‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 111 sur 146 · FI · texte numérisé non relu

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exprimer avec des mots, ces propositions établissant, non ce qui a lieu dans tous les cas, mais seulement le plus souvent, ces cas admis dans une classe quoiqu'ils en violent la définition, pourront surprendre le lecteur. Ces vues sont si contraires à des opinions reçues sur l'usage des définitions, et à la nature des propositions scientifiques, qu'elles paraîtront probablement à bien des personnes complètement illogiques et anliphilosophiques. Mais la disposition à en juger ainsi vient en grande partie de ce que les sciences mathématiques et physico-mathématiques ont, dans une large mesure, déterminé Tidée qu'on a en général de la nature et de la forme de la vérité scientifique ; tandis que l'Histoire Naturelle n'a pas encore eu le temps ou l'occasion d'exercer sa légitime iniluence sur la manière courante de philosopher. L'indétermination et l'inconséquence des classifications et définitions de l'Histoire naturelle régnent à un bien plus haut degré dans toutes les autres sciences, hors les mathématiques ; et les méthodes suivies en Histoire Naturelle pour arriver par approximation à des distinctions exactes et à des vérités générales sont trés-dignes d'attention, même pour la lumière qu'elles jettent sur les meilleurs procédés de recherche de la vérité en toutes choses.

» Quoique, dans un groupe Naturel d'objets, une définition ne puisse plus être d'aucun usage comme principe régulateur, les classes ne restent pas pour cela tout à fait flottantes, sans points de repère et sans fil conducteur. La classe est invariablement fixée, quoique non limitée avec précision; elle est donnée, quoique non circonscrite; elle est déterminée, non par une ligne de démarcation au dehors, mais par un point central au dedans; non par ce qu'elle exclut rigoureusement, mais par ce qu'elle contient éminemment; par un exemple, et non par un précepte ; bref, au lieu d'une Définition, c'est un Type qui sert de guide.

D Le type est un cas de la classe, par exemple, une espèce d'un genre, considérée comme possédant éminemment le caractère de la classe. Toutes les espèces qui ont une affinité plus graade avec l'espèce-type qu'avec toute autre forment le

genre et se groupent autour, en s'en écartant dans différentes directions et à différents degrés. Ainsi un genre peut se composer de plusieurs espèces manifestement trés-rapprochées du type, tandis que d'autres espèces, tout en s'éloi^nant davantage de ce groupe central, ont encore cependant une connexion plus grande avec lui qu'avec tout autre. Et lors même qu il y aurait quelques espèces dont la place est incertaine, et qui paraissent appartenir également à deux types génériques, il est facile de voir que les groupes génériques n'en subsisteraient pas moins; pas plus que les arbres epars dans une plaine intermédiaire n'empêchent de parler intelligiblement des forêts distinctes des deux colhnes qu elle sépare.

^ L'espèce-type de chaque genre ou le genre-type de chaque famille est donc le groupe qui a tous les caractères et toutes les propriétés du genre très-ostensiblement marques et fortement accentués. Le type de la famille des Rosiers a les feuilles alternes, à stipules, pas d'albumen, les ovu es non dressés, les stigmates simples, et, outre ces traits qmle distinguent des exceptions et des variétés de la classe 1 a ceux qui le mettent en rehef dans cette classe. Il est une des espèces qui présentent clairement plusieurs attributs de première importance. Ainsi, quoiqu'on ne puisse dire d aucun genre qu'il doit être le type de la famille, ni d'aucune espèce qu'elle doit être le type du genre, on ne reste pas cependant tout à fait au dépourvu. Le type doit être lié par beaucoup d'affinités au plus grand nombre des autres éléments du même groupe; il doit se trouver au plus épais de ia loule, et non parmi les traînards. »

Dans ce passage (que je ne puis m'empêcher de signaler spécialement dans sa dernière partie, comme un admirable exemple de style philosophique) le docteur Whewell a établi avec beaucoup de clarté et d^ force, mais, il me semble, sans aire toutes les distinctions nécessaires, un des principes de a Classification Naturelle. Quanta la nature de ce principe, ses 1 tes et à la manière dont le docteur Whewell m^ parait les avoir outre-passées, on saura à quoi s'en tenir lors.

que nous aurons fait connaître une autre règle delà Méthode Naturelle qui me paraît plus fondamentale encore.

§ â. — Le lecteur est maintenant familier avec cette vérité générale (sur laquelle je reviens si souvent en raison de l'extrême confusion qui règne sur ce point), qu'il y a dans la nature des distinctions de Genre, distinctions qui ne consistent pas dans un nombre donné de propriétés définies, plus les effets résultant de ces propriétés, mais qui portent sur la nature tout entière, sur tous les attributs en général des choses ainsi distinguées. Notre connaissance des propriétés d'un Genre n'est jamais complète. Nous en découvrons, et nous nous attendons à en découvrir toujours de nouvelles. Quand la distinction entre deux classes de choses n'est pas une distinction de Genre, nous comptons y trouver des propriétés semblables, à moins qu'il n'y ait quelque raison pour qu'elles soient différentes. Au contraire, lorsqu'il s'agit d'une distinction de Genre, nous comptons y trouver des propriétés différentes, à moins qu'il n'y ait quelque raison pour qu'elles soient semblables. La connais sance d'un Genre doit provenir tout entière de Tobservatio? et de l'expérience du Genre lui-même ; une inférence relative à ses propriétés d'après des propriétés de choses sans connexion générique avec lui ne donne guère plus que l'espèc de présomption qu'on appelle d'ordinaire l'Analogie, • même, en général, à un de ses plus faibles degrés.

Puisque les propriétés communes d'un véritable Genrr et, par conséquent, les assertions générales dont il peutêti actuellement, ou dont il pourra certainement être l'objet dans la suite à mesure que nos connaissances s'étendront, sont en nombre indéfini et inépuisable; et puisque, d'u: autre côté, le premier principe d'une classification naturell' est que les classes soient formées de manière q^e les objei dont chacune est composée aient le plus grand nombre d< propriétés communes, il faut, en vertu de ce principe, que toute classification détermine et englobe toutes les distinctions de Genre existant actuellement entre les objets qu'ell

a à ordonner. Passer sur des distinctions de Genre et v substituer des distinctions définies qui, si considérables qu'elles puissent être, ne peuvent indiquer des différences ultérieures encore inconnues, ce serait remplacer des classes qui posséderaient un plus grand nombre d'attributs communs par d'autres qui en posséderaient moins. Un tel procédé serait subversif de la Méthode Naturelle de classification.

Aussi tous les auteurs d'arrangements naturels, qu'ils aient ou non senti la réalité de la distinction des Genres, ont été conduits, rien qu'en poursuivant leur but propre, à se conformer aux distinctions de Genre, telles qu'elles étaient reconnues de leur temps. Les Espèces des plantes ne sont pas seulement des Genres réels ; probablement (1) elles sont toutes des genres tout à fait inférieurs, des infimœ species; et SI nous voulions les subdiviser, comme nous pouvons le faire, en sous-classes, la subdivision aurait nécessairement pour base des distinctions définies, n'indiquant (à part •le ce qu'on peut connaître de leurs causes ou de leurs effets) aucune autre difTérence.

En tant qu'une classification naturelle est fondée sur des iienres réels, les groupes qui la composent ne sont certainement pas conventionnels; et il est parfaitement vrai qu'ils ne dépendent pas du choix arbitraire du naturaliste. Mais il ne s'ensuit pas, et il n'est pas vrai, je crois, que ces classes oient déterminées par un type et non par des caractères. i^es déterminer par un type serait un moyen aussi sûr de

(1) Je dis probablement et non certainement, parce que ce n'est pas là la

onsidération d'après laquelle un botaniste détermine ce qui doit ou ne doit

|is être admis comme espèce. En histoire naturelle, sont de la même espèce

s mdividus qui proviennent ou peuvent, sans contradiction avec Texpérience,

Te supposés provenir de la même souche. Mais heureusement cette distinc-

'", dans la plupart des cas, et probablement dans tous, concorde avec l'autre.

n semble que ce soit une loi en physiologie que les animaux et les plantes

Kopagent réellement leur espèce, dans le sens philosophique aussi bien que

" ans le sens populaire de l'expression, et transmettent à leurs descendants tous

5 caractères génériques (jusqu'à l'espèce la plus basse) qu'ils possèdent euxemes.

manquer le véritable Genre, que si ron choisissait arbitrairement un ensemble de caractères. Elles sont déterminées par des caractères, mais ceux-ci ne sont pas arbitraires. Le problème est : trouver un petit nombre de caractère? définis indiquant une multitude d'autres indéfinis. Les Genres sont des Classes qu'une barrière infranchissable sépare ; et ce que nous avons à chercher, ce sont des marques par lesquelles nous puissions déterminer de quel côté de la barrière est placé tel ou tel objet. 11 faut choisir les caractères les mieux appropriés à cette fin; et si en même temps ils sont importants par eux-mêmes, ce n'est que mieux. Quand nous avons choisi les caractères, c'est d'après eux que nous répartissons les objets, et non d'après leur ressemblance avec un type. Nous ne composons pas respéce Ranimculus acris de toutes les plantes qui offrent un degré satisfaisant de ressemblance avec le bouton d'or pris pour modèle, mais de celles qui possèdent certains caractère.choisis comme des marques propres à nous faire reconnaître la possibilité d'une parenté commune; et l'énumération df ces caractères est la définition de l'espèce.

La question maintenant est de savoir si, tous les Genrc^ devant avoir une place parmi les classes, toutes les classes doivent également, dans un arrangement naturel, être des Genres. Les distinctions de Genres ne sont pas assez nombreuses pour constituer toute la classification. 11 y n très-peu de genres ou même de familles de plantes doni on puisse affirmer avec certitude que ce sont de véritables Genres. Les grandes distinctions de Vasculaires et Cellulaires, de Dicotylédones ou Exogènes et Monocotylédones ou Endogènes, sont peut-être des différences de Genres; et les lignes de démarcation qui séparent ces classes semblent (quoique même sur ce point je ne veuille rien affirmer positivement) embrasser le règne végétal tout entier. Mais les dilYérentes espèces d'un genre, ou les genres d'une famille, n'ont ordinairement qu un nombre limité de caractères. Une Rose ne paraît différer d'une Ronce, une Ombellifère d'une Renonculacée, en rien autre que dans les

caractères assignés par la botanique à ces genres ou à ces familles. Sans aucun doute, il existe, dans certains cas, des différences non énumérées; il y a des familles de plantes qui offrent des particularités de composition chimique, ou qui donnent des produits ayant des effets spéciaux sur l'économie animale. Les Crucifères et les Champignons contiennent de l'azote en proportion plus qu'ordinaire. Les Labiées sont les principales sources des huiles essentielles. Les Solanées sont très-communément narcotiques, etc. Dans ces cas et autres semblables, il peut y avoir des distinctions de Genre, mais il n'est nullement indispensable qu'il en existe. Les Familles et les Genres peuvent être éminemment naturels, quoique séparés par un nombre Umité de propriétés, si d'ailleurs ces propriétés sont importantes, et si les objets réunis dans chaque genre ou famille se ressemblent plus entre eux qu'ils ne ressemblent à ceux quelconques qui en sont exclus.

Ainsi donc, après que les infimœ specief> ont été reconnues et définies, la première opération à faire est de disposer ces infimœ species en groupes plus grands, et de manière, s'il se peut, que ces groupes correspondent à des Genres; mais le plus souvent sans ce guide. En procédant ainsi, il est vrai, nous sommes naturellement et convenablement guidés, dans le plus grand nombre des cas, du moins, par la ressemblance avec un type. Nous formons nos groupes autour de certains Genres choisis, dont chacun sert comme de modèle pour son groupe. Mais quoique les groupes soient suggérés par des types, je ne pense pas 'lu'un groupe soit, dans sa formation, déterminé par le type ; 'lu'en décidant qu'une espèce appartient au groupe, on se réfère au type et non aux caractères ; ni enfin que les caractères a ne puissent pas être exprimés par des mots ». Ceci est en désaccord avec la manière dont le docteur VVhewell énonce le principe fondamental de la classification, a savoir, que «des propositions générales relatives à la classe seront possibles d. Si la classe ne possédait pas de caractères communs, à quelles propositions générales pourrait - elle

donner lieu? On ne pourrait absolument rien afïirmer de la classe, si ce n'est que les choses dont elle est composée se ressemblent plus entre elles qu'elles ne ressemblent à aucune autre chose.

La vérité est, au contraire, que chaque Genre ou famille est formé avec référence explicite à certains caractères, et se compose premièrement et principalement d'espèces qui concordent en ce qu'elles possèdent tous ces caractères. A ces espèces s'ajoutent, comme une sorte d'appendice, toutes les autres espèces, généralement en petit nombre, qui possèdent à peu près toutes les propriétés choisies, manquant, les unes de celle-ci, les autres de celle-là; et qui, concordant avec les -ÀWir^^ presque diVXdiWi que celles-ci concordent entre elles, n'offrent un égal degré de ressemblance avec aucun autre groupe. C'est sur les caractères que reste fondée la conception delà classe; et, en conséquence, 1 classe pourrait être définie : les choses qui possèdent t» ensemble de caractères, ou qui ressemblent à celles qui 1 possèdent plus qu'à toute autre chose.

Et cette ressemblance elle-même n'est pas, comme cell des sensations simples, un fait primitif, non susceptibi d'analyse. Elle résulte, même à son plus faible degré, de In possession de caractères communs. Pour qu'une planl ressemble au genre Rose plus qu'à tout autre, il faut qu'elk' possède un plus grand nombre des CcOi^actères de ce genre que d'un autre genre quelconque. Et il ne peut y avoir la moindre difficulté à représenter, par une énumération d caractères, la nature et le degré de la ressemblance rigon reusement suffisante pour mettre un objet dans la classe. Il y a toujours quelques propriétés communes à toutes 1choses qu'elle embrasse. Souvent il y en a d'autres à l'égai desquelles certaines choses, comprises néanmoins dans la classe, forment exception. Mais les objets qui. sont d*'^ exceptions relativement à un caractère n'en sont pas relati vement à un autre. Si la ressemblance manque dans quelque? particularités, elle doit, par compensation, exister en d'autres. La classe est donc constituée par la réunion de

tous les caractères qui sont universels, et du gra7id rwmhre de ceux (jui admettent des exceptions. Une plante qui, ayant les ovules dressés, les stigmates divisés, et l'albumen, manquerait de stipules, ne serait probablement pas classée parmi les Rosacées. Mais elle peut manquer d'un et même de plusieurs de ces caractères, et n'être pas exclue de la classe. En l'y comprenant, le but d'une classification scientifique sera mieux rempli; car, si ses propriétés connues concordent à si peu de chose près avec la somme des caractères de la classe, il est vraisemblable qu'elle ressemble plus à cette classe qu'à toute autre dans ses propriétés non encore découvertes.

Ainsi donc, non-seulement les groupes naturels sont, aussi bien que les classes artificielles, déterminés par des caractères, mais ils sont essentiellement constitués en vue et en raison de caractères ; non des seuls caractères rigoureusement communs à tous les objets compris dans le groupe, mais de ceux qui se trouvent tous dans la plupart des objets, et la plupart dans tous. De là vient que la conception de la classe, l'image qui la représente dans l'esprit, est celle d'un spécimen complet de tous les caractères, d'un spécimen qui, les exhibant tous au plus haut degré où on les ait jamais observés, se trouve le plus propre à montrer d'une façon claire et frappante ce qu'ils sont. C'est en les confrontant mentalement à ce modèle, non pour suppléer à la définition de la classe, mais pour l'éclaircir, que nous jugeons d'ordinaire, et avec succès, si un individu ou une espèce appartient ou non à la classe. Et c'est là, selon moi, tout ce qu'il y a de vrai dans la théorie des types.

Nous verrons bientôt que lorsque la classification est foite expressément en vue d'une recherche inductive spéciale, il n'est pas facultatif, mais nécessaire, pour remphr les conditions d'une Méthode inductive correcte, d'établir une espèce ou Genre- type, c'est-à-dire une espèce ou genre qui manifeste au plus haut degré le phénomène particuher objet de l'investigation. Mais nous traiterons ce point ci-après. 11

nous reste, pour compléter la théorie des groupes naturels, à dire quelques mots des principes de leur nomenclature,

§ 5. — Une nomenclature scientifique est, ainsi que nous Favons dit, un système de noms de Genres. Ces noms, comme les autres noms de classes, se définissent par Ténumération des caractères dislinctits de la classe. Le seul autre avantage que puisse offrir une série de noms est de fournir, par leur mode même de formation, autant de renseignements que possible; en sorte que, pour ceux qui connaissent la chose, le nom suffise pour leur rappeler ce qu'ils savent, et qu'à ceux qui ne la connaissent pas, il fournisse toute Finformation qu'ils peuvent en recevoir en l'entendant prononcer.

Il y a deux sortes de manières de donner à un nom de Genre cette sorte de signification. La meilleure, qui malheureusement est rarement praticable, consiste à créer le nom de façon à lui faire indiquer par sa formation les propriétés mêmes qu'il doit connoter. Naturellement le nom d'un Genre ne connote pas toutes ses propriétés, puisqu'elles sont inépuisables, mais il connote celles qui suffisent pour le distinguer et qui sont des marques sûres de tout le reste. Or, il est très-rare qu'une seule propriété, ou même deux ou trois, puissent remplir cette condition. Pour distinguer la Pâquerette commune de toutes les autres espèces de plantes, il faudrait spécifier un grand nombre de caractères. Or, un nom ne peut, sans devenir d'un usage trop incommode, en indiquer qu'un très-petit nombre par son étymologie ou mode de formation. Ainsi donc, la possibilité d'une Nomenclature idéalement parfaite est probablement limitée au seul cas qui offre heureusement quelque chose d'approchant, celui de la nomenclature de la chimie élémentaire. Les substances, soit simples, soit composées, dont s'occupe la chimie sont des Genres, et, comme telles, les propriétés qui distinguent chacune de toutes les autres sont innombrables ; mais pour les corps composés (les corps simples ne sont pas assez nombreux pour exiger une nomcn-

clature systématique) il y a une propriété, la composition chimique, qui suffît à elle seule pour distinguer le Genre, et est (sous certaines conditions encore imparfaitement comprises) une marque sûre de toutes les autres propriétés du composé. Tout ce qu'il fallait donc, c'était de faire en sorte que le nom de chaque combinaison exprimât, à première audition, sa composition chimique, c'est-à-dire, former le nom du composé avec les noms des corps simples qui en sont les éléments. C'est ce que firent très-habilement, et avec un grand succès, les chimistes français. La seule chose qu'ils n'eussent point exprimée, c'était la proportion exacte dans laquelle les éléments étaient combinés; et on a trouvé le moyen d'exprimer ce détail même, depuis l'établissement de la théorie atomique, par une simple appropriation de leur terminologie.

Mais lorsque les caractères qu'on doit prendre en considération pour la désignation du Genre sont trop nombreux pour être tous indiqués par la composition du nom, et qu'aucun n'a une importance assez prédominante pour devoir être choisi à cette fin, il reste encore une ressource. Quoiqu'il nous soit impossible d'indiquer les propriétés distinctives du Genre, nous pouvons en indiquer les affinités naturelles les plus proches, en incorporant à son nom celui (lu groupe naturel voisin dont il est l'une des espèces. C'est sur ce principe qu'est fondée l'admirable nomenclature binaire de la botanique et de la zoologie. Dans cette nomenclature, le nom de chaque espèce consiste dans celui du genre ou groupe naturel immédiatement supérieur, auquel on ajoute un mot pour distinguer l'espèce particulière. La dernière partie du nom composé est empruntée, tantôt à quelqu'une des particularités qui distinguent celte espèce ries autres espèces du genre, comme : Clematis integrifolia , l^otentilla albay \ïo\d palus t^ùs, Artcmisia vulgaris, tantôt à une circonstance historique, comme : Narcissus poeticus, Potentilla tormentilla (indiquant que la plante était autrefois connue sous ce dernier nom), Exacum Candollii (parce que cette plante a été découverte par de Gandolle).

Quelquefois aussi le mot est purement conventionnel, comme Thlaspi bursa-pastoris , Ranunculus thora. Ce choix a peu d'importance, puisque le second nom, ou, comme on l'appelle d'ordinaire, le nom spécifique, ne peut exprimer indépendamment de la convention qu'une très-petite partie de la connotation du terme. Mais, en y ajoutant le nom du genre supérieur, nous nous dédommageons, autant qu'il se peut, de l'impossibilité où nous sommes de faire exprimer au nom tous les caractères distinctifs du Genre.De manière ou d'autre il exprime tous ceux de ces caractères qui sont communs au groupe naturel voisin dans lequel le Genre est compris. Si ces caractères communs sont eux-mêmes assez nombreux ou assez peu familiers pour nécessiter un usage plus étendu de la même ressource, nous pouvons, au lieu d'une nomenclature binaire, en adopter une ternaire, en employant, outre le nom du genre, celui du groupe naturel immédiatement supérieur par ordre de généralité, et qu'on appelle communément la Famille. C'est le système suivi dans la nomenclature minéralogique proposée par le professeur Mohs. « Les noms créés par lui se composent, non pas de deux, mais de trois éléments, désignant respectivement l'Espèce, le Genre et l'Ordre. Ainsi il a des espèces telles que l'Haloïde de chaux Rhomboédral, l'Haloïde de Fluor Octaédral, la Baryte Haloïdale Prismatique » (1). La formation binaire a cependant été reconnue suffisante en botanique et en zoologie, seules sciences où ce principe général ail jusqu'à présent été appliqué avec succès pour la création d'une nomenclature.

Ce principe de nomenclature, outre l'avantage de donner aux noms d'espèces la plus grande somme de signification indépendante, a celui de réaliser une immense économie de noms, et de soulager la mémoire d'un fardeau accablant. Quand les noms d'espèces deviennent extrêmement nombreux, il faut (comme le remarque le docteur ^Yhe\vell) (2) recourir à quelque artifice pour en rendre le souvenir ou

(1) Novum organum renovatum, p. 27i.

(2) Uist. des id.sc, I, 133.

TappHcation possibles. « Les espèces connues de plantes, par exemple, étaient au nombre de dix mille du temps de Linnée; et s'élèvent maintenant à environ soixante mille. Il serait inutile d'essayer de former et d'employer des noms particuliers pour chacune de ces espèces. La distribution des objets dans un système de classification à plusieurs [degrés permet d'établir une Nomenclature qui n'exige pas cette énorme quantité de noms. Chacun des genres a le sien, et les espèces sont indiquées par l'addition d'une épithète au nom du genre. De cette manière, environ dix-sept cents noms génériques, avec un nombre raisonnable de noms spécifiques, suffirent à Linnée pour désigner avec précision toutes les espèces de végétaux connues de son temps. » Et quoique le nombre des noms génériques se soit depuis considérablement accru, il s'en faut beaucoup que cet accroissement ait été proportionnel à la multiplication des espèces connues.

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