il est vrai, l’Angleterre a perdu le monopole de plusieurs genres de commerce. Elle n’est plus l’entrepôt et le marché général des produits coloniaux. Beaucoup de provinces russes et germaniques s’approvisionnent •elles-mêmes, et directement, en objets bruts ou manufacturés que, durant la guerre, elles tiraient presque entièrement de l’Angleterre. Malgré ces pertes réelles, les compensations ont été si grandes , que le comméjrce total de l’empire britan-
nique , loin de diminuer, s’esl accru dans une proportion qui surpasse toutes les espérances.
Examinons quels genres de produits ont procuré ce grand accroissement du trafic de l’Angleterre.
Les importations de ce royaume consistent principalement en matières premières, pour le travail de ses manufactures. Or le lin, le chanvre, la laine , la soie brute ou filée, et le coton, tous ces objets piincipauK ont été demandés à l’étranger dans une proportion toujours croissante.
On peut s’en convaincre par le tableau suivant, qui fait connaître la valeur officielle de l’importation de ces matières ,
Pour
i8ai ,
i8aa,
Lin
i,oi 3 ,i 47
>, 150,000 1. St
Soie brute....
Soie ille'e.... .
Coton brut... 5 ;
Un pen moins.
Un pen plus.
Laine fine ...
Beaucoup plus. ■
Arrêtons-nous sur ce premier tableau. Quoique les trois royaumes , et surtout l’Irlande , récoltent beaucoup de lin, néanmoins ijs en achètent pour 35 à 38 millions de francs ; tant est grande leur consommation intérieure, et leur vente à l’étranger, des toiles fabriquées aveo cette matière première.
La soie présente un résultat bien plus étonnant encore. £n i 8 ao, les &briques de soieries anglaises n’employaient que pouraS millions de francs de Soies brutes ou filées; en idasy U leur en a fallu pour 36 millions de francs.
L’Angleterre met en œuvre pour 128 millions de francs de cot(m brut.
Quelle prospérité d’industrie indiquée par quelques chiffres du commerce !
Les produits coloniaux destinés à la. consommation journalière présentent des résultats non moins remarquables.Voici la valeur officielle des importations de ce genre :
Pour 1820, 1821, 1822,
Sucre j> 5 , 55 a, j 68 5,738,7371.»*.
Rlmni 617, a {5 630,481
Tbe' 3,375,000 3,014,000 3,073,110
Les exportations offrent également la preuve d’une grande prospérité. Elles consistent) pour la plupart , en objets manufacturés : cotons ) lainages, toiles, soieries, quincaillerie , coutellerie, fer, acier, cuivre et bronae, glaces, poteries, sucre raffiné, etc. Toutes ces branches de commerce, sans une seule exception, se trou-* vent dans l’état le plus flcnissant.
Valeur offioieile des «xporkttions.
Coton* œuYi^. .. . i6,fioo,oâo •ad.Sriô.ôbo ai,f> 3 a,oool.it.
Lainages )i ‘ ’ !j,'36o,06o S,5ob,t>oo
Toiles 1,547,000 1,935,000 3 , 3 oo,ooo
Soieries » 118.600 i 36 ,ooo
Aciersetfers g 5 o,ooo i,oa 5 ,ooo i,o 5 g,ooo
Sucres ranim:s. .. . ii 4 oo,ooo 1,800,000 i,;oo,ooo
Valeur des exportations de tonte espece d’objetsde fabrique anglaise.. .
. AIdm i le commerce britàmiique s’est accru de telle sorte, qu’en i8a3,< l’Angleterre a vendu chez l’étranger , des seuls objets de ses ques , pour cent qtiatre-pingtrcinq millions de
francs de plus qu’en . 1.830.
Qui le croirait î le seul accroissement pour deux années , du débit à l’étranger des produits manufacturés de la Grande-Bretagne , surpasse la totalité des ventes faites à l’étranger par les manufactures de France. Que de pas n’atonsnous point à faire, pour nous élever au rang commercial ou nous appellent le génie de nos fabricants, et la beauté de notre sol !
Il Êmt maintenant considérer le commerce de l’Angleterre avec chaque nation. ■ : - i
( 58 ) -1 I". Avec la Russie.
i8ao, i8at.
ImporiatioiM 3,483,ooo a, 5 oo,ooo I. s(.
Export, mannf. brit 1,600,000 a, 5 oo,ooo '
a*. Avec les États-Unis.
l8ao, i8ai, 1832,
Importât... 3,600,000 3 , 600, 000 » I. st.
Exportât... s 3 , 800, 000 5 , 000, 000
Les confies officiels du gouvernement américain, publiés durant l’automne de 1 8a 2 , font voir que la valeur totale des objets importés dans les Etats de l’Union, s’élève à 6a, 585,784 dollars., Sid: cette somme les objets britanniques comptent
pour. 3 o,ooo,ooo,
dont '. . . a 5 , 000,000
pour valeur d’objets tirés de la Grande-Bretagne et de Gibraltar.
La totalité des objets tirés de laFrance et portés aux. Etats-Unis , est évaluée à 5 , 900,58 1 dollars.
3 *. Germanie, y compris la Prusse, la Hollande , etc.
Importation! T,g 5 i ,753 3 ,oi 5 ,ooo I. t-
Exportaiioni 6,957,490 9 ,i 4 b 663
4 *. Les Grandes-Indes et la Chine.
, i8ao, i8ai.
Importât, en ^gleterre. . . 7,53t,ooo 7,665,000 l. »t.
£xiK>rtalioDS 1,998,000 5,978,000
5 *. Le Brésil.
i8ao, 18a 1.
Importations 960,000 1,594,000 I. st.
Exportations 1,864,000 5,565,000
Tels sont les exemples d’accroissement du commerce extérieur avec diverses nations, que l’historien du Ministère se borne à rapporter.
11 cite encore l’état prospère de ce commerce avec les nouveaux Etats du sud do l’Amérique.
La valeur totale des produits britanniques importés dans ces Etats, s’est élevée,
pour i8ao, 1821,
& 4<>8>74^ 886,986. 1. st.
Dès que les comptes commerciaux de 1823 seront achevés , le gouvernement anglais a la certitude qu’on apprendra qu’une quantité beaucoup plus grande encore de marchandises anglaises a été vendue dans le sud de l’Amérique, durant le cours de cette année.