‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 104 sur 146 · DU LANGAGE COMME AUXILIAIRE DE L'INDUCTION · texte numérisé non relu

DU LANGAGE COMME AUXILIAIRE DE L'INDUCTION

§ 1. — Nous n'avons pas à insister ici sur l'importance du langage comme moyen de communication entre les hommes, pour s'exprimer mutuellement leurs sentiments H se faire part de ce qu'ils savent. Nous ne voulons que signaler en passant une grande propriété des noms, dont dépendent réellement en dernière analyse leurs fonctions comme instruments intellectuels, celle de pouvoir former et iixer des associations entre nos idées; sujet à propos duquel un penseur distingué a écrit ce qui suit (1).

« Les noms sont des impressions des sens et comme tels ils prennent possession de l'esprit avec la plus grande force, et sont, de toutes les impressions, celles qu'il est le plus lacile de rappeler et de garder longtemps présentes. Ils servent donc à fixer les plus fugitifs objets de la pensée et du sentiment. Des impressions qui, une fois passées, se dissiperaient sans retour, restent toujours par leur connexion avec le langage à notre disposition. Les pensées, par ellesmêmes, disparaissent continuellement du champ de la vision mentale immédiate, mais le nom nous reste, et il suffit de e prononcer pour les reproduire à l'instant. Les mots sont ^^^s gardiens de tous les produits de l'esprit qui v font moins

(1) Bain.

(l'impression qu'eux. Tous les progrès de nos connaissances, toutes les généralisations nouvelles sont fixés et communiqués, même involontairement, par l'usage des mots. L'enfant, en grandissant, apprend avec les mots de la langue maternelle que des choses qu'il aurait crues différentes sont, en des points importants, les mêmes. Sans aucune instruction particulière, la langue que nous entendons nous apprend toute la phdosophie courante de l'époque. Le langage nous fail observer et connaître des choses qui nous auraient échappé. Il nous fournit des classifications toutes faites, où se trouvent réunis (aussi exactement que le permettaient les lumières des générations passées) les objets qui ont en gros le plus de ressemblance. Le nombre de noms généraux d'une langue et leur degré de généralité sont le témoignage des connaissances de l'époque et du développement intellectuel qui e>l le patrimoine de tous ceux qui y naissent. »

Nous n'avons pourtant pas à traiter ici des fonctions des Noms en général, mais seulement à considérer de quelle manière et dans quelle mesure ils servent directement à la recherche de la vérité, en d'autres termes, à l'induction.

§ 2. — Les opérations qui ont fait le sujet des deux précédents chapitres, l'Observation et l'Abstraction, sont les conditions mdispensables de l'induction ; sans elles pas d'induction possible. On s'est figuré que le langage était une condition également nécessaire. Des philosophes ont prétendu que le langage n'était pas seulement, selon l'expression courante, iiîi instrument pour la pensée, mais qu'il était l'instrument de la pensée: que pour raisonner, il fallait de toute jnécessité des noms ou quelque chose d'équivalent, des signes artificiels quelconques, et que sans cela il n'y avait ni inférence, et, par conséquent, ni induction possibles. Mais si l'explication précédemment donnée dans le présent ouvrage de la nature du raisonnement est exacte, on doit regarder cette opinion comme l'exagération d'une vente d'ailleurs fort importante. Si le raisonnement va du particulier au particulier, s'il consiste à reconnaître un fait

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