‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 106 sur 146 · DU LANGAGE · texte numérisé non relu

DU LANGAGE

ment, la difficulté n'est plus que de garder le souvenir de la signification des mots. Cette condition remplie, nous pouvons nous rappeler exactement toute la marche de nos pensées, en les exprimant par des mots que nous confions au papier ou à la mémoire.

La fonction du langage, et particuhérement des Noms Généraux, dans l'Induction, peut être résumée comme il suit. Une inférence inductive n'a de valeur que si elle est applicable à une classe entière de cas; et pour donner à l'inférence une garantie plus solide que la simple convenance de deux idées, il faut recourir à rexpérimentation et à la comparaison, de manière à embrasser d'une seule vue la classe entière des cas, et pouvoir ainsi découvrir et constater quelque uniformité dans le cours de la nature ; l'existence d'une uniformité étant nécessaire pour justifier une inférence, même pour un seul cas particulier. Cette uniformité peut être constatée une fois pour toutes, et si le souvenir peut en être fixé, elle servira de formule pour tirer, dans les cas particuliers, toutes les inférences autorisées par l'expérience antérieure. Mais nous ne pourrions être sûrs de nous la rappeler, et nous n'aurions pas même la moindre chance de retenir un nombre un peu considérable de ces uniformités, si nous n'en tenions note au moyen de signes permanents; signes qui (représentant, non un fait individuel, mais une uniformité, c'est-à-dire un nombre indéfini de faits semblables) sont des signes généraux, des Universaux, des noms généraux et des propositions générales.

§ 4. — Je ne puis me dispenser de signaler ici Terreur fie quelques métaphysiciens éminents qui attribuent l'usage des noms généraux à la multitude infinie des objets individuels qui, dans fimpossibilité où nous sommes de donner à chacun un nom particuher, nous forcerait à faire servir le même nom pour plusieurs. C'est là une vue très-étroite de la fonction des noms généraux. Lors môme qu'il y aurait un nom pour chaque objet individuel, les noms généraux nous seraient aussi nécessaires qu'ils le sont maintenant.

Sans leur aide nous ne pourrions exprimer le résultat d'une seule comparaison, ni conserver la mémoire d'aucune des uniformités existant dans la nature ; et nous serions, quant à l'Induction, à peu près dans le même cas que si nous n'avions pas de mots du tout. Avec des noms d'individus seulement (ou, en d'autres termes avec de simples noms propres), nous pourrions, en prononçant le nom, suggérer ridée de l'objet, mais nous ne pourrions énoncer une seule proposition autre que celles où l'on fait d'un nom propre l'attribut d'un autre, et qui sont complètement insignifiantes. Ce n'est que par les noms généraux que nous pouvons communiquer une information, affirmer un prédicat, même d'un individu, et, à plus forte raison, d'une classe. Rigoureusement parlant, les seuls noms généraux dont nous ne puissions nous passer sont les noms abstraits d'attributs. Toutes nos propositions pourraient être en cette forme : <r Tel objet individuel possède tel attribut, » ou a tel attribut est toujours, ou n'est jamais, joint à tel autre attribut. » En fait pourtant le genre humain a toujours donné des noms généraux aussi bien aux objets qu'aux attributs, et même il a commencé par les premiers ; mais les noms généraux donnés aux objets impliquent des attributs; toute leur signification dérive des attributs; et ils sont principalement utiles comme moyens d'affirmer les attributs qu'ils connotent.

Il reste à déterminer les principes à suivre, en adoptant des noms généraux, pour que ces noms et les propositions générales où ils figurent puissent le mieux possible remplir le but de l'Induction.

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