LIVRE IV
H Cette expression « idées claires et distinctes », quoique familière aux liommes et revenant fréquemment sur leurs lèvres, est, je le crains, et non sans raison, de celles que bien des i?ens emploient sans en comprendre parfaitement la sip:nification. C'est tout au plus si, par-ci, par-là, quelqu'un prend la peine d'y réfléchir assez pour connaître le sens précis que luimr-me ou que les autres y attachent. J'ai donc la plupart du temps préféré aux mots « claires et distinctes » relui de « déterminées » comme plus propre à faire connaître à mes lecteurs ma pensée sur ce point. »
(Locke, Essai sur l'entendement humain, Épîlre au lecteur.)
« Il ne peut y avoir qu'une méiliode parfaite, qui est la méthode naturelle ; on nomme ainsi un arranîjement dans lequel les êtres du même penre .seraient plus voisins entre eu.\ que de ceux de tous les autres genres ; les genres du même ordre plus que de ceux de tous les autres ordres, et ainsi de suite. Cette méthode est l'idéal auquel l'histoire natiudle doit tendre ; car il est évident que si l'on y parvenait, on aurait l'expre-^sion exacte et complète de la nature entière. » (CuviER, Règne animal. Introduction.)
« Deux grandes notions philosophiques dominent la théorie fondamentale de la méthode naturelle proprement dite, savoir, la formation des groupes naturels, et ensuite leur succession hiérarchique. « (A. Comte, Cours de philosophie positive, i2* leçon.)
GHAPÏTRE PREMIER.
DE L'OBSERVATION ET DE LA DESCRIPTION
§ 1 . — L'étude qui nous a occupés dans les deux livros précédent nous a conduits, ce me semble, à une solution satisfaisante du principal problème de la Logique, selon ridée que je me suis faite de celte science. Nous avons reconnu que le procédé mental, objet de la Logique, Topération consistant à constater des vérités par des preuves, est toujours, même quand les apparences sont en faveur d'une
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autre théorie, un procédé d'induction. Nous avons aussi distingué les divers modes d'induction, et dégagé nettement les principes dont l'application peut seule donner aux résultats une autorité suffisante.
Mais on n'en a pas fini avec l'induction quand on a exposé les règles directes de son application. Il faut dire quel(|ue chose de ces autres opérations de l'esprit qui sont nécessairement présupposées dans toute induction, ou qui servent d'instrument dans les inductions très-difliciles et compliquées. Nous consacrerons le présent livre à l'étude de ces opérations auxiliaires; et notre attention doit se porter d'abord sur celles qui sont les préliminaires indispensables de toute induction.
L'induction n'étant que l'extension de ce qui a été trouvé vrai dans certains cas particuliers à tous les cas de la même classe, il faut placer au premier rang des opérations auxiliaires de l'induction l'Observation. Cependant, ce n'est pas ici le lieu de donner des préceptes pour faire de bons observateurs. Cette question n'est pas du domaine de la Logique; elle appartient à l'art de l'Éducation intellectuelle. Nous n'avons à traiter de l'observalion que dans ses rapports avec le problème propre de la Logique, l'estimation de la preuve. Nous n'avons pas à déterminer la matière et les procédés de l'observation, mais les conditions qu'elle doit remplir pour être digne de confiance; pour que le fait, supposé observé, puisse, en toute sûreté, être reçu pour vrai.
§ 2. — La solution de cette question est très-simple, au moins sous son premier aspect. La seule condition est que le fait qu'on suppose observé l'ait été réellement ; qu'il y ait eu observation et non une inférence. En effet, dans presque tous les pactes de nos facultés perceptives, l'inférence se trouve intimement mêlée à l'observation. Ce qu'on rapporte vulgairement à l'observation n'est d'ordinaire qu'un résultat composé dans lequel cette opération peut n'entrer que pour un dixième, les' neuf autres dixièmes provenant li'inférences.
DE L'OBSERVATION ET DE LA DESCRIPTION
J'affirme, par exemple, que j'entends la voix d'un homme. Dans le langage ordinaire, ceci serait assimilé à une perception directe. Et pourtant ma perception réelle se réduit à l'audition d'un son. Que ce son est une voix, et la voix une voix d'homme, ce sont là, non des perceptions, mais des inférences. J'affirme avoir vu mon frère ce matin à une certaine heure. S'il est quelque proposition concernant un fait dont on puisse dire communément qu'elle est un témoignage direct des sens, c'est assurément celle-là. Telle n'est pourtant pas la vérité. Je n'ai vu, en réalité, qu'une surface colorée, ou plutôt j'ai éprouvé le genre de sensations visuelles qu'excite ordinairement une surface colorée ; et de ces sensations, reconnues par des expériences antérieures être des marques, j'ai conclu que je voyais mon frère. J'aurais pu, mon frère n'étant pas là, éprouver des sensations exactement semblables. J'aurais pu voir quelque autre personne dont la ressemblance avec mon frère était assez grande pour qu'à distance, et avec le degré d'attention que j'y apportais, je l'eusse faussement prise pour lui. J'aurais pu dormir et le voir en rêve, ou me trouver dans un état de trouble nerveux et éprouver tout éveillé une hallucination. Bien des gens ont cru, de cette manière, voir des personnes connues, qui étaient mortes ou fort éloignées. Si l'une do ces suppositions s'était réahsée, je me serais trompé en affirmant que j'avais vu mon frère. Mais la matière de ma perception directe, à savoir les sensations visuelles, aurait été réelle. L'inférence seule eût été mal fondée; j'aurais attribué ces sensations à une cause qui n'était pas leur cause.
On pourrait donner et analyser de la même manière des exemples innombrables de ce qu'on appelle vulgairement les erreurs des sens. Du reste, ce ne sont pas proprement des sens; ce sont des inférences erronées tirées des sensations. Quand je regarde une bougie à travers un verre qui multiplie les images, je vois une apparence de douze bougies au heu d'une, et si les circonstances réelles qui produisent cette apparence étaient adroitement dissimulées, je pourrais sup-
poser qu'il y en a douze en effet. Ce serait ce qu'on appelle une illusion d'optique. Cette illusion est réahsée dans le kaléidoscope. Quand j'applique l'œil à cet instrument, au lieu de ce qui s'y trouve actuellement, c'est-à-dire d'un amas de petits morceaux de verre coloriés rassemblés au hasard, je crois voir une même combinaison plusieurs fois répétée, symétriquement disposée autour d'un centre. Mon ihusion résulte évidemment de ce que mes sensations actuelles sont les mêmes que j'aurais éprouvées en présence d'une pareille combinaison réellement existante. Si je croise deux doigts et que je place entre eux quelque petit objet, une bihe par exemple, de façon à la toucher des deux doigts à la fois en des points qui, d'ordinaire, ne sont pas simultanément en contact avec un objet, j'aurai de la peine, si mes yeux sont fermés, à m'empêcher de croire qu'il y a deux billes au lieu d'une. Mais mon toucher n'est pas plus trompé dans ce cas que ma vue ne l'était dans l'autre. L'erreur, durable ou momentanée, est dans mon jugement. De mes sens, il ne m'arrive que des sensations, et ces sensations sont naturehes et vraies. Etant habitué à éprouver ces sensations ou d'autres semblables lorsque, et seulement alors, un certain arrangement d'objets extérieurs est présenté à mes organes, j'ai aussi l'habitude, quand elles se produisent en moi, d'en inférer instantanément l'existence de cet arrangement. Celte habitude est devenue si forte, que l'inférence s'accomplissant avec la rapidité et la sûreté d'un acte instinctif, ehese confond avec les perceptions intuitives. Quand elle est juste, il n'entre pas dans ma pensée qu'elle puisse avoir besoin de preuve ; et lors même que je la reconnais fausse, je ne peux, sans un effort considérable, m'empêcher de la faire. Pour m'assurer qu'elle n'est pas un acte instinctif, mais une habitude acquise, je suis obhgé de réfléchir à la lenteur de la marche que j'ai suivie pour apprendre à inférer du témoignage des yeux des choses qu'il me semble maintenant percevoir directement par la vue, et à îropération inverse des personnes qui, s'exerçant au dessin,' éprouvent tant de peine et de difficulté à se dépouiller de leurs perceptions acquises pour
réapprendre à voir les choses telles qu'elles apparaissent aux yeux.
Il serait facile de multiplier ces exemples, s'il était nécessaire de s'étendre sur un point si bien éclairci déjà dans divers ouvrages populaires. Ceux que nous avons donnés font suffisamment voir que les faits particuliers, qui servent de base à nos généralisations inductives, ne sont presque jamais acquis par l'observation seule. I/observation ne s'étend qu'aux sensations par lesquelles on reconnaît les objets ; mais la plupart des propositions en usage, soit dans la science, soit dans la vie ordinaire, sont relatives aux objets euxmêmes. Dans tout acte d'Observation, il y a au moins une inférence, l'inférence des sensations à la présence de l'objet, des marques ou diagnostics à Texistence du phénomène total. De là, entre plusieurs autres, cette conséquence en apparence paradoxale qu'une proposition générale tirée par induction de propositions particulières est souvent plus certaine qu'aucune de celles-ci; car chacune de ces propositions particulières (ou plutôt singulières) impUquait une inférence de l'impression produite sur les sens à l'objet ou au fait cause de cette impression ; et cette inférence peut avoir été erronée dans un des cas, tandis qu'elle ne peut pas l'avoir été dans tous, pourvu que leur nombre soit suffisant pour exclure le hasard. Par conséquent, la conclusion, c'est-à-dire la proposition générale, peut mériter plus de confiance que l'une quelconque des prémisses inductives.
La logique de l'observation se réduit donc à distinguer dans le résultat de l'observation ce qui est réellement perçu de ce qui est inféré de la perception. Tout ce qui est inférence étant subordonné aux règles d'induction déjà exposées n'exige aucun développement nouveau. Nous n'avons plus ici qu'à déterminer ce qui reste quand on a écarté tout ce qui est inférence. Il reste d'abord les sentiments ou états de conscience, qui comprennent les sentiments extérieurs ou sensations, et les sentiments intérieurs, pensées, émotions et volitions. Quant à la question de savoir s'il reste autre chose, ou si tout le reste est une inférence de ces senti-
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ments; en d'autres termes, si l'esprit est capable de percevoir ou de saisir directement autre chose que ses propres états de conscience, c'est un problème de métaphysique qui ne doit pas être discuté ici. Mais toutes les questions qui divisent les métaphysiciens exclues, il reste vrai que la seule distinction que nous ayons à faire pratiquement est celle des sensations ou autres sentiments, éprouvés par nousmêmes ou par les autres, et des inférences qui en sont tirées. Là se borne, pour le but du présent ouvrage, ce qu'il m'a semblé nécessaire de dire sur la théorie de l'Observation.
§ 3. — Si dans l'observation la plus simple, ou censée telle, une large part de l'opération n'est pas de l'observation, de même la plus simple description d'une observation contient, et doit toujours contenir, beaucoup plus que ne contient la perception même. Nous ne pouvons décrire un fait sans y mettre plus que le fait. La perception ne porte que sur une chose particuhère; mais décrire cette chose, c'est affirmer une connexion entre elle et toutes les autres choses dénotées ou connotées par les termes employés. Commençons par l'exemple le plus élémentaire qu'on puisse concevoir. J'éprouve une sensation visuelle, et j'essaye de la décrire en disant que je vois quelque chose de blanc. En parlant ainsi, je ne me borne pas à attester ma sensation; je la classe. J'affirme une ressemblance entre la chose que je vois et toutes celles que les autres ont comme moi coutume d'appeler blanches. J'affirme qu'elle leur ressemble dans la circonstance qui détermine leur similitude et qui fait qu'on applique à toutes le môme nom. Et ce n'est pas là seulement une des manières de décrire une observation; c'est la seule. Que je prenne note de mon observation pour mon propre usage dans favenir, ou que je veuille la publier au profit d'autrui, je dois toujours affirmer une ressemblance entre le fait que j'ai observé et quelque autre chose. Toute description est essentiellement renonciation d'une où de plusieurs ressemblances. On voit parla qu'il est impossible d'exprimer verbalement
le résultat d'une observation sans faire une opération que le docteur Whewell regarde comme caractéristique de l'Induction. On introduit toujours dans la relation du fait quelque chose qui n'était pas compris dans l'observation ellemême, quelque conception commune au phénomène observé et à d'autres auxquels on le compare. On assimile le phénomène à quelque autre déjà observé et classé. Mais cette constatation de l'identité d'un objet, sa spécification par des caractères connus, n'a jamais été confondue avec l'Induction. C'est une opération qui précède toutes les inductions et leur fournit des matériaux. C'est une perception de ressemblances obtenue par comparaison.
Les ressemblances ne sont pas toujours saisies directement par la simple comparaison de l'objet observé avec quelque autre objet présent ou avec le souvenir d'un objet absent. Elles sont souvent déterminées au moyen de marques intermédiaires, c'est-à-dire, déductivement. En décrivant un animal d'une nouvelle espèce, je dirai, par exemple, qu'il a dix pieds de longueur depuis le sommet de la tête jusqu'à l'extrémité de la queue. Mes yeux ont eu besoin d'aide pour constater ce fait. J'ai appliqué sur l'objet une règle de deux pieds; je l'ai, comme on dit, mesuré. Or, cette opération n'était pas purement manuelle; elle était en partie mathématique, et impliquait ces deux propositions : cinq fois deux font dix, — des choses égales à une même chose sont égales entre elles. Ce fait que l'animal a dix pieds de long n'est donc pas une perception immédiate; il est la conclusion d'un raisonnement dont l'observation ne fournit que la mineure. C'est pourtant là ce qu'on appelle une observation ou une description de l'animal, et non une induction faite à son sujet.
Passons d'un exemple très-simple à un exemple trèscompliqué. J'affirme que la terre est ronde. Cette assertion n'est pas fondée sur une perception directe ; car la figure de la terre ne peut être directement perçue, bien que la vérité de l'assertion dépende de la supposition qu'elle pourrait l'être dans des circonstances données. La rondeur de la
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terre est inférée de certaines marques; de ce que, par exemple, l'ombre qu'elle projette sur la lime est circulaire, ou de ce que sur la mer ou dans une vaste plaine l'horizon est toujours un cercle ; et chacune de ces marques est inconciliable avec toute autre forme que celle d'un globe. J'affirme, en outre, que la terre est de cette espèce particulière de globe qu'on appelle un sphéroïde aplati, parce qu'on a reconnu, en mesurant sur un méridien, que la longueur de l'arc sous-tendant un angle donné à son centre diminue quand on s'éloigne de Téqualeur et qu'on se rapproche des pôles. Mais ces propositions, que la terre est ronde, et qu'elle est un sphéroïde aplati, énoncent chacune un fait particulier qui de sa nature est susceptible d'être perçu par les sens, si l'on suppose des organes appropriés et la position voulue; et, si nous ne le percevons pas actuellement, c'est que ces conditions de situation et d'organes manquent. Cette assimilation de la terre, d'abord à un globe, ensuite à un sphéroïde aplati, qu'on aurait appelée une description de la figure de la terre, si le fait avait été perçu par les yeux, peut, sans impropriété, recevoir le même nom, lorsque au lieu d'être vu ce fait est inféré. Mais nous ne pourrions sans impropriété appeler l'une ou l'autre de ces assertions une induction tirée de faits relatifs à la terre. Ce ne sont pas des propositions générales extraites de faits particuliers, mais des faits particuliers déduits de propositions générales. Ce sont des conclusions obtenues déductivement de prémisses provenant de l'induction; mais, de ces prémisses, quelquesunes ne sont pas des résultats de l'observation de la terre et ne s'y rapportent pas d'une manière spéciale.
Si donc la proposition relative à la figure de la terre n'est pas une induction, pourquoi celle relative à la figure de l'orbite de la terre en serait-elle une ? La seule différence des deux cas est en ceci, que la forme de l'orbite n'a pas été, comme celle de la terre, déduite par le raisonnement de faits caractéristiques de l'ellipse ; et qu'on l'a déterminée en supposant d'abord hardiment que la courbe parcourue était une ellipse, et en reconnaissant ensuite que les observations
s'accordaient avec l'hypothèse. Gependanl, d'après ie docteur Whe\vell, ce procédé consistant à former des conjectures et à les vérifier ensuite, non -seulement serait une induction, mais constituerait toute induction ; ce serait là la seule manière de représenter cette opération logique. Cette dernière assertion a, je l'espère, été d'avance suffisamment réfutée dans tout le cours du livre précédent; et dans le second chapitre du même livre (l), nous avons montré que le procédé par lequel la forme elHptique des orbites planétaires a été reconnue n'est pas du tout une induction. Cependant nous sommes maintenant, mieux qu'au début de notre étude, en mesure de pénétrer dans le cœur du sujet et de déterminer, non plus seulement ce que cette opération n'est pas, mais ce qu'elle est.
g /i, — Nous remarquions, dans le second chapitre, que cette proposition « la terre se meut dans une eUipse » , en tant qu'elle ne servirait qu'à réunir et à relier les observations (c'est-à-dire, en tant qu'elle affirmerait seulement que les positions successives de la terre peuvent être fidèlement représentées par autant de points pris sur la circonférence d'une elhpse imaginaire), n'est pas une induction, mais une simple description. Elle n'est une induction que lorsqu'elle affirme que les positions intermédiaires, non observées directement, correspondraient aux autres points de la même circonférence elliptique. Or, bien que cette induction réelle soit une chose et la simple description une autre, nous nous trouvons, pour établir l'induction, dans une tout autre condition après que la description est faite qu'avant. Comme toute description, en effet, elle affirme une ressemblance entre le phénomène décrit et quelque autre. En indiquant quelque chose qui ressemble à la suite des positions observées, elle indique en même temps en quoi concordent ces diverses positions. Si les lieux où se trouve successivement la planète correspondent à autant de points
(j) Voyez plus haul, livre III, chap. il, § 3, /i, 5.
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d'une ellipse, ces lieux eux-mêmes concordent en ce qu'ils sont sur cette ellipse. Le même procédé auquel nous devons la description nous a donc fourni les données requises pour une induction parla Méthode de Concordance. Les positions successives de la terre soumises à l'observation étant considérées comme des effets, et le mouvement de la planète comme la cause qui les produit, nous trouvons que ces effets, c'est-à-dire ces positions, concordent en cette circonstance qu'ils sont sur une ellipse ; et nous en concluons que les autres effets, c'est-à-dire les positions qui n'ont pas été observées, présentent la même concordance, et que la loi du mouvement de la terre est le mouvement suivant une ellipse.
Ainsi donc la Colligation des Faits au moyen d'hypothèses, ou, comme préfère dire le docteur Whewell, au moyen de Conceptions, loin d'être, comme il le suppose, l'Induction elle-même, n'est qu'une des opérations auxihaires. Toute Induction suppose la comparaison préalable d'iin nombre suffisant de cas partic.uliers et la détermination des circonstances dans lesquelles ils concordent. La Colhgation des faits n'est autre chose que cette opération préhminaire. Lorsque Kepler, après de vaines tentatives pour relier les positions observées d'une planète par des hypothèses d'un mouvement circulaire, essaya enfin l'hypothèse d'une ellipse, et trouva qu'elle correspondait exactement aux phénomènes, ce qu'il chercha en réalité, inutilement d'abord, et plus tard avec succès, c'était de découvrir la circonstance dans laquelle concordaient toutes les positions observées de la planète; et, lorsqu'il relia de la même manière un autre groupe de faits observés (les temps périodiques des planètes), en établissant que les carrés des temps sont proportionnels aux cubes des distances, il ne fit que constater la propriété commune des temps périodiques de toutes les planètes.
Puisque, donc, ce qu'il y a de vrai et d'utile dans la théorie des Conceptions du docteur, Whewell peut être parfaitement exprimé par le terme plus familier d'hypothèse ; et, puisque la
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Golligalion des Faits par des conceptions appropriées n'est que le procédé ordinaire pour découvrir, par la comparaison des phénomènes, en quoi ils se ressemblent ou concordent, je me serais astreint volontiers à l'emploi exclusif de ces expressions plus claires, et abstenu jusqu'au bout, comme je l'ai fait jusqu'ici, de toute discussion idéologique, le mécanisme de la pensée étant, selon moi, un sujet distinct et tout à fait indépendant des principes et des régies servant à contrôler ses résultats. Mais, puisqu'un ouvrage d'une si haute visée, et il faut le dire aussi, d'un mérite si réel, a fondé la théorie entière de l'Induction sur des considérations idéologiques, ceux qui viennent après se trouvent dans la nécessité de revendiquer pour eux-mêmes et pour leurs doctrines la position qui leur convient sur ce même terrain métaphysique. Tel sera l'objet du chapitre suivant.