‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 105 sur 146 · DU LANGAGE · texte numérisé non relu

DU LANGAGE

comme la marque, ou comme la marque de la marque d'un autre, il n'y a d'autres conditions requises .pour le rendre possible que les sens et l'association des idées; les sens pour percevoir la connexion de deux faits ; l'association qui est la loi d'après laquelle un de ces faits éveille l'idée de l'autre (1). Évidemment, ni ces phénomènes intellectuels, ni la croyance ou l'attente qui en résultent et nous font juger que la chose dont nous avons perçu une marque a eu ou aura lieu, ne supposent nécessairement l'emploi du langage. Cette inférence d'un fait particulier à un autre est une induction. C'est de cette induction que les animaux sont capables ; et c'est sous cette forme que les esprits sans culture font presque toutes leurs inférences, et que nous les faisons tous dans les cas où une expérience de chaque jour détermine forcément nos conclusions sans investigation active de notre part, et où la croyance ou l'attente suit la suggestion de la preuve avec la promptitude et la sûreté d'un instinct (2).

§ 3. — Mais une inférence de nature inductive, bien que possible sans l'usage des signes, ne pourrait jamais sans des signes s'étendre au delà des cas très-simples dont nous venons de parler et auxquels se bornent, très-probablement, les raisonnements des animaux privés de tout langage con-

(1) Ma pensée ayant été ici mal comprise, comme si j'avais voulu dire que la croyance n'était qu'une association irrésistible, je crois nécessaire de faire remarquer que je ne fais aucune théorie quanta l'analyse ultime du raisonnement ou de la croyance, deux des points les plus obscurs de la psychologie analytique. Je ne parle pas des facultés elles-mêmes, mais des conditions préalables et indispensables de leur exercice, au nombre desquelles je n'admets pas le langage, les sens et l'association suffisant parfaitement.

(2) M. Bailey pense avec moi que « lorsque d'après quelque chose d'actuellement présent à mes sens, joint à mon expérience passée, je tiens pour assuré que quelque chose a, aura, ou a eu lieu, hors de la sphère de mon observation personnelle » , on peut dire avec la plus rigoureuse propriété que je fkis un raisonnement, et, conséquemment, un raisonnement inductif ; car les circonstances du cas excluent un raisonnement démonstratif. {Théorie du raisonnement, O'' édit., p. 27.)

ventionnel. Sans le langage, ou quelque chose d'équivalent, les raisonnements d'expérience se réduisent à ceux qui n'exigent pas de propositions générales. Or, quoique à la rigueur nous puissions conclure de l'expérience passée à un nouveau cas particulier sans Vintcrmédiaire d'une proposition générale, nous ne pourrions que rarement sans ce secours nous rappeler notre expérience passée et presque jamais les conclusions qu'elle peut garantir. La division du procédé inductif en deux parties : la première constatant ce qui est la marque du fait donné, la seconde constatant la présence ou l'absence de cette marque dans le cas nouveau, est naturelle et scientifiquement indispensable. Le plus souvent même l'intervalle de temps la rend nécessaire. L'expérience qui doit diriger nos jugements peut être celle des autres hommes, de laquelle une petite partie ne peut nous être communiquée autrement que par le langage; et quant à notre expérience propre, elle est généralement fort ancienne, de sorte que, si elle ne nous était rappelée au moyen de signes artificiels, nous ne pourrions (si ce n'est pour nos sensations ou émotions les plus vives, ou pour les sujets d'une observation de chaque jour et de chaque heure) en retenir que bien peu dans notre mémoire. Il est à peine nécessaire d'ajouter que lorsque l'inférence induclive n'est pas des plus directes et des plus manifestes ; lorsque elle exige plusieurs observations ou expériences dans des conditions diverses et leur comparaison ; il est impossible de faire un pas sans la mémoire artificielle des mots. Sans mots nous pourrions bien, si nous avions souvent remarqué entre A et B une liaison immédiate et évidente, nous attendre à trouver B partout où nous voyons A. Mais quand la haison n'est pas manifeste, découvrir et déterminer si elle est réellement constante ou purement accidentelle, si nous avons quelque raison de compter sur sa persistance dans un changement donné de circonstances : c'est un travail trop compliqué pour être exécuté sans (luelque artifice propre à fixer exactement le souvenir de nos opérations mentales. Or, le langage est un artifice de ce genre. Quand nous recourons à cet instru-

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